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Giovanni Boss de Volug



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Informations

» Auteur : Volug - Voir le profil
» Créé le 31/08/2016 à 00:11
» Dernière mise à jour le 12/11/2016 à 15:34

» Mots-clés :   Kanto   Policier   Slice of life   Suspense

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Chapitre 2 : Grenat
L'horloge tournait, les minutes défilaient au rythme des talons aiguilles des jolies demoiselles. Un rythme jazzy était perceptible, certainement en provenance du juke-box qui était à disposition, à côté de la porte d'entrée. Les beaux jeunes hommes étaient également de sortie, et en nombre bien plus important.

A la réflexion, ils n'étaient pas tous jeunes, et encore moins tous beaux. En effet, l'un deux était appuyé sur le mur, au fond de la salle. Il portait un élégant cardigan à carreaux rouges au-dessus de sa chemise blanche, dont les manches étaient retroussées. Bien qu'il semblait musculeux, il n'en était pas pour autant serré dans ses vêtements. L'homme avait une queue de cheval haute, ses cheveux blancs semblaient scintiller grâce à la lumière émise par les lustres pendants. Il avait un nez aquilin très fort ainsi que des lèvres assez serrées, mais était également marqué par de nombreuses rides, notamment sur le front et sous les yeux. Cela lui donnait quelques années de plus, ou simplement un air patibulaire. L'homme semblait attendre quelque chose, sans toutefois vouloir s'impatienter.

« Rien ne va plus ! »

Giovanni avait presque oublié pourquoi il était là, le sentiment qui l'avait gagné la veille ne s'était pas évaporé, l'odeur nauséabonde de cette cuisante défaite était encore bien présente dans ses narines. Il lui fallait réussir. La pochette en cuir qu'il gardait toujours sur lui était ridiculement fine par rapport au jour de son départ. Il la tâta dans la poche de son pantalon une énième fois pour vérifier qu'il n'en avait pas oublié. La bille roulait, le long du bord. C'est à ce moment que le doute s'empara de lui : qu'allait-il advenir de lui s'il s'était trompé ? Il n'avait pas encore réfléchi à cette hypothèse, bien qu'il eût dû.

En effet, plusieurs années s'étaient écoulées depuis qu'il avait quitté la villa, il avait jusqu'alors très bien géré la somme d'argent que sa mère lui avait fournie ; puis Giovanni s'était épris pour un jeu. Un jeu très simple qu'il avait découvert au coin d'un building de Safrania. Un jeune homme lui avait brièvement expliqué les règles, précisant que c'était très lucratif, puis lui avait proposé de démarrer. Le garçon aux cheveux gominés avait dès lors accru la somme qu'il lui restait, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il avait donc décidé de tenter sa chance dans un lieu plus officiel, à Céladopole, où les gains étaient bien plus importants. C'est par ce cheminement que Giovanni en était arrivé là, à garder les yeux rivés sur la petite bille en ivoire, qui roulait, le long de la paroi cylindrique, priant pour récupérer tout ce qu'il avait perdu la veille.

« Trente et un, noir, impair et passe ! »

Le chiffre qu'avait choisi Giovanni était rouge, et se situait sur une case adjacente au numéro trente et un. Le neuf avait été gagnant les sept parties précédentes et l'homme ne savait toujours pas pourquoi il avait espéré pousser la chance encore plus loin. Il avait perdu, tout ce qu'il lui restait. Il baissa la tête et le croupier récupéra sa plaque. C'est à cet instant que pour la première fois de sa vie, Giovanni se sentit vide, il eut l'impression que son cerveau avait été brutalisé, que tout ce qui se déroulait alors devant lui avait lieu derrière un mur de verre.

« Messieurs, faites vos jeux ! »

Il ne comprenait pas, et ne voulait pas comprendre. Ce douloureux sentiment qui s'était emparé de lui la veille ne s'était pas dissipé, au contraire, il s'était amplifié. Ses membres étaient lourds, sa tête commençait à être envahie de vertiges. Ses jambes ne désiraient plus le soutenir, comme si son cerveau leur avait ordonné de renier sa personne, pour ce qu'elle venait de lui faire subir. Soudain, dans un élan de repentance, ses mâchoires se contractèrent. Il bouillonnait, littéralement. Ses tempes se dilatèrent et un accès de rage lui dicta de récupérer ce qui venait de lui être dérobé, purement et simplement.

Giovanni souleva violemment la table, ce qui eut pour effet de renverser les coupes plus ou moins remplies qui étaient posées dessus. Par ailleurs, ce geste brutal fit également interrompre toutes les conversations. Il fixait le croupier et fulminait. Les gens autour de lui commençaient à paniquer, ils reculaient. Seul le croupier était immobile, l'effrayant éclat onyx qui venait d'apparaître dans le regard de Giovanni semblait le paralyser. Il lui fallait récupérer son bien, c'est pourquoi il se jeta sauvagement sur le croupier.

« Sécurité ! Sécurité ! »

Giovanni fut arraché de l'homme. Il était étreint par quelqu'un qui était derrière lui. Il reçut alors une volée de coups de poings dans les côtes, puis hurla et tenta de se débattre, en vain. Il fut jeté comme une bête sur les pavés humides du trottoir. Ses membres étaient cette fois vraiment endoloris, il avait du mal à stabiliser ses pensées mais leva tout de même les yeux. L'homme à la queue de cheval blanche le fixait, sa ride du lion semblait sur le point d'exploser. Il ne daigna pas même émettre un son tant le regard était équivoque. Un deuxième homme se pencha dans l'embrasure de la porte puis jeta une mallette métallisée sur Giovanni.

« Tiens tocard ! T'as oublié ça ! »

***

C'était comme dans un rêve.

« Tiens-toi sur tes gardes Jenny, il est certainement armé ! Un ! Deux ! ... »

Il ouvrit les yeux. C'était tout sauf un rêve. Le vacarme que venait de provoquer la porte en s'écrasant contre la poubelle avait retenti dans tout l'appartement. Le crissement des morceaux de verre se répandant sur le carrelage n'était pas plus plaisant à entendre. Il avait bien fait de consommer autant de bières la veille. Giovanni sauta du lit. Il entendait des pas précipités dans la pièce d'à côté. Les personnes qui venaient d'enfoncer la porte d'entrée étaient à sa recherche. Il se rua sur la petite mallette argentée et composa les deux codes à trois chiffres permettant son ouverture. Puis il prit la première honor ball de la rangée du bas et en fit sortir le pokémon qu'elle renfermait. La porte de sa chambre craqua et deux agents de police firent irruption.

« Cette fois, on te tient Giovanni ! »

***

Le soleil était levé depuis quelques heures déjà. Ses rayons, bien que filtrés par les feuillages des arbres, éclairaient les feuilles mortes qui jonchaient le sol. On entendait des chants, piaillements et autres gazouillements ci et là, le tout semblait être en harmonie avec le ruissellement de la rivière, à quelques dizaines de mètres plus loin. Les parcelles de hautes herbes ondulaient au gré de la légère brise, quelques flaques sur le chemin témoignaient encore de la tempête qui s'était abattue au cours de la nuit. Certaines branches mortes craquaient de temps à autre, puis laissaient s'écouler de l'eau, prouvant ainsi que la violente averse avait également laissé des traces dans les hauteurs. Soudain les oiseaux se turent, ce qui ne fut pas le cas du ruissellement, qui s'écoulait tranquillement dans le petit bosquet.

Quelques minutes passèrent et les gazouillements reprirent de plus belle, suivis d'un bâillement aigu. C'était avec élégance et nonchalance que le pokémon se hissa sur une souche de hêtre. L'apparence soyeuse de son pelage aurait pu rappeler certaines fourrures de haute noblesse, de même que sa couleur, qui bien qu'elle fusse beige ne semblait absolument pas terne. Le pokémon tourna deux fois sur lui-même avant de se coucher sur la souche, désirant digérer calmement son repas, et laissant apparaître des coussinets roses à peine usés. Sa queue était enroulée sur elle-même, non sans rappeler les précieux rouleaux de soie des riches marchands qui accostaient à Carmin-sur-Mer. Le grenat sur son front reflétait la lumière du soleil, ce qui le rendait encore plus éclatant. Ses fines moustaches frétillaient au rythme de la brise.

Un énième craquement se fit entendre, toujours en provenance de branches mortes, près de la cime des arbres. Le Persian, non-intrigué, n'avait pas daigné levé la tête. C'est pourquoi sa colonne vertébrale se retrouva soudainement écrasée sous le poids d'une très grosse ramure. Le feulement qui retentit était à glacer le sang. Il tenta de se relever mais la branche était bien trop lourde, il était immobilisé. L'oxygène avait du mal à se frayer un chemin jusqu'aux poumons du félin. La vision du chat commençait à s'obscurcir. Puis il sentit qu'il récupérait sa liberté de mouvement, quelque chose était en train de soulever la branche. Il rampa, avec le peu de force qu'il lui restait, le plus loin possible de la ramure avant que celle-ci ne fut relâchée par le sauveur, dans un bruit sourd. Le félin souffrait, quelques vertèbres avaient certainement été déplacées sous la violence de l'impact.

« Ne résiste pas, tu seras très vite soigné ! »

Un faisceau rouge illumina le bosquet. Il recouvrit le corps du pokémon, exténué ; puis la pokéball blanche clignota trois fois. Les oiseaux chantaient toujours, et le ruissellement du cours d'eau continuait sa mélodie.

***

Ils étaient tous deux étendus sur le carrelage. Une flaque couleur rubis continuait de se répandre. L'odeur commençait à s'accroître dans l'appartement. Giovanni regardait autour de lui, son Persian était en train de se nettoyer les pattes, encore pourpres, à coups de langue. Il s'approcha des deux agents, leurs blousons bleu marine avaient été lacérés, symétriquement. Comme si les deux policiers avaient chacun été frappés par une patte du Persian, simultanément.

Giovanni n'était pas scandalisé. Il ne ressentait pas de peine pour eux, et encore moins de pitié. Cela faisait bien des mois qu'il n'était plus choqué par ces visions criminelles. C'est ce qu'avait eu pour conséquence la manière dont il s'était procuré, à nouveau, de l'argent. Il avait été poursuivi à tour de rôle par différents sbires, agents, et même inspecteurs. A chaque fois, il avait été contraint de s'en débarrasser, sans quoi il aurait croupi au fond d'une cellule.

Approchant sa vingt et unième année, la façon dont il voyait le monde avait profondément mûri, il s'était immiscé clandestinement à de nombreuses reprises dans des soirées mondaines d'hommes d'affaires de Safrania et était dorénavant capable de discuter avec n'importe lequel des invités. Son obsession pour la finance lui avait déverrouillé plusieurs contacts avec de grands dirigeants et il comprenait maintenant les différentes hiérarchies qui pouvaient exister au sein d'une organisation. Sa passion pour l'argent commençait à tendre vers la mégalomanie.

En effet, quelques années s'étaient écoulées depuis la fameuse nuit au casino de Céladopole, et Giovanni avait dû user de stratagèmes et de ruses pour se refaire, allant jusqu'à certaines bassesses dignes d'un petit malfrat de seconde zone. Il avait escroqué, volé, cambriolé, pillé et bien évidemment recelé. La plupart de ses larcins étaient des objets, petits, précieux, facilement dissimulables ; mais il avait également constitué un marché noir de pokémons, les revendant à de riches badauds qui n'avaient pas le courage de devenir dresseur à temps plein. Les gens qui étaient affiliés à sa recherche n'étaient jamais les mêmes, car ceux qui le trouvaient étaient les policiers qui parvenaient à s'introduire chez lui ; et ceux-là, ne rentraient pas chez eux.

Giovanni se pencha vers les deux corps sans vie, récupéra les pokéballs qui étaient accrochées aux ceintures, puis se redressa. La luminosité passait au travers des stores vénitiens. Il caressa la tête du Persian qui ronronnait. Le grenat sur son front reflétait la lumière du soleil, ce qui le rendait encore plus éclatant.

« Il va falloir que nous déménagions, à nouveau. »