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Le dernier flocon [OS] de MissDibule



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» Auteur : MissDibule - Voir le profil
» Créé le 28/06/2018 à 18:16
» Dernière mise à jour le 28/06/2018 à 23:16

» Mots-clés :   Kalos   One-shot   Romance   Slice of life   Song-fic

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Le dernier flocon
Premier flocon, 21h37
Je quitte enfin l’arène. Il est tard. Le froid mordant qui s’échappe du bâtiment se mélange au souffle glacé du vent. Sur le chemin de mon appartement, un flocon vient se poser délicatement sur mon nez. Je frissonne. Décidément, je crois que je ne m’habituerai jamais complètement au climat glacial d’Auffrac-les-Congères. Je viens de Roche-sur-Gliffe, moi ! Et c’est vrai que je n’ai pas forcément très bien supporté le passage de la mer aux congères. Mais ce choc, aussi abrupt que violent, m’a permis de repousser mes limites. Ça n’a pas été facile pour moi de quitter ma ville natale. Mais je l’ai fait. Mieux, j’ai même réussi à dompter ma faiblesse.

Mon nom est Adam. Je suis le fils d’un scientifique spécialisé dans les Pokémon fossiles. C’est d’ailleurs grâce à mon père que j’ai rencontré mon tout premier compagnon : Cristal, mon fidèle Dragmara. Il est vrai que lorsque je l’ai obtenu, alors qu’il n’était qu’un petit Amagara, je n’étais franchement pas enthousiaste, et pour cause : je suis et resterai à jamais un grand frileux. Le type Glace de Cristal ne m’enchantait donc guère. Mon père le savait, et c’est précisément la raison pour laquelle il m’a confié ce Pokémon-ci. Pour m’endurcir. Combien de temps lui en-ai-je voulu pour ça… Et maintenant, je l’en remercie.

En effet, sans mon père, je n’aurais jamais éprouvé cette envie de m’intéresser aux Pokémon Glace. En tant que grand frileux, je m’efforçais de rester à bonne distance d’eux. Mais mon amitié avec Cristal m’a contraint à côtoyer ce monde que je souhaitais à tout prix éviter : le monde du froid. J’ai vécu dans cet univers glacé qui me faisait autrefois frissonner, dans tous les sens du terme. J’ai appris à connaître ces Pokémon méconnus et peu estimés. Je me suis rendu compte qu’ils sont bien plus résistants que ce que l’on pourrait croire. Je suis d’ailleurs certain que, parmi ceux qui les déprécient, peu seraient capables de subsister dans le blizzard qui constitue le quotidien des Pokémon Glace.

C’est ainsi que je me suis peu à peu attaché aux Pokémon glaciaires, malgré ma répulsion pour le froid. Je me suis découvert une véritable passion pour le dressage Pokémon, et de nombreux compagnons ont par la suite rejoint mon équipe. Depuis ce cher Cristal jusqu’au plus récent, Iceberg, mon Séracrawl. C’est pourquoi, dès que j’ai appris que le champion Urup, spécialisé dans le type Glace, cherchait un remplaçant car il partait à la retraite, j’ai immédiatement quitté Roche-sur-Gliffe pour tenter ma chance. Et ça s’est révélé payant, puisque j’ai été choisi par le champion en personne pour m’occuper de son arène. J’ai donc démarré une toute nouvelle vie de champion d’arène à Auffrac-les-Congères.

Je bâille, une légère brume s’échappe de ma bouche. Décembre est comme d’habitude un mois chargé. En effet, Noël est une période très profitable à la ville enneigée qu’est Auffrac-les-Congères. Les fêtes amènent tous les ans de nouveaux touristes, ainsi que de nouveaux dresseurs désireux de conclure leur quête des badges au plus vite, afin de pouvoir rentrer dans leurs familles l’esprit tranquille. Je les comprends, mais c’est vrai que ça me donne pas mal de boulot supplémentaire, et ça m’oblige à fermer l’arène assez tard. Interrompant mes pensées, une bourrasque glaciale balaye soudainement mes mèches brunes, qui retombent aussitôt devant mes yeux bleus. Je frémis à nouveau.

J’emmitoufle mon visage dans ma chaude écharpe rouge tricotée par Eva. Ah, Eva… La deuxième raison qui me pousse à affronter l’éternel hiver de cette ville tous les jours. Je l’ai rencontrée dans la boutique de vêtements où elle travaille à mi-temps. Rien d’extraordinaire, non, juste une rencontre banale, avec quelques échanges animés et des visites régulières, qui ont débouché sur un « je t’aime, tu veux sortir avec moi ? » mutuel, typique des adolescents à peine entrés dans l’âge adulte. Nous nous connaissons depuis trois mois, et dans deux semaines à peine, juste avant Noël, elle va venir emménager avec moi. De toute façon, ça ne va pas changer grand-chose, elle passe déjà beaucoup de temps dans mon appartement. Elle vient quand elle veut, elle a sa clé, mais… j’ai tout de même hâte qu’elle emménage. Ce sera un grand pas pour moi.

J’ai un peu de mal à montrer mes sentiments, car mon père m’a élevé seul, à la dure… Je n’ai jamais reçu beaucoup d’affection. J’ai compensé en donnant beaucoup d’amour à mes Pokémon, et ils me l’ont bien rendu, mais au niveau des rapports humains, j’ai toujours du mal. C’est pour ça qu’il m’a fallu un certain temps avant de réussir à comprendre que j’aimais Eva. Mais cet amour est néanmoins réel. Même si je reste quelqu’un de timide, Eva a réussi à faire un peu fondre mon cœur de glace, sans jeu de mots. Je ne comprends d’ailleurs pas très bien ce qu’elle me trouve. J’ai un physique somme toute banal, cheveux bruns et yeux bleus. Et comme si cela ne suffisait pas, j’ai le plus grand mal à lui exprimer ce que je ressens pour elle. Je suis constamment gêné devant elle.

Elle est mon exact opposé, quand j’y réfléchis. C’est une jolie fille, aux longs cheveux noirs et aux yeux argentés. Elle a un regard perçant, capable de sonder l’âme de n’importe qui, moi le premier. Et elle sait s’en servir. Eva est quelqu’un de déterminé. Quand elle veut quelque chose, rien ne peut l’arrêter. Ce n’est pas moi qui essayerais, en tout cas. Mais derrière cette facette assez assurée, Eva en cache une autre, plus tendre, même si elle est bien enfouie. En réalité, je pense que ce qui nous a rapprochés, elle et moi, c’est que nous sommes très passionnés. Elle souhaite devenir créatrice de mode, et moi le plus grand spécialiste du type Glace de tout Kalos, voire du monde entier. Nous sommes une combinaison que rien n’arrête. On se supporte mutuellement, et on fait tout pour aider l’autre à s’améliorer.

Ça fait déjà un bon moment que je marche. Il faut dire que mon appartement n’est pas non plus tout près de l’arène. Enfin, je ne vais pas me plaindre, ma situation est tout à fait convenable. Et puis, j’aime bien marcher dans la neige, surtout en cette période de fêtes. Alors que je traverse la rue marchande, ultime étape avant d’atteindre mon chez-moi, je remarque une vitrine qui n’est pas encore éteinte. Intrigué, je m’en approche. Je me demande bien quel genre de magasin peut être encore ouvert à cette heure-ci. Après tout, il est presque vingt-deux heures. L’enseigne semble indiquer qu’il s’agit d’une Pokémonerie. Je ne crois pas avoir jamais vu cette boutique auparavant. Ou bien peut-être que je ne l’ai jamais remarquée parce que j’ai horreur des Pokémoneries. Je déteste le commerce de Pokémon.

Comment peut-on vendre des êtres vivants, dotés d’une sensibilité, sans remords ? Certains pourraient objecter que les dresseurs qui privent les Pokémon sauvages de leur liberté ne valent pas mieux, mais je ne suis pas d’accord. Attraper un Pokémon sauvage, ça nécessite de l’entraînement, et également d’avoir au préalable tissé un lien avec une autre créature. C’est la récompense d’un travail acharné, et, à la suite d’un combat à la loyale, un nouveau compagnon rejoint les rangs du dresseur, qui promet ainsi de prendre bien soin de lui. Les Pokémon des dresseurs apprennent à se dépasser, et à progresser d’une manière qui leur aurait été impossible en restant à l’état sauvage. C’est autrement plus gratifiant que de simplement acheter un Pokémon comme une vulgaire Potion, sans avoir à fournir le moindre effort.

J’observe néanmoins la vitrine, curieux. Des mignons petits Évoli s’amusent joyeusement dans de minuscules espaces clos, dotés de jouets et de coussins. Au moins, ils ont l’air plutôt heureux… Enfin, je l’espère. Au fond de l’un des parcs à Pokémon, un Évoli reste en retrait, essayant tant bien que mal de dormir au milieu de ses congénères surexcités. Je n’en ai jamais vu de pareil : sa fourrure est argentée, de la même couleur clairsemée que les yeux perçants d’Eva. Cela fait déjà un moment que je cherche un cadeau de Noël pour elle. C’est peut-être un signe ! Désormais plus qu’intéressé, je décide d’entrer la boutique. Ce félin blanc est unique, j’en suis persuadé. Et, malgré ma répulsion pour le commerce de Pokémon, je ne peux m’empêcher de songer qu’il s’agit du cadeau parfait pour elle.

Je me dirige jusqu’au comptoir. Une jeune femme de petite taille vêtue d’un tablier rouge est occupée à ranger divers produits sur l’étagère située derrière elle. Je toussote pour faire remarquer ma présence. La jeune vendeuse sursaute, puis s’empresse de me sourire. Elle est à peine plus âgée que moi. Dans les vingt ans, je dirais. Ses cheveux blonds coiffés en nattes retombent gracieusement sur ses épaules.

Ses yeux bruns, cachés derrière ses lunettes à demi-monture rouge, me fixent avec espoir :
– Bonsoir ! Bienvenue ! Désolée pour le désordre ambiant, nous venons tout juste d’ouvrir, s’excuse-t-elle. Je m’appelle Angel. Puis-je vous aider ?
– B-bonsoir… Euh… Oui, je suppose… je balbutie.
Pff, je suis vraiment nul. Même pas capable d’aligner deux mots. J’aurais dû m’en douter. Je suis entré sans réfléchir, et j’ai encore oublié que j’avais du mal à communiquer.

Heureusement, Angel semble remarquer mon trouble :
– Ne vous en faites pas, je suis certaine que nous allons trouver ce qu’il vous faut. Vous êtes venu pour une raison particulière, euh…
Elle paraît hésiter. Long à la détente, je finis enfin par comprendre qu’elle me demande mon nom.
– A… Adam, je réussis à articuler. J’ai… J’ai vu l’Évoli gris qui est dans votre vitrine.
– Oh, cette petite ? Elle est si calme, c’est fou. Je suppose que vous demandez pourquoi elle est de cette couleur ?
J’hoche positivement la tête. J’aime quand je n’ai pas besoin d’ouvrir la bouche pour répondre à quelqu’un. Ça m’évite de bégayer comme un idiot.

La blondinette se lance alors dans une explication alambiquée sur ce qu’elle appelle les « Pokémon chromatiques ». De ce que j’ai compris, ce sont des Pokémon très rares qui possèdent une couleur différente de leur couleur habituelle. C’est le cas de l’Évoli de la vitrine. Je laisse malgré moi échapper un bâillement qui ne passe pas inaperçu :
– Oh là là, je suis vraiment désolée, quand il s’agit de Pokémon, je ne sais pas m’arrêter… J’ai dû vous ennuyer, surtout à cette heure tardive…

Je secoue la tête :
– Oh non… Je… C’était très intéressant. Je… je voulais savoir…
– Oui ?
– Combien coûte cette Évoli ?
Quel progrès ! J’ai réussi à ne pas bégayer. Je crois que quand il s’agit d’Eva, je suis bien plus courageux. Je souris. J’ai vraiment envie de lui faire plaisir.
– Eh bien… commence Angel, soudain bien moins joyeuse. Je ne vous cache pas qu’elle vaut son petit pesant d’or… Non seulement elle est chromatique, mais en plus c’est une femelle, ce qui est d’autant plus rare chez les Évoli.

Je me risque alors à demander à combien s’élève ce fameux « pesant d’or ». Angel m’annonce un prix en effet exorbitant. C’est un beau rêve qui s’envole… Voyant ma mine dépitée, elle me dit doucement :
– Écoutez… J’ai bien compris que cette petite vous a tapé dans l’œil. Si vous voulez, je peux vous la garder le temps que vous réunissiez la somme nécessaire. Qu’en dites-vous ?
– Vous… vous feriez ça ? Merci ! réponds-je, fou de joie.
Je crois que si j’étais moins timide, je l’aurais prise dans mes bras.

Elle me sourit à nouveau. Sur ce, je ne m’éternise pas plus et quitte la Pokémonerie, après avoir salué Angel. Cette fille est adorable. Elle me lance un ultime « à bientôt, j’espère !», que j’essaie de lui rendre, sans succès. Les mots restent bloqués dans ma gorge. Je me contente donc de lui sourire. C’est décidé. Je vais travailler deux fois plus pour pouvoir offrir cette Évoli à Eva. On me paye au nombre de dresseurs que j’affronte. Alors, dès demain, j’ouvrirai l’arène le plus tôt possible. Eva mérite bien que je fasse quelques sacrifices.

En rentrant à mon appartement, j’ai la surprise de trouver ma petite amie endormie dans le salon, ses cheveux noirs recouvrant son visage hâlé. C’est la première fois qu’elle dort ici, à ma connaissance. La pauvre, elle devait être fatiguée pour s’être écroulée comme ça, sans même une couverture sur elle. Pourquoi met-elle une chemise de nuit aussi légère, aussi ? C’est à croire qu’elle a envie de tomber malade. On est en décembre, quand même ! Je détourne le regard, presque gêné de la voir ainsi, court-vêtue et allongée sur mon canapé. Je suis décidément beaucoup trop timide. Eva se paierait ma tête si elle me voyait rougir à sa simple vue comme je le fais en ce moment.

Je me ressaisis tant bien que mal et me dirige vers le placard, sans bruit, et j’y récupère une couverture, que je pose délicatement sur le corps d’Eva. Puis, après un moment d’hésitation, j’écarte les épaisses mèches ondulées de son visage et dépose un petit baiser sur son front. Je suis tellement ridicule… Je dois bien être la seule personne à hésiter si longtemps avant d’embrasser la personne que j’aime. Mais tout ça est tellement nouveau pour moi… Je soupire avant d’aller me coucher à mon tour, dans ma chambre.

***

Deuxième flocon, 7h12

– Adam ? Adam !
J’ouvre les yeux avec difficulté. Qui me parle ? Mes yeux embrumés s’habituent peu à peu à la lumière. Je distingue enfin l’origine de la voix : au-dessus de moi, Eva me fixe de son regard gris perçant. Ses mèches noires m’effleurent le visage.
– T’as dormi comme un Ronflex, se moque-t-elle. Je sais que tu es fatigué, mais tu as une arène à faire tourner, tu te souviens ?
Elle joue avec mes cheveux tout en me parlant. Elle fait souvent ça. L’esprit encore ensommeillé, je mets plusieurs secondes avant d’assimiler ce que ma petite amie vient de me dire.

Soudain, je réalise ce que je viens d’entendre. Je me redresse subitement, faisant sursauter Eva :
– Quelle heure est-il ?
– Euh… Sept heures douze, m’informe-t-elle en regardant sa montre, surprise. Je t’ai laissé dormir un peu plus parce que tu avais l’air d’en avoir besoin. Au fait, je…
– Sept heures douze ? répété-je, catastrophé. Et tu me réveilles que maintenant ? Moi qui m’étais promis d’ouvrir l’arène plus tôt à partir d’aujourd’hui !
– Et comment j’étais censée le savoir ? Ça m’apprendra à vouloir être gentille avec mon petit ami si ingrat, tiens, répond-elle, plus amusée que vexée. Ce n’est pas de ma faute si tu as oublié de mettre ton réveil.

Sans répliquer quoi que ce soit, je m’extirpe du lit et constate que je me suis endormi tout habillé. Pas le temps de changer de vêtements, je suis déjà en retard ! J’enfile mes chaussures à toute vitesse, sous le regard d’Eva, qui m’observe sans rien dire.
– Hé, champion, tu comptes te coiffer avant de partir au combat ? Personnellement, j’aime bien ta tignasse, mais ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde… commente malicieusement ma copine, assise jambes croisées sur mon lit.
Mon petit manège matinal a l’air de bien la divertir. C’est vrai qu’elle ne m’a jamais vu au réveil. J’ai une fâcheuse tendance à me lever au dernier moment. J’ai honte de moi…

Je passe ma main dans mes cheveux indisciplinés. Elle a raison, j’ai une sacrée tignasse de cheveux, mais finalement, ça m’est bien égal d’être mal coiffé.
– Tu ne dois pas aller à la boutique ? je demande en guise de réponse, tout enfilant ma doudoune et mon écharpe tricotée avec amour.
Elle fait la moue :
– Si, mais… J’espérais qu’on prenne le petit-déjeuner ensemble pour la première fois… m’avoue-t-elle.
Je me fige net suite à cet aveu. J’ai presque envie d’accepter cette adorable proposition. Mais… je me suis fait la promesse de travailler plus pour lui faire un beau cadeau…
– Désolé… Mais aujourd’hui, je ne peux vraiment pas… Une autre fois ?
– Ah… Bon, d’accord… répond-elle, clairement déçue.

Je m’en veux d’avoir tué l’étincelle d’espoir dans ses yeux. J’espère que je fais le bon choix… Je reste cloué sur place un moment, avant de me décider à lui faire un bisou sur la joue pour lui dire au revoir. Elle ne dit rien mais la déception sur son visage se fait plus grande encore. Je crois que j’ai encore tout raté. Elle s’attendait probablement à ce que je l’embrasse. Je suis vraiment lamentable, c’est pas possible… Pour ne pas m’enfoncer davantage, je décide de quitter l’appartement au plus vite :
– Bon, bah… À plus…
Eva hoche la tête, dépitée. J’ai la désagréable impression d’être le plus mauvais petit ami de tous les temps.

*
Je marche en traînant des pieds dans les rues d’Auffrac-les-Congères, transie de froid. Il neige beaucoup, ces temps-ci. Le blizzard me frigorifie, mais j’y fais à peine attention. Je pense à Adam. Parfois je ne le comprends pas. Il est adorable, mais il a vraiment du mal à exprimer ce qu’il ressent. Suis-je vraiment si intimidante ? C’est vrai qu’il est aussi timide que je suis extravertie, mais… je l’aime. Et je sais qu’il m’aime aussi. Alors pourquoi a-t-on tant de mal à communiquer ? Je soupire longuement. Un flocon glacé vient se poser sur mon nez, me ramenant à la réalité. Je n’ai pas le temps de réfléchir davantage à tout ça : j’arrive à la boutique. Enfin au chaud !

En poussant la porte battante, je trouve Julien, qui, comme d’habitude, est déjà affairé à habiller les mannequins de la vitrine. En m’entendant arriver, il tourne la tête et s’avance vers moi pour me saluer.
– Yo, Eva, comment ça va ? me demande-t-il tout en me faisant la bise.
Julien est mon collègue depuis maintenant un mois. Il s’est très vite intégré, pour un nouvel employé. Cela dit, il est sympathique et travailleur, alors ça n’a rien d’étonnant. Et puis je pense que son joli minois a également fait forte impression auprès de la patronne, même s’il est bien trop jeune pour elle. Après tout, il a à peine deux ans de plus que moi, soit vingt-et-un ans. Un peu jeune donc, pour une femme qui frise la quarantaine. Enfin bon, je la comprends : c’est vrai que, du haut de son mètre quatre-vingts, avec sa natte blonde et ses étincelants yeux bleus, Julien a tout pour plaire.

Nous sommes de bons amis. Il ne parle pas beaucoup de lui-même, mais il semble adorer écouter les autres et leur venir en aide. Alors le plus souvent, c’est moi qui lui raconte ma vie. Je lui parle d’Adam et moi, de nos rêves… Je me demande toujours si je ne l’ennuie pas, à force. Mais il a l’air d’apprécier, heureusement. J’aimerais qu’il se confie un peu à moi, de temps en temps, aussi. Ça me ferait plaisir de mieux le connaître. Je ne sais même pas s’il a une petite amie, alors que moi je ne fais que lui parler d’Adam ! Et puis, surtout, j’aimerais pouvoir lui rendre la pareille pour tout ce qu’il fait pour moi.

Je lui réponds :
– Salut, Julien. Eh bien… Pas super, comme ça se voit sur ma tête, je suppose. Et toi ?
– Oh tu sais moi, ça va toujours, élude-t-il. Dis-moi plutôt, qu’est-ce qui ne va pas ?
Je dépose mon manteau et mon bonnet sur le porte-manteau de l’entrée, puis je tente de lui expliquer ce qui cause mon mal-être. Mais à peine ai-je commencé à parler que…

– Maaaaa ! intervient soudain une voix désapprobatrice dans le dos de Julien.
Nous nous tournons tous les deux vers l’origine du cri en soupirant : cette voix n’est nulle autre que celle de Congère, la Momartik revêche de la patronne. Congère travaille dans la boutique avec nous, ou plutôt, elle nous regarde travailler, tout en nous rabrouant dès que l’on s’arrête trente secondes de le faire. C’est marrant comme son surnom rime avec « mégère ».
– Oui, oui, Congère, t’en fais pas, je vais travailler… Je reviens, Julien, je vais chercher les articles qu’on a reçus hier, comme ça on va pouvoir les installer tout en discutant tranquillement, lui proposé-je.
– Ça marche, approuve mon collègue.

Where have the times gone
Baby, it's all wrong, where are the plans we made for two

Yeah, I, I know it's hard to remember
The people we used to be

And in our time that you wasted
All of our bridges burned down

Après un rapide passage dans la réserve, nous nous retrouvons côte à côte en train de plier les vêtements pour les aligner sur le présentoir. Ce faisant, je lui raconte ce qui me tourmente : Adam et sa timidité maladive, notre difficulté à communiquer...
– Et donc… Tu as l’impression que vous vous éloignez, c’est ça ? cherche à comprendre mon ami qui me fixe de ses yeux bleus, tout en pliant un pull jaune.
Je réfléchis un instant. Je n’y avais pas réfléchi de cette manière, mais… Il n’a pas vraiment tort. Et je crois que c’est ça qui me fait peur.
– Oui… Tu as raison. Je me demande...
Les mots restent bloqués dans ma gorge.

Voyant que je ne continue pas, Julien m’encourage doucement :
– Tu te demandes…?
– Eh bien… Je me demande… Je me demande comment nous en sommes arrivés là, finis-je par dire, non sans difficulté.
On croirait entendre Adam, là. Enfin, dans une moindre mesure.
– Ce n’est plus pareil qu’avant ?
Là encore, j’hésite – sans vraiment m’en rendre compte – avant de lui donner une réponse. Pourtant, au fond de moi, je sais très bien ce qu’il en est. Je baisse la tête et prononce tout bas ces mots :
– Oui. Souvent, je songe à tous nos projets… Si tu savais, on avait prévu tellement de belles choses pour l’avenir… Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? À quel moment les choses ont-elles commencé à aller de travers ?

De pures questions rhétoriques. Ce n’est pas comme si j’attendais de Julien qu’il me donne la réponse universelle… Parce que je sais très bien qu’il ne peut pas régler mes problèmes à ma place. Pourtant, il essaie de m’aider et de me conseiller du mieux qu’il peut, comme l’être adorable qu’il est :
– Peut-être que tu devrais le lui demander… déclare-t-il après plusieurs secondes de réflexion.
– À qui ?
– À Adam.

J’essaie d’imaginer ce qu’il se passerait si je posais de telles questions à mon petit ami, comme ça, de but en blanc. Il y a fort à parier que ce serait un choc pour lui. Je pense que, de son point de vue, notre situation n’a rien de dramatique. Je suis même sûre qu’il nous trouve très unis. Mais c’est uniquement parce qu’il n’est jamais sorti avec quelqu’un d’autre que moi. C’est aussi la raison pour laquelle il serait vraiment triste d’apprendre que, selon moi, notre relation bat de l’aile. Sauf que moi, mon expérience me rend lucide : je vois bien que notre couple est sur une pente glissante.

Je soupire longuement. C’est cette divergence d’état d’esprit entre lui et moi est ce qui rend la communication si difficile. Pourtant je fais tout pour arranger les choses ! J’essaie d’être la plus attentionnée possible. Déjà, pas plus tard que ce matin : je le réveille doucement, je lui propose de partager notre premier petit-déjeuner… Et lui, il se lève comme un boulet de canon, ne pensant qu’à son arène ! Il y a plus important quand même ! Surtout que Noël approche… Et puis le bisou sur la joue, alors là, c’était le comble. Je sais ! Je sais… Je sais qu’il est timide. Mais quand même… Il aurait pu faire un effort…

Et si…
– Eva ? Ça va ? T’es vraiment pâle, me fait remarquer Julien.
Ce faisant, il me ramène à la réalité. Je constate que cela doit faire dix bonnes secondes que j’ai le regard perdu dans le vide, les doigts serrés sur le jean noir que j’étais en train de plier.
– On fait aller… Je me disais simplement… commencé-je.
– Oui ? Je t’écoute. Il a les yeux rivés sur moi, un sourire compatissant aux lèvres.
Qu’est-ce que je ferais sans lui ? Parfois, je me le demande. J’ai vraiment de la chance d’avoir un tel confident.
– Et si… Et si tous nos ponts avaient brûlé ?

Il me regarde avec des yeux ronds, interloqué. Ah oui, c’est vrai, j’oublie toujours. Bah, son visage hébété a au moins le mérite de m’arracher un sourire :
– J’avais oublié qu’on était à Kalos, ici, je ne peux pas utiliser mes vieilles expressions du pays, je blague.
– Ah bon ? Tu n’es pas d’ici ? Tu ne me l’avais jamais dit, je crois, s’étonne-t-il.
– En effet. Ça va peut-être te surprendre, mais… Je suis née sur l’île d’Ula-Ula, à Alola !
– L’archipel ? Avec les Noadkoko géants ?
J’acquiesce, amusée. Décidément, les étrangers ne retiennent que ça ! Je lui fais remarquer :
– Oui, mais bon, Alola, ce n’est pas que ça ! C’est la mer, quatre îles paradisiaques, le surf Démanta, le soleil réconfortant…

Je soupire. Je crois que la chaleur de mon pays natal me manque. C’est vrai que le contraste avec Auffrac-les-Congères est saisissant ! Enfin bon, mes quelques excursions sur le Mont Lanakila quand j’étais plus jeune – et plus aventureuse, je le reconnais – m’ont servi d’entraînement pour survivre au froid glacial de cette ville. Ce n’étaient pas quelques degrés de moins qui allaient m’empêcher de déménager dans la région la plus fashion du monde ! J’aurais préféré vivre à Illumis, bien sûr, qui est LA capitale incontestée de la mode, mais mon portefeuille a dit non. Finalement, je suis à venue à Auffrac-les-Congères un peu par hasard, car c’était l’une des villes les plus abordables – justement à cause de son climat inhospitalier.

Suite à mes déclarations rêveuses quant au chaud soleil d’Alola – qui me manque, je dois bien l’avouer – Julien me dévisage un instant, puis éclate de rire :
– Je comprends mieux pourquoi t’es si frileuse !
Je ris de bon cœur avec lui. Je ne peux pas le contredire sur ce point-là ! J’ajoute :
– Ouais, je suis même pire qu’Adam de ce côté-là !
Adam. Je me souviens quand j’ai dit pour la première fois à Julien qu’il craignait le froid presque autant que moi. Il a vraiment eu du mal à le croire. En même temps, c’est compréhensible : un champion d’arène spécialisé dans le type Glace qui est un grand frileux, c’est quand même un comble ! C’est même grotesque. Mais bon, ça le rend mignon.

Cette anecdote me rappelle soudain la raison d’être de cette conversation avec mon collègue. Et je soupire à nouveau.
– En parlant d’Adam, enchaîne ce dernier, au final, ça veut dire quoi « tous nos ponts ont brûlé » ? S’il te plaît, éclaire-moi de tes connaissances exotiques, me taquine-t-il gentiment.
Je crois bien que mon petit sourire a fait s’élargir le sien. Il aime quand je souris, apparemment.
– Oh, eh bien, c’est assez simple, lui expliqué-je. C’est une expression très imagée. Imagine un pont. D’un côté, il y a moi. De l’autre, Adam. Et, avant que l’on puisse se rejoindre, le pont prend subitement feu, et chacun reste de son côté, définitivement. Le pont représente notre amour, si tu préfères.

Ce n’est qu’après les avoir prononcés que je réalise à quel point mes mots sont durs. Bon sang, qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi suis-je si négative ? Je m’en veux terriblement. Je sais que je suis injuste envers Adam. Et pourtant… Une part cruelle de moi ne peut s’empêcher de penser que tout est de sa faute. Que je suis la seule à faire des efforts pour essayer de sauver notre relation.
– Pour être imagé, c’est imagé… Une image un peu violente certes, mais efficace… concède Julien.
Je me force à sourire. Mais le cœur n’y est plus.

Julien remarque bien vite que je vais mal. Je le vois qui hésite. Je sais ce qu’il veut faire. Mais il n’ose pas. Il est bien trop prévenant pour ça. Alors je le fais de moi-même. Je me précipite dans les bras de mon collègue et ami. Et je pleure. Julien ne dit rien. Il se contente de poser sa main sur mes cheveux, gêné. On entend déjà Congère rouspéter. Mais aucun de nous deux ne lui prête attention.

À travers les vitres embuées, je vois de mes yeux – qui le sont tout autant – les flocons de neige, qui continuent à virevolter derrière les fenêtres.

***

Dernier flocon, 23h02

Enfin, c’est le grand jour… Nous sommes le 22 décembre, le jour où Eva doit venir emménager chez moi. D’ailleurs, normalement, ses cartons devraient déjà se trouver à mon appartement. Cependant, le hasard a également fait que c’est aujourd’hui que j’ai réuni la somme nécessaire pour pouvoir acheter son cadeau à ma chérie. Je ferme les portes de l’arène avec un soulagement certain. Je suis à la fois exténué, tendu et impatient. Exténué, à cause de ces deux semaines de travail éprouvantes. Je suis totalement crevé… Et j’ai à peine eu le temps de voir Eva. Mais ça valait le coup ! J’espère seulement qu’elle ne m’en veut pas trop… De toute façon, je suis sûr que son cadeau lui plaira tellement qu’elle en oubliera tout le reste ! Enfin, je l’espère. J’ai hâte de voir sa tête devant la mignonne petite Évoli grise.

Je marche à toute vitesse dans les rues d’Auffrac-les-Congères en direction de la Pokémonerie, en prenant garde à ne pas glisser sur les plaques de verglas. C’est fou combien il a neigé, dernièrement. Mais j’ai comme l’impression que la neige qui tombe se fait moins dense. À mon avis, ça ne va pas tarder à s’arrêter. Enfin bon, pas le temps de m’appesantir là-dessus. Je rentre précipitamment dans la Pokémonerie, où Angel m’accueille avec un grand sourire, comme toujours. En effet, ces derniers jours, j’ai pris l’habitude de venir voir comment va la petite Évoli après le travail, sous le regard compatissant d’Angel.

Cette fille est vraiment très gentille. Elle m’a appris des tas de choses sur le petit félin à la fourrure argentée, et même sur les Pokémon en général. Puis, de fil en aiguille, nos conversations se sont orientées vers nos vies respectives. Elle me parle beaucoup de sa famille, qu’elle adore, et de son copain, qu’elle semble aimer encore plus. Elle a même accepté de fêter Noël avec lui plutôt qu’avec eux. Fatalement, j’ai fini par moi aussi lui parler de ma vie. Mais comme dialoguer, ce n’est clairement pas ce que je préfère, je n’ai pas parlé de grand-chose à Angel, si ce n’est la raison qui me pousse à acheter cette Évoli chromatique : Eva. Mais il n’empêche que je préfère nettement écouter plutôt que parler.

Malgré tout, elle a trouvé mon geste envers ma petite amie très mignon. Perdu dans mes pensées, je viens à peine de remarquer que je suis enfin arrivé à la Pokémonerie, où Angel m’accueille avec un grand sourire :
– Coucou, Adam ! Alors, c’est le grand jour, pas vrai ? me demande-t-elle avec malice.
J’hoche la tête, tout en lui rendant son sourire. Heureusement pour moi, elle ne se formalise pas sur mon manque de paroles. Elle a bien compris que parler n’était pas mon fort. Et je l’en remercie intérieurement. Cette fille me met vraiment à l’aise. Ses yeux bruns, cachés par ses lunettes, me fixent un instant, puis elle se baisse et disparaît derrière le comptoir.

Elle reparaît bientôt, une ravissante cage blanche en forme de cloche – décorée d’un nœud rose pâle sur l’anse – dans les mains, qu’elle pose sur le comptoir. À l’intérieur se trouve une magnifique petite créature endormie. Sa fourrure étincelle. La petite Évoli argentée pour laquelle j’ai tant trimé. Qu’est-ce qu’elle est mignonne ! Comme Eva.
– Dis, Adam… Tu as réfléchi à un nom pour elle ? m’interroge subitement Angel.
Hum… Maintenant qu’elle en parle… J’avais pensé à « Eva », mais ce n’est pas une si bonne idée, finalement. Il vaut mieux que cette petite bête hérite d’un nom qui lui soit propre, plutôt que de celui d’une autre. Enfin, après tout, je suppose que ma copine préférera choisir elle-même, de toute façon.

Mais peut-être puis-je trouver un nom qui lui plaira ? J’avise le félin endormi. Sa fourrure clairsemée me rappelle vraiment quelque chose. Quelque chose d’autre encore que les prunelles perçantes d’Eva. Je jette un œil dehors, où la neige continue à tomber en flocons disparates. C’est ça !
– Flocon, annoncé-je à Angel avant même de me rendre compte de ce que je dis.
Elle me fait son plus beau sourire :
– Je trouve que c’est parfait. Ça lui va vraiment bien.
– M-merci, Angel… Pour… pour tout.
– Mais il n’y a pas de quoi, Adam. Je suis sûre que ta copine va être ravie, m’assure-t-elle.

Ça, je l’espère de tout cœur. Tremblant comme une feuille, je sors la liasse de billets pour pouvoir payer Angel. Quelle folie je fais, quand même. Je n’ai jamais acheté quelque chose d’aussi cher. Mais ça vaut le coup, je le sais. Angel finit d’encaisser, puis vient l’heure de se quitter.
– Merci à toi aussi, pour cet achat, Adam. Passe une bonne soirée, et puisque je ne pense pas qu’on se reverra d’ici là… Joyeux Noël à toi et à ta moitié !
– D-de même… Merci.
Elle me fait un signe de la main pour clore cet au-revoir. La cage de Flocon dans les mains, je quitte la boutique, béat.

La neige qui tombe a peut-être baissé en intensité, n’empêche qu’il fait toujours aussi froid. Le vent glacial me paralyse les os et réveille Flocon par la même occasion. J’essaie tant bien que mal de protéger sa cage avec ma veste. Et, pour son bien autant que pour le mien, j’accélère et me dépêche de rentrer à mon appartement avant que nous finissions tous les deux transformés en glaçons. Ça y est, je le vois ! Le grand bâtiment qui abrite mon appartement. Je tape le code pour rentrer, puis je m’engouffre à l’intérieur avec soulagement : ô douce chaleur !

Tiens ? Tout est noir, dans l’entrée. Bizarre. En montant les escaliers – que j’ai fini par repérer dans la pénombre – je croise la concierge qui ne tarde pas à m’expliquer ce qui se passe :
– Bonsoir, Adam. Vous ferez bien attention, les plombs ont sauté à cause de la neige, me prévient-elle.
Je la remercie de cette information – qui n’est cependant pas des plus plaisantes – puis je la laisse vaquer à ses occupations nocturnes. Moyennement rassuré, je m’empresse de m’éclairer grâce à mon téléphone. Je ne voudrais pas me casser la figure juste avant d’atteindre mon appartement.

Heureusement, je n’habite qu’au deuxième, et j’atteins mon logement sans encombre. Je me demande pourquoi Eva ne m’a pas prévenu de cette coupure… Arrivé devant la porte de mon appartement, j’ai un mauvais pressentiment. Je tente maladroitement d’insérer la clé dans la serrure avec une seule main, ce que je réussis à faire après quelques secondes d’acharnement. La porte s’ouvre enfin sur mon appartement illuminé par la faible lueur de la lune. Vide de toute âme. Aucun bruit ne se fait entendre. Il est comme je l’ai laissé ce matin. Sauf qu’Eva n’est pas là, et ses cartons non plus. Mais enfin, qu’est-ce qu’il se passe ? Je commence à paniquer et à imaginer les pires scénarios possibles. Sauf que, bien souvent, le pire des scénarios possible, on ne l’envisage même pas.

J’éclaire le sol, qui me révèle qu’en réalité, quelque chose a changé depuis mon départ. Par terre se trouve un paquet-cadeau, ainsi qu’une lettre. Je refuse de comprendre. Je ferme précipitamment la porte sans même la verrouiller. Puis je pose la cage de Flocon au sol, m’assieds sur le tapis et commence à lire avidement la lettre, à l’aide de mon téléphone. Je n’ai même pas besoin de lire la signature pour savoir de qui elle vient, l’écriture fine et élégante me suffit pour le deviner. Mais je préfère encore me voiler la face. J’y crois encore.

Oh, you turned your back on tomorrow
'Cause you forgot yesterday
I gave you my love to borrow
But you just gave it away

You can't expect me to be fine
I don't expect you to care
I know I've said it before
But all of our bridges burned down

« Adam,

Je suis sincèrement désolée d’en être arrivée là. Mais tu ne m’as pas laissé le choix. Je crois que nous sommes simplement trop différents. Je t’aimais… Et tu m’aimais aussi, je le sais parfaitement. Alors, pourquoi m’as-tu laissée seule ? On ne se voyait presque plus, toi et moi. Tu étais de plus en plus en plus loin. J’ai essayé de te faire comprendre que tu me manquais. J’ai tout tenté. Mais tu n’as pas compris. C’était comme si tu n’étais plus avec moi. Tu ne m’entendais plus, tu ne m’écoutais plus. Peu importe la raison, le constat est on ne peut plus clair : je ne sais pas comment ni pourquoi mais… je t’ai perdu.

Ne t’imagine pas que c’est facile pour moi. Que notre rupture ne me touche pas. Je vais avoir beaucoup de mal à m’en remettre. J’en ai beaucoup pleuré, et j’en pleurerai encore longtemps, c’est certain.

Heureusement, quelqu’un est avec moi dans cette épreuve. C’est ce que je te souhaite également. De te trouver quelqu’un d’autre, quelqu’un qui saura te comprendre mieux que je ne l’ai fait, et vice-versa. Car pour nous tout est terminé.

Tous nos ponts ont brûlé, Adam.

Je pense que tu m’as côtoyée assez longtemps pour savoir ce que cela signifie. Et je suis sûre, que, comme moi, tu t’es enfin rendu compte qu’il n’y a plus aucun moyen de les réparer, maintenant. Je laisse ton cadeau de Noël avec cette lettre, qui s’apparente plutôt à un cadeau d’adieu, maintenant.

Adieu, Adam.

Eva. »

I've wasted my nights,
You turned out the lights
Now I'm paralyzed
Still stuck in that time
When we called it love
But even the sun sets in paradise

Je n’arrive pas à croire ce que je viens de lire. C’est comme si le sens des mots m’échappait totalement. Je lis et relis inlassablement la lettre. Mot après mot, je commence à réaliser. Mais je ne comprends toujours pas. Eva m’a quitté… Alors que tout ce que je préparais, c’était une surprise pour elle !

Tout mon monde s’effondre. Ma petite amie, ma joie, et même mes économies… Toutes parties en fumée. Bien joué, Eva, tu sais soigner ta sortie. Tu as même réussi à éteindre les lumières ! Grâce à toi, j’ai gâché toutes mes soirées. Et maintenant, je suis là, sur le sol de mon appartement, paralysé par tes effroyables mots. Quand je repense à ce beau temps perdu que tu évoques dans ton abominable lettre… Il faut croire que même au paradis, le soleil finit un jour par se coucher, hein ?

Je regarde la lettre avec incompréhension. Je dois parler à Eva. Je veux comprendre ses raisons. Je veux qu’elle me les explique d’elle-même. Mais elle ne répondra pas si elle voit mon numéro s’afficher, pas plus que si je l’appelle en numéro masqué.

Je sais ! La cabine téléphonique.

Celle qui est devant l’immeuble. Je me lève en sursaut – ce qui fait tressaillir Flocon dans sa cage – et je me rue hors de chez moi. Je dévale les escaliers, toujours éclairé par la seule lueur de mon téléphone. Je suis certain que j’ai l’air complètement taré. Mais je m’en fiche. Les apparences m’importent peu, en ce moment. Je repasse devant la concierge éberluée et me précipite dehors. La neige a quasiment cessé.

I'm at a payphone trying to call home
All of my change I spent on you

J’entre dans la cabine téléphonique le cœur battant. J’insère les maigres Pokédollars qu’il reste après l’achat de Flocon dans la machine. Mes doigts tremblent en composant le numéro d’Eva. Une tonalité. Réponds… Deux tonalités. Réponds… Trois tonalités. Réponds, nom d’Arceus ! Bon sang, Eva, c’est vraiment comme ça que tu veux mettre fin à notre relation ? Moi qui essaie désespérément de t’appeler depuis une cabine téléphonique ? Je suis sûr que j’ai l’air totalement misérable. Et tu sais pourquoi, Eva ? Parce que j’ai dépensé sans compter pour toi. J’ai tout mis en œuvre pour toi. Pour t’offrir un merveilleux cadeau. Et tout ça pour quoi ? Pour que dalle.

Je raccroche le téléphone d’un geste rageur. J’en veux à la Terre entière. Mais surtout à Eva. Je tourne les talons pour revenir à mon appartement. Je tape le code avec fureur et monte les marches quatre à quatre. Je me retrouve à nouveau chez moi. Cette fois-ci, je verrouille à double tour : je ne veux plus voir personne. Je suis seul et je compte le rester. Un faible couinement me rappelle cependant que je ne suis pas tout à fait seul : sur le sol gît la cage de l’Évoli encore prisonnière, qui semble lassée d’être enfermée ainsi. Oh, pauvre Flocon, désolé de t’avoir oubliée… Je m’empresse de libérer le petit félin qui me remercie en se frottant contre moi.

Je ne mérite pas cette adorable créature… Mais je compte bien la garder à mes côtés quand même. Flocon ne doit pas souffrir à cause d’Eva ou de moi. Et puis, je ne pourrais jamais la ramener à Angel sans m’en vouloir. Elle m’a confié que sa boutique allait mal. Ce serait un véritable couteau dans le dos que de lui demander de me rembourser.

Mes pensées s’embrouillent. Je regarde Flocon découvrir l’appartement sombre pendant que je me laisse choir sur le sol. Je suis misérable. Là, par terre, dans la pénombre de mon vestibule, pour la première fois depuis que ma vie a pris ce sinistre tournant, je me mets à pleurer.

If Happy Ever Afters did exist
I would still be holding you like this
All those fairy tales are full of shit
One more fucking love song, I'll be sick


Alertée par mes sanglots, Flocon revient vers moi en courant sur ses petites pattes. Mais, dans sa précipitation, elle percute la table du salon, où se trouvait le poste de radio, qui tombe au sol. S’il te plaît, ne t’enclenche pas, s’il te plaît, ne t’enclenche p…

« Et on retrouve le numéro trois des chansons de l’hiver : “Tout ce que je veux pour Noël, c’est toi“ ! » déclare soudainement une voix féminine – beaucoup trop aiguë – qui me vrille les tympans. Raté. Bon, au moins, Flocon ne semble pas blessée. Elle s’approche de moi alors que commence la chanson dont vient de parler la présentatrice. Une chanson naïve, aux paroles mièvres et irréalistes. Ce ne sont que des conneries, tout ça. N’est-ce pas, Eva ? Si les fins heureuses existaient, je serais toujours en train de te serrer dans mes bras. Tous les chants de Noël et les contes de fée sont bourrés de conneries.

De longues minutes passent, et l’écœurante chanson s’achève enfin. Mais une autre lui fait bien vite suite, présentée par la même animatrice braillarde. Une autre putain de chanson d’amour. Je sens que je vais vomir. Subitement, je me lève et envoie valser le poste de radio d’un coup de pied, en espérant qu’il s’éteigne, ce qui est le cas, vu le violent choc qu’il a reçu. Tant mieux.

J’ai du mal à parler aux autres et je suis timide. C’est vrai. Mais seul, je me permets de penser des mots que je ne prononcerai jamais. Tout comme il m’arrive d’avoir des accès de colère. Flocon ronronne près de mes jambes : elle essaie de m’apaiser, je crois. Elle est adorable. Puis elle se met à tirer sur mon pantalon. On dirait qu’elle veut que je voie quelque chose. Désespéré et n’ayant plus rien à perdre, je suis mon nouveau Pokémon qui m’amène jusqu’à la porte-fenêtre d’où filtre la lumière de la lune. Celle qui donne sur le balcon.

Il a cessé de neiger. Flocon pose sa patte contre le verre et me jette un regard plein d’espoir. Je crois qu’elle veut aller sur le balcon. Pourquoi pas ? Je lui ouvre, puis nous nous retrouvons tous les deux sur la petite plateforme enneigée. Il ne neige plus. De toute façon, je suis dans un tel état que même le froid ne me fait plus rien. Je contemple la ville endormie sous la neige. Elle paraît sereine et paisible. Je sais qu’Eva est là, quelque part dans cette même ville. Et qu’elle ne veut plus me voir. Parce qu’elle l’a décidé ainsi. J’étouffe un nouveau sanglot. Pour m’empêcher de pleurer, je me tourne plutôt vers Flocon.

Elle semble très satisfaite : elle s’amuse dans la neige. Je la regarde faire en souriant. Mon premier sourire depuis que tout cela est arrivé. Je la contemple un long moment jouer sur le manteau blanc, quand soudain, un flocon vient se poser sur son petit museau fragile et la fait éternuer. Le tout dernier flocon. Je lève la tête : peu importe combien de flocons il reste dans ce froid ciel d'hiver, le dernier Flocon sera le mien. Je souris de plus belle :
« Tu sais quoi Flocon ? Je crois que finalement, tout n’est pas si mal. »

Je viens d’avoir une idée.

***

Flocon de Noël, 19h58


Je renifle encore une fois. Qu’est-ce que je dois être belle, avec mes yeux bouffis. Heureusement que mes lunettes cachent un peu ce désastre. Et joyeux Noël, hein, comme ils diraient tous… Le 25 décembre. Jour de fête. Une fête familiale pour certains, romantique pour d’autres. Et ni l’une ni l’autre pour moi. Je devais passer Noël avec mon copain. J’ai dit non à ma famille pour lui. Mais il est parti avec une autre. Le plus beau des cadeaux de Noël, en somme. Peut-être qu’il m’a toujours trompée. Ça ne m’étonnerait même pas. C’est vrai, après tout, Angel est mignonne, Angel est gentille, Angel est bien trop conne pour en vouloir à qui que ce soit ! Ça me rend malade.

Je ne sais même pas ce que je fais encore là. La boutique n’intéresse personne en temps normal, alors, le jour de Noël, n’en parlons même pas. J’essuie une nouvelle fois mes yeux humides et me lève de mon sempiternel tabouret. J’enfile mon manteau rouge, quand soudain, un jeune couple s’approche ma vitrine. Des clients potentiels ? Non, ça m’étonnerait. Pourtant, ils entrent !
– Bonsoir ! Bienvenue, que puis-je faire pour vous aider ? les salué-je poliment, un faux sourire sur le visage. Il faut dire que je suis la reine des faux-semblants, je crois. J’ai bien réussi à cacher à Adam qu’il me plaisait, par exemple. Dire que j’avais des remords d’éprouver ces sentiments… Et j’ai tout perdu, finalement. Mon copain est avec une autre, et Adam avec sa petite amie. J’ai été une belle idiote, en somme.

Ils me saluent à leur tour, l’air gêné. Finalement, c’est la jeune femme qui prend la parole :
– Désolés, nous ne sommes pas des clients… C’est juste que vous êtes la seule boutique ouverte dans les environs…
– Il n’y a pas de problème. Vous avez besoin d’aide ? demandé-je doucement.
Si je peux au moins aider une seule personne aujourd’hui, alors je n’aurais peut-être pas tout perdu.
– En fait, nous cherchons l’arène Pokémon, intervient son mari.
– L’arène ? Pourquoi donc ? Elle est sans doute fermée, le champion doit être en train de fêter Noël.

Enfin, je dis ça, mais je n’en sais strictement rien, en fait. Je ne suis pas ici depuis très longtemps, et, comme les combats Pokémon ne m’intéressent pas plus que ça, je ne me suis jamais trop attardée du côté de l’arène Pokémon. Mais ça semblerait logique que le champion soit parti fêter Noël, non ? Et pourtant il faut croire que non :
– Voyez plutôt vous-même, me répond l’homme en me tendant un bout de papier.

Il s’agit d’une affichette colorée sur laquelle il est écrit : « Ceci est un message adressé à tous ceux qui fêtent Noël en solitaire. Ne restez pas seuls. Si le cœur vous en dit, le champion d’arène d’Auffrac-les-Congères vous invite à venir fêter Noël dans son arène, le 25 décembre à partir de 20h. »
Stupéfaite, je rends le prospectus à l’homme. J’ignorais que la ville abritait un champion aussi généreux. Je fais part de mes pensées au couple, qui acquiesce aussitôt. Apparemment, leurs familles n’approuvent pas leur mariage, alors ils se retrouvent seuls, sans trop d’argent. Comme moi…

C’est bien triste, pour eux comme pour moi. Heureusement qu’il existe des personnes comme ce champion, prêtes à tendre la main aux autres. Bon, c’est décidé, je vais venir avec eux. Après tout, je n’ai strictement rien à perdre. Je demande au couple de m’attendre, je ferme la boutique puis je les guide à travers la ville jusqu’à l’arène glaciale, décorée de guirlandes et d’une banderole où il est écrit en lettres d’or : « Joyeux Noël à tous ! ». À l’intérieur, il règne une atmosphère festive : un buffet bien garni est dressé, et enfants comme adultes glissent sur le sol gelé du terrain de combat reconverti en piste de danse. Une douce mélodie s’échappe des enceintes, et il y a même un sapin de Noël blanc, recouvert de guirlandes dorées et rouges – ma couleur préférée.

Le couple s’éloigne rapidement après m’avoir chaleureusement remerciée. Bon… Que faire maintenant ? C’est bien gentil d’avoir voulu venir, mais je crois que j’ai agi trop vite, comme d’habitude. Pourquoi ne pas trouver le champion pour pouvoir le remercier ? C’est quand même la moindre des choses. Je me dirige vers le buffet où est rassemblée une petite partie de la foule. Le champion se trouve sans doute parmi tous ces gens. Je me fraie un chemin au milieu d’eux, ce qui n’est pas chose aisée, quand enfin j’aperçois un jeune homme en train de saluer – l’air très mal à l’aise – les personnes qui l’abordent pour le remercier. Alors il doit s’agir du champion !

Soudain, je me fige à sa vue. Non, je ne rêve pas. C’est bien Adam que je vois là, une coupe de champagne à la main. Et je crois qu’il m’a vue…

*
Ça alors, je n’en reviens pas. Angel, ici ? Elle ne devait pas passer la soirée avec son copain ? Cela dit, moi aussi, en principe, j’aurais dû… Enfin, ses yeux rouges m’indiquent que, comme les miens, ses plans ont dû changer, et pas au mieux. En tout cas, je suis heureux de la voir :
– B-bonsoir Angel ! C’est un plaisir de… de te voir, même si je t’avoue que je ne m’y attendais pas vraiment. Tu cherches quelqu’un ?
– Bonsoir Adam… Oui, je cherchais le champion… Et j’ai l’impression que je l’ai trouvé, me répond-elle avec un petit sourire en coin.
– Eh bien, o-oui, en effet… Tu l’as en face de toi.
Wouah. Je crois qu’à part devant ma famille et Eva, je n’avais jamais parlé aussi distinctement à quelqu’un. Je n’ai presque pas buté sur les mots.

Contre toute attente, elle éclate de rire. Un rire sonore et joyeux, que j’entends pour la première fois :
– Je n’y crois pas ! C’est toi le champion ? Je n’aurais jamais cru ! Pourtant, reprend-elle en séchant ses larmes de rire – ou pas – j’aurais dû me douter que seul toi pouvait être assez généreux pour organiser tout ça.
– Oh, ce… ce n’est pas grand-chose… Si ça peut me permettre d’aider ceux qui ont besoin d’un peu de… chaleur, en cet hiver rude, alors c’était la bonne chose à faire, réponds-je simplement.
– Mais attends, comment tu peux être un champion spécialisé dans le type Glace ? Tu es toujours frigorifié quand tu rentres dans ma boutique ! me demande-t-elle, amusée et curieuse.
Gêné, je me gratte l’arrière du crâne et réponds :
– Oh ça… C’est… C’est une longue histoire. Je te raconterai, un jour… Euh, si tu veux bien, hein…

Elle opine du chef, puis nous continuons à parler de tout et de rien pendant encore quelques minutes, mais personne n’ose poser LA question qui fâche. Finalement, c’est elle qui se lance, car elle a bien plus de courage que moi, il faut se le dire…
– Mais… et ta copine ?
Bingo. Je réplique du tac au tac, sans même balbutier :
– Et ton copain ?
Cela fait mouche, elle n’insiste pas, la tête basse, préférant changer de sujet :
– Mais comment tu as pu organiser tout cela ? Tu ne m’avais pas dit qu’acheter Flocon était une vraie folie ? Où as-tu trouvé l’argent nécessaire ?
– Ah, on ne demande pas le secret de ses tours à un magicien, dis-je malicieusement, en lui faisant un clin d’œil.

Ça y est, je ne bégaye même plus. Angel n’est décidément pas comme les autres… Mais c’est justement la raison pour laquelle je ne peux pas lui dire que je me suis fait un peu d’argent en revendant les vieilles affaires d’Eva, et plus particulièrement, son cadeau de Noël : un nouveau poste de radio pour remplacer l’ancien. Bizarrement, ça ne me plaisait pas trop comme cadeau. Oh, et puis, assez parlé d’Eva. Pour me changer les idées – ainsi que celles d’Angel – je sors Flocon de sa Luxe Ball récemment acquise, pour qu’Angel puisse la revoir. Flocon est ravie de retrouver son ancienne propriétaire, et c’est réciproque.

Je les observe en silence : une jolie jeune fille aux fins cheveux blonds plongeant ses doux yeux bruns dans ceux de mon adorable Évoli au pelage argenté. Celle-ci se frotte à Angel, qui, ravie, la caresse d’autant plus.

C’est Noël. Une chanson douce – mais surtout pas mièvre – émane des haut-parleurs, et j’ai une adorable fille en face de moi. Une fille que j’aime beaucoup. La chose à faire n’est pas difficile à deviner. Le moi d’il y a à peine quelques jours n’aurait même pas osé en rêver. Mais ma mésaventure m’a plus endurci que n’importe quelle autre épreuve. Je me sens prêt à tout affronter, même un refus…

C’est pourquoi je n’hésite pas une seconde de plus. Je pose doucement mon verre, puis je tends galamment mon bras à l’ange radieux qui me fait face.
– M’accorderiez-vous cette danse ? demandé-je d’un ton plein d’assurance que je ne me connaissais pas.

Ses yeux s’illuminent suite à ma proposition. Par un chaleureux et éclatant sourire, j’ai la joie immense de constater que mon invitation est acceptée. Nous nous précipitons alors sur la piste gelée, poursuivis gaiement par un éclat argenté.

Bientôt, nous tourbillonnons ensemble sur le plancher de givre, tels deux flocons de neige pris dans la tempête.

Ou plutôt, trois flocons de neige.