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Après la fin de Cyrlight



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Informations

» Auteur : Cyrlight - Voir le profil
» Créé le 27/01/2017 à 15:08
» Dernière mise à jour le 27/01/2017 à 15:10

» Mots-clés :   Action   Drame   Fantastique   Mythologie   Suspense

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Chapitre 5 : Bird with a broken wing
« But life demands a final chapter
A story that we all must leave behind
It's do or die, and this is mine
The anthem of a bird with a broken wing »


Bird with a broken wing - Owl City



- FSR de Fiore. Marion Vanelli, Ranger en chef de Bourg-l'Hiver, à votre écoute.

Il y eut un long silence au niveau du visiophone, tandis qu'une image floue apparaissait lentement sur l'écran. Au bout d'une longue minute, accompagné par de désagréables grésillements, le visage d'un homme qui frôlait la cinquantaine, aux tempes grisonnantes, apparut avec plus de netteté.

- Marion, enfin ! J'essaye de te joindre depuis une semaine. Chaque fois, je tombe sur tes collègues et ici, on ne peut pas dire que les points de communication soient fréquents.
- Où êtes-vous, en ce moment ?

Depuis la disparition volontaire d'Emily, John sillonnait les différentes régions à sa recherche, en compagnie de son confrère Hitaki, car elle ne donnait pas signe de vie. S'ils n'avaient pas connu son tempérament de feu, ils auraient tout aussi bien pu la croire morte. Ils se réconfortaient cependant en se disant qu'aucun obstacle ne serait jamais capable de venir à bout de l'Incendiaire.

- Sur l'Île de Survie, au nord de Sinnoh. Hitaki connait cet endroit comme sa poche. Bientôt, nous en aurons entièrement fait le tour. Affronter des pokémon sauvages, c'est une promenade de santé à côté des légendaires.
- John... Ça fait plus d'un an, désormais. Tu ne crois pas que, si elle voulait qu'on la retrouve, vous y seriez déjà parvenus ?
- Est-ce que tu serais en mesure d'affirmer avec précision ce qu'il se passe dans la tête d'Emily, toi ? Parce que même moi, je ne me sens pas de taille à le faire.
- Je pense simplement qu'il s'agit d'une aventurière d'exception, doublée d'une shasseuse de renom, et qu'elle ne réapparaîtra pas tant qu'elle ne l'aura pas décidé. Vous perdez votre temps. Vous pourrez retourner toute la surface du globe que ça ne servira à rien. C'est d'Emily dont nous parlons.

La Ranger se tut. Ses yeux bruns et son visage aux traits autoritaires, marqué par les affres du temps, bien qu'elle n'ait pas encore atteint la quarantaine, affichaient le même air impénétrable qu'à l'accoutumée. Elle passa une main dans ses cheveux châtains, sur l'arrière de son crâne, puis reprit d'un ton neutre :

- Tu as essayé de t'adresser à Esméralda ? Avec ses sortilèges, elle doit pouvoir...
- Nous lui avons posé la question, mais elle a refusé. Elle est d'accord avec toi sur le fait qu'Emily réapparaîtra quand elle le souhaitera. En revanche, Morgane a accepté. Ça n'a rien donné. Aucun résultat. Depuis ce jour-là, je...

La voix de John faiblit, car sa gorge se nouait. Marion ne réagit pas. Elle comprenait son inquiétude, mais elle ne la partageait pas. Elle jugeait inconcevable qu'Emily ait pu périr alors qu'elle avait toujours possédé une faculté de survie déconcertante. Si les partisans d'Arceus n'avaient pas pu en venir à bout, personne n'y parviendrait.

Quant au fait qu'elle soit indétectable, cela ne prouvait rien. La Confrérie avait déjà croisé des cas similaires par le passé, notamment avec Léa. Certains légendaires avait le pouvoir de dissimuler la trace d'un humain, et Emily, bien que Marion n'approuve pas du tout ce choix, avait conservé de bons contacts avec la plupart des Renégats.

- Et les autres ? demanda la Ranger. Tu leur as proposé de t'aider à la chercher, hormis Hitaki ?
- Les autres ? répéta John. Quels autres ? Depuis que Tina est devenue Championne d'Arène, c'est sa première dresseuse qui prend les messages visiophoniques, et je suis persuadé qu'elle ne lui en transmet pas la moitié. Chloé a annoncé son intention de ne participer pas aux Championnats inter-régionaux, cette année, pour faire un break dans son entraînement et se reposer. Yohanna...
- N'abordons pas le sujet, veux-tu ? Je ne comprendrai ni n'approuverai jamais sa volonté de s'être retirée dans le Monde Inversé avec Lilith.

La colère fit vibrer le timbre de Marion lorsqu'elle prononça ces mots. Personne n'ignorait l'inimité que les légendaires lui inspiraient, tous sans exception. Elle devait tolérer les rares visites que Prométhée lui rendait pour le compte d'Athéna, mais ses contacts avec les divinités s'arrêtaient là.

- Tout ça pour dire qu'il est laborieux de contacter le reste de la Confrérie, conclut John. Tu es la seule que je sache précisément où joindre, et pourtant même toi, j'ai du mal à pouvoir te parler.
- C'est à cause de la tempête qui a soufflé sur Fiore, la semaine dernière. Nous n'avons pas eu d'électricité pendant plusieurs jours et nous sommes débordés. Il y a des centaines de victimes. Toutes les escouades de toutes les sections sont mobilisés sur le terrain et nous attendons des renforts d'Almia, que nous n'avons pas pu contacter plus tôt, à cause de la panne générale.
- Je suis désolé, je l'ignorais. Sur l'Île de Combat, nous sommes totalement coupés du monde. Je m'en veux de t'importuner alors que vous avez de plus gros problèmes à gérer.
- Ce n'est rien, mais je risque de ne pas être davantage présente au cours des jours à venir. Ça ira mieux dès que cette crise sera terminée. Et... John ?
- Oui ?
- Moi aussi, je suis désolée. Pour Emily. Je suppose que ça doit être très dur à supporter pour toi, cette incertitude, mais c'est son choix. Elle ne serait pas partie si elle n'avait pas eu une bonne raison de le faire. Elle...
- Marion, l'interrompit brusquement le glyphe acier. Il y a quelque chose que tu dois savoir. Elle m'avait fait promettre de ne rien dire juste avant de disparaître, mais... Ce jour-là, il s'est passé quelque chose.
- Comme quoi ? interrogea la Ranger.
- Léa est venue la voir.
- Léa ?

Le cri de Marion fut si puissant que l'ensemble de ses collègues présents à la Base de Bourg-l'Hiver tournèrent les yeux dans sa direction. Son visage avait perdu sa froideur naturelle pour se décomposer à la mention de ce nom, que plus personne n'avait prononcé depuis des d'années.

- Elle a... Qu'est-ce qu'elle voulait ? s'enquit-elle une fois qu'elle eut recouvré son sang froid.
- Si seulement je le savais... Elle a simplement indiqué à Emily qu'Athéna et Némésis désiraient lui parler, puis elle l'a conduite quelque part, sur le dos de Rayquaza. Quand elle l'a ramenée, Emily était furieuse. Elle a refusé de me confier quoi que ce soit, elle m'a seulement fait promettre de ne jamais confesser à quiconque, et surtout pas à Tina, que nous avions vu Léa. Apparemment... Apparemment, elle n'est plus du tout celle que vous avez connue par le passé.

Marion se mordit la lèvre. Léa, ainsi qu'Athéna et Némésis... Elle aurait dû se douter que des légendaires, ces semeurs de chaos, se trouvaient derrière toute cette histoire. Qu'avaient pu dire ou faire les deux déesse pour qu'Emily réagisse de façon aussi violente ?

- J'imagine que cette affaire ne concernait pas la Confrérie, déduisit la Ranger, sans quoi c'est à moi qu'elles se seraient adressés. En dépit de la méfiance qu'elles m'inspirent, je ne pense pas non plus qu'elles aient cherché à lui faire du mal. Si Némésis a créé la Confrérie, ce n'est certainement pas dans le but de la détruire.
- Dans ce cas, qu'a-t-il bien pu se passer de si terrible, ce jour-là ?
- Si toi-même tu ne le sais pas, John, ce n'est pas moi qui pourrai t'apporter une réponse. Oh, je suis navrée, je dois raccrocher. Quelqu'un m'appelle.

Le nom de Marion venait d'être prononcé à deux reprises, dans son dos. Elle salua son confrère, qui lui rendit la politesse, avant de mettre un terme à la conversation visiophonique. Elle pivota ensuite sur son siège à roulettes pour contempler l'intérieur de la Base. Quelques-uns de ses collègues étaient en pause, tout comme elle, mais ils devraient bientôt retourner sur le terrain. Ils s'accordaient juste le temps de se sustenter et de se réchauffer un peu.

C'était un véritable cyclone qui avait dévasté la région de Fiore. Des arbres avaient été déracinés par dizaines, sous la force du vent, et avaient causé d'énormes dégâts, qu'ils soient matériels, humains ou pokémon.

Si Marion faisait à l'origine partie des Rangers sauveteurs, elle était désormais à la tête de toutes les escouades de Bourg-l'Hiver, pas seulement de la sienne. Elle avait donné ordre que l'ensemble des équipes, qu'il s'agisse de leur spécialité ou non, recherchent en priorité les blessés et les prennent en charge dans des campements de fortune, car les routes vers Automnelle et son centre hospitalier, le plus performant de l'île, étaient quasiment impraticables.

Le glyphe vol tenta d'identifier la personne qui venait de l'interpeler. Elle ne tarda pas à distinguer un homme aux cheveux noirs et aux yeux de même couleur, avec une barbe de plusieurs jours. Il portait un épais manteau par-dessus sa combinaison. La matière qui les composait était censée garder le corps au chaud, en plus d'être imperméable, mais les conditions climatiques étaient telles que cela ne suffisait pas.

- Ranger en chef Mazzio, le salua courtoisement Marion, en ponctuant ses paroles d'un signe de tête.
- Ranger en chef Vanelli.

Elle connaissait Florent Mazzio depuis longtemps. Ils s'étaient fréquentés, dix ans plus tôt, avant qu'elle décide de le quitter. En dépit de la froideur qui avait suivi la rupture, ils avaient conservé des liens amicaux et redevenaient parfois plus que des amis, même si cela ne durait jamais longtemps. Marion ne le permettait pas. Quoi qu'il se passe entre eux, toutefois, cela n'altérait en rien le respect et le crédit qu'elle lui accordait en tant que collègue.

- Comment se présente la situation à Printiville ? demanda-t-elle sur un ton parfaitement professionnel.
- Nous l'avons bien en main. Nous aurons bientôt achevé de quadriller le périmètre qui nous a été affecté par la FSR et le bilan est moins lourd que nous le craignions : seulement cinq morts. À côté de ce que l'on voit à d'autres points de l'île, nous pourrions nous en réjouir, si ça n'était pas cruellement égoïste vis-à-vis de ces pauvres malheureux.
- Je suis heureuse de l'entendre. C'est plus négatif, en ce qui nous concerne. Douze morts et vingt-six blessés, dont neuf très grièvement. Je crains que l'un d'eux ne survive pas aux prochaines vingt-quatre heures. Une branche lui a perforé une artère, il a perdu beaucoup de sang avant que nous réussissions à interrompre l'hémorragie et sa blessure s'est à présent infectée. Si seulement nous avions accès à l'hôpital d'Automnelle...
- À ce sujet... J'ai quelque chose à te montrer. Je crois que ça te concerne.

Florent sortit des plis de sa veste une page de journal froissée. Marion, un peu étonnée, s'en saisit. Elle fronça les sourcils en lisant le titre de l'article principal, qui ne lui évoquait strictement rien qui soit susceptible de l'intéresser. En parcourant son contenu, cependant, elle blêmit.

Les restes d'une sexagénaire ont été retrouvés dans une vieille maison, dans l'un des quartiers défavorisés du nord d'Automnelle, dont le toit a été arraché lors de la tempête qui a frappé la région de Fiore. Un Ranger sauveteur, chargé d'inspecter les décombres des bâtiments du quartier, a fait cette découverte funeste.

La femme est décédée entre trois et quatre semaines plus tôt. Aucune disparition n'a été signalée. Nous pouvons supposer que la défunte n'avait aucun proche et que la thèse de la mort naturelle est la plus plausible à cette étape de l'enquête, qui progresse lentement à cause de la surcharge de travail provoquée par les déplorables conditions climatiques.


Bien qu'aucun nom ne soit cité dans la coupure de presse, Marion identifia immédiatement la personne dont il était question. Sa main trembla et le papier s'agita entre ses doigts. De la sueur perlait sur son front. Lentement, elle releva la tête pour faire face aux yeux sombres de Florent qui la fixaient sans ciller.

- Comment as-tu su ? s'enquit-elle, mal à l'aise. Comment as-tu fait le rapprochement avec moi ? Il n'est dit nulle part que...

... « Que ce cadavre en décomposition est celui de ma détestable mère », songea amèrement la Ranger en ravalant la bile qui tentait d'affluer dans sa bouche.