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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 24/10/2017 à 22:26
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:59

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 63 : Sur le fil du rasoir
« Quand est-ce que tu leur diras ? » demanda Tia.

Will, allongé sur son lit, soupira d’un air las. Mains jointes derrière la nuque, il arracha son regard au plafond pour tourner les yeux vers l’hallucination, assise sur le bureau de sa chambre comme à son habitude.

« Après.
- Tu n’as pas envie de leur dire.
- Ils ne sont pas prêts à l’entendre, rétorqua Will.
- Ils ne le seront jamais.
- Peut-être bien, oui.
- Plus le temps passe et plus ce sera dur à avouer, se contenta de répondre la jeune femme.
- Je sais, Tia, d’accord ? Je sais, répliqua sèchement le survivant. Mais je ne peux pas.
- Pourquoi ? »

Will claqua la langue, agacé, puis se redressa sur son lit. Il jeta un coup d’œil à son réveil. C’était bientôt l’heure.

« Parce qu’ils sont complètement traumatisés, lâcha-t-il en attrapant le haut de sa combinaison grise.
- C’est drôle d’entendre ça venant de toi.
- Lina a des pulsions suicidaires, Jade est en pleine dépression et l’hybride Métamorph a l’air d’avoir de gros problèmes d’acceptation de sa nature. Sans parler du fait qu’elle et Joshua sont apparemment restés en mort clinique assez longtemps pour développer toutes sortes de séquelles. Je ne suis pas psy, Tia, mais ils sont traumatisés, ça crève les yeux. Ils ont besoin de repos. De se consolider.
- Tu ne leur fais pas confiance, devina Tia.
- Non plus, concéda Will en se rhabillant.
- Toi aussi, tu es traumatisé, tu sais.
- Moins qu’eux.
- Ah oui ? sourit la fille du Chancelier. Sauter d’une passerelle suspendue à plusieurs kilomètres au- dessus du vide, ce n’est pas suicidaire ? Vider une bouteille de whisky par jour, ce n’est pas de la dépression ?
- Tia… avertit le détective, excédé.
- Tu as besoin d’eux, Will. Tu as besoin d’eux pour recoller tes morceaux, au même titre qu’eux ont besoin de toi. C’est toi qui parlais de confiance à Lina, non ? Ça va dans les deux sens, la confiance. Et pour qu’ils puissent te faire confiance, il va falloir leur dire ce que tu caches au dixième.
- Quand j’aurai fini.
- Tu n’as pas avancé depuis des semaines, Will. Tu sais très bien que le risque n’en vaut pas la peine. »

Le barbu se leva de son lit et enfila ses chaussures sans répondre. Sous le regard impassible de Tia, il se leva et se dirigea vers la porte, irrité.

« C’est ironique, non ? lança l’hallucination au moment où il sortait dans le couloir. Tu étais censé être ma conscience, mais maintenant, c’est moi qui suis la tienne. Et tu ne m’écoutes même pas. »

Will ne répondit rien, et le panneau coulissant se referma alors qu’il s’éloignait dans le corridor. Tia ne le suivit pas.

~*~
Sanae frappa à la porte de la chambre de Jade. Deux coups. Secs.

« Entrez. » lâcha une voix.

Fatiguée. Lasse ? Difficile à dire. Sanae sentait le ressentiment qui pulsait de l’autre côté du mur. Une boule de colère froide. Dirigée vers le monde entier.

L’Apocalyptica apposa sa main sur le panneau digital, et la porte coulissa en chuintant. Elle baissa légèrement la tête pour éviter de se cogner le front.

Jade était assise au fond de son lit, sa liseuse numérique posée sur les cuisses. Dans son dos, Sanae sentit la présence du Riolu – comme l’humaine, il dégageait une aura de frustration qui agressait l’hybride, si sensible à ce genre d’émotions. La pauvre petite bête était trop influençable ; le désespoir de Jade l’avait contaminée.

« Bonjour, Jade.
- Salut, Sanae. Qu’est-ce qui t’amènes ?
- Qu’est-ce que tu lisais ? » demanda l’hybride.

A vrai dire, sa vision était assez bonne pour qu’elle puisse décrypter chaque mot de là où elle se tenait. La question était uniquement motivée par la courtoisie.

« Septimus Warren Smith. L’histoire d’un amputé des guerres de Sinnoh qui se réinsère dans la société. » répondit Jade d’un ton las.

Quelque chose remua dans les pensées de Sanae, et une bulle de mépris enfla en elle. L’espace d’un instant, elle eut envie de secouer Jade, de lui hurler d’arrêter de se morfondre comme la faible humaine qu’elle était.

Inspirant calmement, Sanae redressa ses barrières mentales et repoussa l’Autre à la lisière de son esprit, là où ses remarques insidieuses n’étaient plus que des murmures.

« Tu ne m’as pas répondu. Qu’est-ce qui t’amène ?
- Est-ce que tu m’en veux ? » demanda Sanae.
- Est-ce que je t’en veux de quoi ? s’étonna Jade en fronçant les sourcils.
- De ne pas avoir pu soigner tes jambes. »

Ce que les humains étaient lents à la détente, parfois.

Sanae lut une succession d’émotions défigurer le visage de Jade. Un sourcil s’arqua. Une lèvre trembla. Le regard partit à gauche. Une tempête de sentiments contradictoires que l’Apocalyptica décrypta au fur et à mesure.

« Non… bafouilla l’handicapée, surprise. Non, je ne peux pas t’en vouloir… »

La réponse était oui. C’était écrit en toutes lettres sur le visage de Jade. Sa bouche mentait, mais son regard fuyant et la ride qui venait de se former à la commissure de ses lèvres disaient la vérité.

L’Autre lui rappela que lui, il aurait pu la guérir. Qu’il suffisait de lui laisser le contrôle. Sanae l’expulsa d’une poussée mentale, mais il resta là, flottant à la bordure de son esprit, cherchant la faille qui lui permettrait de pénétrer à l’intérieur des murailles qu’elle avait dressées.

La lutte entre elle et l’Autre avait dû durer plusieurs secondes, car Jade la regardait dans un silence gêné. Sanae avisa l’heure sur le réveil et se redressa de tout son haut. Elle chercha brièvement quoi dire, mais ne trouva pas.

« D’accord. Merci. »

Et elle s’en fut, sentant la confusion de Jade dans son dos. Tant pis.

Alors qu’elle marchait dans le couloir, Sanae se surprit à nouveau en train de songer à laisser le contrôle à l’Autre, pour qu’il réussisse là où elle avait échoué.

Mais cette fois-ci, il s’agissait bien de ses propres pensées, et pas de celles que lui soufflait l’Autre.

~*~
« Donc il t'a dit qu'il n'avait aucun moyen d'ouvrir la porte du dixième ? s'étonna Lina, accoudée à la table du réfectoire.
- Non. J'ai essayé de prendre l'apparence que j'avais utilisée pour berner I.H.M., celle d'une employée de X-Corp. Ça n'a rien changé, expliqua Kate, avachie sur la banquette en face d'elle.
- Il a forcément la clé. Ou alors c'est Sanae. On n'a pas trouvé où elle dormait. Elle doit sûrement aller là-bas régulièrement.
- Je pense aussi, oui. Il t'a déjà raconté comment il a trouvé le bunker à son arrivée ?
- Il a dit qu'il est arrivé ici trois jours après le Changement, et que Sanae déambulait au milieu des cadavres. Il ne s'est jamais trop étendu sur le sujet.
- Il ne me fera pas croire qu'il a incinéré tous ces corps sans jamais trouver un seul pass, grommela l'hybride Métamorph.
- Pain aux noix, fromage d’Ecremeuh, du saucisson, et baies confites ! » annonça soudain Joshua en sortant du garde-manger, les bras chargés de victuailles.

Lina et Kate interrompirent leur conversation et se retournèrent pour le voir approcher, peinant à empêcher son chargement de tomber. Prestement, elles l’aidèrent à se débarrasser de son fardeau, médusées. L’hybride Métamorph, en particulier, semblait soudain sous le choc.

« Eh beh, Kate, qu’est-ce qui t’arrive ? s’amusa Joshua.
- Rien, rien… soupira l’intéressée en secouant la tête. C’est juste que… je n’ai jamais vu autant de bouffe d’un coup. »

Lina et Joshua échangèrent un regard. Eux avaient déjà connu un tel luxe, bien sûr. A l’époque où le monde était autre chose qu’un désert de flammes. Mais depuis le Changement, les privations et les rationnements étaient devenus si fréquentes, ni normales, qu’ils en avaient presque oublié le confort de leurs vies d’avant. Kate, elle, n’avait connu que ce régime.

« Vous mangiez comme ça, avant le Changement ? demanda la jeune femme aux cheveux bigarrés.
- C’était un peu plus… cuisiné, avoua Lina en allant remplir un broc d’eau à l’un des distributeurs du réfectoire. Mais c’était à peu près la même quantité, oui.
- Parle pour toi. Moi, tout ce que je bouffais, c’était des pâtes au pesto, ricana Joshua. Les joies de la vie étudiante.
- Ça c’est parce que t’es un mec, le taquina Lina.
- Bah voyons. »

Tous trois s’installèrent autour de la table garnie de victuailles. Joshua attrapa un couteau et se mit à couper le pain en tranches, tandis que Kate s’évertuait à ouvrir le pot de baies confites.

« Ça va te va bien, les franges colorées, Kate, sourit Lina.
- J’aime bien aussi, répondit l’intéressée en mâchant un morceau de saucisson. Au moins, c’est vraiment moi.
- Vous me passez le fromage ? » lança Joshua.

L’hybride Métamorph s’exécuta, amusée :

« Alors c’est ça notre vie, maintenant ?
- Comment ça ?
- Manger autant qu’on veut, tous les soirs, en rigolant autour d’une table, bien au frais dans notre bunker ? »

Lina et Joshua échangèrent un regard, puis le jeune homme se fendit d’un sourire.

« Vous vous méfiez toujours de Will et Sanae, toutes les deux, c'est ça ?
- Ouais, grogna Lina. Mais là tout de suite, ce soir, on s'en fout. Ils sont peut-être bizarres, et ils nous cachent quelque chose, mais ils ne nous veulent pas de mal. On percera bien leurs secrets un jour. En attendant, là, j'ai faim, je les emmerde, et j'ai envie de passer une bonne soirée.
- Quelle éloquence. » souffla Kate en se renversant en arrière, moqueuse.

Joshua ricana, et même Lina sourit, amusée. Tous trois s’en retournèrent à leur copieux repas. Bien assez tôt, les rires du groupe égayèrent le réfectoire, résonnant entre les murs, tandis que les taquineries de Kate et la bonne humeur de chacun se libéraient.

Ils n’avaient pas oublié leurs doutes, non. Ils n’avaient pas oublié la porte du dixième sous-sol, les secrets de Will et l’Apocalyptica qui déambulait dans les couloirs.

Mais ils choisirent d’ignorer leurs craintes, juste un moment, l’espace d’un soir.

Et cette soirée, placée sur le signe de la bonne humeur, de la joie d’être en vie et de la satisfaction de pouvoir savourer un bon repas, s’avéra être la meilleure qu’ils aient connue depuis longtemps.

~*~
Will patientait depuis plusieurs minutes lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent enfin, laissant émerger Sanae, vêtue de son habituelle combinaison blanche.

« Tu m’as fait attendre, lança-t-il en grommelant.
- Je sais. »

Sanae ne s’excusait jamais.

« Tu le sens ? demanda Will.
- Oui, répondit l’hybride en s’approchant de la porte blindée. Il vous attend. »

L'ex-Elitien sortit le pass qu'il gardait en permanence sur lui, le seul qui n'avait pas brûlé avec les cadavres du personnel de X-Corp, et l'apposa sur le panneau digital. L’immense porte blindée du dixième trembla et s’ouvrit, et tous deux pénétrèrent dans le sas.

Ils patientèrent tandis que la première porte se fermait en grinçant. Une fois cela fait, la deuxième porte, identique à la première, s’ouvrit à son tour, et ils se retrouvèrent dans le long couloir sombre que Will détestait tant arpenter.

Devant eux, le corridor disparaissait dans la pénombre. De part et d’autre, des portes blindées -à taille humaine, cette fois- s’ouvraient sur des sas de sécurité, qui donnaient eux-mêmes sur des cellules matelassées, aux parois renforcées.

Will s’approcha de l’une des armoires médicales et en sortit une seringue de Vortex, se retournant vers Sanae d’un air interrogateur.

« Plus j’en prends et moins ça a d’effet, l’avertit l’hybride.
- C’est un non ?
- L’isolement suffit. Gardez le Vortex pour le jour où je n'arriverai plus à tenir l'Autre à distance.
- Comme tu veux.
- Vous allez l’interroger ?
- Oui.
- Ne lui en dites pas trop.
- Rien qu’il ne puisse déjà savoir. »

Elle acquiesça.

Près de l’entrée se trouvait un bureau surmonté de multiples écrans, chacun affichant une cellule. Tandis que Sanae s’éloignait dans le couloir sombre, en direction de l’un des sas, Will s’y installa et fit un rapide tour des caméras.

Toutes filmaient des cellules désertes, sauf deux.

La première était celle où Sanae passait toutes ses nuits, par peur de perdre le contrôle de son esprit lorsqu’elle dormait. A travers la caméra, Wil la vit y entrer et se lover sur le sol matelassé comme un Ponchien. Il ne put s’empêcher de ressentir un pincement au cœur en la voyant s’allonger à même le sol.

Quant à la deuxième cellule occupée, il s’agissait évidemment de celle de Lyrian.