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Team Rocket X-Squad de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 05/11/2017 à 07:00
» Dernière mise à jour le 05/11/2017 à 07:00

» Mots-clés :   Action   Fantastique   Organisation criminelle   Présence d'armes   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 335 : Double jeu
- Nos forces de l’Est de Johto sont totalement décimées. Oliville est perdue, et le commandant de la garnison de Rosalia est prêt à se rendre dès que la Confédération arrivera à sa porte. On estime que, si c’est son but, la Confédération s’emparera de tout Johto en à peine deux semaines. Par la même, on nous signale que nombre de petites villes de Kanto sont tombées sous la coupe des Blancs Manteaux. Les forces de police locales sont dépassées. Ces fanatiques recrutent de plus en plus de nos opposants. Et dans le même temps, les attentats que les Réprouvés provoquent sur notre sol sont désormais quasi-quotidiens. La population prend peur, nous accuse de ne pas pouvoir les protéger, et donc tombe bien plus facilement dans les bras des Blancs Manteaux qui lui promet paix et béatitude de l’âme si elle se converti à l’innocence.

Vilius Chen, Dirigeant Suprême du Grand Empire par intérim, se forçait de conserver une expression neutre durant le rapport du Généralissime Krova, le commandant en chef des armées de l’Empire.

- Ça, c’était les bonnes nouvelles j’imagine, fit-il, la tête adossée sur son poing. Quelles sont les mauvaises ?

- Je viens d’apprendre que le Royaume de la Hanse de la région Pertinia vient de nous retirer son soutien. C’était notre dernier allié, et notre principal fournisseur d’armes. C’est une catastrophe…

Oui, tout partait en couille depuis que Lady Venamia avait disparu du jour au lendemain, il y a sept mois. Elle, si elle avait été là, aurait largement pu redresser la situation, par son génie militaire, son œil Futuriste, son charisme et la peur qu’elle inspirait. Mais Vilius n’était pas Venamia. De toute façon, en réalité, il ne cherchait pas à faire gagner le Grand Empire. La disparition de Venamia avait été une aubaine. Au lieu de miner son pouvoir en risquant sa vie, il pouvait tranquillement attendre que la Confédération Libre gagne la guerre, et ce en sauvant ses fesses pour la suite en les aidant indirectement.

- Bah, le Royaume de la Hanse voulait juste s’en mettre plein les fouilles au détriment de Kalos, rétorqua Vilius. Qu’il soit le dernier à nous lâcher ne m’étonne pas ; avec Kalos dans la Confédération, il ne pourra jamais retourner sa veste contrairement aux autres. Il est resté le plus longtemps possible en espérant que Lady Venamia revienne.

- Nous l’espérons encore, crut bon de préciser Esliard, le directeur de la propagande. Nous avons foi en notre Dirigeante Suprême ! Nous ne croirons jamais qu’elle nous a volontairement abandonnés !

L'ancien journaliste coula un regard du côté de Ian Gallad, le commandant de la GSR, assit à sa place en silence. Comme Vilius, Esliard devait suspecter que Gallad, le fidèle parmi les fidèles de Venamia, savait quelque chose. Mais même si c’était le cas, il était resté muet comme une tombe. Le plus déçu par la situation était sans conteste D-Zoroark, qui, dissimulé sous les traits de l’ancien Agent 006 Bornet, ne cachait pas son déplaisir. Lui qui avait trahi les siens pour le seul amusement de regarder les humains s’entre-déchirer, il avait parié sur Venamia, lui donnant des conseils en échange d’un asile. Sans elle, il ne trouvait plus aucun intérêt à demeurer dans le Grand Empire, et paraissait totalement démotivé.

- Peu importe ce que vous croyez, fit-il avec un cruel cynisme, il serait bon que vous commenciez de toute urgence à rédiger une déclaration d’armistice.

Ulcéré, comme si on mettait en doute ses compétences militaires, Krova tapa du poing sur la table.

- Veframia reste une forteresse imprenable ! La Confédération peut bien conquérir tout Johkan et nous encercler totalement, jamais elle ne prendra la capitale !

L’ancien Agent 007, Lucian Weiss, un bellâtre aux cheveux blancs et qui se trouvait être un Modeleur de glace, ricana doucement, comme pour signifier la stupidité des propos de Krova.

- Il est vrai, on a de solides murs et beaucoup de canons, de lasers en tout genre et de Pokemon, acquiesça-t-il. Mais dites-moi, Généralissime, ça vaudra quoi tout ça, quand vous aurez Bertsbrand en Revêtarme Excalord, Mewtwo méga-évolué, Gluzebub ou encore Solaris as Vriff en face de vous ? Rien. Un mur d’allumettes, et des lance-pierres. Voilà ce que sont nos défenses pour la Confédération Libre.

Krova tenta de répliquer, mais sa diatribe furieuse se perdit en marmonnements incompréhensibles. Vilius, amusé, jeta un coup d’œil au prince Julian, assis sur son siège d’honneur, sa petite figure d’enfant de cinq ans se crispant pour tenter de comprendre ce qui se disait autour de lui. Avant qu’elle ne disparaisse subitement, Venamia avait obligé Julian à assister à ses réunions de guerre ou de politique. Vilius n’en avait guère perçu l’intérêt. Le gamin devait comprendre que 10% de ce qui s’y disait. Mais plus le temps passait, plus le jeune prince faisait montre d’une compréhension étonnante pour un gosse de son âge.

Bien que sa mère ne soit aujourd’hui plus là pour le forcer, Julian voulait continuer à siéger aux réunions. Ça arrangeait Vilius. Comme Julian était l’héritier légitime de Venamia, pour la forme, le dernier mot lui revenait quand il y avait quelque chose à décider. Et bien évidement, il décidait toujours ce que disait Vilius, qui avait su en faire rapidement son allié. Ils étaient en quelque sorte tous les deux des complices, affaiblissant peu à peu et discrètement le Grand Empire de l’intérieur.

- Le Marquis ! Fit enfin Krova. Il faut demander l’aide du Marquis des Ombre !

- Le Marquis des Ombres et ses sbires ne traitaient qu’avec la Dirigeante Suprême, répliqua Vilius. De plus, à la fin, l’alliance secrète que Lady Venamia a passé avec eux a fini par filtrer de plus en plus auprès de la population, avec des conséquences terribles sur l’image du Grand Empire. J’ai toujours été en désaccord avec la Dirigeante Suprême sur le fait de traiter avec cette espèce de secte que sont les Agents de la Corruption, et ce n’est sûrement pas moi qui irais faire des pieds et des mains devant ces malades.

Là pour le coup, Julian dut en comprendre assez, car il hocha vigoureusement la tête. Le jeune garçon devait bien se rappeler de sa rencontre avec le Marquis des Ombres, avec Lyre et avec ses zombis.

- J’ai entendu dire que Crenden, le scientifique de la GSR, travaille sur une certaine arme depuis un moment non ? Demanda Lucian. Qu’en est-il ?

Vilius fut prit d’un frisson en songeant à la bombe Arctimes que Venamia avait demandé à Crenden de mettre au point. Une bombe terrible qui ne causait aucun dommage véritable, mais qui faisait vieillir à vitesse grand V tout ce qui se trouvait dans son champ d’action, de plusieurs dizaines d’années par seconde. Une bombe qui pouvait donc purger toute une ville comme Veframia de la totalité de ses habitants en dix secondes, et sans aucune destruction d’aucune sorte.

Venamia avait appelé ça une « bombe propre ». Ça ne l’avait absolument pas dérangée que Crenden - qui de son propre aveu avait longtemps pataugé - s’amuse à bidouiller un engin pareil dans l’enceinte même du Palais Suprême. Dès que Venamia avait fichu le camp, Vilius avait tenté de mettre ce projet de dingue en arrêt, mais il s’était alors heurté aux fanatiques de Venamia de la GSR, qui gardaient Crenden et toute l’équipe scientifique en otage. Vilius n’avait aucune autorité sur la GSR, qui respectait à la lettre les derniers ordres de leur patronne. Il avait toutefois pu rencontrer en secret Crenden et lui demander de retarder la finition de la bombe le plus possible, en espérant que la Confédération prenne Veframia avant qu’elle ne soit opérationnelle. Crenden avait essayé autant qu’il avait pu, mais à trop pousser, cela allait finir par se voir. Vilius ignorait l’état de la bombe à l’heure actuelle, mais elle devait être quasiment finie… ou peut-être même totalement.

- Vous suggérez d’anéantir nos propres habitants, Lucian ? Demanda Vilius.

- On peut imaginer une espèce de piège, insista ce dernier. On évacue la ville le plus possible, on laisse la Confédération y entrer, et quand elle sera à l’intérieur…

Il laissa sa phrase en suspens. Ecœuré, Vilius secoua la tête.

- Et à quoi cela va nous servir ? Le Grand Empire sera fini tout de même. Nous aurons eu seulement droit à un grand baroud d’honneur consistant à massacrer le plus possibles de soldats ennemis, et gagnant ainsi au passage l’appellation de criminels de guerre. Ce sera sans moi.

Pour ajouter du poids à sa voix, Vilius coula un regard discret vers Julian, qui saisit le message et déclara de son ton royal qu’il avait longuement travaillé :

- Monsieur Vilius a raison. Pas de bombe. Ce n’est pas bien.

D’ordinaire, personne ne discutait quand Julian avait dit quelque chose, mais cette fois, Lucian osa répliquer au fils de Venamia.

- C’est facile à dire pour vous, petit prince. Quand la Confédération nous aura capturé, vous, vous ne risquerez rien, du fait de votre jeune âge et de vos liens de parentés avec des membres éminents de la Confédération. Ils diront que vous étiez sous influence, ou carrément pris en otage. En revanche, nous, c’est notre tête que risquons !

Vilius trouva débile la façon de Lucian de s’en prendre au petit garçon qui ne devait pas avoir compris grand-chose. Il éleva la voix.

- Vous croyez que la Confédération sera plus prompte à la clémence après un meurtre de masse totalement gratuit ? Réveillez-vous, Weiss, et vous autres ! Nous avons perdu. Tout ce que nous pouvons faire c’est ne pas rendre les choses plus difficiles qu’elles ne le sont et éviter de sacrifier des vies inutilement. Si nous nous montrons raisonnables, je suis sûr que la Reine Eryl saura nous pardonner. C’est la reine de l’innocence après tout. Le pardon doit faire partie de ses trucs. Il nous sera facile de tout mettre sur le dos de Venamia et d’invoquer la peur ou la menace que nous subissions à ses côtés.

Le conseil de défense ne put qu’acquiescer dans sa grande majorité. Venamia avait eu la mauvaise habitude de menacer la famille de hauts gradés dont elle n’était pas totalement certaine de leur loyauté. Vilius s’efforça de prendre un ton solennel.

- Je sais ce que vous ressentez, messieurs. Je le ressens doublement. J’ai partagé dès le début la vision de Lady Venamia, alors qu’elle s’appelait encore Siena Crust. Je croyais en cette Team Rocket forte et conquérante qu’elle appelait de ses vœux. Ce Grand Empire de Johkan aurait pu être une grande et merveilleuse nation. Mais il faut nous rendre à l’évidence ; ça n’aurait jamais pu fonctionner avec Venamia à sa tête. Elle était une conquérante et une stratège hors pair, mais une terrible dirigeante. Cet Empire était corrompu dès sa création, et sincèrement, je n’ose penser à l’état du monde si Venamia avait pu le conquérir. Je l’ai servie au plus près, plus par peur et par dépit qu’autre chose. J’ai eu tort, j’ai manqué de courage et de vision. Et je le regrette. C’est tout ce que je pourrai déclarer aux instances de la Confédération en implorant leur pardon. Je vous suggère de vous isoler un moment, et de réfléchir à ce que vous, vous allez dire…

Il se leva de sa chaise et quitta le conseil, Julian à ses cotés. Il espérait que personne parmi eux n’irait faire d’histoire en tentant une ultime résistance désespérée. Vilius savait que la GSR ne se rendrait pas, mais ça les regardait. Il prendrait bien soin de se dissocier de ces malades.

- La Confédération va nous gronder parce que nous avons écouté les mauvaises choses de maman ? Demanda Julian.

Vilius sourit et lui frotta les cheveux.

- Pas toi, mon gars. Pas toi. Ta mère t’a capturé et tu étais prisonnier.

- Je l’ai écoutée quand même, quand elle me faisait les leçons, quand elle me disait de prendre mon bain, quand…

- C’est pas un crime pour un garçon de ton âge d’écouter sa mère, lui assura Vilius. Tu reverras ton oncle Mercutio et ta tante Galatea, et ils ne laisseront personne te faire quoi que ce soit.

- Et papy Hegan ?

- Ouais, le vieux Tender aussi.

- Mais… et monsieur Vilius ? La Confédération va te gronder, toi ?

- Probablement. J’ai aidé ta maman à faire pas mal de mauvaises choses. Mais en ce moment j’essaie de terminer cette guerre au plus vite, donc il se peut que ma punition soit allégée.

Julian réfléchit à ces paroles, puis dit :

- J’espère que la Confédération ne te punira pas beaucoup, monsieur Vilius. Tu es quelqu’un de gentil.

Vilius ricana.

- Non, je ne suis pas gentil. Je suis un lâche ambitieux qui ne pense qu’à sa peau. Ne prends pas exemple sur moi, gamin.

Il n’empêche, se faire traiter de « gentil » par ce garçon qui était tout ce qu’il y avait de plus innocent et sincère le toucha quand même. Si ça n’avait tenu qu'à lui, Vilius l’aurait renvoyé à la Confédération dès qu’il aurait pu. Hélas, Julian était sous la surveillance permanente de Gallad et de ses âmes damnées de la GSR. Vilius ne pouvait rien faire pour lui, tout comme il n’a pu rien faire pour Erend Igeus. Il était certain que Venamia ne l’avait pas encore mis à mort avant sa disparition soudaine. Elle l’avait sûrement gardé planqué quelque part dans le palais, pour le tourmenter à loisir.

Mais Vilius n’avait jamais pu trouver où. Ce palais était immense, et comme il avait été construit sous les ordres de Venamia, elle s’était sans doute fait faire des passages secrets ou des pièces cachées un peu partout, connus d’elle seule ou de sa GSR. Après tant de mois passés, Vilius doutait qu’Igeus fut encore en vie. Une fois Venamia absente, la GSR n’aurait eu aucun intérêt à le garder vivant. Tout ce que Vilius pouvait espérer, c’était que Venamia avait elle aussi trouvé la mort. Trahie par le Marquis, ou encore éliminée par les Réprouvés. Peu importe. Il fallait que sa disparition soit définitive, et que son nom soit rayé de l’Histoire à jamais. Ainsi, personne ne se souviendrai du rôle peu glorieux que Vilius avait eu à ses côtés. Car, même encore aujourd’hui, Vilius Chen accordait plus d’importance à ce que sera son image qu’à sa vie actuelle.

- Je vais sortir un moment, dit Vilius à Julian. Retourne dans ta chambre et ne laisse personne - que ce soit Krova ou Weiss - venir te parler. Demande à tes gardes GSR de ne laisser personne entrer à part moi.

Vilius insistait souvent à ce propos. Il craignait que d’autres que lui ne tentent d’aller influencer Julian. Le gamin était très intelligent et vif pour son âge, mais il restait quand même un gosse de cinq ans, et donc particulièrement crédule.

- D’accord, obéit sagement le prince. Quand tu reviendras, on fera la lecture, hein, hein ?

- Oui, oui…

Ça faisait quelques mois maintenant que Julian savait lire, et d’une façon évidement exceptionnelle pour un enfant de son âge. Depuis, fasciné par ce nouveau « pouvoir », il exigeait qu’on lui donne des livres. Et ce n’était pas des livres d’images pour gamin de 3 à 6 ans qu’il voulait, mais bien des bouquins de culture générale, généralement sur les Pokemon, mais aussi sur plein d’autre sujets. Vilius se demandait vaguement si Venamia elle-même avait été aussi en avance sur le plan intellectuel à son âge, ou si Julian était véritablement un gosse surdoué. Vilius lui ébouriffa une nouvelle fois ses cheveux bleus clairs.

- T’es un bon garçon. Allez, file.

Une fois seul, Vilius quitta le Palais Suprême, vérifia qu’il n’était pas suivi, et commanda un taxi pour se rendre jusqu’à Céladopole. Il aurait pu y aller en sautant dans les airs comme il le faisait quand il était sous l’action du Sombracier, mais ça n’aurait pas été très discret, et Vilius avait justement un rendez-vous qu’il tenait à garder sous silence. Il prétexta ce déplacement pour aller saluer la garnison en place ; plus une garnison d’ouvriers du bâtiments que de soldats, à vrai dire. Depuis la guerre contre les Dignitaires et la quasi-destruction de la ville par les Shadow Hunters, Céladopole se reconstruisait lentement ; Venamia ayant préféré mettre tout le budget sur sa ville qui portait son nom et sur son foutu palais géant.

Une fois la petite visite improvisée terminée, il se rendit seul à l’ancien casino de la ville, du moins ce qu’il en restait. Autrefois l’un des lieux les plus prisés de Céladopole, il n’en restait que des ruines et des gravats. Mais ce n’était pas le casino en lui-même qui intéressait Vilius, mais plutôt son sous-sol. Autrefois, ce casino avait appartenu au père de Vilius en personne, le Boss Giovanni. Il s’en servait bien sûr comme investissement, mais aussi comme une de ses nombreuses planques. Il avait effectivement fait creuser bien en dessous du bâtiment pour en faire une petite base Rocket, et surveiller ainsi le quotidien de Céladopole. Du moins jusqu’à qu’un dresseur, seul, parvienne à infiltrer la base en terrassant à la chaîne quantité de sbires en combat Pokemon. Après cette humiliation, Giovanni avait été forcé d’abandonner le casino.

Cela étant, les sous-sols existaient toujours. Ils étaient connus de peu de monde. Même Venamia avait ignoré leur existence. C’était une planque dont seuls les proches de Giovanni avaient connaissance. C’est-à-dire Vilius, bien sûr, mais aussi les autres Agents Spéciaux de l’époque. Lucian Weiss n’en était pas un ; en ces temps là, le poste d’Agent 007 était occupé par une femme nommée Saki Sird et au nom de code de Storc ; une nana assez flippante qui avait été l’une des nombreuses maîtresses de Giovanni. Quant à Bornet, il était bien Agent à l’époque, mais vu que le Bornet actuel était en fait le Pokemon Méchas D-Zoroark, aucun risque. En fait, en dehors de Vilius, le seul autre ancien Agent Spécial de la Team Rocket encore en vie qui connaissait l’existence de ces souterrains… c’était Estelle Chen, ancienne 005.

Vilius dut déblayer pas mal de gravats et de pans de mur ou de toit arrachés pour enfin localiser les escaliers cachés. Faute de système d’ouverture électronique, il dut utiliser ses brassards de Sombracier pour ouvrir la trappe avec sa force physique. Une fois cela fait, il fut satisfait de constater que le tunnel n’avait pas été bouché par la destruction du casino. Vérifiant une nouvelle fois qu’il n’était pas suivi, il sortit une lampe torche et s’engagea dans le tunnel souterrain, jusqu’à parvenir dans l’ancienne base Rocket désaffectée ; sale, plongée dans le noir et dans le désordre le plus complet.

Vilius se sentit comme nostalgique. Ça faisait un moment qu’il n’était pas revenu ici. À l’époque - ça devait bien faire treize ou quatorze ans ! - il venait juste de devenir l’Agent 003, et ressentait encore une certaine fidélité et admiration pour son paternel. C’était la bonne époque, quand la Team Rocket nageait en plein dans les affaires clandestines, de mafia, de drogue, de trafic de Pokemon… loin de la politique et de la militarisation qui a fini par émerger et remplacer tout le reste. Vilius y reviendrait volontiers, à cette époque. Cette fois en mettant ses ambitions de côtés, et en étant loyal à son père. Comme bien souvent depuis ces deux dernières années, Vilius regrettait sa disparation… bien que ce soit lui qui lui ait porté le coup de grâce.

Vilius regarda sa montre, et attendit. L’heure du rendez-vous fut dépassée, mais Vilius ne s’inquiéta pas outre mesure. C’était moins long et moins compliqué de venir depuis Veframia que d’Oliville, à l’autre bout de la région. Finalement, la trappe du souterrain s’ouvrit à nouveau. La femme qui en émergea portait une espèce de robe militaire marqué d’un petit R rouge, et avait attaché ses longs et soyeux cheveux châtains en une queue de cheval stricte. Vilius ne l’avait plus vue depuis la fois où elle avait failli le tuer, il y a quasiment un an, et il se rendit compte que le regard sévère de sa demi-sœur lui rappelait tant celui de leur regretté géniteur.

- Tu as vieilli, dit Vilius en guise de salut. Je vois une nouvelle ride, et même… oh mon dieu, ce serait pas deux cheveux blancs ça ?!

- Toujours aussi aimable… La guerre vieillit prématurément les gens, répondit Estelle. Et je vais sur mes trente-six ans.

- Dépêche-toi de te trouver un mec avant d’être ménopausée. Quoique, tu y travailles, d’après ce que j’ai saisi en lisant la presse people de votre Confédération. Tu t’entends bien avec Silvestre Wasdens à ce que j’ai compris ?

- C’est un homme intelligent, intègre et gentil, répondit Estelle sans paraître gênée le moins du monde. Bref, tout ton contraire en somme.

- Je n’en doute pas un instant, mais j’imagine bien le vieux se retourner dans sa tombe s’il apprend qu’il risque d’avoir un ex-Dignitaire comme gendre…

Estelle sourit faiblement, mais sourit quand même. Vilius fut heureux de constater qu’ils pouvaient parler et se lancer des piques en plaisantant comme autrefois. Il savait quand même que sa sœur ne lui avait pas encore pardonné pour leur père, et aussi pour Domino. Vilius ne s’attendait pas à ce qu’elle le fasse un jour, mais il comptait quand même essayer de se racheter comme il pouvait. Il prit donc un ton sérieux et lui fit son rapport ; la première fois de vive voix depuis qu’il espionnait pour le compte de la Confédération.

- Les pontes du Grand Empire commencent à s’affoler sévère, dit-il. Notre bon vieux 007 vient de proposer qu’on utilise la bombe Arctimes que Venamia voulait mettre au point, vu qu’on a plus rien à perdre. Et cet attardé de Krova est d’accord. J’ai pour l’instant réussi à calmer le jeu avec l’aide de Julian, mais je vous suggère de ne pas traîner à prendre la capitale. Je ne sais pas à quel stade en est cette foutue bombe, mais si la GSR décide de suivre Krova et de l’utiliser, je n’aurai pas le pouvoir de m’y opposer.

- Je ne pense pas que la reine ait prévu de faire traîner les choses, répondit Estelle, mais elle est décidée à créer officiellement son nouvel Etat fédéral avant de lancer l’assaut final. La cérémonie est prévue pour dans deux semaines, et Sa Majesté compte la faire à Doublonville.

- Mouais, une fois Doublonville prise, c’est comme si vous aviez tout Johto. Vous ne rencontrerez aucune résistance, quelque soit la date à laquelle vous voulez la prendre, je m’y engage. Par contre, ça risque d’être différent une fois la frontière traversée. Krova et les autres généraux sont d’accord pour masser l’essentiel de notre armée derrière les murs de Veframia, mais ils n’abandonneront pas pour autant les principales villes de Kanto.

- Peu importe. On ne compte pas s’y arrêter. Le Général Lance a prévu d’attaquer directement Veframia, pour mettre fin à la guerre immédiatement. On va laisser les Blancs Manteaux sur place nous créer un passage sûr jusqu’à la capitale.

Vilius fronça les sourcils.

- Ouais, d’ailleurs, parlons-en un peu, de vos Blancs Manteaux là… J’ai eu des rapports comme quoi ces illuminés avaient parfois recours aux Pokemon Feu pour exécuter les plus récalcitrants, ceux qu’ils appellent les « hérétiques ». Alors, passe encore qu’ils s’amusent à brûler les bordels, les grandes surfaces et les Pôle Emploi, mais brûler les gens vifs parce qu’ils ne croient pas en une religion, ça passe moyen au XXIème siècle…

Estelle secoua la tête de dépit.

- Je n’y peux rien. Je n’ai aucun contrôle sur ces malades, et je crois que la reine elle-même n’en a plus beaucoup non plus. Brimas Atilus les a lâchés sur Kanto en la désignant comme une région d’infidèles corrupteurs, et ici, loin de toute autorité légale, ils peuvent se lâcher comme ils veulent. Une fois la guerre terminée, nous ferons le ménage parmi ces gens. La reine Eryl ne peut pas créer un nouvel Etat de droit et de démocratie et en même temps laisser ces pseudos inquisiteurs religieux faire ce qui leur chante. Mais pour le moment…

- Oui. La fin justifie les moyens, hein ? Tout comme ces attentats à répétition de la part des tarés masqués de Tuno ?

- La Confédération n’a rien à voir avec eux, et ne les soutient en aucune façon, répliqua Estelle d’un ton sans réplique. Nous les avons largement pointé du doigt comme étant des criminels de la pire des espèces.

- Ah, mais je ne vous accusais pas de connivence avec eux, juste de bien en profiter. Je crois me souvenir que vous n’aviez pas tardé à attaquer Mérouville juste après l’attentat d’août dernier.

- Il valait mieux reconquérir cette ville et la placer sous la protection de la Confédération plutôt que de la laisser sombrer dans le chaos. Mais je le répète, nous ne souhaitons pas que les Réprouvés poursuivirent leurs meurtres aveugles. Une fois le Grand Empire soumit à la Confédération, ils seront la prochaine cible.

- J’ai hâte de voir ça… et si possible d’y participer. Ça pourrait réduire mes années de taule, nan ?

- Je ne suis pas juge, mais je ne manquerai pas de rapporter ton aide à Sa Majesté.

- Ouais, et rapporte aussi à la petite miss Crust et au général Tender que je veille bien sur Julian. J’ai même réussi à lui dénicher une Lun’Aile pour quand il dort, si jamais Tuno aurait des idées chelou. Je te dis pas le prix des machins à l’heure actuelle… J’ai dû vendre une partie de mon Sombracier…

C’était là un autre souci qu’avait engendré la disparition de Venamia : plus personne ne bénéficiait de la protection d’Horrorscor qui avait empêché jusque là Lord Vrakdale de s’en prendre aux proches de Venamia avec son pouvoir qui emprisonnait les gens dans un cauchemar jusqu’à les tuer. Quand Tuno avait compris que Venamia n’était plus au Palais Suprême, il s’était mis à tuer des officiers et autres personnes importantes du Grand Empire chaque nuit. Vilius bien sûr avait prévu le coup, et avait réussi à se dénicher une Lun’Aile depuis un moment.

Il n’y avait que cette espèce de plume magique provenant du Pokemon Légendaire Cresselia pour se protéger des cauchemars provoqués par les pouvoir de Darkrai dont Tuno avait hérité. Du coup, tout le monde au palais avait cherché à en obtenir, et beaucoup de ceux qui n’y était pas arrivé avaient démissionné, de crainte d’être la prochaine cible du chef des Réprouvés. Mais actuellement, même si tous les résidents du palais n’avaient pas tous de Lun’Aile, il y en avait suffisamment dans le bâtiment pour provoquer une espèce de répulsif aux mauvais rêves.

- Je crois qu’il m’aime bien, ce gosse, reprit Vilius d’un air pensif. Il m’a demandé de lui faire la lecture ce soir. Je dois avoir des fibres paternelles planquées…

- D’abord Venamia, puis Igeus, et maintenant toi… Pauvre enfant ! Avec les tuteurs qu’il a eu, il va avoir appris comment berner son monde et prendre le contrôle d’un pays avant de savoir faire du vélo…