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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 26/04/2014 à 19:51
» Dernière mise à jour le 04/11/2017 à 18:34

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 08 : Entre deux tempêtes
« Alors comme ça, doc', vous voulez venir avec nous ? » interrogea Lina, assise sur un lit de l'infirmerie.

L'intéressée, qui rangeait des fournitures médicales sur une étagère, hocha lentement la tête.

« Oui. Le dernier blessé a quitté l'infirmerie hier, et le camp peut bien se débrouiller sans moi un peu. Et puis... moi aussi, je veux savoir la vérité.
- Si ça se trouve, on n'apprendra rien, hein... On ne sait pas dans quel état est le labo.
- Moi, je sais. Je m'y suis réveillée. Enfin, j'étais complètement perdue, mais je m'en rappelle quand même... Le complexe a souffert pendant la catastrophe, mais à mon avis, on devrait pouvoir trouver des dossiers ou même un ordinateur pas trop abîmé.
- Le Changement a flingué toute la technologie, objecta la jeune fille.
- Les talkie-walkies et les téléphones portables seulement, répondit Elise. C'est peut-être un problème magnétique, des sortes d'interférence dans les communications. Un ordinateur pourrait encore marcher.
- Mmh. » marmonna Lina en haussant les épaules, l'air peu convaincue.

L'adolescente se mit à jouer machinalement avec le ruban noué dans ses cheveux auburn. Elle mourrait d'envie d'explorer ce laboratoire. Six jours s'étaient écoulés depuis l'attaque, et elle avait de plus en plus hâte de participer à cette expédition, et surtout d'échapper à l'ambiance sinistre qui planait sur la colonie depuis l'assaut des pillards.

« Comment va Lyrian ? J'ai cru comprendre que tu t'occupais de lui.
- Mieux. J'ai... On a vraiment eu peur pour lui. T'aurais dû voir l'état dans lequel il était, dans la grotte... On aurait dit Jakar. Complètement déconnecté de la réalité.
- Et maintenant ?
- Il s'est remis. A peu près. Il a recommencé à manger, mais il ne parle plus autant qu'avant. Ça doit faire, quoi, dix jours qu'il est à la colonie ? Il commençait à peine à s'intégrer. Il me posait toujours plein de questions, sur le fonctionnement du camp, sur les gens, les tâches à faire... On discutait pas mal. Maintenant, c'est à peine si j'arrive à lui tirer plus de deux phrases.
- Il s'en veut ? demanda Élise.
- J'ai pas arrêté de lui répéter que c'était de la légitime défense... Kate est aussi passée, de son côté, pour essayer de l'aider. Je pense pas que ce soit le fait d'avoir tué un pillard qui l'a traumatisé... Mais plutôt la manière dont il l'a tué.
- Il a peur de lui-même ? »

Lina acquiesça sans mot dire, et se mit à entortiller silencieusement une mèche de cheveux autour de son index, comme si elle réfléchissait.

« Je crois qu'il se voit comme une sorte de... monstre.
- Il n'est pas le seul à le penser. Kendall a monté pas mal de monde contre lui, et contre les hybrides en général. Beaucoup d'humains voient Lyrian comme une sorte de Jakar bis.
- Alors qu'ils ne le connaissent même pas. Je sais, je les entends en parler... Lyrian refuse de sortir de sa grotte. Il doit se douter de ce qu'on pense de lui, mais... j'ai l'impression qu'il a peur de faire une crise, ou je ne sais pas quoi... comme s'il risquait de péter un câble à tout moment.
- Tu lui as parlé de l'expédition ? Andrew veut qu'il y participe, non ?
- Oui. Et non, je ne lui ai encore rien dit. Je comptais attendre qu'il aille mieux, mais à mon avis, je pense pas qu'il se rétablira plus que ça... En tout cas, pas en restant enfermé comme un Pokémon en cage.
- ... Tu l'aimes bien, je me trompe ? interrogea Élise à brûle-pourpoint.
- Hein ? fit Lina, interloquée.
- Ce garçon. Tu l'aimes bien.
- Oui. Mais ça s'arrête là, hein...
- Je n'ai jamais rien insinué.
- Il est sympa. Paumé, mais sympa. J'aime bien son regard sur le monde. Il voit les choses différemment. Et puis, c'est l'un des rares de mon âge, au camp...
- Il y a Joshua, objecta l'infirmière, amusée.
- Joshua est un idiot, répliqua l'adolescente.
- Un idiot qui a le béguin pour toi.
- Ce qui prouve bien que c'est un abruti. Comment il va, lui, d'ailleurs ?
- Bien. J'ai du lui confectionner des béquilles, mais il récupère vite.
- Tant mieux. Bon, doc', je vais y aller. Merci pour la discut'. »

La jeune fille sauta sur ses pieds, savourant la stabilité de sa cheville fraîchement guérie, et attrapa sa veste, avant de quitter la grotte avec un signe de tête.

Dehors, le soleil déclinait doucement, mais la chaleur restait bien présente, elle. Avec un soupir, Lina se surprit à rêver d'une douche bien fraîche. Elle en avait marre, de cette chape de plomb qui pesait sur eux à longueur de journée.
Parfois, l'ancien monde lui manquait. Pas son ancienne vie, oh non, bien au contraire... Mais le confort de la technologie, de la civilisation... Maintenant que tout avait disparu, qu'on n'avait plus de nouvelles de la capitale, Omnia, la jeune fille se demandait s'ils parviendraient un jour à s'en sortir, ou s'ils étaient condamnés à rester des mois et des mois dans ce canyon, jusqu'à ce que leurs vivres s'épuisent. Leurs réserves étaient certes conséquentes, grâce aux multiples razzias sur les ruines de Salmyre, mais ils ne tiendraient pas infiniment...

En parlant de nourriture... Lyrian n'avait probablement pas mangé, et il ne sortirait jamais de sa grotte pour aller jusqu'au réfectoire. Lina s'y arrêta donc et demanda une part supplémentaire, en plus de la sienne.
Les vivres étaient distribuées avec parcimonie, au camp. Viande séchée, baies, tout ce qui se conservait bien était gardé précieusement. Beaucoup de boîtes de conserves avaient été récupérées par ci par là, et on les réchauffait au feu, faute d'électricité. Seule l'eau était fournie à volonté, grâce à Amara et son Tortank.

Une fois ses bras chargés de ses victuailles, Lina se dirigea vers la fin du canyon, là où résidaient tous les hybrides, tenus à l'écart des humains. Cette précaution ne s'était jamais montrée aussi judicieuse que maintenant. La jeune fille était prête à parier que, si humains et cobayes de laboratoire vivaient côte à côte, des disputes auraient éclaté depuis longtemps. Mais, au vu des tensions grandissantes entre les deux ethnies, la maigre distance instaurée entre les deux camps n'allait bientôt plus suffir à empêcher les affrontements...

~*~
Lyrian était allongé sur son matelas vieilli, les mains jointes derrière la nuque. Ses yeux marrons, rivés sur le plafond sans le voir, ne bougeait pas d'un pouce. Il se tenait ainsi depuis plus d'une heure, sans ciller. De temps en temps, des gerbes de poussière ocre tombaient de la voûte rocheuse. C'était là le seul signe de mouvement dans la grotte.
A vrai dire, en cet instant, l'adolescent se faisait l'effet d'être étranger à son propre corps - une sensation qu'il éprouvait souvent depuis que ledit corps avait fait montre d'une violence insoupçonnée. Lorsqu'il battait des paupières, Lyrian revoyait le visage terrifié du pillard, lorsque sa poigne de fer s'était resserrée sur sa trachée. Il avait agit par pur instinct. Réflexes primaires, brutaux, meurtriers. Réflexes de monstre.

Mais ce qui le terrifiait le plus, c'est qu'il était convaincu que son corps avait agi sans qu'il le veuille. Sans qu'il s'en rende compte. Il avait perdu le contrôle.

Un froissement d'étoffe perturba soudain l'immobilité de son monde, et l'adolescent se redressa pour voir Lina rabattre le drap blanc derrière elle, chargée de deux sacs.

« Tiens, je t'ai apporté de quoi bouffer. Déjà que t'es maigre comme un clou, si en plus tu te mets à arrêter de manger, tu vas finir par t'envoler au moindre coup de vent ! s'exclama la jeune fille en guise de bonjour.
- ... C'était de... comment déjà ? De l'ironie ?
- Mais c'est qu'il fait des progrès ! Gagné, champion. Comment tu vas ? l'interrogea Lina en déballant les victuailles qu'elle avait emmenées.

Lyrian haussa les épaules, l'air ailleurs.

« Qu'est-ce que ça veut dire, « comment tu vas » ? Je suis vivant, et intact. Donc je vais mieux que la majorité de la colonie, non ?
- Joue pas au malin. Tu sais très bien ce que je veux dire, rétorqua la jeune fille, sérieuse.
- Je vais bien. Merci de t'en inquiéter, Lina. Mais je suis sûr qu'il y a d'autres personnes, dehors, qui ont plus besoin d'aide que moi.
- Possible. M'enfin, pour le moment, ces personnes dehors, elles sont trop occupées à considérer tous les hybrides comme des monstres.
- Elles n'ont pas forcément tort.
- Si t'étais un monstre, tu ferais des trucs de monstre, non ? Genre taper des gens, insulter, faire des trucs effrayants... tu passerais pas tes journées à déprimer dans ton coin comme un gamin à qui on a volé son chocolat. »

Lyrian se tut un instant, le regard dans le vide, et Lina se demanda si elle n'y était pas allée un peu fort. L'adolescent ne s'était jamais montré susceptible, mais jusqu'où ses sarcasmes pouvaient-ils aller sans le vexer... ?
Soudain, le visage impassible du garçon se mua en un sourire, fugace et amusé. Puis, Lyrian renversa la tête en arrière et éclata de rire.

« Pourquoi tu ris ? fit la jeune fille, interloquée.
- Désolé. C'est ta franchise qui... Enfin... Je ne sais pas. Je n'ai pas tout compris, mais c'était... drôle. Et surprenant. »

Lina sourit à son tour, comprenant ce que voulait dire le garçon. Ce dernier semblait infiniment plus vivant, maintenant qu'il avait ri. L'étrange lueur blanche qui brillait toujours derrière ses iris était réapparue.

« C'est quoi, le chocolat ?
- T'es sérieux ?! C'est le meilleur aliment du monde. Je t'en ferais goûter, le jour où j'en trouverais. C'est beaucoup trop bon. Tu sais pas ce que tu rates.
- ... J'ai hâte. »

Le sourire de la jeune fille s'élargit, et ils s'attaquèrent à leur repas dans une ambiance déjà moins morose qu'à son arrivée. Lina avait apporté de la viande séchée et du pain. Lyrian ne prit pas la peine de se demander de quel Pokémon venait la viande. Il avait appris que, malgré le lien profond des humains appelés Dresseurs avec ces créatures, il fallait parfois revenir à des considérations plus terre-à-terre lorsqu'il s'agissait de nourriture. D'abord surpris de voir des gens manger la viande de ces bêtes qu'ils aimaient tant, il avait rapidement compris qu'il était bien utopique de considérer les Pokémon comme des partenaires. Et puis, après tout, c'était la fin du monde. On mangeait ce que l'on avait sous la main. Personne ne bronchait.

« Il y a un truc dont je voulais te parler. Tu sais, moi, Joshua et Thrak, on partait en expédition... Et on avait prévu d'en faire une plus grosse pour trouver les limites du désert, avec Kate et d'autres, commença la jeune fille entre deux bouchées.
- Oui.
- C'est annulé. Après l'attaque, le maire nous a demandé d'aller au labo à la place. Pour trouver des informations sur X-Corp. Il veut qu'on explore le complexe.
- ... Oh.
- Et il veut que tu viennes avec nous là-bas. » lâcha finalement Lina.

Lyrian s'arrêta de mâcher. L'espace d'un instant, des images de ruine, de mort, d'expériences et de câbles arrachés lui passèrent devant les yeux. Il secoua la tête et terminée sa bouchée avant de reprendre la parole :

« Quand est-ce que vous partez ?
- Quand tu seras prêt. On n'est pas beaucoup. Il y a moi, Thrak, Elise, Kate, et... Adam. On peut se préparer rapidement.
- Je suis prêt.
- Vraiment ? Ça pourrait être dangereux, tu sais. On n'a jamais fouillé le labo. On ne sait pas ce qu'il y aura là-bas. C'est même pas dit qu'on trouve quoi que ce soit.
- Je suis prêt, répéta Lyrian. Je veux savoir ce qu'ils m'ont fait. »

~*~
Et, en effet, il était prêt. Le surlendemain matin, à l'aube, Lyrian se tenait en compagnie de Kate, Thrak, Elise et Lina, devant un fourgon gris où s'entassait le matériel nécessaire à leur expédition. Le soleil se levait à peine, et la colonie était encore déserte. Leur départ devait être discret.

Les préparatifs ne furent pas longs. Étant donné qu'aucun d'eux n'avait la moindre idée du temps qu'ils passeraient loin de la colonie, il fut décidé d'un commun accord qu'ils emmèneraient suffisamment de provisions pour trois jours - ainsi que trois tentes et plusieurs sacs de couchage. Tout ce matériel, récupéré au fil des fouilles à Salmyre, leur avait été fourni par Andrew.

Seuls Thrak, Kate et Lina étaient armés - Lyrian avait d'ailleurs été surpris que son amie sache manier un revolver. De ce qu'il avait compris, Lina était au contraire l'une des meilleurs tireuses de la colonie, mais la jeune fille avait esquivé le sujet quand il lui avait demandé d'où elle tenait ce talent aux armes. Lui et Élise étaient incapables de manier la moindre arme, mais d'après les dire de Thrak, il n'y avait de toute façon pas grand-chose à craindre, à moins de tomber sur un éventuel cobaye violent.

Alors que Lyrian aidait Kate à ranger de la nourriture dans le fourgon, une silhouette encapuchonnée s'était approchée d'eux en silence. Surpris, l'adolescent s'était retourné et allait ouvrir la bouche lorsque Kate le devança :

« Salut, Adam. T'es en retard.
- Je suis là depuis longtemps, murmura la silhouette, d'un ton si bas que Lyrian peinait à l'entendre.
- Alors comme ça, t'as arrêté de regarder tes étoiles pour venir nous filer un coup de main ? » interrogea la jeune femme aux yeux dorés.

La silhouette leva lentement ses mains et rabattit son capuchon, dévoilant aux yeux de Lyrian un spectacle perturbant. Devant lui se tenait une créature étrange, qui fut jadis un homme, mais n'en gardait désormais que la forme. Une fourrure d'un noir total recouvrait le visage d'Adam, lui donnant un air bestial. Des marques dorées, en forme d'anneaux, recouvraient le dos de ses mains. Il y en avait également une sur son front. Ses yeux rouges dardèrent sur Kate un regard étrange.

« Ceux qui ne savent pas écouter la lune ont besoin de réponses.
- Ceux qui ne savent pas écouter la lune ? répéta Lyrian sans comprendre.
- Oui. Toi, elle, les humains. Personne n'écoute la voix de la sagesse. Personne sauf moi. Alors c'est à moi qu'il incombe de vous guider à travers la nuit.
- ... Je vois. Bon, eh bien merci pour ton aide, Adam. » lâcha Kate en haussant les épaules.

L'hybride hocha doucement la tête et partit s'installer sur la banquette arrière du fourgon, sans un mot.

« Le pauvre. C'est lui qui a le plus changé... et pas que physiquement. Quand je l'ai connu, il était parfaitement sensé... Maintenant, je comprends à peine la moitié de ce qu'il raconte, reprit Kate.
- Ce n'est pas parce qu'on ne le comprend pas que ses paroles sont dénuées de sens, répondit Lyrian.
- Un point pour toi, petit frère. Allez, on finit ça et on décolle. » conclut la jeune femme avant de se remettre à charger le matériel dans le fourgon.