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Giovanni Boss de Volug



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Informations

» Auteur : Volug - Voir le profil
» Créé le 10/11/2016 à 09:54
» Dernière mise à jour le 29/01/2017 à 19:59

» Mots-clés :   Kanto   Policier   Slice of life   Suspense

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Chapitre 4 : Bourdonnement électrique
« Et comment est-ce arrivé, clames-tu ? », interrogea Giovanni, glaçant.

Il était debout, dos au jeune homme frisé qui baissait la tête. Bien qu'ils étaient sensiblement du même âge, tâtonnant le quart de siècle, la hiérarchie qui régnait était totalement indiscutable. Il regardait à travers la vitre qui le séparait de la grande salle. Son bureau était établi comme une mezzanine, au deuxième étage, il surplombait tout ce qui se passait dans l'entrepôt. Rien ne pouvait lui échapper, pas même les gouttes de sueur qui ruisselaient sur les tempes de ses ouvriers. Les sacs de jute défilaient devant ses yeux, sur de longs tapis roulants. Ils chutaient ensuite les uns après les autres dans de lourds chariots en fonte.

Les mains dans les poches de son pantalon noir de jais, il aurait pu sembler nonchalant au premier coup d’œil. Cependant, le blond qui était derrière lui savait pertinemment que ce n'était pas le cas. L'homme arborait une veste en cuir matelassé couleur ocre ; et bien qu'il en eût fait l'acquisition plusieurs années auparavant, elle semblait intacte. Malgré cette apparence soignée, il n'était pas serein. En effet, il avait gravement fauté, il en était conscient. Giovanni ne pardonnerait pas la vérité.

« Eh bien, commença l'homme en relevant la tête, balbutiant, f..figurez-vous que je venais de faire affaire avec la femme dont vous m'aviez parlée.. Et puis.. un homme a surgi du coin de la rue, s'élançant vers moi ! Je m'apprêtais à lui donner un coup de poing vous savez, mais il a été trop vif ! Il s'est abaissé, est passé sous mon bras.. Je me demande encore comment Boss ! Mais le résultat est là, on aurait dit qu'il..glissait ! Littéralement ! Et il s'est, hum, emparé de la bourse que j'allais mettre dans ma mallette ! Heureusement que j'avais déjà rangé l'autre, hein Boss ! C'est une chance ! »

L'homme avait du mal à rester immobile, il remuait les bras comme si cela allait l'aider à s'exprimer. Pourtant Giovanni ne les voyait pas, il ne s'était pas retourné et semblait indifférent à ce que venait de lui raconter le jeune homme. Il continuait d'observer ses hommes travailler. Le Persian qui était sous son bureau en ébène se redressa puis vint tranquillement se frotter contre ses jambes. Giovanni ôta une main de ses poches pour lui caresser le sommet de la tête du bout des doigts. L'un des Pokemon qui tractaient les chariots semblait fatigué. Ses bras ne tournaient plus aussi vite. Puis il reprit, d'une voix très calme :

« Ta mallette était donc ouverte puisque tu allais y placer la seconde somme ?
- Oui chef ! Enfin.. non ! Je veux dire.. j'étais en train de l'ouvrir vous voyez ? Et donc du coup..
- Pourquoi le pillard ne l'a-t-il pas vidée de son contenu dans ce cas ? », l'interrompit-il.

L'homme blond commençait à avoir peur. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas ressenti ce genre de chose, il avait eu quelques appréhensions de temps à autre, certes, mais plus ce sentiment semblable à celui d’un enfant qui va se faire gronder. Ces questions semblaient avoir pour but de le pousser à dévoiler la vérité. Giovanni n'était pas dupe, il le savait. Il tenta tout de même, continuant de détailler sa néo-version vacillante.

« Eh bien.. il n'en a pas eu le temps Boss ! A peine était-il passé sous mon bras qu'il s'est enfuit ! Je n'ai pas pu voir son visage vu la rapidité de l'action.. Mais il n'était pas bien épais, il a dû se dire qu'en combat rapproché il ne tiendrait pas.. Certainement que la moitié était déjà pour lui une jolie somme.. »

Les mouvements de bras du Elektek étaient saccadés, il avançait de plus en plus lentement, traînant ses pattes inférieures comme il le pouvait. Les ouvriers n'y prêtaient pas attention, trop concentrés sur leurs tâches respectives, qu'elles fussent de vérifier l'état des sacs brunis, de contrôler leur poids avant de les placer sur les tapis ou encore de réparer tous les soucis techniques qui pouvaient apparaître dans la salle. L'entrepôt grouillait vraiment, comme une ruche.

« La demoiselle était encore présente m'as-tu dit ?
-Hum.. non elle venait de… enfin oui elle n'était pas encore.. partie..
-Je peux donc la contacter pour lui demander si elle a vu le visage du voleur puisque tu ne sembles pas capable de me le décrire ?
-… en fait.. hum.. c'est-à-dire.. »

Le Persian releva la tête puis bailla. Le Elektek, quant à lui, avait les pattes qui flageolaient, il tint encore quelques secondes puis s'écroula d'épuisement. Giovanni n'entendit pas le bruit que sa masse avait dû engendrer, son bureau était insonorisé. Cependant, il constata qu'aucun de ses ouvriers ne l'avait remarqué. Même les autres Excelangue et Tauros ne s'en étaient pas rendu compte. Le Boss prit une grande inspiration, puis fit face à l'homme, impassible.

« Bob, j'ai l'impression que tu me prends pour un idiot. Je me trompe n'est-ce pas ? »

Le ton ne pouvait être plus glacial. L'homme dénommé Bob craqua. Il baissa la tête, honteux. C'est alors qu'il entreprit de dire la vérité, il était trop tard, de toute façon. Il s’efforça d’être concis et raconta comment la femme aux cheveux bleutés et à la robe couleur prune l'avait comme envoûté. Il expliqua clairement et consciencieusement comment s'était déroulé l'échange, de quelle manière il avait cédé face à sa beauté. Il supplia Giovanni de le pardonner, mettant en avant ses prouesses passées, priant pour qu'elles puissent lui octroyer ne serait-ce que l'espoir d'une seconde chance.

« Il me semble en effet qu'elle est plus douée que toi. En l'occurrence, elle possède des attributs que tu n'as pas. Alors écoute-moi, je vais te dire très simplement comment va se dérouler la suite des événements. »

Bob savait ce qui allait suivre, Giovanni allait le licencier, très vulgairement, puis il allait le rabaisser, en lui détaillant sa nouvelle vie, sans emploi, sans argent, et sans intérêt. Il continuerait en lui démontrant qu'il n'était pas fait pour ce métier, que s'il ne pouvait pas marcher sur les autres c'est lui qui se ferait marcher dessus. Tout ce qui se passait dans le milieu de la pègre n'était pas reconnu de toute façon, il n'avait personne à qui se plaindre. Puis il avait déjà perdu son honneur aujourd'hui, il n'allait pas recommencer de si tôt en allant pleurnicher.

« Un ferry part pour Johto à l'aube, tu intégreras le 33e régiment, tu y feras tes classes. Aucune femme ne te distraira. Tu reviendras quand tu seras capable d'agir comme un membre à part entière de mon organisation. »

L'homme releva la tête, Giovanni le fixait dans le blanc des yeux attendant la moindre contestation qu'il traduirait. Bob ne laissa transparaître aucun signe émotif. Intérieurement il était si soulagé. Giovanni n'était pas comme il le croyait. L'homme était dur mais intelligent. Il n'allait pas le chasser pour la simple et bonne raison que Bob était un bon élément, un bon élément qui a commis sa première et unique erreur. Il lui exprima son immense gratitude, le remerciant de son extrême générosité et de son incroyable clémence.

« Vous le ne regretterez pas Boss ! Je ne vous décevrai plus ! Plus jamais ! »

Giovanni se repositionna face à la vitre, observant à nouveau son entrepôt, le début de son empire. Cela semblait être un signe incitant l'homme aux cheveux frisés à quitter les lieux. Le blond tourna alors les talons, approchant sa main de la poignée de la porte du bureau.

« Tu emporteras cet Elektek avec toi, en bas. Vous semblez avoir un point commun. »

Bob était abasourdi. En plus de lui permettre de rester au sein de l'organisation, le chef lui donnait un Pokémon. Il le remercia encore mille fois puis se retira, se confondant encore maintes fois en excuses.

Lorsqu'il traversa le hangar pour aller chercher le Pokemon, l'homme blond ne voyait pas Giovanni qui le suivait des yeux depuis la baie vitrée de son bureau. Il continuait à caresser le sommet du crâne du Persian du bout des doigts. Les deux hommes étaient plongés dans leurs pensées. Ils songeaient tous deux à la même personne.

« En valait-elle vraiment la peine ? »


***


C’est à cet instant qu’il le vit. Il lui fallut plisser les yeux pour apercevoir l’oiseau au travers des embruns et des bourrasques qui laissaient présager une tempête ; le pokémon tenait fermement un épais sac couleur chanvre dans son bec. Il filait vers le Nord à une vitesse folle, comme si sa vie en dépendait. L’inspecteur Conrad n’eût aucun doute, il en était sûr, son homme n’était plus loin. Il s’approcha des fondations d’un bâtiment, espérant que son suspect avait choisi de s’y cacher.

En marchant il songeait, à toutes ces affaires qui le ramenaient toujours au même homme. Il y avait en effet eu de nombreux cas de larcins, de cambriolages mais également de meurtres, qui ne faisaient d’ailleurs que s’accentuer en ce moment. La semaine dernière encore, en répondant à l’appel de renfort de l’une de ses équipes, il était tombé sur deux cadavres lacérés à la poitrine, côte à côte. Cela devait s’arrêter ! Le plus stupéfiant était que l’homme semblait aussi palpable que de la fumée. Il n’avait jamais été arrêté, mis en garde à vue et par conséquent inculpé. Les seuls qui avaient vu son visage n’étaient plus de ce monde pour témoigner.

Le tonnerre gronda. Conrad fouillait les fondations, elles semblaient être destinées à soutenir un immeuble ; bien que visiblement laissées à l’abandon depuis quelque temps. Les sombres nuages
défilaient dans le ciel, poussés par les rafales saccadées. Des éclairs toujours plus lumineux faisaient danser les ombres des bâtiments.

Ses recherches n’étant pas fructueuses, l’inspecteur s’approcha de la digue. Un homme faisait de même, arrivant de l’Est ; il dénotait clairement avec les jeunes de cette ville qui observaient le spectacle. Il arborait un long caban foncé, et marchait en direction du quai, les mains dans les poches de son pantalon du même coloris. Conrad eut un sérieux doute. Il fit sortir son Kabutops de sa pokéball, qui planta ses deux lames aiguisées dans le sol, se recroquevillant, prêt à jaillir vers le suspect comme un ressort.

« Eh ! Vous là-bas ! Plus un geste !

Giovanni fit volte-face, laissant un infime laps de temps à l’inspecteur pour scruter son visage, pour le mémoriser du mieux qu’il le put. Puis tout s’accéléra, il détala et le Kabutops s’élança vers lui, profitant des embruns pour acquérir une vélocité inégalée.