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Tableau d'un voyage de Jelani



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Informations

» Auteur : Jelani - Voir le profil
» Créé le 31/10/2016 à 00:15
» Dernière mise à jour le 31/10/2016 à 00:15

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Du blanc de céruse au noir de jais
Un mois plus tard, la galerie est construite. C’est comme selon mes vœux un bâtiment assez simpliste dans sa décoration. Je n’ai jamais été particulièrement fan des excès. Le bâtiment était donc parfaitement intégré dans son milieu. Ses pierres d’un brun chaud et mordoré étant issues des falaises qui l’entourent. Sur ses côtés, des sortes de jardins de pierres et de mousses typique d’une autre région invitent au calme et à la méditation et les couleurs vives des bosquets fleuris aux alentours, qui étaient déjà présents bien avant la galerie, suffisent à mettre celle-ci discrètement en valeur. Eh bien, voilà qui me semble parfait.

Je me mis à accrocher mes œuvres dans la galerie. L’association m’ayant fournie le matériel nécessaire, je pus les mettre dans de grands cadres en les accompagnant de leurs cartels dont je pouvais rédiger la description moi-même. J’ai donc ma propre galerie, de façon légitime. Je ne pus retenir quelques larmes en montrant le résultat de mon travail à Mainyu et Hau’oli qui furent les premiers visiteurs de ma belle petite galerie.

« Alors comme ça, c’est officiel maintenant Meredith. » déclara Mainyu avec son sourire habituel.

Ce n’est que deux jours après l’ouverture de ma galerie que j’eus le bonheur de voir mon œuf éclore, Hau’oli m’ayant prévenu dès qu’elle a vu apparaitre la première fissure.

Je vis en premier un minuscule bec rose de nymphe éclater la coquille une première fois, puis une seconde. La troisième fois fragilisa suffisamment la coquille pour qu’il puisse en sortir en écartant ses petites ailes de jeune pokémon oiseau. Encore tout fragile, vulnérable, simplement recouvert d’un délicat duvet violet de parme en entendant que ses plumes poussent. Mais on pouvait l’identifier par la petite crête particulière sur sa tête et par les petites excroissances triangulaires semblables à des éventails présentent aux bouts de ses petits bras grêles qui deviendront plus tard des ailes.

Mon pokémon était donc un magnifique petit plumeline tel qu’on en trouve sur l’ile de Poni. Je dois dire que ce pokémon me satisfait tout à fait. Avec lui, je reste dans le domaine artistique et il me vint l’idée que plus tard, j’allais pouvoir faire de magnifique tableau de danse Buyō.

« Comment vas-tu appeler ce petit bonhomme ? » me demanda Hau’oli.

Ha, oui effectivement, il s’agit d’un mâle. Je ne m’étais pas intéressée à ça.

« hum…Pono » déclarai-je.

J’aime bien ce nom. D’abord, c’est dans la langue de la région. Ensuite, ça veut dire « splendeur » donc ça correspond plutôt bien à ce pokémon pour moi et pour finir, c’est proche phonétiquement du nom de cette île où j’ai appris à être heureuse.
Non, vraiment. Ce nom est parfait.

Le temps passe. Ma galerie m’occupe chaque jour un peu plus et sa réputation déteint sur celle de l’élevage de Mainyu qui reçoit lui aussi de plus en plus de clients. J’emmène Pono dans tous mes déplacements et il commence à apparaitre dans mes toiles de façon discrète. Je m’amuse à le placer niché dans un arbre, au 3ème, au 2ème plan, faisant la sieste à moitié caché derrière un rocher…remplaçant même quelquefois ma signature d’artiste. Il grandit. Ses plumes ont déjà bien poussé et, si le duvet a majoritairement laissé place à des plumes de la même couleur parme, le plumage des ailes, des excroissances et de la crête s’est également embelli de gris de lin et de turquoise.

Il y a trois semaines déjà qu’il sait marcher et déjà, il manifeste une grâce certaine et commence à effectuer des pas de danse. Pas de doute, il a déjà le talent inné de son espèce et parfois je tente de suivre ses mouvements.

Une nouvelle routine s’était installée et elle me plaisait beaucoup. Comme l’avait dit Monsieur Maluhia, d’autres membres de l’association étaient venu me voir et je me fis parmi eux de précieux amis exerçant dans un grand nombre de disciplines différentes et les entendre discuter de leurs arts avec la même passion que moi avec la peinture m’ouvrit l’esprit sur des visions du monde différentes et toutes forts enrichissantes. Peut-être pourrai-je tenter d’autres formes d’arts moi-même ? L’idée me séduit assez. Le monde est vaste et nous n’avons jamais fini d’apprendre.

Mais il semble que l’on ait décidé à ma place que je n’étais pas faite pour une vie routinière. Jamais encore je n’avais vu Mainyu sans son sourire, ai-je réalisé plus tard en le voyant me retrouver à ma galerie, furieux.

Lorsqu’il fut à quelques pas de moi, il me sembla qu’il allait déverser sa colère en un torrent de cris mais il se retint pour finalement demander d’une phrase courte, froide et incisive :

« -tu n’as pas l’impression d’avoir oublié de nous dire quelque chose sur toi, Meredith ? »

Je restai paralysée, incapable de répondre. Il reprit alors :

« -j’ai appris que tu avais fugué car la police internationale est sur ta piste. Je les ai prévenus que tu étais ici. Ils t’auraient retrouvé rapidement de toute façon puisqu’en commençant ta carrière d’artiste, tu n’as pas changé de nom. Ce n’était qu’une question de temps. Ainsi, moi et ma mère ne pourront pas être accusés de complicité dans ta fugue »

Je restai comme figée. Je n’avais plus pensé à cela depuis la visite de Monsieur Maluhia et j’étais tellement certaine que mes parents ne préviendraient jamais la police. S’ils ont affiché ma photo dans les médias, il y a surement eu un bon nombre de personnes les ayant informés m’avoir vu leur permettant ainsi de retracer mon trajet jusqu’ici. Bien qu’étant coupable de n’en avoir jamais parlé à Mainyu et Hau’oli, je ne pus m’empêcher de le ressentir comme une trahison. S’ils tenaient à moi, alors ils auraient dû me couvrir. En face de moi, Mainyu semblait indécis quant à l’attitude à adopter face à mon absence de réaction mais il fit par reprendre la parole, hésitant :

« Ce sont tes parents. Ils ont dû beaucoup s’inquiéter…tu seras forcément mieux auprès de ta famille »

Evidemment, ça ne semblait plus aussi étonnant à présent. D’après ce que j’ai pu voir, il a été élevé dans des valeurs familiales très fortes. Il doit penser agir pour le mieux pour tout le monde mais il y a une faille. Il ne connait pas ma famille.

« Si ma famille était si extraordinaire, pourquoi n’ont-ils prévenu la police que récemment, et pourquoi en serai-je parti ? » lui assenai-je alors d’un ton venimeux.
Et, sans lui laisser le temps de réfléchir et répondre, je partis en courant.

Je parcourus les mètres me séparant de la maison de Mainyu à toute vitesse. Je devais être parti avant l’arrivée de la police qui pouvait arriver d’une minute à l’autre. Il était temps de fuir de nouveau. Je rédigeai un mot à l’intention de monsieur Maluhia lui confiant toutes mes œuvres, de celles exposées dans la galerie à celles éparpillées sur le sol de ma chambre. Avec lui, je pourrai les retrouver une fois cette affaire finie. Tout du moins, je l’espère. Enfin, c’est déjà plus sûr que si c’est mes parents qui s’en emparent. Le monde s’écroule encore une fois autour de moi. Il faut que je tienne bon. Ils ne pourront pas me poursuivre. Pas toujours.

Mon sac est plein à craquer mais je ne veux pas laisser tout ce à quoi je tiens et à présent, je sais ce dont un voyageur a besoin pour vivre sur les routes. Avec, je pris un énorme sac plastique. J’allais en avoir besoin. Un seul moyen de leurrer le flair des pokémon qui accompagneraient la police m’est venu à l’esprit et pour ça, je devrai protéger mes affaires. Puis, je pris la pokéball que m’avait offert Mainyu pour Pono que je n’avais jamais utilisé jusqu’à présent mais c’était plus simple ainsi.

Je sortis de la maison par l’arrière et m’élança sur la route des champs. Je choisis de passer par les sentiers malgré le risque plus grand d’être vu car c’était le chemin le plus court. Une fois devant les cascades que je m’étais efforcé d’atteindre, je réalisai à quel point mon idée était folle. Même si ça allait me permettre de semer la police et leurs pokémons, j’allai sans doute y laisser ma peau mais avais-je vraiment le choix si je tenais à tout prix à ne pas me faire rattraper ? Je parcourus le chemin longeant le début des cascades, hésitante, et j’en repérai une, un peu en contrebas qui tombait de moins haut et semblait moins violente. Voilà ma chance. Je me laissai glisser lentement sur un versant pas trop vertical de la falaise afin d’atteindre mon moyen de fuite. Une fois devant, je mis mon sac à dos dans le sac plastique que je refermai de façon hermétique, enfin, j’espère qu’elle l’est. Puis, je me suis lancée.

En un instant, je fus transie jusqu’aux os. Mes vêtements collés à la peau. Des souvenirs de la forêt d’Empoigne me revinrent alors que l’eau m’avalait, toute entière. Je crus un instant que jamais je n’allais retomber mais ce moment arriva finalement plus vite que je ne l’avais pensé et le choc me coupa la respiration alors même que je me retrouvé au fond de l’eau. Il y eut ainsi comme un court moment de flottement alors que j’étais sonnée, engloutie dans les profondeurs liquides. Puis le courant m’attrapa et je fus projeté dans un enfer liquide. Le fleuve m’emportait en son lit. Je ne sais quelle distance je fis ainsi. A me retrouver sans arrêt projetée contre les bords du fleuve recouverts de pierres, contre les obstacles au cœur de celui-ci et contre mon sac que j’avais accroché à moi. Je devais me battre malgré le choc de la chute que j’avais subie et des coups que je recevais afin de pouvoir remonter à la surface quelques précieuses secondes afin de reprendre ma respiration.

Puis, le courant se calma. Je ne peux sortir de l’eau. Je n’en ai pas la force. Je fis quelques douloureux efforts afin de m’adosser au bord du fleuve puis ce fut le noir.

A mon réveil, je me retrouvai encore dans le fleuve. La police ne m’a donc pas retrouvé et je suis en vie. Ce sont bien les seules choses positives que j’ai à l’esprit. Mon brillant avenir venait de se briser en une multitude de petits éclats de verre. Le bonheur est-il donc si fragile ? J’ai toujours pensé avoir le laissé le malheur à Unys et avoir entamé une nouvelle période tant dans ma vie que dans ma peinture en arrivant à Alola. Le malheur m’aurait donc suivi jusqu’ici ? Non, ce n’est pas ça. Hau’oli m’avait prévenu en disant que mes peintures d’Alola ne dépeignait pas sa réalité. Pourtant, je savais que la peinture était un art subjectif mais je n’ai pas voulu voir qu’à Alola comme ailleurs chaque être et chaque chose possèdent une ombre. Mais que faire à présent ?
Mais alors que j’étais perdu dans mes pensées, je sentis soudain une présence à mes côtés. Le Scrutella du pont Sagiciel était assis là, agitant joyeusement ses jambes dans l’eau, le regard toujours au loin. Je savais à présent qu’avec du recul, le paysage autour devait être magnifique mais je n’étais plus confronté au même problème qu’à l’époque.

Face à mon manque de réaction, le scrutella qui semblait pourtant me prêter aussi peu d’attention que la dernière fois agita plus vigoureusement ses jambes, comme agacé. En réponse à cela, je sortis de l’eau et pris mes affaires de dessin. Quand j’eus fini de peindre, mon esprit avait retrouvé sa sérénité et le scrutella était toujours là contraire à l’autre fois. Nous contemplâmes la peinture à deux.

Voici donc ma troisième période. Adieu les tableaux sombres et adieu les ébauches de paradis. Le paysage est là tel qu’il est réellement. Une peinture profondément réaliste. Scrutella et moi relevâmes nos têtes en même temps et il se mit à me fixer dans les yeux.

« Message reçu. Je n’ai pas le droit d’abandonner. » Lui dis-je alors.

Puis il se pencha vers moi et il ouvrit la pokéball de Pono. Avant que je ne puisse lui en demander la raison, Scrutella avait disparu. Encore.
Il me faut absolument comprendre ce qu’il veut que je fasse. C’est certainement une piste pour m’aider. Pono n’a pas l’air de comprendre plus que moi la situation. Après un temps à me regarder en attendant quelque chose de ma part, il se détourna de moi et se mit à danser. Il n’a jamais appris à se battre, il ne connait que la danse. Comment cela pourrait-il m’aider ? Je ne vais pas monter un spectacle de danse maintenant ! Un spectacle…lors de mon premier échange avec monsieur Maluhia, celui-ci avait parlé de forains, me rappelai-je.

Après un court moment à méditer là-dessus, il me vint brusquement l’idée que c’était là, au milieu d’une scène avec d’autres forains que l’on me chercherait le moins.

« Je crois qu’on va faire quelque chose d’énorme tous les deux, Pono » lui déclarai-je à mi-voix.

Encore faut-il se déguiser pour ne pas être reconnu maintenant. Je sortis toutes mes affaires de mon sac. Le tissu doux de ma couverture, des baguettes, le nécessaire de couture offert gracieusement par une camarade artiste, mes peintures…bien, j’ai du travail à présent.

Plus tard, je m’assurai en me contemplant dans le reflet de l’eau que nul ne pourrait me reconnaitre. Mes longs cheveux étaient teints en turquoise grâce à ma peinture, très mauvaise idée en situation normale mais entre être reconnu ou avoir des cheveux abimés, je préfère la deuxième option. Mon visage, lui, se retrouve saupoudré de pigments non dilués de peinture blanche imitant le maquillage des danseuses traditionnelles de Buyo. Ma couverture sacrifiée m’a permis de recréer une de leurs longues tenues et je l’ai teint avec le même violet que celui du plumage de mon plumeline. Elle est très simple et mes coutures laissent à désirer mais je ne peux pas faire mieux. Des éventails, simples eux aussi et ne pouvant être pliés reposent à mes côtés.
Je me relevai alors, me plaçai aux côtés de Pono et dit :

« C’est toi la star à présent et je ne suis que ton humble assistante mon petit Pono. Veux-tu bien me montrer les pas, que je les apprenne ? »
Après cela, il faudra que je trouve les forains pour les rejoindre, mais nous pourrons toujours monter des spectacles dans les rues seuls pour gagner un peu d’argent.

Une nouvelle vie commence mais j’espère bien que le prochain grand bouleversement ne sera dû qu’à moi.