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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 24/09/2018 à 19:53
» Dernière mise à jour le 01/10/2018 à 18:28

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 4
« L’île du Château est artificielle. Il s’agissait autrefois d'une grande colline, pour laquelle il a suffi de creuser d’immenses douves tout autour pour l’isoler à la fois du peuple et du Gang des Ténèbres venu du nord. Ses seuls accès sont la Grand Porte via le pont qui la relie au reste de la citadelle, et les embarcadères dissimulés sur la face nord-ouest de l’île. C’est certainement l’endroit le plus sécurisé de tout le Royaume ! »

Extrait d’un cours dispensé à Sœlis Libellion.



***


Sœlis n’a jamais porté de tels vêtements.

En admirant son reflet dans le miroir, elle est d’abord choquée. Jamais, même dans ses plus lointains souvenirs, elle n’a eu l’air à ce point d’une habitante infortunée de Kirazann. Sa robe, toute simple et un peu effilochée, pas bien large, d’une couleur rouge très terne, retombe mollement sur ses chevilles. C’est discret, aussi discret que sa veste d’un jaune pâle et le capuchon noir qui va avec.

Pas de décorations, de bijoux, de fioritures ou de traces de maquillage quelconque. Rien qu’elle, au naturel, vêtue comme n’importe quelle jeune femme du Royaume.

Étrangement, elle se sent à l’aise dans cette tenue. C’est assez léger, ça ne gêne pas tant ses mouvements, et… et ça lui va assez bien. Elle s’est attendue à pire, en tout cas. Habillée comme ça, aucun risque que quelqu’un la prenne pour Sœlis Libellion, future héritière de Kirazann ! Elle n’ose imaginer la tête que feraient les autres nobles en la voyant ainsi…

— Ma Dame ? interroge une voix à l’accent grumeleux.

Surprise, Sœlis se tourne vers l’entrée de la salle d’études. Elle a reconnu l’accent Kerchakh dans la voix du nouveau venu. Il n’y a que les anciens protecteurs de la lignée royale pour la nommer « Ma Dame ». C’est un indice qui laisse à penser que son interlocuteur lui voue une grande importance.

« Il s’agit donc du meilleur homme de mon père ? » se rappelle distraitement Sœlis en souriant à l’homme qui se tient sur le pas de la porte.

C’est un adulte, qui n’a probablement pas encore quarante ans. Il est grand, et assez large d’épaules. Il a un visage au teint hâlé, et une cicatrice dépasse de son col pour s’arrêter juste sous son menton. Il a des yeux noirs, discrets et agités d’une lueur sauvage. Pour autant, il ne paraît pas malpoli, au contraire. Il garde un poing sur le cœur et baisse légèrement la tête. Il doit s’agir d’un des meilleurs combattants Kerchakh, pour être si proche de son père.

— Vous êtes mon garde du corps ?
— En effet, ma Dame. Je me nomme Kashim.
— Je vous autorise à me regarder dans les yeux, Kashim. Ce sera plus arrangeant pour nous deux, surtout une fois sur place.
— C’est noté, ma Dame. Êtes-vous prête à partir ?

Sœlis regarde autour d’elle, craignant d’oublier quelque chose ; mais non, elle n’a besoin de rien. Elle est dans la peau de quelqu’un qui vient du peuple. Inutile de s’encombrer de bagages. Ils doivent rester discrets.

— Je crois que oui. Comment allons-nous nous rendre à la cité ? Pas en carrosse, je suppose ?
— J’ai emprunté un des arcanins du château, explique poliment Kashim. Nous ferons un bout du chemin avec lui, avant de continuer à pied pour éviter d’être au centre de l’attention.
— Parfait. Je vous suis !

Kashim, étrangement, ne la met pas trop mal à l’aise. Il dégage un calme et une droiture étonnants ; même si ses traits durs comme un roc sont impassibles, Sœlis ne le craint pas. Après tout, c’est un Kerchakh. Ce peuple est voué à protéger la lignée royale depuis des générations. Même si leur rôle s’est amenuisé au fil des années, ils restent étroitement liés à elle. Ne plus croire en les Kerchakh, ce serait ne plus croire en rien !

Et son père lui a bien dit qu’il est son meilleur homme. Il doit réellement valoir une escorte royale à lui seul, pour l’amener au cœur de la cité des goélises !

Sœlis emboîte le pas à Kashim ; elle remarque seulement maintenant qu’il ne porte pas la tenue habituelle des Kerchakh, celle avec les lanières, les plaques de cuir élastiques, et tout les tissus noirs près du corps. Là, il porte un pantalon de toile, un haut marron et une veste grise. Avec ça, il est aussi discret et oubliable qu’elle.

— L’idée de voyager sur la même monture que moi vous déplaît peut-être, ma Dame ? demande Kashim en descendant les escaliers devant elle.
— Non, du tout. Combien de temps ça prendra, selon vous ?
— Oh, avec cet arcanin, nous devrions être à proximité de la cité dans moins d’un quart d’heure.

Sœlis hoche la tête et croise subrepticement le regard de Kashim. Il a semblé satisfait qu’elle l’approuve, et tant mieux.

La jeune femme a toujours su qu’Hymnus n’est qu’à cinq minutes à pied de la citadelle entourant l’île du château et les quartiers des nobles ; et que la cité des goélises n’est pas non plus très loin de la capitale, par la grand-route qui file vers le sud-ouest. Mais à dos d’arcanin, c’est vraiment très proche, surtout en coupant à travers le petit bois du sud.

Sœlis songe à ce qu’elle va bien pouvoir admirer sur place. Des mendiants en haillons qui vont se taper dessus comme des malpropres ? Ou des gens recouverts de boue tentant en vain de créer des flammes avec leurs mains sales ?

Elle se rend compte qu’elle sait peu de choses sur le peuple de Kirazann. Tout ce qu’elle entend de la cité des goélises, c’est la même chose. Misère, violence, famine. Et surtout, la haine contre le pouvoir en place.

Ce n’est pas vraiment rassurant.



***


Le voyage à dos d’arcanin a été étrangement agréable.

Les gardes, ignorant qu’elle est la princesse du Royaume, l’ont regardé d’une étrange manière alors qu’elle passait par les grandes portes, juchée sur le pokémon derrière Kashim. Ils n’ont rien dit, mais ça lui a fait bizarre, d’être dévisagée.

Après tout, la règle de politesse basique envers la lignée royale est de ne jamais les regarder yeux dans les yeux ; d’ailleurs, Sœlis a toujours ignoré d’où venait cette lointaine tradition. Elle la trouve un peu stupide. Ce n’est pas pratique lors des banquets et des cérémonies, de discuter avec des gens qui semblent vous fuir ou vous éviter.

Mais là, avec les gardes, ça ne lui a pas fait grand-chose. Ce n’est même pas dérangeant, frustrant, ou même vexant ; non, c’est juste… normal ? Ça l’a un peu surprise, alors elle n’a pas vraiment eu le temps de se rendre compte si ça lui plaît ou non…

L’arcanin, un des spécimens les plus rapides des écuries royales, a parcouru une longue distance à toute vitesse dans la forêt qui entoure l’autel d’Arceus ; il a ensuite longé un sentier désert, traversé deux clairières joyeusement parfumées, sauté par-dessus un ruisseau glougloutant, et a rapidement atteint les premiers prés.

C’est d’ailleurs au milieu de l’un d’eux qu’il s’arrête, à peine essouflée par la traversée. Ça n’a pris qu’une douzaine de minutes en tout. Kashim descend de la monture et tend la main vers Sœlis. Un peu étonnée, elle esquisse un sourire et la saisit. Le Kerchakh l’aide à descendre sans un mot et se penche à l’oreille de l’arcanin pour lui souffler quelques mots. Le molosse secoue son épaisse crinière et lâche un aboiement sec avant de faire demi-tour.

Il lui faut seulement trois bonds pour disparaître dans le petit bois derrière eux.

— Que lui avez-vous dit ? interroge curieusement la princesse.
— Qu’il attende notre retour entre ces arbres.
— Il n’y a pas un risque qu’un fermier lui tombe dessus ?
— En plein après-midi, et alors qu’un tournoi a lieu dans la cité, j’en doute fort, ma Dame.

Sœlis rougit de honte ; elle a oublié que le peuple n’a que rarement de quoi se divertir. Il est vrai qu’il est normal pour eux de vouloir assister aux combats. Kashim s’est retourné sans remarquer son embarras. Il embrasse du regard le paysage d’un air prudent et pointe du doigt une route sableuse et sinueuse, qui s’enfile entre plusieurs pâturages entourés de barrières de bois fragiles, parfois pourries.

— Par ici, ma Dame. Nous ne sommes pas très loin.

Il se tourne vers elle, elle acquiesce, et ils se mettent en route.

Sœlis regarde partout autour d’elle, curieuse. L’endroit n’a rien de spécial, à dire vrai. Des champs verts, parfois jaunes. Des bottes de paille entassées sous un abri branlant, une vieille grange déserte recouverte de lierre. Visiblement, ces terres-là servent peu. Elles sont probablement un peu trop loin de la cité des goélises, ou alors infertiles.

Ils continuent d’avancer en silence. Kashim a l’air tendu. Il marche légèrement devant Sœlis, et jette de furtifs coups d’œil derrière lui et sur les côtés. Sœlis devine rapidement à sa démarche mesurée qu’il est habitué à marcher plus vite. La princesse, guère habituée à voyager à pied, essaie d’augmenter un peu le rythme. Elle se sent ridicule ; Kashim doit la prendre pour une noble qui ne sort jamais de son grand château. Une égoïste qui ne pense pas au peuple, qui ne marche pas beaucoup, qui ne fait pas d’effort… C’est ce que disent souvent les autres, après tout.

Elle baisse la tête, assombrie. Tout ceci lui rappelle son rôle qu’elle est incapable de tenir ; elle a beau être la future héritière, elle n’a aucun pouvoir royal. Quelle honte pour Kirazann !

Elle entend des bruits ; en relevant les yeux, elle remarque un troupeau de wattouats dans un pré, sur le flanc d’une petite colline herbeuse. Leurs bêlements indolents sont portés par le vent, en même temps que l’odeur de brûlé qui les accompagne ; certains ont dû se battre à coups d’étincelles, au vu de leurs fourrures noircies par endroits. En levant les yeux vers le ciel, elle distingue aussi un petit groupe de cotovols que la brise emporte doucement vers l’est.

Une ferme habitée s’étend plus loin sur leur droite, au bout d’une sente abritée derrière de grandes haies. Un flamiaou somnole sur le pas de la maison et dresse une oreille sur leur passage. Son œil entrouvert se referme rapidement ; il ne les a pas jugés dignes d’intérêt.

Sœlis sent rapidement ses muscles chauffer, tout comme sa tête ; le soleil brille dans le ciel, comme s’il prévoit de faire arriver l’été en avance. Heureusement que le vent est là pour rafraîchir un peu les marcheurs, auquel cas la princesse aurait pu s’inquiéter d’une méchante insolation. Par prévention, elle enfile son capuchon en y camouflant ses longs cheveux noués pour l’occasion ; elle sera plus discrète ainsi.

Soudain, au détour d’une petite colline entourée de forêts, ils atteignent un pont de pierre qui passe au-dessus d’une rivière ; la construction est en partie effondrée. Des blocs de pierre manquent et doivent servir de refuge aux poissons en contrebas ; c’est certainement un lieu privilégié par plusieurs pêcheurs, car les berges semblent facilement accessibles.

Kashim prévient la princesse de marcher derrière lui pour éviter de fragiliser les bords du pont. Elle obéit sans broncher, un peu inquiète à l’idée de finir trempée.

— Nous y voilà, ma Dame, annonce Kashim.

Sans comprendre alors qu’ils continuent d’avancer, elle regarde de tous les côtés, entre les arbres.

— Nous sommes dans une forêt, dit-elle simplement.
— Nous avons dépassé la borne de l’entrée de la cité, répond Kashim.

À chaque fois qu’il s’exprime avec son léger accent, elle a du mal à savoir s’il a des émotions qui transparaissent dans sa voix ; il donne surtout l’impression d’être une sorte de machine sans sentiments. Il parle le moins possible, énumère des faits, ne s’étend pas. Il ne s’embarrasse pas du superflu.

Simplicité, efficacité, rapidité.

Elle comprend mieux pourquoi il est garde du corps, et le favori de son père. Il est parfait pour son travail. Il ne juge pas ouvertement les gens, et excelle dans son rôle ; à savoir, escorter la princesse dans la cité des goélises.

Soudain, collées à la forêt, les premières maisons apparaissent. Les jardins, envahis de mauvaises herbes, jonchés de détritus pourrissants, font froncer le nez de la jeune femme. Les maisons en elles-mêmes ne sont pas très belles. Façade de pierre grise, toits plats, elles ne sont pas bien grandes, presque cubiques, et souvent agrémentées d’un simple cabanon de bois. Les vitres sont crasseuses, les façades grises épurées de toute décoration sculptée ou peinte.

Et, enfin, Sœlis entend les bruits de la ville. Des bruits de pas sur du gravier, de nombreuses voix, des rires. Une bonne odeur de grillade parvient à ses narines. Si on exclut les habitations bien tristes, tout ressemble fort à Hymnus, en soi.

C’est ce qu’elle pense avant de poser le pied sur l’Avenue.

Elle sait qu’il s’agit d’elle, cette fameuse route qui part d’Hymnus et va jusqu’au nouvel amphithéâtre, loin au sud-ouest. Elle est étrangement bruyante, ici, sous les semelles de tant d’habitants. Elle remarque aussitôt leurs accoutrements et comprend bien mieux le sien. Les gens d’ici n’ont pas de costumes taillés sur mesure, ni de robes à froufrous ou d’élégantes chaussures cirées. Non, ici, pantalons de toile sont de mise, que ce soit pour les hommes ou les femmes ; chapeaux de paille ou de roseaux se mêlent parmi les têtes dénudées, et des vêtements sales agressent rapidement les yeux de la princesse, guère habituée.

Les gens d’ici sont pauvres, en effet, et certains ne sont pas habitués à se laver, c’est évident. Mais… elle s’est attendue à bien pire. Elle voit quelques mendiants, mais pas de cadavres — il y a soi-disant des morts tous les jours à cause des émeutes.

Sœlis suit Kashim ; ce dernier se rapproche d’elle et pose une main à sa ceinture, l’air décontracté. La princesse se doute qu’il cache une arme sur lui, et qu’il est prêt à en faire usage, au cas où.

La chose la plus surprenante dans tout ça, c’est la sensation d’être n’importe qui dans cette foule de gens qui se promènent sur l’Avenue. Sœlis n’est pas habituée. D’habitude, tout le monde s’écarte, baisse la tête, porte un poing sur le cœur, ou s’agenouille.

Ici, pas de fioritures. Les regards se croisent, les gens se bousculent parfois sans même s’excuser, d’autres rient à gorge déployée sur les terrasses bondées des tavernes puantes. La jeune femme se sent invisible, et ça lui fait un bien fou. Un poids sur ses épaules semble s’envoler, petit à petit. Pas besoin d’être la princesse ; elle est n’importe qui. Elle se permet de détendre les muscles plissés de son visage, et s’accorde même un léger sourire à force de découvrir des devantures de magasin un peu plus jolies.

Kashim, voyant que la foule se densifie, pose une main sur l’épaule de Sœlis qui frémit de surprise à ce contact ; elle s’est presque hérissée. Toucher la princesse est un acte parfois puni de quelques années d’emprisonnement. Mais Kashim est son garde du corps, et elle n’a aucune raison valable de s’offusquer. Elle n’aurait fait que graver dans sa tête cette image d’enfant pourrie gâtée que ruminent allègrement les nobles de la Cour dans son dos.

Soudain, la foule qui marche dans l’autre sens disparaît, pour leur dévoiler une route bordée de cabanons insalubres et de tentes déchiquetées. L’odeur ici est indescriptible. Un mélange des bonnes odeurs de nourriture et de choses qu’il vaut mieux ne pas identifier.

— Les bidonvilles, n’est-ce pas ? demande-t-elle discrètement à Kashim.
— Oui, ma Dame. Ils s’étendent jusqu’au bout de la cité.
— C’est encore loin ?
— Juste là.

Kashim s’arrête et désigne un large et long terrain désert sur leur gauche. La zone, de terre et d’herbe rase, est vide, et des gradins presque désertés se trouvent face au lieu des duels. De l’autre côté des barrières de bois et de la zone de combat, Sœlis aperçoit une estrade, ainsi que des soldats et des nobles. Leur présence fait presque tache dans ce triste et morne décor.

— Ils ont déjà fini ? s’étonne Sœlis.
— Je pense qu’ils ont fait une pause. Nous allons pouvoir trouver une place isolée dans ces gradins. Venez, ma Dame.

En emboîtant le pas de Kashim, la jeune femme croise le regard d’un garçon mal vêtu qui marche dans l’autre sens ; pendant un petit instant, elle est intriguée par ses yeux sombres, et la présence d’un vieil homme en salopette et chapeau de paille à ses côtés. Mais elle détourne la tête et suit Kashim vers les gradins. Elle laisse le loisir à son garde du corps de choisir la place la moins risquée pour elle. Ils finissent par s’asseoir dans un des coins des gradins, tout en haut. Ici, ils sont à l’ombre du petit toit qui surplombe les sièges. Sœlis retire son capuchon et soupire.

Plus qu’à attendre et observer.



***


Alors que Steban, accoudé au bar, éclate de rire à la plaisanterie triviale du gérant, Élio mord pensivement dans sa cuisse d’étourvol. Il essuie la goutte de graisse qui coule sur son menton avec sa manche, et boit une gorgée de cette eau terne, presque salée, que lui a servi le restaurateur, dans une choppe beaucoup trop grande.

— Alors comme ça, tu participes, petit ? s’enquiert le gérant derrière son bar.

Ce dernier, un homme costaud, au nez écrasé et au regard fuyant, sourit de manière plutôt joviale. Il a l’air d’être de bonne humeur. Sûrement parce que sa taverne est pleine à craquer.

— Oui, ce p’tit gars va sûrement gagner haut-la-main ! s’exclama Steban en réponse, en levant sa choppe devant lui.

Les joues rouges et le nez écarlate du pêcheur ne trompent pas Élio. Il a trop bu, et n’est pas vraiment dans son état normal.

— À ce qu’il paraît, lâche le gérant, les nobles et soldats qui participeront au tournoi de l’amphithéâtre vont être choisis dans la journée ! Certains d’entre eux vont sûrement venir incognito pour se mêler à la foule et observer les combats d’ici !
— Pourquoi ils viendraient jusqu’ici ? s’étonne Élio en continuant de manger.
— Par stratégie. Pour étudier leurs futurs adversaires ! Et c’est pas moi qui le dit, tout le monde en parle !

Élio, sceptique à l’idée que des nobles osent se déguiser pour s’incruster dans une foule du peuple, hausse les épaules. Le gérant a peut-être bu, lui aussi. Difficile à dire avec sa teinte de peau drôlement semblable à celle d’un salamèche malade.

— À la tienne, Élio ! s’écrie Steban par-dessus le raffut ambiant.
— Oui, Steban, oui, répond le garçon avec lassitude.

Pensant à la suite des qualifications, il appréhende plus qu’autre chose. Cette pause n’est pas de trop, certes, mais il voudrait que les choses reprennent vite. Après, il ira voir sa mère. Il la voit toujours plusieurs fois dans la journée, et il craint que la jeune servante ne soit pas restée à son chevet. Elle a tendance à ne travailler qu’à moitié, celle-là. Et avec l’évènement, la tentation d’abandonner son poste a sûrement été trop forte.

Élio termine son repas du bout des dents et, voyant que Steban veut s’attarder au bar, il lui fausse compagnie entre deux lampées de vin rouge, et quitte la taverne en laissant des pièces sur le comptoir.

Voyant que des soldats invitent les participants à rejoindre la file, et que les spectateurs affluent de nouveau aux abords du terrain, Élio respire un grand coup. Les combats vont reprendre, avec les meilleurs. Le jury a dû éliminer les plus faibles pour ne garder que la crème des combattants.

Le jeune homme espère secrètement ne pas devoir affronter quelqu’un ayant un avantage de type sur lui.