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GREAT WARS T.1 : All men dream, but not equally de Eliii



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Informations

» Auteur : Eliii - Voir le profil
» Créé le 02/08/2017 à 14:44
» Dernière mise à jour le 02/08/2017 à 14:44

» Mots-clés :   Action   Alola   Guerre   Mythologie   Présence d'armes

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8- Sur la corde raide
« On dirait que quelque chose ne va pas avec nos foutus navires aujourd'hui. »
— Amiral David Beatty (1871 - 1936) durant la bataille du Jutland, les 31 mai et 1er juin 1916 —


* * *


« Nom de... ! »

Le doigt a beau appuyer sur la gâchette, plus aucune balle ne fuse du canon jusqu'à la cible. Le mécanisme, loin d'être enrayé, ne peut simplement plus fonctionner en l'absence de projectile.

Proférant toute une bordée de jurons dans sa barbe, le capitaine Eaton reste caché derrière une rangée de lourdes caisses, sans doute remplies de tout un tas de fournitures pas encore récupérées par les commerçants des environs ; trop occupés à se terrer dans leurs arrière-boutiques en attendant que les choses se tassent dans la rue.

A l'aide du magnézone prêté par son subalterne, l'homme de la mer a pu mettre à terre trois des quatre Alolais en ayant après lui.

Le problème étant que le plus costaud d'entre eux, encore en forme, a réussi à se débarrasser du pokémon en l'attrapant, faisant fi des courants électriques faiblards et du poids, pour le balancer maladroitement contre la façade d'un bâtiment.

Encore encastrée dedans, la créature de ferraille, inconsciente, ne sera certainement plus d'une grande aide à l'Unysien acculé. Sans balles, avec sa carrure moins impressionnante et son âge plus avancé, il ne mise pas beaucoup d'espoirs sur une victoire.

Il n'y a plus qu'à tenir suffisamment longtemps jusqu'à l'arrivée des renforts — loyal comme il est, l'officier Harper a sûrement commencé par supplier Jackson d'en envoyer pour lui sauver la peau.

Le marin se permet un sourire amer, en pensant au jeune rouquin qui ne le quitte plus depuis son arrivée sur le HMS Wailord. Assurément un agent du renseignement compétent, en plus d'un homme sachant apprécier la mer à sa juste valeur, malgré ses nombreux défauts.

« Par respect pour lui, je peux au moins me débrouiller pour occuper ce géant quelques temps... », songe-t-il en raffermissant inutilement sa prise sur la crosse du pistolet vide.

S'il avait pu sauvegarder ne serait-ce qu'une seule balle de plus, il aurait certainement pu tirer un coup fatal au colosse dans sa tunique bleue. L'Alolais, malgré son imposante carrure, se déplace rapidement, mais Eaton a toujours été plutôt bon tireur, et viser une cible aussi massive ne semble pas poser de problème.

A la réflexion, il aurait sûrement dû commencer par éliminer ce grand gaillard avant les autres, dont magnézone aurait pu se défaire plus rapidement... Il secoue sa tête grisonnante ; ça ne sert à rien d'envisager d'autres stratégies maintenant qu'il est trop tard.

De sa position accroupie inconfortable, il se relève et court le plus rapidement possible jusqu'à une ruelle toute proche, assez sombre pour lui permettre de surprendre l'ennemi. L'autre le suit de loin, esquissant des gestes calmes, ses cheveux noirs volant au vent, et ses pupilles tout aussi sombres dardées vers la dernière cachette du marin.

A plat ventre derrière une large benne à ordures, le capitaine observe les déplacements du colosse avec attention. Celui-ci n'a visiblement pas l'intention d'entrer dans la ruelle, mais reste plutôt campé devant, en attendant que sa proie daigne se relever ; ainsi il pourra se jeter dessus d'un bond.

Tant bien que mal, Eaton farfouille dans la poche de son pantalon, pour en tirer une sphère rouge et blanche, à la surface abîmée par le temps et les cahots du navire — la poser sur une table dans sa cabine la conduit inéluctablement à tomber en cas de tangage.

Comptant sur la seule stratégie déloyale qui lui vient à l'esprit, il fait sortir de la pokéball une créature bipède bleue striée de rouge et d'un jaune palôt, aux mâchoires aiguisées et à l'air pataud. L'aligatueur, une lueur féroce au coin des yeux, émet un grognement.

Malgré cette apparence peu engageante et présageant une certaine puissance, le pokémon a toujours été un très mauvais combattant, du fait d'une santé fragile.

« Contente-toi d'un lance-boue pour l'aveugler », ordonne l'homme en chuchotant.

Aussitôt dit, aussitôt fait, le reptilien à face patibulaire envoie un jet crasseux en direction du colosse qui, pris par surprise, ne peut l'éviter ; son visage est à présent recouvert d'une pâte répugnante qu'il s'évertue à retirer de ses yeux et sa bouche, s'aidant piteusement de ses grandes mains.

Profitant de l'inattention de l'autre, le capitaine rappelle son pokémon, et détale à toute vitesse en direction du Hano-Hano, espérant avoir gagné suffisamment de temps pour semer l'autochtone.

Regardant derrière lui, au cas où il serait suivi, il néglige de prêter attention à sa trajectoire, et heurte quelque chose — un corps, au vu de l'exclamation étouffée — qui le fait tomber en arrière, assez violemment.

Son crâne ayant heurté le bitume chaud, il met un temps avant de se relever, et de se trouver nez à nez avec cinq soldats unysiens dans leurs uniformes couleur de sable. Soulagé, il ne retient pas le rire nerveux qui s'échappe de sa gorge.

« Bon sang... Des années que j'ai pas fait du sport comme ça ! Faites attention, messieurs, je n'ai pas pu éliminer le dernier de mes agresseurs, et il... »

Un coup de feu, tiré par le plus haut gradé du petit groupe, l'interrompt dans sa phrase ; se retournant immédiatement, il constate que l'Alolais saigne abondamment au niveau de la cuisse, et se laisse en conséquence tomber au sol, ne tenant plus sur ses jambes.

« Bien, on va s'occuper de le ramener à Jackson, soupire le tireur en rangeant son pistolet, s'approchant du blessé suivi de ses hommes. Le faire parler nous aidera sûrement à comprendre comment ils fonctionnent...
— Peine perdue », marmonne Eaton entre ses dents serrées.

L'autre hausse un sourcil intrigué, ne comprenant pas tout à fait le sens des paroles du marin.

« Quoi, vous voulez dire qu'il ne parle pas notre langue ? On a des interprètes au QG, ça ne...
— Non. Ce pauvre type n'en a même plus, de langue. Sectionnée. J'imagine qu'il a passé un petit moment avec le général Brighton, pour avoir fini comme ça... »

Ledit général Brighton, responsable de la direction des forces stationnées à Poni, est sans doute le militaire ayant la plus mauvaise réputation sur tout l'archipel ; certainement pas usurpée, par ailleurs.

Eaton, malgré sa loyauté pour la mère patrie, a toujours désapprouvé l'usage de méthodes violentes, et rien que de se retrouver dans la même pièce que ce haut-gradé lui donnerait sans doute des nausées.

« Brighton, hein ? souffle le chef de l'escouade. Bah, il l'a peut-être bien mérité, ce grand type. Qu'est-ce qu'on en fait, d'après vous, on le tue ici et maintenant ? »

Le marin laisse ses yeux gris se poser sur la silhouette avachie de l'autochtone, ses vêtements d'un bleu sombre tachés de rouge, rendu brunâtre sur le tissu foncé. Malgré l'absence de parole, le visage crispé est un traducteur tout à fait fidèle de la douleur contenue.

Il le sait, que s'il était à sa place, il aurait du mal à retenir des grognements, voire des cris ; une balle traversant la jambe, ce n'est pas rien. Ennemi ou pas, il se voit obligé de saluer la force et l'endurance de ce colosse muet.

« Il faut aller récupérer le magnézone de mon subordonné, si vous le pouvez... il a fini, euh, encastré dans un mur. »

Le leader des hommes en uniforme brun hoche la tête tranquillement, et envoie l'un de ses collègues chercher une voiture au quartier général. Pendant ce temps, l'un des subalternes scrute le bras gauche d'Eaton.

« Vous êtes blessé, capitaine ? Votre bras saigne... »

Le concerné baisse sa tête grisonnante en direction de son avant-bras, d'où s'échappe effectivement un filet de sang, provenant d'une fine et longue estafilade. Lorsque son regard se pose sur la blessure, il semble comme se rendre compte de sa présence.

« Rien de grave, y a juste à désinfecter... »

Il ne prête plus réellement attention à ce qui se passe autour de lui ; l'alcool désinfectant qui lui brûle la peau, le bandage enroulé du poignet jusqu'au coude, l'odeur infecte, rien n'a d'importance.

C'est la guerre à nouveau, et il s'en rend compte mieux que jamais en ayant échappé à la mort.


* * *

Les couloirs de l'hôtel Hano-Hano, inondés d'une forte lumière filtrant à travers les fins rideaux blancs, sont plus calmes que jamais ; et pour cause, le général Jackson est en train de les arpenter, mains derrière le dos, de son pas martial.

On se rend rarement compte de ce fait puisqu'il passe le plus clair de son temps assis, mais le leader du protectorat alolais est très grand — un bon mètre quatre vingt-dix au moins —, ainsi que très costaud, pouvant sans doute briser un poignet assez facilement avec une seule main. Personne ne se risquerait à vouloir tenter l'expérience.

Lissant pensivement sa moustache épaisse, il écoute le capitaine Eaton raconter son histoire avec attention. Celui-ci s'efforce de restituer cette mésaventure au mieux, tout en grattant frénétiquement son avant-bras bandé lui causant d'affreuses démangeaisons.

« En conclusion, termine le marin d'un air sombre, je préconise le renforcement des troupes en ville, une nouvelle agression est vite arrivée... Surtout qu'il vous manque d'autres de ces créatures légendaires, a priori. Bien sûr ce n'est pas de mon ressort, mais au point où on en est, toutes les suggestions valent la peine d'être prises...
— Je vous remercie, capitaine, mais il est inutile de faire mon travail à ma place. Des mesures seront prises, et vous n'avez en effet pas votre mot à dire. »

Le ton du chef est sec, sans appel ; même un officier de marine, qui ne travaille pas directement sous ses ordres, se doit de le comprendre. Le plus âgé produit un haussement d'épaules piteux.

« Bah ! C'est vous qui voyez, monsieur. Mais faites attention, quand même, ils savent être rusés.
— Votre rôle dans cette affaire n'est que minime, et vous le savez, officier. Vous n'étiez là que pour servir d'agent de liaison entre le duo d'aviateurs et moi, rien de plus. »

Bien qu'il en soit tout à fait conscient, l'homme de la mer se rembrunit tout de même ; il ne sait que trop bien l'opinion que Jackson a de lui, et un rappel à l'ordre lui semble superflu, d'autant plus qu'il s'agit d'une entaille dans son orgueil, bien plus douloureuse que celle de son bras, bénigne.

« Je tâcherai de m'en souvenir, monsieur. Ce sera tout ? »

La lueur peu rassurante au fond de l'œil du général traduit son mécontentement face à la défiance de l'autre, mais il choisit de rester silencieux ; s'énerver, en un pareil temps de crise, ne mènerait qu'à la division entre marine et armée terrestre, et ce n'est clairement pas ce dont Unys a besoin.

Serrant les poings avec vigueur, il laisse le capitaine s'éloigner, songeant qu'il ne perdrait pas grand chose à le faire congédier ; après tout, l'amirale Emerson en a bien d'autres, des subalternes compétents.

« Ce loup de mer vieillissant a fait son temps », grommelle-t-il en rebroussant chemin jusqu'à son imposant bureau.


* * *

Le cortège silencieux dessine une file colorée, quoique rendue assez terne par la poussière sablonneuse, sur les plaines blanchâtres du désert illuminé par le soleil. D'une humeur clémente, l'astre du jour tape moins fort qu'à l'accoutumée sur les voyageurs.

Weigall, profitant de la température légèrement plus basse qu'à l'accoutumée, en profite pour retirer sa casquette — encombrante, juge-t-il, et qui plus est maintenue dans un équilibre précaire.

Tenant précieusement sa paire de jumelles dans les mains, le jeune homme reste à l'affût ; après l'attaque surprise dans la matinée, il vaut mieux surveiller les alentours avec attention, rester constamment sur le pied de guerre.

Les quelques cinq soldats sans grade ne se soucient pas tout à fait de l'offensive essuyée, n'étant pas « dans la confidence » ; Snow, à juste titre, a préconisé de ne pas les affoler tout de suite, au risque de les voir s'enfuir sous le coup de la peur.

Bien que loyal vis à vis de sa patrie et ayant confiance en ses subordonnés, Macarthur n'a pu que l'approuver. Il le sait, que la loyauté est vite ébranlée par la crainte et le danger, aussi vaut-il mieux les laisser dans une relative ignorance pour le moment.

Pokéballs en main pour elle, fusil de précision à l'épaule pour lui, les deux officiers supérieurs restent aux aguets, et offrent un spectacle plutôt dissuasif. Tout Alolais connaît les talents de ces Unysiens dans leurs domaines respectifs.

Le médecin Martin Marlowe, restant à la hauteur de Weigall, duquel il apprécie manifestement la compagnie, affiche une mine maussade sur son visage d'ordinaire affable. Plus pâle que d'habitude, ses yeux cernés trahissent toute l'inquiétude qu'il éprouve à l'idée de faire face à de nouvelles difficultés.

« Pas la peine de vous inquiéter, Marl... Martin, soupire le blondinet, peu habitué à utiliser les prénoms d'autrui. Si nouvelle attaque il y a, les pokémons du colonel Snow s'en chargeront facilement.
— Et s'il y a plus de pokémons, hein ?
— Macarthur ne rate jamais — presque jamais — une cible, ça vous convainc ? »

Fatigué, le docteur passe une main fourbue sur son visage, et repousse des mèches brunes soulevées par la légère brise, presque imperceptible. Un mince sourire, teinté d'amertume, retrousse ses lèvres sèches.

« C'est pas pour eux que je m'inquiète, 'savez. Ils savent ce qu'ils font, s'ils sont pas morts en vingt ans de métier, c'est bien qu'ils sont assez forts pour survivre. C'est plus pour vous... »

Est haussé un sourcil blond, en même temps qu'est froncé l'autre. Les prunelles couleur émeraude pétillent d'une sorte d'amusement impossible à contenir ; le voilà d'ailleurs qui émet un ricanement, chose dont il n'a pas l'habitude.

Martin, intrigué, se contente de le dévisager avec une moue sceptique et la nette impression qu'on se moque de lui.

« Quoi, ça vous fait rire ? Mince alors...
— Oh, votre sollicitude est tout à votre honneur, mais... »

Il repart dans un éclat de rire, et un instant le docteur l'imagine la larme à l'œil, se tenant ses côtes douloureuses, et tombant du bourrinos sur lequel il est perché. Ce serait amusant, mais il espère que ça n'arrivera tout de même pas, pour le bien de la mission.

« Je crois que vous êtes le premier à vous inquiéter pour moi, Martin. Ouvertement et avec autant de maladresse, aussi... Vous êtes un chic type, et c'est pas souvent qu'on m'entend le dire. Pas toujours très fin, mais assurément un bon compagnon de conversation. »

Mi-amusé, mi-étonné, le concerné bat des paupières un instant, comme si ce geste anodin et résolument inutile lui permettrait de savoir comment réagir. Ce n'est évidemment pas le cas, aussi se satisfait-il d'un remerciement bredouillé.

Un sourire de Weigall lui répond, et ce dernier le quitte du regard, fixant les étendues devant lui ; avec des yeux de véritable conquérant, comme un petit roi du désert.

« Pas très fin... Ma foi, à côté d'un type comme lui, j'veux bien le croire... », songe le médecin en esquissant un demi-sourire.


* * *

Sitôt le campement provisoire installé, les trois officiers sont réunis sous la tente de Macarthur — la plus vaste, et donc plus pratique pour débattre à plusieurs.

Dehors, le soleil commence à décliner, baignant les étendues sableuses d'une douce lumière orangée ; avec l'astre, la température a également amorcé une descente bienvenue.

Avachi sur des coussins, faute de pouvoir s'offrir plus de luxe, le général salue ses subalternes lorsqu'ils entrent tous les deux dans sa « demeure » rudimentaire. Ils sont invités à s'asseoir en face du quadragénaire, qui se redresse, malgré son dos souffrant, afin de faire bonne figure.

« Bien, tournons pas autour du pot, on n'en a pas le temps. L'attaque de ce matin n'était certainement pas due au hasard ; on doit donc en déduire que les indépendantistes connaissaient notre position, à ce moment-là. Vu qu'ils utilisent des pokémons, et s'ils en ont de type psy, ça semble logique qu'ils puissent nous localiser. »

Conformément aux conseils avisés de Weigall, le grand brun a conservé avec soin la carte lui ayant été confiée. Une fois déroulée sur le large tapis servant de sol à la tente, les trois visages se penchent dessus pour l'examiner.

Le doigt poussiéreux du chef se promène un instant sur la surface soigneusement dessinée, jusqu'à trouver le point escompté ; leur position actuelle, située tout près d'une petite oasis où se ravitailler en eau pour garantir la survie.

« Là, c'est notre position. Mettons qu'ils utilisent encore leurs pokémons psy pour nous localiser cette nuit, et retenter une attaque demain ; s'ils parviennent à nous repérer, ça veut dire qu'il y en a certains d'entre eux dans un périmètre de... colonel Snow ?
— Deux kilomètres pour les créatures les plus puissantes, c'est le maximum de leur champ psychique.
— Très bien, alors si on dissémine d'autres pokémons psy pour brouiller, ou des pokémons ténèbres pour altérer la puissance de... »

Un léger raclement de gorge interrompt l'explication enrouée du général, qui dévisage le jeune blondinet, sourcils froncés, visiblement mécontent de cet arrêt impromptu.

Vicky, perchée sur l'épaule de son dresseur, observe elle aussi l'homme brun, d'un air mauvais ; prête à bondir au moindre signe de menace.

« Qu'est-ce qu'il y a, Weigall ? Si vous voulez intervenir, il suffit de le demander correctement à la fin de ma phrase. »

Le lieutenant, du bout du doigt, se gratte l'arcade sourcilière pour en déloger des grains de sable collés par la sueur, et émet un mince sourire en guise d'excuse.

« On n'a pas le temps pour les politesses, monsieur. Si vous me permettez... Votre idée comporte une faille — oh, je comprends, vous êtes fatigué et n'avez pas l'habitude du désert, c'est tout à fait normal.
— Hum... marmonne le concerné. Eh bien, dites-moi où je me trompe, tant qu'à faire. »

Elle aussi intriguée, Snow darde des prunelles attentives en direction du jeune homme ; depuis qu'elle l'a rencontré, elle va de surprise en surprise avec ce drôle de bonhomme.

Il est loin du simple trouble-fête qu'on dépeint au quartier général ; un trouble-fête, oui, mais qui se sert de sa tête comme il faut, et même mieux que la plupart des gens.

« Penser que le champ psychique d'un pokémon peut s'étendre jusqu'à deux kilomètres et réduire son efficacité... C'est négliger le fait qu'ils peuvent se servir de pokémons volants. Des cryptéros par exemple, ces créatures sont courantes dans les lieux désertiques et les vieilles ruines. Or donc, le champ psychique de ces pokémons est mobile, et ça, c'est un gros problème...
— Bon sang ! s'exclame Macarthur, se frappant le front de sa paume. Comment j'ai pu passer à côté de ça... »

Le général soupire, enroule de nouveau la grande carte, et la place dans ses bagages ; il est plus éreinté qu'il ne le pensait. Le colonel Snow, dans le même état, ne laisse rien paraître, mais ses paupières commencent à papillonner toutes seules.

« Bon, Weigall, transmettez un message aux autres ; qu'ils sortent leurs pokémons pour monter la garde, et que deux hommes restent debout à tour de rôle. Les méthodes traditionnelles fonctionnent aussi bien, voire mieux. On n'a que cette option là.
— Bien, monsieur. »

Discret et silencieux comme une ombre, le blondinet se faufile hors de la tente pour aller prêcher la bonne parole. De nouveau étendu sur les coussins, souffrant de son dos autant que d'une harassante fatigue, Macarthur exhale un long soupir, que la femme interprète comme un relent de détresse.

« Ce jeune Weigall est... impressionnant, ne peut-elle s'empêcher de faire remarquer. Fin stratège, et plus à même que tout le monde ici de survivre dans le désert, malgré ses airs chétifs. »

L'homme lui jette un regard en coin, une étincelle d'intérêt brillant dans ses prunelles bleues. Finalement, un mince sourire s'ajoute au tableau, illuminant un peu le visage poussiéreux et épuisé.

« On aurait du mal à se débrouiller sans guide, c'est sûr. Bah, je l'aime bien malgré tout, il sait nager à contre-courant et ne se laisse pas faire. La discipline n'est pas son fort, mais... »

Il s'interrompt, le temps de glisser une cigarette entre ses dents et de l'allumer.

« Je dois dire qu'il est prometteur, ce gamin. A peine trente ans, peut-être même pas, et le voilà guide jusqu'à notre potentielle victoire. »

Recrachant un nuage de fumée grisâtre, le général semble fixer un point invisible sur la toile brune de sa tente. La présence mystique du désert s'insinue par l'ouverture, remplissant la provisoire demeure.

« Ce petit marche sur une corde raide, mais il ne tient qu'à nous de la maintenir droite et sûre, conclut-il en se redressant, raccompagnant sa subalterne jusqu'à son propre logement de fortune. Faut bien qu'on serve à quelque chose. »

Sur cette phrase au goût amer, il s'éclipse en même temps que le soleil, laissant l'obscurité tout dévorer.