Pikachu
Pokébip Pokédex Espace Membre Forum
Inscription

Team Rocket X-Squad de Malak



Retour à la liste des chapitres

Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 24/06/2018 à 08:00
» Dernière mise à jour le 24/06/2018 à 08:00

» Mots-clés :   Action   Fantastique   Organisation criminelle   Présence d'armes   Présence de Pokémon inventés

Si vous trouvez un contenu choquant cliquez ici :


Largeur      
Chapitre 367 : Désherber le monde
Lady Venamia ouvrit les yeux, et elle fut surprise de pouvoir encore faire ce simple geste. Il n’y avait pas un endroit de son corps qui ne la faisait pas souffrir. Sa respiration était sifflante, laborieuse, signe que ses poumons avait été endommagés ; peut-être par des morceaux de côtes brisées ? Car des os en miettes, elle devait en avoir un paquet maintenant. Elle se souvenait du coup de pied de Galatea, tellement fort qu’il l’avait envoyé valser sur plusieurs mètres avant qu’elle ne se cogne aux remparts de la capitale. Elle avait perdu connaissance sur le coup, alors certaine d’avoir trouvé la mort. Vu son état actuel, il aurait peut-être mieux valu. Elle gémit quand elle ressentit un pic de douleur sur le flanc gauche.

- Tenez le coup, madame, fit une voix qui lui semblait familière. Un morceau de roche vous a transpercé ici. Je l’ai retiré, et je m’emploie à stopper l’hémorragie. Veuillez ne pas bouger pour le moment.

- Bouger ? Marmonna Venamia. Je crois… qu’il y a peu de risque à ce niveau là.

Elle reconnut son fidèle Ian Gallad, commandant de la GSR, qui était en train de lui prodiguer des soins et de lui faire des injections. Lui aussi avait l’air particulièrement mal en point. On aurait dit que son visage avait été écrasé, et son armure de GSR était en miettes.

- Vous avez l’air d’avoir passé une sale journée, Ian…

- Vous encore plus, renchérit le GSR.

Venamia acquiesça en souriant douloureusement. Étrangement, sa défaite et l’état lamentable dans lequel elle se trouvait ne lui provoquèrent aucun déferlement de haine. Elle se sentait au contraire presque… soulagée, en un sens. Elle avait perdu. Elle avait donné tout ce qu’elle avait, elle avait monté les plans les plus poussés, mais elle avait quand même perdu. C’était donc que ce monde ne voulait pas d’elle pour le diriger. Le monde n’avait pas besoin d’elle, comme l’avait dit Julian. Eh bien, qu’il se débrouille seul ! Venamia avait assez donné. Elle était fatiguée. Même la mort ne l’aurait pas dérangée, en ce moment.

- Galatea n’y est pas allée de main morte, répondit Venamia. Et vous, qui vous a mis dans cet état ?

- Régis Chen, dans le bâtiment de la Sylphe. Je lui revaudrai ça un jour.

- Ça m’étonnerait qu’on nous laisse l’occasion pour ça. Je suis déjà assez étonnée que Galatea ne m’ait pas achevée, ou que personne ne m’ait arrêtée, constata Venamia.

- Je crois qu’ils ont tous quelque chose d’autre à penser pour le moment. Tuno et ses Réprouvés ont débarqué en ville il y a peu, et ils font vraiment du vilain.

- Ah bon ?

Venamia était vaguement surprise, mais elle décida qu’elle n’en avait plus rien à faire. Que les Réprouvés saccagent donc tout. Venamia n’était plus responsable de cette ville, ni de ce pays. Qu’ils humilient donc la FAL tout comme cette dernière l’avait humiliée elle…

- Comment je vais pas bien ? Demanda Venamia.

- Vous souffrez de multiples fractures sur tout le corps. Vos poumons ont sans doute été perforés. Comme j’ai dit, vous avez une lourde blessure sur le flanc gauche. Et il est possible que votre colonne vertébrale soit endommagée, et que vous perdiez l’utilisation d’un ou de plusieurs membres.

- Charmant. C’est bien de Galatea, de saloper le boulot à ce point. Elle aurait dû viser la tête et en finir sur le coup…

- Ne dites pas cela, madame ! Protesta Ian. Vous avez encore beaucoup à faire. Vous me l’aviez promis, vous vous souvenez ? Que vous alliez changer le monde ? Que vous alliez faire appliquer la véritable justice partout ? Je vous ai suivi, car j’ai cru en vos paroles, en votre détermination !

Le grand gaillard blond semblait presque en colère, lui qui pourtant était toujours stoïque.

- Désolé de vous le dire, mais vous vous êtes trompé, répondit Venamia. J’ai échoué, et je n’ai plus rien.

- Vous avez toujours votre esprit, votre intelligence. C’est ça qui vous a amené jusqu’ici !

Venamia ricana, et regretta cela car ça lui fit un mal de chien.

- Ce qui m’a amené jusqu’ici, c’est une mécanique bien huilée, une bonne propagande, et de nombreux coups de chance. Ah, et aussi ce connard de Pokemon dans ma tête, grâce à qui je pouvais lire l’avenir.

Ian haussa les sourcils. À l’inverse de Vilius, à qui Venamia l’avait avoué, Ian n’était pas au courant que Venamia hébergeait Horrorscor dans sa tête, et s’était toujours refusé à croire les rumeurs à ce sujet.

- Même ça, c’est fini, poursuivit Venamia. Il m’a repris cette capacité, arguant que je ne lui servais plus à rien…

Venamia pouvait toujours ressentir la présence d’Horrorscor dans sa tête, mais ce dernier était totalement silencieux et inerte. Sa conscience devait désormais totalement se trouver du côté du Marquis. Il avait abandonné Venamia, qui n’était plus qu’un simple hôte pour lui ; un hôte inutile qu’il quitterait dès sa mort prochaine.

- La FAL ne tiendra pas bien longtemps, continua Venamia. Elle ne pourra jamais intégrer totalement le Grand Empire et consolider ses défenses avant que le Marquis des Ombres n’arrive. Le monde va tomber entre ses mains, et Horrorscor aura gagné.

Venamia avait pris un ton fataliste. Elle ne pouvait pas empêcher ça. Elle aurait pu, si tous ces imbéciles ne l’avaient pas défié, s’ils s’étaient ralliés à elle et qu’ils l’avaient servie. Mais ils avaient préféré leur liberté illusoire et temporaire. Tant pis pour eux. Tant pis pour le monde. Venamia n’en avait plus rien à faire.

- Vous ne pouvez pas renoncer ! S’écria Ian en la secouant presque. J’ai planqué un chasseur dans un poste souterrain non loin des remparts ouest. Nous nous enfuirons, et vous pourrez tout reconstruire loin d’ici. Quand la FAL se cassera les dents face aux Agents de la Corruption, le peuple criera votre nom en attendant votre retour !

- Qu’en ai-je à faire, du peuple ? Il m’a rejeté, commet tous les autres. Je ne lèverai plus un seul petit doigt pour lui. Et bon sang, Gallad, ouvrez les yeux ! Je ne suis pas celle que vous croyez ! Vilius avait raison, dans son discours : je me sers des autres. Je me suis servie de vous. Vous n’étiez qu’une pièce d’échec dans mon jeu. Je me fiche des individus !

Ian hocha la tête, pas du tout offensé ou en colère.

- Je le sais. Et c’est pour ça que j’ai continué à vous suivre. Vous savez voir au-delà des personnes pour ne regarder que le collectif, que la globalité. Vous ne vous embarrassez pas d’émotions inutiles, vous ne vous détournez pas de votre but. C’est pour cela que, pour moi, vous serez toujours une dirigeante mille fois meilleure que tous ces démagogues qui ne pensent qu’à satisfaire telle ou telle personne. Alors… continuez à vous servir des autres ! Continuez à vous servir de moi ! Donnez-moi vos ordres, Dirigeante Suprême !

Venamia pensait s’être débarrassée de toutes ses émotions depuis longtemps, mais elle fut étrangement touchée de constater la sincérité de la loyauté de Ian Gallad. Il savait que Venamia se servait de lui, qu’elle ne lui accordait qu’une importance limitée, et pourtant, il voulait continuer à la servir, tout simplement parce qu’il croyait en elle. C’était peut-être la seule personne qui lui restait actuellement, mais ça ne signifiait pas rien. Et puis… Venamia avait oublié quelque chose d’important. Elle ne pouvait pas abandonner maintenant, pour cette chose.

- Amenez-moi à votre chasseur, commandant Gallad, et quittons cette ville, ordonna-t-elle finalement. Le monde n’a peut-être pas besoin de Lady Venamia… mais il existe encore quelque chose qui a besoin d’elle.

Gallad ne comprit pas, mais il s’en fichait. Il se mit au garde à vous avec rigueur et souleva à moitié sa supérieure pour avancer vers le monte-charge des remparts. Comme un symbole que le combat de Venamia n’était pas terminé, l’éclair d’Ecleus, qu’elle avait perdu durant son combat contre Galatea, descendit des cieux pour revenir se loger dans sa main.


***


Le groupe d’Anna avait fini par trouver le fameux laboratoire de Crenden. Il était rempli d’objets en tout genre, dont la grosse majorité relevait de la pure inconnue pour la jeune femme. Mais Adélie Dialine, qui était avec eux, sembla trouver tout ce bazar fort intéressant.

- Je ne l’ai jamais rencontré, ce Crenden, mais il m’a l’air d’un mec tout à fait fascinant, commenta-t-elle à observant tour à tour chacune de ses inventions. Oh, et ça là, ce ne serait pas un inhibiteur à particule fine ?! J’ai tenté d’en créer un pendant un an, pour immuniser les Pokemon contre les attaques de statut, sans succès ! Dites, votre scientifique là, il ne serait pas intéressé par un mariage avec une nana riche et de bonne famille ?

- Tu risques de t’emmerder, la prévint Zeff. Ce gars est un chiant de première. Il ne s’intéresse à rien à part à la science, et sûrement pas aux femmes.

- Ça tombe bien, je n’ai que peu d’intérêt pour les mecs de mon côté. On pourrait se marier pour la forme, puis faire chambre à part et ne se parler que pour le boulot.

Anna se mit à fouiller dans tout ce fourbi pour dénicher le fameux trident de Triseïdon. Mais après qu’ils aient tout retourné à quatre pendant cinq minutes, ils devaient se rendre à l’évidence : le Dieu Guerrier n’était pas ici. Ou plus ici…

- Krova nous aurait menti ? Demanda Bertsbrand.

- Ça m’étonnerait, répondit Anna. C’est un lâche de première. Il était vraiment persuadé que Triseïdon était ici. Quelqu’un l’a peut-être repris depuis. Regardez, il manque clairement un truc là…

Anna désigna une table horizontale servant visiblement à exposer quelque chose, sauf qu’il n’y avait rien dessus.

- J’aime pas ça… grommela Zeff. Si quelqu’un est déjà passé ici pour s’emmener des trucs, y’a risque que ça pète encore quelque part. J’suis sûr que sur tout ce qu’il y a dans ce labo, plus de la moitié ne doivent pas vraiment servir à la paix dans le monde ou dans le développement durable. Si Crenden fabriquait tout ça pour Venamia, c’était forcément dangereux.

- On peut seulement prévenir m’dame Boss, puis la FAL analysera tout quand toute la ville sera sous contrôle, dit Anna. On peut rien faire de plus pour le moment. Puis bon, Triseïdon ne passe pas vraiment inaperçu, quelque soit sa forme. Si quelqu’un se l’est embarqué pour faire mumuse avec, on le trouvera vite.

Anna communiqua avec Estelle via comlink, avant de déclarer :

- Ils ont trouvé le marmot de Venamia, et Vilius est avec eux, prêt à se rendre. Je crois qu’on peut mettre les voiles nous aussi.

- Une bataille finale rondement menée, conclut Bertsbrand.

- Ouais, et pas grâce à toi.


***


Vrakdale avait du mal à croire ce qu’il voyait devant lui. Dans la caserne de la GSR, il y avait un engin aux allures apocalyptiques, avec un nom de code très visible dessus : ARCTIMES-001.

- C’est quoi ce truc ? Demanda Aton, le Sygmus de Steelix. Une bombe ?

Vrakdale échangea un regard avec Lilwen. Eux deux savaient très bien ce que c’était, bien qu’ils n’en avaient jamais vu. La bombe Arctimes, fabriquée par la Team Rocket il y a des décennies : une bombe temporelle, faisant avancer le temps à toute vitesse dans une zone pré limitée. Le projet auquel le père du Maître des Cauchemars, le précédent Vrakdale, Fedan, avait participé. Le projet qui avait fait de sa vie un enfer après un accident qui l’avait emprisonné dans une boucle temporelle très lente dans laquelle il se consumait à petit feu. Le projet qui avait privé le jeune Aedan Tuno de père.

Pourquoi ? Pourquoi un tel appareil se trouvait-il ici, alors que le projet était mort et enterré, ayant été jugé trop dangereux ?! Était-ce une idée de Venamia ? Avait-elle eu l’intention d’exterminer tous les habitants de sa propre capitale si jamais elle perdait ? Vrakdale ricana pour lui-même. Bien sûr que ça ne pouvait être que son idée. Ça lui ressemblait tout à fait. Et ce n’était qu’une preuve parmi tant d’autres que le Grand Empire était pourri. Mais au-delà de la simple indignation, Vrakdale était en colère. Non contente de lui avoir pris sa femme, sa mère et sa fille à naître, Venamia osait maintenant salir la mémoire de son père en remettant au goût du jour cette bombe horrible.

Arrêterait-elle un jour de cumuler les raisons de la haine de Vrakdale ? Jusqu’où pourrait-elle aller pour piétiner le Maître des Cauchemars ? Mais peut-être… Peut-être que cet engin tombait à pic, justement. Vrakdale n’aurait qu’à retourner l’arme de la GSR contre elle. Il ferait ainsi d’une pierre deux coups : montrer à tout le monde ce que Venamia avait prévu, et à la fois se débarrasser de tout ce qui restait du Grand Empire et de la FAL dans cette ville assiégée à moindre frais. Une idée fort plaisante, oui…

- Lilwen, ordonne à tout le monde de se replier, ordonna Vrakdale. Qu’ils quittent tous la ville au plus vite. Je vous donne trente minutes.

Se faisant, Vrakdale activa la bombe et tapa le chiffre trente sur l’écran digital. Alors, le compte à rebours débuta.

- Eh eh, vous nous faites quoi là ? S’inquiéta Quinq, le Sygmus de Typhlosion au collier de flammes et au front bombé.

- J’ignore comment la GSR a programmé ça, mais selon toute vraisemblance, dans trente minutes, tout ceux qui se trouveront dans le palais - peut-être même dans la ville entière - vont vieillir de plusieurs années en une ou deux secondes, expliqua le Maître des Cauchemars.

- Et on peut savoir de combien d’années ? Demanda Althéï.

- C’est un engin fait pour tuer, donc… suffisamment d’années pour ne laisser de vous qu’un beau squelette. Je vais rester le temps que ça explose. Je peux me réfugier dans les ténèbres et y échapper en quelques secondes. Vous, vous feriez mieux de filer.

- Ce n’était pas ce qui était prévu, chef, se plaignit l’un des Réprouvés masqués. On devait faire un carnage ici ! Tuer des gens, faire sauter des trucs, brûler des immeubles quoi !

- Cette bombe tuera bien plus de gens en deux secondes que vous ne pourriez le faire en une journée, répliqua Vrakdale. Selon l’onde de l’explosion, ça pourrait même toucher des vaisseaux de la FAL au dessus de la ville. C’est une occasion inespérée. On pourra même prendre possession de la ville après, vu que cette bombe n’affecte que la matière organique.

- Je suis venu pour buter des gens de face moi ! Répliqua le Réprouvé. C’est du sang et des cris que je veux. Rien à battre de faire un carnage à distance. Je…
Le terroriste masqué s’arrêta quand sa tête fut détachée de son corps et alla rebondir contre le mur. Vrakdale venait de lancer sur son cou un rayon de Vibrobscur.

- Laissez-moi. Tous !

Comprenant qu’il n’était pas d’humeur à discuter, tous les Réprouvés, même Althéï, suivirent ses directives et commencèrent à se replier à toute vitesse. Vrakdale resta seul avec la bombe, dont le minuteur continua de tourner. Oui, ce serait une bonne façon d’en finir. Pas aussi spectaculaire que le meurtre du prince Julian en direct à la télévision, mais bien plus efficace. Et puis… Vrakdale avait l’impression que ce serait comme rendre hommage à son père. Le monde allait prendre conscience des horreurs que la Team Rocket avait créées, et de la douleur quand on en était les victimes !


***


Mercutio ne s’était même pas endormi que l’alarme du Justice d’Erubin avait sonné. Bien qu’étant lui-même crevé, il avait pris la peine de vérifier que Galatea était bien prise en charge, comme tous les Shadow Hunters qui avaient subi des blessures graves. Comme il était sur le point de tomber d’épuisement, il était vite parti à la recherche d’une couchette de libre. Il s’était dit que la FAL pouvait bien se débrouiller seule pour arrêter les derniers jusqu’au-boutiste du Grand Empire, voire arrêter Venamia si elle était encore vivante. Mais visiblement non, la FAL ne pouvait pas. Maudissant le ou les abrutis pour qui cette alarme était en train de sonner, Mercutio se rendit sur le pont de commandement en grommelant. Il entendit durant le trajet des rumeurs assez inquiétantes au sujet de l’arrivée d’une troisième force au sein de la capitale ; une force que personne ne semblait pouvoir arrêter.

- Pardonnez mon incruste, mais puis-je savoir ce que c’est que ce bordel ? Demanda Mercutio à haute voix sur la passerelle.

Tout le monde était très occupé, et les informations passaient de manière chaotique. Eryl, sur son siège de commandement, paraissait troublée.

- Je m’apprêtais à descendre, quand plusieurs rapports nous ont signalé une attaque des Réprouvés, dit-elle à Mercutio qui l’avait rejoint. On a perdu le contact avec plusieurs unités, et les combats se sont rapprochés du Palais Suprême.

Un frisson parcourut l’échine de Mercutio. Les Réprouvés. Les malades masqués adeptes des gros calibres et de la dynamite qui avaient tant fait parler d’eux cette dernière année, en commettant de multiples attentats meurtriers ci et là dans le monde. Ils avaient fait chanter des gouvernements, mis à genoux de petites régions entières, et leur nombre ne cessait de dangereusement croître. Nombre de rumeurs courraient sur leur mystérieux leader, qui se faisait appeler le Maître des Cauchemars.

Mais tous, dans la Team Rocket, connaissaient la véritable identité de cet homme ; celle d’un ancien officier qui avait loyalement servi dans leurs rangs. Un homme bon, drôle et qui se souciait de ses hommes. Plus qu’un chef, pour Mercutio, il avait été un ami. Un ami qui avait eu sa vie détruite de la pire des façons par Venamia, et qui sous l’effet d’une formule chimique instable, de la folie, du désespoir et des conseils de gens peu recommandables, s’était transformé en un monstre à peine humain, ne désirant plus que le chaos et la destruction.

- Je descends, fit brutalement Mercutio.

La dernière fois qu’il avait parlé au colonel Tuno, c’était lors d’un rêve dans lequel ce dernier l’avait entraîné. Mais il voulait lui parler face à face. Il voulait tout tenter pour essayer de le ramener, puis de le guérir, que ce soit son corps ou son esprit. Et si vraiment Tuno s’avérait irrécupérable, comme Venamia, alors il voulait être celui qui se chargerait de lui. Il lui devait bien cela.

- Tu ne bouges pas d’ici, Mercutio, répliqua Eryl. Tu tiens à peine debout, et je sens bien que ton Flux est quasiment à sec.

Mercutio retint une grimace. Depuis qu’Eryl apprivoisait de plus en plus sa nature d’émanation d’Erubin, elle était de plus en plus capable de ressentir le Flux, même si elle ne pouvait pas elle-même s’en servir.

- D’autres sont encore en bas non ? Demanda-t-il.

- Effectivement, répondit le général Van Der Noob. La boss Estelle a annoncé avoir récupéré le prince Julian. Ils étaient en route pour sortir du palais.

- Et les Réprouvés s’en approchent, ou y sont peut-être déjà, poursuivit Mercutio. On ne tient pas vraiment à ce que Tuno mette la main sur Julian, si ?

Mercutio se doutait très bien de ce que le Maître des Cauchemars ferait s’il avait le fils de Venamia sous ses yeux ; quelque chose qu’il n’aurait jamais pu faire autrefois, avant d’être aveuglé par la haine et la vengeance.

- Il y a Zeff, Ithil et Bertsbrand avec eux, dit Eryl. Les Gardiens de l’Harmonie sont également là-bas, et j’ai ordonné à l’unité DUMBASS de se rendre sur place au plus vite.

- Ça ne suffira pas ! S’agaça Mercutio. On a bien assez reçu de rapports sur ce que peut faire le colonel Tuno aujourd’hui pour en être persuadé ! En plus des pouvoirs de Darkrai, il a ce fichu gantelet qui semble décupler sa puissance, et certains de ses Réprouvés sont de véritables monstres, comme l’ancienne Modeleuse de Venamia.

- Nous sommes en train d’évacuer une partie de la ville, renseigna Van Der Noob. Quand toutes nos forces aux abords du Palais seront remontées, nous pourrons envisager un bombardement.

Mercutio trouva cette idée très conne, mais n’eut pas le temps de le dire. Un rapport pressant vint jusqu’à eux :

- Majesté, mon général ! Nos analystes détectent quelque chose de bizarre dans le périmètre du Palais Suprême.

- Bizarre en quel sens ? Demanda Eryl.

- Ce serait… comme un champ de force invisible qui serait en train de se former et de s’emmagasiner en un point, selon leurs termes. Ils ignorent encore ce que c’est. Le professeur Natael Grivux est sur le coup.

Mercutio se rendit compte qu’il ignorait totalement que le soutien scientifique de la X-Squad se trouvait sur ce vaisseau. Et ce n’était pas un mal : Mercutio avait servi assez longtemps dans la X-Squad pour savoir qu’aucun mystère scientifique ne résistait à l’ancien collègue et ami de Livédia Crust. La réponse ne tarda pas à venir.

- Le professeur Grivux nous informe que ce phénomène serait lié à des particules temporelles qui sont en train de se rassembler.

- Vous avez dit « temporelles » ? S’étonna Mercutio.

- C’est ce qui semblerait, monsieur. Elles se heurtent entre elles de plus en plus…

Mercutio réfléchit, et fut soudain pris d’un malaise. Il déglutit, et dit :

- Eryl… Dis à tout le monde d’évacuer la ville.

- Comme l’a dit le général, nous avons commencé, et…

- Eh bien redis-le. Pour tout le monde. TOUT DE SUITE !

- Reprenez-vous, mon garçon ! Intervint Van Der Noob. On ne peut pas évacuer toute une ville de cette ampleur, même avec tous les vaisseaux de notre flotte.

- Qu’est-ce que tu as compris, Mercutio ? Demanda la Reine.

- Je n’ai rien compris, mais je suspecte que ça ne signifie rien de bon. On a déjà eu à faire à une sorte d’arme temporelle, justement quand nous affrontions le père de Tuno. Natael la connait, car il en a fait un prototype pour contrer celle qui avait emprisonné Vrakdale dans un champs temporel, le rendant ainsi invulnérable. Et à l’origine, ce machin a été pensé pour être une bombe. Alors, je t’en prie… ordonne à toutes nos troupes d’évacuer, avec tous les civils qu’ils pourront amener, et dis à la flotte de s’éloigner !


***


Vilius et les autres étaient presque au rez-de-chaussée du Palais Suprême quand la radio du colonel Angurs sonna. Il répondit, et fronça les sourcils en écoutant.

- Monsieur, dit-il à Vilius, il semblerait que les hommes que j’ai posté devant la caserne de la GSR aient été tués.

- Tués ? Comment ça tués ? S’inquiéta Vilius.

- Les combats ont repris en ville, et ce n’est pas du fait de nos troupes.

Apprenant cela, Tender appela directement le Justice d’Erubin. Il revint avec des nouvelles inquiétantes.

- Un nombre indéterminé de Réprouvés ont pénétré dans Veframia. La Reine nous demande d’évacuer au plus vite.

- Alors dépêchons-nous, les pressa Estelle. On en a assez fait pour aujourd’hui. Je ne tiens pas à croiser ces malades.

- Mais vous ne comprenez pas ! S’exclama Vilius. J’avais placé des hommes devant la caserne de la GSR, car c’est là qu’ils avaient stocké la bombe Arctimes de Crenden ! S’ils les Réprouvés l’ont trouvée, ils peuvent…

Vilius s’interrompit dans un hoquet de surprise quand le sol devant eux était devenu noir, et d’une matière qui ressemblait à un mélange de liquide et de brume. Un visage terrifiant en sortit, suivi du reste du corps. Un homme en costume noire et cravate rouge, avec un visage à moitié humain, et une partie des cheveux décolorés. Tous les soldats Rockets le mirent en joue, et Tender se plaça bien devant son petit-fils, les yeux plissés.

- Tuno…

- Ah, bien le bonjour, mon général. Ça faisait longtemps. Tiens, cette chère Estelle est là aussi. Et Vilius. Et même le bon vieux Angurs ! Que voilà une belle réunion de hauts cadres Rockets. Pour un peu, j’en serai tout retourné. Pour un peu seulement…

- Que voulez-vous ? Demanda Estelle. Nous n’avons pas de temps à accorder à un traître et un fou dans votre genre !

- Quel ton acide, Agent 005... Ah non, c’est carrément « Madame Boss » aujourd’hui, si je ne me trompe pas ? Ou bien « commandante en chef des armées de la FAL » ? Bah, peu importe. Figurez-vous qu’il reste quelques minutes avant que toute cette ville soit purifiée, et je me disais qu’il serait ennuyeux de les passer tout seul. J’avais pour idée d’emmener ce jeune homme et de causer un peu avec lui.

Comme il désignait Julian, qui de peur face à cet inconnu effrayant, se cacha derrière la jambe de son grand-père, ce dernier déclara :

- Il faudra me passer sur le corps, Tuno !

Vrakdale ricana, et son œil bleu électrique se teinta d’une lueur malfaisante.

- Vous croyez que vous allez vous en tirer en crevant ? Non… Vous avez engendré Venamia, et parce que vous ne vous en êtes jamais occupée, elle est devenue ce qu’elle est. Vous êtes donc responsable de toutes les morts qu’elle a causées… dont celle de ma famille. Vous êtes suffisamment coupable pour que vous continuiez à vivre, et à souffrir.

Une épaisse fumée noire se dégagea du corps de Vrakdale, et ce dernier se mêla aux ténèbres qu’il avait créées, évitant par la même les balles. Imperatus utilisa son puissant Pouvoir Lunaire pour contrer ces ténèbres, mais déjà, le Maître des Cauchemars avait éliminé la plupart des soldats Rockets. Il apparut juste devant Tender, qu’il envoya voler d’une seule main.

- Papy ! Hurla Julian.

- Ne te préoccupe pas de ce vieux, mon enfant, fit Vrakdale en lui posant sa main sombre sur l’épaule. Il a laissé mourir trop des siens. Il est incapable de te protéger.

Ayant mis la main sur Julian, Vrakdale se laissa à nouveau engloutir dans le sol fait de ténèbres mouvantes. Mais au dernier moment, avant que ce dernier ne se referme, Vilius bondit, sautant à leur suite. Le passage noir se referma sur le cri de Tender qui appelait son petit-fils, puis les trois personnes apparurent alors dans la caserne de la GSR, où la bombe Arctimes indiquait un compte à rebours de cinq minutes. Vilius s’était relevé, et avait éloigné un Julian pleurant de Vrakdale, qui regardait le fils de Giovanni avec amusement.

- Eh bien… Un acte de courage désintéressé pour sauver un enfant. Qui aurait cru ça de vous, Vilius ?

- Et qui aurait cru de vous que vous vous seriez capable d’annihiler des millions de personnes innocentes juste par vengeance ?

- Comme quoi, vous voyez, il ne faut jamais se fier aux apparences. Je comptais vous laisser vous échapper avec les autres, histoire que le peuple du Grand Empire se trouve un responsable tout désigné en votre personne pour cette catastrophe… Mais ma foi, si vous voulez mourir avec l’enfant, à votre guise.

Tout en tenant un Julian sanglotant dans ses bras, Vilius secoua la tête et regarda Vrakdale avec commisération.

- On peut encore arrêter tout ça, Tuno. Laissez moi éteindre cette foutue bombe ! Venamia a été vaincue ! À quoi servira tout ça ?!

- Vous croyez que la gangrène de ce monde s’en ira avec Venamia ? À son tour, la FAL laissera apparaître un nouveau tyran, qui reproduira la même chose. Sous l’effet de l’ambition de chacun, les guerres continueront à se succéder. Les forts continueront d’exploiter les faibles pour leurs profits. Les injustices ne cesseront jamais. La décadence se poursuivra. Parce que les hommes sont enfermés dans un cadre légal et juridique qui fait d’eux de bons petits Wattouat dociles. Je vais détruire ce cadre, cette prison qui nous enferme tous. Je vais détruire toutes les formes de gouvernement de ce monde. Il n’y a aura plus d’Etat, plus de pays, plus de frontière ; plus aucune entrave. Tous les hommes seront enfin égaux, tels que la nature les a voulus.

- Vous êtes timbré. L’anarchie n’a jamais mené à rien, sinon au chaos !

- Et alors ? Le chaos est-il vraiment une mauvaise chose ? Je le vois au contraire comme un désherbant. Ce monde est devenu laid et injuste. Le chaos va le purifier pour qu’un nouveau naisse !

Vilius avait toujours pensé que Tuno, en fondant ses Réprouvés, n’avait fait que poursuivre une vendetta personnelle contre Venamia. Mais en fait non. Il voulait bien sûr se venger, mais il était bien au-delà de ça. Il était vraiment devenu cinglé. Vilius regarda le minuteur. Plus que trois minutes. Ça n’aurait servi à rien de dire à Julian de fuir. Si cette bombe explosait, il n’y aurait nulle part où fuir dans toute la ville. Le seul moyen était de l’arrêter, et pour cela, il fallait passer devant Tuno. Vilius activa donc ses brassards de Sombracier, et annula le limiteur. La prudence n’avait plus lieu d’être à présent. Laissant le métal vivant recouvrir entièrement ses bras et une partie de son corps, il chargea sur le Maître des Cauchemars, qui élargit ses lèvres en un affreux sourire.