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Magical Girl de Flageolaid



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Informations

» Auteur : Flageolaid - Voir le profil
» Créé le 30/01/2017 à 15:39
» Dernière mise à jour le 03/05/2017 à 17:36

» Mots-clés :   Aventure   Présence de personnages du jeu vidéo   Région inventée   Unys

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Ch 3 : Dernier Recours
Quoi de mieux qu’un soir pluvieux pour sublimer le côté dramatique de la scène ? songea le sous-directeur.
Lassé de faire les cents pas devant son bureau, Fulbert Cassoulaid décida de s’asseoir quelques instants. A cinquante-six ans, il conservait un dégoût profond de toute activité physique ou sportive, hérité de ses années d’étude. Même marcher dans son office pour évacuer le stress lui donnait envie de vomir.
Epongeant son crâne dégarni, il réfléchissait à une autre occupation pour évacuer ses angoisses. Il saisit un livre sur son bureau et se mit à tourner les pages une à une, sans les regarder. Il s’attarda plutôt sur le geste mécanique de son bras, répétitif, hypnotisant.
Voilà, c’est bien, ne pas penser à l’hypothétique future catastrophe plausible et déplaisante !

Il ne put s’en empêcher ; une vision de Rivustel en flammes traversa fugacement son esprit. Cassoulaid bondit sur ses pieds, les dents serrées, maudissant intérieurement le destin de lui donner un rôle dans le drame à venir.
D’ailleurs, il n’en revenait toujours pas d’être réduit à quémander l’aide de cette mocheté mal dégrossie de Lymnesine pour sauver le pays ! Tout l’écœurait chez cette fille : sa nonchalance, son physique, sa façon de parler et d’agir, même ses Pokémons !
Décidément indigne de la fonction sacrée de Magical Girl, elle ne méritait que le mépris ! Dommage, il ne restait qu’elle de disponible pour cette mission.

Des bruits de pas dans le couloir ramenèrent Fulbert Cassoulaid à la réalité. Il s’assit à son bureau et fit mine de travailler, rassemblant divers documents devant lui.
Levant les yeux, il vit trois silhouettes trempées et mécontentes entrer dans l’office. Urvan ouvrait la marche, les mains dans le dos, comme d’habitude. Puis venait Gottfried, faisant craquer les articulations de ses doigts avec une expression féroce sur le visage. Enfin, l’adolescente suivait, les mains enfoncées dans les poches de son falzar dégueulasse.
Elle avait déjà renié tout ce qui faisait l’essence des Magical Girls (de beaux cheveux longs, le port de la jupe, la pureté juvénile), ce qui fit grincer des dents le sous-directeur. Elle s’assit face à Cassoulaid, sans lui demander la permission et posa ses bottes maculées de boue sur son bureau en chêne massif.

« Vous voulez quoi ? fit Lymnesine, l’air boudeur.
- Ôtez vos pieds de là immédiatement ! »

Le sous-directeur lança un regard assassin à l’adolescente. Cette dernière s’exécuta en maugréant un juron à connotation scatologique. Debout derrière le quinquagénaire, Urvan fronça les yeux, comme pour intimer à la jeune fille de respecter les règles de bienséance. En vain.

« C’est quoi cette connerie de situation critique ? mâcha Lymnesine.
- Connaissez-vous l’ultimage de l’hiver ? interrogea Cassoulaid.
- Qui ça ?
- Casus Belli, bon sang ! s’emporta l’homme grisonnant.
- Ah, ouais. C’est une raclure, pas vrai ? »

Le sous-directeur se massa les tempes, agacé par le comportement disgracieux de l’adolescente.
A Rivustel, il existait cinq mages, élus à vie, chargés d’arbitrer les conflits liés à la magie. On les appelait les ultimages. Il y en avait un pour chaque extrémité de la croix que formait Rivustel. Quant au dernier, il opérait dans la capitale, au centre du pays. Proche du Roy, il était sans conteste le mage le plus respecté de tout Rivustel.
L’ultimage de la partie hivernale du pays jouissait d’une bien triste réputation. Farouche opposant à l’autorité royale, il multipliait les magouilles pour asseoir sa domination sur Rivustel, comme tout méchant qui se respecte un tantinet.
Cassoulaid reprit :

« Casus Belli, dit l’Effronté, a plusieurs fois manifesté des ambitions conquérantes. Ce machiavélique personnage use et abuse de ses talents de manipulateur, illusionniste et maître-chanteur pour renverser le pouvoir.
- En quoi sommes-nous concernés ? l’interrompit sèchement Gottfried.
- Plus tôt dans la soirée, le serviteur d’un de mes vieux amis m’a apporté de mauvaises nouvelles. Son maître, capturé par Casus en personne, a découvert un complot visant à faire tomber la capitale. J’ai besoin de quelqu’un pour avertir le Roy.
- Pourquoi nous ? fit Lymnesine en haussant les épaules. Vous n’avez qu’à bouger votre derche jusqu’à Kezerkastel, si c’est si urgent !
- Un peu de respect, Hesperides ! beugla le Groret. Le sous-directeur doit assister à la cérémonie sacrée des Magical Girls !
- Quelle bonne excuse, souffla le Fouinar argenté. Et si on envoyait Urvan ? »

Le surveillant déglutit. Il savait que le sous-directeur pouvait le contraindre à prendre part à cette mission périlleuse. C’était un connard, après tout.

« Tous les membres du personnel du collège doivent assister à la cérémonie sacrée, c’est la règle, expliqua Cassoulaid avec lassitude. Vous ne semblez pas comprendre que tous les mages, nobles et héros locaux assistent à ce rite de passage ! Et puis…
- Et puis ?
- Il y a un traître qui aide Casus Belli, dévoila le quinquagénaire. C’est le messager de mon ami qui me l’a dit.
- Et le messager ? Il ne peut pas aller voir le Roy ? questionna Lymnesine.
- Les sbires de Casus Belli l’ont sévèrement amoché. Il est mort de ses blessures juste après m’avoir divulgué ces informations. D’ailleurs…
- Quoi encore ?
- Si vous pouviez nous débarrasser du cadavre avant de partir, ce serait vraiment sympa, intervint Urvan. Ni le sous-directeur, ni moi n’avons envie de toucher un macchabée. En plus la cérémonie va bientôt débuter. »

Croyant halluciner, Lymnesine fixa les visages de malfaiteur de l’homme et du Pokémon qui se tenaient devant elle. Ils cachaient leur gêne derrière un masque de gravité. Demander à une ado d’aller enterrer un mort, quel toupet !
A côté d’elle, Gottfried bouillonnait au fond de son siège. Dans un effort surhumain pour conserver son calme, il se fendit d’un sourire et d’une voix presque mielleuse :

« Donc, que je résume. Ce matin, nous n’étions que des déchets, elle la pire Magical Girl de tous les temps, moi, je cite, un « vieux Fouinar décrépi, d’une banalité affligeante, incapable de lancer la moindre attaque ». Et soudain, sous prétexte que personne d’autre ne daigne écourter un divertissement « sacré » de soixante-douze heures, nous devenons le dernier espoir de Rivustel. Quel retournement de situation, n’est-ce pas ?
- Je vous trouve bien rancunier, fit Cassoulaid en se raclant la gorge. Et impie. Qualifier la cérémonie des Magical Girls de divertissement…
- A part mater des mineures à moitié à poil, vous faites quoi d’autre pendant ces trois jours ? lança Lymnie, acerbe.
- Surveillez votre langage, Hesperides ! gronda Urvan. »

L’adolescente fit violemment craquer sa nuque, d’un geste sec et imprévisible. Le sous-directeur et le surveillant en frissonnèrent, mais gardèrent leur contenance. Un désagréable sourire éclaira le visage de la jeune fille.

« Admettons que j’accepte, je gagne quoi à la fin de la mission ?
- Euh…
- Mauvaise réponse. Je veux un séjour dans le Pokémonde !
- Accordé ! »

Trop contents de voir cette faveur acceptée, Lymnesine et Gottfried ne remarquèrent pas que le sous-directeur croisait les doigts, les jambes, les orteils, les rares cheveux qui lui restaient et s’il avait eu deux langues, il les aurait croisées également.
Cassoulaid sortit une enveloppe cachetée d’un tiroir. Elle contenait une lettre pour le Roy détaillant les méfaits de l’infâme Casus Belli. Il la donna à l’ado en lui faisant jurer de ne pas crier sur tous les toits qu’elle était en mission pour lui.
A contrecœur, il lui tendit également un anneau cuivré marqué des armoiries du collège Helen Magus. Cassoulaid savait à quel point les fonctionnaires de Kezerkastel pouvaient être butés, l’objet ne manquerait pas de prouver son utilité une fois à la capitale.

Avant de prendre congé, le sous-directeur rappela à Lymnesine de s’occuper du cadavre au rez-de-chaussée. Urvan ne put s’empêcher de ricaner en voyant la mine déconfite de l’adolescente. Erreur fatale.
Sans élan, Lymnie exécuta un admirable coup de pied sauté qui brisa le vase coiffant le crâne du surveillant, puis arracha sa collerette de tissu. Le Groret fut parcouru de tremblements durant dix longues secondes, avant de s’écraser au sol comme une bouse, les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte.

« Raaaa…. moooo… loooossss…
- Je crois qu’il a dégénéré au stade d’évolution antérieur, commenta Gottfried.
- Mais c’est un Groret ! râla le quinquagénaire. Urvan ! Du nerf, voyons ! Vous êtes un Groret ! Un Groret !!!
- Ben maintenant c’est un Ramoloss. »

Et, sans rien ajouter de plus, la jeune mage et le Fouinar argenté quittèrent les lieux.
Arrivés devant le corps meurtri du pauvre serviteur, Lymnesine sortit son Galeking et son Kicklee. Le premier, ayant manifesté son dégoût à l’idée de toucher un mec décédé, fut chargé de creuser une tombe près du potager de l’école, tandis que le second aidait la jeune mage à porter le corps.
Comme d’habitude, Gottfried ne fit d’autre que glander, ne se privant pas de critiquer l’inaptitude magique de Lymnesine. En effet, l’adolescente évitait d’utiliser la télékinésie en règle générale à cause d’un manque de précision et de délicatesse. Surtout de délicatesse.

Une fois ces travaux manuels nocturnes terminés, sous une pluie battante, la mage et ses Pokémons rentrèrent à la maison. Ces derniers supportèrent durant tout le trajet une de ces chansons bizarres venues du monde d’en bas que Lymnesine fredonnaient de temps à autre. Comme d’ordinaire, les paroles ne correspondaient pas à la mélodie.
Cela donnait un truc dans le genre :

« Qu’est-ce que ça peut te faire ?
Quand t’as un boulot à faire
Tu dois bien le faire
Mais si ce monde toujours changeant dans lequel nous vivons
Te fait abandonner et pleurer
Alors dis “Vivre et laisser mourir” »

Gottfried soupira. Encore une chanson de merde qui ne veut rien dire ! L’averse ne s’arrêta pas, bien au contraire.
Une fois retournée chez elle, Lymnesine raconta toute l’histoire à mère, sauf l’épisode de l’enterrement. L’adolescente avait appris à ménager ses parents.

Le lendemain, Mayene réveilla sa fille aux aurores. Elle était ravie que Lymnie ait trouvé un moyen légal de se rendre dans le Pokémonde, aussi elle s’assura de mettre toutes les chances du côté de sa petite chérie.
Elle lui prépara un sac avec des provisions, de l’argent, des couvertures chaudes, des vêtements de rechange et du matériel de mage. Encore dans le brouillard, Lymnesine regardait sa mère s’affairer joyeusement, alors qu’elle ne souhaitait qu’une seule chose : retourner dormir.
Péniblement, l’adolescente s’habilla d’un pantacourt marron en toile, d’une tunique beige et d’une paire de bottines de marche. Quand elle voulut saisir son sac, elle fut emportée en avant par son poids. Une pensée stupide la ragaillardit un peu.

« M’man ?
- Oui ma chérie ?
- Tu as mis mon Pokédex dans le sac ?
- Evidemment, je me suis dit que tu pouvais en avoir besoin.
- Nan, mais ça va pas la tête ?! Tu sais que ce machin pèse près de cinq kilos ?! Tu veux que je meure d’épuisement en le portant ou quoi ? »

Rivustel n’étant pas connue pour sa technologie de pointe, le Pokédex prenait ici la forme d’un vieux grimoire encombrant de mille cinq cents pages à la couverture vieillie peu engageante. La jeune mage détestait ce bouquin presque autant qu’elle détestait le sous-directeur du collège.
Hors de question de se briser la colonne vertébrale en portant un machin aussi lourd ! Lymnesine confia le port du bagage à Ewart, son Kicklee.
La jeune mage et sa mère quittèrent ensemble la maison, l’une pour remplir une importante mission dans la capitale, l’autre pour se rendre sur son lieu de travail. Elles s’embrassèrent longuement, puis Lymnie entama enfin son terrible périple, Ewart cheminant à ses côtés.



Au bout de la pointe hivernale de Rivustel se dressait une forteresse de pierres noires, constamment fouettée par le blizzard qui soufflait sans cesse.
A l’intérieur de ce château, dans une grande pièce vide et sinistre, se trouvait un grand trône froid comme la mort, sur lequel vint s’asseoir un homme vêtu d’une longue cape sombre. Personne ne pouvait distinguer son visage, dissimulé dans l’ombre.
L’inquiétant personnage sirotait un liquide rouge semblable à du sang quand deux Pokémons de type Ténèbres s’approchèrent.

« Maître ? Vos troupes attendent vos ordres.
- Dites-leur de passer à la phase deux du plan ! »

Les deux créatures se retirèrent. Alors la pièce résonna du rire machiavélique de cet être malfaisant. Un rire aussi froid et désagréable que la météo à l’extérieur de la forteresse.
Personne n’ira se plaindre de l’amoncellement de clichés dans cette scène inutile, à moins de subir le courroux de Casus Belli l’Effronté !