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Team Rocket X-Squad de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 06/07/2014 à 08:03
» Dernière mise à jour le 22/07/2018 à 23:25

» Mots-clés :   Action   Fantastique   Organisation criminelle   Présence d'armes   Présence de Pokémon inventés

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Film 3 : Thanese et la molécule d'or (6/8)
Lord Judicar habitait une somptueuse villa au sommet de la montagne de l'île Marinea, au sud de Kanto. Une île sans importance, un coin tranquille pour y vivre loin de l'agitation. Vilius et Estelle s'y étaient rendus en quatrième vitesse pour ne pas perdre de temps, car à peine partis, ils avaient appris que Carmin-sur-Mer avait été totalement rasée. Si Judicar pouvait les aider, ils devaient vite aller le chercher. Pour autant, Vilius restait très sceptique quant au plan de son père.

Il ne faisait pas confiance en 001. Ce dernier n'avait jamais caché toute l'indifférence qu'il ressentait pour la Team Rocket, et le mépris pour les autres en général. C'était à se demander pourquoi ce type avait rejoint la Team, s'il s'en fichait comme de sa première chemise. Judicar suivait ses propres objectifs, quels qu'ils soient. Il avait participé au combat contre le traître Zelan seulement parce qu'il avait ses raisons de ne pas vouloir qu'il règne sur le monde. Peut-être en aurait-il de ne pas vouloir que Thanese le détruise. Mais allez savoir, avec Judicar...

Personne, pas même le boss, ne semblait connaître sa réelle identité. D'après ce que Vilius avait pu tirer des jumeaux Crust, ce type était un Mélénis comme eux, mais d'une autre caste. Un Mélénis Noir apparemment, le penchant obscur et rebelle de ces utilisateurs de Flux. Il était aussi souvent absent de Kanto, allant ci et là dans le monde pour y mener à bien ses propres affaires. En fait, depuis l'incident avec Zelan, il y a presque deux ans, il n'avait plus donné aucun signe de vie. Serait-il là aujourd'hui, ou Vilius et Estelle s'étaient déplacés pour rien ?

Le frère et la sœur atterrirent directement au sommet de la montagne, devant la villa de Judicar. Personne parmi les habitants n'osait venir jusqu'ici. Selon les rumeurs locales, un mystérieux et effrayant milliardaire y vivait, et ne supportait aucune visite. Ceux qui étaient montés jusqu'ici n'en étaient pas toujours revenus, du moins indemne mentalement. Même la police avait depuis longtemps renoncé à enquêter, ayant fini par savoir que le mec qui possédait cette belle baraque était un gros poisson de la Team Rocket.

Vilius jeta un coup d'œil étonné au jardin, superbement entretenu, avec des fleurs de toute race et des haies superbement coupées. Judicar ne donnait pourtant l'impression, à voir son look, d'être un jardinier dans l'âme. Malgré la situation, il se l'imagina avec une fourche et un chapeau de jardinier sur son casque de science-fiction, et il ne put retenir un sourire. Il y avait aussi, qui encadraient la haie centrale qui donnait vers la demeure, deux statues de qui représentaient Lord Judicar. Ça, c'était plus digne de son égo.

Estelle frappa à la haute porte, et ils attendirent un moment avant qu'on daigne leur ouvrir. Et l'individu qui les toisa derrière fut le plus étrange que Vilius n'ait jamais rencontré. De forme humaine, il avait deux bras, deux jambes, et une tête, mais la comparaison s'arrêtait là. Cette... personne semblait faite de métal, et ses membres étaient articulés par des espèces de roues mécaniques et de boulons un peu partout sur son corps. Il avait, en guise d'épaules, deux roues qui tournaient continuellement, et sa tête laissait pensait à un heaume de chevalier, sauf qu'il était vide.

Pour ajouter à l'absurde, il avait des bottes, des brassards et un nœud papillon, tous d'un blancs nacrés. En fait, cette chose avait un petit truc de familier sans que Vilius parvienne à mettre le doigt dessus. Comme ni Vilius ni Estelle, trop abasourdie par cette apparition soudaine, ne semblaient pouvoir prendre la parole, l'être mécanique le fit, d'une voix pointilleuse et cultivé de celui qui se donnait des airs, mais qui avait clairement quelque chose d'inhumain, comme le son de plusieurs roues mécaniques qui tourneraient dans sa gorge.

- Déclaration hautaine : ceci est une propriété privée, clic. Veuillez, je vous prie, vous identifier et présenter le but de votre visite, clac.

- Euh... nous souhaitions voir Lord Judicar, fit finalement Estelle en se reprenant. Est-il ici ?

- Réponse méprisante : ce que vous souhaitez n'a aucune sorte d'importance en ce lieu, ticlic. Le maître ne reçoit que ceux que le maître veut, clac.

- Lord Judicar nous connaît. Nous sommes des Agents Spéciaux de la Team Rocket, tout comme lui. C'est le Boss qui nous envoi.

- Remarque déplacée : si le Boss de la Team Rocket souhaite rentrer en contact avec le maître, il pourrait venir lui-même, clic clac.

Vilius en avait déjà assez de cet espèce de majordome articulé et sa façon de parler grotesque. Lui-même ne faisait pas grand cas de son père en tant que Boss, mais il n'acceptait pas pareille insulte.

- Aux dernières nouvelles, Judicar est toujours inféodé au Boss, grogna-t-il. Ce n'est pas à lui de se déplacer.

- Excuses hypocrites : pardonnez-moi, monsieur, cling. Je ne voulais pas être désobligeant envers votre boss, clang.

- Bon, Judicar est-il là ou pas ?! C'est une affaire de vie ou de mort pour le monde là !

- Question : de quel monde parlez-vous ?

- Comment ça quel monde ? Le nôtre, pauvre débile !

- Demande d'éclaircissement : vous voulez bien parler de la planète Terre, clic, de la dimension 3XB16 du Multivers, dénomination « Habitadeus » par la grande carte de la création des Façonneurs, clitic ?

Vilius ouvrit grand les yeux, totalement perdu par ce baratin, mais pour avancer, Estelle acquiesça précipitamment.

- Oui, c'est cela. Le monde où nous sommes actuellement.

- Réponse platonique : je vois. Ce monde est en effet dans la liste de ceux que le maître souhaite préserver, cling. Veuillez entrer, je vais vous mener à lui.

Vilius pénétra dans le grand hall d'entrée, d'un luxe inouï. Les escaliers semblaient fait de cristal, il y avait, accroché aux murs, des tableaux de peintres légendaires qui devaient couter chacun le prix d'un pays, et le sol et le plafond étaient en marbres. Le majordome d'acier leur fit signe d'attendre.

- Demande polie : veuillez patienter un petit moment, s'il vous plait, clac. Je vais voir si le maître peut vous recevoir.

Tandis que le majordome s'éclipsait, Vilius demanda à sa sœur :

- Une idée de ce qu'était ce type ?

- Pas vraiment. On ne peut être sûr de rien avec Judicar, mais il m'a fait drôlement penser au Pokemon Cliticlic, tu ne trouves pas ? Même dans sa façon de parler...

- Ah ouais, peut-être...

Cliticlic était un Pokemon Acier semblable à trois rouages accrochés entre eux, et maintenant qu'Estelle en parlait, Vilius constata une réelle ressemblance. C'était comme si Cliticlic s'était incarné dans un corps humanoïde. Peut-être une expérience foireuse de Judicar. Ce type en savait après tout bien plus que le commun des mortels. Le majordome revint quelques instants plus tard avec le maître des lieux. Vilius avait beau avoir souvent rencontré l'Agent 001, il ne pouvait s'empêcher de frissonner à chaque fois. Ce mec était vraiment glauque, avec son armure sombre métallisée, sa cape flottant derrière lui, son masque à tête de mort, ses cornes, ses globes optiques d'un blanc scintillant... L'air lui-même semblait souffrir de la présence de Lord Judicar, et était devenu plus lourd, plus orageux.

- Eh bien, quelle visite agréable et inattendue, commença Judicar de sa voix sonorisée. Les deux marmots de Giovanni en personne !

Vilius retint une réplique cinglante. Par Arceus, que cet homme - ou quoi qu'il fut d'autre - pouvait le mettre hors de lui avec son arrogance surnaturelle. Mais valait mieux s'écraser devant lui. Estelle, elle, se contenta d'une petite inclinaison de la tête. Derrière Judicar, le majordome à l'allure de Cliticlic protesta.

- Exclamation indignée : vous devez vous mettre à genoux devant la présence du maître, enfin, clic-clac !

- C'est bon Monsieur C, tu peux disposer, le renvoya Judicar.

- Réponse servile : bien maître, comme vous voudrez.

Quand il fut parti, Vilius eut un rictus amusé.

- Monsieur C ?!

- Mon majordome personnel, expliqua Judicar. Il est un peu tatillon sur le protocole, comme vous l'aurez remarqué.

- C'est quoi, au juste ?

Judicar haussa les épaules.

- Ce serait difficile à expliquer à des êtres aussi primaires que vous, mais en simplifié, on peut dire que c'est un Pokemon qui a évolué jusqu'au stade humain. Un Cliticlic d'origine, que j'ai aidé à atteindre un degré nouveau d'évolution.

- Comment une telle chose est-elle possible ? S'étonna Estelle.

- Rien n'est impossible tant qu'on a la connaissance, répliqua le Lord. On a bien des humains qui arrivent à évoluer, avec l'aide de la science, jusqu'au stade de Pokemon, non ? Vous devez être bien placée pour le savoir, Agent 005 ?

Estelle garda le silence. Vilius demanda :

- Vous avez manipulé son ADN pour le transformer ? Ou alors est-ce avec votre précieux Flux ?

- Comme vous êtes limités, soupira Judicar. Il existe bien plus de pouvoirs en cet univers que la simple science et le Flux. Et j'imagine que ce n'est pas pour parler de mon majordome que vous êtes venu jusqu'à chez moi. Alors, que me veut le Boss ?

Judicar claqua des doigts, et trois fauteuils de luxe, hyper rembourrés, apparurent devant eux, comme sortis du néant. Judicar s'assit et leur fit signe de faire de même. Vilius et Estelle entreprirent alors d'expliquer la situation à leur puissant confrère. Quand ils eurent fini, Judicar donnait l'impression d'être plongé dans une profonde réflexion, bien que ce fut difficile à dire avec son masque.

- Je vois, fit-il finalement. C'était donc ça que j'ai senti...

- Senti ? Demanda Estelle.

- J'ai senti dans le Flux la disparition de tant d'âme, et un déséquilibre qui commençait à croitre dans la région. Comme le thanor ne peut être senti, ni par le Flux ni par les autre de mes pouvoirs ordinaires, je n'ai pas mis de cause à tout ça.

- Et... ça ne vous a pas inquiété ? Voulut savoir Vilius. Vous sentez des milliers de morts d'un coup partout dans la région, vous ne savez pas pourquoi, et vous vous en fichez.

- En effet, cela m'indifférait, répondit platement Judicar. Vous autres êtres primitifs, vous trouvez toujours un moyen pour vous entretuer. La plupart du temps, ça ne me regarde en rien.

Vilius siffla dangereusement.

- Vous êtes vraiment le dernier des...

Sa sœur l'arrêta en lui écrasant le pied avant qu'il n'ait pu dire quelque chose d'irrattrapable. Elle prit le relai.

- S'il vous plait, Lord Judicar, vous devez nous aider. Cette chose nous dépasse ! Elle a anéanti Carmin, et ce sera toute la région bientôt, puis sans doute le monde. Notre petite sœur est peut-être sa prisonnière en ce moment. Je vous en prie, aidez-nous...

- Ai-je dit que je ne vous aiderai pas ? J'ai dit que la plupart du temps, les affaires des humains ne me regardaient en rien. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Bien que je connaisse la trame du temps et le futur qui suivra, je n'ai pas pu prévoir l'arrivée du thanor, pour la simple bonne raison que cette molécule échappe même à la suprématie de Dialga. Je sais ce que c'est, et en effet, le but de cet organisme est de terraformer le monde entier pour le recréer à son image : un lieu de thanor pur, où rien d'autre que lui ne pourra survivre.

- D'où est-ce qu'il vient au juste ? Voulu savoir Vilius.

Judicar s'affala dans son fauteuil.

- Le thanor vient de l'espace. C'est une molécule spatiale qui a muté. Vous connaissez le Pokemon Deoxys ? Il a provoqué un beau bordel dans la région Hoenn il y a quelque années... Eh bien, tout comme le thanor, Deoxys est lui aussi une entité spatiale qui a subi une mutation. Au commencement des temps, avant même que la Terre soit crée, il y a eu une guerre spatiale entre les Mew, les tous premiers Pokemon, et les Deoxys. Tout porte à croire que les Deoxys ne sont pas nés naturellement. Ils ont été crées et envoyés par quelqu'un pour contrecarrer la Création d'Arceus. Il est probable que ce soit aussi le cas du thanor. C'est une molécule mortelle et pensante, envoyée sur Terre par un ennemi de Mew et d'Arceus, pour détruire notre monde. Durant près d'un an, le thanor se déchaîna sur la planète entière, détruisant et détruisant, humain comme Pokemon. C'est à cette époque qu'il prit le nom de la Fin de Tout. Finalement, le dernier Mew parvint à trouver un moyen de l'arrêter en créant une source d'énergie opposée à celle du thanor : son pouvoir plus l'essence de l'espoir et de la piété des humains qui s'étaient tournés vers les dieux comme ultime espoir. Grâce à ce pouvoir, il parvint à sceller le thanor, sans pouvoir le détruire, car cette molécule est indestructible. Comment a-t-il pu se libérer, en revanche, ça je l'ignore...

Vilius s'agita nerveusement, et Estelle avoua :

- Je crains que ce ne soit nous. Il y a plus de vingt ans, la Team Rocket a trouvé un temple dans la forêt de Jade, et...

- Et comme d'habitude, les humains ont provoqué leur propre destruction, coupa Judicar.

- On nous a dit de toute façon que l'énergie qui retenait le thanor allait bientôt disparaître, se défendit Vilius. Il se serait libéré tôt ou tard !

- Mew serait entre temps intervenu pour remettre de son énergie. Maintenant qu'il est libre et matérialisé sous la forme d'un Pokemon, ce sera impossible pour lui de le sceller à nouveau. Il n'est pas assez puissant. Personne ne l'est.

Judicar laissa le temps à Vilius et Estelle pour digérer ça, avant d'ajouter :

- Personne... à part moi.


***


Ce qui restait de l'ancienne capitale Safrania après la bataille finale de la guerre venait de connaître le même sort que Carmin-sur-Mer, et cette fois, Kyria avait tout vu. Thanese avait tenu parole, il l'avait amené avec lui pour lui montrer comment il pouvait annihiler une ville en quelques minutes et faire de tous ceux qui y vivaient des molécules de thanor à ajouter à son corps. Toujours protégée du thanor tout autour d'elle, Kyria avait vu l'ancien joyau de Kanto devenir un champ stérile envahit par le thanor. Dans sa tête, elle avait entendu les voix horrifiées des milliers d'habitants lors du massacre, grâce à ses pouvoirs de Loinvoyant. Quand Thanese vint la retrouver après s'être copieusement nourri, Kyria était prostrée au sol, n'arrivant pas à contenir ses larmes.

- De l'H2O s'échappe de tes yeux, remarqua le concepteur. Souffres-tu d'une pathologie humaine ?

- En effet, répondit Kyria en lui faisant face. Elle s'appelle la peine, ou encore la tristesse.

- Comment peut-on la guérir ?

- On ne peut pas. Tu as éliminé tous ces gens, ces milliers de gens innocents. C'est ça qui me rend triste.

- Je n'aime pas te voir triste, avoua Thanese. J'aimerai te voir joyeuse, te voir sourire.

- Il n'y a qu'une solution pour ça, soupira l'adolescente. Cesse de tout détruire. Je suis sûr qu'au fond, tu es un gentil Pokemon. Je ne peux pas lire en toi, mais je sens que tu as un cœur, même si tu es né de la fusion de plusieurs molécules. Tu n'as pas à tuer tout le monde.

- Je le dois, affirma Thanese avec une certaine pointe de tristesse. C'est mon destin, il est inscrit dans mon code génétique même. Je suis le thanor, et la nature du thanor est d'assimiler toute chose en lui pour grandir et évoluer. Je ne peux pas aller contre ma nature.

Kyria avait passé à peine quelque heures avec Thanese, mais elle s'était rendue compte à quel point il semblait évoluer mentalement. Il parlait maintenant presque comme un adulte, et avait assimilé quantité de choses en un temps record. Pourtant, Kyria voyait toujours en lui cette espèce d'innocence naïve qui faisait qu'il recherchait son approbation, voir son amitié. Thanese voulait être aimé, il voulait se lier à quelqu'un qui ne soit pas l'un de ses serviteurs. Kyria espérait toujours le convaincre de cesser sa folle croisade, mais le risque était que le monde soit déjà anéanti avant qu'elle n'y parvienne enfin. Kyria se leva et écarta les bras face à Thanese, comme le défiant de l'éliminer sur le champ.

- Si tu dois assimiler tout le monde, alors tu devras le faire avec moi, non ?

- Sans doute.

- Alors fais-le tout de suite, que je n'aie pas à assister à toutes tes horreurs.

Thanese secoua la tête.

- Je n'en ai pas envie. Pas maintenant. Il y a assez de matière en ce monde pour que je puisse ne pas en dévorer certaine. Je trouve ton individualité fascinante, Kyria. Même si l'unicité dans le thanor est le but ultime, j'aime profiter de ta compagnie. J'aimerai devenir ami avec toi.

- Moi aussi, j'aimerai, concéda Kyria. Mais il m'est impossible de devenir ami avec celui qui est en train de détruire mon monde et qui m'oblige à tout regarder. Tu dis que tu apprécies mon individualité. Mais tous les autres humains sont comme moi ! Si tu prenais aussi du temps pour les connaître tous, tu les apprécierais sûrement tout comme moi, et tu n'aurais pas envie de les détruire.

- Ils ne me laissent pas le temps de les connaître, protesta Thanese. Ils fuient dès qu'ils me voient...

- Et en quoi est-ce étonnant, vu que tu veux les dévorer ?! Laisse-moi. Tu ne me rendras pas heureuse. Tu ne me verras jamais sourire.

Troublé et désolé, Thanese s'en retourna vers ses quatre serviteurs. Il n'arrivait pas à définir ce sentiment pour cette jeune humaine. C'était un être si fragile, si éphémère, uniquement destiné à lui servir de nourriture, et pourtant, quand il lui parlait, il avait l'impression de parler à un égal. Thanese avait un corps indestructible et surpuissant, elle un corps frêle qu'il pourrait détruire d'un claquement de doigt, mais leurs esprits se rencontraient librement. C'était bizarre. Tous les autres humains étaient-ils vraiment comme elle, avec un esprit aussi fascinant ? Cet esprit-là était-il le fruit de cet individualisme que Thanese voulait à tous prix détruire pour tout réunir en lui ?

Il ne savait plus que penser, et il se mettait à douter. Ses quatre serviteurs l'attendaient, à genoux, comme d'accoutumé. Thanese put lire l'excitation de leur cellule de thanor. Eux aussi se plaisaient à détruire les villes humaines, et plus encore à ce que leur concepteur s'approprie de plus en plus de thanor. Si la raison d'être de Thanese était d'absorber entièrement ce monde, celle de ses quatre serviteurs était de lui obéir et de pouvoir contempler son triomphe.

- Concepteur, ce fut une belle prise, déclara Centorlux. Tout le thanor que nous avons pu créer grâce à cette cité du nom de Safrania est colossal. Ne le sentez-vous pas, ô concepteur ? Toute cette puissance en vous ? Plus vous dévorerez ce monde, et plus vous atteindrez la perfection !

- Centorlux, le coupa Thanese. J'ai une question.

- Bien sûr, concepteur. Demandez tout ce que vous voulez.

- Est-ce que ce que nous faisons est mal ?

Thanese vit clairement les corps de ses quatre servants se raidirent de surprise et d'incompréhension.

- Mal, concepteur ? Comment cela ?

- Je détruits les êtres vivants de ce monde pour les associer à moi. Mais ils n'ont pas l'air de le vouloir. En ce sens, je contreviens à la volonté de milliards d'individus.

Centorlux balaya la remarque d'un geste de la main.

- Concepteur, la volonté des êtres d'oxygènes est aussi futile qu'eux. Il n'y a que votre volonté qui compte.

- Parce que ma volonté est plus forte, et que j'ai les moyens de la réaliser, fit Thanese. Mais la volonté des humains existe. Chacun d'entre eux en a une. Chacun d'entre eux a une espérance, des sentiments, une expérience unique née de leur individualité. Je ne détruits pas que leur corps, je détruis aussi tout ça...

Les centaures échangèrent un long regard, ayant l'air de se demander si leur concepteur n'était pas tombé sur la tête.

- Concepteur...

- Depuis que j'ai rencontré Kyria, poursuivit Thanese sans tenir compte du trouble de ses serviteurs, j'ai appris que la force peut se manifester de diverses manières. Moi, j'ai le pouvoir de détruire la création et de me l'approprier. Un pouvoir que personne ne peut me contester, où je suis le meilleur. Mais Kyria, elle, elle a le pouvoir de lire dans les pensées. Pas dans les nôtres, car le thanor lui reste imperméable, mais dans celles des autres humains. Moi, je ne sais pas le faire. Lorsque j'ai détruit Carmin-sur-Mer, j'ai anéanti un Pokemon qui m'a lancé dessus un jet d'eau puissant. Moi, je ne sais pas le faire. Les humains ont su construire une ville entière en béton et en acier. Moi, je ne sais pas le faire. Les potentiels des êtres vivants sont aussi nombreux que différents, n'est-ce pas ?

- Euh... oui, sans nul doute concepteur, mais...

- Et certains potentiels ne se sont pas encore développés. Par exemple, je me rappelle très bien, il y a quelques minutes, avoir anéanti un enfant humain ici, puis avoir absorbé ses cellules. Qui sait ce que cet enfant, s'il avait vécu, aurait pu faire, aurait pu devenir ? Mais à cause de moi, on ne le sera jamais. Je détruis possibilités sur possibilités pour mon seul compte. Donc, est-ce que c'est mal ?

Les centaures gardèrent le silence un long moment, puis Centormas prit la parole.

- Concepteur, je parle avec le plus grand respect. Vous êtes l'être le plus puissant de ce monde, la manifestation vivante du désir des quelque cellules isolées qu'étaient le thanor à l'origine de croître, de se propager, et finalement de régner. Vous êtes l'incarnation de la volonté du thanor, l'évolution ultime de nos molécules. Les sentiments dont vous nous parlez - qui sont naturellement dignes de Votre Majesté - ne doivent en aucun cas entraver la création de notre monde de thanor.

- Je sais tout ça, soupira Thanese. Mais il y aurait peut-être un moyen de le faire sans annihiler tous les êtres d'oxygènes. Ils souhaitent préserver leur individualité.

- L'individualité est une faiblesse, concepteur, grogna Centorture. Les humains et les Pokemon sont si faibles parce qu'ils sont divisés. Vous, qui êtes la fusion de milliards de cellules individuelles, voyez ce que vous êtes devenu par rapport à eux !

- C'est vrai, acquiesça Thanese. Les êtres d'oxygènes sont faibles, et leur individualité en est la cause. Mais leur individualité fait qu'ils sont bien plus intéressants que nous autre. Chacun d'entre eux est différent, chacun d'entre eux pense différemment. Je me plais à discuter avec Kyria parce qu'elle est différente de nous, mais c'est pareil pour tous les autre humains j'imagine. Je ne tiens pas à tous les détruire, si je peux l'éviter. Je vais y réfléchir. En attendant, nous ne bougerons plus.

- Ne plus bouger ? Protesta Centourment. Mais concepteur, Azuria, la capitale provisoire des humains, est droit devant nous ! Si nous l'absorbons, la région sera à nous. C'est actuellement la ville la plus peuplée. Pensez à toute cette nourriture qui...

- Nous ne bougerons plus, répéta Thanese d'un ton sans réplique.

Et il laissa là ses quatre serviteurs, inquiets par le soudain changement intervenu chez leur maître.

- Qu'est-ce qui se passe avec le concepteur ? Demanda Centourment aux trois autre.

- C'est à cause de cette humaine, cette Kyria, cracha presque Centorture. Elle lui pollue l'esprit avec toutes ses hérésies !

- Nous ne pouvons rien y faire, dit Centorlux. Le concepteur s'est attaché à elle, et il n'acceptera jamais de s'en séparer. Nous ne pouvons que croire au concepteur. Il accomplira son destin. Il ne peut pas faire autrement.

- Non, répliqua Centorture. Cette humaine est devenue trop embarrassante. Notre concepteur est puissant, mais très jeune, et donc facilement influençable. Nous ne pouvons plus la laisser jouer avec son esprit.

- Et que proposes-tu ? Demanda Centormas. La tuer serait une trahison...

- Eh bien, j'en accepterai la punition. Je le ferai, pour le bien du concepteur.





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Image de Monsieur C :