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GREAT WARS T.1 : All men dream, but not equally de Eliii



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Informations

» Auteur : Eliii - Voir le profil
» Créé le 20/09/2017 à 16:41
» Dernière mise à jour le 20/09/2017 à 19:52

» Mots-clés :   Action   Alola   Guerre   Mythologie   Présence d'armes

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14- Vent de mort
« Il n'y a pas de justice parmi les Hommes. »
— Tsar Nicolas II (1868 - 1918) —


* * *


L'écriture, droite et fine, est plus élégante que ce à quoi on pourrait s'attendre ; de la part d'un général bourru aux manières parfois un peu rudes, surtout.

Peut-être les militaires sont-ils prédisposés à la calligraphie, songe avec amertume Joseph Macarthur, en se rappelant la manière d'écrire de Jackson. Lui aussi, en a une jolie, d'écriture. Encore plus que la sienne, d'ailleurs, avec ses lignes régulières et ses boucles bien tracées.

Avec un grognement, il se borne à tripoter son nœud de cravate, à le défaire pour le refaire et ensuite le défaire une nouvelle fois. Tout ça pour ne pas massacrer le morceau de papier dans son poing, parce qu'il le sait, il n'aura pas la force de le réécrire.

Rien que de poser les yeux sur ce billet couvert de son écriture, ça lui donnerait presque des nausées. Pourtant il se force à le relire. Pour la huitième ou la neuvième fois ; il a cessé de compter.

Campement des rocheuses décimé. Tout le monde mort. Besoin renforts et matériel au plus vite. Gen. JM.

Trois phrases laconiques, et deux initiales ajoutées à la va-vite, à côté de sa signature ; nécessaire pour préciser son identité. C'est difficile d'imaginer que ces trois maudites phrases seront celles qui apprendront la vérité au chef d'état-major.

Il aurait pu écrire « votre fille est morte ». A quoi bon. C'est déjà suffisamment éloquent comme ça. « Tout le monde mort », ça laisse peu de place à l'imagination, et au moins ça fond la perte de Mary avec celle des autres...

Le poing tape sur la table métallique, le son résonne contre les parois de la petite grotte faisant office de bureau. Avec la douleur, le général se mord la lèvre inférieure, et serre sa main entre les doigts de l'autre. Impossible de réfléchir posément, rien à faire. Cette journée commence mal.

Il y a les moments où il repense à l'offensive faite sur le camp ; ça ne remonte qu'à quelques heures et ça paraît déjà si loin. Absurde. Il se revoit, vaguement, tirer coup sur coup pour réduire des crânes en charpie. Pas une cible manquée malgré la nuit. Pas une. On lui a peut-être trop bien appris à tuer.

C'est dans ce genre de moments qu'il aimerait bien changer les règles du jeu. On boit pas en service, et pourtant c'est au travail qu'on a le plus besoin d'un peu de whisky. Ça donne peut-être une saveur moins dégoûtante au meurtre.

Peut-être ou peut-être pas.

Dans un râle de lassitude, le général recule un peu la chaise branlante sur laquelle il tient, étend ses bras sur la surface rugueuse et bosselée du bureau de fortune, et pose la tête là, comme pour essayer d'y trouver du réconfort.

Sûrement plus facile à dire qu'à faire. Il pourrait juste oublier, comme d'habitude. Tuer des gens, c'est après tout ce pourquoi il est là. Charger le fusil, viser, appuyer sur la gâchette, et c'est tout. Simple comme bonjour.

Il y en a bien qui acceptent pleinement la violence, et qui viennent même à l'apprécier ; ça n'a pas l'air si difficile. En voyant Brighton avec ses rictus mauvais et son coup de poing facile, il se dit que c'est pas compliqué d'être cruel. Peut-être que ça l'est au final.

Réfléchir à ce genre de chose, c'est trop épuisant de toute façon. Réfléchir tout court, quand on a le cerveau brûlé par le soleil, aussi. Dans ce genre de moment il vaut mieux dormir.

« Général ? Mon général ? »

La voix est lointaine, comme un écho. Féminine, c'est sûr. L'espace d'une seconde, dans son esprit embrumé, l'image d'une femme se dessine. Cheveux noirs, assez courts et bouclés. Souriante. Sa femme à lui, Margaret. Maggie.

« Général Macarthur ? »

Avec la répétition, le timbre se fait plus distinct. Ce n'est pas la voix de Maggie, ça, non, elle est trop grave. Qui c'est ? Il ouvre les yeux et se redresse. C'est comme un lendemain de cuite sans l'alcool. Les paupières ne tiennent pas en place, les bras sont engourdis.

Le morceau de papier noirci est encore là.

« Bon sang ! J'ai dû m'endormir. »

Remarque absurde et inutile. Bien sûr qu'il s'est endormi. Un ricanement nerveux le secoue, comme indépendant de sa volonté. La silhouette mince du colonel Snow commence à se dessiner plus clairement dans l'obscurité de la grotte ; la bougie s'est éteinte.

D'un mouvement mécanique il craque une allumette et la rallume ; la lueur de la flamme fait son effet, teinte les parois de la caverne d'un genre d'orange désincarné.

« Désolé. J'ai, euh, sûrement dû veiller trop tard. Passer la nuit debout après un truc pareil... »

La phrase s'arrête là, sur une note d'appréhension discordante. Pourquoi est-ce qu'il sent le besoin de se justifier devant elle ? Pourquoi est-ce qu'il se sent intimidé par cette femme ? Après tout elle est sous ses ordres, et jusque là elle n'a jamais objecté ou manifesté le moindre indice d'intentions mutines.

C'est la fatigue, qu'il se répète encore et encore en son for intérieur, mais en vérité, et il le sait très bien, c'est tout sauf la fatigue. Une sorte d'aura dangereuse plane autour d'elle. Peut-être appartient-elle à la même espèce que Brighton. Pas moyen de le savoir.

« Vous voulez quelque chose ? se force-t-il à demander, plus fermement cette fois ; comme son autorité le lui permet. Y a plein de paquets de cigarettes au fond, là-bas. »

Il désigne un genre d'alcôve naturelle, où on a stocké plusieurs caisses de denrées alimentaires et objets de confort. Quelques bouteilles de bon whisky doivent être enfouies dans ces boîtes, sûrement.

« C'est bien le seul point positif, ici. Tout le monde a crevé, à part ces deux Alolais, là... Comment il va, celui qui a perdu sa main ? »

C'est tout ce qu'il a retenu de ce survivant ; oublié son visage, et aussi son nom, qu'il a à peine baragouiné entre ses dents quand on lui a posé la question. L'hémorragie a pu être arrêtée par le docteur, mais la plupart des autres pensaient qu'il ne passerait pas la nuit.

« Il est encore vivant, mais il a l'air de prendre ça comme un cadeau empoisonné. (Elle s'interrompt le temps de se débarrasser d'une mèche retombant entre ses yeux.) Il a craché par terre quand on lui a demandé comment il allait.
— Allons bon, on l'a soigné et il veut mourir, maintenant ? Il aurait peut-être pu le dire avant, grommelle Macarthur en allumant une cigarette pour se détendre. Bon sang, qu'est-ce qu'on va faire de lui ? On peut pas l'emmener avec nous jusqu'aux ruines. 'Va nous ralentir. »

Elle ne relève pas la remarque, et se contente de s'adosser à l'une des parois, écoutant le son de l'eau de la petite source qui remue doucement, à cause du courant d'air venu du dehors. Elle plisse les yeux, incommodée par une pellicule de poussière qui flotte alentour.

« C'est pas de ça que je venais vous parler, mais de l'autre... la fille. Si le blessé n'a pas l'air très futé, elle en revanche... Elle parle couramment notre langue, sans la moindre trace d'accent, et est sûrement plus intelligente que n'importe lequel de ceux qu'on a tué. »

Un bref haussement d'épaules, et un regard jeté à son supérieur ; il paraît plus concentré sur sa cigarette que sur ce qu'elle dit. Malgré tout il l'écoute sûrement. Il écoute toujours.

« Je serais pas étonnée qu'elle soit une espionne au service de son peuple, elle a sûrement le profil pour. On pourrait en tirer des informations, si c'est le cas. A vous de voir. »

Il lui lance à peine un coup d'œil, mais ça lui suffit pour comprendre. Puis, affectant un air désinvolte, lui tend le morceau de papier griffonné.

« Codez ça, et faites-le porter au village, par le pokémon de Smith. »

La cigarette s'écrase contre la table.

« On verra si la chance tourne. »


* * *

Ses pieds chaussés de babouches grisâtres, maintenus attachés l'un à l'autre par une corde solide et râpeuse, ne lui font plus tellement mal, maintenant qu'elle les a enfouis dans le sable et qu'elle sent la caresse des innombrables grains contre sa peau.

Il y a un peu de vent, et ça fait remuer ses mèches noires devant ses yeux. Elle aime bien ça, la caresse du vent, mais dans le désert ce n'est pas ce qu'il a de plus agréable. Dès qu'elle entrouvre la bouche, du sable trouve le moyen d'entrer dedans. Une vraie plaie.

Discrètement, elle coule un regard en coin vers sa gauche. Un type debout, pas tout à fait grand mais pas petit non plus, garde les mains dans les poches et scrute au loin, comme si ça lui donnait l'air d'un grand aventurier. C'est probablement ce qu'il pense, songe-t-elle avec méfiance.

Malgré tout, il a l'air étonnamment moins menaçant sans sa veste d'uniforme, en manches de chemise avec les bretelles rouges qui retiennent son pantalon.

En civil, il ferait sûrement partie de ces étrangers fantasques avec une prédilection pour les nœuds papillons colorés et les canotiers en paille. Et les costumes à rayures, aussi, elle en a vu plusieurs quand elle vivait encore en ville.

« Dites, vous êtes pas du genre bavarde, vous. »

Intriguée, elle lève la tête à nouveau vers le type en bas d'uniforme. Son visage est souriant, avec des mèches brunes qui tombent sur le front. Le sourire paraît sympathique et sincère, mais ça peut tout aussi bien être un leurre.

Il tire une bouffée de sa cigarette et la dévisage avec une sorte d'amusement, puis il lui tend le bâtonnet blanc à l'extrémité brûlante.

Du bout des doigts, elle le saisit et l'imite. Elle n'aime pas trop ça, la fumée qui pique et qui brûle, mais il lui est arrivé de le faire en compagnie de ses camarades. Tranquillement, elle redonne la cigarette à l'autre, et l'interroge du regard.

« Docteur Martin Marlowe. Ravi de vous rencontrer », qu'il dit avec un sourire plus large encore.

Elle ne répond pas, à quoi bon ? Ce bonhomme a beau avoir l'air abordable, peut-être même sympa, éventuellement, elle ne sympathiserait pas avec quelqu'un d'aussi... Le terme lui manque, mais l'idée est claire dans sa tête.

C'est un type à la solde de ses supérieurs, et malgré ses airs avenants, il lui parle sûrement pour faire bonne figure, pour gagner sa confiance et la rendre plus docile. Elle préfère encore qu'on la laisse toute seule, ligotée au fond d'une tente avec pour seule compagnie le sable et le vent qui passe par une fente.

L'image de l'Unysien blond fait prisonnier lui revient en mémoire, et un instant elle a l'impression qu'elle va recracher ce qu'on lui a fait manger — une sorte de potage de légumes, étonnamment bon d'ailleurs —, puis elle chasse tout ça de son esprit.

Elle a beau affecter des dehors sereins voire durs, elle n'en reste pas moins secouée par la nuit qu'elle a vécue, et dont elle sort avec des séquelles. Le simple souvenir de cette odeur de brûlé, et du cadavre...

On lui a apparemment donné une sépulture décente, et c'est tant mieux, parce qu'elle n'aurait pas supporté de le savoir quelque part dans le coin, à pourrir au soleil entre deux tentes.

L'occupation du camp par les militaires, ça ne lui fait ni chaud ni froid, puisque de toute façon ils ont récupéré ce qui leur appartenait. Si elle a un peu de mal à digérer le décès de ses camarades, ça ne l'étonne pas de toute façon, puisqu'ils n'avaient pas l'avantage des armes à feu.

« Hé tiens, qui voilà ! » s'exclame Marlowe, toujours avec ce ton jovial qui lui semble indissociable.

La jeune femme suit son regard, pour voir arriver la silhouette plus menue d'un autre militaire, tiré à quatre épingles dans son uniforme. Elle reconnaît tout de suite la démarche tranquille et les cheveux blonds, et puis surtout la casquette de travers.

« Quelle tête vous faites, alors ! Il s'est passé un truc ? »

L'agent du renseignement se contente d'un haussement d'épaules, puis salue sommairement l'Alolaise d'un geste de la main.

« Les supérieurs sont un peu à cran, en ce moment. J'ai l'impression que le général est en train de craquer, et que madame Snow en profitera sûrement.
— Qu'est-ce qu'elle pourrait faire ? s'étonne le médecin en tendant une cigarette à son collègue.
— Gardez cette cochonnerie pour vous. Eh bien pour faire court, elle peut miser là-dessus pour raffermir son autorité sur l'équipe. En d'autres termes, évincer monsieur Macarthur progressivement. (Il hausse les épaules, avec une désinvolture qui semble, à la jeune femme, trop étudiée pour être sincère.) Bah, elle a toujours eu la réputation d'être une ambitieuse. »

Martin jette son mégot dans le sable et son sourire s'élargit, comme s'il ne prenait pas conscience du sérieux de son camarade.

« Ma foi, une femme comme ça... Que le général ne le prenne pas mal, mais il est pas trop mon genre. »

Weigall tente un rictus sarcastique, mais son regard émeraude est plus sombre que d'habitude ; Cilliana, elle, a bien saisi son inquiétude. Les regards n'ont souvent aucun secret pour elle.

« Bah, tant pis. Mais vous serez prévenu, au moins ; elle est peut-être dangereuse, qui sait. »

Son visage se décrispe un peu, lorsqu'il se tourne vers la prisonnière, l'air aussi revêche que d'habitude entre ses mèches noires.

« Votre ami est en train de mourir, je crois. Il s'est, euh... tranché la langue avec les dents, en croyant qu'on allait le faire parler... Euh, peu importe, venez avec moi. »

Ce faisant, il s'éloigne d'un pas rapide, et, curieuse, elle ne tarde pas à le suivre. Le médecin cligne des yeux un instant, puis s'élance à leur poursuite, les bottes s'enfonçant péniblement dans le sable à chaque pas.


* * *

« C'est fou, j'ai jamais vu autant d'animation sur cette île ! s'exclame Stella, promenant son regard verdâtre alentour.
— Pour commencer, t'es pas venue ici très souvent, tempère son partenaire, de son habituelle voix traînante. Et puis t'emballe pas, ça n'a rien à voir avec Akala... »

Partout autour d'eux, des jeunes militaires se pressent au sein de l'entrepôt, allant et venant d'un avion à l'autre pour s'enquérir d'ordres divers. Le claquement des bottes remplit la grande halle, résonne contre le plafond haut et se mêle aux dizaines de voix.

Assis sur de grandes caisses en bois, les deux commandants de ce détachement d'aviateurs flânent en attendant le signal promis par le capitaine de la garnison du village. Quand les bateaux ennemis seront en vue, il faudra passer à l'action, et vite.

« Tu pourrais faire un effort, hein, ça fait des jours qu'on a pas volé ! Enfin, la dernière fois c'était juste un vol de reconnaissance, pas très amusant... Dis, tu écoutes ou quoi ? »

Avec son regard absent et son immobilité impressionnante, il y a en effet de quoi se poser la question. Il hausse les sourcils, et l'observe un moment.

« Ouais, je t'écoute. Tu te plains qu'on vole pas assez souvent.
— Hmpf ! Ok, ça va pour cette fois. Mais, vraiment, tu devrais être plus engageant, c'est pas comme ça que tu vas plaire aux dames. »

A la vue des prunelles furieuses qui se posent sur elle, elle comprend qu'elle n'aurait pas dû dire ça. Bien sûr, ne jamais parler de sa relation aux femmes, pas depuis que la sienne est plus là... Merde, quelle idiote.

Cela dit, hors de question de présenter des excuses ; il y a des limites, et ça dépasserait allègrement celles de sa fierté.

« Euh, bon, oublie ça. »

Elle jette un œil enthousiaste à la coque blanche rutilante de leur avion, et s'efforce de masquer sa gêne par un sourire jusqu'aux oreilles.

« On va enfin pouvoir s'amuser avec ce petit bijou à son plein potentiel ! J'imagine déjà leurs têtes, aux gars de Kanto, quand on va leur tirer dessus.
— Oublie pas qu'un ptéra, c'est moins facile à viser qu'un avion, grommelle Clyde en mâchonnant un morceau de pain subtilisé au village. Et puis c'est plus fourbe aussi, les rapports sont pas réjouissants à propos de ça.
— Si tu pouvais voir le verre à moitié plein pour une fois... »

Soudain étouffée par leur proximité, elle bondit sur ses pieds, s'étire un moment avec toute sa nonchalance habituelle, et se met à faire les cent pas, mains derrière le dos, yeux rivés sur le bout de ses bottes brunes. L'extrémité de son foulard gris remue au gré de ses mouvements.

Même si elle est particulièrement pressée de faire ses preuves sur le terrain, elle a tout de même un fond d'appréhension dans un coin de sa tête. Bien sûr. C'est normal, songe-t-elle. Avoir un peu peur de faire la vraie guerre, ça arrive à tout le monde. Le tout c'est de s'oublier le temps du vol, et d'être efficace à défaut de passer un bon moment.

L'alliance entre les deux étant la meilleure solution. Evidemment. Mais ce n'est pas toujours si simple. Rarement, d'ailleurs.

Tandis qu'elle répète son petit trajet circulaire sur le sol de terre battue, ses yeux furètent de temps à autre sur son coéquipier. Son visage mince et tranquille n'évoque rien du tout, ne trahit pas la moindre émotion. On dirait une coquille vide.

Stella le connaît cependant suffisamment pour affirmer qu'il est aussi fébrile qu'elle à l'idée de se retrouver de nouveau dans les airs. Il ne le dira pas de vive voix, bien sûr, il a toujours cette drôle de réserve idiote qui l'empêche de s'épancher, mais l'étincelle qui brille dans ses yeux exprime tout.

« Arrête un peu de marcher comme ça, tu veux ? Tu me donnes le tournis. »

Elle hausse un sourcil, mais continue encore un moment pour l'embêter, puis s'arrête devant lui, le regardant d'en haut ; quand il est assis, elle peut se le permettre, au moins, même si leur différence de taille n'est pas si importante.

En lui jetant un nouveau regard, elle s'aperçoit, assez surprise, qu'il a un sourire au bout des lèvres ; fait assez rare, ces derniers temps, pour être souligné.

« Bon, je te l'accorde, finit-il par soupirer en se grattant la nuque du bout des doigts. J'ai hâte de voler, moi aussi, même si on risque notre peau là-haut... »

Triomphante, Stella croise les bras sur sa poitrine, et ses lèvres roses s'étirent en un très large sourire, découvrant ses dents étincelantes. Les quelques mèches qui s'échappent de sa queue de cheval lui donnent presque un air enfantin, couplées à cet air espiègle.

« Ah, tu vois ! L'appel du ciel c'est toujours grisant. Ici en bas... Ma foi, c'est tout triste et ennuyeux, on n'a pas le danger aux trousses... Et la sensation unique du vent contre le visage...
— Sois gentille et évite de te perdre dans un de tes éloges interminables, on a pas trop le temps, là !
— Hé ! Qu'est-ce que tu veux, c'est pas ma faute si le monde m'a fait humaine et pas oiseau ! »

Son camarade lève les yeux au ciel, sans pour autant perdre son sourire en coin ; décidément, elle est toujours fidèle à elle-même. Un peu trop, parfois. Sa plus grande crainte, c'est qu'elle se laisse aller en plein vol et qu'elle ne se concentre plus sur l'ennemi. Ça leur serait fatal à tous les deux.

Avant qu'il ait le temps de lui servir une remarque bien sentie, un bruit de cavalcade se fait entendre, et bientôt un groupe de jeunes gens en uniforme de l'armée terrestre se présente aux portes de l'entrepôt.

La raison de leur visite ne fait aucun doute, pour chacun des aviateurs présents.

« Les navires kantonais se déplacent ! Tous à vos postes, et traînez pas ! »

L'ersatz de calme ayant succédé à l'arrivée de la garnison se disloque d'un seul coup, et tout le monde s'agite en tous sens avec le plus d'efficacité possible.

Stella ajuste ses lunettes de protection, et son sourire s'élargit encore, faisant ressortir ses pommettes hautes.

« Ils en ont mis du temps, ces idiots ! On va voir ce qu'ils ont dans le bide ! »

Elle gratifie son partenaire d'une claque dans le dos, et se hisse à bord de l'appareil à coque blanche, prête à en faire voir de toutes les couleurs au camp d'en face.

« Au moins, y en a qui trouvent moyen de s'amuser... » songe Clyde avec amertume.