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GREAT WARS T.1 : All men dream, but not equally de Eliii



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Informations

» Auteur : Eliii - Voir le profil
» Créé le 16/08/2017 à 16:51
» Dernière mise à jour le 16/08/2017 à 16:51

» Mots-clés :   Action   Alola   Guerre   Mythologie   Présence d'armes

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10- Césure
« J'ignore pour quelle raison, mais si vous vous asseyez en face d'un homme tous les jours et que vous vous engagez à le combattre, vous ne pouvez vous empêcher de commencer à l'apprécier, qu'il le mérite ou non. »
— Arthur Balfour (1848 - 1930) —


* * *


Les nuages, vastes amas cotonneux, font figure de denrée rare dans le ciel alolais ; toujours ce bleu délavé, sans l'ombre d'une silhouette blanchâtre ou grisâtre. Y a les quelques fois où il pleut, bien sûr, mais on peut les compter sur les doigts de la main. Une, deux fois par mois à la rigueur, et puis c'est tout.

C'est au départ ce soleil omniprésent, logiquement accompagné d'une rude chaleur, qui a déplu aux colonisateurs lors de leur arrivée — dix-huitième, dix-neuvième siècle, plus personne ne s'en souvient de toute façon.

A présent c'est la guerre, qui s'en soucie de cette maudite chaleur ? On n'a pas le temps, on a bien autre chose à faire, peu importe ce que c'est. Renseignement, surveillance, meurtres et réunions d'état-major, à chacun sa tambouille ; dans tous les cas ça sert l'effort de guerre, et c'est tout ce qu'on demande.

Tout ce qui compte, c'est de se débarrasser de cette maudite révolte, et pour ça tous les moyens sont bons, au final, les supérieurs sont peu regardants.

Aujourd'hui, alors que les dix-neuf heures approchent dangereusement, accompagnées par le déclin tranquille et lent du soleil, c'est le jour parfait pour oser s'approcher de l'ennemi par les airs.

Un avion à la carcasse peinte dans un blanc neigeux, c'est vite repéré dans un ciel azur ; quand il y a des nuages ça change la donne, ça fait comme une couverture, une couche protectrice naturelle, peu solide mais plus fiable que n'importe quoi d'autre.

Le Blizzi, comme ses pilotes — ou plutôt l'une des deux — l'ont appelé, fait un peu figure de modèle dépassé, puisqu'il a déjà quelques années derrière lui ; les modifications entreprises par ses possesseurs, dont les talents en terme de mécanique ne sont plus à prouver, lui permettent cependant de concurrencer sans peine les plus récents.

« Ralentis un peu, tu veux ? grommelle Stella, installée à l'arrière, au poste d'observation et de tir du véhicule. Faut que j'aie le temps de prendre des photos... Enfin, d'enregistrer les images avec ce pokémon bizarre, là... »

Elle fait sortir ladite créature de sa pokéball, qu'on lui a gracieusement prêtée pour cette brève mission de reconnaissance.

Un magnézone, très fréquent dans les quartiers généraux, car il permet de mémoriser des images à l'aide d'une technique variante de la capacité « verrouillage », et peut remplir diverses fonctions bureaucratiques intéressantes.

Clyde, lunettes d'aviateur sur les yeux et visage plus concentré que jamais, manœuvre l' « oiseau mécanique » avec dextérité, résultat de longues heures d'entraînement aux côtés de sa camarade.

Leur réputation n'est plus à faire depuis quelques années, si bien que la simple vue de leur avion peut faire peur à l'ennemi le plus brave, et ce même s'ils n'ont participé qu'à quelques raids mineurs.

« Bon sang, t'es sûr d'aller dans la bonne direction ? s'écrie la jeune femme, quelques mèches éparses, échappées de son casque, volant au vent.
— T'en fais pas pour ça, réplique l'autre, toujours concentré sur sa trajectoire. C'est juste les nuages, ça aide pas, et puis on connaît mal le terrain, aussi... »

Peu confiante, la brunette acquiesce néanmoins, concentrée sur l'observation des terres en contrebas — du moins, de leur emplacement supposé, car avec une telle couche de nuages c'est difficile de dire où se trouve quoi.

Le léger tangage du véhicule, le vent de face qui fouette les visages, c'est pour les deux aviateurs un réel soulagement, suite à leur dernière mission.

Tuer des indépendantistes pour récupérer le pokémon légendaire qu'ils possédaient n'a guère plu au pilote. Mais après tout, c'est lui qui s'est porté volontaire pour épargner ça à sa partenaire ; au final, il est trop sensible pour ça, et aurait dû la laisser faire, car après tout c'est elle qui manie la mitrailleuse comme personne.

Juste après qu'il a appuyé une dernière fois sur la détente, Stella a bien vu sa main trembloter ; même si elle n'a fait aucun commentaire là-dessus, elle a parfaitement ressenti le dégoût de son ami, et quand elle y repense, elle est contente d'être la meurtrière à sa place, d'habitude.

C'est toujours elle qui tue, lui ne fait que piloter, rien à se reprocher donc. Prendre ses responsabilités, ça ne la dérange pas, du moment qu'elle peut profiter d'un ballet aérien assez régulièrement ; égoïste mais diablement enivrant !

Un goélise passant à quelques trente centimètres de son crâne a tôt fait de la rappeler à la réalité ; elle saisit des deux mains la mitrailleuse installée juste devant elle, par précaution, et surveille du coin de l'œil le magnézone lévitant près du véhicule.

« Descends sous la couche de nuages, tu veux ? On verra rien du tout en restant là !
— T'es bien gentille, rétorque le trentenaire sans se retourner, concentré sur le pilotage. Si je descends et que l'ennemi me repère, on a combien de chances de se faire canarder, d'après toi ? Il paraît que les Kantonais sont du genre « on tape d'abord, on pose les questions ensuite » !
— Hmpf ! Très bien, restons dans cette purée de pois jusqu'à avoir une odeur de poisson plein le nez ! »

Désireux de ne pas commettre de bévue, l'homme aux commandes ne cherche pas à entamer un dialogue houleux avec sa partenaire trop agitée.

Celle-ci serait bien capable de tirer sur des pokémons volants pour le simple plaisir de faire quelque chose de mouvementé ; jusque là, ça n'est pas encore arrivé, mais il n'a pas pour autant renoncé à voir ça se produire un jour ou l'autre.

Elle jette de nouveau un coup d'œil en contrebas, pour vérifier que rien n'a changé. Il n'y a toujours que la texture cotonneuse aux teintes rosâtres du soleil couchant, et rien d'autre de visible. De ci de là, peut-être un trou dans la couche épaisse, mais ça ne laisse rien voir de précis.

La jeune femme, en repensant à ce que le général Jackson leur a demandé de faire — et par téléphone, lâchement, en plus —, songe qu'elle aurait dû lui dire deux mots.

Une mission de reconnaissance, c'est capital pour glaner des informations sur l'ennemi, mais à bien y réfléchir on aurait pu envoyer n'importe qui de l'escadron ; on a quinze avions, mais forcément, le choix a été vite fait.

Bien sûr, malgré tout, Stella est ravie de pouvoir passer un moment dans les cieux, qu'elle voit comme son véritable habitat naturel plutôt que l'ennuyeuse terre en dessous.

« Prendre des photos de bateaux ennemis, bah tiens... Si encore on pouvait tirer dessus ! »


* * *

Yeux dans les yeux, la créature et l'humain se dévisagent l'un l'autre avec une teinte d'amusement au fond du regard. Prunelles noires contre prunelles vertes, dans le silence le plus solennel.

Puis soudain Weigall ne tient plus, il enfouit sa tête dans ses mains, lessivé.

« Bon sang ! »

En repensant à l'événement ayant suivi l'installation du campement, une soudaine torpeur se saisit de lui, lui rend l'œil torve et les dents serrées.

Le petit officier se laisse tomber en arrière, sur le tapis installé dans sa tente sommaire. A ses côtés, le rhinolove, intrigué, se roule à moitié dans le sable comme un gamin qui s'ennuie ; le jeune homme le laisse faire, trop absorbé par son flot de pensée.

Savoir que le campement dans lequel il a travaillé pendant plusieurs semaines est peut-être tombé aux mains des indépendantistes, c'est un véritable coup dur.

Mais le pire, c'est sans doute que les personnes qu'il a côtoyées doivent être mortes à l'heure qu'il est. Toutes, sûrement, parce qu'ils font rarement dans la dentelle, les Alolais, quand il s'agit de leurs « bourreaux ».

Il retient un juron ; non, décidément, y penser comme ça, tout seul, prostré sous sa tente, est une bien mauvaise idée. Autant se rendre utile, malgré l'insistance des supérieurs qui souhaitent s'entretenir seuls.

Ce n'est de toute façon pas possible de renvoyer un soldat en plein désert, alors il ne craint rien en s'opposant à Macarthur et à Snow.

Se relever est plus pénible qu'il se l'imaginait, mais étant resté inactif pendant une bonne heure depuis la mauvaise nouvelle du ruban rouge, il ne s'attendait pas à grand chose.

Pour faire bonne figure, il s'efforce de retirer le sable de son uniforme, et de mettre sa casquette, quand bien même il déteste ça ; il finira bien par l'enlever à un moment donné, de toute façon, et puis elle est déjà de travers...

A peine sort-il de sa tente, — suivi du rhinolove, qui s'étale dans le sable pour y rester — qu'il est abordé par le docteur Marlowe. Son aîné de quelques années, curieux, le rejoint en quelques enjambées enthousiastes, jetant au passage son mégot dans le sable.

« Eh bien ? Vous avez l'air, euh, un peu remonté, Weigall. »

Un regard en coin lui répond, et les traits du plus jeune s'adoucissent un peu, en présence de son seul ami — il se permet de le considérer comme tel — au sein de l'unité. Il daigne étirer ses lèvres minces en une parodie de sourire, aussi, comme pour le rassurer.

« C'est à cause de ce rhinolove, et de ce que ça implique. J'imagine que les autres ne sont pas tout à fait ravis de la nouvelle non plus, ils m'ont l'air nerveux. Les supérieurs ne veulent pas nous entendre pour l'instant, mais tant pis. Faut bien s'imposer un peu de temps à autre, si on veut faire son chemin dans la vie.
— Ma foi... », admet le médecin avec un rictus d'appréciation.

Weigall s'étonne un instant de voir l'autre le suivre jusqu'à la tente de Macarthur, où sont probablement installés les deux responsables de l'unité.

Habituellement, le docteur n'a pas tellement d'opinion tranchée sur ce qui se passe autour de lui, mais il semble un peu moins versatile, ce soir. Le blondinet accueille cette aide impromptue avec un sourire sincère ; à deux, c'est plus facile de faire valoir son avis.

Tandis qu'ils marchent à travers le camp, Vicky sur leurs talons, — pour une fois, elle n'est pas restée perchée sur l'épaule de son dresseur — les autres soldats et leurs pokémons se livrent à diverses besognes pour préparer un repas correct.

Quelques effluves de baies et de légumes locaux, grillés grâce au Magby de l'un des membres de l'unité, flottent sur le sentier imaginaire dessiné entre les tentes, les sacs de vivres et les bourrinos attachés par des piquets ici ou là ; on les éloigne pour qu'ils restent silencieux, puisque certains pokémons sont plutôt bavards.

Le doux frottement des bottes sur le sable a quelque chose de presque rassurant, si bien que l'agent du renseignement est de nouveau serein après une dizaine de mètres parcourus. Il se prend bientôt à humer l'air du désert avec délectation, comme s'il y remettait les pieds seulement maintenant.

Les sons étouffés qui lui parviennent, à distance, le laissent imaginer des pokémons gambadant dans les étendues clairsemées, ou des groupes de locaux — hostiles ou non — drapés dans d'amples tuniques et foulards aux motifs somptueux.

Il revoit en somme l'image la plus romantique du désert, celle qui est décrite dans les livres et dont les aventuriers font l'éloge autour d'un verre à la taverne du coin.

Tout ça lui donne presque envie de rire, mais le voilà déjà arrivé à la tente de Macarthur. Vicky, voyant les deux hommes s'arrêter, s'empresse de regagner son perchoir favori.

« Bien, je suppose qu'on doit s'annoncer ?
— Autant entrer directement, ce sera plus percutant pour eux, pouffe le docteur en rajustant le brassard blanc témoignant de sa fonction. Me regardez pas comme ça, c'était une plaisanterie ! »

Le blondinet hausse un sourcil et s'efforce de garder un sourire tranquille, mais il n'a jamais rien entendu aux plaisanteries, en général ; elles lui échappent, ou bien il est trop distrait pour y prêter attention même quand elles sont enfantines.

Une fois annoncés, le général leur intime — visiblement à contrecœur, son ton le trahit — d'entrer. Affalé sur des coussins du fait de son dos douloureux, le voilà encore cigarette au bec ; le colonel Snow de même, mais elle se tient tout à fait droite, assise à même le tapis où tombent quelques cendres lorsqu'elle tapote le bâtonnet de tabac.

« Asseyez-vous, les jeunes — et surtout, ne tournez pas autour du pot, venez-en au fait tout de suite. La nuit tardera pas à tomber, et faut qu'on soit en forme demain, pour mettre en place un nouvel itinéraire, j'imagine...
— Eh bien, justement, j'aurais une suggestion à faire par rapport au campement », lance Weigall en effaçant toute trace de défiance de son visage, résolu à s'attirer, pour une fois, les bonnes graces des supérieurs.

Snow se contente de hausser un sourcil tout en recrachant sa fumée discrètement ; le général croise les bras sur sa poitrine et se redresse, intrigué mais néanmoins sur la défensive. Connaissant le caractère de leur guide, il aurait tendance à s'attendre au pire.

Le blondinet à la casquette de travers le sait bien, ça, mais il compte se départir de sa réputation afin de convaincre comme il faut Macarthur. S'il est nécessaire d'en passer par de fausses bonnes manières... qu'à cela ne tienne.

« Si l'Alaka'i a voulu prendre ce camp, c'est qu'il est conscient de son intérêt stratégique tout autant que nous. Perdre cet emplacement et ne rien faire pour le récupérer... Excusez-moi, mais c'est se tirer une balle dans le pied, monsieur. Je suis sûr que le docteur Marlowe ici présent vous dirait la même chose... »

Un léger coup de coude dans les côtes dudit docteur l'incite à hocher vigoureusement la tête ; cependant, du fait de son rôle au sein de l'équipe, il ne pense pas que son opinion changera grand chose au final.

Macarthur écrase le peu qu'il reste de sa cigarette, et se lève, faisant les cent pas — tout du moins, autant que la superficie de sa tente le lui permet, qui plus est avec trois visiteurs en même temps.

La quadragénaire blonde, elle, ne cherche pas à s'interposer, mais son air sceptique en dit suffisamment long pour inquiéter Weigall. Elle est assurément plus difficile à convaincre que son supérieur, et ce ne sera sans doute pas une mince affaire de faire valoir son plan.

« J'aurais bien une sorte de... d'ébauche de plan pour mener à bien une opération de récupération du camp, mais il me faudrait votre aval...
— C'est hors de propos, lieutenant Weigall, l'interrompt contre toute attente Snow, écrasant elle aussi son mégot sur le sable. Le campement ne dépend pas de la juridiction de notre unité, mais de l'état-major ; pour que tout reste en règle, il faudrait l'appui de Jackson. De plus ce serait une perte de temps, on doit retrouver la créature — euh, Tokotoro, si ma mémoire est bonne — au plus vite. Reprendre le campement peut bien attendre encore un peu, on peut toujours envoyer un courrier au général Jackson pour l'avertir d'envoyer des troupes. »

Le blondinet à la casquette de travers le sait, qu'il s'agit de la solution la plus logique, d'un point de vue réglementaire, mais le temps de mettre en place cette manœuvre... Il se retient d'ajouter quelque chose pour le moment, sachant Macarthur dans de mauvaises dispositions.

Celui-ci essuie, d'un revers de manche, la sueur s'écoulant sur son visage, et d'un ample geste du bras, congédie ses trois subalternes. Une fois seul, il laisse échapper une flopée de jurons, puis s'affale à nouveau sur son tas de coussins.

Pris entre deux eaux ; dommage qu'il n'ait jamais eu le pied marin.


* * *

Une ambiance étonnamment bon enfant, exacerbée par les volutes épicés se baladant partout alentour, englobe le campement tout juste pris aux Unysiens, par la force.

Contre toute attente, et malgré l'organisation très sommaire de l'attaque, l'effet de surprise seul a suffi à décimer la moitié du petit groupe ; ils devaient être une quinzaine, guère plus. Les pokémons et quelques hommes présents ont fait le reste du travail, et il n'a pas fallu beaucoup de temps pour que chaque soldat succombe à ses blessures.

Cela aurait été le cas, si l'on n'avait pas retrouvé le chef de cette unité, blessé mais encore relativement en forme, avachi au fond de la caverne servant de cœur à cette base d'opérations.

Lorsque les Alolais sont entrés dans la grotte et l'ont découvert, il n'était assurément pas beau à voir ; cheveux blonds rendus poisseux par la sueur, collés à son front moite, sang coulant de sa jambe et répandu en une sorte de flaque aux alentours ; à croire qu'il n'a pas voulu traiter sa blessure.

A présent, le voilà fait prisonnier, solidement maintenu par des liens de corde difficiles à défaire — même avec un couteau, il faut savoir où couper pour en venir à bout. Comme si cela ne suffisait pas, on a également assigné à sa garde un jeune homme accompagné d'un pokémon.

« Rien à faire, il ne parle pas ; on n'entendra pas un traître mot de sa part, à mon avis ! grommelle l'un des indépendantistes, au cheveu grisonnant, drapé dans une étoffe rougeâtre très seyante. Cet honneur unysien, ce n'est peut-être pas qu'une rumeur... »

L'autre homme avec lequel il discute, plus jeune et robuste, portant quant à lui une tunique d'un vert émeraude rutilant, hausse les épaules avec une nonchalance agaçante. Ses lèvres minces s'étirent en une sorte de sourire, à mi-chemin avec un rictus déplaisant.

« Ce que vous appelez « honneur » n'est qu'un prétexte pour la plupart de ces gens-là, ils ne s'en servent que pour excuser des actions... de mauvaises actions. Tous les Unysiens que j'ai menacés, ils préféraient parler plutôt que de mourir. Dommage, ils ne savaient rien ! »

Sans répondre, le plus âgé tire une bouffée de sa cigarette — quelle bénédiction d'en trouver une réserve dans cette grotte ! — et lorgne son vis à vis, quelque peu suspicieux.

« Ne compare pas tes vulgaires sous-fifres avec le commandant d'une unité, Asad... »

La suite de la phrase, à peine prononcée, s'évanouit immédiatement ; une apparition subite, à l'autre bout du campement, dans un drôle de rayon lumineux, attire l'attention des deux hommes, et a fortiori de tous les autres présents.

Asad et son revêche compagnon s'élancent dans cette direction, et comprennent bien vite ce qu'il se passe ; un alakazam, droit et fier dans sa posture digne, se tient là, accompagné d'une jeune femme.

Dans ses cheveux noirs de jais, des plumes de piclairon font figure d'élément décoratif. Son teint basané, bien que plus pâle que la plupart de ses compatriotes, s'allie à merveille avec les deux orbes sombres fixés sur un point invisible à l'horizon.

Finalement, la jeune femme courbe ses lèvres en un semblant de sourire, et intime au pokémon de retourner chez lui ; dans une traînée lumineuse, le voilà reparti aussi vite qu'il est arrivé.

« Vous n'êtes pas supposée être là ! proteste le jeune Asad avec vigueur. Vous ne faites pas partie du groupe...
— Hé, on marche ensemble vous et moi, on est dans le même bateau, que je sois dans votre équipe ou non, fait-elle remarquer en serrant les dents. Bah, je venais juste prendre des nouvelles ! »

Si cela suffit plus ou moins à satisfaire son interlocuteur, le plus âgé ne semble pas du même avis. Sa barbe bien taillée, d'une teinte poivre et sel, et son nez aquilin donnent à son visage un air plus sévère que ce qu'il est en réalité — tous ceux qui le connaissent le savent bien.

La jeune femme jette un regard circulaire aux alentours, pour observer le spectacle ; il reste quelques tentes debout, et les corps ont été emportés ailleurs, mais l'odeur puissante de la charogne n'a pas totalement disparu.

Elle plisse le nez en signe de désagrément, mais ne laisse rien paraître de plus. Dans ses yeux brille comme une sorte de flamme, signe apparent de détermination.

Le doyen du groupe de combattants doit s'avouer impressionné ; à peine vingt-cinq ans, et la voilà déjà qui se comporte en dame sans peur, prête à tout braver pour faire valoir ses intérêts. Il l'aurait traitée d'admirable s'il ne préférait pas utiliser le terme d'entêtée.

Alors qu'il ouvre la bouche pour dire quelque chose, elle prend les devants, plus rapide :

« Vous avez tué tout le monde ici, n'est-ce pas ? »

Elle secoue la tête, et ricane nerveusement, se rendant compte de toute l'absurdité de sa question.

« Oui, bien sûr... Pourquoi laisser de tels ennemis en vie...
— Pas tout à fait tout le monde, s'empresse de répondre Asad, en désignant la tente où est retenu le prisonnier. On a capturé un Unysien. Cet homme blond ne veut pas parler, mais...
— Un homme blond ? » s'enquit-elle, l'interrompant sans vergogne.

La voilà qui repense à sa conversation sur le marché, à sa conduite idiote et à l'intérêt sans fondement suscité en elle par ce curieux officier passé au village il y a quelques temps.

Il n'avait pas l'air comme les autres, et entretenir une discussion avec ce curieux personnage pourrait s'avérer une expérience enrichissante.

Cependant, elle se doute bien qu'il ne s'agit pas du même ennemi ; il n'aurait jamais pu arriver aussi rapidement à dos de bourrinos, même en connaissant le désert. Elle-même n'en serait pas capable.

« Soit, messieurs. Je vais le faire parler, si c'est possible.
— Comment ? s'exclame le vieil homme, le scepticisme palpable au fond de l'œil. Ce fichu honneur auquel il s'accroche l'empêche de trahir ses camarades ! »

Pensive, elle jette un regard en direction de la tente à moitié déchiquetée, puis offre un sourire, sincère cette fois, à ses compagnons d'infortune.

« Laissez-moi essayer, c'est tout ce que je demande ; ça ne coûte rien ! »

Elle est rayonnante comme le soleil, et quelqu'un de plus croyant que le vieil Iman aurait vu en elle l'incarnation de l'Astral.

La décision, prise rapidement, enchante la demoiselle et la fait resplendir de plus belle, la fait briller sur ce fond sablonneux et poussiéreux.

Comme un espoir retrouvé.