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Garou de GalloViking



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» Auteur : GalloViking - Voir le profil
» Créé le 05/05/2014 à 23:40
» Dernière mise à jour le 05/05/2014 à 23:51

» Mots-clés :   Présence d'armes   Présence de transformations ou de change   Région inventée   Science fiction

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Fort Aurora
Lorsque je me réveillai, je sentais bien que mon sommeil avait été différent de tous les précédents, il avait duré bien plus longtemps, et pas à cause de ma fatigue. Alors que, avant mon évolution, j'étais habituée à être réveillée et endormie très tôt et très tard, je sentais que maintenant les choses seraient différentes. J'étais dorénavant une Mentali, un Pokémon habitué au soleil, et mon sommeil allait certainement être régulé par le rythme de l'astre. Plus question maintenant de veiller la nuit et d'attendre le noir total pour dormir...

Rapidement réveillée, je constatai que je n'étais plus dans le véhicule, mais dans un grand dortoir contenant un nombre impressionnant de lits superposés. Le calcul fut vite fait, il y avait là vingt-cinq lits superposés de chaque côté du grand dortoir, soit un total de cent lits. Et, assise sur l'un de ces lits, j'étais seule. Pourtant, hors du bâtiment, je savais qu'il y avait beaucoup d'animation. On parlait, on criait, on courait, des véhicules roulaient... Plutôt que de sortir et de faire une mauvaise rencontre, je restai ici et j'attendis quelques minutes. Rapidement, Isadore arriva.

« Tu es enfin réveillée, Sereina. Tu as dormi tellement longtemps qu'on a été obligés de te transporter jusqu'aux dortoirs. Je suis étonné que tu ne te sois réveillée pendant qu'on te portait. »

Mon sommeil était normalement très léger, c'est étrange. Un des contrecoups de mon évolution, certainement.

« Ici, tu ne devrais pas être dérangée. Il s'agit de l'un des quatre dortoirs du fort Aurora, et celui-là est réservé aux garous... Autant dire que pour le moment, il n'y aura que nous ici. »

Le fort Aurora ? S'agirait-il du quartier général dont j'ai souvent entendu parler ? Isadore s'assit sur le lit en face de moi. Il semblait être habitué à cet endroit. Peut-être était-ce ici qu'il avait passé la plupart de son temps les jours où nous étions séparés ? Je sentais qu'il avait beaucoup de choses à me dire et qu'il n'y tenait plus.

« Tu sais, peu de temps après avoir été séparé de toi, j'ai été emmené à leur quartier général. Certainement le lieu le plus important du pays, vu que c'est là que se trouvent le gros de ses forces. Ici, on est plus au nord, à environ quatre-vingts kilomètres de la frontière entre le Nord et le Sud. »

Cela me semblait être très peu. Surtout si les combats faisaient rage le long de ladite frontière. Je me demandais quelle pouvait bien être la taille de ce continent.

« J'ai appris tellement de choses, ces quelques derniers jours. La guerre entre les deux nations, le but du Projet Garou. Mais la chose la plus importante c'est ce que j'ai entendu sur le carnage du laboratoire... Ils ont retrouvé tous les corps, sauf un. »

Ils n'ont pas retrouvé un corps ? Cela vaudrait-il qu'il y aurait un survivant ? Mais dans ce cas, pourquoi ne s'était-il pas manifesté ?

« Le plus étrange c'est que le scientifique manquant est considéré comme le pionnier du Projet Garou... C'est lui qui a théorisé ce virus, cette chose qui a fait de nous ce que nous sommes maintenant. D'après ce que j'ai compris, il était en visite surprise dans les sous-sols quand le problème technique a eu lieu. Ils n'ont retrouvé que sa blouse, déchirée. »

Lors de la nuit de la rébellion, je me souviens très bien du scientifique qui était venu dans ma cellule. Un homme d'une trentaine d'années, dont la blouse était bleue et non blanche, comme les autres scientifiques. Et si ce scientifique disparu, c'était lui ? Cet homme serait donc « André Cide », nom prononcé par ma geôlière lors de ses adieux. Un homme qui a eu un cas de conscience qui a fait plus d'une cinquantaine de morts...

« Bien entendu je n'en sais pas plus que ça. Sur un personnel d'une cinquantaine de personnes, seulement deux survivants, dont un porté disparu, et nous deux... C'est peu. D'après ce que j'ai compris, ils vont recommencer à faire des hybrides, maintenant que le laboratoire est de nouveau fonctionnel. Mais en changeant la méthode de façon radicale. D'après eux, la précédente était trop aléatoire pour avoir des résultats corrects. Le carnage en est la preuve. »

Bien entendu... Mais comment pouvait-il changer la méthode de manière à écarter le passé du Pokémon ?

« Cette fois, ils vont d'abord agir sur les Pokémon eux-mêmes avant de les transformer, plutôt que d'injecter directement leur produit : ils attendront que le Pokémon soit devenu obéissant. Ils espèrent maximiser leurs chances d'obtenir un garou qui sera tout obéissant que le Pokémon dont il est issu. Les prochains hybrides devraient être prêts dans moins d'une semaine. Tu te demandes pourquoi je sais autant de choses ? »

Oui. Isadore savait énormément de choses qui, si on était logique, devraient rester secrètes et très bien protégées.

« C'est simple, en réalité. Je suis, ou en tout cas j'étais jusqu'à ce que l'on te retrouve, le dernier garou. Ils se sont servis de moi pour montrer aux Pokémon qu'ils comptent transformer ce qu'ils deviendraient. »

De manière à les mettre en confiance. En ne leur racontant aucun, ou en tout cas, moins de mensonges qu'aux précédents garous. Même s'ils perdaient la mémoire, il y avait des chances pour qu'ils ne se sentent pas déboussolés et qu'ils trouvent « normale » leur transformation. Bien entendu, ce n'était que pure spéculation... Peut-être cela ne changerait-il absolument rien.

« C'est pour ça que j'en sais autant. Mais cela ne change rien... Pour eux, je suis toujours une arme qui ne demande qu'à être utilisée, comme tous les garous. Y compris toi. Tôt ou tard, nous serons envoyés sur les champs de bataille. »

Ma geôlière me l'avait aussi expliqué. Que, à défaut de servir de combattant, je servirai d'infirmière, de manière à donner des premiers soins aux soldats, sur le champ de bataille. D'ailleurs, je me demandai ce qu'elle était devenue. J'espérai qu'elle était toujours en vie...

« Cet endroit, comme je te l'ai déjà dit, c'est le fort Aurora. L'un des points forts du territoire Régulier. Plus au nord, les combats font rages, et les troupes envoyées partent d'ici. Le territoire est relativement petit, tu sais. Il y a une carte accrochée au mur, si tu veux jeter un œil. »

Je regardai ce qu'il me montrait. Le pays, nommé Destria, semblait être un grand rectangle entouré d'eau, à l'exception de la limite nord, une zone montagneuse. D'après la légende, le pays faisait 340 kilomètres de long pour 240 kilomètres de large. Une grande ligne en pointillés rouges le coupait en deux, et on pouvait voir, bien en évidence, l'emplacement du territoire Régulier et Progressiste. Ce qui me choqua fut l'emplacement de la forêt de Zvigold, sur le côté est du pays, coupée en deux par la ligne symbolisant la frontière. Cette forêt semblait appartenir à la fois au Nord et au Sud.

« Tu regardes Zvigold, c'est ça ? Cette forêt est grande mais inutile d'après ce que j'ai compris, ainsi, il n'y a aucun combat là-bas. Les Pokémon y vivent en paix depuis que les habitants du village du même nom ont abandonné leurs maisons pour ne pas y attirer les combats. On ne sait pas ce qu'ils sont devenus... Certains disent qu'ils se sont réfugiés sur une île, loin d'ici. »

Avec tout le bois à leur disposition et le fait que la forêt soit juxtaposée à l'océan, cela semblait logique. Ils voulaient certainement rester neutres. Malgré tout, cette forêt n'était pas si inutile que ça, car elle fournissait à l'Armée Régulière nombre de Pokémon pour leurs expériences...

« Les combats ont lieu le long de la ligne servant de frontière. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, c'est loin d'être une stupide guerre de tranchées. En réalité, les combats sont très mobiles et se déplacent sans cesse, d'un village à l'autre. »

J'imaginais la violence des combats qu'il pouvait se passer, dans ces villages maintenant en ruine. D'un côté, les soldats Progressistes qui cherchaient à prendre de force les villages avec leur supériorité technique. De l'autre, les soldats Réguliers qui les défendaient, avec leur supériorité numérique. Et bientôt, avec les garous, leur dernier espoir de victoire.

« Ce n'est qu'une question de temps avant que les garous ne soient envoyés au combat. Dans les yeux des officiers, nous ne sommes rien de plus que des outils. Nous valons moins que des soldats, car nous sommes remplaçables rapidement, tu sais. »

Cela pouvait-il être vrai ? Un garou est comme un être humain, même s'il est issu d'un Pokémon. J'étais bien placée pour le savoir. Et après avoir passé un petit moment dans la tribu d'Isadoras, je savais que les Pokémon eux-mêmes n'étaient pas si différents des êtres humains. Même si cela restait limité, en groupe, ils pouvaient monter une société ayant un code de conduite.

« Bon, ce n'est pas tout, mais il est presque midi, tu sais. Je devrais te faire visiter le fort. En passant, cela permettra aux personnes du fort de s'habituer aux garous... Ma présence en met beaucoup mal à l'aise. Même s'ils ne disent rien, je le sens. »

Il avait raison. De plus, je me sentais faible, même si j'avais dormi longtemps. Alors, il m'accompagna à la sortie et ouvrit la lourde porte. M'attendant à être aveuglée par le soleil, je me cachai les yeux un instant, mais cela fut inutile. Je pouvais regarder fixement le soleil sans ciller. De plus, lorsque les rayons de l'astre entrèrent en contact avec ma peau, la chaleur me revigora, comme si je m'en nourrissais. La sensation était incroyable.

Comme je m'y attendais, il y avait beaucoup d'animation. De nombreux hommes en uniforme vaquaient à leurs occupations. Le fort en était bel et bien un. On pouvait voir une large muraille entourant plusieurs grands bâtiments. Isadore m'expliqua rapidement qu'ici se trouvaient quatre dortoirs, un stade, un gymnase, un stand de tir, une cantine, une infirmerie et un hangar. Deux hangars pour les soldats, un plus sophistiqué pour les officiers, et un dernier pour les garous. Même si cet endroit était grand, il était bien organisé et cela semblait facile de s'y retrouver.

Rapidement, un homme s'approcha de nous. Même s'il semblait visiblement mal à l'aise en notre présence, Isadore parut le reconnaître car il le salua.

« -Salut Pierre.
-Salut, 7D. Euh... Comment va-t-elle, depuis hier ?
-Sereina, je te présente Pierre. C'est lui qui a eu l'idée de te faire évoluer. »

J'avais reconnu sa voix. Bien entendu, je fus incapable de le remercier verbalement, alors je lui souris. Cela le mit encore plus mal à l'aise.

« -Bon euh... Aujourd'hui 7D tu as quartier libre, ordre du commandant. Pour te permettre de lui faire visiter le fort.
-C'est déjà commencé. Je pensais lui faire visiter l'infirmerie.
-C'est toi qui décides. Sur ce, je crois que je vais vous laisser... »

Et il partit rapidement en direction du gymnase. Alors, Isadore m'emmena vers l'infirmerie. Même si le sol avait été déblayé pour faciliter le déplacement des véhicules, il restait toujours un petit peu de neige sur le sol, signe qu'il avait neigé cette nuit. Je sentais qu'il allait bientôt se remettre à neiger, dans un peu plus d'une heure. Ma fourrure était si sensible qu'elle pouvait me permettre de déterminer avec précision la pression atmosphérique et ses variations. Tant de nouvelles sensations affluaient en moi, alors que nous marchions vers l'infirmerie. Il me faudrait du temps pour m'y habituer.

Une fois arrivée, je fus assaillie par des odeurs connues. L'infirmerie était de petite taille et permettait d'accueillir jusqu'à vingt patients. Pour le moment, elle était vide de blessés, il n'y avait que deux personnes. Un homme et une femme, tous deux infirmiers. Nous voyant, ils nous saluèrent.

« -Bonjour Sujet 7D ! Alors la voilà, la nouvelle infirmière ?
-Bonjour. Oui, il s'agit de Sereina.
-J'espère qu'elle sait se servir de sa sacoche. répondit l'infirmière. Aujourd'hui on a de la chance, ils ne nous ont pas encore apportés de blessés.
-Ce n'est pas ici que nous manquons d'infirmiers, tu sais, commenta l'infirmier. C'est sur les champs de bataille qu'il en manque. Dis-moi ma belle, tu sais te servir ce qu'il y a dans sa sacoche ?
-Elle est muette. Mais elle sait utiliser ses outils. Elle a déjà sauvé une vie. »

L'infirmier n'eut pas le temps de répondre car un homme arriva. Je vis rapidement qu'il était blessé au bras car il saignait légèrement. Rien de grave, mais il fallait désinfecter la blessure pour prévenir une éventuelle infection.

« -Salut toubib ! Oh, salut 7D, dit-il, surpris.
-Salut gamin. Tu t'es fait quoi ? Demanda l'infirmier.
-Je me suis blessé lors d'une séance de combat à mains nues. Vous pouvez vous occuper de ça ?
-Je suppose que ça sera un bon exercice pour voir si elle sait comment s'y prendre.
-Vous pensez vraiment qu'elle sait comment faire ? 
-De toute façon on est là, nous, répondit l'infirmière.
-Mouais... »

Je regardai dans ma sacoche. Lors de mon sommeil elle avait été remplie de matériel médical. Éthanol, antiseptique, compresses, pansements... Auparavant mon seul moyen de prévenir une infection avait été de l'alcool à 70°, qui était un excellent désinfectant pour matériel mais peu recommandé pour les blessures : d'après ma leçon avec ma geôlière, il retardait la cicatrisation et faisait souffrir le blessé. J'avais été obligée de l'utiliser pour soigner Hans et le pilote blessé, et moi-même, car je n'avais que ça sous la main. Maintenant, j'avais un vrai antiseptique, et cela me soulagea.

Quant à l'homme, je voyais bien qu'il ne me faisait pas confiance. M'étant lavé les mains, je me concentrai sur l'écorchure que le soldat avait au bras. Lorsque je lui pris le bras, il ne se débattit pas, mais je voyais bien qu'il était mal à l'aise. La blessure fut très rapidement soignée à l'aide d'une compresse et d'un peu d'antiseptique. Alors, il alla de lui-même se rincer le bras et partit, sans dire un mot.

Le voyant partir comme s'il était soulagé de ne plus devoir être près de moi, je fus profondément vexée.

« -Vous avez soigné ça comme un chef, commenta l'infirmier.
-Quelque chose ne va pas avec lui ? Demanda Isadore.
-Comprenez-le. Il ne s'attendait pas à se faire soigner par un Pokémon.
-Nous ne sommes pas des Pokémon, répliqua Isadore. Plus maintenant...
-Vous n'êtes pas non plus des humains. Vous êtes ici depuis moins d'une semaine, Sujet 7D. Il leur faudra beaucoup de temps pour s'habituer à vous, et à tous les autres.
-Et vous, vous y êtes habitués, non ? En tout cas, on dirait.
-Sincèrement ? Non, répondit l'infirmière. Mais nous faisons preuve de savoir-vivre.
-Oh. Je vois. Je pense que nous allons vous laisser. Il est plus de midi et je pense que Sereina a faim maintenant...
-N'hésitez pas à passer s'il vous faut quelque chose. »

Si quelques humains avaient la décence de me considérer comme leur égal, certains, comme l'homme que je venais de soigner, me prenait pour un simple animal savant. Cela était bien entendu vexant, mais c'était normal, après tout. Le temps réglera certainement les choses...

Alors que nous sortions de la petite infirmerie, Isadore me montra un camion transportant une vingtaine de soldats qui sortait du fort.

« Encore un groupe de pauvres diables envoyés au combat... Tu sais, depuis que je suis ici, j'ai remarqué qu'ils n'avaient pas d'horaires pour ça. N'importe qui, n'importe quand, peut être envoyé au front. Il suffit qu'ils demandent des renforts pour que vingt soldats soient envoyés sur-le-champ. »

Les soldats transitant ici devaient vivre dans une angoisse permanente. Pas étonnant qu'ils soient si tendus...

Isadore me conduisit vers la cantine. Il était environ une heure de l'après-midi et elle grouillait bien entendu de monde. Isadore m'emmena faire la queue comme tout le monde. Même si Isadore et moi étions habillés avec une tenue militaire, comme tout le monde, il était bien évident que nous faisions tache, dans la file. Certains rechignaient à s'approcher de nous, d'autres se parlaient à voix basse, d'autres nous contemplaient, abasourdis.

Isadore semblait être habitué à la très longue attente. Il y avait presque quatre cents soldats dans cette base à nourrir, après tout. Une heure plus tard, enfin servis, nous nous assîmes à l'écart. Quant à moi, j'étais déstabilisée par tout ce monde. J'avais passé tellement de temps presque seule. Là aussi, je suppose que le temps m'y habituera...

« -Tu es toujours si calme. Pourtant je sens bien qu'au fond de toi tu es tendue. Tu devrais trouver un moyen de te défouler.
-Il a raison, commenta quelqu'un qui s'assit à côté de moi. »

Isadore pensait être seul avec moi, c'était raté.

« -Tu sais, 7D a presque incendié la moitié du fort la semaine dernière, continua l'homme.
-Ne parle plus de ça, Jeff.
-C'était impressionnant. On a été obligés de se mettre à dix dessus pour le calmer. Par chance, il n'a blessé personne.
-C'est de l'histoire ancienne, ça.
-Certainement pas. Avec des bestioles comme toi, capable de tenir à dix contre un, on va la gagner, cette foutue guerre.
-Va dire ça à ceux qui sont partis ce matin et qui ne reviendront pas.
-Haha. Nous sommes tous dans la même galère, ici. Alors, plutôt que de me dire « Oh non je vais bientôt mourir ! » je me dis « Il faut faire gagner du temps aux garous ! ». Chaque journée que nos frères passent à repousser les Progressistes, c'est des garous potentiels en plus pour notre armée. »

Cet homme ne voyait pas en nous des Pokémon, ni des humains, mais un espoir. Au fond de lui, il était terrifié. Pendant que je mangeais les fruits qu'Isadore avait pris pour moi, l'homme continuait de faire l'éloge de garous. Cela avait attiré encore plus de monde autour de nous. Je me fis toute petite, intimidée par autant d'attention. Isadore ne semblait pas dérangé, habitué.

« -J'ai vu Isadore se battre plus d'une fois, il est presque intouchable. Et quand il te frappe, il te brise une côte, j'en suis témoin, commenta Jeff.
-Alors c'est elle la fameuse survivante ? Elle est forte ? Demanda quelqu'un d'autre.
-Elle ne se battra pas, répondit Isadore.
-Alors elle sert à quoi ?
-Elle pourrait te sauver la vie un jour, continua Isadore.
-Isadore, tu sais faire des flammes. Elle sait utiliser ses pouvoirs psychiques ? »

En voilà une bonne question. Je n'avais jamais essayé. En réalité, je n'y avais jamais pensé. Cela semblait être possible, mais je n'avais aucune idée de comment faire. Peut-être était-ce instinctif et cela viendrait-il avec le temps, ou de l'entraînement. Alors qu'Isadore insistait pour que nous puissions enfin manger seuls, le dénommé Jeff me dit, avant de partir :

« Tu devrais venir faire un tour au stade et courir un peu. Je suis certain que ça te fera du bien. »

Pourquoi pas, après tout ? Les quelques fois où j'avais eu l'occasion de courir, je me sentais bien pendant et après. Regardant dehors, je constatai qu'il neigeait, comme je l'avais prédit. Cela ne me dérangerait pas de courir sous la neige, bien au contraire.

Lorsque notre repas, qui, soit dit en passant, avait été de qualité, Isadore me dit :

« Je vais aller faire un tour au gymnase. Je t'ai déjà montré où est le stade, non ? On se retrouve ce soir au dortoir D. »

Il faisait confiance au personnel du fort, bien entendu, car sinon il ne m'aurait jamais laissée seule. Alors qu'il neigeait et que je pensai être seule au stade, je remarquai qu'il y avait beaucoup de personnes. Au milieu du stade se trouvait une grande pelouse où une vingtaine de personnes pratiquaient un sport de balle, et autour, une large piste où plusieurs personnes faisaient la course. Lorsqu'ils m'aperçurent, ne sachant pas trop quoi, faire, quelques personnes s'approchèrent de moi.

« Salut 8F, Jeff nous a prévenus que tu viendrais courir avec nous. J'espère que tu en as dans le ventre. »

Je fus incapable de répondre mais je lui fis signe que j'étais ici pour courir.

« Bon, tant mieux. Tu vas nous faire quelques tours de chauffe, que l'on voit ce que tu vaux. »

Un simple échauffement ? Pas besoin de sprinter comme je l'avais déjà fait plusieurs fois. Alors que l'homme tripotait son chronomètre pour le remettre à zéro, il me fit signe de commencer à courir. Comme je m'y attendais, courir me fit énormément de bien. Je n'eus aucun besoin de forcer l'allure, je courrai juste pour le plaisir et l'agréable sensation du vent contre mon corps. Mes pieds prenant appui avec aisance dans la neige, mes cheveux flottant dans le vent... Je ne sus combien de temps je courus comme ça. Il fallut que l'homme m'interrompe pour que je m'arrête.

« Vous, vous êtes... Incroyable. Vous venez de faire quinze tours de stade en à peine douze minutes. »

Cela faisait une vitesse de course de 30 km/h, sachant que dans ce couloir, un tour de stade faisait exactement quatre cents mètres.

« Je dois absolument voir ce que vous savez faire d'autre ! J'espère que vous n'êtes pas fatiguée ? »

Je m'étais simplement échauffée et j'étais prête à continuer.

« Très bien, cette fois-ci on va passer au sprint. Courez le plus vite possible et faites un tour de stade. »

Un seul ? De manière à atteindre ma vitesse de sprint j'avais besoin d'élan. Alors, je pris deux-cent mètres d'avance. Il avait compris et se tenait prêt à démarrer son chronomètre quand je passerais devant lui. Alors, prenant de plus en plus de vitesse, je finis par me mettre à quatre pattes et, comme il me l'avait demandé, je me mis à courir le plus vite possible. Cette fois-ci, j'étais complètement enivrée par la vitesse. J'oubliais de m'arrêter après avoir fait un tour de stade, tellement je les faisais rapidement. Lorsque, fatiguée, je m'arrêtai enfin, je constatai que tout le monde s'était arrêté pour me regarder.

« Bon sang... Vous courez à presque 60 km/h... Comment c'est possible ? »

Rapidement, le contrecoup de ma course se fit ressentir et, complètement à bout de souffle, je finis par m'asseoir dans la neige. La vitesse de sprint d'un homme était de 30 km/h et c'était ma vitesse de course normale, et je courais deux fois plus vite.

« Je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte, mais vous avez couru comme ça pendant presque deux heures... Vous êtes décidément inhumaine. »

Deux heures, tant que ça ? Cela voulait dire qu'il était presque dix-sept heures. En effet, vu que nous étions en hiver, le soleil commençait à baisser. Peut-être étais-je aussi endurante grâce au soleil ? À peine avait-il commencé à se coucher que je m'étais sentie fatiguée et que j'avais dû arrêter de courir.

« J'espère vous revoir ici plus souvent, continua l'entraîneur. Nous avons beaucoup de choses à apprendre de vous. Peut-être pourrons-nous nous inspirer de vos mécaniques de course pour améliorer les nôtres ? Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée. »

Sur ce, la troupe qui m'avait contemplée se dissipa et reprit ses activités. Quant à moi, je me retournai au dortoir D de manière à aller dormir, somnolente.

Une fois allongée sur mon lit, je ne m'endormis pas tout de suite, méditant sur ma journée. Je m'habituais peu à peu à ce corps. Mon rythme de sommeil était bel et bien fixé sur celui du soleil. Je me levais en même temps que lui, je me couchais en même temps que lui, ce qui voulait dire que mes journées seraient très courtes en hiver. Que pouvais-je y faire, de toute façon ? De la même manière que les soldats de ce fort allaient de toute façon devoir s'habituer aux garous, j'allais devoir m'habituer à ce corps.