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Après la fin de Cyrlight



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Informations

» Auteur : Cyrlight - Voir le profil
» Créé le 15/02/2017 à 11:31
» Dernière mise à jour le 15/02/2017 à 11:35

» Mots-clés :   Action   Drame   Fantastique   Mythologie   Suspense

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Chapitre 6 : Mieux que nous
« Tu feras ta vie, tu feras mieux qu'elle
Tu feras mieux que nous »


Mieux que nous - M. Pokora et Soprano



- Mon cousin est Ranger chercheur à Automnelle, révéla Florent. Il s'est chargé de l'autopsie lorsque le corps lui a été amené. Pour identifier la victime, il a fait quelques prélèvements ADN sur sa dépouille, ce qui lui a permis d'obtenir son nom, ainsi que son identité. Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ?
- Pourquoi l'aurais-je fait ? Je n'ai rien à dire.

Marion froissa en boule l'article de presse et le jeta dans la cheminée, où le feu commençait à faiblir, car personne ne l'avait alimenté depuis un petit moment. Elle inspira profondément. Elle devait reprendre le contrôle de ses émotions, ce qui n'était pas simple, comme à chaque fois que son passé l'éclaboussait au visage.

Manuela... Elle était morte. Après que le glyphe vol eut passé tant d'années à le souhaiter, cet événement survenait enfin. Elle avait longtemps cru qu'elle s'en réjouirait ou, qu'à défaut, elle aurait eu le sentiment que justice venait d'être rendue, or elle n'éprouvait strictement rien.

- Si le cadavre a été identifié, pourquoi aucun nom n'apparaît dans cet article ? demanda-t-elle.
- Les tests n'avaient pas encore été effectués, à ce moment-là. Il y a trop de morts et pas assez de Rangers pour localiser toutes les familles. Dès que mon cousin a compris, il m'a immédiatement contacté. Je suppose qu'il n'a pas osé s'adresser directement à toi.
- Pourquoi ?
- Peut-être pour que je te ménage. Il sait que je suis probablement la personne la plus proche de toi, sur cette île, et il m'a expliqué toute la vérité. Que cette femme était ta mère.
- C'est tout ? Rien d'autre ? interrogea froidement Marion, les sourcils froncés.
- Si. Il a enquêté un peu sur elle et il a découvert qu'elle était mariée à un dénommé Fabio Cortez. Apparemment, cet homme n'a pas toujours eu des activités bien louables et a même été recherché pour meurtre. Son corps a finalement été découvert sans vie, précipité du haut des falaises d'Automnelle.

La Ranger ne releva pas. Elle avait réussi à recouvrer une expression impassible, quoique toujours très blême. Elle devait faire appel à toute sa concentration pour ne pas laisser l'angoisse prendre possession de son être. Le jour qu'elle avait tant redouté était arrivé : celui où quelqu'un fouillerait son enfance.

- J'aurais pu croire à un accident si sa mort ne remontait pas à la période exacte où nous nous étions lancés sur la piste de ce Grahyèna sanguinaire qui terrorisait la cité. Tu t'es aventurée seule dans les hauteurs, à cette époque, n'est-ce pas ?
- Ne tourne pas autour du pot, Florent. Je sais parfaitement où tu as l'intention d'en venir, alors pose-moi ta question directement. Ça nous fera gagner du temps à l'un comme à l'autre.
- Très bien. Es-tu impliquée, d'une quelconque façon, dans le décès de ce sordide individu ?

Il avait murmuré cette interrogation à voix basse, de façon à ce qu'aucune personne étrangère à leur conversation ne puisse l'entendre. Marion hésita à répondre. Elle savait qu'elle risquait sa carrière. Les Rangers se devaient d'être irréprochables, dépourvus du moindre point sombre dans leur dossier, raison pour laquelle elle avait toujours dissimulé avec soin sa famille, qui l'aurait sérieusement entaché.

- Je peux tout t'expliquer, mais pour ça, il faudrait que je commence du début et ça peut prendre un temps considérable, or nous n'en avons pas. Je dois retourner sur le terrain. Quant à toi, tu n'aurais même pas dû déserter ton poste à Printiville pour venir me parler. Je te promets de te raconter la vérité une fois que nous en aurons terminé avec cette tempête, mais...
- Marion ! l'interrompit Florent. Je veux savoir maintenant.
- Maintenant ou plus tard... Qu'est-ce que ça change ?
- J'ai toujours eu confiance en toi jusqu'à présent, sauf lors de cette fameuse mission à Automnelle, il y a dix ans, où ton comportement m'a interpelé. J'ai vite laissé cet épisode derrière moi car il ne s'est jamais répété, mais aujourd'hui, je m'aperçois que tout est lié. Donne-moi une bonne raison, une seule, de faire ce que j'ai l'intention de faire.
- Et de quoi s'agit-il ?
- Étouffer cette histoire. Dis-moi que tu n'as rien à voir avec la mort de Fabio Cortez. Que tu es la Ranger digne et honnête que je crois connaître depuis toujours.

Marion ouvrit la bouche, puis la referma sans avoir prononcé un mot. Ses yeux se perdirent sur la danse languissante des flammes dans l'âtre incandescent, qui se reflétait dans ses prunelles brunes.

- Non, murmura-t-elle enfin.
- Comment ça, non ?
- Non, je ne peux pas tenir ces propos que tu souhaites entendre. Je suis désolée, mais en effet, je ne suis pas cette Ranger-là. Et oui, je suis liée à la mort de Fabio Cortez.

Elle n'avait pas repris son souffle au moment de s'exprimer et elle acheva sa phrase légèrement haletante. Elle jaugea Florent du retard, qui ne cilla pas. Lui aussi la scrutait avec insistance, comme s'il avait peine à réaliser ce qu'elle venait de dire. Marion ne tremblait plus, elle avait recouvré son sang-froid, et ce fut avec son flegme habituel qu'elle tourna les talons en lâchant :

- Tu sais, désormais. Si tu tiens à me faire radier de la FSR, fais-le. J'espère seulement pour toi que tu n'auras jamais à le regretter.

Elle allait s'éloigner en direction de la porte qui conduisait hors de la Base de Bourg-l'Hiver quand Florent la rattrapa par le poignet. Il plongea ses iris sombres dans les siens, tenta vainement de les sonder, puis déclara tout bas :

- Je sais surtout qu'il y a autre chose. Quelque chose que tu ne veux pas me dire. Qu'est-ce qui te gêne autant pour que tu sois prête à perdre ton poste plutôt que de m'en parler ?
- La honte, c'est exactement comme le sang que l'on a sur les mains. On ne s'en défait jamais vraiment.
- Que s'est-il passé, Marion ? insista son collègue. Dis-le-moi. Confie-moi ce qui semble te troubler une seule fois, ensuite je te promets que nous n'aborderons plus ce sujet si tu n'y tiens pas. Je veux juste comprendre. Tu es secrète, discrète et renfermée. Je te connais depuis des années, or je m'aperçois aujourd'hui plus que jamais que j'ignore absolument tout de toi. Partage avec moi ce que tu caches. Je t'en prie.

Le glyphe vol croisa ses bras sur sa poitrine, après s'être dégagée de l'emprise de Florent. Sa respiration s'accéléra, comme en témoignaient ses épaules qui s'élevaient et s'affaissaient à un rythme plus rapide qu'à l'accoutumée.

- Personne ne sait et personne ne doit jamais savoir, finit-elle par lâcher.
- Je t'en donne ma parole.

Après s'être assurée que personne ne risquait de surprendre leur conversation, Marion entama son récit. Raconter son histoire fut particulièrement pénible pour elle, qui avait toujours refusé de la partager avec quiconque. Même la Confrérie ignorait tout de sa vie privée, ce qui accentuait davantage la distance et la froideur qu'elle imposait entre elle et les gens qui l'entouraient.

Elle révéla à Florent tout ce qu'il voulait savoir. La mort de son père quand elle avait six ans, le remariage de Manuela Vanelli deux années plus tard, les coups et les blessures que lui avait infligé Fabio Cortez sous le regard presque indifférent de sa mère... Elle n'omit aucun détail, jusqu'à son face à face avec son beau-père dans les hauteurs d'Automnelle.

- C'est Grahyèna qui l'a poussé juste avant que vous n'arriviez, sans quoi il m'aurait tuée, conclut-elle. Et si la situation avait été différente, si j'avais eu l'ascendant sur lui au bord de cette falaise... Oui, je l'aurais fait. Je suis certaine que je l'aurais fait.
- Comment es-tu parvenue à supporter un tel fardeau pendant tout ce temps ? s'enquit Florent une fois sa narration achevée. Pourquoi n'as-tu jamais rien dit ?
- Que pouvais-je espérer, sinon que l'on me plaigne ? Le mal était fait. On ne guérit pas des lésions qui sont en nous. Mes os se sont réparés, mes plaies ont cicatrisé, mais mon âme, elle, ne sera pas ce qu'elle aurait pu être s'il en avait été autrement. Je me méfie sans cesse des gens, je ne me sens vraiment à mon aise que lorsque je suis seule.
- C'est pour ça que tu as toujours refusé toute histoire sérieuse entre nous ?

Marion acquiesça d'un hochement de tête. Même avec la Confrérie, ses liens étaient distants et, à l'exception de Chloé, elle était incapable de considérer ses anciens confrères et consoeurs comme des amis. Pour elle, en dépit de tout ce qu'ils avaient traversé ensemble, ils étaient des collègues, au même titre que les Rangers qu'elle fréquentait au quotidien.

Le fait qu'elle soit leur chef ne changeait rien à son point de vue. Elle se contentait de s'astreindre, à sa tâche sans laisser ses émotions interférer dans son rôle ou dans son travail. C'était pour cette raison qu'elle parvenait à le réaliser aussi bien. Seule sa confrontation avec Fabio avait réussi à entamer sa carapace.

- Regarde-moi... chuchota Florent en prenant le visage de Marion entre ses mains. Tu n'as pas à avoir honte de toi ou de ton passé. Au contraire. Même si tu as payé le prix fort, tu as réussi à te relever. Tu es devenue une brillante Ranger en chef, certainement la meilleure de Fiore. Tu n'es pas ta mère. Tu feras mieux qu'elle. Tu fais déjà mieux qu'elle au quotidien. Tu prends soin des gens, tu leur tends cette main que l'on ne t'a jamais offerte. Tu devrais être fière de toi. Et si tu ne peux pas l'être de ton passé, sois-le de ton présent, et même de ton avenir, car il s'annonce tout aussi exceptionnel que ta carrière.

Marion se força à esquisser un sourire. Elle savait à quoi il faisait référence. Viconti, chef des Rangers sauveteurs, le poste le plus élevé de sa section, s'apprêtait à prendre prochainement sa retraite et tout portait à croire qu'il la désignerait le moment venu pour lui succéder. Il lui avait d'ailleurs fait quelques allusions qui la poussaient elle-même à croire les rumeurs à ce sujet.

- Ce ne sont encore que des suppositions, éluda-t-elle.
- Il faudrait que Viconti soit fou pour choisir quelqu'un d'autre que toi.

Les lèvres de la Ranger se pincèrent. Elle n'était même pas sûre de souhaiter cette promotion. Si elle l'obtenait, elle distribuerait les missions, mais elle n'aurait plus de raison de sortir sur le terrain. Évidemment, il s'agissait d'une prestigieuse opportunité qui ne se refusait normalement pas, mais elle n'avait pas pour autant envie de renoncer à cet emploi qui était encore le sien.

Elle portait un glyphe, elle avait été sélectionnée par Némésis pour veiller sur l'espèce humaine, ainsi que sur les pokémon. À travers sa profession, elle avait l'impression de respecter autant son rôle qu'en oeuvrant aux côtés du reste de la Confrérie. Assise derrière un bureau, à déléguer sa tâche, tout serait différent.

- Nous n'en sommes pas là, rappela-t-elle. Et il nous reste encore du pain sur la planche.
- Tu as raison. Allons-y.

Marion débrancha son Capstick dont la batterie était désormais rechargée et le glissa à sa ceinture. Florent vérifia les paramètres du sien, puis ils quittèrent ensemble la Base de Bourg-l'Hiver pour se remettre au travail. Fiore avait besoin d'eux et, surtout, elle pouvait compter sur eux.