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Gardiens de l'Harmonie T.1 : La mélodie de vie de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 19/03/2014 à 10:14
» Dernière mise à jour le 02/09/2017 à 11:40

» Mots-clés :   Aventure   Fantastique   Présence de Pokémon inventés   Région inventée   Romance

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Chapitre 39 : Lamentations et décisions
Narek Congois était en train de se regarder dans le miroir. Ce qu'il y voyait semblait être la créature la plus misérable qu'il n'ait jamais vu de sa vie. Oh, son soutien à Nathan Dialine lui avait valu de gagner une place de choix dans la noblesse de Naya, presque comme la quatrième famille régnante. Son siège et ses terres à Crepiten avaient été épargnés. Il avait gagné des titres, et beaucoup d'argent. Et surtout, en s'inclinant devant l'ombre de Diavil, Maître du Chaos, il avait reçu un pouvoir qui faisait de lui un être à part, un homme au dessus des hommes.

Maître Pokemon, détenteur d'un des Sept Pokemon Merveilleux, héritier de la famille Congois, Agent du Chaos, il était devenu la seconde personnalité la plus puissante de la région. Lord Dialine lui avait promis qu'il allait régner à ses côtés une fois cette guerre terminée. Narek Congois avait tout pour se sentir puissant. Pourtant, il se sentait comme un moins que rien. Un ver de terre. Non, encore moins que ça. Un déchet, comme l'avait si justement appelé Odion. Un être infâme et méprisable, la lie de l'humanité. Au final, Adélie Dialine avait raison. Plus on avait de pouvoir, plus on descendait plus bas que terre.

Derrière lui, sorti de sa Pokeball, Artemilion tentait de lui remonter le moral, en passant ses ramures dorées sous sa main. Narek le caressa distraitement. Pourquoi ? Pourquoi un Pokemon tel que lui, unique et légendaire, continuait à le servir lui ? Pourquoi n'était-il pas écœuré par son dresseur autant que Narek l'était de lui-même ?

- Mon fils, appela Robeos Congois derrière lui.

Narek ne l'avait pas entendu entrer. L'homme qui l'avait convaincu de s'allier à Nathan Dialine et même de devenir un de ses Agents du Chaos, et ce en trahissant Adélie Dialine. Pour le seul bien de la famille Congois...

- Mon fils. La tâche est ardue, mais c'est cela la politique, et le combat éternel pour la gloire de sa maison. Aujourd'hui, tu as fortifié à jamais le nom de Congois. Tu as obtenu les terres et les titres qui feront de nous une famille incontournable du paysage politique de Naya pour les centaines d'années à venir. Et toi, tu verras cela. Tandis que je vais bientôt m'éteindre, toi, tu demeureras et tu seras amené à devenir un grand dirigeant. C'est tout ce que je voulais voir avant de quitter ce monde.

Narek eut un léger sourire sans joie. Quitter ce monde ? Narek aurait bien aimé échanger sa place avec son père. Lui aurait été ravi de pouvoir régner à sa place, et Narek préférait disparaître à jamais que de continuer à vivre avec lui-même.

- Père... Je ne suis rien, dit-il.

- Tu n'es rien ? S'étonna Robeos.

- Non, je ne suis rien. La famille, les titres, le pouvoir... Tout ça ce n'est rien ! Ce qui fait quelqu'un, c'est ce qu'il a au fond de son cœur et ce qu'il transmet aux autres. Tous ces gens, qui se battaient pour Adélie Dialine... Ils le faisaient parce qu'ils avaient foi en elle. Parce qu'ils avaient foi en sa cause. Et moi... et moi... J'ai brisé tout ça. Adélie Dialine n'est pas seulement morte par ma trahison. C'est tout ce qu'elle avait créé, cette empathie et cette confiance avec les autres que j'ai tué. Je suis un être abject !

Lord Congois secoua la tête.

- La trahison est le propre de l'homme, fils. Il cherche sans arrêt à écraser les autres pour s'élever au dessus. Ton Adélie Dialine n'était pas si différente. Elle voulait se débarrasser de son frère pour faire valoir ses propres opinions. Eradiquer la noblesse pour mettre en place un mode de gouvernance à son image.

- Non. Adélie ne voulait que ce que le peuple voulait. Elle était sa messagère.

- Le peuple est idiot. Une gouvernance du peuple ne peut mener qu'à la ruine.

- Quand bien même, c'était ce que tout le monde voulait. Et qui sommes nous, nous les riches et puissants, pour faire fi du souhait de toutes ces personnes ?

Robeos éclata de rire.

- Tu l'as dit toi-même, Narek. Nous sommes les riches et puissants. Et parce que nous le sommes, nous dirigeons et décidons. Nos nobles ont réclamé Adélie Dialine. Tout comme Nathan. Tel était le prix pour encore plus de pouvoir. Car c'est le pouvoir, et le pouvoir seul, qui fait tourner ce monde, Narek. Le pouvoir, et pas les idéaux !

Narek se mit à rire à son tour.

- Vous êtes le mal incarné, père. Je l'ai toujours su. Mais moi, je suis encore pire que vous.

- Narek...

- Veuillez me laisser maintenant.

Il retourna à la contemplation de son reflet dans le miroir. La vue de son visage méprisable lui était insupportable, mais au moins, ça lui permettait d'arrêter de voir le visage d'Adélie Dialine au moment où elle avait vu le sien et pris conscience de sa trahison. Car cela lui était encore plus douloureux que de se voir soi-même.


***


- Je l'annonce à tous les habitants de Naya, disait Nathan Dialine. Adélie Dialine, ma sœur, est morte hier. Je n'ai pas de corps à vous présenter, car ses alliés l'ont récupéré. Ils refuseront sans doute de confirmer, mais leur silence vaudra confirmation. Oui, Adélie, l'égérie de la rébellion, ce soi-disant symbole des Gardiens de l'Harmonie, a péri lors de la bataille d'Odipolis, où elle est venue sottement me défier. Elle est morte seule, abandonnée des siens, tandis que son armée décimée prenait la fuite. Et je l'espère, avec elle est morte sa folie de se dresser face au Triumvirat. En réponse à l'attaque des rebelles sur la capitale, j'ai annihilé une autre ville grâce à mon Cibleur Mortel. J'ose espérer que ce sera la dernière, et que plus personne ne devra mourir pour une fille insensée qui n'a su protéger personne, même pas elle.

En réponse à cette allocution diffusée sur toutes les chaînes et fréquences de la région, Spam perdit son sang froid et mitrailla l'écran sur lequel passait la retransmission avec son pistolet de Don.

- Monsieur Spam, je vous en prie, l'équipement est fragile, protesta un technicien Rocket.

Loin d'être calmé, Spam tira également sur une console de manette. Peut-être était-ce important dans le pilotage du Temple de Vie ? Pour l'instant, il s'en fichait. Tirer et détruire lui faisaient un bien fou. Pas terrible pour un homme qui avait fait de la logique et du bannissement des émotions dans la réflexion un idéal. Mais Spam aimait bien la jeune Ad. Durant un an passé ensemble, il avait appris même à l'admirer. Et il ne supportait pas entendre cette ordure de Nathan se réjouir en direct de sa mort. Pour la peine, il tira sur autre chose.

Les techniciens Rockets se tournèrent vers Kelifa pour lui demander d'arrêter, mais leur commandante semblait s'être évadée dans un autre monde. Si Spam était en colère, elle ne semblait pas vraiment réaliser la mort d'Ad. Pourtant, elle était bien morte. Geran avait ramené son corps dans le Temple, qui reposait maintenant sur la place du Grand Orgue.

Ça avait été une scène très pénible. Surtout pour la mère d'Ad, Kelifa, qui était présente quand Geran avait atterrit et montré à la vue de tous le cadavre. La pauvre femme avait émit une telle plainte, si déchirante... Depuis, elle était restée en haut, à veiller sur le corps de sa fille, refusant de bouger. Pour respecter son deuil, tous l'avaient laissé seule. Geran, quant à lui, était allé trouvé le Seigneur Archangeos, et n'avait pas ressurgit depuis. Ceux qui restaient, dans la salle de contrôle, étaient dans le désarroi et l'incertitude la plus totale.

- Alors, on fait quoi maintenant ? Demanda Spyware. On poursuit le plan ? Le Temple est quasiment opérationnel.

- Le Temple ne nous sert à rien sans l'Elue d'Arceus pour chanter la Mélodie de Vie, lui rappela sombrement Balterik. Si Ad était vraiment l'Elue... eh bien, je crains que nous ayons déjà perdu.

- Mais ce n'était pas sûr non ? Fit Killian.

Frilvia Hugerson haussa les épaules.

- La famille Dialine descend de l'Elue d'Arceus d'il y a cinq cent ans, celle qui a composé la Mélodie de Vie anti-Odion. Il n'y a pas d'autre branche de la famille que celle-ci. Guben était fils unique, et sa tante, la seule autre femelle Dialine à part Adélie, est décédée il y a sept ans. J'ai bien peur que ce fut bel et bien Adélie.

- Bon, mais même si on ne peut pas tuer Odion, on peut toujours tenter de faire tomber Nathan et le Triumvirat non ? S'agaça Spyware. On ne va pas rester là sans rien faire et... abandonner.

- On ne peut qu'attendre les instructions du Seigneur Archangeos et de Geran, soupira Spam. Ce sont eux les cerveaux. Ils savent ce qu'il faut faire.

Spam voulait le croire. Mais Archangeos, en dépit de sa grande puissance, semblait attacher une grande importance au libre arbitre et à l'écoulement du destin sans intervention de sa part. En clair, il voulait bien conseiller et parfois aider un peu les Gardiens de l'Harmonie, mais c'était à eux de faire le boulot. Archangeos justifiait ça en disant que son rival Diavil, le maître des Agents du Chaos, faisait pareil. Il n'intervenait que très rarement, se contentant de donner ses ordres aux Agents. Car si les deux s'avisaient de prendre part plus activement au conflit, et pour cela se combattaient directement, ça pourrait avoir de lourdes conséquences pour le monde.

Archangeos était le symbole de l'Harmonie, et Diavil le Chaos incarné. Si ces deux notions contraires se heurtaient, il n'en résulterait qu'une destruction sans pareille, et même les Agents du Chaos ne le désiraient pas, à part peut-être Odion. C'était pour cela que les deux Pokemon Légendaires se combattaient indirectement, via leurs Gardiens et Agents. Donc, ils ne pourraient pas beaucoup compter sur Archangeos. Quant à Geran... eh bien, Spam n'ignorait rien des rapports récents qu'il avait entretenu avec Ad. Sa disparition allait grandement l'affecter, bien plus qu'à eux. D'ailleurs, ils n'avaient pas encore revu Kinan depuis. Lui aussi devait souffrir énormément.


***


Kinan avait été blessé lors de la bataille, et ne sortait de l'infirmerie improvisée dans le Temple de la Vie que maintenant. Bien sûr, il était au courant pour Ad. Sa mort lui avait d'abord semblé aussi absurde qu'imaginer le soleil ne se levant plus au petit matin, mais il avait fini par l'admettre, seul dans son lit. Ad était humaine. Les humains mourraient. C'était comme ça. Ça ne le soulageait pas d'en être venu à cette conclusion bien sûr, pas plus que ça ne lui apportait un sens quelconque.

Son chagrin et sa stupeur étaient tels qu'il était au-delà des larmes. C'était comme si on se faisait couper une main d'un coup d'un seul. On ne réalisait pas qu'elle n'était plus là, on continuait à la sentir. Et puis, même s'il avait souvent pensé à la mort ces derniers temps, avec la guerre et tout, il n'avait jamais imaginé qu'elle faucherait Ad en premier. Il avait craint pour sa vie oui, mais pas pour Ad. Elle était toujours si forte, si sûre d'elle... si vivante ! L'imaginer morte était un non-sens total !

Pourtant, la première chose que fit le jeune homme en sortant de l'infirmerie, son bras bandé, fut de monter jusqu'au sommet du Temple, là où le toubib Rocket avait dit qu'on avait installé Ad. Et oui, elle était là. Juste devant le Grand Orgue. Étendue sur une pierre plate surélevée, un peu comme un autel où prier. Kinan s'approcha doucement, avec crainte, comme s'il n'aurait pas du être ici. D'ailleurs, personne n'était là, ce qui était troublant. La première chose que Kinan remarqua, c'était à quel point son amie paraissait paisible dans la mort. Ce qui était déjà en soit révélateur, car Ad n'était jamais paisible, même quand elle dormait. Les sourcils froncés, l'air furieux, une moue de dégoût, d'impatience ou de moquerie sur les lèvres, oui, mais jamais paisible.

On aurait dit une statue. Son visage était pâle. Kinan lui passa doucement un doigt contre sa joue, et fut surpris par la froideur qui s'en dégageait. Il remarqua aussi qu'on lui avait coiffé les cheveux, qui étaient relâchés impeccablement autour de ses épaules. Pour Kinan, c'était une hérésie. Quand elle ne portait pas son bonnet, Ad était toujours mal coiffée. Elle le faisait à dessein bien sûr. Pour elle, des cheveux bien coiffés lui faisait trop penser à des nunuches distinguées. C'était donc ainsi qu'elle avait toujours pris grand soin de les garder ébouriffés comme si elle sortait du lit, de ne jamais les peigner, et de bâcler constamment sa queue de cheval. D'instinct, Kinan lui passa la main sur sa chevelure rose et l'ébouriffa, comme il l'avait souvent fait, lui, son meilleur ami. Une voix le fit alors sursauter.

- Oui, c'est mieux ainsi. Elle avait toujours cet air là, même enfant.

Kinan vit que la mère d'Ad, Fastia Dialine, se tenait non loin, prêt du vide, mais accablée par la vision du corps d'Ad, Kinan ne l'avait pas vu. Bien sûr, elle avait toutes les raisons d'être là. Il s'inclina promptement.

- Je suis désolé madame, je ne savais que vous étiez là... Je vous laisse.

- Non, reste. Pour ma fille, ta présence serait bien plus indiquée que la mienne.

Kinan remarqua que le visage de Fastia était tout démaquillé, elle qui accordait une grande importance au soin esthétique. Elle avait du pleurer toutes les larmes de son corps. Kinan se sentit gêné de s'immiscer dans le deuil de cette femme.

- Tu étais proche d'elle, à ce que j'ai cru comprendre, poursuivit Lady Dialine. Bien avant même que toute cette histoire ne commence.

- Elle a passé avec mes parents le contrat de fabrication à grande échelle de son involuteur, expliqua Kinan. C'est comme ça qu'on s'est rencontrés.

Il sourit malgré lui en pensant à ce temps là.

- J'étais vraiment un empoté balourd. Je crois qu'elle avait pitié de moi, et qu'elle était reconnaissante à mes parents, donc elle ne m'a pas rejeté. Je la suivais partout, et j'en suis tombé amoureux, un moment. Du moins c'est ce que je pensais, ou me plaisais à croire. Mais c'était seulement une profonde et franche amitié.

- Tu connais sans doute mieux ma propre fille que moi, dit Fastia. Je ne me suis jamais vraiment intéressée à elle, tandis que je plaçais tous mes espoirs en Nathan. Je le regrette beaucoup, maintenant... S'il-te-plait. Dis-moi qui était ma fille. Parle moi d'elle.

Kinan ne sut par quoi commencer, mais au fur et à mesure qu'il parlait, il se surprit à ne plus pouvoir s'arrêter.

- Ad... était une fille géniale. Pas comme les autres. C'est pourquoi j'ai flashé sur elle au début. Elle m'impressionnait. Elle était un peu comme mon modèle, le genre à n'en avoir rien à fiche du monde et de continuer à faire ce qu'elle aimait. C'était la personne la plus libre dans sa vie que je n'ai jamais rencontré. Et en un sens, la plus simple. Elle avait un code moral très carré, qui consistait à toujours payer ses dettes et toujours tenir ses promesses. Mais elle attendait bien sûr que les autres fassent comme elle, ce qui faisait qu'elle avait peu d'amis. Elle n'était pas vraiment sociable et aimait la solitude. Elle était très franche aussi, d'une franchise qui pouvait parfois blesser, mais elle n'a jamais trouvé de l'utilité à dire des mensonges même si c'était ce que les autres voulaient entendre. Ce dont elle avait horreur, c'était qu'on lui rappelle ses origines aristocrates ou son statut de fille. Elle détestait être une fille. Elle m'a souvent avoué que son plus grand regret dans la vie était de ne pas être née garçon.

C'était une petite retouche pour ne pas trop choquer Lady Fastia. En fait, la phrase exacte était : « Bordel, que j'aurais aimé sortir du foutu bide de ma vieille avec une bite... ».

- Si je l'appréciais tant, c'était parce qu'elle n'était pas du tout superficielle. Et même si elle n'en avait pas beaucoup, elle accordait une grande importance à l'amitié. Elle est venue me sauver à New Naya, quand la Team Malware m'avait capturé, alors que rien ne l'y obligeait. Et d'ailleurs, je ne lui ai jamais remboursé ma dette. Je lui devais une Masterball aussi...

Fastia hocha la tête, comme si elle comprenait.

- Adélie était tout mon contraire. C'est pour cela que je n'ai jamais été proche d'elle. Oh, je l'aimais, autant que Nathan, qu'Arceus me foudroie si je mens ! Mais je ne savais pas comment faire avec elle. Je ne la comprenais pas, alors que mon fils lui était comme moi. Donc je me suis concentrée sur lui et j'ai délaissé Adélie. Ce gâchis entre nous, c'est uniquement de ma faute.

Elle soupira et ajouta :

- Mais peut-être est-ce mieux, en un sens. Adélie est devenue une femme juste et courageuse parce qu'elle est restée en dehors de mon éducation. Nathan lui, je l'ai parfaitement éduqué à mon image, et vois ce qu'il est devenu ! Peut-être suis-je vraiment une femme mauvaise, en plus d'être une mère affreuse ?

- Je ne pense pas que c'était ce que Ad pensait, répliqua Kinan. Sinon, elle ne serait pas venue vous sauver du Centre Général.

Lady Fastia lui fit un pauvre sourire et lui tapota l'épaule.

- Tu es un bon garçon, toi aussi. Finalement, ma fille avait sans doute raison. La noblesse est pourrie de l'intérieur, et rend les autres aussi pourris qu'eux. Enfin, vu que je suis une mauvaise mère, autant ne pas m'arrêter en si bon chemin. Je vais rester en vie le temps d'avoir vu Nathan mourir, puis alors je m'en irai rejoindre mes enfants et mon époux dans l'autre monde.

- Vous... S'il vous plait, vous ne devriez pas penser ça, s'exclama Kinan. Ce n'est sûrement pas ce que Ad aurait voulu. Et puis, on ignore ce qu'il est advenu de votre mari. Peut-être est-il toujours en vie, quelque part...

- Si c'est le cas, alors raison de plus pour que je disparaisse. Je n'oserai jamais le regarder en face et lui apprendre ce qu'il est advenu de ses enfants dont j'étais censée bien m'occuper. À cause de moi, la lignée des Dialine va s'éteindre. Mais bon, c'est sans doute préférable à la voir se poursuivre sous l'égide de mon fils.

- Nous arrêterons Nathan, certifia Kinan. Sans le tuer si possible. Je crois que c'était le vœu d'Ad. Peut-être est-il juste sous l'emprise de Diavil, comme Madison l'était. Peut-être qu'Archangeos aura un moyen de le faire redevenir comme avant...

Mais Fastia secoua la tête.

- Nathan a toujours été comme ça. J'ai juste était trop sotte pour le voir. Maintenant, laisse-moi encore un moment avec Ad, s'il te plait. Ensuite, je verrai ce qu'une femme inutile et méprisable comme moi peut faire pour réparer ses erreurs.


***


- Je n'y arrive plus, seigneur... Je n'en peux plus !

Geran s'était enfermé dans une des salles du Temple avec Archangeos. La présence du Pokemon de l'Harmonie, qui avait toujours guidé ses pas et son esprit, lui était quelque peu rassurante, alors qu'il savait que s'il sortait à l'air libre, il s'effondrerait en maudissant le monde entier.

- Tu es humain, Geran, lui dit Archangeos de sa voix naturellement réconfortante. Et tu as vécu en peu de temps plus d'horreur que quiconque. Mais sache qu'il suffit d'un seul petit éclat de lumière pour tenir l'ombre éloignée.

- Il n'y en a plus aucun, soupira Geran. Ad représentait ce dernier éclat. À présent, Odion est assuré de demeurer immortel et de plonger le monde dans les ténèbres.

- Penses-tu ? Certes, nous avons peut-être perdu notre Elue d'Arceus. Mais je doute qu'il soit du souhait de Diavil et de Nathan Dialine qu'Odion anéantisse toute vie en ce monde. Ils ont sans doute un plan pour le contrôler ou l'empêcher de nuire quand il ne leur servira plus à rien. Je crois que notre dernier espoir réside en nos propres ennemis.

- Nathan n'est pas immortel, seigneur. Ce n'est qu'un homme. Diavil lui-même, tout puissant soit-il, est sujet à la finitude, tout comme vous. Mais pas Odion. La mort n'a aucune sorte d'emprise sur lui. Nathan et Diavil finiront par disparaître, et inévitablement, Odion l'emportera, qu'importe le temps que cela prendra.

- Et comme toujours en temps de grand péril, Arceus désignera une nouvelle Elue. Le destin du monde n'est pas joué, Geran. Il nous faut continuer à lutter.

- Odion m'a pris trop de chose pour que j'ai encore envie de lutter. Ad était... Arceus me pardonne, mais je l'aimais comme personne ! Même pas Amelina ! Elle était la seule chose qui m'attachait à ce monde. Tout comme Amelina était la seule chose qui m'attachait à ce passé qu'Odion avait pratiquement brisé. Il ne me reste plus rien. Rien qui ne vaille la peine de continuer à me battre. Je sais qu'en disant ça, je me montre indigne du titre de Gardien de l'Harmonie, mais c'est ainsi, Seigneur Archangeos.

- Tu te trompes, mon ami. Si je ne m'abuse, tu n'as pas utilisé ta propre Bénédiction de Dialga pour venir à cette époque, mais celle d'Odion. Tu as donc toujours une chance de revenir à ton époque et de retrouver Amelina.

Geran réfléchit soudain, mais pas à sa fiancée. Oui, il lui restait bien une Bénédiction de Dialga. Un moyen de remonter le temps. Alors, ce qu'avait dit Archangeos à propos du petit éclat de lumière qui peut tenir l'ombre éloignée se réalisa. Il lui restait un petit espoir auquel s'accrocher. Geran avait un plan. Un plan risqué et surtout totalement interdit, mais il n'en avait cure. Il allait se servir de sa Bénédiction de Dialga oui. Mais pas pour retourner à son époque... Comme s'il avait lu dans ses pensées, ou plus précisément bien interprété la soudaine expression sur son visage, Archangeos s'agita.

- Geran... Ne me dis pas que...

- Je suis désolé, seigneur. Comme j'ai déjà dit, je suis indigne de mon titre de Gardien de l'Harmonie.

- Réfléchis un moment, Geran. Mesures-tu pleinement les conséquences de ce que tu t'apprête à faire ?

- Non, avoua Geran. Mais je m'en moque, actuellement. Plus rien ne compte pour moi, à part Ad. Si je réussis, vous pourrez me déchoir de mon titre et du Don, et même me tuer, je l'accepterai. Mais n'essayez pas de m'en empêcher, s'il vous plait... Je ne veux pas vous combattre.

Geran se leva sans qu'Archangeos ne tente de l'arrêter, mais le Pokemon de l'Harmonie lui dit :

- Tu risques de détruire le monde, aussi sûrement qu'Odion l'aurait fait !

Geran s'arrêta mais ne se retourna pas.

- Pour moi, un monde sans elle ne mérite pas d'être sauvé.