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Cinhol, le Royaume Perdu de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 26/03/2014 à 09:05
» Dernière mise à jour le 22/04/2016 à 23:37

» Mots-clés :   Aventure   Fantastique   Médiéval   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 34 : Assaut sur Cinhol
En secret, je commençais à miner les fondations du pouvoir de mon ami. Je retournais les gens contre lui. Je sapais son autorité, sans qu'il n'en sache rien, du moins l'espère-je. Et en même temps, j'ai découvert aussi que j'avais un fils. Où et quand l'avais-je engendré ? Je ne m'en rappelle plus. Sans doute une nuit lors de laquelle j'avais trop bu. Mais la femme qui me le présenta disait forcément la vérité, car mon épée réagissait au contact de cet enfant.



*****




Le roi Adam, perché sur le toit du vaisseau amiral de Rashok, regardait le vide avec l'air de celui qui se préparait à sa mort prochaine. Il vérifia une énième fois la corde autour de son poignet ; une corde très longue, en acier, qui avait été reliée et soudée à la coque du vaisseau.

- Tu es sûre qu'elle est assez longue, cette corde ? demanda Adam à Syal sans parvenir à masquer son inquiétude.

La jeune capitaine de Stormy Sky sourit pour elle-même. Ça lui faisait plaisir de voir que le gamin craintif et innocent qu'elle avait connu au début subsistait encore.

- Bien assez longue, oui.

- Mais si tu ne me rattrapes à temps, à cette hauteur, c'est ma main qui s'en va.

- Ce serait embêtant. Si tu meurs, l'accord que tu as passé avec l'amiral sera annulé. Je ferai donc le nécessaire pour servir au mieux les intérêts de ma team en assurant ta survie. Tâche juste de ne pas lâcher l'anneau dans ta chute, et souviens-toi de bien tenir la corde quand tu le passeras au doigt.

- Je sais tout ça. C'est moi qui ai imaginé ce plan.

- Tant mieux. Comme ça, tu ne pourras que t'en prendre à toi-même si ça foire. Mais si ça fonctionne, on pourra dire que tu auras laissé ta tendre demi-sœur sur le cul.

Adam surveilla la position de toute la flotte de Rashok derrière lui, chaque vaisseau lié à un autre par d'autres cordes métalliques.

- Vous avez bien vérifié notre position ? Je veux qu'on arrive pile dans les cieux de la cité de Cinhol, pour surprendre Nirina.

- Oui oui... on survole actuellement ton Académie, et comme tu as dit que quand tu passais l'anneau de là tu arrivais directement dans la cité... C'est quand tu veux, mon gars.

Adam prit une longue inspiration en s'approchant du bord. Puis une seconde. Puis une troisième. À la quatrième, Syal perdit patience et le poussa dans le vide. Puis elle s'accrocha au bout de la corde. Dès qu'Adam passerait son anneau au doigt, elle devra la lâcher pour monter sur son Airplanner et le récupérer en plein vol. Une manœuvre que pas grand monde à Stormy Sky aurait pu réussir. Mais personne ne pilotait mieux un Airplanner qu'elle.


***


Comme à chaque fois qu'elle maniait la fourche d'Hafodes, Nirina se sentit telle une déesse. Elle les voyait tous fuir devant elle, crier, de peur ou de souffrance tandis que les flammes les dévoraient. En un seul geste du poignet, Nirina pouvait engloutir des dizaines d'hommes dans le feu, et se délecter de leurs cris d'agonie. Et dans son autre main, la présence rassurante et attirante de Peine l'encourageait presque à tous les éliminer, tous ces traitres...

Quelques valeureux archers qui n'avaient pas encore pris la fuite tentèrent de la cribler de flèches. Nirina se contenta de lever un mur de feu devant elle, où même le métal des pointes fondait en deux secondes. Même les Pokemon de cette Anis et de cette Leaf ne pouvaient rien contre le pouvoir d'Hafodes. Qu'avaient-ils donc pensé, ces fous, en l'attaquant de la sorte ? Pensaient-ils que leur petite armée allait-elle l'emporter parce qu'elle était grande ? Mais Nirina n'avait besoin de personne d'autre qu'elle pour les arrêter. Les Chenipan auraient beau se mettre à mille pour attaquer le divin Sulfura, ce dernier l'emporterai quand même.

Nirina remarqua qu'elle avait déjà mis le feu à la place forte de Royeal, et brûlé bon nombre de ses propres soldats. Mais vu qu'elle se moquait d'eux, elle n'en avait cure. Personne en ce monde n'avait d'importance, à part elle et Alroy. Tout le monde pouvait bien brûler, et ce royaume avec. Elle en avait assez de ce monde. Au début, jouer à la princesse, puis ensuite à la reine, l'avait amusé, mais désormais Cinhol était comme un jeu usé pour elle, surtout depuis qu'elle passait la moitié de son temps dans l'Ancien Monde.

- Brûlez tous ! Brûlez tous !

Une imposante silhouette en armure affronta les flammes d'Hafodes pour lui faire face.

- Ma reine, je vous conjure d'arrêter !

Nirina éclata de rire.

- Ah, mon oncle. Je me demandais si vous auriez le culot de venir ici en compagnie de ces traitres. Apparemment vous l'avez. La notion d'honneur vous dit-elle encore quelque chose ?

- Elle m'a guidé tout au long de ma vie, répliqua Astarias. De grâce, Majesté, vous n'êtes plus vous-même. Ryates vous a envouté avec ses pouvoirs et son épée maudite !

- Vous pensez que je l'ignore ? Bien sûr que Ryates me manipule, et plus encore l'esprit du Seigneur Uriel enfermé dans Peine. Et je l'accepte, si c'est le prix à payer pour détruire ce royaume de mensonge et prendre possession de l'Ancien Monde. Mais qu'ils corrompent mon âme change-t-il quelque chose, mon oncle ? Mon âme n'était-elle pas déjà empreinte d'une grande noirceur ?

- Ne dites pas cela, Majesté. Je vous connais depuis le berceau. Je vous ai vu grandir. Hors de l'influence de Ryates et de votre mère, vous avez toujours été une enfant aimante, loyale et courageuse. Sévère oui, mais juste, tout comme votre père. Tout comme les Haldar se doivent d'être.

- Haldar... répéta Nirina. Ce nom même me répugne. C'est une lignée maudite, de menteurs et d'égoïstes. Je peux vous assurer que quand j'emmènerai mon fils dans l'Ancien Monde, je ne lui ferai pas conserver ce nom impie.

- Est-ce Nirina Haldar qui parle, ou Uriel le Rejeté de la Lumière ? demanda Astarias. Vous avez toujours été fière de votre nom et de votre père, Majesté.

- C'est que j'ignorais bien des choses alors, mon oncle. Avec le savoir vient la désillusion. On se croit grands, puissants et nobles, nous autre Haldar. Nous sommes en réalité les gens les plus pathétiques qui soient. Regardez-nous, à se faire la guerre entre nous pour décider qui pourra s'assoir sur le trône de ce royaume absurde... D'ailleurs, où est-il, mon bâtard de demi-frère ? Ce grand héros que notre glorieux ancêtre Castel a choisi, le prochain Sauveur du Millénaire !

Nirina fut reprise d'un long fou rire.

- Illusions que tout cela ! Mensonges que tout cela ! Uriel m'a montré la vérité. Les Haldar sont pourris en profondeur, et donc ce royaume qu'ils ont fondé aussi. Adam le désire ? Je lui laisserai avec plaisir une fois que j'aurai Meminyar et Sifulis pour ressusciter le Seigneur Uriel. Alors mon frère pourra gouverner dessus durant les quelques heures qu'il restera à ce royaume...

- Ma reine...

Nirina le coupa en déployant une vague de feu sur lui. Astarias plongea au travers pour ne pas y rester dedans. Son armure intégrale et son casque le protégeait de la brûlure des flammes, mais le métal emmagasinait la chaleur, et Astarias devait avoir l'impression de porter un four micro-onde. Il n'en utilisa pas moins son épée pour contrer le prochain geste de Nirina avec la fourche d'Hafodes.

- Tu oses lever ton épée contre moi, Astarias ? Siffla Nirina.

- J'ai juré à votre père de vous protéger, et je le ferai, même si je dois vous protéger de vous-même.

- Tu me rends malade, avec ton honneur à deux balles ! Je vais te faire un présent, tonton. Je vais te libérer du fardeau de porter ce nom maudit d'Haldar en même temps que celui de la vie !

Nirina brandit Peine et l'abattit sur l'épée de son oncle, occupée à bloquer la fourche d'Hafodes. Sous la puissance de l'épée maléfique combinée à la colère de la reine, le pauvre morceau d'acier commun qu'était l'épée d'Astarias ne résista pas et vola en morceaux. Astarias tomba à terre, encerclé par les flammes.

- Contemple ta mort, mon oncle, dit Nirina en levant Peine à nouveau.

Mais ce n'était pas elle, ni la mort, qu'Astarias observait, mais le ciel, d'un air à la fois surpris et plein d'espoir. Nirina leva les yeux à son tour, pour voir qu'un portail de transfert s'était ouvert tout en haut, juste au-dessus de Cinhol. C'était Adam Haldar qui tombait du ciel, reconnaissable à ses cheveux or et à Meminyar à sa ceinture. Pourtant, le portail était toujours ouvert.
Nirina fronça les sourcils. Normalement, les portails de déplacement entre l'Ancien Monde et Cinhol se refermaient dès que l'individu qui avait passé l'anneau au doigt était arrivé. Il ne pouvait pas rester ouvert, à moins que... Nirina remarqua alors la corde que tenait son demi-frère, et qui sortait du portail. Au bout de la corde apparut un énorme vaisseau, aux emblèmes de Stormy Sky.

Nirina jura. Adam avait bien compris le fonctionnement des anneaux de transferts. Tout ce qui était relié par la chair à l'individu qui avait l'anneau était téléporté avec lui. Et dès que le vaisseau fut passé, il se mit à cracher des dizaines d'Airplanners et de Pokemon qui fondirent sur Cinhol. Mais ce ne fut pas tout. Le vaisseau était aussi relié par deux cordes qui à leur tour amenèrent deux autres vaisseaux. Puis ces vaisseaux en amenèrent quatre, puis enfin trois. Dix vaisseaux de Stormy Sky, toute une flotte, avec des centaines d'Airplanners et de canons.
Nirina en aurait presque rit. Adam l'avait bien eu. Comment pouvait-elle défendre Cinhol contre toute une flotte de Stormy Sky et contre l'armée rebelle en même temps ? Même Hafodes serait insuffisant. Elle ne pouvait pas brûler des vaisseaux dans le ciel. Et à part des catapultes primitives et quelques mortiers, elle n'avait rien. Et l'arrivée de la flotte de Stormy Sky déclencha des vivats parmi les fidèles d'Adam.

Nirina effleura son propre anneau de transfert. La fuite aurait été une bonne solution. Elle se fichait de la cité royale après tout, tout comme de ce monde entier. Elle aurait pu laisser Ryates se charger de reste, et se réfugier dans l'Ancien Monde où elle avait quantité de soutiens parmi les politiques de Bakan. Mais une chose l'en empêchait. Cinhol était assiégé, bombardé, et son fils Alroy se trouvait à l'intérieur.

Nirina ne s'était jamais trop intéressé à son jeune garçon. Il ne lui servait pas à grand-chose, et était une gêne constante. Elle avait toujours eu idée de l'amener avec elle dans l'Ancien Monde le moment voulu bien sûr, mais uniquement par souci de succession. Il était son fils, et il règnerait à sa place quand elle ne serait plus là. C'était ce que sa mère lui avait toujours inculpé. Mais elle n'avait jamais trop essayé de s'approcher de lui. La nourrice qu'elle avait engagée pour s'en occuper le voyait plus qu'elle. Nirina l'avait rarement pris dans ses bras, encore moins consolé quand il pleurait. Elle n'éprouvait guère d'intérêt à passer du temps avec lui.

Pourtant, quand elle vit les canons des Stormy Sky tirer sur les remparts du palais royal, une peur terrible la saisit, une peur qu'elle n'avait encore jamais connue. Peut-être était-ce l'instinct maternel propre à toute mère, qu'il soit enfoui ou non. En tous cas, c'était ce qui poussa Nirina à se désintéresser totalement d'Astarias et des rebelles, à se désintéresser totalement des flèches qui sifflaient près d'elle, à se désintéresser totalement de sa propre vie. Elle fit sortir de sa Pokeball Soprielo, l'un de ses Pokemon royaux, un immense oiseau bleu recouvert de nuages, et grimpa sur lui, lui criant de se rendre au plus vite au palais.

Elle vit que c'était là aussi qu'Adam, qui avait été récupéré par un Airplanner, se rendait, tandis que sa flotte balayait les défenses de la ville. Sa peur décupla. Nirina savait ce qui s'était passé à Naglima. Elle savait que le plan de Ryates de se servir de Padreis pour assassiner Adam avait échoué, et entraîné à la place Ylis dans la mort. Adam devait être furax. Peut-être assez pour se venger de Nirina par tous les moyens possibles, même à tuer un enfant de quatre ans. Nirina jura alors par tous les dieux possibles que si Adam s'en prenait à un seul cheveu d'Alroy, elle trouverait un moyen de le faire souffrir au-delà de l'imaginable. Et ce n'était pas les moyens qui manquaient à Nirina Haldar.


***


Adam tenait fortement Syal à la taille tandis qu'elle manœuvrait son Airplanner au travers des tirs de catapultes et de flèches de la cité royale. L'arrivée de la flotte Stormy Sky avait vite provoqué un vif chaos dans la ville, et Adam n'était pas insatisfait de se savoir la cause de tout cela. Il avait toutefois demandé à l'Amiral Rashok d'essayer de ne pas tirer sur les maisons, et de se concentrer sur les défenses de la ville. Que des soldats meurent, c'était inévitable, et c'était leur devoir. Mais Adam ne tenait pas à ce que le peuple - un peuple qu'il devra gouverner bientôt - pâtisse de son propre assaut.

- Tu es sûr que je dois te poser dans le palais ? lui cria Syal pour couvrir le bruit de la bataille ambiante.

- Sûr, oui.

- Mais pourquoi faire ? On va prendre cette foutue ville en moins d'une heure ! Tu ne peux pas attendre patiemment au lieu de risquer ta vie dans l'antre de la bête ?

- Non. Ryates est à moi. Il m'a arraché trop d'êtres chers pour que je le laisse à quelqu'un d'autre. Et puis, la bataille ne sera réellement gagnée que lorsque Peine sera détruite et Uriel éliminé à jamais. Et pour cela, on a besoin de Meminyar.

- On a besoin de Sifulis aussi.

- Deornas sait ce qu'il doit faire. Il va venir me retrouver.

- Et ta tendre sœur aussi également, renchérit Syal. Que doit-on faire d'elle, si jamais on arrive à l'attraper ?

Adam aurait bien aimé dire de la tuer sur le champ. Nirina ne représentait rien pour lui, mais il aurait été idiot de se mettre Astarias sur le dos.

- Capturez-là en vie si vous le pouvez. Mais je n'en fais pas une obligation.

Ils étaient arrivés sur la grande place du palais, avec la statue de Castel au centre.

- Dépose-moi là.

- À tes ordres, ô grand roi. Mais puis-je demander comment un noob comme toi qui n'a ni Pokemon ni arme à part une fichue épée dorée va arriver seul jusqu'à Ryates, sans parler de le vaincre ?

- Je ne suis pas seul, répondit Adam. Castel est avec moi.

Pour sûr que son ancêtre était avec lui. Adam le sentait tout excité dans sa tête. Le Fondateur avait conscience que c'était la bataille finale, et qu'il allait pouvoir régler ses comptes avec Uriel une fois pour toutes.
Et quand Adam défonça la porte du palais avec la seule force de son épée, et qu'il abattit chacun des gardes qui osaient s'interposer, il sentit que c'était autant Castel que lui qui contrôlait ce corps, comme si la force, la rapidité et les réflexes de deux individus s'étaient mélangés. Adam avait toujours été une catastrophe en cour de gym, pourtant, personne n'arrivait à le stopper.

Bien des gardes, en le voyant manier l'épée royale qui brillait d'une lueur inhabituelle, lâchèrent les armes et s'inclinèrent devant lui, l'appelant Seigneur Fondateur. Ils le prenaient sûrement pour Castel, revenu du royaume des morts pour faire peser sa justice divine. Il en épargna autant qu'il le put, tout en courant comme un possédé vers les quartiers de Ryates. Il se rappelait, depuis sa première visite dans le palais, qu'elle était la porte qui menait à cette chambre des horreurs, mais retrouver le couloir, ça, c'était une autre affaire. Il posa donc la question à une domestique effrayée qu'il croisa.

- Où est la chambre de Ryates ? Parle !

La domestique était tellement apeurée qu'elle n'arriva pas à émettre des paroles cohérentes. Toutefois, une petite voix flutée, derrière elle, renseigna Adam.

- Un étage plus haut, messire. Mais le Patriarche n'y est pas, j'en viens juste, messire.

Adam cligna les sourcils. Celui qui venait de parler était un petit garçon aux cheveux blonds bouclés, habillé royalement. Pas du tout effrayé, il semblait juste curieux.

- C'est l'ancienne épée de maman, dit le garçonnet en désignant Meminyar.

Adam examina l'enfant plus en détail. Il avait les yeux et les cheveux typiques des Haldar, mais son visage lui faisait penser à Padreis. Il avait donc devant lui le prince Alroy, le fils de Nirina. Son propre neveu.

- Dites messire, vous êtes qui ? Je vous ai jamais vu dans le palais ?

Avant qu'Adam n'ai pu trouver quelque chose à répondre, une explosion retentit non loin, et tout un pan du mur s'écroula tout au bout du couloir derrière eux. Le garçonnet n'avait pas sourcillé.

- Ça pète partout ! Boom boom ! Maman est partie à la guerre, et je ne sais pas où est le Patriarche. Je veux maman !

Adam était embêté. Il aurait bien aimé faire prisonnier le fils de Nirina, mais il n'avait personne avec lui et n'avait pas le temps de s'occuper d'un gamin. D'un autre côté, l'enfant était trop important pour le laisser vagabonder dans un château attaqué, où il risquait de se faire tuer par une explosion quelconque.

- Tu devrais t'en débarrasser, lui dit la voix de Castel. Cet enfant ne te servira à rien, et s'il vit, il pourrait être une menace pour ton règne.

Adam sentit malgré lui sa main se serrer davantage sur la garde de Meminyar, comme si la suggestion de Castel avait déclenché quelque chose en lui. Mais il se reprit.

- Ce n'est qu'un enfant bon sang ! Votre descendant lui aussi.

- C'est comme tu veux, Adam. Je te fournissais juste la réponse la plus logique et pertinente. Et puis... tu ne peux rien me cacher, je suis dans ta tête. Tu veux faire payer à Nirina ce qui est arrivée à ta femme. Je le sens.

Adam ferma les yeux.

- Pas comme ça. Ce gosse n'y est pour rien.

Comme si elle avait lu en Adam le dilemme qui était le sien, la domestique qui accompagnait le prince - qui devait sûrement être sa nourrice - implora silencieusement du regard Adam de l'épargner. Adam baissa son épée. Le regard de cette femme lui faisait penser à Sophia, sa mère adoptive.

- Emmenez le prince et allez-vous réfugier dans l'endroit le plus solide du palais, ordonna Adam. Le plus en profondeur. Et restez-y jusqu'à qu'on vienne vous chercher, c'est clair ?

Reconnaissante, mais toujours incapable de prononcer la moindre parole, la femme s'inclina et emmena Alroy avec elle. Mais Adam songea à quelque chose.

- Alroy !

Le garçon se retourna.

- Oui messire ?

- Tu disais que tu cherchais Ryates. Où peut-il être, s'il n'est pas chez lui ?

- Quand le Patriarche n'est pas dans sa chambre, il est avec le gros caillou tout noir. C'est la salle secrète derrière le trône de maman. J'y ai été en cachette, conclut-il avec un sourire tout fier.

- Tu es un brave garçon.

Adam s'éloigna en courant, tâchant de rejoindre le rez-de-chaussée, là où se trouvait la salle du trône. Ryates l'attendait, et Uriel attendait Castel. Tout allait se jouer une nouvelle fois devant la météorite.


***


Non consciente de ce qui se passait en ce moment à Cinhol, Anis était toujours en train d'éplucher ses livres à la bibliothèque de Naglima. Elle avait toujours cru que quelque chose clochait avec les sources officielles concernant Castel et Uriel. C'était pour cela qu'elle était restée. Elle était certaine que c'était important. Et là, elle avait flairé une piste. Elle avait trouvé, bien planqué, un autre journal intime. Celui du roi Andreias Ier, qui avait régné quatre cent ans plus tôt à Cinhol. Selon l'arbre généalogique des Haldar, il était l'arrière-petit-fils de Castel.

Il avait été le roi qui avait régné le plus longtemps. Il avait reçu la couronne à dix ans seulement, après que son père eut été tué lors d'une conquête, et avait vécu jusqu'à quatre-vingt-treize ans. Mais il avait dû abdiquer bien avant sa mort, car il était alors dans son extrême vieillesse, de l'avis de tous, complètement sénile, et parfois dément. Chose intéressante, ce journal avait été écrit durant sa prétendue période de folie. Et Anis n'avait pas du tout l'impression de lire les notes d'un fou.

- Un an après mon couronnement, écrivait-il, une femme est venue me voir. Elle était entièrement voilée, et il se dégageait d'elle une froideur qui envahissait tout mon être. Je me souviens d'avoir eu très peur. Cette femme s'est présentée comme étant une conseillère de feu mon père. Enfant, je ne m'étais jamais intéressé à ce que faisait mon roi de père et je connaissais peu de ses conseillers, aussi n'avait-je aucune raison de douter d'elle, d'autant qu'elle savait plein de choses sur le royaume. Elle fut d'une aide précieuse pour l'enfant que j'étais, je dois l'avouer. Mais personne ne semblait savoir son véritable nom, ni son histoire. Moi, je ne m'en souciais pas. J'étais ravi d'avoir une grande personne pour gérer mon royaume tandis que je m'amusais et que je m'entrainais à l'épée.

Le jour de mes vingt-ans, ma conseillère, que l'on avait appris à surnommer la Veuve Grise, me présenta quelqu'un, dans le plus grand secret. C'était son maître, disait-elle. Quelqu'un qui avait le bien être du royaume très à cœur. Je fus surpris de trouver un adolescent qui devait être plus jeune que moi. Et, chose des plus étranges, ses traits avaient tout de la famille Haldar. Peut-être un cousin éloigné, ou un bâtard de mon père, me disais-je. En tous cas, ce jeune homme était impressionnant. Il savait des choses multiples, maîtrisait un art magique que je n'ai jamais vu, et était un politique hors pair. Son identité me troubla cependant assez pour que je l'interroge à ce sujet. Il ne me donna pas son nom, mais affirma être, selon ses termes, un « rescapé du néant ». Un rescapé d'un siècle.

Je finis bien sûr par découvrir son identité, mais ne put rien révéler à personne. On me prendrait pour un fou, foi d'Arceus. Et cet individu demeurait caché. J'ai appris que c'était lui qui, dans l'ombre, avait manœuvré mon grand-père et mon père après lui. Lui qui décidait de tout à Cinhol, par la voix de sa fidèle Veuve Grise. Lui qui avait instillé dans le cœur de mes prédécesseurs le goût de la conquête de ce monde sauvage.
Il aurait pu prendre le pouvoir pour lui-même, mais une chose l'en empêchait : son corps. Cet homme est un véritable cadavre ambulant. Son temps est totalement détraqué. Il était immortel, certes, mais vieillissait comme tout le monde. Sauf quand il atteignait la trentaine environ. Alors, il ne vieillissait plus. Il rajeunissait. C'était chose incroyable de le voir et de le croire, mais pourtant c'est le cas. Alors que je m'approchais de la cinquantaine, mon « ami » était redevenu un enfant.

Il rajeunissait jusqu'à redevenir un nourrisson, après quoi son temps faisait sens inverse, et il se remettait à vieillir normalement. Jusqu'à ses trente ans, où il rajeunissait à nouveau, et ainsi de suite. Cet individu a continué à vieillir et à rajeunir inlassablement depuis un siècle, et continuera apparemment pour l'éternité. Evidemment, il aurait été difficile pour un être comme lui de prétendre gouverner Cinhol. La Veuve Grise veillait sur lui durant sa période bébé, jusqu'à qu'il redevienne adulte, ou alors il se montrait lui-même au roi actuel.

Aujourd'hui, je suis vieux, et lui est encore un jeune homme. Il semble conserver les souvenirs de toutes ces différentes vies, mais perd à chaque fois un peu de sa mémoire, ou, dirai-je, de sa personnalité. Mais il lui en reste assez en lui pour que j'ai compris à qui j'avais à faire : un démon. Un être plein de rancœur envers le monde entier, qui se sert du royaume pour atteindre son objectif. Un homme véritablement effrayant. Je n'arrive pas à juger s'il est fou ou non, mais il fait peur. Derrière son sourire de façade et ses yeux rieurs se cachent une âme instable et pervertie. Un monstre tapi dans un corps d'ange.

J'ai tenté de prévenir mes conseillers. Ils me rirent tous au nez, prétendant que ma vieillesse me jouait des tours. Au final, cet homme manœuvra pour que je perde le trône et qu'il revienne à mon fils, sur qui il avait déjà commençait sa terrible séduction. Je ne peux rien faire contre lui, et Arceus me pardonne ma vie passé à l'écouter et à lui obéir comme une marionnette, menant pour lui toutes les guerres qu'il voulait. Mais je peux au moins faire ceci : écrire ce journal et le cacher, pour qu'un jour, je l'espère, quelqu'un découvre la vérité cachée au milieu de cet océan de mensonge.


Anis ne put s'arrêter de lire jusqu'à la fin, sans cligner une seule fois des yeux, le cœur empreint d'un terrible pressentiment. Le roi Andreias ne mentionnait pas la réelle identité de cet homme, mais Anis n'en avait plus besoin. Les informations de ce journal étaient la dernière pièce du puzzle qui lui manquait. Avec tout ce qu'elle avait pu rassembler comme information, avec les blancs et les confusions dans le journal de Castel... tout était clair à présent. Anis referma le volume et déboula à travers la bibliothèque et se dirigea vers l'un des rares garde de la cité qu'il restait.

- J'ai besoin d'un cheval, prestement, avec célérité.

- Vous partez quelque part, dame Anis ?

- Pour Cinhol, et à l'instant mon brave !

Le garde rimerlot cligna des yeux.

- Cinhol ? Mais...

- Dépêchez-vous, de grâce ! Nous avons commis une véritable erreur. Et priez Arceus pour que je n'arrive pas trop tard !