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» Auteur : Skriff - Voir le profil
» Créé le 11/07/2016 à 15:03
» Dernière mise à jour le 11/07/2016 à 15:03

» Mots-clés :   Action   Drame   Présence de poké-humains   Présence de transformations ou de change   Sinnoh

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Chapitre 4 : L'occultiste
Charbourg était une ville passionnante pour de nombreuses raisons. La première, c'était tout d'abord sa mine ; un gigantesque labyrinthe de pierre et de minerais où se cachaient autant de dangereux Pokémon que de mineurs en plein travail. La seconde, c'était la grandeur de la ville en elle-même, et le fait qu'elle soit le point de passage obligatoire entre Félicité et Unionpolis, qui étaient les deux villes majeures de Sinnoh. Mais si Aaroise Wycendale était là aujourd'hui, ce n'était ni pour la première raison, ni pour la seconde. En effet, Mr Wycendale exerçait l'incroyable, étrange, dérangeante et passionnante profession d'occultiste. Son métier était simple dans les faits : aider les esprits à trouver le repos et leur permettre de quitter les lieux qu'ils hantaient. En d'autres termes, il s'agissait d'un homme spécialisé dans les Pokémon de type Spectre.

Bien évidemment, il était interdit d'apprivoiser des Pokémons Spectre en Sinnoh ; mais il fallait bien quelqu'un pour s'occuper des sauvages. Aaroise était cet homme-là. Ayant grandi au Mont Mémoria, à Hoenn, il était rentré très tôt en contact avec des esprits, ses parents étant régulièrement possédés eux-mêmes, car spécialistes du type Spectre chacun à leur manière - sa mère était mystimaniac, par exemple. En raison de sa profession et de sa maîtrise, Mr Aaroise Wycendale avait obtenu le grade 5S de possession de Pokémon. Il pouvait ainsi posséder, en plus des Pokémon des autres types obtenus grâce aux titres précédents, les Pokémon appartenant au type Spectre, sachant qu'ils étaient normalement interdits en circulation. Ce statut privilégié lui avait été offert pour diverses raisons.

La première, et pas des moindres, c'était son efficacité. Et la rareté de son métier, surtout. En effet, il était, à sa connaissance, le seul occultiste de la région. Ainsi, il ne manquait pas de requêtes - quoi que, les Pokémon Spectre demeuraient en nombre assez limité et dans des zones concentrées. La seconde, c'était son Pokémon, Covelline, une Ténéfix ; en dépit de son double-type qui pourrait la faire passer pour un mauvais Pokémon (elle était Ténèbres-Spectre), elle était plutôt joviale et très sympathique. Elle portait, autour de son cou, un collier de pierres évolutives qu'elle grignotait de temps à autres, progressivement, pour ne pas tout manger d'un coup. Mais Aaroise ne possédait pas que Covelline en Pokémon ; il ne s'agissait que de son second. Ils étaient en réalité un trio, le premier Pokémon qu'il ait reçu étant un Goupix, qu'il nomma Réalgar. Ayant depuis très longtemps évolué en Feunard, les trois compères voyageaient ensemble et se débrouillaient pour apporter la paix aux Pokémons Spectre égarés.

C'était donc pour affaires qu'Aaroise Wycendale était aujourd'hui à Charbourg ; selon son client qui l'avait contacté assez récemment, un certain terrain de la ville serait en proie à des incendies violents et répétés. À chaque fois qu'on essayait de construire quelque chose sur le terrain, cela prenait irrémédiablement feu dans un délai de quelques jours. La raison, selon les voisins, serait des Pokémons Spectre vengeurs. Aaroise était donc là pour confirmer si oui ou non il s'agissait de cela. Avant d'arriver, il avait fait des recherches sur le terrain en question. En fait il les avait faites dans le train qui l'avait conduit à Charbourg, pour être plus exact. Il n'avait pas tardé à découvrir que le premier incendie s'était produit cinq ans avant mais qu'une seule personne, un enfant, y avait péri.

Cela ressemblait très fort à un cas de hantise de fantôme pyromane. Probablement un Funécire ou une de ses évolutions. Ce n'était pas la première fois qu'il tombait sur des cas similaires et ce ne serait probablement pas la dernière. Il ne restait qu'à espérer que tout se passe bien. Malheureusement, comme avec les humains, il fallait s'attendre à tout. Les spectres étaient aussi capricieux et imprévisibles qu'eux, si ce n'est plus. En effet, ils n'étaient pas vraiment "mortels" à proprement parler, donc ils étaient plus imprudents et plus excités. Ce qui apportait tous les problèmes allant avec cette situation désagréable. À peine descendait-il du train que déjà, tous les regards se tournaient vers lui. Il y était habitué, et n'y faisait plus attention. Outre ses Pokémon qui le suivaient à la trace, il fallait dire qu'il avait un look plutôt inhabituel, avec son haut-de-forme noir et sa cape violette. Mais c'était le métier qui voulait ça. Ou plutôt c'était ce qu'il s'était persuadé de croire.

En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, ils se retouvèrent devant le fameux terrain. Un lopin de terre noirci par les cendres, coincé entre deux immeubles gigantesques, comme s'il allait s'étouffer. La rue était assez populaire et ce coin-là était le seul qui faisait tâche parmi ces bâtiments ultra-modernes et neufs de moins de trois ans. C'était très facilement remarquable, voir trop. Il fit un pas sur le terrain ; et ce fut tout ce qu'il eut à faire pour sentir la présence d'un spectre, et puissant, qui plus est. La signature spectrale était très forte ; à force d'en croiser, Aaroise réussissait à la détecter et à évaluer leur impact. Mais celle-ci dépassait de loin la majorité de celles qu'il avait pu rencontrer. Bon, présence de spectres validée. Il fit un pas en arrière.

Le propriétaire du terrain ne tarda pas à arriver. Il venait de sortir d'une longue et grande limousine. C'était un riche homme d'affaires, propriétaire entre autres de la mine, et d'une bonne partie de la ville. Habituellement, Aaroise ne traîtait pas avec les hommes trop influents, surtout dans ce genre, mais c'était pour le bien des habitants de Charbourg. L'homme lui tendit la main et l'occultiste la serra pour le saluer.

« Mr Fletcher, propriétaire du terrain. Vous êtes...?
- Aaroise Wycendale. Enchanté de vous rencontrer. C'est donc ici, le terrain hanté ?
- C'est cela. Enfin, nous n'en sommes pas réellement sûrs, pour le moment...
- Il est hanté. La signature spectrale est très forte. Je ne voudrais pas vous affoler, mais ça risque d'être dangereux pour les voisins. »

Aaroise pesait ses mots en affirmant cela. Il savait par expérience que si un spectre se mettait en colère, il attaquerait ou essayerait de posséder toute personne passant à proximité. Avec un terrain aussi proche des habitations, c'était inévitable. L'occultiste pouvait parfaitement clore son esprit aux manifestations extérieures, mais sûrement pas quelqu'un de non-initié.

« Vraiment ? Enfin, monsieur, je ne vais pas dire...
- Monsieur Fletcher, en ma qualité d'occultiste, je peux vous dire qu'il n'y a rien de plus dangereux qu'un innocent possédé. Si le spectre s'énerve, il s'en prendra à vos locataires. Ce serait dommage que vous ayez une mauvaise publicité à cause de cela, non ? »

Bien que passablement agacé, Mr Fletcher ne pouvait qu'admettre qu'Aaroise avait raison. Il avait beau tenir énormément à son argent, sa réputation et son honneur importait encore plus. Si un innocent se faisait posséder, ce serait probablement de sa faute, car il aurait été prévenu avant.

« Je suis un homme prudent, je vais vous écouter. Vous aurez le coin pour toute la journée de demain.
- Bien. Ensuite, j'aurais besoin d'un maximum d'informations sur les propriétaires de la maison qui avait brûlé la première fois. Absolument tout. Usez de vos contacts, de vos amis, n'importe quoi : tout me sera utile.
- Hum, eh bien... Je suppose que je vais faire cela. Vous recevrez tout ce soir.
- J'ai pris une chambre dans votre hôtel du coin de la rue. Je m'y rends dès à présent, il faut que je me prépare.
- Vous n'inspectez pas plus le terrain ?
- Ce terrain est détruit, il n'y a rien à y trouver. Ce que je trouverai comme indices sera dans l'entre-deux-mondes. Et pour cela, il faudra déranger le spectre. Donc je ferai tout cela demain. »

Mr Fletcher, hésitant, serra de nouveau la main à Aaroise, et remonta dans sa limousine afin de partir. Aaroise sourit à ses Pokémon, amusé de leurs réactions plutôt surprises.

« Ne me regardez pas comme ça, vous deux. Vous savez à quel point je hais les hommes comme lui qui ne pensent qu'à l'argent... »

Sans attendre plus longtemps devant ce terrain vague, l'occultiste commença à se diriger vers l'hôtel en question à pas tranquilles. Il se rendit dans sa chambre et y posa le peu d'affaires qu'il avait avec lui -après tout, son métier lui demandait de beaucoup voyager, il avait donc besoin de prendre le moins de choses possibles. Une fois dans sa chambre, Aaroise commença à l'aménager. Son "aménagement" était simple : il poussait la plupart des meubles contre les murs afin de faire plus d'espace au centre de la pièce, il installait un tapis spécial qu'il gardait avec lui, allumait quelques bougies, fermait les volets, et mettait en place, avec l'aide du Rune Protect de Réalgar et du Clairvoyance de Covelline, une atmosphère et une protection spirituelle adaptée à la méditation.

En effet, afin d'atteindre la préparation mentale nécessaire pour s'introduire dans la dimension de ce fantôme, Aaroise devait s'y prendre assez tôt. Et pour entrer dans un esprit en colère et perdu, il faut que le sien soit clair et calme. Rien de tel qu'une séance de méditation nocturne avec ses deux Pokémon afin d'atteindre l'état de tranquillité optimal pour appréhender toutes les situations. Ainsi, l'occultiste ne dormit pas. Mais sa méditation et le calme garanti par l'hôtel et les pouvoirs de ses Pokémon suffirent à lui donner les mêmes effets que s'il avait complété une nuit au pays des songes. C'est donc lorsque les premières lueurs de l'aube percèrent à travers les volets qu'Aaroise arrêta sa séance et se leva, suivi de ses deux compagnons de route qui eux aussi, avaient médité toute la nuit.

À force de tout faire avec eux, ils avaient créé un lien à la vie, à la mort. Ils se connaissaient chacun par cœur, et agissaient comme des frères et sœurs protecteurs les uns envers les autres. C'est pour cela qu'Aaroise n'avait pas eu de difficultés à obtenir le permis de "possession" de ces Pokémons pourtant réputés dangereux : parce qu'il avait une totale confiance en eux, et inversement. Arrivé devant le terrain vague, tout comme la veille, il attendit patiemment Mr Fletcher, sa canne posée sur le sol. Bientôt, l'opulent homme arriva et lui indiqua que le terrain était tout à lui ; qu'il n'y avait plus personne sept cent mètres à la ronde. Cette distance était tout ce qu'il fallait à Aaroise pour s'assurer que le spectre ne puisse pas prendre possession d'une innocente victime. Il lui tendit également les dossiers.

Ordonnant au propriétaire de quitter les lieux poliment, l'occultiste s'avança vers l'intérieur de l'endroit. À chaque pas qu'il faisait, la présence spectrale se faisait de plus en plus forte ; il se sentait mal à l'aise. Les cendres tourbillonnant à cause du vent, l'odeur de brûlé constante, l'atmosphère insipide... Nul doute, c'était le signe d'un membre de la famille de Funécire. Bien que l'affaire en avait déjà tout l'air, Aaroise en avait désormais la confirmation. Les Funécire, Mélancolux et Lugulabre étaient des Pokémon apparentés aux bougies. De type Spectre et Feu, ils étaient quasiment toujours ceux qui provoquaient des incendies similaires grâce à leurs pouvoirs. Ils se trouvaient généralement sur les lieux où des humains avec une volonté forte étaient morts dans les flammes.

Tandis qu'il s'avançait vers le centre du terrain, Aaroise avait ouvert le dossier et avait commencé à le lire. Les derniers propriétaires avant le premier incendie étaient la famille Phant. La mère était une diva célébrissime et le fils un élève studieux. Ils vivaient tous les deux dans une splendide maison qui, un soir et sans raison, avait pris feu. Problème, ce soir là, la mère se produisait dans une salle d'opéra, et le fils s'est retrouvé pris dans les flammes... Il ne s'en était, évidemment, pas sorti. Après enquête, il s'était avéré qu'il s'agissait d'un incendie accidentel. Le poêle à gaz allumé par l'enfant pour se tenir chaud en attendant que sa mère revienne avait eu un dysfonctionnement et avait pris feu. Le garçon, qui dormait dans sa chambre -sa mère le considérait comme assez grand pour se débrouiller seul-, était mort étouffé par la fumée. Une tragique histoire, d'autant plus que la mère avait fait plusieurs tentatives de suicide par la suite, avant de disparaître mystérieusement...

Bon, à priori, il y avait deux possibilités. Soit le jeune garçon, prénommé Xavier, avait dérangé un esprit qui avait élu résidence dans sa maison précédemment, soit le spectre n'était autre que la victime, qui, de par sa volonté supérieure, avait réussi à revenir sous la forme d'un Pokémon. Pour le moment, aucune théorie ne paraissait bonne ou mauvaise, surtout en prenant en compte le fait qu'il s'agisse d'un enfant. Aaroise ferma le dossier mais le garda à proximité, afin de pouvoir fouiller dedans au cas où durant son intervention dans l'entre-deux mondes. Il s'approchait de plus en plus de la source d'énergie spectrale, qui se trouvait être pile au centre du terrain vague. Très centrée, très concentrée, cela indiquait clairement la volonté de rester dans ce lieu précis. Ses Pokémons à ses côtés, il se positionna à l'endroit précis de la source.

Se tenant droit et fier, il demanda à Covelline et à Réalgar d'exécuter simultanément, une nouvelle fois, Rune Protect et Clairvoyance. Ces deux capacités étaient essentielles à Aaroise afin de lui permettre limiter les ondes négatives et de distinguer l'indiscernable. Frappant ses mains l'une dans l'autre, puis tendant ses bras devant lui, il ferma les yeux et fit le vide dans son esprit. Le processus afin d'entrer dans le "Délirium" d'un fantôme, comme l'appelait Aaroise, est un procédé assez complexe. Il implique que celui qui y entre et celui qui en est le créateur réussissent à se mettre sur une même "fréquence dimensionnelle". C'est assez difficile à expliquer et l'occultiste pourrait passer des heures à vous raconter comment ça se passait tant il aimait ça.

Toujours est-il qu'il fut assez surpris de constater que la connexion fut inhabituellement rapide. Usuellement, les fantômes refusaient tout contact et Aaroise devait "forcer" le passage. Mais ici, le lien se créa presque naturellement, et lorsqu'il ouvrit les yeux, l'occultiste était déjà dans l'entre-deux mondes. Il se tourna pour observer autour de lui, surpris. Un Délirium est un lieu entre les dimensions créé par un esprit avec une forte volonté. Par le simple fait que l'être souhaite son existence, il existe. Les rêves sont des sortes de Déliriums involontairement créés par le cerveau. Ici, pas de notion du temps ou de souffrance ; c'est un lieu hors des préoccupations physiques, où tout est réel et irréel, modelé selon la volonté de l'individu qui le crée.

Les spectres ont quasiment tous un Délirium. Ceux qui n'en ont pas sont constamment sous leur forme physique et visible. Lorsqu'un spectre devient invisible et immatériel, il passe dans sa "dimension privée" afin de pouvoir ne plus être affecté par les lois régissant la dimension où se trouve leur véritable corps. Les spectres hantant des endroits précis sont généralement dans un Délirium afin de pouvoir maîtriser le lieu physique pleinement.
Mais celui-ci était très particulier. Il s'agissait... D'une maison chaleureuse et étrangement banale. Habituellement, les Délirium sont emplis de choses illogiques et irréelles ; les couleurs changent, les surfaces se remodèlent et sont instables, des éléments trahissant les défauts et les folies intérieures du possesseur ressortent, ce qui donne un lieu complètement anormal et troublant.

Cependant, ici, ce n'était pas le cas. Aaroise assistait à un phénomène révélant la puissance et le self-contrôle du fantôme : ce dernier était capable de modeler son Délirium comme il le souhaitait. C'était soit le travail de plusieurs années, ou soit une puissance surnaturelle assez impressionnante ; au vu de l'énergie spectrale du lieu, peut-être un mélange des deux. Ses Pokémon se matérialisèrent à ses côtés. Bien qu'assez expérimentés, ils mettaient toujours un certain temps avant de rejoindre Aaroise dans l'entre-deux-mondes. Pendant ce temps, l'occultiste avait détaillé la pièce : il s'agissait d'un grand salon assez luxueux, dans le style bois moderne ; les fenêtres étaient fermées, les portes aussi. Il y avait deux grands fauteuils lui tournant le dos orientés vers un poêle à gaz en activité.

En s'approchant de ce dernier, assez intrigué par ce qui n'était évidemment pas une coïncidence, il remarqua que le fauteuil de gauche était occupé. Il s'agissait d'un jeune garçon d'une quinzaine d'années, aux longs cheveux noirs, à la peau pâle, et portant des vêtements aux teintes violettes et grises. Il avait des lunettes et lisait avec attention un livre. En apercevant Aaroise à ses côtés, il leva la tête et sourit.

« Bienvenue. Asseyez-vous à côté. Ma mère n'étant pas là, elle ne vous en voudra pas si vous prenez sa place. »

Obéissant par politesse aux ordres de ce qui s'avérait être le maître de maison, Aaroise s'assit dans le fauteuil, le tournant légèrement pour s'orienter vers le jeune garçon. Oui, les yeux jaunes, le teint pâle... C'était un spectre, à n'en point douter. Du moins l'apparence qu'il se donnait dans son Délirium, pour être plus exact. L'occultiste engagea la conversation.

« Vous êtes Xavier Phant, c'est cela ?
- Exact. Fils de Mélodie Phant... Et décédé ici-même il y a cinq ans. Enchanté de faire votre rencontre, monsieur...?
- Monsieur Wycendale. Aaroise Wycendale. »

Aaroise eut le besoin de sourire. Refermant son livre, Xavier plongea son regard dans le sien.

« Vous êtes probablement l'un des spectres les plus calmes que j'ai eu la chance de croiser, avoua Aaroise.
- Je ne suis pas quelqu'un de réellement en colère de ma mort. C'était un accident, après tout, je ne pouvais rien y faire, et ma mère non plus...
- Alors pourquoi mettez-vous le feu à cet endroit ?
- C'est justement pour elle, que je fais ça. Ce terrain... Est à nous, même si elle l'a revendu après... Et... J'ai envie de la revoir. Pour lui dire que tout cela n'est pas de sa faute. J'espérais qu'elle reviendrait. Mais elle n'est pas revenue. »

Sa voix était emplie d'un mélange de tristesse et d'amertume. Aaroise trouvait l'affaire assez simple, au final. Il s'agissait d'un enfant souhaitant revoir sa mère pour lui apporter paix et tranquillité, et qui agissait ainsi afin de la faire revenir... C'était plutôt émouvant et mignon, en réalité. Il reprit :

« Je suis coincé ici. J'ai essayé de partir pour la retrouver, mais mon esprit demeure scellé en ces lieux. Je ne peux malheureusement rien faire... C'est pour ça que je suis soulagé que quelqu'un comme vous arrive enfin jusqu'ici.
- Vous avez des pouvoirs plutôt impressionnants, pourtant, à en voir ce Délirium...
- C'est ainsi qu'on appelle cette dimension ? Eh bien pour être franc, c'est surtout parce que j'y ai passé cinq ans. Je me suis dit que j'allais probablement passer un bon bout de temps ici, alors j'ai décidé de m'entraîner afin de le faire dans des conditions un tant soit peu agréables... Au début ce n'était pas brillant, je l'admets, mais maintenant j'ai quasiment réussi à reconstituer toute la maison de mémoire. »

Aaroise eut un petit pincement au cœur. Cet enfant avait passé cinq ans seul et abandonné dans un lieu étroit et en cendres... Il était étonné qu'il n'ait pas cédé à la folie. Cela prouvait une détermination, un sang-froid et une volonté à toute épreuve. De plus, lorsqu'on passe beaucoup de temps dans un lieu clos, notre mémoire a tendance à être plus efficace... Cela se confirmait avec ce jeune homme capable de reconstituer un manoir de mémoire. En un instant, le livre s'évapora des jambes du spectre, et une tasse de thé apparut dans sa main droite. Il commença à en boire doucement, puis après deux gorgées, regarda de nouveau Aaroise en souriant tristement.

« Je sais que tout ce qui se passe ici n'est motivé que par mon imagination. Le réel me manque. J'aimerais tant revoir ma mère...
- Nous pourrions passer un marché. Admettons que je retrouve votre mère et que je la ramène ici. Vous pourriez partir de cet endroit, n'est-ce pas ?
- Si vous réussissez à la ramener ici, je partirai aussitôt que je lui aurai parlé, je vous en fais le serment.
- Bien, marché conclu, alors. »

Aaroise se leva du fauteuil et fit un signe de tête en baissant son haut-de-forme. Xavier lui répondit par un hochement de tête.

« Vous allez repartir, alors ?
- Il le faut bien.
- La compagnie m'avait quelque peu manquée. Merci d'être venu à ma rencontre, ce fut bref mais très sympathique. Je compte sur vous.
- Peu importe le temps que ça prendra, je vous la ramènerai, soyez-en sûr. »

Et aussitôt, Aaroise ferma les yeux de nouveau. Il commença à se déconnecter de Xavier, à s'en éloigner spirituellement, de manière à retourner dans son corps. En l'espace de quelques secondes, il était de nouveau au milieu du terrain vague, les cendres attaquant ses narines, l'énergie spirituelle forte l'assaillant, le vent qui soulevait doucement sa cape... Il se remit d'aplomb et regarda ses Pokémon, qui revenaient à leur tour dans le monde réel. C'était un petit peu comme s'ils émergeaient du sommeil, en quelque sorte. Comme dit précédemment, les Délirium étaient des sortes de rêves, après tout. Le voyage, contrairement à d'autres qu'Aaroise avait précédemment, s'était fait tranquillement, ce qui fit qu'il fut apte à repartir immédiatement.

Une fois en dehors du terrain vague, il sortit son téléphone et contacta son client. Ce dernier ne tarda pas à répondre. Leur échange fut court mais plein d'informations : Aaroise devait à tout prix retrouver cette fameuse Mélodie Phant dans les plus brefs délais. Mais il ne suffit que d'une phrase pour que le propriétaire du terrain n'abatte tous ses espoirs de résoudre cette affaire rapidement.

« Elle a disparue.
- Je l'ai vu dans le dossier. Mais elle n'est pas morte, non ?
- Avez-vous regardé les informations au sujet de sa disparition ? »

Non. Cela n'avait pas paru intéressant, mais maintenant qu'il le disait... Il ouvrit le dossier et regarda les informations sur Mélodie Phant. Il descendit jusqu'en bas de la page, cherchant le statut. Trouvé. Il lut à voix haute :

« Mélodie Phant, DISPARUE, supposément enlevée par l'organisation nommé la Corporation, au vu du mode opératoire.
- Ça répond à la question, je suppose, Mr Wycendale ?
- Elle n'est pas morte, je le répète. Je la retrouverai, même si ça signifie que je dois démanteler cette Corporation pour cela. J'ai fait un marché avec ce spectre, et je le compléterai. Au revoir, Mr Fletcher. »

Sans attendre de réponse, Aaroise raccrocha. Il était déterminé à retrouver cette femme, coûte que coûte. C'était son travail de remplir les contrats qu'il passait avec les morts, et il tenait toujours sa parole. Si Mme Phant ne pouvait pas venir jusqu'à son fils, c'est qu'il y avait une raison. Et maintenant que c'était plus clair, c'était à lui d'élucider cette affaire.

<Aaroise, tu es sûr que tu vas y arriver ? On parle quand même d'une organisation qui échappe aux forces de police depuis des mois...>

C'était Réalgar qui venait de s'exprimer, pour la première fois depuis la veille. En effet, de par son contact continu avec les Pokémon, Aaroise était parvenu à plus ou moins apprendre leur langage, et le maîtriser à son tour. Les Pokémon parlaient en "répétant" le nom de leur espèce, en apparence, mais c'étaient en réalité des codes et des manières différentes de le dire qui devaient être interprétées. Et oui, pour parler Pokémon, Aaroise avait besoin... De répéter son prénom. Ce qui était relativement ridicule et expliquait le fait qu'il ne le faisait que très rarement. Parce que bon, après, c'est direction l'asile, occultiste ou pas, s'il se faisait voir agissant ainsi...

<J'ai assez confiance en moi-même pour savoir que je peux y arriver. On retrouvera cette Mélodie Phant. J'ai déjà eu des enquêtes plus difficiles et dangereuses, non ?
- Je n'en suis pas si sûr...> répondit Réalgar.

Covelline, elle, ne parlait comme à son habitude pas. Elle se contentait de grignoter la pierre Eau de son collier. Réalgar lança un regard plein d'appréhension à son compagnon de route, puis finalement, baissa les yeux, acceptant la décision d'Aaroise.

<Bon, allons-y. De toutes manières il faut remplir le contrat que tu as "signé" avec ce Xavier...>