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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 29/07/2017 à 00:13
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:55

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre -16 : Tunnels
La capsule pneumatique de Will et Tia creva la couche nuageuse, et la ville basse s'offrit à leurs yeux. Assise sur la banquette, jambes croisées, la jeune femme plissa le nez en avisant la pluie qui ruisselait sur les immenses immeubles de béton. En un instant, tout ce qu'il y avait de plus vicié dans le système d'Omnia s'illustra à leurs yeux.

« Voilà pourquoi il faut le faire. » lâcha-t-elle simplement.

Will, debout près de la vitre, acquiesça en silence.

Après avoir passé plusieurs jours à passer de nombreux appels, Tia avait soudain déclaré avoir besoin de se rendre à la surface. L'ex-Elitien avait alors immédiatement compris que l'heure était venue pour les chefs de la Résistance de se réunir.

« Pourquoi est-ce que personne n'a fait de remarque là-haut ? demanda soudain Will tandis que leur capsule descendait à toute vitesse vers la surface.
- Comment ça ?
- Pourquoi aucun Elitien ne s'étonne jamais de voir la fille du Chancelier descendre à la surface ? »

Le détective se retourna vers l'intéressée. Tia souriait, jouant avec une cigarette éteinte entre ses doigts. Le tabagisme était interdit dans les capsules des points de passage, et à l'évidence, la jeune femme mourrait d'envie de fumer.

« Ah, vous n'étiez pas au courant ? Je subventionne des orphelinats à la surface. Je vais souvent leur rendre visite.
- Orphelinat, uh ? Sacrée couverture.
- Ça n'en était pas une au début. J'ai la chance d'avoir encore un de mes deux parents en vie, un parent riche qui plus est. J'essaye d'en faire profiter ceux qui n'ont pas cette chance.
- Et personne n'a jamais remarqué que vous descendez à la surface en prétendant voir cet orphelinat, mais que vous allez ailleurs ?
- Vous allez vite comprendre. » sourit Tia.

Leur capsule entra dans l'immense bloc de béton qui constituait la base du point de passage, et la cabine fut plongée dans le noir.

Quelques secondes plus tard, ils s'arrêtèrent dans une légère secousse, et les portes s'ouvrirent sur l'un de ces tunnels d'embarquement délabrés que Will empruntait jadis chaque jour. Avec un léger pincement au cœur, le détective se rendit compte qu'il n'avait pas quitté la ville haute depuis plus longtemps qu'il ne l'avait imaginé.

« Bien. Ne traînons pas. » lança Tia, prenant les devants.

Will lui emboîta le pas, vêtu de son habituel imperméable du siècle dernier. La fille du Chancelier, elle, portait une tenue assez semblable à celles qu'elle arborait d'habitude : jean et veste acajou de bonne facture, avec un sac à main assorti.

Le genre de tenue que n'importe quelle petite frappe prend comme une invitation à te coller un couteau sous le nez, grommela intérieurement Will.

Ils franchirent le tunnel, parvinrent dans le hall du bâtiment rempli de drones et d'Elitiens, puis sortirent dans la rue.

La pluie chaude et sale qui tombait dru arracha une grimace à Will, qui enfila son chapeau. Tia, elle, sortit un parapluie de son sac et alluma sa cigarette, s'arrêtant un instant pour observer les immenses immeubles qui s'élançaient vers le ciel.

Will se rapprocha de la jeune femme, vérifiant instinctivement que son holster était bien là.

« Par où, maintenant ? » demanda-t-il.

La fille du Chancelier tira sur sa cigarette, souriante.

« Rien ne presse. Vous ne voulez pas profiter de la vue ?
- Je passe par cette avenue tous les jours, rétorqua Will, impassible.
- Vraiment ? Et vous ne voyez aucun changement ? »

Le détective fronça les sourcils, tandis que Tia soufflait une nouvelle bouffée de fumée.

« Regardez bien. »

L'ex-Elitien grommela, pestant intérieurement contre le caractère lunatique de la jeune femme. Puis, méfiant, il reporta son attention sur les allées et venues autour d'eux.

L'avenue où ils venaient d'arriver était encadrée par deux trottoirs bondés de piétons qui se bousculaient pour échapper à la pluie. Au milieu, dans la rue, des voitures noires de crasse allaient et venaient, klaxonnant sans cesse. Au-dessus de leurs têtes, le ballet des drones publicitaires continuait sans fin.

Et puis, soudain, Will remarqua de petits détails. Les stigmates du chaos qui s'annonçait. Ici, une façade taguée d'un slogan anti-gouvernement. Là, une vitrine brisée, témoignant d'affrontements récents. Plus loin encore, une petite assemblée écoutait un homme perché sur une estrade qui hurlait son message à la foule sous l’œil noir de deux Elitiens, main sur le taser.

L'atmosphère était différente. Plus électrique.

« Vous voyez ? Les gens sont prêts. » sourit Tia.

Will acquiesça, silencieux. La fille du Chancelier écrasa alors sa cigarette sous le pied, et ils se mirent en route.

~*~
Lorsque Tia lui indiqua qu'ils descendaient à la prochaine station, Will arqua les sourcils, surpris.

Cela faisait une demie-heure qu'ils prenaient leur mal en patience dans une rame de métro bondée. Comme à chaque fois qu'il prenait les transports en commun à la surface, le détective réalisait à quel point la ville était surpeuplée. Les gens se pressaient les uns contre les autres, écrasés contre les parois, silencieux et entassés comme du bétail.

Par deux fois, Will avait repéré des regards louches se dirigeant sur Tia. Il n'était pas sûr que les individus qui lorgnaient sur la jeune femme l'avaient reconnue ; il était probable qu'il ne s'agisse là probablement que de pensées déplacées. La fille du Chancelier n'y faisait pas attention, mais Will commença à regretter amèrement de l'avoir laissée descendre à la surface.

Aussi fut-il soulagé quand leur rame s'arrêta et qu'ils descendirent sur les quais, imités par trois autres individus que l'ex-Elitien détailla par réflexe. Fort heureusement, les trois voyageurs se hâtèrent vers l'escalier menant à la surface, disparaissant de leur vue alors que le métro repartait.

« Bien. Dépêchons-nous. » lança alors Tia.

Et elle sauta du quai, atterrissant sur les rails. Will tressaillit.

« Mais qu'est-ce que vous faites ?
- C'est par là, fit-elle en désignant le tunnel par lequel ils étaient arrivés.
- Et que fait-on quand le prochain métro arrive ?
- C'est pour cela que je dis qu'il faut se dépêcher. Venez. »

Le détective descendit à sa suite, méfiant. Sans l'attendre, la jeune femme disparut dans l'obscurité du tunnel, et il dut presser le pas pour la rattraper.

« Plusieurs stations de métro ont été abandonnées il y a vingt ans, expliqua Tia. Ils les ont fermées quand…
- Quand les usines de la surface ont été délocalisées à Kanto, coupa Will. Je connais, oui. Repaires de gangs. J'ai fait plusieurs descentes dans ces tunnels, quand j'étais Elitien. Sauf qu'on coupait la circulation des rames.
- Ne vous en faites pas. Ce n'est pas loin. »

Ils se retrouvèrent bientôt dans l'obscurité la plus totale, et Tia se servit de son smartphone en guise de lampe-torche. Un silence absolu régnait dans le tunnel, seulement perturbé par les gouttes d'eau qui ruisselaient le long des parois couvertes de moisissure. L'état des infrastructures de métro de la surface laissait vraiment à désirer, dans certaines zones.

Soudain pris d'un doute, Will décrocha la Pokéball à sa ceinture et libéra Fenrir, qui apparut dans un éclair bleuté.

Dès qu'il fut sortit, l'Arcanin huma l'air et s'ébroua, visiblement satisfait d'avoir pu quitter sa prison. Avisant l'obscurité du tunnel, il cracha une petite flammèche qui s'éleva vers le plafond du tunnel avant de se dissiper, éclairement brièvement les alentours.

« Désolé, mon vieux, mais tu ne vas pas pouvoir rester dehors très longtemps. »

Le Pokémon Feu grogna, et Will lui flatta l'encolure, marchant à ses côtés.

« J'ai besoin que tu me dises si quelqu'un nous suit. Renifle. Tu sens quelque chose ? »

Fenrir ralentit le pas et leva le museau, sous l’œil attentif de Tia.

« Ceux qui sont descendus avec nous à la station sont remontés à la surface, objecta-t-elle.
- On n'est jamais trop prudent. »

L'Arcanin renifla plusieurs fois. Ses babines se rétractèrent, et il grogna doucement, si bas que seul Will pouvait l'entendre.

« Où ? murmura le détective en portant la main à son holster par réflexe. Derrière nous ? »

Fenrir le regarda de ses yeux brillants d'intelligence, puis leva la patte droite, désignant la pénombre qui s'étendait devant eux.

« Il a senti des gens devant nous, avertit Will à voix basse. Vous êtes attendue ?
- Ce sont les passeurs. Du calme. On ne risque rien. » répondit Tia, impassible.

Semblant comprendre, l'Arcanin cessa de grogner, puis ralentit le pas pour avancer à leur niveau. Will, méfiant, n'éloigna pas la main de son arme.

« Les passeurs ?
- Il y a tout un réseau de tunnels abandonnées et de boyaux cachés, sous la surface, expliqua Tia. La Résistance les a investis, notamment parce qu'ils sont assez labyrinthiques pour nous offrir une certaine… protection.
- Et c'est là qu'a lieu la réunion ?
- Oui. Les passeurs nous y emmèneront.
- Vous ne connaissez pas le chemin ? s'étonna Will.
- Le lieu change à chaque fois. Et j'obéis à la même règle que les autres membres de la Résistance.
- Le cloisonnement des informations.
- Exact. Presque aucun membre de notre groupe ne connaît plus d'une dizaine de ses confrères. Cela limite les risques de fuite en cas d'arrestation.
- Ça doit être beaucoup d'organisation.
- Ça l'est, mais c'est ce qui a empêché le gouvernement de nous débusquer jusqu'ici.
- Et donc personne ne sait combien vous êtes exactement ? Difficile d'organiser une révolution quand on ne connaît pas les moyens à sa disposition.
- J'ai dit presque aucun membre, Will, sourit Tia. Nous sommes arrivés. »

Le tunnel s'élargit soudain, et s'ouvrit sur des quais en tous points identiques à ceux de la station où ils avaient débarqué – à ceci près qu'ils étaient toujours plongés dans la pénombre.

A l'aide de la faible lumière de son smartphone, Tia grimpa sur les quais, rejointe par Will et Fenrir, qui humait l'air en grondant doucement.

« Du calme, vieux, murmura Will, qui sentait lui aussi la tension monter.
- Ils ne se montreront pas tant que Fenrir sera là, avertit Tia à voix haute.
- Vous êtes sûre de vous ?
- Je ne vous demande pas de leur faire confiance à eux. Je vous demande de me faire confiance à moi. Vous avez insisté pour m'accompagner, il va falloir vous plier aux règles. »

Le détective grimaça, puis capitula. Il n'avait pas le choix.

« Très bien. Désolé, Fenrir, mais il va falloir rentrer. » souffla Will en sortant sa Pokéball.

L'Arcanin lui jeta un regard éloquent, l'air de lui dire qu'il comptait sur lui pour ne pas faire de bêtise. Puis, l'éclair bleu jaillit, et le Pokémon disparut.

« Vous pouvez sortir, lança alors Tia. Vous savez que si nous n'étions pas des vôtres, il n'aurait jamais rappelé son Pokémon. Je... »

Sa voix fut interrompue par le vacarme assourdissant de la rame de métro qui surgit du tunnel derrière eux, passant à toute vitesse devant les quais. Will s'éloigna en hâte, médusé. Le timing était serré.

Lorsque le bruit fut retombé et que le dernier wagon disparut, le détective s'approcha de Tia, grommelant à voix basse.

« C'était trop juste.
- Vous nous avez fait perdre du temps, à demander à Fenrir de renifler, rétorqua-t-elle sur le même ton. Maintenant laissez-moi faire. »

Will ne répondit rien, tâchant de rester concentré, mâchoires crispées. Pourquoi étaient-ils seuls sur ce quai ? Où étaient les fameux passeurs ?

« Je sais que vous êtes là. Je dois être menée au Huitième.
- Il y a un protocole. » lança alors une voix masculine dans l'ombre.

Le détective se raidit, mais ne dégaina pas. Il tourna la tête vers l'origine de la voix, cherchant à discerner son propriétaire dans la pénombre. Sans succès.

« Ceux qui errent ne sont pas nécessairement perdus, déclama alors Tia d'un ton exaspéré.
- Et la route parcourue enseigne souvent plus que la destination, répondit alors la voix dans le noir.
- Un mot de passe ? souffla Will.
- Terriblement cliché et inutile, si vous voulez mon avis, murmura la fille du Chancelier. Une idée de Riviera. »

Des bruits de pas étouffés s'approchèrent, et trois silhouettes sombres furent bientôt distinguables dans la pénombre, bien que Will ne puisse voir leur visage.

« Et lui ? lança celui qui avait parlé en désignant le détective.
- Le Huitième est prévenu.
- Bien. Il va falloir nous donner la Pokéball.
- C'est hors de question, refusa immédiatement Will.
- Tout a été négocié avec vos supérieurs, passeur, affirma Tia d'une voix autoritaire. Il peut venir. Ne nous faites pas perdre notre temps.
- Si quelque chose se passe mal, c'est la responsabilité du Huitième qui est engagée, prévint l'homme.
- Je sais, soupira la fille du Chancelier. Maintenant bandez-nous les yeux, qu'on en finisse.
- Tournez-vous. »

Tia obéit sans hésiter, se retournant face aux quais.

« Ils vont nous passer une cagoule sur la tête, prévint-elle à l'attention du détective. Pour ne pas qu'on étudie le chemin. »

Will rechigna, puis finit par obtempérer, guère rassuré à l'idée d'exposer son dos à des inconnus.

Il sentit alors le contact du tissu sur son visage, et se retrouva dans l'obscurité totale.