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GREAT WARS T.1 : All men dream, but not equally de Eliii



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Informations

» Auteur : Eliii - Voir le profil
» Créé le 15/11/2017 à 17:34
» Dernière mise à jour le 15/11/2017 à 17:34

» Mots-clés :   Action   Alola   Guerre   Mythologie   Présence d'armes

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22- Rien n'est écrit
« Ils se sont battus ensemble en tant que frères d'armes. Ils sont morts ensemble et maintenant, ils reposent côte à côte. Envers eux, nous avons un devoir sacré. »
— Amiral Chester Nimitz (1885 - 1966) —


* * *


On entend le bruit des vagues contre la côte, dans un drôle de murmure.

Là-haut, le soleil est comme un gros point scintillant peint sur la toile bleue du ciel, comme une anomalie au milieu de cette étendue sans nuages et uniforme. Peut-être parce qu'il fait mal aux yeux. Sûrement.

L'homme baisse le regard, ses prunelles grises souffrant déjà de l'éclat outrageant de l'astre. Il doit bien rire, là-haut, à voir toutes ces créatures s'agiter bêtement quand bien même elles sont vouées à rendre l'âme.

Être immortel comme cette étoile gigantesque ne doit pas être facile tous les jours, parce qu'on finit par s'ennuyer, chaque jour ressemble au précédent, qui lui-même ressemble au précédent, et ça se finit jamais vraiment, ce cycle.

C'est pour ça qu'il n'envie pas le soleil, cet humain solitaire, debout sur la falaise en face de la mer. Parce que des vies de plus de trois mille ou quatre mille ans, de plus de millions d'années, ce serait insupportable pour ses semblables et lui, voués à s'entre-déchirer depuis si longtemps.

Il fait chaud, bizarrement, pour un mois de décembre. Peut-être car ici, sur cet archipel paradisiaque éloigné de tout, le temps n'a pas cours comme ailleurs ; « Boréas et Fulguris ne règnent pas sur cette partie du monde », comme le formulerait un féru de légendes.

Au village, juste dans le dos du grand homme faisant face à l'eau, tous les autres doivent être en train de faire la fête, parce que c'est Noël, et qu'à Noël on travaille pas. Et lui il est là, attiré inéluctablement par son lieu de travail, justement.

La mer, toujours la mer et rien que la mer.

C'est comme s'il était né sur la mer, en définitive, et lui-même ne démentirait pas si quelqu'un d'autre l'affirmait en sa présence. Il n'y a rien de plus apaisant que le tangage d'une embarcation, alors que la terre, c'est plat et fade, sans vie et sans mouvement.

En contrebas, une parodie de bourrasque secoue les vagues et fait rebondir l'écume contre la roche dure de la falaise ; l'eau se disloque et recommence en une infinie spirale.

Et les yeux gris comme l'acier continuent d'observer ça sans lassitude.

De la poche de sa longue veste noire, l'homme sort une grande main, rattachée au bras par un poignet plutôt osseux dépassant sous la chemise blanche. Les longs doigts saisissent la visière noire d'une casquette de marin, pour la baisser un peu plus et le protéger des éclats trop lumineux.

Et puis les lèvres fines s'étirent en un sourire, chose rare parce que dans sa profession, on a plutôt tendance à serrer les dents et à jeter de sales regards en biais. La marine nationale n'est plus tout à fait ce qu'elle était, c'est après tout ce qu'on dit souvent.

La grande et fine silhouette tourne les talons, et de son habituel pas trop militaire qui fait qu'on devine son allégeance dans n'importe quelle tenue, s'éloigne en direction de l'amas de petites maisons rudimentaires, un peu plus loin, d'où viennent les clameurs de ses camarades.

A mesure qu'il se rapproche, les sons et les voix se font plus distincts, et il reconnaît deux ou trois de ses hommes en train de plaisanter ci et là, faute d'une meilleure occupation à trouver.

Il passe devant sans les regarder ni les saluer, et en qualité de subalternes, aucun d'eux ne lui demande des comptes pour son attitude un tant soit peu contraire au protocole. Ses pas le guident le long d'un itinéraire qu'il connaît, et qu'il suit sans s'arrêter.

Il ne se stoppe qu'en arrivant devant une petite maisonnette assez ancienne, faite de pierre, l'une des plus aisées du village. Le terme « aisé » étant à relativiser, puisque les colonisés ne vivent pas pour le mieux, qu'ils aient été haut placés auparavant ou non.

De son regard à la fois sévère et tranquille, il observe longuement la porte de bois, sans fioriture aucune, un peu rongée par les plantes qui couvrent déjà les murs et une partie de la toiture pentue. Quelques fissures lézardent les façades, mais la demeure semble en bon état.

Par une fenêtre ouverte, s'échappe l'odeur alléchante d'épices, d'un repas en train d'être préparé ou goûté par les occupants. L'homme a l'impression de n'avoir pas vu cette maison depuis des siècles. Au moins un an et demi, plus probablement deux.

On ne choisit pas où l'on fait escale, de toute façon.

D'un geste sans brusquerie, il retire sa casquette, dévoilant des cheveux d'un noir comme le charbon, lisses et coupés courts, peignés en arrière comme les grands pontes de l'armée le préfèrent.

Il amorce deux, trois pas, lève le poing dans l'intention évidente de frapper à la porte, et puis il s'arrête, comme pris d'une soudaine hésitation, mais pas si soudaine que ça, parce qu'après tout il n'a peut-être jamais eu l'intention d'entrer...

Et puis il entend un drôle de bruit, sur lequel il n'arrive pas à mettre de mots. On dirait un peu un grincement strident... Et tout commence à devenir flou, la terre battue sous les bottes en cuir commence à tanguer comme le pont d'un bateau et—

Réveil.

Articulations douloureuses.

Paupières lourdes.

Le capitaine Melvin Eaton ouvre les yeux, et la première chose qu'il voit, qui le frappe, c'est la couleur grise. Juste du gris. Il lui faut un moment pour retrouver ses repères, et comprendre que ce gris-là, c'est le gris de son petit bureau, dans la cabine du Wailord.

Peu à peu, avec une lenteur qu'il qualifierait d'exaspérante si seulement le mot lui venait, les rouages de son cerveau se remettent pleinement en marche, et il réalise, dépité, qu'il s'est endormi.

Un coup d'œil à sa gauche, pour s'assurer que—

Non, pas de trace de la bouteille qui trônait sur le bureau dans son souvenir. Il étire ses bras et tâche de se redresser sur sa chaise, et puis son regard croise le drôle d'éclat lumineux sur le sol ; la bouteille est tombée, s'est brisée, l'alcool s'est renversé.

La faible lueur d'une petite lampe est le seul éclairage allumé, aussi doit-il batailler pour marcher jusqu'à la porte de sa cabine et se retrouver dans une longue coursive, tout aussi grise et aseptisée que le reste du cuirassé.

Il se sent marcher, ses jambes se déplacent, mais l'esprit est ailleurs, encore perdu dans ce drôle de rêve qui le laisse encore un peu étourdi. En fermant les yeux il pourrait presque sentir encore la caresse du vent et puis les odeurs d'épices...

Un instant, il s'arrête. Dans ses bottes noires, ses jambes tremblent un peu, et une goutte de sueur fait son chemin le long de son visage marqué par le temps.

Et si ça n'était pas un rêve... Non, ça n'en était clairement pas un, ça ressemblait plutôt à un cruel retour à une réalité oubliée, une réalité pas effacée mais c'est tout comme...

Haut-le-cœur. Léger tangage. Dos plaqué contre le mur. Respiration saccadée.

Et puis tout se calme, l'air emplit les poumons et en ressort à l'habituel rythme régulier, tout redevient bien net, et le marin se remet à marcher, la tête lourde comme si on l'avait sertie de plomb.

Toute cette scène qu'il a vécue dans son sommeil, il la connaissait déjà, il pourrait le nier mais à quoi bon, puisqu'il le sait, et qu'il se rappelle même en quelle année c'était ?

Le soleil, la falaise, la mer, les rires et les plaisanteries au village, la brise, les odeurs épicées, la maisonnette, le lierre grimpant sur la façade et le toit, la fenêtre ouverte, la porte, le poing levé qui n'a jamais frappé, et, et...

« Mon capitaine ? »

Retour au monde réel, encore une fois. Eaton se rend compte qu'il a la main posée sur la porte menant au pont, tout au bout de la coursive. A côté de lui, un visage couvert de taches de rousseur, un peu inquiet mais toujours un tant soit peu professionnel.

La voix monocorde répète les deux mots, avec en bout de phrase l'intonation propre aux questions. L'homme grisonnant déglutit, sa bouche est plus sèche que le désert Haina, aussi a-t-il du mal à reconnaître sa propre voix quand il répond que tout va bien.

Wilfred Harper hausse un sourcil circonspect mais ne dit rien. La porte s'ouvre, et tous deux s'engagent sur le pont, face à l'infinie étendue d'eau de la baie d'Akala.

Et à ce moment-là, c'est comme si ce foutu rêve n'avait jamais eu lieu, tout se défragmente et redevient poussière dans un coin du cerveau, tout s'oublie pour le mieux.

Plus de falaise, plus de village, plus de maisonnette aux souvenirs tranchants comme des lames de couteau, rien d'autre que la mer et son immensité rassurante.

Le grand homme vieillissant ferme les yeux, hume l'air iodé, s'appuie au bastingage du navire comme il le faisait si souvent dans sa jeunesse révolue. Les rayons du soleil réchauffent son visage blanc comme de la craie, donnent plus d'éclat au teint maladif.

Une parodie de vent secoue les cheveux, fouette la peau et oblige les marins à garder les yeux détournés pour qu'ils ne se baignent pas dans les larmes. L'atmosphère est radieuse et douce, comme rarement sur ce genre de bateau.

Et on entend le bruit des vagues contre la coque, dans un drôle de murmure.


* * *

La secousse est forte, et tout un chacun la ressent dans ses jambes ; il s'en faut de peu pour qu'ils ne tombent pas à la renverse contre le sol de pierre. Heureusement, le plafond ne semble pas encore prêt à s'effondrer, et la salle tient encore debout.

Le lieutenant Weigall jette des regards circulaires partout autour de lui, et ne décèle pas la moindre trace d'un ennemi caché dans l'ombre, qui aurait pu orchestrer une explosion et ainsi les tuer dans la foulée.

En y pensant, la technologie unysienne, lorsqu'elle tombe entre les mains des indépendantistes, est souvent inutilisable, car ils n'en comprennent pas toujours le fonctionnement ; de plus, les explosifs qu'ils savent préparer sont trop rudimentaires pour provoquer de tels tremblements.

Un frisson secoue le jeune homme, dont les prunelles vertes sont fixées sur l'un des dessins antiques ornant les murs. La forme si reconnaissable de Tokotoro, ses cornes et ses excroissances de chaque côté de la tête...

Il revoit l'affrontement défiler dans son esprit, toutes les attaques inefficaces, la violence et la rage libérées de la bête tirée de son sommeil par des intrus culottés... Et surtout, surtout, il revoit la pokéball se refermer dans un « clic » ayant résonné pendant plusieurs secondes...

Et juste après, la traînée de poussière qui lui est tombée dessus comme une pluie fine, et qui a déclenché, à nouveau, cette drôle de peur de la mort qui l'a secoué pour la première fois il y a une journée à peine.

Tout ça ne peut pas être une coïncidence, non, bien au contraire, c'est une suite logique d'événements apparemment sans rapport les uns avec les autres, et...

En regardant cette fresque réalisée il y a des siècles et des siècles, le blondinet réalise que, peut-être, c'est là le début des conséquences inhérentes à la capture d'une créature légendaire vouée à garder le repos éternel.

Après tout, les légendes ne disent-elles pas « quiconque troublera leur repos en subira les conséquences, et ses descendants après lui » ? Et en tant qu'érudit enrôlé dans l'armée par obligation, n'est-il pas censé accorder un minimum de crédit à tout cela ?

Qui plus est, les légendes ont eu raison à propos de la créature, alors—

« Hé, merde, vous voulez crever ici ou quoi ? »

Le jeune homme semble revenir au monde réel, et décolle, comme à contrecœur, ses yeux des murs jadis décorés. En face de lui, le visage à moitié paniqué du docteur Marlowe, et sur son épaule, sa main qui l'exhorte à le suivre en dehors de la salle.

Encore un peu hagard, Weigall le fixe avec insistance, ouvre la bouche pour balbutier, hésitant :

« C'est... Ce sont les conséquences de ce qu'on a fait, peut-être qu'on aurait dû...
— Je sais pas ce que vous racontez mais vous allez me suivre, hein ? Allez, Weigall... »

Le concerné reprend ses esprits, comprenant que ça ne mènera à rien d'autre qu'à la mort de se livrer à des conjectures en un moment pareil. D'un bon pas, il rejoint les autres à la porte.

Snow, qui ne cesse de jeter des regards à sa montre comme si elle détenait les réponses aux grandes questions de la vie, soupire de soulagement en voyant que l'équipe est au complet.

« Okay, il est pas loin de midi, alors dépêchons-nous de sortir pour manger un... »

Le reste de la phrase se perd, suite à une nouvelle secousse, un peu moins forte que la précédente, mais tout de même suffisante pour les encourager à presser le pas. Le martèlement d'une dizaine de paires de bottes résonne et remplit l'espace autour d'eux.

Tout se passe extrêmement vite, les militaires courent pour échapper à une potentielle catastrophe, et à mesure qu'ils avancent, ils ont de plus en plus peur de se retourner pour découvrir que tout tombe en morceaux...

Weigall, lui, en est parfaitement conscient, parce que par dessus le bruit des bottes, il entend comme un fracas. Sûrement les pierres qui commencent à s'effriter et à s'écrouler, heurtant le sol et se réduisant en plusieurs fragments, et—

Un cri déchire l'air, comme une voix distordue, venue d'un autre monde lointain. Aux oreilles du blondinet, ça paraît presque comme un son d'outre-tombe, d'où s'échappe une détresse sans nom. Et puis cesse le bourdonnement curieux, le cœur bat plus vite.

Il reconnaît le timbre pour l'avoir écouté des tas de fois, maintenant, mais c'est bien nouveau d'entendre hurler à la mort ce type qui aime tant plaisanter...

Et puis il s'arrête de courir, parce qu'il a mal, parce qu'il a entendu son camarade — son ami — et qu'il ne peut décemment pas le laisser là, comme ça... Le jeune homme se retourne, n'écoute pas Snow qui lui ordonne de revenir, et retourne un peu sur ses pas.

Un peu partout, des morceaux du plafond jonchent le sol. Il doit grimper sur certains d'entre eux, maladroitement, écorchant ses mains fines et pâles, pour progresser dans le sens inverse. C'est douloureux et difficile, mais ne pas le faire le serait plus encore.

Finalement, il le voit, l'une de ses jambes coincées sous un caillou gros comme un voltorbe, et probablement beaucoup plus lourd. Martin Marlowe, en le voyant, tâche d'esquisser un genre de sourire sans desserrer les dents. Son visage d'ordinaire si détendu est tout crispé, et paraît avoir pris dix années d'un coup.

« Je crois bien que l'os est cassé, soupire-t-il entre deux gémissements difficilement contenus. Y a eu un craquement sec quand ce truc est tombé, et... »

Nouveau grondement, mais aucun morceau de plafond ne s'écroule. Soulagement clairement visible chez le médecin acculé, qui tente de pousser le rocher. Impossible.

Étrangement, même s'il se sent complètement paniqué, Weigall reste concentré, et arrive rapidement à la conclusion qu'il va falloir un pokémon pour remédier à ce problème. Il saisit la pokéball de son camérupt pour l'en faire sortir.

La créature volcanique, pataude, met un moment à comprendre ce qui se passe autour d'elle, et manque de lâcher un bâillement comme souvent. Son dresseur lui désigne le gros caillou, et Bernard s'empresse de le déloger avec un coup de tête bien placé.

L'opération arrache un cri de douleur au médecin, mais il se sent manifestement soulagé d'un poids. Cependant, sa jambe blessée ne ressemble plus à grand chose ; le pantalon est presque uniformément rouge, et une longue entaille plutôt profonde, sûrement causée par une aspérité tranchante de la pierre, inquiète le blondinet.

Rapidement, celui-ci rappelle son pokémon, et passe le bras du docteur sur son épaule pour l'aider à se relever. L'autre ne peut pas s'appuyer sur sa jambe droite, mais parvient tant bien que mal à se stabiliser sur la gauche pour avancer à cloche-pied.

Ils ne perdent pas de temps pour se diriger vers la sortie, si impraticable soit-elle. Intrigué, le brun, haletant, jette un œil au visage de son comparse, luisant de sueur et de poussière.

« Pourquoi, Weigall ? »

Le concerné le regarde sans comprendre la finalité de la question.

« Pourquoi ? »

Marlowe hoche la tête, songe à quel point ça lui ferait du bien de s'allumer une cigarette, là maintenant, puis renonce tout bonnement à l'idée.

« Ouais, pourquoi... Pourquoi être revenu en arrière, et tout ça ? Pourquoi pas être retourné sur vos pas en me voyant condamné ? Ma jambe pisse le sang, je vais crever comme ça et puis c'est tout. Partez avant de subir la même chose, hein ? »

Les yeux verts sont à nouveau tournés vers le chemin emprunté par les autres militaires, mais le docteur jurerait presque pouvoir lire dans ses prunelles quand même. En tout cas, l'expression de son visage, dure et crispée, traduit suffisamment bien ce qu'il pense.

Ce qui ne l'empêche pas de poser des mots dessus, parce que sûrement, son camarade aimerait l'entendre.

« Vous savez, les puissances supérieures qu'on appelle le « destin », ça n'existe pas, rien n'est écrit dans les étoiles ou quoi que ce soit... Si vous croyez que c'est votre destin de mourir ici, vous vous trompez. »

Le médecin s'avoue un peu déstabilisé par ce curieux propos, qui ressemble presque à une phrase toute faite piochée dans un mauvais film. Cela dit, dans la bouche de ce type pragmatique, ça a effectivement quelque chose de rassurant, alors autant s'y accrocher.

Rien n'est écrit...


* * *

Joseph Macarthur se lève d'un bond en voyant revenir, claudiquant et supportant tant bien que mal le médecin, leur précieux guide du désert. Snow lâche un soupir de soulagement en constatant qu'il ne s'est pas jeté vers la mort, finalement.

Mais c'est Cilliana qui paraît la plus préoccupée en voyant l'état de la jambe de Marlowe, et le sang qui continue à en couler, maculant le sable derrière eux. Elle tire sur la manche du général et lui intime de la détacher.

« Quoi, attendez, vous croyez que c'est le moment ?
— Justement, c'est pas le moment de se demander ça ! Personne d'autre que moi ne sait soigner, ici, je me trompe ? »

L'homme brun ouvre la bouche pour répliquer, mais ne peut que hocher la tête. En effet, le seul docteur du groupe est celui qui a besoin de soins... Ennemie ou pas, elle a l'air disposée à se rendre utile.

Il se résout à trancher ses liens, et la regarde, intrigué et inquiet, se diriger vers la tente de Marlowe pour aller récupérer tout son matériel médical. Dans le même temps, Weigall allonge son aîné à moitié conscient sur un tapis mis en place par le colonel.

Bien que se sentant singulièrement inutile, le chef de l'unité ne voit pas bien ce qu'il pourrait faire, de toute façon, à part commencer à creuser la tombe. Au vu de l'hémorragie, même un profane comme lui ne donnerait pas beaucoup d'espoir au blessé.

La jeune Alolaise rejoint bientôt le blondinet à côté du corps légèrement remuant, et s'empresse de déchirer une partie du pantalon avec un couteau pour mieux voir la plaie. Sa moue à la vue de l'entaille n'est guère rassurante.

« Bon sang, il est salement amoché ! Hum, bien, faut contenir le saignement, appuyez juste là. »

Bien que réticent à plonger ses mains dans le sang de son ami, le jeune homme s'exécute. Ses doigts sont bientôt tachés de rouge foncé, et l'odeur persistante et métallique du liquide vital vient rapidement assaillir ses narines.

Il écoute d'une oreille ce que raconte la native, et observe, nerveux, le visage paisible du docteur, qui se crispe de temps à autre sous un accès de douleur. On dirait qu'il commence déjà à quitter ce monde, que sa sensibilité s'en va à petit feu en même temps que sa vie...

« Bon sang, mon vieux, courage... »

Les tentatives de soin se poursuivent, les mains à la peau mate virevoltent autour de la plaie, désinfectent, essaient de recoudre, mais rien n'y fait, l'espoir paraît mort, et puis de toute façon l'os est cassé...

Elle laisse échapper une flopée de jurons dans sa langue, faisant hausser un sourcil à Macarthur qui la comprend, posté non loin, attendant avec appréhension de connaître le sort de son subalterne.

Mais toutes les imprécations du monde ne peuvent rien contre la faiblesse du corps humain, et ça, Weigall le comprend lorsque les doigts de Marlowe, crispés autour de son poignet comme si c'était une bouée de sauvetage, relâchent leur étreinte, ne laissant que des marques que le blondinet contemple d'un air hagard.

Rien n'est écrit... Peut-être qu'il s'est menti à lui-même, finalement. La mort est toujours écrite.