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Le Grand Essaimage T.1 : L'éveil de l'Essaim de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 16/03/2016 à 01:01
» Dernière mise à jour le 07/01/2017 à 23:28

» Mots-clés :   Action   Drame   Présence d'armes   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 2 : Koha Gariul
Koha, du haut de ses dix ans, était déjà l’aîné mâle de sa famille, et il se plaisait à penser que c’était à lui de la protéger du besoin. Depuis que son père les avait abandonnés, la fratrie Gariul et leur mère devaient subsister seul. Et ce n’était pas facile, surtout dans ce village pauvre et relativement éloigné du centre du Conglomérat qu’était Salurat. Koha vivait au jour le jour. Quand il se levait le matin, la seule question qu’il se posait était : « comment vais-je pouvoir manger aujourd’hui ? ».

Koha était très débrouilleur pour son jeune âge. Bien obligé, quand on était sans ressource. Il savait se trouver quelque petits travaux occasionnels, comme cirer les chaussures des riches personnes, porter leurs affaires, fouiller les poubelles à la recherche d’objets de valeurs qu’il pourrait réparer et revendre... Il avait même appris à faire les poches des gens. Ça ne lui plaisait pas, car sa mère Rita l’avait toujours élevé dans un souci de distinction du bien et du mal. Et voler se situait clairement du coté du mal. Et il y avait aussi le risque qu’il se fasse attraper. Pourtant, parfois, Koha était obligé. Quand il n’avait pas du tout d’argent et qu’il n’avait rien trouvé à manger pour le soir, il s’y adonnait. Il ne le disait pas à sa mère, bien sûr. Elle l’aurait sûrement grondé.

Koha était un enfant malingre, vêtu d’habits miteux et sales. Bref, un gosse des rues, comme il y en avait plein à Salurat. Mais contrairement aux autres, il avait ce petit quelque chose sur le visage et dans sa façon d’agir qui le différenciait fortement. Koha avait les cheveux roux cendrés, presque blonds, et de grands yeux bruns. Son visage, toujours couvert de suie ou de saleté, était pourtant poupin et resplendissant, laissant entrevoir une réelle beauté à venir.

Koha avait de nombreux talents très utiles ; les plus importants étant la débrouillardise et l’ingéniosité. Même s’il n’allait que très rarement à l’école, il était intelligent et vif. C’était aussi déjà un très bon dresseur. Non pas qu’il n’ait jamais eu de quoi se payer une Pokeball, mais il s’était lié d’amitié avec un petit Caninos du village, délaissé et affamé. Un jour, ayant eu pitié de lui, Koha l’avait nourri avec de la nourriture chèrement acquise de la journée, quitte à ne pas manger lui-même. En reconnaissance, le Caninos lui avait apporté le lendemain un gros Rattata qu’il avait attrapé. Koha n’aimait pas manger les Pokemon, mais nécessité faisait loi. Et jamais le jeune garçon n’avait eu autant de viande en une journée pour lui tout seul. Ça lui avait permis de céder sa part de nourriture à sa mère, sa sœur et son frère.

Depuis, Koha et Caninos vadrouillaient ensemble, s’entraidant mutuellement. Koha s’était renseigné sur le dressage, et apprenait au petit Pokemon à utiliser ses différentes attaques, devenant ainsi plus fort. Les Caninos étant des Pokemon très loyaux, ce dernier considérait maintenant Koha comme son maître légitime, quand bien même il n’avait aucune Pokeball. L’aide de Caninos était un gros plus pour Koha dans sa quête de survie. Il pouvait maintenant se défendre contre les enfants plus grands qui parfois le dépouillaient de ses maigres possessions. Et Caninos était très habile à voler de la nourriture sur l’étalage des marchands.

Comme aujourd’hui… C’était le vendredi, jour du marché à Salurat. Un jour où Koha et les autres enfants des rues abandonnaient toutes leurs occupations pour s’adonner au pillage en règle. Tant de nourriture partout… Rien que la vue et l’odeur avaient de quoi les faire chavirer. Le plan était d’ordinaire ainsi fait : Caninos faisait diversion auprès du marchand tandis que Koha faisait son larcin. Mais ça ne devait pas être trop voyant. Juste un fruit ou un légume, un morceau de fromage ou de viande… Il pouvait répéter ça auprès de plusieurs marchands différents, sans qu’ils ne remarquent rien.

Koha avait trouvé sa prochaine cible et l’indiqua à Caninos : un gros bonhomme qui vantait à tue-tête la fraicheur de ses poissons. Koha se faufila discrètement à coté de l’étal, tandis que Caninos s’était mis à aboyer derrière le vendeur. Le gros monsieur se retourna pour chasser le Pokemon. Il mit six secondes, et cela suffit amplement à Koha pour s’emparer d’un des poissons et de le fourrer sous son habit. Il quitta ensuite la place du marché en courant, et une fois à l’abri des regards, mit son poisson dans une poche. Il était de bonne taille ; de quoi nourrir la famille pour ce soir. Il donna en récompense à Caninos le morceau de viande séché qu’il avait volé juste avant.

Il caressa son fidèle partenaire tandis qu’il dévorait la viande. Un beau poisson, deux pommes, une boule de mie de pain bien cuite, et quatre pièces de cuivre qu’il avait trouvé par terre. Une bonne prise pour aujourd’hui. Vendredi était toujours le jour où Koha ramenait le plus de chose à la maison. Pouvoir manger était bien, mais ce qui faisait le plus plaisir à Koha, c’était de voir le sourire fier de sa mère quand il rentrait avec de la nourriture, et le rire joyeux de son petit-frère Roy. Conroyd Gariul avait abandonné sa femme et ses trois enfants pour partir Arceus savait où. Koha Gariul prendrait soin de sa famille à sa place.

- Toujours en train de chaparder, Koha…

Une fois ses larcins accomplis, il n’était pas rare qu’un garçon plus grand vienne le voler à son tour. Ça se faisait plus rare depuis que Koha avait Caninos avec lui, mais le jeune garçon aurait préféré ça à la personne qui se trouvait devant lui. Koha affronta le regard sévère de sa sœur Orly, de deux ans son aînée. Si leur mère et leur petit-frère Roy ne se doutaient pas que Koha volait parfois les honnêtes gens pour ramener sa nourriture, Orly elle le savait depuis moment.

- Moi au moins, je ramène à manger ! Protesta le garçon. Tu ramènes quoi toi de l’école, hein ?

Koha avait des relations difficiles avec sa sœur. Elle ne manquait jamais une occasion de critiquer son mode de vie dans les rues, tandis qu’elle passait ses journées à l’école. Comme si l’école allait les aider à leur trouver à manger…

- C’est en passant par l’école qu’on pourra trouver un travail respectable et bien gagner notre vie, répliqua Orly. C’est ce que maman nous dit toujours.

- Dans combien d’années ? Aura-t-on de quoi manger jusque-là ?

- Il y a d’autres moyens que le vol.

- Je ne fais ça que le jour de marché quasiment ! S’indigna Koha. La plupart du temps, je fais un travail honnête ! Si je n’étais pas là, comment on ferait, hein ? On mangerait tes livres scolaires ?

Orly fit les gros yeux, mais ça avait cessé d’impressionner Koha depuis longtemps. Généralement, elle faisait ça quand elle ne trouvait rien à dire. Koha savait que sa sœur avait raison à propos de l’école. Orly travaillait dur, et réussissait à avoir les meilleures notes en dépit de sa condition familiale. Koha était sûr qu’elle réussirait plus tard, et il était content pour elle, mais pour le moment, la famille dépendait de lui. Leur mère Rita enchaînait les petits boulots comme femme de ménage, mais ça suffisait à peine à payer le loyer de leur minable appartement. Ils avaient besoin de Koha pour manger. Orly avait le beau rôle de critiquer, mais elle n’en mangeait pas moins la nourriture que Koha ramenait.

- Si on t’attrape et que tu vas en prison… commença Orly.

- On ne m’attrapera pas, coupa Koha. Tu auras toujours quelque chose dans ton assiette grâce à moi, ne t’en fais pas.

- Ce n’est pas à moi que je pensais, s’outragea la jeune fille. Comment maman réagirait d’après toi ?!

- Tu vas le lui dire ?

Orly secoua la tête.

- Non. Elle serait trop triste.

S’il y avait bien une chose sur laquelle Orly et Koha s’entendaient, c’était le bien être de leur mère. Elle se démenait à son travail, et avait besoin du soutien de ses deux ainés. Tandis que Koha s’arrangeait pour avoir tous les jours à manger et si possible quelques pièces en plus, Orly s’occupait des tâches ménagères à la maison, et de leur jeune frère Roy âgé de sept ans. Mais ils avaient chacun leur caractère. Même s’ils se ressemblaient physiquement, ils n’auraient pas pu être plus différents mentalement. Koha aimait les Pokemon, elle pas. Koha était indépendant et solitaire, elle préférait s’entourer d’amis et se faire remarquer. Et de l’avis de Koha, si lui-même connaissait la difficulté de la vie chaque jour, à se battre pour sa nourriture, Orly attendait que tout lui tombe dans l’assiette, préférant se plonger dans ses études. Koha n’avait pourtant rien contre sa sœur ; il voulait juste qu’elle le laisse tranquille.

- Tu ferais mieux d’y aller, Orly, maugréa Koha. Que diraient tes amis s’ils te voyaient en compagnie d’un petit vaurien comme moi ?

Koha savait qu’Orly cachait ses origines et sa famille à ses amis. Sans doute avait-elle honte d’eux. Orly se mit les mains sur les hanches ; une habitude qu’elle avait apprise de sa mère quand elle était en colère.

- Je ne veux plus que tu voles quoi que ce soit, ordonna-t-elle. Ce n’est pas bien, Koha. Tu es un garçon intelligent. Je suis sûre que si tu employais tes talents à bon escient, tu…

- Oui, oui, d’accord, coupa le garçon. Allez viens Caninos.

Koha laissa sa sœur plantée là, avec son faux regard outragé. Ce qu’elle pouvait se montrer arrogante, parfois… En fait, elle l’était toujours. Elle n’arrêtait pas de dire que les filles murissaient bien plus vite que les garçons, et profitait de son statut de grande sœur pour se la jouer dirigeante de la fratrie, comme si elle savait tout sur tout. Or il y avait bien des choses qu’Orly ne savait pas. La pauvre ne tiendrait pas une journée seule dans la rue, comme Koha le faisait tous les jours. Elle ne pouvait pas se débrouiller par elle-même. S’il n’y avait plus leur mère, Koha se demandait comment elle ferait pour survivre, alors que lui trouverait toujours un moyen.

Koha avait l’intention de faire les poubelles cet après-midi. C’était fou le nombre de choses pouvant encore servir que les gens aisés jetaient. Le garçon, qui avait toujours vécu dans la précarité, ne comprenait pas ça. Mais ça lui était bénéfique. Doué de ses mains, il pouvait réparer à peu près n’importe quoi. Si l’objet pouvait servir à la maison, il le gardait, sinon il cherchait à le revendre, entier ou en pièces détachées. Avant d’y aller, il passa rapidement à la maison pour déposer la nourriture qu’il avait volée au marché. Il se nourrit quant à lui de vieux biscuits secs qui restaient au fond d’un placard. Pas question de toucher à la nourriture fraiche sans sa mère.

Puis, après une douche rapide à l’eau froide ( il n’y avait pas d'eau chaude dans cet appartement vétuste ), le jeune garçon et son Pokemon repartirent dans les rues de Salurat, décidés à revenir avec un bel objet, ou à défaut, quelques pièces. Telle était la vie ici. Pour lui, mais aussi pour bon nombre d’habitants du village. Il semblait à Koha que le Conglomérat se divisait en deux catégories de personnes seulement : les riches et les pauvres. Il n’y avait pas de juste milieu.

Difficile de trouver un fan du gouvernement dans ces milieux défavorisés. Personne du centre ne se souciait d’eux. Pour le Conglomérat, les anciennes colonies périphériques étaient de la racaille. Elles étaient obligés de payer des impôts au gouvernement central, mais n’en voyait jamais la contrepartie. Beaucoup ici se disait qu’ils auraient dû faire comme le légendaire Vaoh Erron il y a cent ans ; quitter le Conglomérat et aller tenter sa chance dans la Forêt-Monde. Exodia s’en était relativement bien tirée, et était aujourd’hui indépendante du Conglomérat. Elle ne versait plus aucun impôt au roi. Elle le fournissait juste en Verdusia, cette plante miracle avec laquelle la société pharmaceutique Incops fabriquait ses médicaments qu’utilisaient tous les habitants du Conglomérat.

Koha avait entendu dire qu’à Exodia, les gens vivaient dans des arbres et au milieu de Pokemon de toute sorte. Le garçon aurait donné n’importe quoi pour habiter là-bas. Si ça ne tenait que de lui, il aurait tenté la traversée à pied, dut-il affronter les dangers de la forêt du Continent Perdu. Mais il y avait sa famille. Il ne pouvait pas les abandonner, et un voyage pareil était trop risqué pour Roy. Peut-être plus tard, dans quelques années, si leur situation ne s’était pas améliorée…

En chemin vers la décharge, en périphérie du village, Koha tomba sur un journal d’aujourd’hui, vantant la réussite du Conglomérat à avoir terraformé les Dunes Vides, non loin d’ici. Quand le nouvel endroit sera réputé sûr, le Conglomérat ira à la pêche aux volontaires pour s’installer sur cette nouvelle terre, et fonder une nouvelle colonie. Car c’est ce qu’était le Conglomérat depuis sa création il y a deux siècles : un assemblage de plusieurs colonies. Il y avait le centre, le Conglomérat en lui-même, siège du pouvoir royal, puis vingt-et-une colonies tout autour qui dépendaient du roi Brandon. Bientôt vingt-deux donc en comptant les Dunes Vides transformées.

En voilà une occasion, pensa Koha, et moins dangereuse que de se rendre à Exodia. Pourquoi ne pas tenter leur chance dans cette nouvelle colonie ? Ils repartiraient à zéro, et le Conglomérat leur versera une prime pour pouvoir s’installer. Jijio, la colonie dans laquelle se trouvait le village de Salurat, était une des plus pauvres du Conglomérat, car l’une des plus désertiques. Or, depuis la terraformation réussie, les Dunes Vides semblaient regorger de vie, de plante et d’eau, du moins sur l’image. Bien sûr, ça n’allait pas se faire encore, mais Koha en parlerait à sa mère. Le garçon en avait assez de ce village pourri et de ses rues délabrées qu’il écumait chaque jour. Orly allait râler car elle devrait quitter son école, mais elle serait sans doute la seule. Depuis le départ de leur père, ils n’avaient plus aucune raison de rester ici.

- Tu aimerais bien aller là-bas toi aussi Caninos ? Demanda-t-il à son partenaire.

Le Pokemon fit savoir son enthousiasme avec un bref aboiement. Koha sourit longtemps en y pensant. Mais il devait redescendre sur terre. Il avait des préoccupations plus pressantes. Son nez lui indiqua qu’il s’approchait de la décharge. De joyeuses fouilles répugnantes en perspective ! Enfin, Koha préférait ça à cirer les bottes des bourgeois. Tout à son enthousiasme, le garçon ne fit pas attention au petit robot volant qui le suivait de loin filmant tous ses gestes et ses paroles, et ce depuis des mois maintenant.

Il rentra tard le soir, puant et couvert de blessures. Il s’était battu contre d’autres garçons du village, plus vieux que lui, qui avaient voulu lui prendre la formidable lampe de poche qu’il avait dégoté dans la décharge. Il avait reçu des coups violents, mais ce n’était pas la première fois que Koha se faisait agresser. Ils se fichaient de la lampe ; ce qu’ils voulaient, c’était embêter Koha. Tout simplement car il était celui qui réussissait à se débrouiller le mieux. Mais le garçon en avait vu d’autres. Il avait réussi à conserver sa lampe, et ses trois adversaires eux avaient perdu la moitié de leur pantalon quand Caninos leur avait envoyé une attaque Flammèche.

Il dit bonne nuit à Caninos avant de rentrer chez lui ; le Pokemon n’était pas autorisé à monter. Orly ne supportait pas sa présence, et leur mère en avait peur. Puis de toute façon, Caninos préférait largement dormir dehors que rester enfermé. Quand Koha entra, les trois membres de sa famille l’attendaient à table, leurs assiettes pleines mais pas entamées. La mère de Koha avait déjà préparé le poisson. Elle accueillit son fils avec un grand sourire.

- Bonjour mon ange.

- M’man, regarde ce que j’ai trouvé !

Il disait toujours ça à chaque fois qu’il rentrait de la décharge. C’était toujours l’occasion pour lui de distribuer des cadeaux à tout le monde. Il montra à sa mère les quelques planches en bois qu’il avait récupéré.

- C’est du bon bois, expliqua-t-il. Je pourrai monter un meuble !

- C’est très bien Koha. Et ce poisson que tu as ramené… Qu’est-ce qu’on ferait sans toi ?

Orly fit la grimace devant son assiette, mais le petit Roy vint accueillir son frère. Si Koha et Orly ressemblaient à leur mère avec leurs cheveux cendrés et leurs yeux clairs, Roy lui devait tenir de leur père. Il était brun de cheveux et d’yeux. Mais il était grand et costaud pour son âge. Nul doute qu’il dépasserait bientôt Koha. Ce dernier tira quelque chose de sa poche et le donna à son petit-frère.

- Tiens Roy, c’est pour toi.

Le garçonnet écarquilla les yeux en découvrant son cadeau.

- Un caillou qui brille !

- C’est une améthyste, précisa Koha. Je l’ai trouvé sur une bague. Elle était cassée, mais pas la pierre.

Koha songea qu’il aurait pu la vendre un bon prix, mais il préférait la donner à Roy. Le garçon avait toujours adoré tout ce qui brillait et qui était joli. Roy se mit à sautiller dans tout l’appartement en dévorant sa pierre des yeux. Orly n’avait pas relevé la tête. Elle ne s’attendait pas à recevoir quelque chose, mais quand Koha se dirigea vers elle, elle le dévisagea d’un air soupçonneux. Koha lui posa devant elle la petite lampe de poche qu’il avait trouvé, et celle pour laquelle il s’était battu.

- Elle marche encore, précisa Koha. Elle n’éclaire plus beaucoup, mais je suis sûr que je peux la réparer. Comme ça, tu pourras lire le soir dans ta chambre.

Depuis qu’on leur avait coupé l’électricité faute de paiement, Orly n’arrêtait pas de se plaindre qu’elle ne pouvait plus lire le soir et qu’elle allait prendre du retard sur son programme scolaire. Ce qui paraissait difficile à croire à Koha vu qu’elle avait déjà dévoré les livres de l’année au-dessus de la sienne à l’école. De toute évidence, Orly appréciait le cadeau, mais elle ne pouvait pas trop le montrer à son frère, question de fierté. Elle n’en marmonna pas moins un léger « merci » avant de retourner à la vision passionnante de son morceau de poisson dans son assiette. Rita Gariul ébouriffa les cheveux de son fils.

- Tu es si gentil, mon cœur… Mais c’est quoi tous ces vilains bleus ? Tu t’es encore battu ?

- Quoi, ça ? Ricana Koha. On s’est juste amusé.

Ils mangèrent le poisson avec délice. Quand sa mère lui demanda où il l’avait déniché, Koha affirma avec assurance que c’était le poissonnier du marché qui le lui avait donné après qu’il l’avoir aidé à monter son stand. Arceus merci, Orly ne chercha pas à démentir, mais ses yeux étaient dangereusement plissés. Après le dîner, Koha alla coucher Roy tandis qu’Orly aida leur mère à faire la vaisselle. Ceci fait, Rita parti se coucher immédiatement, même si ce n’était que neuf heure. Elle enchaînait de longues journées pour toucher une misère, et était exténuée. Demain, elle devrait se lever à cinq heures du matin.

Koha et Orly veillaient jusqu’à bien plus tard. D’ordinaire, la jeune fille allait sur le balcon pour pouvoir lire à la lueur des étoiles, tandis que Koha allait à son atelier improvisé pour démonter et remonter ses trouvailles de la journée. Là, comme promis, il fit en sorte de retoucher la lampe de poche qu’il avait donné à sa sœur. Elle marchait aux piles, et coup de chance, Koha en avait récolté pas mal durant ses escapades. Il lui suffit de nettoyer un peu l’intérieur et de ressouder un peu pour que la lampe refonctionne de tout son éclat. Orly était venue l’assister, bien que sa sœur n’entende rien à la mécanique. Elle s’efforçait de se montrer agréable, sans doute pour le remercier de son cadeau.

C’était dans ces moments où ils étaient seuls, le soir, que Koha et Orly étaient le plus proches. Ils étaient différents, oui, mais en un sens ils se complétaient. Par sa débrouillardise et son caractère optimiste, Koha soutenait toute la famille et lui fournissait de quoi survivre. Orly elle était plus terre à terre, sujette à la réflexion, mais elle représentait un espoir pour Rita que ses enfants puissent s’élever socialement un jour. Ils étaient là tous les deux pour la soutenir et s’occuper de Roy, chacun à leur façon. Ce n’était peut-être pas la belle vie chez les Gariul, mais au moins étaient-ils une famille unie. Ensemble, ils n’avaient pas peur d’affronter l’avenir.

Une fois la lampe réparée, Orly proposa à Koha de poursuivre leurs leçons de lecture. Comme Koha n’allait quasiment jamais à l’école, c’était sa sœur qui lui avait appris à lire et à écrire. Il savait se débrouiller, mais ce n’était pas encore tout à fait ça. Cela faisait un moment qu’Orly avait abandonné ses cours particuliers, sans doute jugeant Koha comme un cas désespéré. Koha lui en fut reconnaissant. Il n’était pas particulièrement fan de l’enseignement scolaire, le jugeant de peu d’intérêt, mais savoir bien lire était toujours utile, notamment quand Koha devait travailler pour quelqu’un.

Ils travaillèrent jusqu’à onze heures et demi, après quoi Orly décida d’aller se coucher. Koha avait sommeil aussi, mais ne pouvait pas se permettre d’aller au lit. C’était la nuit qu’il était le plus intéressant de vagabonder pour récupérer des choses et d’autres. Il dormirait de deux heures du matin à cinq heures, pour réveiller sa mère. Après quoi il aurait deux heures de plus, puis devrait amener Roy à l’école. Ça ne lui faisait que cinq heures de sommeil par nuit, et en coupé. C’était peu pour un enfant de son âge, mais Koha avait appris à faire avec. Pour le bien de la famille.


***


Sullivan Dotze était l’un des espions du président du Conglomérat, Rudolf Fitvirol. Espion, et plein d’autre chose, comme exécuteur, messager, voir assassin. Il opérait toujours dans l’ombre, avec efficacité et discrétion. C’était pour cela que le président lui confiait toujours les missions de la plus haute importance pour le Conglomérat. Depuis deux ans environ, Sullivan avait été envoyé dans ce village de troisième zone dans la 17ème colonie, Jijio. Sa mission consistait à surveiller l’enfant nommé Koha Gariul. Il devait constamment l’avoir à l’œil et tout savoir de lui. Il avait aussi pour mission de le protéger si jamais il courait un danger quelconque.

Sullivan ne savait pas qui était ce gamin ni pourquoi il intéressait tant le président Fitvirol. Mais l’espion n’avait pas eu la sottise de demander des éclaircissements au président. Il n’avait rien à savoir de plus que les termes de sa mission. Les ordres du président Fitvirol devaient être immédiatement exécutés, et sans question idiote. Du reste, Sullivan n’éprouvait aucune curiosité à l’égard de ce garçon. C’était l’un des innombrables gamins de pauvres de cette colonie arriérée, qui passait son temps à courir de droite à gauche pour gagner sa croute, d’une façon ou d’une autre. Il avait un peu étonné Sullivan par sa débrouillardise pour un enfant si jeune, mais il ne lui voyait rien d’exceptionnel.

Mais le président lui avait demandé de le surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et c’est ce que Sullivan faisait. Quand il ne pouvait le suivre discrètement, il envoyait son mini robot espion. Sullivan savait maintenant tout de ce gamin, et le président exigeait de lui des rapports chaque mois. Sullivan continuerait jusqu’à que le président lui ordonne autre chose. C’était un boulot tranquille et bien payé. Sullivan n’avait pas à se plaindre.

Comme chaque soir à peu près à la même heure, sa cible quitta son appartement avec son Caninos pour retourner vagabonder dans les rues. C’était le soir que Sullivan faisait le plus attention, car son protégé pouvait très bien tomber sur une personne mal intentionnée. L’espion avait déjà sauvé la mise au gamin plus d’une fois, sans qu’il le sache. Des bandits, mais aussi des policiers. Une fois alors qu’il s’apprêtait à se faire attraper après avoir joué au pickpocket avec la mauvaise personne, Sullivan était intervenu pour lui laisser le temps de filer. Le président lui avait demandé de le protéger. Sullivan entendait bien le faire pour toutes les menaces, même si elles étaient légales. Il prépara son robot espion et suivit le jeune Koha à distance.