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Team Rocket X-Squad de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 17/12/2017 à 09:45
» Dernière mise à jour le 17/12/2017 à 09:45

» Mots-clés :   Action   Fantastique   Organisation criminelle   Présence d'armes   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 341 : La flèche et les ailes
En compagnie de ses deux camarades, Kelifa et Narek, Adélie Dialine, commandante des Gardiens de l’Harmonie, attendait le début de la bataille de Doublonville. Cela faisait presque un an que les trois Gardiens de l’Harmonie se battaient pour la Confédération Libre. Ce fut au début en leur seul nom, pour ne pas impliquer la région Naya qui se remettait tout juste des plaies de sa propre guerre civile, mais depuis quatre mois maintenant, le Président Balterik avait lui-même assuré la Confédération de son soutient. Naya allait donc faire partie du tout nouvel état fédéral qui verrait le jour après cette bataille, d’où l’intérêt de la terminer au plus vite. Ce qui, normalement, coulerait de source, étant donné la proportion des forces en présence des deux côtés.

- C’est quoi le plan cette fois ? Lui demanda Kelifa.

- Pareil que d’habitude, répondit Ad.

- OK. Donc y en pas.

- T'as tout compris.

Ce n’était pas qu’Ad était mauvaise en stratégie ou répugnait à en créer une, mais en l’état, il n’y avait nul besoin de se prendre la tête à respecter un plan. Elle laissait ça au Général Lance. Les Gardiens de l’Harmonie agissaient toujours mieux quand ils n’étaient pas entravés par quelque chose, fusse un plan de bataille. Et puis quel intérêt, de toute façon ? Adélie était sûre qu’elle aurait pu prendre la ville à elle seule, pour peu qu’on lui ait donné quelques Pokemon pour assurer sa défense.

Or là, ils avaient Mewtwo, la X-Squad, Lance, la Team Rocket, Gluzebub… Un déchaînement de force tout à fait inutile, étant donné les faibles défenses ennemies. Ad aurait même pu craindre un plan tordu du Grand Empire, qui aurait visé à attirer toutes les forces de la Confédération Libre ici, à Doublonville, pour reprendre par derrière Rosalia et Oliville. La seule raison qui faisait qu’elle ne s’inquiétait pas du tout à ce sujet, c’était que le Grand Empire n’avait aucunement les forces nécessaires pour mener à bien ce genre de stratégie.

- Mewtwo va utiliser sa fameuse Bombe Psychique pour bousiller tout le réseau et les communications de l’ennemi, poursuivit Ad. Je l’ai déjà vu faire lors de la bataille de Mérouville, et c’est rudement efficace. Les forces du Grand Empire seront sourdes et aveugles, et donc totalement paumées. Le reste suivra tout seul. Narek, tes lucioles explosives pourraient être utiles si jamais nos gars tombent sur des blindés ou ce genre de trucs. Moi, je vais me contenter de tirer mes flèches sur les quelques Pokemon de l’adversaire. On a confirmation qu’il y en a quelques uns, et je vais donc les retourner au plus vite. Et toi Kelifa… bah, t’as qu’à faire ce que tu veux.

- Je peux vous être utile, Lady Dialine ? Je peux vous couvrir avec Latios si vous voulez !

Kelifa ricana, et Ad leva les yeux au ciel avant de se tourner vers celui qui venait de parler, un jeune sous-officier Rocket du nom de Faduc. Ad l’avait sauvé une fois, lors de la bataille de Larousse City, et depuis ce jour, le jeune homme ne la lâchait presque plus d’une semelle. À chaque fois qu’il lui parlait, c’était toujours avec cette lueur d’adoration dans le regard.

- T’es gentil Faduc, mais je n’ai pas besoin de couverture. Fais ce que tu as à faire avec Latios sans te soucier de moi.

Ad était bien consciente que le Rocket avait le béguin pour elle. Un sérieux béguin même. Elle trouvait ça mignon et marrant, et donc ne faisait rien pour lui faire comprendre qu’il n’avait aucune chance. Même si tous deux avaient sensiblement le même âge, Ad le trouvait bien trop gamin. Il lui faisait penser à son ami Kinan, un autre Gardien resté à Naya. Ad préférait les hommes mûrs, plus âgés qu’elle. La preuve en était que son premier petit-ami avait été son lointain ancêtre d’il y a cinq siècles…

Elle ne se plaignait pas toutefois de la présence de Faduc à ses côtés. De ce qu’elle avait appris sur ce jeune homme, il avait fait partie des forces spéciales de Venamia avant de la trahir et de rejoindre la Confédération. Pour autant, il ne se sentait pas trop à sa place avec les autres Rockets. Il devait encore avoir honte de son ancienne allégeance à Venamia, et de ce qu’il avait fait sous ses ordres. En revanche, il se sentait bien avec les Gardiens de l’Harmonie. Il avait même émit le souhait, un jour, qu’une fois la guerre terminée, et s’ils survivaient, il aimerait bien quitter Johkan et partir à Naya avec eux. Ad n’avait ni dit oui, ni dit non. De toute façon, si Faduc voulait vraiment quitter ce continent où il avait tant souffert, Ad n’avait nullement le droit de l’en empêcher. Elle voulait juste qu’il prenne le temps d’y réfléchir, et qu’il ne la suive pas comme un bon chienchien simplement parce qu’il pensait l’aimer.

- Oh, et Narek, n’hésite pas à te servir d’Artemilion, ajouta Ad à l’adresse de son confrère. Il a toujours pas mal d’effet là où il passe.

C’était le cas de le dire. Artemilion était l’un des sept Pokemon Merveilleux, connus à travers le monde pour leur beauté ou leur grandeur. Si Artemilion n’était pas spécialement un géant comme certains des six autres, il était courant que les soldats ennemis, aveuglés par sa grâce et le son pur qu’il produisait, s’arrêtent de combattre pour le regarder avec des yeux ébahis.

- Tu vas utiliser Silphuine toi ? Lui demanda Narek en faisant référence au Pokemon Légendaire d’Ad, l’un des trois de la régions Naya.

- Je crois que ce que veut la reine Eryl, c’est récupérer Doublonville entière et sans trop de casse, donc non, c’est déconseillé.

- C’est sûr, acquiesça Faduc. Si Sa Majesté avait simplement voulu effacer Doublonville de la carte, Mewtwo aurait pu le faire en une minute.

Ad regarda l’heure sur sa montre. Ça allait commencer d’un instant à l’autre. Elle aperçu un peu plus loin la X-Squad qui se préparait. Encore une fois, les chefs de la Confédération comptaient beaucoup sur cette unité, et en particulier sur leur commandant, Bertsbrand, pour mettre fin à cette bataille au plus vite. Ad avait déjà été témoin de l’efficacité de Bertsbrand quand il était habillé de cette armure-Pokemon high-tech et quasiment indestructible, pour autant, elle ne pouvait pas blairer l’individu. Elle se demandait même comment il pouvait rentrer dans cette armure avec des chevilles aussi grosses et une tête aussi enflée.

En revanche, durant cette année de bataille aux cotés de la Confédération, Ad était devenue amie avec quelque uns de la X-Squad, en particulier Galatea et Anna. Il n’était pas rare que, durant leur temps libre, elles sortent toutes les trois pour discuter, manger au resto ou faire du shopping. Elle avait un peu plus de mal avec Solaris en revanche. Non pas que cette femme magnifique lui ait dit ou fait quoi que ce soit, mais elle avait un passé assez sulfureux, avec nombre de morts et de crimes en tout genre à son actif. Pour la chef des Gardiens de l’Harmonie, c’était assez compliqué de nouer des relations amicales avec une ancienne dictatrice et tueuse de masse. Ad gardait en effet quelques mauvais souvenirs du dernier « tueur de masse » qu’elle avait croisé…

Ad en savait désormais plus sur les Mélénis par le biais de Galatea. Ces êtres légendaires étaient déjà intervenus dans l’histoire des Gardiens de l’Harmonie. Archangeos, le dieu Pokemon que servait Ad, était lui-même issu du Flux. Il a carrément été créé par le père de Galatea lui-même, Elohius, le tout premier des Mélénis. Mais si le Flux et le Don étaient en quelque sorte liés, ils ne devaient jamais se mélanger. C’était une règle absolue qu’Archangeos leur avait à tous demandé de suivre : jamais un Gardien de l’Harmonie ne devait se « lier » avec un Mélénis de sexe opposé. En clair : faire un enfant avec un Mélénis était interdit. Pourquoi ? Ce n’était pas trop clair, et Archangeos avait été assez évasif sur la question. De toute façon, Ad ne comptait pas désobéir sur ce point, même si un Mélénis mâle beau gosse passait dans le coin.

Galatea lui avait parlé de son frère jumeau, bien sûr, qui était parti depuis un an pour aller s’entraîner avec des espèces d’assassins surhumains. Ad l’avait d’ailleurs rencontré brièvement lors du bal de fin du Sommet Mondial d’Almia. Elle avait été surprise en le voyant, car il ressemblait étrangement à une connaissance d’Ad. Un dénommé Ardulio, un type étrange et mystérieux qui possédait lui aussi le Don. Ce Mercutio avait quasiment la même tête que lui. Mais Ardulio était plus vieux, et avait les yeux et les cheveux d’une couleur différente. Et vu que Galatea avait affirmé avec certitude ne connaître aucun Ardulio dans sa famille, ça devait donc être une coïncidence. Toutefois, quand Ad le lui avait décrit, Galatea avait hésité un instant, comme si elle s’était souvenue de quelque chose… ou bien Ad avait imaginé des trucs.

- C’est l’heure, fit enfin Kelifa.

Elle montra du doigt Mewtwo - ou plutôt Méga-Mewtwo Y - qui s’était envolé au dessus de Doublonville et avait lâché sur la mégalopole un orbe électromagnétique bleu qui, dès qu’il a touché le sol, avait recouvert l’ensemble de la ville. C’était sa fameuse Bombe Psychique, qui venait de balayer en un instant toutes les ondes radios et électroniques de Doublonville, laissant le Grand Empire dans le noir. C’était le signal du commencement de la bataille.

- C’est parti alors ! S’exclama Ad.

Elle fit apparaître son arc lumineux de Don et se prépara une flèche de propulsion qu’elle laissa croitre sur son arc. Quand la flèche d’énergie eut atteint une taille conséquente, Ad la lâcha tout en la liant à son arc, ce qui lui permit de décoller du sol en même temps que la flèche. Une fois dans les airs, au dessus des gratte-ciels de Doublonville, elle eut dix secondes environ avant de tomber sur l’un des toits d’immeubles. Et pendant ces dix secondes, il tira une bonne trentaine de flèches en même temps, qui allèrent toutes toucher leurs cibles dans les diverses rues et ruelles, téléguidées par la volonté d’Adélie.

Quand elles touchaient un humain, ce dernier se retrouvait paralysé et dénué de volonté pendant une bonne dizaine de minutes. Quand elles touchaient un Pokemon, Ad créait alors un lien avec lui ; un lien de confiance qui se substituait à celui du dresseur, et qui lui permettait de rallier le Pokemon à sa cause. C’était là la principale utilité du Don : influer sur la volonté des autres, qui voyaient dès lors les Gardiens de l’Harmonie comme des personnes à qui on ne pouvait rien refuser. Évidement, ça avait ses limites, surtout sur les personnes avec un fort mental. Mais c’était en gros l’essence même du Don, ce qu’Ad appelait « un pouvoir pour concours de popularité ». Et quand on menait une guerre pour convaincre la population et l’adversaire qu’ils se trompent plutôt que chercher à l’exterminer, c’était le pouvoir idéal.


***


Dès que le début de la bataille avait sonné, Bertsbrand s’était élancé à travers la ville sous son mode Revêtarme, tel un avion à réaction. Comme toujours, le but était d’attaquer vite et fort. L’ennemi étant déjà sonné et aveugle suite à la Bombe Psychique de Mewtwo, il fallait désormais le rendre totalement impuissant. Comme Bertsbrand, grâce à son armure volante Excalord, était le plus rapide de la Confédération, et également celui qui disposait de la plus puissante force de frappe, c’était à lui d’aller neutraliser le gros des défenses adverses, leurs canons air-sol, leurs blindés et leurs tourelles.

Bertsbrand avait pris l’habitude de partir seul devant et de laisser son unité derrière. Pas très swag pour un commandant, mais le swag exigeait aussi qu’il utilise toute sa puissance à bon escient, ce qu’il ne pourrait pas faire en groupe avec les autres. Et puis il avait toute confiance en Anna pour l’aspect commandement et stratégie. On ne le dirait pas de premier abord quand on la voyait avec son look dépravé et ses cheveux de punks, mais cette femelle était une sacrée intellectuelle. Elle avait d’ailleurs exposé à Bertsbrand quelques stratégies et moyens d’utiliser encore mieux le potentiel d’Excalord. Bertsbrand ayant sa fierté et ses convictions antiféministes, il lui avait ris au nez, mais ça ne l’empêchait pas de les utiliser ensuite quand il était seul devant.

Quand Bertsbrand survola à toute vitesse l’avenue centrale, il fut pris plusieurs fois pour cible par les nombreuses défenses antiaériennes du Grand Empire. Une dizaine de missiles arrivaient sur lui, et d’autres suivaient derrière. Avec la vitesse qu’était capable d’atteindre Bertsbrand quand il portait l’armure d’Excalord, il aurait facilement pu tous les semer, mais il y aura ensuite un risque que les missiles s’écrasent à la place sur un bâtiment. Et les dommages collatéraux, c’était pas swag, même si c’était le Grand Empire qui en était responsable. Bertsbrand leur fit donc face. Avec ses ailes à plasma, il envoya des dizaines de petits rayons d’énergie qui allèrent tous toucher un missile sans faute. Il n’en rata aucun. Excalord n’était pas seulement un Pokemon immensément puissant, rapide et robuste, il était aussi un dieu de la précision. Mais bon, c’était une machine aussi, un être créé par une race alien aux technologies ultra-avancées, donc ceci expliquait cela.

Une fois les missiles détruits, Bertsbrand passa aux appareils qui les avaient lancés. Deux allés lui suffirent, et sans perte humaine qui plus est, alors que Bertsbrand aurait facilement pu exterminer tous les soldats du Grand Empire en un temps record. Encore une fois, le but n’était pas de remporter la bataille en tuant tout le monde. La reine Eryl voulait faire montre de clémence, pour bien paraître comme une libératrice plutôt que comme une conquérante. Et puis une fois qu’elle « purifiait » de sa corruption une ville reprise, il n’était pas rare que des soldats du Grand Empire qui s’étaient rendus décident ensuite de rejoindre la Confédération. De plus, pour la bataille présente, Bertsbrand avait un plan à lui pour faire cesser les hostilités au plus vite avec un minimum de perte.

L’armure d’Excalord lui lança comme un avertissement mental, signe d’un danger proche. Quand ils étaient ainsi liés par le Revêtarme, Bertsbrand pouvait comme ressentir les émotions du Pokemon Légendaire. Rien de trop profond bien sûr ; il n’était qu’une machine. Mais Imperatus lui avait dit que ça avait été pareil pour Erend Igeus quand il passait sous Revêtarme avec Triseïdon. Il y avait un lien qui se créait entre le dresseur et le Dieu Guerrier. Mais si Triseïdon, Ecleus et Hafodes étaient capable de parler eux, Excalord était toujours resté silencieux depuis que Bertsbrand l’avait en sa possession. Pourtant, selon Galatea et les autres présents quand il s’était réveillé lors de la bataille d’Atlantis, le Pokemon était tout à fait capable de parler l’humain. Sans doute était-il trop timide ou estomaqué face à la prestance sans nom de Bertsbrand pour oser prendre la parole…

Le danger en question fut une dizaine de Pokemon Vol, dont quatre Airmure, qui prirent Bertsbrand en chasse. Et en même temps, des soldats du Grand Empire postés sur les toits - sans doute leurs dresseurs - le prirent pour cible avec des armes automatiques. Bertsbrand soupira d’un air agacé, et se protégea la tête en la recouvrant à son tour par le Revêtarme, en un casque qui ressemblait au visage allongé d’Excalord. Avec sa précision millimétrée, il tira ses rayons de plasma sur les mitraillettes des soldats, les détruisant toutes simultanément. Après quoi il repoussa les Pokemon ennemis avec une onde draconique et les distança rapidement en filant à toute vitesse.

Vingt minutes plus tard, il avait plus ou moins fait le tour de la ville et détruit le gros de ses défenses, laissant l’armée alliée reprendre rue après rue jusqu’à la place centrale. Mais le QG ennemi, qu’ils avaient établi dans la Tour Radio, était immensément gardé de haut en bas. Ça aurait pris du temps aux alliés de l’investir, et ça aurait nécessité des pertes qui auraient pu être évités. Alors, même si ce n’avait pas été prévu par le général Lance, Bertsbrand tenait à faire preuve d’initiative. Il avait une bonne raison pour investir de lui-même la Tour Radio.

Enfin, son vrai nom n’était plus « Tour Radio », mais plutôt Tour de Doublonville. La vraie Tour Radio avait été détruite lors des attentats de Doublonville un an plus tôt, quand les Réprouvés avaient fait sauter nombre d’édifices de la ville. Cette nouvelle tour avait été construite à l’image de l’ancienne, mais on y diffusait plus aucune radio ; ce n’était qu’un symbole d’autorité, le lieu de gouvernement de la mégalopole. Faisant fi des tirs croisés qui le prirent pour cible, il fonça vers le dernier étage de la tour, brisa la vitre et atterrit au milieu d’une dizaine d’officiers du Grand Empire médusés.

- Bonjour messieurs, leur dit Bertsbrand. Je viens accepter votre reddition. Parce que je suis Bertsbrand après tout…

En guise de reddition, il eut droit à des tirs simultanés, dont les balles rebondirent sur son armure impénétrable. L’une d’entre elles alla se loger dans les pieds d’un militaire, et du coup, les tirs cessèrent.

- Bon, si on pouvait éviter ce genre de chose stupide… Vous avez sans doute entendu parler de moi non ? Evidemment que vous l’avez fait. Comment ne pas me connaître ? JE suis Bertsbrand, leader de la X-Squad, l’homme-machine indestructible de la Confédération. Alors bon, où j’en étais… Ah oui, votre reddition. Vos défenses sont dors et déjà en miettes, vos communications sont mortes, et mes amis affluent de tous les côtés. Si on pouvait mettre fin à tout ceci rapidement, ça serait la meilleure option pour les deux camps.

Les officiers ne se faisaient visiblement aucune illusion sur l’issue de la bataille, à en juger par leurs mines défaites et sombres. Mais ils avaient leur fierté, et se rendre de la sorte, dans leur propre QG, seulement une demi-heure après le début de la bataille, était sans doute un sort pire que la mort. C’est ce que fit savoir le plus gradé d’entre eux, un homme dans la force de l’âge au visage dur et aux yeux émeraudes.

- Faites ce que vous avez à faire, monsieur Bertsbrand. Mais nous ne nous rendrons pas. Nous sommes de fiers et valeureux officiers du Grand Empire de Johkania ! Au nom de la Dirigeante Suprême Venamia, nous ne saurions faire preuve de faiblesse !

Même s’il ne l’avait jamais rencontré, Bertsbrand vit tout de suit en cet homme le colonel Kasai Tender, le père d’Anna. Il avait les même yeux qu’elle, et on décelait tout de suite la ressemblance avec son frère ainé Hegan. C’était cet homme qui était la raison de la venue de Bertsbrand au QG ennemi, alors que ce n’était pas prévu. Anna affirmait volontiers que son père était un imbécile, et qu’elle n’aurait aucune hésitation à le tuer sur le champ de bataille. Mais Bertsbrand avait passé assez de temps avec elle pour savoir qu’elle mentait. Elle ne cessait de critiquer son père et de l’enfoncer, mais elle ne souhaitait absolument pas sa mort, et si elle survenait, elle aurait beau faire tous les efforts nécessaires pour le cacher et prétendre l’indifférence, elle en serait évidement peinée.

Bertsbrand était lui-même en froid avec son propre père depuis un moment, et il ne souhaitait cette situation à quiconque. Comme il avait été prévenu que le colonel Kasai Tender était quelqu’un de borné et de fier, il y avait risque qu’il refuse toute reddition et finisse par trouver la mort. Et Bertsbrand ne voulait pas voir Anna triste. Sa seconde était une fille imbuvable, violente, au répondant toujours très piquant, et elle devait le rester. Il en allait de l’image de la X-Squad. Bertsbrand savait très bien que les femelles étaient naturellement faibles, promptes à une vive émotion et aux sanglots incontrôlés. Il ne voulait pas qu’Anna se transforme en pleureuse à cause de son père. Ça rejaillirai ensuite sur l’unité, et sur lui-même. C’était uniquement pour ça bien sûr. Sans doute. Peut-être…

Bertsbrand s’avança calmement vers le colonel Tender. Aucun de ses subordonnés ne tenta de l’arrêter, sachant que c’était inutile. Tender lui-même ne bougea pas, regardant Bertsbrand de haut avec arrogance, même s’il devait s’attendre à se faire exécuter sur place. Oh oui, ce gars avait tout de l’archétype militaire rigide et honorable qui ne pliait jamais. Bertsbrand doutait de pouvoir s’entendre avec lui. Il était ce qu’on appelait un bolos, les plus grands ennemis du Saint Swag. Alors, juste devant lui, il leva son bras métallique. Tender ne cilla toujours pas, prêt à accepter la mort debout jusqu’au bout. Bertsbrand baissa le bras… pour que le plat de sa main frappe le haut du crâne du colonel, qui émit un petit bruit de douleur en se tenant la tête. Mais il semblait plus surpris que souffrant.

- Ça fait mal n’est-ce pas ? Demanda Bertsbrand. C’est ce que votre femelle de fille me fait subir chaque jour, pour tout un tas de raisons. Elle m’a faite une description assez étendue de vous, avec les qualificatifs suivants : connard, gros connard, énorme connard, connard de classe mondiale, connard galactique, le plus grand connard de l’Univers, vieux con débile, chieur, coincé du cul, arrogant, méprisant, cornichon pourri, père merdique, rescapé du néolithique, fiente de Poichigeon… et tout un autre tas d’insultes variées avec des noms de Pokemon. Je ne les ai pas toutes retenues, mais certaines étaient carrément de l’art.

Le colonel se renfrogna.

- Je n’ai que faire des amabilités de cette traîtresse, honte de ma chair et de mon sang !

- Ceci dit, poursuivit Bertsbrand, malgré tout cela, elle a ajouté une chose : que vous êtes un soldat qui pensait toujours à ses hommes. Voudriez-vous lui donner tort alors que c’est la seule qualité qu’elle ait dite de vous ?

Là, Tender hésita. Bertsbrand poussa à son avantage.

- Songez à vos hommes, colonel. Cette bataille, vous l’aviez perdu avant même qu’elle ne commence. Le résultat sera le même. Il ne tient qu’à vous de décider si le nombre de victime du côté du Grand Empire sera plus ou moins important. Votre loyauté envers votre cause est admirable, mais ne la laissez pas obscurcir votre jugement et condamner vos hommes. Je crois que vous le savez, mais la Confédération Libre traite toujours très bien ses prisonniers de guerre, et pour les simples soldats qui n’ont fait qu’obéir aux ordres, une amnistie totale sera déclarée par la reine Eryl dès la fin du conflit.

Plus aucun défi dans le regard de Kasai Tender, seulement de la fatigue. Il hocha péniblement la tête, et ordonna à l’un de ses subordonnés :

- Comme les communications ne fonctionnent plus, hissez un drapeau blanc au sommet de la tour, bien en vue. Que les hommes cessent le combat et se rendent.

Presque soulagé, le sous-officier ce hâta d’obéir. Bertsbrand se permit un sourire.

- C’est le bon choix, colonel.

- Pour mes hommes. Pas pour moi, décréta Tender. Je suis un haut gradé et un responsable. Je ne mérite pas votre amnistie, et je n’en veux pas. Je ne vous laisserai pas me juger. Je ferai honneur à Lady Venamia jusqu’au bout !

Il sortit son pistolet, qu’il se braqua sur la tempe.

- Dîtes à Anna que si elle a agit en faisant ce qui lui semblait juste, alors je ne lui en veux pas. J’espère qu’elle pourra vivre dans un monde en paix…

Il pressa la détente… mais rien ne se passa. Bertsbrand avait déjà empoigné l’embout de l’arme et l’avait écrasé dans son poing ganté.

- Ce n’est pas du courage de se suicider pour éviter d’affronter la défaite, fit Bertsbrand. C’est de la lâcheté. Et puis, si je vous laissai mourir après mon acte héroïque visant à faire cesser la bataille plus tôt que prévu, mon swag en prendrait un coup. Et Miss Anna ferait la gueule pendant des jours. Alors, vous irez lui dire ça vous-même, en attendant bien gentiment le coup qu’elle vous donnera.

Pour l’empêcher de se débattre, Bertsbrand lui donna un autre coup à la Anna Tender, cette fois plus puissant, pour le rendre inconscient. Il le souleva, le cala sur son épaule et redécolla, direction le poste de commandement de la Confédération. Une bataille finie en un temps record, et le chef ennemi capturé sur ses épaules… Encore un paragraphe de plus dans la légendaire auto-biographie héroïque de Bertsbrand ! Ce dernier songea plus que jamais au roman qu’il écrirait après la guerre, narrant toutes ses aventures. Il allait dépasser toutes les ventes réunis de tous ses précédents romans, oh que oui ! Mais bon, c’était normal. Il était Bertsbrand après tout…