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Une leçon de vie de MissDibule



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Informations

» Auteur : MissDibule - Voir le profil
» Créé le 31/10/2017 à 03:17
» Dernière mise à jour le 26/11/2017 à 13:23

» Mots-clés :   Alola   Présence de personnages du jeu vidéo   Slice of life   Unys

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Chapitre 8 : Crépuscule
Les six enfants venaient de revenir au plant de Grosse Racine. Mais Mahina et Ao n’étaient plus là.
- Les jumeaux ont dit qu’ils allaient chercher la prof… expliqua Nuha à ses camarades.
- Ouais… On a essayé de les empêcher mais ils sont partis quand même… J’espère que tout va bien… fit à son tour Nele, angoissé.
Il tenait beaucoup à ses camarades, et jouait souvent le rôle du grand frère protecteur.
- Hum… Je pense que ça devrait aller. Mahina et Ao sont très débrouillards, mine de rien. En plus, ils sont avec les Pokémon de notre professeure, qui sont très bien entraînés, le rassura Akamai.
- Ouais, la grosse tête a raison. Ces deux-là savent ce qu’ils font, l’appuya Nuha.
- Merci, les gars. Vous savez… Même si ce combat était intense, je pense qu’on s’en est sorti parce qu’on s’est entraidé, affirma Nele.
- Et aussi parce qu’on s’est souvenu de ce que nous appris la maîtresse, souligna Laka.
- On a une professeure vraiment formidable… dit timidement Iki.

Il fut approuvé à l’unanimité, même par Nuha, qui ne le rabroua pas, pour une fois. Tous avaient créé des liens spéciaux avec leur institutrice venue d’une autre région. Elle leur avait appris beaucoup de choses, et pas seulement les matières scolaires. Elle leur avait également donné de précieux conseils de vie, qui leur serviraient tout au long de leur existence.
- J’espère que tout va bien pour elle… déclara Nani, la voix emplie de crainte.
Tous opinèrent du chef. Elle venait de résumer la pensée de tous ses camarades.
- Moi aussi, j’espère qu’elle ne va pas tarder à revenir, saine et sauve. Mais tout ce que nous pouvons faire pour l’instant, c’est l’attendre ici, comme elle nous l’a demandé, fit valoir Akamai.
Ses camarades l’approuvèrent, et sous s’assirent dans l’herbe, inquiets pour leur professeure.

***
Ludvina avait la tête lourde, très lourde. Mais enfin, que s’était-il passé ? Elle ouvrit difficilement les paupières, et fut instantanément aveuglée par une lumière surnaturelle. Où était-elle ? S’habituant peu à peu à la luminosité ambiante, elle scruta les alentours, et poussa un cri d’effroi : elle se trouvait dans le ciel, au beau milieu des nuages. Elle était allongée sur le dos, et une sorte de force invisible l’empêchait d’aller s’écraser sur les arbres aux grandes feuilles de la Jungle Sombrefeuille. La jeune femme n’osait pas bouger, de crainte de tomber.

Elle était paralysée par la peur.
- Vous n’avez aucune crainte à avoir, intervint soudainement une douce voix familière qui la fit tressaillir de tout son être.
La brunette leva alors la tête et vit Mahina et Ao, debout eux-aussi dans le ciel, face à elle. C’était la jeune fille aux yeux bleu nuit qui venait tout juste de parler.
- Où… où sommes-nous ? Et… où est le reste de classe ? Est-ce que Laka va bien ? s’enquit la professeure.

Malgré la violente douleur qui lui vrillait le crâne et la situation absurde dans laquelle elle se trouvait, Ludvina avait toujours les idées claires, et elle s’inquiétait pour ses élèves.
- Ils vont tous bien. Ce n’est pas pour eux qu’il faut s’inquiéter, à l’heure actuelle… commença Ao.
- Mais pour vous, compléta sa sœur.
- Pour… moi ? demanda la jeune femme, déboussolée.
- Oui. Tout ce qui vous arrive fait partie du vaste plan de la directrice Severa Kaena depuis le début, déclara mystérieusement Ao.
- Comment ça, son plan ? Mais enfin de quoi parlez-vous ? Je ne comprends rien…
- Nous allons tout vous expliquer, répondirent-ils en même temps.

Totalement perdue, Ludvina White écouta donc le récit de la vie de Severa Kaena, raconté par les deux enfants les plus mystérieux qu’elle avait jamais rencontrés.

**
Severa Kaena, de son nom de naissance Severa Grey, naquit à Unys, et plus précisément dans la ville de Maillard. Elle étudia à l’École des Dresseurs d’Ogoesse, où elle se démarqua par ses impressionnants talents de dresseuse. Une fois diplômée, la jeune fille qu’était alors Severa Grey partit à la conquête des badges d’arène d’Unys, et les obtint tous sans exception. Elle semblait bien partie pour devenir le nouveau Maître d’Unys, mais ses rêves de gloire partirent en fumée lorsqu’elle échoua à deux reprises à vaincre le Maître de l’époque, Goyah. Severa, lasse de ces échecs, décida alors de changer de voie.

Attirée depuis toujours par la rigueur du monde scolaire, Severa revint donc à l’école… en tant que professeure cette fois. La jeune femme était passionnée. Mais elle était également très stricte. Tout le monde connaissait la jeune femme comme « la terreur d’Ogoesse ». Les plus folles rumeurs couraient autour d’elle. Beaucoup concernaient son étrange Léopardus au pelage bordeaux. D’aucuns disaient qu’il arborait cette couleur car il avait baigné dans le sang des élèves victimes de la professeure. De la pure calomnie. Ceux qui s’abaissaient à répéter de tels racontars ne connaissaient visiblement pas l’existence des Pokémon chromatiques.

La jeune femme faisait peu cas de ces ragots. Seulement, sa manière très autoritaire d’enseigner irrita plus d’un élève, et certains décidèrent de se venger de leur institutrice en appuyant là où cela faisait mal. Ainsi, plusieurs de ses élèves rappelèrent ses échecs passés à la jeune institutrice, du temps où elle était dresseuse. Ils allèrent même jusqu’à dire que Severa Grey était indigne d’être leur professeure. Des jours durant, ils ne firent que provoquer la jeune femme, mettant sans cesse en doute ses talents pour le dressage. Jusqu’au jour où Severa Grey explosa. Folle de rage, elle avait hurlé dans toute sa classe -voire même dans toute l’école- qu’elle allait affronter le Maître, et prouver à ces petits vantards qu’elle était une grande dresseuse.

Touchée dans son ego comme jamais, la crise de nerfs incontrôlée de la jeune femme lui fit perdre son travail de professeure. Mais cela lui importait peu. Elle était certaine de réussir à battre Goyah, cette fois-ci. Elle deviendrait alors Maître, et elle clouerait le bec à ces petits prétentieux une bonne fois pour toutes. Avec l’aide de sa merveilleuse Léopardus, Carmina, ainsi que tous ses autres Pokémon, elle allait remporter la victoire. Il le fallait. Ainsi, alors qu’elle avait vingt-sept ans, Severa Grey retenta le défi de la Ligue Pokémon d’Unys pour la troisième et dernière fois.

Cependant, Severa ignorait un détail : Goyah n’était à cet instant plus Maître Pokémon. En effet, celui-ci venait tout juste d’être détrôné par une brillante dresseuse, aussi jeune que talentueuse : Ludvina White. Quelle ne fut donc pas la surprise de la jeune Severa lorsqu’elle vit, après avoir vaincu le Conseil 4 d’Unys, une adolescente assise sur le trône de Maître. Comment une telle gamine avait pu devenir Maître ? Décidément, Goyah avait bien perdu de sa superbe. Severa ne se méfia pas le moins du monde de cette petite dresseuse de dix ans sa cadette, qui ne payait pas de mine, et qui n’avait pas la moindre classe avec ses vêtements cheap, comme on disait en Unyssien.

Mais Severa Grey commit une grave erreur de jugement ce jour-là. Ludvina White la battit à plate couture. Pire encore, la jeune fille semblait avoir pris leur affrontement à la légère, comme si la faiblesse de Severa était telle qu’elle ne méritait pas qu’elle se donne à fond face à elle. En réalité, la jeune Maître ne pensait évidemment pas à mal. À dix-sept ans, Ludvina était bien plus insouciante qu’à vingt-deux, et avait beaucoup de mal à rester sérieuse. L’exact opposé de Severa Grey, qui fut marquée à jamais par cet affrontement, et ce pour une raison : Carmina, la prunelle de ses yeux, fut vaincue pour la première fois. Sa Léopardus chérie, dominée. Et pas par n’importe quel Pokémon. Par une Léopardus des plus banales. Une Léopardus ordinaire avait osé s’en prendre à Carmina et la vaincre. Severa ne le supporta pas.

Ce match qu’elle avait perdu avait brisé tout ce en quoi elle croyait. Elle n’avait pas réussi à prouver sa valeur à ses élèves. Elle n’avait plus d’emploi. Tout ça à cause d’une gamine qui ne méritait pas son talent. Severa Grey quitta alors Unys. Il fallait qu’elle prenne un nouveau départ. La région d’Alola lui semblait parfaite pour cela : l’archipel venait tout juste de s’ouvrir aux autres régions et il était facile de s’y faire un nom. La jeune femme saisit donc cette seconde chance. Elle teignit ses cheveux rouge vif en bleu nuit. Elle changea totalement de style vestimentaire, passant du simple au classieux. Elle changea tout.

Peu à peu, Severa Grey reconstruisait sa vie. Elle commença par retrouver un travail : elle fonda l’École des Dresseurs d’Alola, dont elle devint la directrice, qui ouvrit bientôt ses portes à Ekaeka. L’école fut alors rapidement considérée comme un lieu de référence pour les jeunes dresseurs en devenir. Severa apprit également le Lawaïen. Ce fut d’ailleurs en prenant des cours pour apprendre cette langue qu’elle rencontra son futur mari, Haole Kaena. C’était un bon professeur de langue. Mais surtout, il était parfait pour elle : faible, soumis et entièrement en son pouvoir. Seul hic : sa fille Nani, née d’un premier mariage, qui était bien moins docile que son père. Mais peu importait. Severa Grey, à présent Severa Kaena, avait repris les rênes de sa vie.

Mais elle n’avait jamais oublié sa rancœur envers Ludvina White. La vengeance était devenue sa raison de vivre. Grâce à sa nouvelle influence et ses anciens contacts à Unys, elle récolta le plus d’informations possible sur celle qui avait ruiné sa vie. Elle savait tout de Ludvina. Il ne lui restait qu’à trouver un moyen de se venger d’elle. L’occasion se présenta lorsque Ludvina fut détrônée par une certaine « Écho ». Le jour où elle apprit que Ludvina avait perdu son titre avait été l’un des plus beaux de sa vie. Elle fit ensuite surveiller la jeune femme de près, et découvrit qu’elle comptait devenir enseignante.

Quel choc pour Severa ! Cela ne suffisait donc pas à Ludvina de l’avoir battue ? Il fallait qu’en plus elle lui vole sa vie, et qu’elle choisisse le même métier qu’elle ? Il en était hors de question. Severa fit donc en sorte de faire échouer toutes les candidatures de Ludvina. À chaque fois que l’ancien Maître envoyait une lettre pour postuler dans une quelconque école de dresseurs, Severa chargeait ses contacts d’Unys de la récupérer d’une manière ou d’une autre, pour que jamais la lettre n’arrive à destination. Ensuite, ils renvoyaient une fausse lettre de réponse parfaitement imitée. Severa était étonnée de voir que Ludvina n’était même pas surprise d’être refusée, alors que n’importe quelle école de dresseur rêverait d’avoir un ancien Maître comme professeur.

Toujours était-il que le but de la manœuvre était bien évidemment de mener Ludvina jusqu’à Severa, afin que cette dernière puisse accomplir sa vengeance. Et ce fut ainsi que commença le calvaire de la pauvre Ludvina : l’affectation à la classe D, l’humiliation dans la cafétéria, les remontrances diverses… Mais rien n’y faisait. La jeune femme continuait de sourire, encaissant tout. Elle appréciait même sa classe, remplie des pires élèves de l’école ! Severa Kaena ne pouvait le cautionner. Elle l’avait menée à Alola pour se venger, et elle, elle prenait du bon temps ! Il fallait qu’elle frappe fort. L’obliger à faire une grave erreur qui lui permettrait de la renvoyer et de mettre fin à tous ses rêves comme elle l’avait fait avec elle-même.

Ironie du sort, ce fut Ludvina elle-même qui lui permit de mettre son plan à exécution. La sortie dans la Jungle Sombrefeuille était le prétexte idéal. Severa savait que la “Parade des Guérilande“ avait bientôt lieu dans ladite jungle. Et elle savait également que la petite Laka possédait ce Pokémon. Elle s’arrangea donc pour que la sortie se déroule juste avant la parade, et traça un itinéraire de sortie qui passait près de tous les arbres imbibés de « rosève », cette substance gluante qui attirait les Guérilande. Elle veilla également à ce que les Pokémon des enfants restent bien hors de leurs Poké Balls.

Ainsi, tous les éléments étaient en place pour que la petite Laka se perde. Mais Severa ne souhaitait pas que Ludvina la retrouve. Elle voulait provoquer un gros scandale pour que la professeure soit publiquement humiliée. Elle envoya donc également sur place deux de ses Pokémon : son Scalproie, chargé d’assommer l’enseignante lorsqu’elle partirait à la recherche de Laka, et sa Mygavolt, dont le rôle était d’effrayer les enfants pendant qu’ils étaient sans surveillance, afin d’accentuer le côté « irresponsable » de Ludvina White. Severa Kaena avait absolument tout prévu. Mais c’était sans compter sur la curiosité insatiable de deux étranges jumeaux…

**
Ludvina avait écouté toute l’histoire de Mahina et Ao sans broncher. Elle était dans un état de transe qu’elle ne saurait expliquer. Un mélange inextricable de colère, d’effroi et de tristesse. Comment avait-elle pu ne rien voir venir ? Elle avait eu pourtant tellement de signes annonciateurs ! Les lettres de refus presque toutes identiques, la peau si blanche de la directrice, la photo avec la Léopardus rouge… Comment avait-elle pu oublier cet affrontement de ses débuts, qui avait opposé Darky à son homologue au pelage bordeaux ? Elle s’en souvenait parfaitement maintenant. Mais il était un peu tard pour cela.

Elle n’arrivait pas à croire que cette femme ait pu faire tout ça juste pour se venger d’elle. Elle avait mis ses élèves en danger pour satisfaire ses propres intérêts, et cela, Ludvina ne pourrait jamais le lui pardonner. Toujours abasourdie par le choc de ces révélations, Ludvina eut du mal à formuler sa question :
- Mais… co-comment avez-vous appris tout cela ?
- Nous avons mené notre enquête. Parce que… débuta Ao.
- Parce que nous vous aimons beaucoup. On s’inquiétait pour vous, conclut Mahina.
La jeune femme était touchée au-delà des mots. Elle était si heureuse d’entendre cela de la part de ses deux élèves les plus secrets.

Elle s’empressa de leur exprimer à son tour son affection :
- Je suis heureuse que vous me disiez ça. Vous savez, même si vous n’intervenez pas beaucoup en cours… À chaque fois que vous le faites, j’en suis ravie. Je vous aime beaucoup moi aussi.
Le garçon à la chevelure blonde et la fillette aux cheveux violets lui répondirent par un énigmatique sourire.
- Il va être l’heure de se quitter... Notre temps ici est écoulé, décréta Mahina.
- Quoi ? Mais… Pourquoi ? Et où sommes-nous, à la fin ? demanda Ludvina, paniquée, en réitérant la question qu’elle avait posée il y a un bout de temps maintenant.
- Oh, ça… Vous comprendrez très vite, lui répondit simplement Ao.

La vision de Ludvina commença soudainement à se troubler. Elle ne voyait plus les visages de ses deux élèves. Un voile noir passa devant ses yeux, qui se fermèrent… Puis se rouvrirent. La première chose qu’elle vit en se réveillant fut le ciel étoilé qu’elle aimait tant. Ensuite, elle réussit à distinguer les feuillages d’un arbre, auquel elle était probablement adossée. Enfin, elle aperçut les deux visages penchés sur elle d’un air inquiet : ceux de Nele et Iki.
- Maîtresse ! Comment vous sentez-vous ? s’enquit Nele.
- Je… J’ai affreusement mal au crâne… répondit-elle avec difficulté.
- Ne vous en faites pas, les secours ne vont pas tarder… la rassura Iki.
- Les… secours… ?
- Oui ! Mahina a volé sur votre Pokémon jusqu’au commissariat d’Ekaeka. Elle connaît la région comme sa poche, les renforts ne devraient plus tarder !

Tout s’embrouillait dans la tête de Ludvina. Mahina volant toute seule sur Malika, de nuit ? Cette petite avait du courage… Tous comme ses camarades. Des milliers de questions fourmillaient dans son esprit :
- Comment… m’avez-vous retrouvée ?
- Ce sont Ao et Mahina qui vous ont retrouvée. Puis Ao nous a retrouvés et guidés jusqu’à vous pendant que Mahina partait chercher de l’aide, expliqua Akamai, dont la voix paraissait lointaine aux oreilles de la professeure.
- On a veillé sur vous pendant que vous étiez évanouie, précisa Laka.
Puisqu’il faisait désormais nuit, cela signifiait que ces enfants étaient restés seuls dans cette forêt pendant d’innombrables heures. Ludvina était ébahie devant tant de courage et de témérité. Elle n’était pas peu fière de ses élèves. Mais une question la taraudait : « Évanouie ? Mais alors… La conversation avec Ao et Mahina n’était qu’un rêve ? », songea-t-elle.

Elle coula un regard interrogateur vers le jeune Ao, qui se tenait debout à côté de Stormy. Même dans la pénombre, ses yeux argentés étincelaient. Celui-ci posa son index sur sa bouche en guise de réponse. Non, il ne s’agissait pas que d’un rêve. La jeune femme en était persuadée. Ce fut sur cette pensée que la professeure sombra à nouveau dans le sommeil. Au même moment, un jeune policier muni d’une lampe-torche, un Caninos, ainsi que Mahina et Malika, firent leur apparition.

***
Un tout nouveau jour se levait sur Alola. Ludvina se réveilla à temps pour voir le crépuscule s’évanouir. La mystérieuse Lune laissant place à l’intrigant Soleil... La jeune femme ne se lasserait jamais d’un tel spectacle. Elle se trouvait à cet instant dans une pièce intégralement blanche qu’elle ne connaissait pas. Elle apprit plus tard qu’il s’agissait de l’infirmerie du Commissariat de Police d’Ekaeka. La pauvre femme avait reçu un violent coup sur la tête, provoqué par le Scalproie de la directrice, et devait se reposer. Ce qu’elle fit. Elle replongea dans ses draps et passa l’une des plus reposantes nuits de sommeil de toute sa vie.

***
L’histoire de cette sortie scolaire sabotée resta très longtemps dans les mémoires. Le scandale espéré par Severa Kaena eut bien lieu… Mais il se retourna contre elle. Grâce aux multiples preuves rassemblées par Mahina et Ao, établir la culpabilité de la directrice fut un jeu d’enfant, et c’était le cas de le dire. La directrice fut contrainte de démissionner. Son mari la quitta suite à cette bien triste affaire. Ainsi, la vie que Severa Kaena avait passé des années à reconstruire venait à nouveau de s’effondrer aussi simplement qu’un château de cartes, tout ça à cause d’une stupide histoire de vengeance qui n’avait pas lieu d’être. Nul ne sait ce qu’il advint d’elle après cela. Elle disparut totalement de la circulation. D’aucuns disent l’avoir déjà vue rôder avec sa Léopardus dans la Jungle Sombrefeuille…

La question de qui succèderait à Severa Kaena en tant que directeur de l’École des Dresseurs d’Alola ne se posa même pas. Le maire d’Ekaeka en personne nomma Ludvina White à ce poste, une responsabilité que la jeune femme accepta avec une humilité sans pareille. Elle entreprit alors de totalement réformer l’école. Les cours étaient désormais bien plus vivants, et surtout, un véritable lien de confiance se créait entre élèves et professeurs. Et bien sûr, plus aucune mise à l’écart quelconque n’était effectuée. La classe D fut dissoute, et ses anciens élèves furent répartis dans les différentes classes, selon leurs affinités. Les professeurs pouvaient traiter les différentes parties du programme dans l’ordre qu’ils le souhaitaient. Ludvina autorisa même l’accès au dortoir pour les Pokémon. Le règne tyrannique de Severa Kaena n’était plus.

Environ un mois après les terribles événements de la sortie scolaire, Mahina et Ao rendirent visite à leur directrice préférée, pour lui annoncer une terrible nouvelle : ils devaient partir. Apparemment, leurs parents avaient trouvé du travail ailleurs. Ludvina n’en crut pas un mot, mais fit tout comme. Elle ignorait la vraie raison qui poussait ces enfants à la quitter, mais elle était persuadée qu’elle était bien plus… mystique. Elle ne savait pas ce qui la poussait à penser ainsi. Peut-être était-ce dû à l’aura si particulière de ces deux enfants qu’elle aimait tant. Cette nouvelle la rendit très triste et créa un vide dans son cœur qui ne serait jamais rempli, elle le savait. Ces deux enfants étaient irremplaçables.

Les adieux furent larmoyants. Ludvina serra très fort ses deux anciens élèves dans ses bras. Puis elle leur fit le plus beau des cadeaux d’adieu. Elle offrit son bracelet en or décoré d’un Soleil à Ao, et son collier en argent orné d’une Lune à Mahina. Elle était certaine que Tcheren et Bianca comprendraient. Après tout, elle n’avait plus besoin de la bénédiction des dieux, désormais. Mais elle avait le sentiment que ces deux enfants avaient encore de lourdes épreuves à affronter. En leur confiant les bijoux, elle chuchota : « comme ça, ce sera comme si j’étais toujours avec vous pour vous protéger, mes trésors. ». Ce fut la dernière fois que Ludvina revit ses deux protégés. Mais elle pensait à eux à chaque fois qu’elle contemplait le crépuscule.

****
Trois mois plus tôt, dans la Salle Originelle

Arceus, le dieu des Pokémon, était en pleine conversation houleuse avec deux de ses plus fidèles compagnons, Solgaleo et Lunala, respectivement dieux du jour et de la nuit. Le débat du jour concernait l’espèce humaine. Arceus soutenait que l’humain n’était pas un monstre, mais qu’au contraire il était doué de pensée, et c’était la raison pour laquelle il pouvait différencier les notions de bien et de mal. Les humains étaient donc capables du pire, mais également du meilleur, selon lui. Cependant, Solgaleo et Lunala ne l’entendaient pas de cette oreille. En effet, les deux Pokémon avaient souffert autant l’un que l’autre à cause des humains, et demeuraient persuadés que l’Homme était un être vil par nature.

Le ton de la conversation commençait à monter :
- Mais enfin, et cette jeune humaine qui vous a libérés tous les deux ? N’est-elle pas une incarnation du bien ? demanda Arceus.
- Lilie ? Oh oui, elle était gentille. Mais dès qu’elle a pu, elle nous a abandonné à ce jeune garçon prétentieux ! siffla Lunala.
- Oui, il a essayé de nous capturer ! Nous, ses dieux ! Vous m’imaginez, moi, enfermé dans une de leurs balles étranges ? Ah ça, jamais, affirma Solgaleo. Qui ferait se lever le Soleil tous les jours après ?

Arceus leva les yeux au ciel :
- Je pourrais très bien m’en charger. Vous n’êtes là que pour m’assister. Quoi qu’il en soit… Puisqu’il me semble impossible de vous faire entendre raison, je vais devoir employer une autre méthode…
- C’est-à-dire ? demanda nerveusement la chauve-souris géante d’un violet indéfinissable.
Tout cela ne lui disait rien qui vaille…
- Trois mois. C’est la durée que vous allez passer dans le monde des humains, déclara Arceus d’un ton implacable.
- Mais comment ? demanda à son tour le gigantesque lion de métal, inquiet.
- Je vais vous changer en humains. Mais pas n’importe quels humains. En enfants. Les enfants sont les êtres les plus purs de toute l’espèce humaine. Je suis certain qu’en vivant parmi eux pendant ces trois mois, vous changerez d’idée sur l’Homme.
Les dieux du Soleil et de la Lune s’entreregardèrent : leur Dieu les mettait à l’épreuve… Et ils ne pouvaient pas vraiment dire non.

Ce fut ainsi que Solgaleo et Lunala devinrent, pendant l’espace de trois mois, Mahina et Ao, les mystérieux jumeaux de l’École des Dresseurs d’Alola. Ils vécurent moultes aventures et rencontrèrent des personnes extraordinaires. Une, en particulier.

****
Le crépuscule approchait. Réunis ensemble à l’Autel du Soleil et de la Lune, Solgaleo et Lunala voulaient profiter de ce fugace instant de la journée où leurs pouvoirs s’entrecroiseraient. Au poignet de l’un brillait un flamboyant Soleil orangé, et au cou de l’autre étincelait une lumineuse Lune violacée. Le Soleil et la Lune ne firent plus qu’un l’espace d’un instant. Un instant éphémère, mais qui laissa juste le temps aux dieux de dire :

« Merci, Ludvina. Tu nous as enseigné la plus belle des leçons. Une leçon de vie. »