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Cinhol, le Royaume Perdu de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 17/01/2014 à 09:14
» Dernière mise à jour le 26/07/2018 à 23:40

» Mots-clés :   Aventure   Fantastique   Médiéval   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 26 : Adam
Je commence à craindre d'avoir perdu à tout jamais mon ami. Il ne réagissait plus à rien, si ce n'était au cri de souffrance de nos ennemis. Il n'avait plus aucun but dans la vie, si ce n'était tuer, tuer, et encore tuer. Son fils n'avait plus d'importance. Cinhol n'avait plus d'importance. Ses Pokemon n'avaient plus d'importance.



*****



Ariella semblait vivre un rêve, qui pouvait se transformer à tout moment en cauchemar. Elle savait qu'elle risquait énormément dans sa situation. Son ventre commençait déjà à s'arrondir alors que le troisième mois n'était pas encore passé. Ça ne passerait plus longtemps inaperçu, surtout aux yeux aguerris de son frère. Elle avait deux options. Soit se cacher, soit faire croire que cet enfant était l'œuvre de quelqu'un d'autre. N'importe qui à part le roi. Mais ça serait difficile à croire, étant donné la proximité et l'amitié des deux jeunes gens ces derniers mois.

Si jamais la reine le découvrait, Ariella ne donnait pas cher de sa peau, elle le savait. Rushon lui avait parlé de sa femme qui ne semblait avoir que pour seule émotion la colère. Tomber amoureuse du roi, alors qu'il était marié et que son frère travaillait pour lui, ça avait été de l'inconscience. Pourtant Ariella n'arrivait pas à regretter. Depuis toujours elle ne dépendait que de son frère, qui l'avait toujours maintenu à l'écart de la vraie vie. Aussi Ariella n'avait pas souvent eu l'occasion de fréquenter des garçons. Sa rencontre avec Rushon Haldar avait été le point central de sa vie, elle en était certaine. L'homme qu'elle aimait plus que tout vint la retrouver dans la soirée comme à son habitude, mais Ariella remarqua qu'il avait l'air plus préoccupé que d'habitude, presque hagard. Quelque chose s'était passé.

- Qui y'a-t-il ? S'inquiéta Ariella.

Rushon réussit à sourire.

- Rien qui ne doit troubler ta quiétude.

Le roi posa la main sur son ventre, comme pour saluer son enfant non né. Il avait l'air profondément triste.

- Ce sera un garçon, dit-il à mi-voix.

- Comment tu sais ? S'étonna Ariella.

- Je sais, c'est tout.

- Et c'est ça qui te rend triste ?

- Par le Créateur, non ! Un fils sera le plus beau des présents que m'aura fait la vie, après toi... Un jour, il deviendra roi.

Ariella eut un pauvre sourire.

- C'est injuste pour ta fille. Elle sera l'ainée, et est innocente de tout.

- J'aime Nirina, n'en doute pas. Mais je ne peux pas en faire mon héritière si je répudie sa mère. Le peuple ne comprendrait pas. Elle demeurera une princesse royale qui ne manquera de rien, et le temps venu, épousera un noble seigneur avec qui perpétuer notre règne et notre pouvoir. Peut-être le fils d'Isgon, si j'ai de la chance.

- Et ta femme ? S'inquiéta Ariella. Tu ne comptes tout de même pas... la tuer ?

- Bien sûr que non. Je crois que c'est moi le plus fautif de nous deux. Ça n'a pas marché entre nous, mais elle ne mérite pas la mort. Si elle ne fait pas d'histoire, je lui offrirai quelques terres au nord sur lesquelles elle pourra gouverner à sa guise. Ou elle sera libre de retourner dans sa Tribu. Mais elle ne pourra plus jamais revoir Nirina. Ce serait trop risqué.

Rushon l'embrassa sur le front puis se leva.

- Il faut que j'y aille. Hasteria a prévu un diner à trois avec Nirina. C'est tellement rare que je dois y être, et en avance.

- Mais mon ventre... ça commence à se voir. Je ne peux pas rester enfermée dans ma chambre sans voir personne, ça serait louche.

Rushon réfléchit, et fit :

- Tu as raison. Pourquoi ne retournerai-tu pas dans ton monde un moment ? Tu reviendras un peu avant la naissance...

- Je ne peux pas, soupira Ariella. J'ai rendu son anneau à mon frère. Il a en deux à présent, mais les garde toujours sur lui. Et si je lui demandais de rentrer, ça serait tout aussi louche alors qu'il sait que je me plais bien ici.

- Je vois... Je vais te trouver une cachette temporaire dans la ville basse. Je demanderai à Astarias et à quelques hommes de confiance de te protéger. Et j'inventerai une excuse pour Ryates et ma femme.


***


L'endroit en question fut la maison miteuse dans laquelle Venisi avait mené Rushon pour qu'il y rencontre son maître. Comme eux aussi étaient dans le secret maintenant, ils avaient accepté. Rushon avait toutefois demandé que les lieux soient lavés de fond en comble pour que le séjour d'Ariella y soit le plus confortable possible. Rushon lui laissa également son Etrurien, à la fois pour sa compagnie et sa protection. Le temps fila si vite que Rushon ne vit pas arriver le moment où ils devraient agir.

Mais il arriva. Ariella allait accoucher d'un jour à l'autre, et, comme en réponse, Hasteria avait resserré son emprise sur le royaume. Rushon ne savait même plus où s'arrêtait son influence et celle de Ryates. Comment, en tant que roi, avait-il pu en arriver là ? Il avait été trop préoccupé par Ariella et avait laissé Hasteria et Ryates bouger leurs pions dans son dos. Maintenant, la majorité des soldats du royaume devaient être sous leur botte, et pire, la garde royale elle-même. Mais Rushon avait toujours ses Pokemon, plusieurs hommes fidèles, son frère Astarias et son bataillon de la Gloire Rouge qu'il dirigeait à présent.

- Majesté, lui dit l'un de ses hommes tandis que Rushon préparait son groupe pour arrêter Hasteria. La reine et tous ses partisans sont dans la salle du trône. Elle a... elle s'est assise sur votre propre trône, sire...

Rushon haussa les sourcils.

- Autant pour notre opération sensée être secrète. Qu'Arceus maudisse Hasteria, elle nous a devancés !

- Elle devait être au courant, avança Astarias.

- Elle ou Ryates, oui. Mais on ne peut plus reculer. On devra sans doute se battre dans la salle du trône même.

Astarias s'assombrit.

- Ce serait un crime impardonnable...

- Eh bien, nos ancêtres me jugeront quand je serai auprès d'eux. En entendant, je pense qu'ils m'en voudraient si je laissais le trône à cette femme qui n'est même pas de Cinhol. Messieurs, on y va.

Tous tapèrent du poing sur leur cœur, dans le salut de Cinhol. Rushon libéra ses cinq Pokemon. Il se saisit ensuite de la fourche d'Hafodes dans une main et de Meminyar dans l'autre. Puis ils montèrent jusqu'au palais. Tous ceux qu'ils croisaient se hâtèrent de fuir, sentant qu'il y aurait du remue-ménage. Quand il entra dans la salle royale, il fut surpris par le nombre de personnes présentes, mais plus encore par le lourd silence qui y régnait, seulement ponctué des pas de Rushon et de ses hommes.

Le roi garda le regard fixé sur sa femme, bien installée sur son trône, avec son dédain habituel. Ryates était à ses côtés, souriant. Et entre eux et Rushon, il y avait deux rangées d'hommes de la garde royale et leurs armures dorées, les épées tirées. Aux deux parts de la salle, il y avait tout le conseil royal, les courtisans, les nobles... et tous restaient immobiles, se contentant de regarder ce face à face. Rushon savait qu'ils ne feraient qu'obéir aux vainqueurs, quel qu'il soit. La tension fut palpable jusqu'à que Ryates brise ce silence.

- Eh bien, cher sire, pourquoi venir ici avec tous vos Pokemon libérés ?

Ryates jouait à l'innocent ? Pourquoi pas ? Rushon aussi savait le faire.

- Eh bien, cher patriarche, répliqua-t-il, il se trouve qu'on m'a informé que ma propre salle du trône s'était transformée en réception géante et que ma tendre femme semblait la présider. Je me suis dit qu'il se passait quelque chose d'important, alors je suis venu avec tout le décorum.

- Touchante attention. On peut compter sur les Haldar pour s'accrocher aux symboles.

- N'est-ce pas ? Sourit Rushon.

Ryates sourit en retour. Lui et Rushon auraient pu continuer longtemps, mais Hasteria n'avait visiblement par leur patience.

- C'est assez, fit-elle. Mon époux, j'ai réuni ici tout le conseil royal et nos nobles pour leur faire part d'une nouvelle qui pourrait les intéresser. Patriarche, si vous voulez bien le leur dire...

- Certainement, Votre Majesté. Notre bon roi Rushon Haldar ici présent a honteusement et secrètement déshonoré notre reine en faisant fi de ses vœux de mariage.

Les nobles, qui s'attendaient visiblement à une révélation explosive, furent un peu dépités.

- Patriarche, vous ne venez pas de chez nous, et vous n'êtes pas habitués à nos coutumes, dit le Comte Cernilla, un ami loyal de Rushon. Mais il est fort courant, dans les mariages de convenance, même royal, que l'homme aille parfois fréquenter des filles de joie, ou que la femme couche avec un des soldats du palais. C'est certes mal vu, mais hélas très rependu. L'ancien roi Festil s'y adonnait souvent...

Ça, Rushon pouvait le certifier lui-même. Le nombre de filles que son père avait prises était ahurissant. Le Patriarche Ryates eut un sourire conciliant.

- Vous parlez vrai, comte. Si notre roi s'était contenté d'aller un soir ou deux dans un bordel de la ville basse, tout ceci aurait été ridicule. Mais c'est plus grave que cela, je le crains. Le roi a trompé sa femme pour s'en trouver une autre qu'il voit régulièrement, avec pour projet de répudier la reine et de placer sur le trône son bâtard en gestation. Car oui, la femme que le roi entretien est enceinte et ne va pas tarder à accoucher, si je ne m'abuse.

Il y eut des murmures de stupeur et de colère dans la salle. Rushon foudroya Ryates qui ne cessait de sourire. Ce chacal savait tout depuis le début ?

- Vous ne comptez pas le nier, je suppose, sire ? Lui demanda le Patriarche.

Comme Rushon ne répondit pas, le Comte Cernilla reprit la parole.

- Même si c'était vrai, rien dans le droit canon n'interdit au roi de faire cela. Il peut répudier son épouse à tout moment s'il...

- Pour faute grave, comte, et pour rien d'autre, ne coupa Ryates. Je crois là que la faute relève de notre souverain. A-t-il songé aux conséquences de ses actes pour la sécurité et la stabilité du royaume ? Qu'en est-il de notre alliance avec la Tribu des Chevaux, si durement acquise ? Vous m'avez entendu ? Il compte déshériter la princesse Nirina, pourtant née légitiment, au profit d'un bâtard né d'amours secrets et indignes !

Même le fidèle Cernilla ne put répondre à ça. Rushon prit enfin la parole, sous les regards accusateurs de l'assemblée.

- Je ne nie rien de cela, nobles seigneurs et gentes dames. Oui, j'ai péché. Oui, j'ai trompé ma femme. Oui, je comptais la répudier. Et oui, je voulais écarter Nirina du trône pour y placer mon fils à venir. Mais si j'ai agi ainsi, ce n'était pas seulement sous l'emprise d'un fol amour. J'avais toutes les raisons de penser que ma tendre femme complotait avec ce cher patriarche dans mon dos. Et vu ce que je vois ici maintenant, j'estime ne pas m'être trompé.

- Des accusations ridicules tellement elles sont fallacieuses, répliqua Ryates. La reine et moi-même ne pensons qu'au bien-être du royaume.

- Et ce bien être nécessitait mon absence, j'imagine, répliqua Rushon en brandissant Meminyar. Ce trône est mien. Je ne laisserai personne me l'usurper. J'ordonne que la reine Hasteria et le Patriarche Ryates soient conduits aux arrêts immédiatement, après quoi ils seront jugés pour trahison.

Il avait lancé cet ordre à la garde royale, et ne fut accueilli que par le silence. Il ne s'était de toute façon pas attendu à ce qu'ils répondent « A vos ordres, Majesté ». De son coté, Ryates dit :

- Qu'on amène Sa Majesté. Il ne sait plus ce qu'il dit, le pauvre...

Les Gardes Royaux s'approchèrent, et Rushon brandit à la fois Meminyar et Hafodes devant eux.

- Vous osez vous en prendre à votre roi, soldats ? Alors que je porte ces outils de pouvoir que tous mes ancêtres depuis Castel le Fondateur ont porté ?

Là, la garde hésita enfin. Les hommes de Rushon en profitèrent pour s'avancer, et Astarias tira son épée en se plaçant aux côtés de son frère. Les Pokemon de Rushon se tinrent prêts, tandis que le roi implorait sa femme du regard.

- Je ne veux pas que ça se termine dans le sang, Hasteria. De grâce, demande leur de baisser leurs armes et rends toi. Je ne te ferai rien.

Pour la première fois depuis qu'il la connaissait, Hasteria sourit. Un sourire lugubre et sinistre.

- Moi, en revanche, même si tu te rends, je te ferai quelque chose, mon époux.

- Tu vas perdre.

- Non. C'est toi qui va perdre. En fait, tu as déjà perdu, parce que tu ne comprends même pas ceux qui te sont les plus proches.

Rushon se demanda ce qu'elle voulait dire, quand il sentit soudain une épée contre sa gorge. Il bougea seulement les yeux pour voir que c'était celle de son frère Astarias.

- Gloire Rouge, ordonna-t-il à ses hommes, à vos armes.

Rushon vit alors son ancien bataillon, qu'il avait commandé durant des années en connaissait tout le monde se retourner contre lui, et maîtriser les propres hommes de Rushon, parfois dans le sang. Rushon était paralysé, son cerveau aussi. Il ne put que contempler le regard d'Astarias en y cherchant désespérément une réponse.

- Mon frère... pourquoi ? Demanda-t-il enfin.

Le regard d'Astarias était déterminé, mais la douleur bien présente.

- Je t'aurai suivi jusqu'en Enfer, Rushon, répondit-il. J'étais prêt à arrêter Hasteria et combattre ses hommes pour toi. Mais je suis le chevalier lige de ta fille. Mon devoir et ma mission sacrée est de la protéger, elle, ses intérêts et son honneur à tout instant et contre n'importe qui, même toi. C'est toi qui m'as nommé ainsi. Si je manque à mon devoir envers elle, c'est aussi envers toi que je manque. Je ne peux te laisse la déshériter. Je suis navré.

Rushon lui fit un pauvre sourire.

- C'est moi qui suis navré. Je n'avais pas pensé que ton honneur montait aussi haut. À côté de toi, je ne suis qu'un misérable... C'est toi qui aurais dû être roi, Astarias.

Puis Rushon jeta Meminyar au pied du trône d'Hasteria.

- Tiens. Tu la donneras à Nirina de ma part. En effet, tu as gagné. Tu as le trône et tu as notre fille. Mais moi, tu ne m'auras pas.

Puis il glissa à Astarias :

- Continue à faire ton devoir, petit frère. Veille sur Nirina pour moi.

Puis, d'un coup, Rushon brandit la fourche d'Hafodes, et un cercle de feu l'entoura, faisant reculer précipitamment Astarias et les hommes de la Gloire Rouge. La Garde Royale se précipita sur lui aux ordres de la reine, mais elle fut repoussée par le puissant Squablarto de Rushon. Les autres Pokemon, menés par Shinobourge, se lancèrent dans la bataille pour protéger leur maître. Face à de simples épées et arcs, ils avaient l'avantage, furent-ils seulement quatre. Et avec la fourche d'Hafodes entre ses mains, Rushon aussi avait l'avantage. Il était maître du feu, et pouvait le diriger et le contrôler d'un seul mouvement de la fourche. Il aurait pu carboniser Hasteria et Ryates s'il l'avait voulu, mais ça n'aurait servi à rien. Il voulait seulement fuir. Partir retrouver Ariella, l'aider à accoucher, puis que tous les deux quittent Cinhol avec leur fils pour vivre en paix ailleurs.

Sauf qu'il avait sous-estimé Ryates. Le Patriarche dévoila, caché sous sa large robe noire, son épée à la lame sombre qui dégageait un sentiment de désespoir irrationnel. Dès qu'elle fut levée, comme à son commandement, trois Pokemon surgirent de derrière lui. Rushon fut étonné, car c'était les premiers Pokemon en dehors de ceux de Castel qu'il voyait. Ils étaient petits et flottaient dans les airs, et se ressemblaient assez en dehors d'une différence au niveau de leurs éléments. Celui avec le corps enflammé parvint à rediriger les flammes pour les écarter de la Garde Royale, tandis que ceux avec le corps de foudre et de glace attaquèrent les Pokemon de Rushon. Le roi grimaça. Ça allait être plus difficile que prévu...


***


Ariella connaissait ses premières contractions quand Rushon revint. Elle fut horrifiée en le voyant couvert de sang et de blessures, et tenant un gros œuf vert dans ses bras.

- Rushon... Que s'est-il passé ?!

Le roi lui fit un sourire douloureux.

- J'ai perdu, ma chérie.

Il lui raconta ce qui s'était passé, la trahison d'Astarias, le combat, les Pokemon de Ryates, et sa fuite douloureuse alors qu'il avait été dépossédé de tous ses Pokemon et même de la fourche d'Hafodes. Il n'était parvenu à fuir que grâce au sacrifice de Shinobourge, qui était mort dans ses bras et s'était retransformé en œuf pour recommencer une nouvelle existence. Ariella n'eut pas le temps de s'en émouvoir. Le bébé arrivait. Rushon alla chercher Venisi. Cette femme voilée inquiétait Ariella, sans qu'elle comprenne pourquoi. Mais au moins savait-elle comment faire accoucher une femme alors que Rushon, tout roi qu'il était, l'ignorait.

Ce ne fut pas sans douleur. Ariella finit par craindre pour sa vie et celle du bébé. Ce monde était archaïque et ne connaissait rien aux méthodes modernes d'accouchement. Elle devait entièrement se fier à Venisi, tandis que Rushon, agité et inquiet, se tenait la tête entre les mains. Ariella parvint à voir des larmes glisser sur ses joues. Pourquoi pleurait-il ? Était-ce des larmes de joie pour la naissance de son fils ? Finalement, l'enfant sorti totalement, mais Ariella s'inquiéta de ne pas l'entendre crier. Quand elle tenta, à travers sa douleur, de se redresser pour le voir dans les bras de Venisi, cette dernière lui posa une main sur le front.

- Dormez, ordonna-t-elle.

Et elle fut entraînée malgré elle dans les limbes d'un sommeil des plus profonds. Quand elle se réveilla, Rushon était à son chevet, tenant entre ses bras un bébé tout propre aux cheveux d'or. Il le lui tendit avec un sourire. Ariella le prit sans pouvoir dire mot, le souffle coupé par la beauté de cette enfant.

- Tu as choisi son nom ? Demanda Rushon.

Ariella lui caressa ses magnifiques cheveux qu'il avait hérités de son père. Et ses yeux aussi, ses yeux bleus clairs.

- Oui... C'est Adam.

Rushon l'embrassa sur le front et lui reprit l'enfant.

- Repose-toi maintenant. Quand tu iras mieux, nous quitterons la ville, et nous irons nous réfugier au Rimerlot. Mon ami Isgon nous accueillera. Nous vivrons tous les trois, loin des intrigues d'Hasteria et de ton frère.

- Nous devrions partir immédiatement ! S'affola Ariella. Ils doivent te chercher. Il nous trouveront !

- Seul Astarias sait où tu te trouves. Il ne me trahira pas.

Ariella ne fut pas convaincue.

- Il l'a déjà fait, Rushon...

- C'est moi qui l'ai forcé à le faire. Il l'a fait pour Nirina. Mais elle ne gagnera rien à ce qu'ils nous retrouvent. Mon frère ne dira rien.


***


- Je t'ordonne de me dire où ils se cachent ! Aboya la reine Hasteria à son beau-frère.

- Je refuse, dit simplement Astarias. Rushon reste mon roi.

- Je te ferai couper la tête, tu m'entends, misérable Haldar !

Ryates intervint pour calmer la colère de la reine.

- Soyez raisonnable, prince, fit-il d'un ton apaisant. Il a été avéré que votre roi était un traitre qui complotait contre sa famille...

- J'ai accomplis mon devoir en l'empêchant de déshériter la princesse. Je n'ai rien à faire de plus pour vous. Rushon est le roi tant qu'il est vivant, et je ne reçois d'ordres que de lui si tant est que ses instructions ne contreviennent pas aux intérêts de la princesse Nirina.

- Nous le trouverons sans toi, Astarias, grinça Hasteria. Ça prendra peut-être plus longtemps, mais il finira par mourir. Et alors, à qui ira ton allégeance, dis-moi ?

- À la princesse, répondit Astarias sans hésiter. Je servirai toujours la famille Haldar dans l'ordre de succession.

Ryates et la reine insistèrent pendant deux jours, mais Astarias leur servit à chaque fois la même réponse, même lorsque la reine menaça la vie de son fils Deornas. Encore une menace inutile. Elle qui avait reproché à Rushon de ne pas l'avoir compris, elle commettait la même erreur. Astarias ferait toujours passer son devoir avant le reste. Et c'est à cause de ça qu'il finit par trahir une nouvelle fois son frère. Un soir, perturbée par l'absence de son père, Nirina lui demanda :

- Oncle Astarias... Où est père ?

Astarias s'inclina immédiatement et lui répondit la seule chose qu'il pouvait lui dire : la vérité absolue.

- Il se cache, princesse.

- Pourquoi ?

- La reine votre mère veut le trouver.

- Alors... ils jouent à cache-cache ?

Astarias sourit. Ce n'était pas vraiment faux.

- Il y a un peu de ça, Altesse.

- Mais je veux le voir, bouda la petite fille. Oncle, amène-moi à père !

Astarias savait qu'il signait là l'arrêt de mort de son frère, d'Ariella et de leur fils. Ryates, pensant qu'il irait retrouver Rushon un moment ou l'autre, le faisait suivre en permanence. Mais la princesse lui avait donné un ordre direct. Il n'y avait pas à réfléchir.

- Oui, Altesse. Veuillez me suivre.


***


L'œuf de Shinobourge était en train d'éclore. Un moment rare que d'assister à la naissance d'un de ces Pokemon destinés à se réincarner éternellement. D'autant plus précieux que le Pokemon en question s'attachait immédiatement à la personne qu'il voyait en premier. Les Pokemon royaux devaient obéir aux Haldar, c'était dans leurs gènes. Quoi de mieux alors que de le laisser renaître aux cotés d'Adam ? Le garçon était tout indiqué pour recevoir l'allégeance éternelle de Shinobourge.

Sauf que ce ne fut pas un Shinobourge qui sorti de l'œuf, mais sa pré-évolution. Rushon ne l'avait jamais vue, mais il connaissait son nom grâce aux nombreux écrits sur les Pokemon royaux. C'était Cloverte. Il était plus petit que Shinobourge, avait un air innocent et portait ses feuilles non pas autour de son coup mais au sommet de sa tête. Ses pattes et son bec étaient peu développés. Le petit Pokemon gémit. Rushon trouvait impossible à faire le lien entre cette chose toute chou et fragile et le fier et fort Shinobourge. En tous cas, l'idée de Rushon avait fonctionné. Cloverte tendit ses petits bras vers la première personne qu'il vit en éclosant : le bébé Adam.

- Qu'il est mignon ! Glapit une voix flutée. C'est un bébé Shinobourge dis, père ?

Rushon sursauta en découvrant sa propre fille sur le seuil de la porte. Evidemment, Etrurien qui montait la garde dehors l'avait laissé passer, la reconnaissant comme sa future maîtresse.

- N-Nirina ! Par Arceus, qu'est-ce que tu fais là ?!

- Oncle Astarias m'a amené, dit joyeusement la petite fille. C'est drôle, tu joues à cache-cache avec mère ? Hihihi.

Rushon comprit immédiatement ce qui s'était passé. Nirina avait dû demander à Astarias de le mener à lui, et bien sûr, le noble chevalier lige n'avait pu refuser. Mais forcément que quelqu'un d'autre avait suivi Nirina...

- Donne-moi l'enfant, Rushon, fit une nouvelle voix.

Le Patriarche Ryates sorti de l'ombre, tenant sa noire épée entre les bras. Nirina fut surprise.

- Oh, Ryates est venu aussi. Il joue à cache-cache avec mère et père ?

- Brave fille, sourit le Patriarche en tapotant la tête de la princesse. J'étais sûr qu'il ne se passerait pas longtemps avant que tu n'exiges de voir ton père. Et ce brave Astarias a réagi comme je le pensais.

Astarias rentra à son tour, l'air honteux devant son frère. Rushon se plaça devant Ariella et son fils.

- Pourquoi nous persécuter, Ryates ? J'ai donné Meminyar à Hasteria. J'ai renoncé à mon trône. Laisse-nous maintenant. Nous voulons seulement vivre en paix...

Ariella se leva de son lit avec difficulté, Adam dans ses bras.

- Pitié Karl, supplia-t-elle. Laisse-nous partir dans l'Ancien Monde. Nous ne gênerons plus personne là-bas !

Mais Ryates secoua la tête.

- Je ne peux pas vous laisser un anneau de transfert. Et je ne peux pas courir le risque de laisser un bâtard royal dans la nature qui pourrait mettre en danger mes plans. L'enfant va mourir. Rushon aura un procès en bonne et due forme, et si la reine est clémente, il passera le reste de ses jours dans le donjon. Quant à toi, ma chère sœur... tu auras la vie sauve. Tu pourras faire ta vie à Cinhol comme tu l'entends. Ne suis-je pas un clément grand frère ? Maintenant, donne-moi ce bébé !

- Non ! Fit Ariella en reculant.

Au passage, elle fit tomber la couverture qui recouvrait Adam. Ryates pu alors le voir totalement. Et alors, ses yeux s'écarquillèrent, ses mains furent secouées de tremblement. Il gémit, apparemment en proie à une grande souffrance.

- C'est lui... C'est lui... marmonnait-il.

Rushon observa avec inquiétude ses yeux se révulser, et une sombre pression se dégager de son épée noire. Puis Ryates hurla, en même temps qu'explosa l'énergie négative de son épée, qui balaya tout aux alentours, le mobilier comme les murs. Astarias se précipita pour faire bouclier de son corps à Nirina, et les deux furent projetés à plusieurs mètres. Rushon fit de même pour Ariella et Adam, mais lui, à l'inverse de son frère, ne portait pas d'armure. Le choc lui broya son corps et un froid intense l'envahit tandis qu'il percutait violement le mur d'une autre maison. Ariella était à terre, mais Arceus merci indemne. Le bébé aussi, qui braillait à pleins poumons. Ryates s'avançait vers eux, sa main tendue. Il n'était plus lui-même. De la fumée noire ne cessait de se dégager de son corps, et ses yeux n'étaient plus les siens. Ses gestes lents et brusques laissaient penser qu'il était comme contrôlé par un marionnettiste.

- C'est lui, dit-il d'une voix si différente de d'habitude. Enfin... Enfin... Je vais en finir, oui, en finir...

Il brandit son épée au-dessus d'Ariella et d'Adam. Rushon voulut bouger, mais son corps ne lui obéissait plus. Signe du destin, ce fut le petit Cloverte qui les sauva, en sautant sur le bras de Ryates et en l'attaquant violement. Le Patriarche hurla et se débattit avec le Pokemon.

- Ariella... murmura Rushon avec faiblesse. Prends Adam... et fuis... fuis...

Entre le désir de protéger l'homme qu'elle aimait et son enfant, ce fut le second qui l'emporta. Avec un sanglot, Ariella se mit à courir entre les ruelles sombres de la vieille ville, Adam dans ses bras. Rushon devait lui laisser un peu de temps. C'était tout ce qu'il pouvait faire. Dans un effort surhumain, il se releva et percuta Ryates en l'entraînant au sol. La lutte fut rapide. Affaibli comme il l'était, Rushon ne put tenir longtemps. Ryates parvint à se dégager et à enfoncer son épée dans le corps de Rushon. Puis il se débarrassa de Cloverte qu'il envoya voler au loin avec une décharge d'énergie noire. Sans un regard pour Rushon qui agonisait au sol, il se lança à la poursuite de sa sœur, toujours de sa démarche de zombie. Rushon se laissa aller. Il savait qu'il allait mourir dans peu de temps. Il se servit de ce temps pour prier de toutes ses forces ses ancêtres pour qu'Ariella et Adam aient la vie sauve. Il les supplia de les protéger, alors que lui en avait été incapable, tout roi qu'il était.

- Père ?

Rushon ouvrit faiblement les yeux. Nirina était au-dessus de lui, le regardant avec crainte et incompréhension.

- Tu... tu as bobo ?

- Ce n'est rien, ma chérie, l'assura Rushon. Toi, tu vas bien ?

- J'ai un peu mal, mais je suis très courageuse, affirma la fillette avec fierté.

- C'est vrai... Tu es une Haldar, après tout... Ton oncle va bien ?

- Il a l'air assommé, mais il bouge... Qu'est-ce qui s'est passé père ? Pourquoi Ryates est en colère ? Qui était la dame avec toi ?

Rushon ne l'écoutait plus. Il voyait quelque chose briller à côté de lui. Il le prit. C'était l'anneau en argent de Ryates. L'anneau de transfert. Il avait dû tomber de son doigt dans la lutte, à moins que ce soit Cloverte qui l'en ait délesté. Brave Pokemon...

- Nirina... Tu veux faire quelque chose pour ton papa ?

- Oui père, tout ce que tu veux.

- Prends cet anneau... Et court vite le donner à la dame qui est partie. Tu comprends, Nirina ? C'est très important...

- D'accord, dit simplement la princesse.

Elle prit l'anneau des mains de son père, et Rushon put lui caresser un moment les siennes.

- Je t'aime, Nirina... Tu feras une grande reine. Tu auras un grand destin, j'en suis sûr... N'écoute pas toujours ce que te diront ta mère ou Ryates. Pense par toi-même. Tu es... la descendante de Castel le Fondateur. La descendante du Sauveur du Millénaire.

- Oui père, répondit Nirina sans trop comprendre.

- Maintenant, cours. Dépêche-toi... Va donner l'anneau...

Mais la fillette était déjà partie. Quand Astarias se réveilla, Rushon était toujours vivant, mais plus pour longtemps. Il put toutefois entendre les dernières paroles de son frère et roi en lui serrant la main.

- Astarias... Mon fils... il devra régner. C'est obligé. C'est écrit. C'est... il est notre...

Mais Rushon Haldar se tut à tout jamais. Astarias s'autorisa deux larmes seulement avant de courir rejoindre la princesse. Cette dernière avait rattrapé Ryates malgré ses petites jambes, car le Patriarche avançait très lentement, comme un possédé. Ariella, elle, était dans un cul de sac, et ne pouvait plus fuir. C'est alors que Nirina lui lança de loin quelque chose.

- Tiens, madame ! Attrape ! De la part de père !

Ariella tendit la main instinctivement. Elle vit que c'était l'anneau en même temps que Ryates. Celui-ci s'écria :

- NON !

Il tendit alors la main, juste au moment où Ariella passa l'anneau au doigt. Un rayon noir alla la frapper une milliseconde avant qu'elle ne disparaisse avec le bébé. Ça l'avait touché elle, alors que Ryates visait le bébé. De rage, il s'en prit à Nirina :

- Gamine demeurée !

Il la frappa avec une telle force que Nirina perdit conscience en tombant. Astarias fut aussitôt sur Ryates, son épée sur sa gorge.

- Refaite ça une autre fois, quelque en soit la raison et je vous occis sur le champ, le menaça Astarias avec une colère froide.

Ryates ne baissa pas les yeux devant lui, mais semblait recouvrer sa raison.

- Vous ne vous rendez pas compte... Vous ignorez ce qu'est cet enfant !

- C'est le fils de mon frère, dit simplement Astarias.

Il rangea son épée et prit Nirina inconsciente dans ses bras. Comme il remontait vers le château, Ryates lui dit alors :

- Je ferai en sorte que la princesse ne garde aucun souvenir de tout ça. Vous ne lui direz jamais rien. C'est clair ?

- Je ne mentirai pas à la princesse. Si elle me le demande, j'obéirai.

Astarias laissa là le Patriarche pour remonter la ville avec la princesse dans ses bras. Astarias se laissa attendrir par son visage d'ange serein. Il serait toujours là pour la protéger, se jura-t-il. C'était son devoir. Pour son frère. Il n'en avait pas d'autre.


***


Ariella n'avait aucune idée d'où elle se trouvait. Normalement, elle devait être dans son monde, mais la blessure que lui avait causée son frère l'empêchait de voir clairement. Elle sentait son propre sang chaud s'écouler le long de son corps, et seule une volonté hors du commun l'empêcher de s'écrouler séance tenante. Adam était plein de sang, mais c'était celui d'Ariella, pas le sien. Le bébé était indemne. Ariella tituba un peu avant de se rendre compte qu'elle se trouvait devant un énorme bâtiment.

Qui disait bâtiment, disait gens. Des gens pour s'occuper de son bébé. Elle avança lentement vers la porte d'entrée, en s'arrêtant un instant pour tousser du sang. Elle devait continuer. Mettre Adam à l'abri. Le cacher de Ryates... Elle tapa désespérément à la porte pendant un long moment. Elle commença à se demander si elle n'allait pas s'écrouler contre la porte, et si la première personne qui ouvrirait demain matin se recevrait son cadavre dessus. Mais finalement, la porte s'ouvrit.

- Eh bien, c'est quoi ce raffut à cette... Doux Arceus !

Ariella se trouvait face à une femme de forte stature et qui portait un grand tablier.

- Que vous-est-il arrivé ? S'exclama-t-elle. Tout ce sang... Je vais appeler le médecin de l'Académie !

- Aca...démie ? Répéta Ariella, perdue.

- Oui, c'est l'Académie Velgos ici... Dieu de miséricorde ! Vous a-t-on agressé, mon enfant ? Allongez-vous, allongez-vous, je vais chercher...

C'est seulement alors qu'elle remarqua le bébé que portait Ariella. Cette dernière usa de ses dernières forces pour lui tendre.

- S'il vous plait... Prenez-soin de lui... Il est tout ce que j'ai...

- Bien sûr, mon enfant, fit précipitamment la femme en lui prenant l'enfant. Bien sûr, mais que...

- Adam. Il s'appelle... Adam...

Puis Ariella s'écroula, morte avant d'avoir touché le sol. Sophia, l'intendante de l'Académie, se retrouva éperdue avec ce bébé dans les bras.





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