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Magical Girl de Flageolaid



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» Auteur : Flageolaid - Voir le profil
» Créé le 12/03/2017 à 10:58
» Dernière mise à jour le 28/05/2017 à 10:53

» Mots-clés :   Aventure   Présence de personnages du jeu vidéo   Région inventée   Unys

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Ch 9 : Larcin
Puisque le seul bar de Janusia avait été anéanti quelques heures plus tôt durant l’affrontement entre la JLU et le MissingNo, Sofia Querilane ne risquait pas de prendre une cuite ce soir-là.
La magicienne jeta un œil à son GSM : l’écran affichait vingt heures et dix-huit minutes. Lasse d’attendre assise au milieu des gravas, elle commença à faire les cents pas, abîmant l’extrémité de ses baskets en tirant dans des cailloux. Mark, son Farfaduvet, et Aliénor, sa Goupelin, la regardaient en silence.
Après constat de la disparition de la statue, les autres Magical Girls, arrivées après Sofia, s’en étaient retournées à Méanville pour demander conseil à Inezia, puisque les bonnes idées ne sortaient que de sa bouche.

En ce qui la concernait, Sofia avait préféré faire appel à un ami, d’un genre un peu spécial.
Tendant l’oreille, la jeune femme perçut un vrombissement lointain qui se rapprochait à une vitesse effarante. Son visage s’éclaira d’un sourire tandis qu’elle se tournait en direction du bruit. Le faible éclat de la lune lui permit de distinguer un objet de petite taille lancé comme un boulet de canon à l’entrée de la ville.
La chose stoppa net à une dizaine de mètres de la magicienne, déclenchant un formidable déplacement d’air qui fit perdre l’équilibre à Sofia, pourtant habituée à ces arrivées fracassantes. S’il ne courait pas aussi vite que Flashcannon, Meowthian Manhunter dépassait toutefois n’importe quel bolide sur roues, juste en agitant ses petits petons.

Scott Vielker, le Miaouss masqué, tenait dans ses mains des cartons de pizza dont le fumet provoqua un concert de grognements ventraux. Il en offrit une à chacun, avant de s’asseoir sur un morceau d’immeuble pour dévorer goulûment la sienne.
Le superhéros portait les marques de ses combats contre Marvelscale et le MissingNo, sous formes d’égratignures et de pansements. Il ne s’inquiétait pas trop de son état physique, en règle générale une bonne nuit de sommeil le guérissait de plusieurs blessures mortelles. Même la fois où des rayons laser de la-mort-qui-tue avaient perforé ses poumons et son estomac, son séjour à l’hôpital n’avait duré que trois jours.

Depuis dix-huit mois environ, Sofia travaillait comme consultante dans le domaine de la magie auprès de la Justice League of Unova. De temps à autre, elle intervenait sur le terrain avec les membres de la JLU, en prenant le soin de ne pas se faire repérer par les autres Magical Girls. Elles ne le lui pardonneraient sans doute pas.
La jeune femme s’entendait particulièrement bien avec Scott, aussi un jour lui avait-elle avoué venir d’un pays magique situé quelque part dans les cieux du Pokémonde. Afin que l’improbable révélation passe mieux, elle s’empressa d’ajouter qu’un sort très puissant réduisait les dimensions de Rivustel à celle d’une pointe d’aiguille. Voilà qui expliquait pourquoi personne n’avait jamais remarqué la présence d’une région flottant à trois-quatre kilomètres du sol. Il aurait peut-être fallu le préciser dans le prologue, non ?

« J’ai fait quelques recherches en me servant du dispositif d’espionnage de la JLU, expliqua Scott entre deux parts de pizza. C’est dingue, même l’IA de la Ligue semble persuadée que c’est moi le traître ! Elle m’a surveillé jusqu’à ce que je trouve une piste.
- Qu’as-tu découvert ?
- Figure-toi qu’un semi-remorque a fait irruption à Janusia un quart d’heure avant ton arrivée.
- Alors c’est un vol comme je m’en doutais, mâchonna Sofia.
- Et bien organisé, en plus ! En deux temps, trois mouvements, tout était plié. Deux Mackogneurs ont chargé la statue dans le camion, sous la surveillance de bandits armés, avant de regagner le véhicule et déguerpir en vitesse.
- Tu connais leur destination ?
- Le semi-remorque est encore sur la route, mais il se dirige vers le sud d’Unys. J’ai donc une petite idée du nom de l’affreux responsable de ce larcin… »

Il faudrait songer à inventer un nouveau moyen de paraître mystérieux, parce que finir avec des points de suspension, cela devient lassant à la longue.



L’homme se tenait assis, attablé devant une assiette de spaghetti alla puttanesca. A chaque bouchée, il savourait le mélange des arômes de ce plat comme s’il y goûtait pour la première fois. Pourtant, en soixante-douze ans d’existence, Remigio Toreno en avait dévoré des assiettes de pâtes !
Le vieil homme mangeait tranquillement son dîner dans sa luxueuse villa, bâtie à la périphérie de Maillard. Depuis le fond de la pièce, un vinyle diffusait les chants déchirants de son opéra préféré La musique nourrissait les oreilles de Toreno, autant que les spaghetti nourrissaient sa bouche.
De temps à autre, il agitait sa fourchette, imitant le chef d’orchestre guidant ses musiciens. C’était une bonne soirée, le septuagénaire se sentait serein.

On ne pouvait pas dire la même chose du pauvre malheureux qui se trouvait face à lui, les rotules explosées, les cotes fêlées et le visage en sang. Il avait osé roulé Remigio « Ray » Toreno, le mafioso le plus cruel d’Unys, et en subissait les conséquences.
Les hommes de main du gangster, taillés en format de deux mètres sur deux, braquaient chacun un revolver en direction du félon roué de coups. Celui-ci leva un œil suppliant et demi en direction de Toreno.
Le mafioso était trapu. Gras même, au point que son menton et son cou avaient amorcé une fusion. Son visage, à la fois bouffi et ridé, n’était pas spécialement agréable à regarder, d’autant que les petits yeux noirs dépourvus de sourcils du mafioso conservaient une lueur meurtrière malgré le passage des années.
Puisque vous n’êtes pas à un cliché près, Ray Toreno parlait avec un accent italien (ou qu’importe le nom que donnera Game Freak à une région basée sur l’Italie, à condition que ce ne soit pas un nom de truc qui se mange, parce que personne n’a envie de capturer les Pokémon qui vivent à Tiramisu ou Pannacotta et en plus, les desserts italiens sont dégueulasses).

« Tou vois, Gino, jé né comprends pas ton obstination à mé cacher lé nom dé ton complice, dit le mafioso d’une voix abîmée par la cigarette. Régardé-toi, tou es plou mal en point qué oune Pokémon avé oune PV !
- Hun… chuis pas… une balance…
- Jé sais bien qué tou tiens à ton honneur, ma tou né veux quand même pas dé la tortoure, si ?
- Hein ? Torture ?
- Si, il supplizio. Jé dis à Vincenzo, mio figlio, dé mé raméner des pinces Crocrodile et ouné battérie, per esempio, et tou mé dira tout cé qué jé veux entendre, expliqua Toreno en remuant son ballon de Lambrusco. »

Au début de sa carrière, Ray Toreno ne proférait pas de menaces, il les mettait directement à exécution. Et cela fonctionnait plutôt bien. Mais avec les années, sa réputation de gangster impitoyable s’était quasiment changée en légende urbaine, aussi le mafioso n’avait presque plus besoin de se salir les mains pour obtenir ce qu’il désirait.
Parfois un regard meurtrier suffisait. Le plus souvent, il fallait que ses hommes de main jouent des biceps. Et de temps en temps, avec les plus coriaces, Toreno se sentait obligé de lâcher une petite menace pour les intimider. La preuve en image : Gino balança le nom et l’adresse de son complice avant de se mettre à pleurer.
D’un geste las, le mafioso ordonna à ses hommes de faire sécher à la cave le pauvre malheureux qui couinait. Ray s’ennuyait. Son dernier interrogatoire brutal remontait à quatorze ans, il en gardait un excellent souvenir : trois heures passées à questionner un Topdresseur récalcitrant à la perceuse électrique. L’éclate totale !

Un homme bâti comme un Golemastoc entra dans la pièce. Ce tueur était vêtu d’un costard valant beaucoup plus cher que votre voiture (ou celle de vos parents). Sans un mot, il alla se planter à la droite de Remigio et attendit les ordres. Le mafioso lui tendit un papier plié en quatre.

« Arnaldo, mio figlio, tou té rends à cette adresse et tou dis buona sera au stronzo qui s’y cache. Tou t’amouses oune poco avé lui et tou lé ramènes à la Ray casa.
- Ce serait fait, patron.
- Tou as compris ? Ray casa, c’était ouné blague.
- C’était très drôle, patron, répondit l’impassible assassin. »

Toreno termina son assiette de spaghetti, laissant ses hommes vaquer à leurs basses besognes. Il se pressa quelque peu, ne tenant pas à faire attendre son invité qui patientait depuis un bon quart d’heure dans le petit salon à l’étage.
Il prit l’ascenseur, car à son âge, avec une telle masse pondérale et les cicatrices de plusieurs blessures par balles, monter les escaliers devenait pénible.

Quand Remigio pénétra enfin dans la pièce, son invité lui tournait le dos, admirant la vue sublime sur le jardin éclairé par la lune qu’offrait l’immense et onéreuse baie vitrée. L’homme mesurait un mètre quatre-vingt environ, avec des cheveux poivre et sel coupés très court. Il se retourna, Ray Toreno vit son ancien protégé et ami, ce qu’il avait de plus proche d’un fils : Giovanni !
Si cette histoire était une sitcom (mine de rien, on s’en approche), vous auriez entendu des applaudissements et des hourras en arrière-fond sonore lorsque Giovanni, ce parangon de virilité et d’élégance, fit face à la caméra l’air de dire : « Oui, c’est bien moi, et alors ? » tout en ayant accepté un chèque d’un montant indécent pour apparaître à l’écran.
A la place, vous vous contenterez de vos petits cris hystériques à peine retenus de fanboy/fangirl.
Les deux hommes s’empoignèrent vigoureusement la main, avant d’entamer une brève, mais affective étreinte, tels un père et un fils qui se retrouvent après de longues années.

« Giovanni, mio figlio, quel plaisir dé té revoir ! Ma, tou aurais pou donner des nouvelles, j’ai crou qué tou étais mort depouis lé temps !
- Il en faut bien plus pour me tuer, vous le savez bien, Ray ! sourit Giovanni. J’ai passé quelques années loin des regards pour retrouver la flamme qui m’animait autrefois.
- Alors, tou es dé rétour pour jouer oune mauvais tour ?
- Exactement ! Je vais rebâtir la Team Rocket ! s’exclama l’ancien champion de Jadielle en serrant les poings. Mon avion ne décollera que demain, aussi je suis venu vous présenter mes respects.
- Tou as bien choisi ton moment per révénir. Cé policier, Beladonis, il chasse des oultra-créatoures à Alola, il né viendra pas té causer des problèmes.
- Les FPI ne m’empêcheront pas de revenir sur le devant de la scène. Par contre, j’ai davantage à craindre de jeunes dresseurs isolés, mus par un zèle aberrant. Mais assez parlé de moi, qu’en est-il de vos projets, Ray ? »

Bien qu’il usât du pluriel, Giovanni songeait à l’unique et obsédant projet de son ancien mentor. Celui-ci répondit par un sourire énigmatique.
De par ses activités criminelles, Toreno pouvait passer pour un indécrottable matérialiste, avide d’argent et de possessions. Pourtant, depuis bientôt vingt-cinq ans, le mafioso se livrait à une quête chimérique : trouver le pays magique !
Le septuagénaire semblait intimement convaincu qu’il existait un monde de magie tout proche du Pokémonde et allouait une partie de ses richesses mal acquises à la recherche de cet endroit mystérieux. On parle bien sûr de Rivustel, au cas où vos deux neurones éprouveraient des difficultés à former une liaison synaptique.

Malgré ce côté rêve d’enfant de retrouver le pays enchanté, les objectifs de Ray Toreno étaient clairs une fois sur place : tuer, piller, kidnapper, éventuellement torturer, détruire, s’emparer de la magie et, à la fin, tout cramer.
Constituait-il une menace ainsi que le prétend le pseudo-cliffhanger mollement putassier du chapitre précédent ? Mouais. Disons qu’on trouvait suffisamment d’individus instables et dangereux à Rivustel (dont Lymnesine) pour noyer le mafioso dans la masse des menaces potentielles.

Le vieux gangster conduisit son ancien protégé au second sous-sol où il entassait tous les artefacts magiques sur lesquels il avait réussi à mettre la main au cours des deux dernières décennies.
La pièce maîtresse de sa collection venait d’arriver par camion. Il s’agissait de la statue d’Ossatueur tombée à Janusia dans la matinée. Ses Mackogneurs l’avaient installé au fond de la pièce, face à l’entrée. Toreno l’admirait en vrai pour la première fois. Il fut subjugué par l’antique sculpture qui, selon lui, prouvait de façon indiscutable l’existence d’un pays magique.
Bien plus sceptique, d’autant qu’il n’était pas calé en histoire de l’art et qu’il s’en foutait royalement de la magie, Giovanni se contenta de lever un sourcil.
Toreno s’apprêtait à dire quelque chose de profond sur le sens de la vie, quand un de ses sbires pénétra dans la pièce, l’air contrarié :

« Patron, nous avons de la visite !
- Matteo, mio figlio, tou té rends compte qué tou m’a presque coupé la parola ?
- Désolé patron, mais des intrus ont pénétré dans le périmètre de la villa. Une fille et des Pokémons. On a reconnu Meowthian Manhunter dans la bande.
- Qui donc ? s’enquit Govanni.
- Ma voyons, mio figlio, tou as vécou dans ouné grotte pendant tout cé temps ? C’est oune membre dé la Djièlou, oune djousticier d’Ounova ! »

En effet, s’approchant très discrètement de la villa, filmés par six caméras haute définition à vision nocturne, Sofia, Scott et Mark se lançaient dans une mission de récupération de la statue.



Pendant ce temps, à Rivustel, la soirée se poursuivait joyeusement. La pluie avait cessé, mais le fond de l’air restait humide.
A l’arrière du Saoulgaleo se trouvait un bosquet un peu sinistre qui servait de WC pour les clients les plus torchés du bar. Une voix jaillissait d’un des buissons, chantonnant ceci :

« Pissant toute la nuit
Il boit un verre de whisky
Il boit un verre de vodka
Il boit un verre de bière blonde
Il boit un verre de cidre
Je suis assommé
Mais je me relève encore
Vous ne pourrez jamais me garder à terre ! »

Bientôt, une Lymnesine toute pompette se releva. Elle quitta le buisson dans un bruit de chasse d’eau, dû à un sortilège élémentaire que la jeune mage lança inconsciemment.
Elle avança d’une démarche mal assurée jusqu’à un de ses compagnons de beuverie qui se tenait debout face à un arbre. L’ivrogne tenait fermement le bout de sa ceinture devant lui en la pointant vers le sol, tandis qu’une tâche humide s’étendait au niveau de son entrejambe.
Lymnie se surprit à sourire. Elle était encore suffisamment lucide pour saisir le caractère comique de la situation. Il fallait remédier à se problème sans tarder. L’adolescente songeait déjà à s’avaler une pinte d’un trait, quand Jean-Bobby fit son apparition, quittant le bar sur ses genoux.

« Lymnie ! beugla-t-il d’une voix tellement pâteuse qu’il serait impossible de retranscrire le son exact qui sortit de sa bouche.
- Ouais, c’est moi !
- Lymnie, c’est toi ?
- Beuh, j’viens t’d’l’dire !
- Il faut que je pote une de nos présentes, c’est euh véritable artiste ! s’exclama le Lucario en penchant dangereusement vers la droite.
- Trop cool ! J’adooooooore l’art !!!
- Ben allons-y ! »

Les deux poivrots s’éloignèrent alors du bar, bras dessus, bras dessous, en zigzagant. Lymnesine sourit bêtement et répéta qu’elle adorait l’art durant tout le trajet. Ils firent une courte pause afin que Jean-Bobby puisse vomir, puis reprirent la route en direction de l’atelier de cette fameuse artiste.
Cette soirée ne restera pas sans conséquence pour l’adolescente.

Il est rappelé aux aimables lecteurs que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Et que le vomi est chiant à nettoyer, donc consommez avec modération !