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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 05/10/2017 à 22:09
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:58

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre -07 : Comment est-ce qu'on en est arrivés là ?
Ils quittèrent la maison de campagne le lendemain matin, peu après le lever du soleil. Après une nouvelle nuit passée dans le fauteuil, Will souffrait d’un léger torticolis, mais se sentait en forme.

Du moins physiquement. Son humeur, elle, était plus que maussade. Il ne s’agissait pas du fait qu’il roulait actuellement vers une mort probable, non.

C’était plutôt qu’il ressentait un étrange pincement au cœur alors qu’ils laissaient la vieille propriété derrière eux. Oh, bien sûr, il avait su dès le départ que ce répit n’était que temporaire. Mais peut-être aurait-il aimé qu’il dure plus longtemps. Qu’ils restent là, avec Tia, loin du chaos du monde et du tourbillon d’événements vers lequel ils se dirigeaient actuellement.

La fille du Chancelier, elle aussi, était étrangement silencieuse depuis leur départ. Assise sur le siège passager, elle regardait le lac Makna s’éloigner au loin tandis qu’ils avalaient les kilomètres d’autoroute.

Ils avaient vaguement évoqué un plan. Un plan simplissime. Se rendre aux Elitiens.

Après une après-midi de réflexion, c’était la seule solution qu’ils avaient trouvée pour préserver leur intégrité physique et rallier la ville haute à la fois. Aux informations, on avait montré les cadavres qui jonchaient la partie supérieure des points de passage. Les Elitiens avaient dressé un véritable barrage et faisaient feu sur tous ceux qui sortaient des capsules pneumatiques. S’ils voulaient rejoindre la ville haute d’Omnia sans se faire abattre, ils allaient devoir trouver un téléphone, appeler le Commissariat -ou le Chancelier directement- et accepter de se rendre.

Tia serait probablement en sécurité. Elle était la fille du Chancelier, après tout. Will, lui, aurait sûrement un peu plus de souci à se faire. Mais il faisait confiance à la jeune femme pour intercéder en sa faveur – et de toute façon, après les derniers événements, finir en garde à vue était le cadet de ses soucis.

« Comment est-ce qu’on en est arrivés là ? » demanda la jeune femme à un moment, rompant le silence monotone du voyage.

Will la regarda de travers, comme à chaque fois qu’elle sortait de ses intenses réflexions pour revenir parmi les mortels.

« Explique ?
- Je me demandais pourquoi personne n’avait rien fait avant. Pourquoi la politique de mon père, et celle de ses prédécesseurs avant lui, n’ont jamais trouvé d’opposants.
- Ton père a des adversaires politiques, objecta Will.
- Des pantins qui font semblant de se dresser contre lui, grommela Tia. J’ai dîné avec ces gens-là, tu sais. Crois-moi que quand ils ne sont pas filmés, ils sont tout sauf des opposants de mon père.
- Peut-être que c’est pour ça que personne n’a cherché à lui faire face, tu ne crois pas ? La quasi-totalité des gens sont désintéressés de la politique, parce qu’au fond, chacun sait que tous les soi-disant représentants du peuple ne sont que des acteurs, des figures qui sont là pour occuper pendant l’espace public.
- Mais comment est-ce qu’on peut abandonner ? s’étonna Tia. Regarde les réformes des vingt dernières années. L’état d’urgence permanent. La dérégulation du code du travail. Les réductions d’allocations, le plafonnement d’indemnités chômage. C’est ce néolibéralisme qui a précarisé la situation des gens. Tu ne vas pas me faire croire qu’ils ne s’en rendent pas compte, si ? Tiens, prends la réduction de la taxe sur la fortune qui a été mise en place il y a huit ans. Pourquoi personne n’a réagi ? C’était pourtant évident que ça ne ferait que rendre les riches encore plus riches, non ?
- A cause des médias. Avec le bon vocabulaire et suffisamment de matraquage, tu peux convaincre les gens que la réduction de l’impôt sur les riches est bonne pour l’investissement, et donc pour eux.
- Mais c’est idiot ! s’énerva la jeune femme. Qui croit encore à la théorie du ruissellement aujourd’hui ?
- Ça fait sens, pourtant, sourit Will, amusé par l’irritation de Tia. Les riches sont moins taxés, donc ils prennent plus de risques, investissent plus, ce qui crée des emplois.
- C’est l’émission de nouvelles actions qui crée de l’emploi, et elle n’a jamais été aussi basse, répliqua Tia. Les riches n’ont aucun intérêt à émettre des nouvelles actions alors qu’ils peuvent investir dans des domaines moins risqués. Au contraire, la réforme incite les entreprises à racheter leurs propres actions, ce qui ne fait que diminuer l’émission. »

Will souffla du nez. Il avait compris la moitié de ce que venait de dire la jeune femme.

« Les gens n’ont ni ton temps, ni ton éducation, Tia, expliqua calmement Will. L’immense majorité de la population n’a pas de culture économique, et encore moins de conscience politique. Ce que les gens cherchent, ce sont des solutions simples, efficaces, faciles à comprendre. Des solutions concrètes à leurs problèmes.
- Et ces solutions, les médias les leur servent sur un plateau, grommela la jeune femme.
- Exactement.
- Donc c’est un problème d’éducation, pour toi ?
- D’opacité, surtout. Les rares économistes et philosophes qui critiquent le système le font dans un climat de masturbation intellectuelle, avec leur vocabulaire savant et inutilement tiré par les cheveux. Ça n’encourage pas les gens à aller chercher la vérité.
- Mais la vérité n’est pas simple, et les gens le savent !
- Oui. Mais l’économie est un domaine compliqué. Réfléchir à la validité du système et essayer d’imaginer une autre alternative nécessite un effort intellectuel que la plupart des gens ne sont pas prêts à faire, et c’est normal. Tu ne peux pas leur en vouloir. Quand tu travailles quarante heures par semaine et que tu rentres chez toi le soir, tu as envie de t’intéresser à autre chose qu’à des traités d’économie verbeux. »

La fille du Chancelier acquiesça, pensive. Elle s’enferma à nouveau dans le mutisme, avant de soupirer :

« C’est le fait qu’on soit humains, le souci.
- Comment ça ?
- C’est ce que tu as dit. Quand les gens rentrent le soir chez eux, ils sont fatigués, ils ont faim, ils doivent faire les courses ou s’occuper de leurs enfants. Ils préfèrent s’asseoir devant la télévision et mettre leur cerveau en pause plutôt que de faire l’effort intellectuel de sortir du carcan idéologique dans lequel ils baignent depuis toutes ces années.
- Je l’ai formulé moins joliment que ça, ironisa Will.
- Tu te souviens de l’époque où tout le monde à Algosya se moquait des habitants d’Unys parce qu’ils ne croyaient pas au changement climatique ? demanda soudain Tia.
- Je m’en souviens, oui. Ils ont fini par y croire quand le Désert Délassant a commencé à grandir et à menacer d’engloutir Volucité.
- Et quand ils ont commencé à essuyer plus d’ouragans que d’habitude, opina la jeune femme. Pourquoi est-ce qu’ils y croyaient à ce moment-là, mais pas avant, selon toi ? »

Will réfléchit une poignée de secondes, cherchant ses mots :

« Parce que le danger était devenu palpable, conclut-il.
- Exactement. Le changement climatique n’est pas quelque chose qu’on ressent comme on ressent la faim, la soif ou la douleur. Tant qu’on n’est pas victime d’inondations, d’ouragans ou de canicules, on ne peut pas ressentir le changement climatique, tout simplement parce qu’on n’est pas équipés pour. Ce n’est pas un danger palpable. Nos sens ne peuvent pas le détecter avant qu’il ne soit trop tard.
- Où est-ce que tu veux en venir ?
- C’est pareil pour le délitement de la société, poursuivit Tia, s’enflammant comme à chaque fois qu’elle parlait d’idéaux. On ne se rend pas compte que l’ultralibéralisme de mon père et de ses prédécesseurs est dangereux pour nous, non pas parce qu’on n’a pas de culture économique, mais parce que ce n’est pas un danger palpable. Notre esprit n’est pas fait pour appréhender ce genre de problème. On reste des animaux, quelque part. On réagit quand on a faim, soif, ou qu’on est fatigués. On a réussi à dominer notre instinct grâce à la raison, on a créé une société, des concepts philosophiques, économiques, on a créé la politique, les sciences. Mais aujourd’hui, on a atteint nos limites. On a créé un monde et un système dont la complexité dépasse notre entendement. Même les politiciens ne savent pas ce qu’ils font. Mais ils peuvent continuer à le faire et à s’enrichir parce que personne n’a les outils intellectuels pour analyser le système et le comprendre dans sa globalité – et donc que personne ne peut comprendre à quel point il est défaillant.
- Pourtant les gens sont dans la rue, non ? Ils ont compris le danger.
- Parce que c’est devenu palpable, répondit la jeune femme. Il y a assez de conséquences directes sur eux pour que leur esprit comprenne le danger comme immédiat. Mais ils n’ont rien connu d’autre que ce système. Ils en mettront un autre en place, une société similaire, ou ils vivront un peu mieux pendant un temps. Et dès que leurs conditions de vie seront redevenues acceptables, ils perdront de vue le danger, et le délitement du système reprendra lentement, et il y aura de nouveaux riches, de nouveaux politiciens, une nouvelle élite qui exploitera les mêmes failles de l’esprit humain. »

Will souffla du nez, amusé. Sa réaction n’échappa pas à Tia, qui le regarda de travers :

« Qu’est-ce qu’il y a ?
- Ça me rappelle notre discussion au restaurant de la Chancellerie. Quand on parlait de la Résistance. Tu te souviens de ce que je te disais ?
- Que tu pensais que si la Résistance réussissait, une nouvelle élite serait nommée, et qu’elle finirait par se comporter comme l’ancienne, récita la jeune femme d’un ton morne. Que c’était l’Histoire qui nous l’enseignait, que ça s’était toujours passé comme ça, parce que c’était dans la nature humaine.
- Voilà. Ça ne te rappelle personne ? s’amusa le détective.
- … Dire que je t’avais traité de pessimiste dépolitisé, à l’époque, soupira Tia en se massant l’arête du nez. Et aujourd’hui, je tiens le même genre de discours.
- Faut croire que je ne suis plus le seul à avoir perdu foi en l’humanité, maintenant, fit Will d’un sourire sans joie.
- On dirait bien… murmura la fille du Chancelier. On dirait bien. »

~*~
« Besoin d’aide pour porter les bagages ? demanda Edge version fille.
- Ça va aller. » grogna Lina.

A vrai dire, ça n’allait pas vraiment. La jeune fille peinait à soulever la lourde valise qui contenait leurs affaires, à elle et à Anastasia – non pas parce qu’elle manquait de force, mais parce qu’elle était obligée de donner l’autre main à sa jumelle pour que celle-ci avance.

Effrayée par le chaos que l’on entendait en centre-ville, Stasie n’avait pas pipé mot depuis leur départ de l’appartement. Étonnamment, elle avait accepté assez facilement l’idée qu’elles allaient quitter la ville – il avait simplement fallu lui présenter leur départ comme des vacances.

Vêtue de vrais habits propres qui remplaçaient son habituel pyjama, la jeune malade suivait docilement sa sœur, tandis qu’Edge version fille les guidait jusqu’à la gare de l’est. Le Rex leur avait envoyé son agent le matin même, avec les billets et une somme d’argent qui, si elle n’était pas mirobolante, aiderait certainement les deux sœurs à atteindre l’archipel Sogulen.

Lina avait jeté un œil au billet. Correspondance à Salmyre, comme la plupart des trains qui quittaient Omnia. L’idée d’enfin quitter la ville l’émouvait trop pour qu’elle s’inquiète de la température qui allait régner dans les wagons quand ils traverseraient le désert.

Enfin, elles quittaient la surface ! Lina peinait à y croire. Les trains avaient repris la circulation la veille, après avoir été immobilisés toute une journée à cause de l’étrange phénomène électromagnétique qui était également responsable de la défaillance du réseau de téléphonie.

L’adolescente ne réalisait pas encore qu’elle revoyait ces rues polluées pour la dernière fois. Alors qu’elles se dirigeaient vers la gare de l’est, Lina s’efforçait de graver ces bâtiments crasseux dans sa mémoire. Elle se retourna et jeta un coup d’œil aux immenses gratte-ciels du centre-ville, qui s’élançaient vers le ciel jusqu’à crever la couche nuageuse.

Oui, elle était décidément contente de laisser cet enfer de néons et d’acier derrière elle. Lorsqu’elle essayait d’imaginer ce à quoi allait ressembler leur vie dans l’archipel Sogulen, Lina sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine. Enfin, elles allaient pouvoir mener une existence normale, loin des fusillades, du Vortex, de l’empire du Rex.

Bien sûr, il y aurait toujours la maladie de Stasie. Mais Lina était confiante – s’éloigner de l’air vicié de la surface et du climat de chaos qui régnait à Omnia ne pouvait qu’améliorer l’état de sa sœur.

Quand enfin, elles arrivèrent à la gare de l’est, Lina s’étonna de l’état de l’endroit. Le bâtiment était désert – quelques rares voyageurs assez riches pour fuir la surface attendaient dans le hall, nerveux.
Plusieurs signes de vandalisme récents étaient visibles. La fontaine centrale, à sec, avait été taguée récemment, et un employé maussade s’évertuait à nettoyer les graffitis. Là, la vitrine d’un distributeur de snacks avait été fracassée.

« Va composter les billets. Je reste avec elle. » lui ordonna Edge version fille.

Lina ne s’offusqua pas du ton autoritaire. Elle avait trouvé un air de ressemblance entre cette femme à l’air sévère, et le tueur chauve qui protégeait le Rex. Au vu du visage encore plus revêche que d’habitude qu’arborait la femme, il paraissait évident qu’elle était en deuil. Peut-être était-elle effectivement parente d’Edge – ce qui avait vaguement donné envie à Lina de lui présenter ses condoléances. Après tout, elle et sa sœur devaient beaucoup au chauve tatoué. Mais le temps pressait, et le train partait bientôt, aussi l’adolescente avait-elle résolu de ne pas se répandre en atermoiements inutiles.

Après avoir composté les deux billets, elle rejoignit sa sœur et leur protectrice, qui regardait l’autre bout du hall d’un air stupéfait.

« Voilà, c’est bon. On peut y aller. » annonça Lina en agitant les tickets.

L’agente du Rex ne lui répondit pas. Suivant son regard, Lina se retourna et aperçut un couple de voyageurs à l’autre bout du hall de la gare. Un homme et une femme qu’elle ne connaissait pas. Cela dit, elle remarqua immédiatement l’imperméable du siècle dernier que portait l’homme. Drôle d’accoutrement.

« Il faut que je te laisse, Lina, lança précipitamment Edge version fille. Tu pourras t’occuper d’Anastasia toute seule ?
- Ouais, ouais. Pas de souci. Les quais sont juste là. C’est quoi, le problème ?
- Une affaire urgente. Le Rex me fait dire que tu dois l’appeler lorsque le train aura démarré.
- Ok, ok. Bon ben… »

Elle dansa d’un pied sur l’autre, incertaine quant à la démarche à adopter.

« Au revoir, Lina, fit la femme avec froideur. Bonne chance.
- Ouais… Salut. Et, euh… désolée pour Edge. »

Elle s’était attendue à une réaction de la part de leur protectrice, mais cette dernière se contenta de hocher la tête avant de s’éloigner d’un pas pressé.

« Elle va où ? demanda Anastasia de son ton d’enfant.
- Shh. Nulle part, chérie. Elle retourne travailler. Viens, donne-moi la main. Le train va pas tarder. »

Elle attrapa le poignet de sa jumelle en souriant et s’éloigna vers les quais, à la fois déterminée à l’idée de quitter cette ville maudite, et intimidée par le plongeon dans l’inconnu qui l’attendait.

~*~
La surface était plongée dans une pénombre morne, comme d’habitude. Après avoir rendu les clés de la voiture au guichetier, Will et Tia s’étaient dirigés vers le centre-ville. L’intégralité des métros, bus et tramways étaient hors service – il n’y avait personne pour les conduire, et la grève générale avait été déclarée. Les cheminées des usines du quartier industriel ne crachaient plus de fumée – à vrai dire, si l’on exceptait les clameurs de rage étouffées qui résonnaient au loin, la périphérie d’Omnia était plutôt calme.

C’est probablement ce calme qui rendait le détective aussi vigilant. Il jetait fréquemment des regards aux alentours, à la recherche d’Elitiens ou d’agents du Rex qui les aurait repérés.

C’est alors qu’il l’aperçut. La femme en noir.

Elle marchait à une vingtaine de mètres derrière eux depuis qu’ils avaient quitté la gare, discutant au téléphone avec un calme total, l’air de ne pas faire attention à eux. Il n’y avait rien de particulier chez elle pour qu’elle attire ainsi les suspicions de Will – rien, hormis les traits de son visage, qui présentaient comme un air de famille avec ceux d’Edge.

« Prend à droite, ordonna soudain Will à l’attention de Tia.
- Hein ?
- Je crois que quelqu’un nous suit. »

La jeune femme poussa un juron et bifurqua dans une ruelle parallèle, tandis que le détective se maudissait pour son imprudence.

« C’était qui ?
- Je ne sais. Une femme en noir qui marchait derrière nous depuis la gare. Peut-être un agent du Rex. Pas sûr, mais mieux vaut ne courir aucun risque.
- On fait quoi ? demanda la fille du Chancelier.
- On accélère. Une fois qu’on aura atteint la manif, on se fondra dans la foule. »

Ils pressèrent donc le pas, circulant parmi les allées transversales. L’ombre inquiétante des immeubles grandissait autour d’eux, tandis qu’ils se rapprochaient du centre-ville.

A plusieurs reprises, Will hésita à faire sortir Fenrir de sa Pokéball, mais l’Arcanin n’aurait fait que les rendre encore plus voyants.

Les clameurs de l’émeute se faisaient de plus en plus intenses alors qu’ils approchaient du centre. Bientôt, la pénombre des immenses gratte-ciels les avala totalement, et le détective sentit son cœur accélérer. Il sursautait à chaque passant, s’attendait à ce que le danger surgisse de chaque coin d’ombre. Fréquemment, il jetait des coups d’œil par-dessus son épaule, mais personne ne les suivait.

Et soudain, ils y furent. Ils émergèrent d’une ruelle et se retrouvèrent plongés dans la foule enragée qui se massait dans l’avenue principale d’Omnia.

L’atmosphère était infernale. Le poing levé en l’air, les manifestants incendiaient, renversaient, pillaient tout ce qui passait à leur portée. Des cadavres de voitures brûlaient sur les bords de la route. Ici, des émeutiers encagoulés s’échinaient à briser la vitrine blindée d’une bijouterie. Là, un Ouvrifier soulevait le store d’une boutique d’électroménager, tandis que des dizaines d’émeutiers se précipitaient à l’intérieur pour détruire et voler écrans et ordinateurs.

La marée humaine les avala, et Tia et Will durent se donner la main pour ne pas être séparés. La foule les bouscula, les malmena tandis qu’ils jouaient des coudes pour avancer péniblement jusqu’au point de passage.

Jusqu’au moment où Will sentit le canon d’une arme entre ses reins.

Réagissant au quart de tour, le détective lâcha la main de la fille du Chancelier et fit volte-face. D’instinct, il porta un atemi à la femme en noir, qui le para sans hésiter avant de se replier dans la foule.

« Will ? » appela Tia un peu plus loin dans la manifestation.

Un homme bouscula le détective, qui se retrouva projeté contre la vitrine d’une boutique de journaux. La femme en noir sortir de la marée humaine en le mettant en joue, et Will sut qu’il ne pouvait plus s’échapper. Elle était trop près. Elle ne le raterait pas.

Un autre homme surgit de la foule et attrapa les poignets du détective pour l’empêcher de se débattre, avant de l’immobiliser d’une clé experte. Se sachant perdu, Will se laissa faire, cherchant désespérément Tia du regard. Le molosse qui l’avait bousculé se dirigeait vers la fille du Chancelier, qui, inconsciente du danger, continuait de le chercher.

« Tia ! hurla Will. Enfuis-toi ! »

Quelques manifestants cessèrent de crier leur haine pour porter leur attention sur lui, intrigués. Mais Tia, elle, ne l’entendit pas.

« Rends-toi, Stelmar. Tu n’as aucune chance de t’échapper, et tu le sais. » lui lança la femme en noir.

Will vit le molosse du Rex attraper Tia par le poignet et la faire brusquement sortir de la foule. D’autres hommes émergèrent de la manifestation et l’aidèrent à maîtriser la jeune femme, qui se débattait comme un diable. Ils étaient près d’une demi-douzaine, et le détective comprit soudain qu’il avait été bien idiot de croire que la foule les masquerait aux yeux du Rex. Ses agents avaient infiltré toute la manifestation.

« TIA ! » s’écria Will.

La fille du Chancelier l’entendit, cette fois, et lui lança un regard paniqué, avant qu’un des agents du Rex ne l’assomme d’un coup de crosse de revolver. Les molosses la retinrent pour ne pas qu’elle ne s’effondre au sol, et Will, impuissant, les vit emmener Tia dans une ruelle parallèle.

Son attention entièrement tournée vers la jeune femme, le détective ne vit pas le coup arriver.

Une violente douleur éclata à l’arrière de son crâne, et un voile noir passa devant ses yeux. Il sombra dans l’inconscience.