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GREAT WARS T.1 : All men dream, but not equally de Eliii



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Informations

» Auteur : Eliii - Voir le profil
» Créé le 09/08/2017 à 09:04
» Dernière mise à jour le 09/08/2017 à 09:04

» Mots-clés :   Action   Alola   Guerre   Mythologie   Présence d'armes

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9- Soleil de midi
« La sueur sauve le sang, le sang sauve des vies, et le cerveau sauve les deux. »
— Erwin Rommel (1891 - 1944) —


* * *


Midi, heure tant redoutée dans le désert ; c'est là que le soleil atteint son zénith, qu'il est le plus dangereux ; que les voyageurs sont plus misérables et vulnérables à ses rayons. Au moins, sous le couvert rassurant des montagnes rocheuses alentour, le campement bénéficie d'un air plus respirable, bien que toujours teinté de ces relents poussiéreux transportés par un semblant de vent.

Cette installation unysienne, que le général Jackson a toujours vue comme « inutile et trop coûteuse », occupe un périmètre assez large, comprenant une caverne où coule une source d'eau, ainsi qu'une surface sablonneuse comme on en trouve partout dans le désert, à ceci près qu'elle est jonchée de tentes et de matériel en tout genre.

Une quinzaine de militaires en uniforme s'affairent ci et là dans le camp, se partageant des victuailles pour le déjeuner, mettant en place des activités de recherche, et préparant la venue imminente d'un détachement commandé, selon les rumeurs, par le général Macarthur lui-même.

L'officier en second du camp, le lieutenant-colonel Mary Jackson — fille du général du même nom, qui a tenu à s'enrôler pour rester dans la même région que son père —, déguste avec appétit son repas, un plat traditionnel alolais qu'elle a appris à cuisiner et à apprécier.

Assis sur une lourde caisse en face d'elle, son supérieur direct, le colonel Evan Smith, doit s'avouer moins enthousiaste quant à ce plat un peu trop épicé — si c'est la recette qui veut ça ou bien si elle a la main lourde sur le piment, il ne sait pas, mais sa bouche en feu est suffisamment éloquente.

« Hum, visiblement le groupe de Macarthur n'arrivera pas aujourd'hui, tâche-t-il d'articuler, faisant fi de la chaleur infernale répandue jusqu'au fond de sa gorge. On a reçu des messages de l'état-major, ou toujours rien ? »

La jeune femme allant sur ses trente ans ne répond pas tout de suite, mâchonnant calmement une bouchée de son plat, une mèche noire récalcitrante barrant son visage entre ses deux yeux couleur ambre. Sa peau hâlée, conséquence d'heures passées sous un soleil de plomb, se marie à merveille avec le visage aux traits doux.

Elle pose sa gamelle de côté, puis tend ses courtes jambes — elle ne mesure guère plus d'un mètre cinquante-cinq, contrastant ainsi avec son imposant père.

« Non, rien du tout ; juste le ravitaillement habituel, ce matin. Enfin, vous connaissez Père, il a tendance à ne pas faire tout un plat d'un grand nombre de choses, et ne prévient souvent qu'au dernier moment... »

Le grand blond hoche la tête, esquisse un semblant de sourire pincé, puis avale une grande gorgée d'eau pour soulager un peu sa langue embrasée. Comment peut-elle manger ça avec autant d'aisance, il n'a jamais osé le lui demander.

« Bien, il ne nous reste qu'à attendre dans ce cas... C'est toujours comme ça, la guerre, y a des moments d'attente où l'on s'ennuie ferme... »

Sitôt que les mots ont quitté sa bouche, comme si c'étaient les éléments déclencheurs d'une catastrophe, une détonation se fait entendre non loin ; bientôt, à quelques mètres, une colonne de fumée noirâtre s'élève de l'une des tentes, littéralement désintégrée par un choc.

Les cris affolés et les cliquetis des armes à feu envahissent bientôt tout le campement, et les deux officiers ne font pas exception à la règle, empoignant chacun leurs pistolets, fermement décidés à se défendre jusqu'au bout.

« Par ici ! », s'écrie la jeune femme en entraînant son supérieur, ébahi, jusqu'à un abri sommaire derrière des rochers.

Autour d'eux, les coups de feu fusent, les pokémons sauvages fondent sur les tentes, envoyant des attaques dévastatrices — ball'ombres, lance-flammes, et autres puissantes alternatives au manque d'armes modernes de l'ennemi.

Déjà des soldats tombent, des taches rougeâtres souillant le beau brun sable de leurs uniformes ; des crânes réduits en charpie, des os brisés, des membres calcinés, l'odeur infâme de la mort, tout se mélange dans une spirale infinie, dégoûtante répugnante immonde...

Le chef du groupe, les fils blonds collés à son front par la sueur, a les yeux hagards, d'un bleu vitreux qui ne voit rien d'autre que la désolation ; il faut encore une impulsion de sa subordonnée pour qu'il se ressaisisse, serre la crosse de son arme et fasse feu sur les créatures et les rares humains au teint sombre qui fondent sur le campement.

« Merde, comment ça se fait ? Les sentinelles se sont fait buter, ou quoi ? grommelle-t-elle en rechargeant son pistolet, d'un geste machinal, rapide et précis digne des meilleurs tireurs. Bon sang ! C'est qu'il y en a partout en plus, et les pokéballs... »

En se souvenant de l'endroit où elles sont entreposées, Mary est incapable de retenir un énième juron. Les pokéballs ont toutes été stockées dans la caverne pour éviter qu'elles prennent le soleil et ne s'abîment ; si quelqu'un parvenait à y aller pour les protéger...

« Ok, on doit aller tout de suite dans la grotte ! Faut pas qu'ils s'emparent de nos pokémons, ça serait désastreux...
— Et comment vous voulez faire ça ? rétorque Smith, semblant avoir retrouvé son aplomb. Le campement est un vrai champ de bataille, traverser cinquante mètres sans nous faire tuer tiendrait du miracle ! »

La jeune femme serre les dents, et passe une main crispée dans ses mèches noires, parfaitement consciente de ce fait. Mais rester là, se terrer derrière des rochers en attendant que tout le monde se fasse massacrer, pokémons y compris... Combien en reste-t-il, de soldats, par ailleurs ? En plus d'eux, elle ne parie pas sur plus de quatre ou cinq, compte tenu des multiples cris entendus, de l'odeur de mort de plus en forte et des nombreux pokémons adverses.

Elle a tout juste le temps d'effectuer un bond de côté, au moment où un mascaïman fond sur elle avec l'intention évidente de la mordre. Son supérieur, qui a moins de chance, peine à retirer la créature de sa jambe, ses crocs étant plantés dedans.

« Argh !... Merde, ça fait un mal de chien ! » grommelle-t-il alors qu'un bon morceau de chair et un pan du tissu de son pantalon sont arrachés par les dents acérées du crocodile.

Tous deux se mettent à courir — tant bien que mal — en direction de la caverne, entraînant avec eux les rares soldats qui sont encore en état de se tenir debout. Le petit groupe de cinq personnes se retranche entre les parois rassurantes de la grotte, mais personne ne se fait d'illusions quant à sa survie ; il y a de fortes chances que tout le monde y reste et que la position stratégique tombe aux mains de l'ennemi.

Mary Jackson intime à Smith de s'asseoir contre un mur, près des pokéballs, afin de les surveiller, et fait sortir les pokémons du colonel ; un crocorible et un rhinolove, prêts à assurer sa protection, l'entourent désormais.

Il tente de se relever, protestant contre ces mesures, mais sa seconde est catégorique ; hors de question qu'il prenne des risques inutiles. Les autres soldats semblent du même avis, et leurs regards déterminés luisent du terrible éclat des gens prêts à faire don de leur vie.

« On va protéger ce campement coûte que coûte, et vous avec, alors tâchez d'être prêt à les recevoir si jamais ils arrivent dans cette grotte. Vos pokémons vous seront d'une grande aide.
— Attendez, qu'est-ce... parvient-il à bredouiller difficilement, soupçonnant les intentions de la jeune femme.
— Ne posez aucune question dont vous connaissez la réponse, nous n'avons pas de temps à perdre. On va tâcher de retarder comme on peut l'arrivée des ennemis jusqu'ici. »

Sans ajouter un mot de plus, elle s'engouffre à l'extérieur de l'abri sommaire, suivie des trois hommes armés restés muets. Le silence enveloppe la grotte, mais pas pour bien longtemps, puisque les coups de feu et diverses attaques reprennent.

Rendu misérable et impotent par sa jambe sanguinolente et douloureuse, qui ne tardera pas à s'infecter si rien n'est fait, le colonel se traîne tant bien que mal jusqu'à une table installée dans un recoin de la caverne, et sur laquelle se trouvent tout un tas de choses.

Une carte du désert, une autre du campement, des données, relevés faits ci ou là... Ainsi qu'une petite boîte contenant divers rubans de couleurs. Il se saisit du rouge, puis le tend à son rhinolove, qui le maintient entre ses dents.

« Amène ça à l'équipe de Macarthur, plus au sud dans le désert. Tu sauras les trouver, hein ? »

La voix est faible, teintée d'un regret presque palpable, de tout un tas d'émotions dont il ne parvient plus à garder le contrôle ; le barrage a cédé.La créature hoche la tête, et, comprenant qu'il s'agit d'un au revoir — du dernier au revoir —, ne s'éternise pas, connaissant les difficultés de son dresseur à supporter ce genre de scène.

Tandis qu'il regarde la chauve-souris s'envoler, affalé contre une paroi rocheuse, ses oreilles douloureuses doivent supporter les horreurs qui se déroulent à l'extérieur. Lorsque la voix éperdue de sa seconde lui parvient dans un rugissement déchirant, il daigne les boucher.

Tout ce qui lui reste, c'est l'espoir que la mort arrivera vite.


* * *

« Tu paries sur une nouvelle affectation toute pourrie ? J'te prends au mot, tu me devras... voyons, cinquante pokédollars, si tu te trompes ! lance une voix féminine, guillerette.
— Quoi, cinquante ? Va pour vingt-cinq, pas plus », rétorque un homme aux accents traînants.

Tous deux assis dans l'un des couloirs somptueux de l'hôtel Hano-Hano, les deux jeunes aviateurs attendent que l'on vienne les réclamer.

Stella fait la moue, considérant ce nouveau chiffre avec une pointe de dédain ; réduire de moitié la somme, c'est bien de Clyde, ça ; jamais assez d'argent sur lui.

« T'es si pauvre que ça ? soupire-t-elle, bras croisés sur sa poitrine.
— Hé, je te rappelle que contrairement à toi, j'ai une gamine à nourrir ! Je peux pas faire n'importe quoi de mon argent, tu sais. Vingt-cinq, tu prends ? »

La jeune femme lève ses yeux verts au ciel, mais daigne serrer la main que son partenaire lui tend. Il esquisse même un léger sourire, bien que la situation ne s'y prête pas tellement — les réunions d'état-major, on en ressort jamais satisfait, ou bien rarement.

Tous les deux, cependant, n'attendent qu'une chose de ce rassemblement parmi les gros bonnets de l'armée ; une nouvelle affectation dans les airs, qu'importe le danger. Leur mission sur la terre ferme les a confortés dans l'idée qu'il n'y a rien de plus grisant que des pirouettes en avion — pirouettes à risques mortels, mais qu'importe. Sentir le vent puissant, entendre les crachats de la mitraille et le moteur du véhicule...

Un peu plus bruyamment qu'escompté — les gonds commençant à grincer —, la porte est ouverte par l'aide de camp du général Jackson. Son visage trahit perpétuellement son manque d'assurance, mais il se radoucit à la vue d'un visage connu.

« Petit frère ! sourit Stella en lui donnant une tape dans le dos, avec peut-être trop de force. T'as l'air, euh... guindé, encore plus que ce bon vieux Clyde. C'est de travailler pour Jackson qui t'a mis dans cet état ? »

Le trentenaire ne daigne pas faire de commentaire quant à l'allusion de sa collègue, qui a toujours apprécié de le mettre dans l'embarras et de le faire passer pour un « vieux type guindé », du fait de sa vitalité parfois discutable — ou bien est-ce elle, qui est trop énergique.

Embarrassé, le frère cadet de la jeune femme les invite à entrer dans la pièce, afin de ne pas faire attendre les haut-gradés réunis à l'intérieur.

La salle est vaste, et comporte de larges porte-fenêtres donnant sur un balcon tranquille ; la vue est réputée pour être particulièrement agréable, mais beaucoup des officiers présents ne perdent pas leur temps à contempler le paysage marin. La guerre, ça demande de la concentration.

Ce n'est cependant pas la pensée qui serait venue à l'esprit des deux jeunes gens, en voyant tous ces hommes et quelques femmes, tous installés autour d'une grande table, avec whisky, vin, champagne, cigarettes, cigares, qu'en savent-ils encore...

« On dirait que c'est confortable, le QG, chuchote Stella avec son habituelle nonchalance. Peut-être que quand je serai plus âgée, j'aurai droit à un poste comme ça aussi... »

Un discret coup de coude de la part de Clyde la dissuade de continuer, et elle daigne se tenir plus droite, les yeux croisant ceux du général Jackson. Sa mine patibulaire et sa grande main, serrée autour d'un verre contenant un quelconque alcool, contribuent à faire de lui un personnage intimidant. C'est néanmoins avec affabilité qu'il les invite à s'asseoir en bout de table, où sont placées deux chaises libres.

« Bien, maintenant que vous êtes là... Nous pouvons commencer avec l'aspect aérien de notre prochaine « bataille », qui n'en sera pas une à proprement parler. Il semblerait que les navires de Kanto se rapprochent des côtes de Poni, dans l'intention logique de faire débarquer un certain nombre de leurs hommes là-bas. Waller. »

Le jeune aide de camp rapproche le chevalet où est exposée une grande carte de l'île de Poni, de sorte que tout le monde soit en mesure de la voir. Puis, à l'aide d'une baguette semblable à celles utilisée par les professeurs, désigne la plage située sur la côte ouest, juste au nord de l'unique village occupé par l'armée.

« Juste là, c'est l'endroit. »

Toujours avec le bâton de bois, il montre ensuite l'espace maritime situé à proximité, dans un geste théâtral.« Ici, mesdames et messieurs, se trouvent plusieurs navires de guerre kantonais. Combien, nous ne le savons pas précisément, on y remédiera ce soir. Ces cuirassés, semble-t-il, se rapprochent de Poni. Le général Brighton ici présent, qui est responsable de l'île, a reçu des rapports de la part de ses subalternes stationnés là-bas. »

Le susnommé, quadragénaire aux cheveux noirs et au visage impassible, voire crispé, se contente d'un hochement de tête muet pour confirmer les propos de son supérieur. Clyde, trop conscient de la réputation terrible qu'on prête au personnage, retient à grand peine un frisson.

Stella, elle, semble presque trouver cette réunion amusante ; ses traits ne traduisent pas de tel état d'esprit, mais l'étincelle qui brille au fond de ses yeux ne trompe pas.

« Votre mission, jeunes gens, sera de défendre au mieux cette île en dirigeant un escadron pour empêcher leurs forces aériennes d'attaquer le village. Kanto manque d'avions, mais ils nous enverront à coup sûr leurs dresseurs montés sur des ptéras, ou autres pokémons volants pénibles. Leurs projectiles rocheux sont particulièrement efficaces... Hum, oui, monsieur Jonson ?
— Excusez-moi, ça peut paraître idiot, mais... On a pas de camions de DCA, pour s'occuper des escadrons ennemis ? »

Jackson ouvre la bouche pour répondre, mais la jeune aviatrice, bien plus au fait de tout ce qui touche à son domaine, le prend de court.

« Poni, c'est pas le territoire le plus susceptible d'être attaqué par les airs. Les terres sauvages sont infestées d'indépendantistes, c'est eux la vraie menace, alors toutes nos forces de défense contre avions sont stationnées sur le reste de l'archipel. C'est Stan qui me l'a dit », ajoute-t-elle en jetant un regard couplé d'un sourire à son jeune frère.

Abasourdi par cette intervention — pertinente, il n'oserait pas le nier —, le chef d'état-major se racle la gorge, puis se contente d'un acquiescement vague.

« Bien, mademoiselle, c'est tout à fait ça. Le général Brighton et ses troupes se débrouillent suffisamment bien à Poni, l'île n'a pas besoin de plus. Ahem, la mission semble à votre portée, n'est-ce pas ? »

Chacun des deux aviateurs s'empresse de confirmer, mettant ainsi le cinquantenaire de meilleure humeur ; il s'autorise même un sourire, esquissant des rides au coin de ses yeux sombres.

« Ainsi c'est entendu ! Nous ne vous retiendrons pas plus longtemps, maintenant que vous savez à quoi vous en tenir. Vous partez de suite à Poni, pour bien préparer tout ça. Rompez, jeunes gens. »

Avec un salut respectueux, les soldats de l'air quittent la pièce, soulagés de ne plus sentir toute cette tension inhérente aux réunions en présence de telles pointures de l'armée.

Stella, un sourire étirant ses lèvres jusqu'aux oreilles, tend la main, sous l'œil intrigué de son partenaire. Il la dévisage un instant sans comprendre.

« Eh bien quoi ?
— Tu me dois vingt-cinq pokédollars, t'as pas oublié ? »

Clyde passe une main fatiguée dans ses cheveux bruns clairs, puis lui offre un sourire d'excuse.

« J'ai pas un rond sur moi, chérie. »

Les paroles de son collègue font leur chemin dans l'esprit de la jeune femme, qui croise les bras sur sa poitrine.

« T'as de la chance que j'aie besoin de toi pour piloter l'avion, espèce d'idiot ! Compte pas sur moi pour oublier la dette, hein... »


* * *

Vicky, aussi énergique qu'à l'accoutumée, gambade dans les étendues sablonneuses autour du campement sommaire installé depuis seulement un quart d'heure. Songeant qu'il ne parviendrait de toute façon pas à l'attraper, Weigall la laisse faire, sous l'œil amusé de son camérupt Bernard, l'être le plus indolent qu'il ait jamais connu, comme d'habitude allongé comme un pacha.

Une odeur de baies, venant de la « cuisine », règne désormais sur tout l'amas de tentes, et réveille la plupart des estomacs ; depuis le début de cette longue traversée parmi les dunes, les repas sont bien moins consistants qu'à l'hôtel d'Akala.

Installée auprès de sa tente, le colonel Snow étudie avec attention la carte qui lui a été confiée, pour tenter de mieux cerner ces étranges lieux dans lesquels elle vit depuis peu. Rien n'y fait, il ne se trouve pas la moindre clé là-dedans ; elle s'y perdrait en moins d'une heure, même avec carte, boussole, et tout l'attirail nécessaire à une orientation parfaite.

« Comment diable Weigall parvient-il à nous guider si bien ? Certes il connait les lieux, mais ça ne suffit pas... »

Un petit cri perçant, suivi de deux ou trois autres, provoquent un sursaut chez la quadragénaire, qui manque de tomber en arrière ; elle laisse tomber la carte sur le sable fin, mais s'empresse de la rattraper, de peur qu'elle ne s'envole.

Une fois le bien enroulé et convenablement rangé dans son habitacle sommaire, elle jette un œil vers le ciel, d'où a semblé provenir le son. Se découpant dans le ciel bleu clair, une forme sombre vole maladroitement, sans doute à cause de la fatigue.

« Qu'est-ce que c'est... »

Elle saisit les jumelles attachées autour de son cou par une fine cordelette, pour pouvoir identifier le pokémon. La forme des ailes et du crâne, ainsi que la couleur, qui semble être un genre de bleu, la conduit à penser qu'il s'agit d'un rhinolove, créature peu courante — et même absente — dans le désert.

D'un pas rapide, elle se dirige vers la tente du général, pour l'en informer immédiatement. Bavardant avec Weigall à l'extérieur de son logement de fortune, cigarette à la bouche comme souvent, il l'accueille avec un salut informel, simple geste de la main.

« Il se passe quelque chose ? Vous avez l'air, euh, sur le pied de guerre.
— Un pokémon arrive au campement, il devrait se poser d'ici quelques minutes. Un rhinolove, j'ai l'impression. »

Le visage de Macarthur reste impassible, à l'exception d'un sourcil haussé en guise de marque d'intérêt. En revanche, les traits du blondinet changent du tout au tout, révélant une expression inquiète.

« Un rhinolove, vous dites ? Où est-il ? »

Ne comprenant pas tout à fait l'agitation de son subalterne, elle choisit néanmoins de les guider tous les deux jusqu'à l'autre bout du campement, là où est située sa tente. Le pokémon s'est effectivement rapproché, et ne tarde pas à se poser sur le sable chaud, haletant, langue hors de la bouche.

La blonde lui fait boire de l'eau de sa gourde pour le revigorer un peu, tandis que Weigall, intrigué, saisit l'objet plein de salive qui a glissé de sa gueule au moment où il l'a ouverte.

Difficile de savoir exactement de quoi il s'agit sans en avoir vu auparavant, mais impossible pour le jeune homme à tête blonde de se tromper ; il s'agit d'un morceau d'étoffe rouge.

« C'est le ruban rouge du campement des rocheuses, souffle-t-il à mi-voix, saisissant du même coup toute la portée de ses propres paroles. Le rouge, la couleur signifiant l'état d'alerte le plus critique... Des Alolais ont dû attaquer le camp, là-bas. »

Son regard émeraude glisse doucement vers la créature épuisée, la reconnaissant immédiatement pour l'avoir côtoyée avant son affectation à l'hôtel.

« Si ce rhinolove est là, c'est qu'il a dû arriver quelque chose au colonel Smith, à la fille du général Jackson... Ils sont sûrement tous morts à l'heure qu'il est. »

Le visage de Snow reste impassible, mais dans son regard brille une étincelle de douleur ; elle connaissait bien les responsables de ce campement. Macarthur, lui, jette négligemment sa cigarette dans le sable et serre les dents.

« Bon sang de merde ! » rugit-il, passant une main furieuse dans ses cheveux.

Le juron résonne un moment entre les collines de sable, puis finit par retomber avec le poids du silence, en même temps que le moral des troupes.