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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 15/07/2014 à 17:21
» Dernière mise à jour le 15/11/2017 à 20:38

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 19 : Jeux dangereux
« Désolée, Thrak. » lâcha Kate d'un ton lourd de regrets.

Voilà quelques temps déjà qu'ils étaient tous deux enfermés dans la grotte où on les avait conduits suite à leur arrestation. L'entrée n'était fermée que par une simple porte de bois, qu'ils auraient aisément pu forcer pour s'enfuir, mais il était évident que les six gardes chargés de les surveiller ne les rateraient pas. Kendall avait bien fait de déployer autant d'hommes ; il ne sous-estimait pas les capacités des deux hybrides.
Oh, le colosse était insensible aux balles ; il survivrait sûrement survécu à la fusillade, mais ça ne serait pas le cas de Kate.
C'est pourquoi Thrak s'était contenté de rester assis contre la paroi rocheuse, bras croisés, sans adresser un seul mot à l'hybride Métamorph, qui s'évertuait à présent à essayer de briser la glace :

« Tu m'en veux ?
- ...
- Est-ce que tu m'en veux d'avoir permis à Andrew de devenir maire ?
- Andrew a été tué, rétorqua sèchement le colosse d'ébène.
- Je ne pouvais pas anticiper que les pillards attaqueraient juste après les élections. Tu crois vraiment que j'ai eu le choix ? Kendall ne pouvait pas devenir maire. Il fallait bien que quelqu'un se salisse les mains, se justifia la jeune femme blonde.
- Et donc, sans réfléchir aux conséquences pour les hybrides, tu as assommé Samson, pris sa place, falsifié les résultats... Et en plus, tu as trouvé le moyen de te faire prendre.
- Je n'étais pas censée me faire prendre, tout comme tu n'étais pas censé te faire arrêter. Je ne sais pas comment Kendall a su ce dont j'étais capable. Quelqu'un m'a forcément balancée, répondit Kate avec amertume.
- Et qui aurait pu faire ça ? Qui savait, en dehors de ceux qui sont allés au laboratoire ?
- J'en sais rien... Plusieurs hybrides... Après notre retour du labo, je me suis un peu isolée de vous et j'ai passé du temps avec ceux d'entre nous qui évitent à tout prix les humains.
- Ceux qui pensent que tabasser des innocents est une bonne idée pour changer la perception qu'a la colonie des hybrides.
- Toi, Thrak, tu es respecté et craint, même par les radicaux. Mais eux, ceux qui n'ont pas de pouvoirs, ou ceux que leurs mutations déforment physiquement, eux vivent dans la peur, ils vivent cachés. Tu ne sais pas à quel point la vie est dure pour eux. Alors ne leur reproche pas de trouver le courage de se défendre quand ils se sont fait mépriser pendant si longtemps. Tu n'as pas le droit de les juger, tu n'as pas idée de ce qu'ils ont enduré. C'est pour eux que j'ai fait ce que j'ai fait, et j'aurai été prête à faire bien pire s'il le fallait.
- Tu aurais tué Kendall ? interrogea l'homme au teint mat.
- J'y pensais, et j'y pense encore, avoua la jeune femme.
- Et comment tu aurais fait ? Il ne laisse aucun hybride l'approcher, et ses radicaux le protègent en permanence.
- Ça n'aurait pas été un problème pour moi. Enfin, maintenant que toute la colonie sait pour mes pouvoirs, c'est plus difficile... J'imagine qu'il a été facile de faire craquer certains hybrides sous la menace. Tu sais, quand Kendall a dit qu'il menait sa petite enquête ? A mon avis, quelques-uns de ses gros bras ont rendu visite aux cobayes et ont vite fini par découvrir la vérité. J'en connais plusieurs qui auraient été prêts à rendre service aux humains, quitte à vendre un de leurs confrères, si ça leur apportait un peu de considération en échange.
- Trahie par ceux que tu voulais sauver. Chapeau bas. » lâcha froidement Thrak.

~*~Jade se baissa et fit semblant de ramasser quelque chose près du grand feu central. Un prisonnier la fixa d'un air mauvais, et elle s'efforça d'adopter un air docile et soumis. Parfois, quand il leur en prenait l'envie -ou qu'ils étaient trop saoûls-, les hommes les frappaient, voire pire, pour des prétextes plus fallacieux les uns que les autres. Jade se leva donc et s'éloigna prestement, faisant mine d'aider une autre fille à préparer le repas non loin de là.

En vérité, la jeune femme essayait d'entendre ce que disaient Saed et le quarantenaire gras et chauve qui était venu négocier. L'homme, dont elle avait appris qu'il s'appelait Kendall, avait demandé à voir le chef des ex-détenus le surlendemain de l'attaque. Assis sur un canapé moisi et abîmé, à l'écart du groupe, ils semblaient engagés dans une discussion mouvementée, et Jade mourrait d'envie de savoir ce qu'il s'était vraiment passé, quitte à ce que sa curiosité lui rapporte des ennuis.

Elle attrapa une des nombreuses bouteilles d'alcool amassées par les prisonniers, ainsi que deux verres, et se dirigea vers les deux hommes. En approchant d'eux, elle entendit distinctement Saed s'énerver :

« C'était quoi, ce gamin ? Tu ne nous avais pas dit qu'un de ces monstres était capable de balancer des boules de feu ! J'ai perdu trois gars, dans l'attaque !
- Lyrian est le dernier hybride à avoir rejoint la colonie. Il a déjà tué un de vos hommes auparavant. Si j'ai bien compris, même lui ne sait pas de quoi il est capable exactement. Et puis, aux dernières nouvelles, il était en convalescence... C'est aussi pour ça que j'ai organisé les élections à ce moment là. Je pensais que s'il était écarté, vous pourriez attaquer plus facilement, mais il s'est réveillé au mauvais moment... Je n'y suis pour rien.
- Mon cul, ouais ! C'est de ta faute, si j'ai la face complètement cramée !
- Je ne pouvais pas prévoir ça. Mais je vous rassure, je vais faire mon possible pour mettre Lyrian hors d'état de nuire. Définitivement. »

Kendall s'interrompit soudain en voyant Jade approcher. La jeune femme fit de son mieux pour arborer un sourire avenant. Le chef des pillards détestait quand les filles ne se montraient pas engageantes.

« Qu'est-ce que tu veux, toi ? grogna Saed. J'avais dit de nous foutre la paix !
- Je... Je me suis dit que vous auriez soif, bredouilla Jade.
- Donne ça et dégage ! »

L'ancien prisonnier lui arracha la bouteille des mains et but au goulot, sans proposer une seule gorgée à Kendall. Jade se retira précipitamment, peu envieuse d'enrager Saed plus qu'il ne l'était déjà.
Les deux hommes attendirent soigneusement qu'elle se fut éloignée, et elle ne put rien entendre de plus.

~*~Lina ouvrit faiblement les yeux. La première chose qu'elle s'attendait à ressentir, la douleur, ne vint pas. Elle se sentait relativement bien. Et lucide. Elle reconnut immédiatement l'endroit où elle se trouvait. L'infirmerie, bien évidemment.

Lorsqu'elle en eut marre de contempler le plafond rocheux - ou plutôt lorsqu'elle parvint à réunir le courage de bouger quelque chose, l'adolescente se décida à tourner la tête. Lentement.

Quelle ne fut pas sa surprise de voir Lyrian, assis sur une chaise à sa droite, la tête penchée en avant, respirant paisiblement. Le garçon dormait profondément.
Il était donc sorti de son coma...
L'adolescente examina son ami. Le peu qu'elle voyait de son visage endormi semblait toujours couturé de nombreuses cicatrices ; et à présent, des marques de brûlure s'ajoutaient aux lacérations. Les souvenirs confus de Lina, ceux où elle voyait les flammes danser autour de Lyrian, n'étaient peut-être pas le produit de l'imagination fantasque qui l'avait étreinte alors qu'elle perdait conscience.

Soudain, la voix d'Elise, qui provenait de l'extérieur de la grotte, parvint jusqu'aux oreilles de Lina.

« Vous ne pouvez pas faire ça ! C'est n'importe quoi ! protestait l'infirmière.
- Laissez-moi passer, ordonna un homme à la voix sèche.
- Non. C'est mon infirmerie, et je décrète qu'il n'ira nulle part tant que je ne l'aurai pas soigné.
- Écoutez, doc', vous commencez à me taper sur le système. Kendall n'a pas donné d'ordre vous concernant, mais si vous continuez à vous mettre en travers de ma route, je vais devoir sévir. Vous savez comme moi que Lyrian est un danger pour la colonie.
- Pas plus que Kendall.
- Oh, arrêtez... Kendall ne tire pas des boules de feu et ne tue pas des gens à mains nues.
- Et sur QUI il les a tirées, ces boules de feu, hein ? Sur les pillards ! Les mêmes qui ont tué un bon tiers des nôtres en un mois !
- Ne dites pas « nôtres », doc'. Vous n'êtes pas humaine. » rétorqua l'interlocuteur.

Élise sembla s'arrêter, soufflée par cette réplique. Lina se demandait ce que pouvait bien vouloir l'homme. Visiblement, c'était un partisan de Kendall... Mais pourquoi parlait-il d'ordres concernant Lyrian ? Depuis quand Kendall donnait-il des ordres ?

« Alors voilà où on en est arrivés. Kendall au pouvoir, et on stigmatise les hybrides immédiatement.
- Arrêtez. On ne parle pas de stigmatiser qui que ce soit. On parle de protéger la colonie.
- De protéger les humains, plutôt.
- Évidemment. Les cobayes...
- Hybrides, l'interrompit Elise.
- Les hybrides peuvent se protéger seuls. Et vous avez vu ce qu'a fait Kate. Ce qu'ont fait les hybrides radicaux. Ils entravent le fonctionnement de la colonie. Ils ne méritent pas qu'on les protège.
- Les hybrides vous protègent déjà. Thrak, celui que vous avez arrêté, vous vous rappelez ? Et Lyrian, celui que vous voulez arrêter maintenant. Votre peur de nous dessert la colonie, et vous vous en rendrez compte trop tard pour y faire quoi que ce soit.
- Cette conversation ne va nulle part. Laissez-moi passer, ou je vais devoir employer la force. »

Elise continua fermement de s'y opposer, tandis que Lina écarquillait des yeux ébahis. Ses oreilles devaient lui jouer des tours. Combien de temps était-elle restée inconsciente ? Kendall au pouvoir ? Thrak arrêté ? Mais qu'est-ce que c'était que ce bordel ?

« Lyrian ! Lyrian, debout ! » murmura-t-elle d'une voix faible.

Il fallait réveiller le garçon. Elle n'avait que quelques secondes pour agir, après quoi l'homme viendrait l'arrêter.

« Lyrian ! Lyrian, putain ! » chuchota-t-elle, toujours fragilisée par ses blessures.

L'adolescent ouvrit brusquement ses yeux marrons, comme s'il émergeait avec plaisir d'un rêve pénible.

« Ah, Lina. Tu es réveillée ?
- Oui. Shh. Écoute. Là, dehors, y'a un mec qui veut t'arrêter. Je sais pas pourquoi, mais ça sent pas bon, et Élise va pas le retenir très longtemps.
- ... Vraiment ? »

Lina lui répéta qu'il fallait faire quelque chose s'il ne voulait pas se retrouver enfermé. Et bizarrement, son ami sembla vite adopter l'idée. Il se leva avec assurance, sans céder à l'urgence de la situation ni paniquer.

Dehors, un son sec, pareil à celui d'une violente gifle, se fit entendre, suivi d'une protestation étouffée d'Élise. Cet idiot avait frappé l'infirmière ?!

Le rideau rouge qui barrait l'entrée de la grotte s'écarta et un homme assez grand, d'une trentaine d'années, fit irruption dans l'infirmerie. Il portait un fusil en bandoulière, et Lina se rappelait l'avoir souvent vu affronter les pillards. Il savait se servir de son arme.

« Lyrian, c'est bien ça ? Je dois te demander de me suivre.
- Où ? demanda le garçon sans se départir de son calme.
- Quelque part où nous pourrons nous assurer que tu ne causeras aucun mal à la colonie.
- Arrêtez ! Il n'a fait que protéger le camp, vous ne pouvez pas l'arrêter ! s'exclama Élise, la joue rougie.
- Pourquoi devrais-je vous suivre ? interrogea Lyrian.
- J'agis au nom du maire Kendall. En cas de résistance, je suis autorisé à prendre toutes les mesures nécessaires, rétorqua l'homme.
- Et bien, je pense que nous allons avoir un problème, car je compte bien résister. » répondit l'adolescent.

Lentement, l'adulte attrapa son fusil et mit Lyrian en joue. L'adolescent ne bougea pas, serein. Lina sentait le sang battre à ses tempes. La tension était palpable.

« Attendez ! Ne faites pas ça ! Lyrian, je t'en prie, non ! protesta Elise.
- Lyrian, fais pas le con, souffla Lina, encore faible.
- Suis-moi et ne fais pas d'histoires. Je te préviens, je n'hésiterai pas à tirer. » avertit l'homme.

Une goutte de sueur perla sur son front. Visiblement, il n'était pas enchanté à l'idée de devoir abattre l'adolescent.

« Oh, mais j'y compte bien. » murmura Lyrian, si bas que seule Lina l'entendit.

Le garçon se mit alors à marcher tranquillement, un pas après l'autre. Lentement, sans aucune peur, il avançait vers l'individu, qui semblait complètement dérouté. Visiblement, il ne s'attendait pas à ça.

« Pas un pas de plus, ou je tire ! »

Lyrian ne répondit pas, traînant nonchalamment les pieds, les mains dans les poches de son jean. Lina fixait l'adulte, guettant sa réaction. C'est alors qu'elle remarqua que la roche à ses pieds se déformait et s'élevait, s'enroulant doucement autour des chevilles de l'homme, formant une gangue sournoise. Trop préoccupé par l'adolescent qui marchait lentement vers lui, l'intéressé n'avait pas remarqué qu'il était pris au piège.

Lorsqu'enfin il s'en rendit compte, il était trop tard. L'homme voulut reculer, mais ses pieds étaient pris dans le roc. Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres de Lyrian, qui arrivait presque à portée de l'adulte. Le garçon pencha la tête sur le côté, dans un geste qui fit frissonner Lina.

Le coup de feu partit, mais ne rencontra pas sa cible. Avec une vitesse surhumaine, Lyrian se pencha sur la droite et se jeta sur l'homme. D'une main, l'adolescent tordit le canon de l'arme, tandis que de l'autre, il enserrait la trachée du tireur. Élise cria. Lina ferma les yeux.

Lorsqu'elle les rouvrit, l'adulte gisait au sol, mort. La roche autour de ses chevilles se rétracta presque à contrecœur, craquant dans un soupir d'aisance. Lyrian, debout au-dessus du cadavre, fixait son œuvre d'un regard effrayant.

Le garçon venait de tuer un membre de la colonie. De sang-froid.