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Epic Fail sur la capture de Celebi de Flageolaid



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Informations

» Auteur : Flageolaid - Voir le profil
» Créé le 09/12/2016 à 15:06
» Dernière mise à jour le 02/10/2017 à 17:05

» Mots-clés :   Présence de personnages du jeu vidéo   Science fiction

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Ch 4 : a.k.a GDE
J’ai fini par raconter mon histoire au professeur Mohn. Et à Saubohne. Le premier m’a semblé perplexe, le second d’un scepticisme forcé. En même temps, comment réagir face à un type qui prétend avoir réécrit une partie de la réalité.
Modifier la timeline, cela ne veut rien dire à moins d’avoir conscience du changement.
Mais leurs analyses ont plus ou moins validé mes dires. La tache dans mon dos est une conséquence du ratage avec Celebi. Elle va se répandre sur tout mon corps et provoquer mon décès. La Fondation me donne deux mois à vivre. Génial…
La raison de tout cela est très simple : ma mère est morte d’un accident routier quand elle avait quatre ans. Oui, ça fait bizarre. En gros, Arsen “Lividex” Trisk n’existe pas dans cette réalité. Je n’existe pas.
Curieusement, cela me laisse de marbre. Je n’arrive pas à concevoir ma mort prochaine, je ne sais pas, c’est un déni ou un truc du genre ! Du coup, je ne me plonge pas dans un abîme de doutes, de découragement, de dépression, récitant de longs monologues plaintifs. Par contre, qu’est-ce que je râle !
En même temps, Mohn et Saubohne m’ont gardé en observation pendant trois jours afin d’être certains que je ne présente pas un risque pour la population. Trois jours sans voir la lumière du jour, enfermé dans une salle aseptisée du Pandémonium Aether. La monochromie, ça me gave !

Mais c’est de l’histoire ancienne. Mohn a accepté de me laisser prendre l’air ce matin, j’ai pu entraîner Chewy pendant deux heures. Il a du potentiel ce petit !
Alors que je termine mon Sundae Sorbébé, un employé de la Fondation m’indique que le professeur Mohn tient à me parler dans son bureau. Je déjeune pour la première fois dans le réfectoire du Paradis Aether, une pièce immense et blanche comme le sont toutes les salles sur l’île artificielle.
A quelques tables de moi, je vois deux types qui se battent pour du Soda Smooth. Sans le vouloir, j’ai créé un monde marqué par une absence de bon goût. Il n’y a qu’à se fier à la dégaine de Saubohne pour en être convaincu.
Cela me motive d’autant plus à quitter les lieux. A la sortie de la cantine, un jeune employé m’attend pour me guider auprès de Mohn. Pas très bavard, il me guide sans quasiment prononcer le moindre mot. Fait assez rare pour être noté, le larbin en question est plus petit que moi.
A vrai dire, quelque chose me fascine chez ce type. Son épaisse tignasse rousse forme une sorte de sphère brillante d’une perfection incroyable au-dessus de son crâne. Vu de dos, avec son uniforme blanc et ses quarante kilos tout mouillé, il ressemble à une sucette au caramel ! Ah, j’ai trop envie de lui toucher les tifs pour savoir quelle texture ils peuvent bien avoir !

« Le voici, professeur Mohn.
- Je te remercie Trovato, tu peux retourner à ton poste. Alors, mon cher Lividex, qu’en est-il de votre insupportable caractère aujourd’hui ? »

Je laisse la question de Mohn, et mon envie de caramel, en suspens et observe rapidement les lieux. Contrairement aux quatre-vingt-dix-neuf autres pourcents de la surface du Paradis Aether, son bureau est normal. C’est une pièce à taille humaine, chaleureuse.
Des panneaux en bois (oups, c’est du PVC imitation bois) recouvrent les murs, un grand tapis bordeaux habille quant à lui le sol. La majorité du mobilier – bureau, fauteuils, commode, bibliothèques – arbore les mêmes teintes brunes et rouges, ce qui tranche radicalement avec le bleu profond de l’océan qu’apporte la vue splendide de l’immense baie vitrée.
D’après le bordel innommable qui trône sur le bureau de Mohn, j’en conclus qu’il travaille pour de vrai.
Le scientifique me dévisage longuement, assis derrière son écran. C’est la première fois que je le vois en-dehors d’une combinaison de travail en milieu toxique. Large d'épaule, un peu bedonnant, il a le front haut et des cheveux blonds en pagaille. Sa main gauche m’indique qu’il n’est pas marié.
Dire que, dans ma réalité, il est l’époux disparu d’Elsa-Mina !

« Vous vouliez me voir pour quelque chose de précis ? l’interrogé-je.
- Oui, fait-il un peu gêné, concernant votre état…
- Mort en sursis ? Comme l’entièreté de l’humanité ?
- Vous avez une façon atypique de voir les choses, Lividex. J’imagine que vous avez compris que la Fondation… que la science actuelle devrais-je dire, ne peut rien pour vous soigner ?
- Cela me paraît évident.
- Alors, que comptez-vous faire de ces deux mois qu’il vous reste ? demande-t-il sans me regarder directement dans les yeux.
- Arranger le problème à ma façon. Il faudrait que je vérifie quelques intuitions. En tout cas, il ne me reste pas suffisamment de temps pour espérer retrouver Celebi. La dernière fois, j’ai eu de la chance ! Il aurait très bien pu s’écouler cinquante ans sans que je sois en mesure de le suivre dans le passé. Mais…
- Mais ?
- Je suis originaire de Sinnoh, dis-je avec malice. »

Naturellement, le brave professeur Mohn ne comprend pas l’allusion. Il cherche à obtenir plus de détails, mais n’obtient que mon sourire narquois en guise de réponse. Je fais le pitre tout en sachant que mon “plan” actuel comporte bien trop de failles pour être viable.
Ensuite, profitant de la gentillesse de mon hôte, je lui demande subtilement de me refiler un Pokémon soigné par la Fondation pour m’aider dans mon périple. Chewy ne pourra pas forcément me sortir du pétrin tout seul.
Mohn esquisse un sourie qui me laisse présager de la pire des arnaques. Il me mène vers la réserve, au dernier étage du Paradis Aether. L’endroit se veut comme une copie de l’habitat naturel des Pokémon, pourtant je le trouve à l’image du reste des installations : froid.
Nous traversons les lieux jusqu’à un petit lopin de terre où un Mélodelfe affalé au sol boude loin des autres créatures, en fixant un arbuste sans intérêt. Le Pokémon Fée nous tourne le dos, mais je sens que quelque chose cloche. Mohn me le présente rapidement, il se nomme Trollface et a été exploité pendant de longues années dans un cirque ambulant à cause de sa laideur.
Arrêt sur image. Avant que Trollface ne se retourne, exprimons-nous quelques instants au sujet des Mélodelfe. Sans être la bestiole la plus mignonne au monde, ils ont la chance d’avoir la même bouille que Charlie Brown (sans le nez), ce qui les rend sympathiques.
A présent, Trollface nous fait face. Oh, quand même ! Je ne m’attendais pas à ça !!!
Le front plissé à mort, de petits yeux enfoncés dans leurs orbites, un anti-sourire souligné par un double-menton, Trollface possède une tronche patibulaire taillée au burin sur un visage en marshmallow. J’adore !
Mohn me tend sa Pokéball en me demandant de veiller attentivement sur lui. Je songe déjà à tous les tours que je vais lui apprendre.

En redescendant, nous voyons le directeur Saubohne au milieu du hall en pleine discussion avec un groupe d’individus louches. Nous nous approchons de ce rassemblement.
Il y a quatre malabars en smoking, lunettes noirs, oreillette qui entourent un personnage plus petit. Chacun d’entre eux possède quatre Hyperballs à la ceinture. Je remarque alors ce détail pour la première fois : l’hémisphère supérieur des Hyperballs est jaune marqué d’un H noir et non l’inverse.
La cinquième personne de cette troupe est une jeune femme d’une vingtaine d’années aux yeux noisette et aux cheveux châtains coupés très courts. Elle porte un jean usé aux genoux, ainsi qu’un blouson en cuir noir. Dans ses bras se trouve un Emolga orné d’une paire de lunettes solaires. A ma grande surprise, c’est le Pokémon Pteromys qui s’adresse, d’une voix rocailleuse, à Saubohne :

« Je comprends votre embarras, M. le directeur, mais il s’agit d’une enquête de la plus haute importance. Votre aide nous serait des plus précieuses.
- Je regrette, sauf ordre de la présidente Elsa-Mina, je refuse de laisser vos barbares de la police toucher à notre matériel ! s’écrie Saubohne en tapant du pied.
- Messieurs, quel est le problème ? s’enquiert Mohn.
- Bonjour, je suis le Grand Détective Emolga, le meilleur détective au monde, vous pouvez m’appeler GDE. J’enquête sur une série d’incidents survenus un peu partout à la surface du globe. Les résidus ramassés sur les lieux des méfaits ne ressemblent à rien de connu. Je voudrais que mes hommes puissent les analyser avec votre matériel durant les jours qui viennent, puisque les Forces de Police Internationale réclament mon aide sur une autre affaire, à Unys.
- C’est non ! brailla Saubohne.
- Dans ce cas parlons de vos impôts impayés depuis cinq ans…
- C’est oui, se ravisa le directeur. »

Grand Détective Emolga ? Ça sonne comme un programme télévisé jeunesse. Ceci dit, s’il doit se rendre à Unys, autant économiser un billet d’avion et partir avec lui. Mais comment lui donner envie de voyager avec moi ?
Je pourrai essayer une approche subtile, or si ce Grand Détective est aussi doué qu’il le prétend, il risque de voir arriver ma manœuvre de loin. Dans ce cas, faisons au plus simple :

« Dites voir, GDE, ça vous ennuierait de me déposer à Unys ?
- Lividex, un peu de tenue, voyons ! grondent les deux scientifiques.
- Vous vous nommez Lividex ? m’interroge l’Emolga.
- C’est mon surnom.
- J’adore les surnoms et les noms de code. C’est un peu mon péché mignon, dévoile le détective. C’est pour cela que je me fais appeler GDE. Vous en pensez quoi de cet acronyme ?
- On dirait le nom d’une solution informatique pour la gestion en entreprise.
- Moi j’aime bien. La jeune femme derrière moi se nomme Jazz, c’est aussi un surnom. Jazz est mon assistante depuis trois ans, si vous parvenez à la battre dans un combat de Pokémon, j’accepte de vous prendre avec nous. »

Sur ces mots, GDE quitte les bras de Jazz pour l’épaule d’un des malabars et s’éloigne en compagnie de Mohn et Saubohne. J’admire l’attitude relax du personnage. Son assistante me lance ce regard intense de dresseuse confirmée. Elle a une confiance totale en ces compagnons et une volonté de fer.
Nous sortons du bâtiment pour nous rendre sur un terrain prévu pour les combats. Il s’agit d’une petite arène sur flotteur, rattachée au Paradis Aether par une passerelle blanche immaculée.
Jazz ne semble pas très emballée à l’idée de combattre sur un caprice de son complice. Elle me propose un duel à un Pokémon chacun. Tant mieux pour moi.
J’envoie Chewy, motivé par l’entraînement de ce matin. En face, apparaît Rouille, un Steelix des plus impressionnants. Le combat peut commencer !

Chewy s’élance sur son adversaire, qui tente de le balayer avec sa Queue de Fer. Mon Chelours tient bon, parant en partie l’attaque avec son bras gauche. Rouille risque une Etreinte, mais Chewy le stoppe avec un impitoyable Marto-Poing !
Je vois les genoux de mon Pokémon plier sous l’effort demandé par cette attaque. Le Steelix averse pousse un long cri de douleur qui agite la surface de l’océan. Et m’explose les oreilles.
Tandis que Chewy cherche à mettre un peu de distance entre lui et son opposant, Rouille parvient à lui saisir la jambe avec ses Crocs Givre. Animé d’un esprit combatif admirable, mon Chelours se met à frapper le crâne du Steelix jusqu’à ce qu’il le relâche.
Rouille sonné, Chewy achève le combat avec une Centrifugifle. J’avais raison, il a du potentiel ce petit.

Quatre heures plus tard, me voici à bord d’un jet privé, propriété de la Police Internationale, en train de survoler l’océan, direction Unys. Je vois bien que Jazz me fait la gueule. Elle ne comprend pas la raison de ma présence ici, alors que GDE a deux enquêtes sur le feu.
Celui-ci essaie de se justifier, mais à mes oreilles, son argument sonne creux :

« J’ai l’intuition que Lividex va nous être d’une grande utilité dans les jours à venir.
- S’il te plait, GDE, ne me fais pas le coup de l’intuition, tu t’en sers à chacune de tes lubies ! réplique Jazz.
- Franchement, tu me blesses, s’indigne le détective. Cite-moi une seule fois où mon intuition s’est trompée !
- Je dois reconnaître que ton instinct est infaillible. Mais, qu’est-ce que ce type a de spécial ?
- Je vous entends ! grogné-je.
- Figure-toi que j’ai cuisiné le directeur Saubohne et qu’il m’a révélé des choses incroyables sur notre ami ! Lividex a voyagé dans le temps ! s’exclama l’Emolga avec une euphorie juvénile.
- Quoi ?! rugis-je. Ce crétin de Saubohne a tout balancé ?!
- Tout ! se réjouit GDE. Je ne vous cacherai pas mon admiration, cher Lividex. Certes, vous n’avez pas réussi à capturer Celebi et vos actions ont considérablement modifié la réalité, mais cela ne change rien à votre réflexion de base. Aller capturer un Pokémon légendaire à une époque où il ne craint pas d’être attrapé, c’est à la fois stupide et génial !
- GDE, c’est impossible de voyager dans le temps ! lâche sèchement Jazz avant de l’abandonner pour un film de SF gerbant d’effets spéciaux.
- On en reparlera ! Lors de notre prochaine enquête, nous aussi nous voyagerons dans le temps, ma petite Jazz ! »

Je laisse également le Pokémon Pteromys à ses fantasmes, ruminant la traîtrise de Saubohne. Faute de mieux, j’allume le petit écran placé en face de mon siège et commence le visionnage du film que regarde Jazz. Au bout de cinq minutes de cette daube, je coupe le spectacle et débute une série de recherches sur Internet.

A l’université, j’avais particulièrement apprécié les cours d’épistémologie. Il s’agissait d’une option prise un peu au hasard. Cette discipline fait l’analyse et la critique des sciences et de la connaissance scientifique.
L’épistémologie questionne par exemple le côté politique et les conflits de pouvoir du monde scientifique. En science, lorsqu’une théorie en supplante une autre, est-ce parce qu’elle offre une meilleure explication des phénomènes étudiés ou parce que ses défenseurs sont mieux placés dans les institutions ?
C’est le genre de question qu’il est possible d’étudier lorsqu’on a provoqué l’apparition d’un univers alternatif en bouleversant les découvertes scientifiques. Sauf que je n’ai pas trop le temps pour…
Dans un autre genre d’idées, quelle est la place de la subjectivité dans le travail du chercheur ? Inexistante, comme le pensaient les positivistes du siècle dernier, ou dominante ?
J’ai tendance à choisir la seconde réponse. Le professeur Crichton n’existe pas dans cette nouvelle timeline. C’est lui qui a inventé, il y a quarante ans, la méthode pour faire revivre des Pokémon à partir de fossiles. Il a ensuite passé le reste de sa vie à perfectionner cette technique.
Dans cette réalité, aucun chercheur n’a réussi à mettre au point ce procédé. Faire revivre des Pokémon préhistoriques, c’est de la science-fiction dans un monde qui possède des téléporteurs utilisables pour franchir plusieurs kilomètres !
Je me suis rendu compte de cette énormité en regardant le ridicule film qui captive tant Jazz et qui présente des Bastidon recouverts de pointes, des Ptéra aux couleurs fluos, des Rexilius sans collerette, mais pourvu d’une abominable crête dorsale et des Kabutops à quatre bras !

Je ne le répèterai jamais assez, j’ai involontairement créé un univers où le bon goût n’existe pas !