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Cinhol, le Royaume Perdu de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 14/02/2014 à 10:35
» Dernière mise à jour le 28/07/2018 à 23:27

» Mots-clés :   Aventure   Fantastique   Médiéval   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 30 : Les arcanes de la corruption
Plus la folie de mon amie gagnait en force, plus notre Royaume semblait lui suivre une descente vers la décadence. Les gens commettaient péchés sur péchés, comme si la morale était morte en même temps qu'Enysia. La justice que délivrait mon ami devenait de plus en plus tyrannique. Un deuil, aussi lourd soit-il, peut-il vraiment provoquer tout cela ? Ou bien... quelque chose ou quelqu'un l'avait-il aidé ?



*****



Nirina était partagée entre la colère et l'amusement. Colère, parce que Naglima était toujours debout et Adam toujours en vie. Amusement, car l'idée que Ryates se soit fait humilier malgré toute sa magie et ses fourberies était des plus plaisantes. Le fait qu'il n'ait pas réussi à récupérer une seule des deux épées légendaires était aussi agréable à entendre. Nirina avait certes approuvé le plan de Ryates de ressusciter Uriel et détruire Cinhol, mais uniquement pour pouvoir régner ensuite sur le véritable monde. Uriel pourrait l'y aider, Ryates avait promis. Régner ici ou là-bas, pour Nirina, c'était du pareil au même, bien que l'Ancien Monde se révélait être bien plus plaisant que Cinhol.

Donc ça ne dérangeait pas la souveraine outre mesure d'attendre, surtout que ses projets dans l'Ancien Monde avaient été un peu retardés par la mort de Tibaltin. Nirina contrôlait le Premier Ministre de Bakan, donc en réalité, c'était elle qui dirigeait la région par son biais. Mais maintenant, elle allait devoir trouver un autre pantin. Oh bien sûr, elle avait corrompu beaucoup de sénateurs, mais ça ne serait pas avec ces incapables là qu'elle prendrait le pouvoir. D'un autre coté donc, si Uriel revenait et lui faisait grâce de sa puissance, Nirina n'aurait besoin d'aucun intermédiaire pour régner à sa guise à Bakan.

Nirina aimait bien cette région. Elle était née à Cinhol bien sûr, mais avait bien plus d'affinité avec l'Ancien Monde. Pour elle, il était le futur, alors que Cinhol était un vestige du passé qui n'a pas su évoluer. Et puis Nirina contrôlait déjà pratiquement la planète entière dans le monde de Cinhol. Elle voulait donc se lancer un autre défi, plus grand celui-là : la conquête de l'Ancien Monde. Ce serait plus dur, car l'Ancien Monde était partagé entre des centaines de pays et de régions, plus plusieurs organisations officieuses et criminelles mais souvent plus puissante que les gouvernements. Et puis, il y avait aussi les Pokemon. Des êtres d'une puissance divine comme Arceus ou Mew, qui n'allaient sûrement pas rester sans rien faire quand Nirina prendrait possession du monde. Un défi amusant donc.

C'était ainsi que Nirina avait été élevée. Sa défunte mère, Hasteria, n'avait cessé de lui dire que son destin était de gouverner et de conquérir, encore et encore. Ryates, qui pendant longtemps avait été son tuteur, l'avait instruite aux arcanes du pouvoir. Et il y avait bien sûr son sang. Nirina était à la fois une Haldar, héritière d'une longue lignée de conquérants, et une fille de la Tribu des Chevaux, de fiers guerriers indomptables. Tout son être n'était qu'amour et obsession pour le pouvoir et la domination.

Mais parfois, elle s'en lassait. Parfois, voir tous ces gens s'incliner devant elle la rendait malade. C'est pourquoi elle appréciait ses sorties dans l'Ancien Monde. Là-bas, elle pouvait parler normalement avec d'autres. Ses années d'études à la Haute Académie Velgos lui avaient ouvert l'esprit bien plus que ne l'avaient fait sa mère et Ryates durant toutes ces années. Nirina s'y était fait des amis, elle avait découvert le plaisir des combats Pokemon, elle avait vu le monde sous un autre regard. Et ça n'avait fait que la conforter dans l'idéologie de Ryates. Oui, Cinhol était vraiment pourri comparé à l'Ancien Monde. Le Seigneur Uriel avait raison : il fallait enterrer Cinhol et vivre pleinement sa vie dans le seul et véritable monde. Ce qui ne pourrait se faire bien sûr que si le Seigneur Uriel revenait à la vie, et donc avec Meminyar et Sifulis.

- Quel genre d'excuse as-tu encore trouvé pour expliquer ton incompétence, Patriarche ? Demanda Nirina à Ryates en tentant de cacher sa moquerie.

Ryates hésita, et dit :

- Adam Haldar est plus dangereux que prévu. Je crois qu'il nous faudra prendre des mesures préventives contre ce garçon avant d'attaquer à nouveau.

- Tu veux parler d'un assassinat ? C'est plutôt ton domaine. Fais à ta guise.

- Je vais m'y employer, ma reine, s'inclina Ryates.

- Au fait, où est oncle Astarias ?

Le regard de Ryates s'assombrit, et Nirina craignit d'apprendre sa mort.

- Avec nos ennemis, Majesté. Il vous a trahi. Il est allé les prévenir de notre attaque bien avant notre arrivée.

- Oncle Astarias, me trahir ? Absurde. C'est sûrement un plan de sa part, une manœuvre pour gagner la confiance d'Adam et le capturer...

- S'il m'avait aidé contre lui, cet usurpateur serait devant vous maintenant. Mais il l'a protégé. Non ma reine, Astarias est un traître. À dire vrai, je m'en doutais. Il était d'une grande loyauté envers votre père, et le souhait de Rushon était que son fils règne à votre place...

Nirina serra les poings. Astarias avait toujours été à ses côtés, depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne. Il avait été un peu comme un père pour elle. Sa loyauté n'était pas feinte, de ça Nirina en était sûre. Mais il avait choisi cet Adam, ce bâtard, à sa place ?! Impardonnable ! D'abord Shinobourge, puis Deornas, puis Padreis, et maintenant Astarias ? Pourquoi tous ses proches, les rares pour qui elle avait de l'affection, se mettaient-ils à la trahir les uns après les autres ?!

- Quoi que vous fassiez par la suite, Ryates, surtout ne le tuez pas, dit Nirina. Je compte bien le mettre face à sa trahison... et le faire souffrir comme il n'a jamais souffert !

- Voilà une riche idée, Majesté, sourit Ryates. Sa douleur doit être à la hauteur de votre grandeur... Mais j'ai ramené quelque chose de Naglima qui pourra peut-être vous intéresser.

Il claqua des doigts, et deux gardes royaux entrèrent dans la salle du trône, tenant enchaîné et défait, Padreis Isgon. L'ancien amant de Nirina ne put regarder sa reine en face, et se contenta de gémir au sol. Nirina le regarda froidement. Autrefois, elle l'avait aimé. Son seul et meilleur ami d'enfance, qui plus tard était devenu le père de son fils. Aujourd'hui, elle n'éprouvait plus rien pour lui.

- Je ne veux plus le voir. Il n'est plus rien pour moi. Faites ce que vous en voulez. Il ne mérite même pas que je le tue moi-même.

- Si vous le permettez, Votre Majesté, j'aimerai me servir de lui pour quelques... expériences, visant à nous débarrasser de votre usurpateur de frère.

- J'ai dit que je n'en avais rien à faire ! Ne me dérange plus avec cet homme !

- Bien, Votre Grâce.

Avant que les gardes royaux ne le traînent dehors, Padreis balbutia d'une voix faible :

- Nirina... Laisse-moi voir Alroy... Une dernière fois... par pitié...

- Qu'est-ce que tu racontes ? Siffla la reine. Alroy est à moi. À moi seule. Tu n'as pas eu le courage de le reconnaître aux yeux de tous. Mon fils n'a pas à se salir les yeux en contemplant un tel lâche. Disparais de ma vue !

Nirina eut soudain la fâcheuse envie de mettre la salle du trône sans dessus dessous. Elle devait se défouler, et vite.

- Rends-moi Peine, Ryates, ordonna-t-elle. Et réunis la populace. Je vais aller exécuter quelques prisonniers...

- Ma reine, aucun de nos prisonniers actuels n'est condamné à la peine de mort, lui fit savoir Ryates. Généralement, quand il s'agit d'exécuter quelqu'un, vous n'attendez pas de le mettre en prison...

- JE SUIS LA REINE ! Hurla Nirina. C'est moi qui décide à quoi sont condamnés les prisonniers ! Leur vie m'appartient, et si j'ai envie de les exécuter, il en sera comme bon me semble !

- Naturellement, Votre Grandeur, naturellement, se dépêcha d'acquiescer Ryates. Je vais faire le nécessaire rapidement. Tenez, reprenez donc Peine.

Le Patriarche lui tendit l'épée noire, et Nirina se dépêcha de l'empoigner. Elle se sentit tout d'un coup bien mieux. Peine la rassurait, sa noirceur envoutante tenait à distance sa colère et sa mélancolie, comme si l'épée se chargeait de les aspirer, comme si elle s'en nourrissait. Elle semblait presque entendre une voix rassurante en provenance de l'épée, qui lui disait : « Oui, laisse-toi aller. Donne-moi tes émotions. Tu n'en as pas besoin. »


***


Cela faisait deux jours que Leaf était revenue dans le monde réel, pourtant elle n'avait toujours pas pu voir son père. De ce qu'elle avait pu apprendre, la disparition du Premier Ministre a laissé le gouvernement de Bakan dans le chaos, et le Sénat enchaînait séances sur séances. Le père de Leaf n'était pas sénateur, vu qu'il n'était pas de Bakan, mais en tant qu'ambassadeur de Johkan, il avait le droit de participer aux séances et même d'y voter. C'était l'une des bizarreries de la République de Bakan, et ce depuis sa fondation : tout émissaire, représentant ou chef d'état d'un autre pays, si tant est que ce pays ait été reconnu par Bakan, avait un droit de vote au Sénat. Bien sûr, une seule voix seulement, tandis qu'il y avait deux cent sénateurs de Bakan. Mais Leaf avait toujours pensé que si tous les pays du monde s'amusaient à se réunir au Sénat et à rassembler leur vote, ils pourraient réussir à diriger Bakan à la place des sénateurs, et ce en toute légalité.

Leaf en avait assez d'attendre à ne rien faire dans son grand appartement. Syal et elle s'étaient données une semaine avant de rentrer à Cinhol. Un délai mûrement réfléchit, car selon le calendrier établi à Naglima, le mariage entre Adam et Ylis aurait lieu six jours après le départ de Leaf et Syal. Malgré toute l'amitié qu'elle avait pour Adam, Leaf n'avait aucune envie d'assister à son mariage avec cette fille un peu trop parfaite à ses yeux. De toute façon, dès que Nirina serait vaincue et Uriel à jamais anéanti, Leaf ne reviendrait plus à Cinhol. Elle n'ignorait pas que chacun de ses voyages avec les anneaux de transfert était possible que grâce à une énergie négative dont se nourrissait leur ennemi Uriel.

Leurs voyages entre les mondes actuels étaient nécessaires pour protéger à la fois Cinhol et le monde réel, mais une fois que tout danger serait écarté, il vaudrait mieux détruire les anneaux, pour que plus jamais les deux mondes ne se côtoient. Leaf vivrait ici, dans le monde où elle est née, avec les Pokemon qu'elle aimait tant. Et Adam vivrait dans le monde où lui était né, à régner sur son royaume avec la femme qu'il aimait, et loin des Pokemon qu'il n'appréciait pas. Techniquement, tout le monde sera à sa place. Mais Leaf en souffrirait, et elle le savait.

Pour cesser de se morfondre, elle décida de se rendre au bureau de son père au Sénat. Il avait beau être occupé, quand il entendrait ce que sa fille avait à dire, il serait bien obligé d'annuler toutes ses réunions et ses rendez-vous. Son père allait bien trouver quelque chose à faire pour aider Adam, ou du moins défendre ce monde des sombres ambitions d'Uriel. Et la première chose à faire était d'arrêter Nirina dès qu'elle remettrait les pieds ici. Leaf avait confiance en son père, quand bien même cette histoire était une histoire de dingue. Iridien Elson avait déjà été embarqué dans plusieurs crises majeures à Kanto, comme l'attaque de la région par ce Deoxys de la Team Rocket il y a cinq ans. C'était un politicien certes, un haut fonctionnaire, mais aussi un grand ami du professeur Chen, et un ancien dresseur des plus compétents. Il n'avait jamais recherché l'ambition personnelle, et s'était toujours voué au bien commun.

Leaf aurait aimé avoir un parcours identique, mais sa jeunesse ne fut pas aussi brillante. Enlevée étant très jeune par la Team Rocket, elle était devenue l'un des six Enfants Masqués du sinistre Masque de Glace et de sa Neo Team Rocket. Elle avait volé, fait du mal aux Pokemon, commis des actes atroces, avant de s'enfuir lorsqu'elle avait onze ans, pour ensuite devenir voleuse à son propre compte, et ce jusqu'à qu'elle rencontre Red et Régis, deux dresseurs du Bourg-Palette, qui l'avaient remise dans le droit chemin. Malgré son passé et son statut de criminelle, et aussi le fait qu'elle ait tenté de les voler plus d'une fois, ils ne lui avaient pas tourné le dos. Sans eux et le professeur Chen, elle ne savait pas trop bien où elle serait aujourd'hui. Sans doute en prison, ou pire. C'était pourquoi elle ne voulait pas abandonner Adam à son tour.

Le Sénat était un bâtiment facilement repérable, même dans une gigalopole comme Fubrica. C'était sans doute le seul édifice d'époque dans cette ville futuriste. En respect pour l'histoire de l'institution, le Sénat n'avait jamais été rénové ou changé, seulement entretenu. Tandis que tout à Fubrica était en verre ou en transparacier, le Sénat était le seul bâtiment encore en béton et en brique. Ce n'était pas pour cela qu'il était moche, loin s'en faut. C'était un bel édifice majestueux, avec du bronze, du marbre, de merveilleuses statues et colonnes, ainsi que l'immense symbole de la République sur son toit, en or. Bien sûr, ça aurait attiré l'œil d'éventuels voleurs, mais le Sénat était gardé vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Leaf ne se sentait pas l'humeur d'un contrôle d'identité par les gardes du Sénat. Ils finiraient à découvrir qui elle était et à la laisser passer, mais Leaf n'avait jamais été une grande adepte de la patience et des règlements. Son passé de voleuse ne l'avait jamais vraiment quitté, et pouvait même lui être utile à l'occasion. Elle parvint à pénétrer dans le bâtiment sans se faire repérer par les gardes, avec l'aide de son fidèle Métamorph dont elle avait appris à utiliser sa capacité Morphing pour se dissimuler. Il suffisait qu'il la recouvre, elle ou une partie de son corps, et adopte la couleur du décor, comme un Kecleon.

Une fois à l'intérieur, elle n'eut plus besoin de Métamorph. Bien que les couloirs du Sénat grouillaient de monde, personne ne songeant à l'arrêter. Si elle était entrée, c'était qu'elle avait une raison d'être là. Elle mit un moment par contre à trouver le bureau de son père. C'était dans la partie « délégation étrangère » du Sénat, qui était la plus grande. Leaf fut outrée de voir une porte avec la mention « délégation de la Team Rocket ». Mais d'un autre côté, les gens de Bakan n'avaient pas les préjugés de ceux de Johkan. Ici, ils n'avaient aucun problème à traiter avec Stormy Sky, et la Team Rocket était après tout une des plus puissantes organisations du monde, et avait un poids économique et politique non négligeable. Quand elle dénicha la porte à la mention « délégation de Kanto », elle espéra que son père fut seul à l'intérieur, sans son défilé habituel de collaborateurs et de secrétaires. Elle n'entra pas sans frapper, néanmoins.

- Oui, entrez, fit la voix de son père à l'intérieur.

Leaf ouvrit. Son père n'était pas seul. Il était avec un garçon aux cheveux clairs richement vêtu, qui avait à ses côtés un Pokemon que Leaf n'avait jamais vu, une sorte de bourgeon aux feuilles roses et vertes et au visage de fée. Le garçon lui, qui ne devait pas avoir plus de quatorze ans, lui disait quelque chose, bien qu'elle n'arrivait pas à mettre un nom dessus.

- Ah Leaf, te revoilà enfin, la gronda son père. Plus d'une semaine d'absence, et j'ai appris que tu n'étais pas à l'Académie. Encore en train de sécher pour tes combats Pokemon ?

Le garçon lui fit un sourire resplendissant et s'inclina devant elle en lui faisant un baisemain impeccable.

- Tu te souviens d'Erend ? Demanda son père. Il est parfois venu à la maison à Kanto avec son père, le Dignitaire Balthazar Igeus.

Ah, un fils de Dignitaire, c'était donc ça... Beaucoup de gens importants venaient chez son père pour discuter politique, affaire ou autre, et souvent ils amenaient leur famille. Leaf en avait vu beaucoup passer, mais oui, elle se souvenait de ce garçon. C'était y'a un moment d'ailleurs. C'était un gamin à l'époque, et pourtant, il avait surpris Leaf par son intelligence et sa maturité.

- C'est un plaisir de vous revoir, mademoiselle Elson, fit Erend d'un ton ampoulé.

- Euh... Moi de même...

- Erend est venu me rendre une visite de courtoisie quand il a su que j'étais à Bakan. Sa mère est sénatrice.

Un père Dignitaire à Kanto, et une mère sénatrice à Bakan... Voilà un gars qui avait tiré la bonne paille quand il était né, songea Leaf.

- Je ne vous ai pas croisé à l'Académie, ou alors je n'ai pas fait attention, lui dit Erend. J'ignorai que vous étiez là depuis la rentrée.

- Et que fais-tu à la Haute Académie ? S'étonna Leaf.

- J'y suis étudiant. En troisième année.

Leaf cligna des yeux. Ce gamin, en troisième année ?! Elle avait vingt-et-un ans, et pourtant n'était qu'en première !

- Mais... quel âge as-tu ?!

- Quatorze ans.

- Erend est quelqu'un à part, expliqua Iridien à sa fille avec un sourire. C'est un élève surdoué qui a sauté quantité de classes.

- Non, quatre seulement, ce n'est pas beaucoup, fit Erend, modeste. Et je n'ai eu que 20,3 à mon BAC, alors que j'aurai pu avoir 20,4.

Leaf recula, troublée. C'était comme si Erend portait un écriteau avec inscrit, en gros caractères : « ATTENTION, DANGER ! BEAU GOSSE, ARISTOCRATE, INTELLO, NE PAS APPROCHER ! ». Ça devrait être interdit, des types pareils. Leaf n'était pas ce genre de fille qui courait après les garçons en fondant devant chacun d'entre eux, mais cet Erend avait des yeux sublimes et une voix très sensuelle, à un âge où pourtant les garçons muaient.

- Je vais vous laisser à votre fille à présent, monsieur Elson, reprit Erend en s'inclinant. Ravi de vous avoir revu.

- C'est moi, répondit Iridien. Mes amitiés à tes parents.

Erend Igeus sorti du bureau, avec à sa suite son petit Pokemon plante qui flottait derrière lui. Leaf ne put s'empêcher de le suivre des yeux.

- Un garçon charmant, n'est-ce pas ? Commenta Iridien. Bien comme il faut.

- Les garçons "bien comme il faut", ce n'est pas mon truc. Je préfère quand ils ont des défauts, renchérit Leaf en songeant à Adam. Mais c'est bizarre qu'un Dignitaire de Kanto ait épousé une étrangère non ?

Leaf connaissait bien les Dignitaires pour les avoir longtemps côtoyés par le biais de son père. C'était des types arrogants, égocentriques, réactionnaires sur à peu près tous les sujets, et surtout, très attachés à leur petite noblesse et à la « grandeur de leur sang ». D'où l'étrangeté d'un mariage hors frontière.

- La mère d'Erend est la descendante d'une très ancienne famille noble de Bakan, dit Iridien. Elle est de plus une personne influente au Sénat. En l'épousant, notre ami Balthazar Igeus a accru ses intérêts. Et Erend est promit à devenir à la fois un politique de Kanto et de Bakan.

Un mariage arrangé donc, politique, stratégique. Tout comme celui d'Adam. Ça rappela à Leaf pourquoi elle était là, et Erend Igeus lui sorti immédiatement de l'esprit.

- Je n'étais pas en train de sécher, si tu veux savoir, commença Leaf. Enfin, si, si on veut, mais pas pour les combats Pokemon. À vrai dire, c'est une longue histoire...


***


Des cris déchirants résonnèrent des appartements du Patriarche Ryates depuis maintenant deux jours. Les gardes ou les domestiques qui passaient par là essayaient désormais de faire un grand détour dans les couloirs pour s'éloigner le plus possible des quartiers du Patriarche, là où de toute façon personne n'avait envie d'aller. Ryates était aussi craint que la reine dans le royaume. Même plus encore, car s'il était bien connu que Nirina était à forte tendance capricieuse et habile à couper des têtes, elle demeurait une Haldar, dont le nom continuait de rassurer encore la plupart des gens.

Mais Ryates, lui, venait de l'Ancien Monde, et avait une réputation de sorcier utilisant la magie noire. Nombreux étaient ceux qui disaient, à voix basse, que le Patriarche était responsable de la mort du précédant roi Rushon puis plus récemment de la reine Hasteria, ceci dans l'unique but de pouvoir contrôler Nirina à sa guise. Ce n'était d'ailleurs pas trop éloigné de la réalité. Ryates connaissait ces rumeurs, mais ne faisait rien pour les faire taire. Il ne se souciait aucunement de ce que ces vermines d'habitants de Cinhol pouvaient penser. Quand le Seigneur Uriel serait de retour, ils disparaîtront tous. Mais pour que le Seigneur Uriel revienne sans risque, il fallait d'abord se débarasser de cet Adam Haldar, qui depuis trop longtemps avait échappé à la colère de Ryates. L'attaquer de front était trop risqué, car Ryates ne voulait pas encourager Castel à se manifester davantage. Donc Ryates réfléchissait à une stratégie bien plus sournoise, et il avait besoin de Padreis Isgon pour cela.

- Tu sais, Padreis, la douleur est une chose extraordinaire, n'est-ce pas ? Commenta Ryates d'un ton léger tandis que sa victime, paralysée par ses œuvres, gisaient sur la table d'expérimentation, le souffle court et le corps ensanglanté de partout.

Le Patriarche traça une autre série de cicatrices sur le corps du traitre, lui arrachant d'autres gémissements. Ryates ne faisait pas ça pour le torturer ; il exerçait seulement les arts qu'il avait appris du Seigneur Uriel sur comment soumettre une âme.

- Oui, la douleur est comme une déesse, reprit Ryates. Elle est l'une des rares choses universelles en ce monde. Quand son fouet claque, tout le monde crie. Quand elle approche, tout le monde cherche à la fuir. Les esclaves comme les rois, jusqu'aux Pokemon... tout le monde la redoute. Mais bien peu savent qu'elle peut aussi réconforter.

Les symboles que Ryates traçait sur la poitrine de Padreis étaient des arcanes de la corruption, destinés à remodeler l'âme des victimes pour les faire siennes. C'était un art complexe, que Ryates était parvenu à comprendre en partie grâce au Seigneur Uriel et au Trio des Ombres. L'épée Peine était un peu un catalyseur de la corruption. Le Trio des Ombres l'avait créé pour Uriel afin de prendre petit à petit le contrôle de son âme. Et ce même trio tenait ce savoir de leur créateur, une personne que Ryates désirait rencontrer plus que tout. Pour l'instant, il ne maîtrisait pas encore totalement ces arcanes, mais assez pour se servir de Padreis contre Adam Haldar.

- T-tuez-moi, gémit Padreis. De grâce... tuez-moi !

- Ah, la mort... Encore une chose universelle, comme la douleur. Mais tandis que la douleur est évitée de tout le monde, nombreux sont les gens qui ne craignent pas la mort et même qui la recherche. Elle est plus rassurante. Parfois plus que la vie. Elle incarne l'oubli, la sérénité. Je peux t'apporter ces choses sans te tuer. Dis-moi seulement ce que complote Adam Haldar. Qu'a-t-il prévu ?

Ryates posait ces questions depuis un moment maintenant. Il ne pouvait pas agir contre Adam tant qu'il ne serait rien de ses projets. Et Padreis avait toujours résisté. Mais là, son âme et sa volonté était en train de s'effondrer, il le savait.

- Il... Il...

- Parle, Padreis. Libère-toi de ce fardeau.

- Il va bientôt... se marier. Avec ma sœur... Y-Ylis...

Ryates s'autorisa un sourire.

- Que voilà un joyeux évènement ! Tu aurais aimé y participer, n'est-ce pas Padreis ? Ne t'en fais pas. Il y a toujours moyen pour que t'y ailles...