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Cinhol, le Royaume Perdu de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 10/01/2014 à 08:30
» Dernière mise à jour le 15/02/2016 à 00:15

» Mots-clés :   Aventure   Fantastique   Médiéval   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 25 : Ariella
Lors d'une escarmouche, Enysia, l'épouse de mon ami, périt. Si moi je perdis une sœur, mon ami perdit son âme. Il ne fut plus le même après ça. Même la présence de son fils ne parvenait pas à le tirer des profondes abysses dans lesquelles il s'était enfoncé. Son regard était vide, et il ne se battait plus que mécaniquement, avec une sauvagerie inégalée.




*****



Ariella Wufot se disait qu'elle allait bientôt mourir. Difficile d'imaginer autre chose quand on avait devant soi le Pokemon qui dévisageait Ariella de ses deux paires d'yeux. Une espèce de rocher géant envahit par la glace, avec deux têtes aux mâchoires terrifiantes. Beaucoup des Stormy Sky qu'elle avait engagés pour retrouver son frère disparu gisaient déjà sur le sol gelé, et souvent pas en un seul morceau. Ariella entendait le capitaine Rashok ordonner la retraite. Ils ne pouvaient rien contre cette chose.

Les Stormy Sky prirent la fuite sans se soucier d'elle, qui était pétrifiée devant le monstre. Elle ne pouvait pas leur en vouloir. Ils avaient déjà touché la somme qu'elle leur avait promis pour cette expédition, et n'avaient aucune envie de mourir pour elle.
Ariella aurait pu mourir dans un semblant de paix si elle avait revu son frère Karl dans cette grotte, ou au moins les restes de son cadavre. Il avait disparu il y a plus de trois ans alors qu'il explorait les Mont Déchaînés avec une équipe de Stormy Sky pour lesquels il travaillait. Peu de chance qu'il soit en vie, Ariella le savait, mais elle voulait au moins savoir ce qui lui était arrivé. Elle n'avait que lui dans sa vie.

C'était lui qui l'avait quasiment élevé à la mort de leurs parents, alors qu'elle n'avait que six ans et lui vingt. Aujourd'hui encore, alors qu'elle-même avait vingt ans, elle ne vivait que grâce à l'argent qu'il avait accumulé en tant que célèbre professeur reconnu à travers le monde. Ariella dépendait totalement de lui, et ne savait plus quoi faire quand il n'était pas là. Elle l'aidait dans son travail. C'était la seule chose qu'elle pouvait faire pour lui.
Et aujourd'hui, il n'était plus là. Ariella ne pensait pas qu'il l'ait abandonné de son propre gré. Il devait lui être arrivé quelque chose. Elle aurait juste voulu retrouver un tout petit signe de lui, même un morceau de vêtement. Quelque chose qu'elle aurait pu chérir...

Mais il n'y avait rien dans cette grotte maudite. Rien si ce n'était une épée argentée totalement recouverte d'un bloc de glace. Peut-être était-ce ça que son frère avait recherché dans les Monts Déchaînés. Ariella savait qu'il s'intéressait beaucoup à l'ancienne légende du royaume perdu de cette région de Bakan.
Mais quand le Pokemon de glace commença à s'approcher d'elle pour la dévorer, la jeune femme remarqua autre chose par terre, recouvert par la glace. Elle le prit. C'était un anneau, qui semblait fait d'argent. Avait-il appartenu à Karl ? Elle ne se souvenait pas qu'il n'ait jamais porté de bijoux. Mais elle voulut y croire, et le passa à son doigt, juste avant que le monstre de glace ne l'attrape. C'est alors qu'elle perdit pied avec la réalité et le sol en dessous d'elle. Elle eut l'impression de voler à travers un puits sans fin de couleur. Était-ce au Paradis qu'elle allait ainsi ?


***


Cela faisait plus de deux ans que Rushon régnait à Cinhol. Ce n'était pas aussi terrible qu'il l'avait craint. De par ses combats dans à peu près toutes les régions du monde quand il servait son père, Rushon avait acquis une bonne connaissance en géopolitique. Il eut tôt fait de conclure des alliances et signer des traités avec ses voisins et même ses ennemis. Quant à gouverner son propre peuple, il tâchait à chaque fois de le faire selon ses convictions, et avec le souci de la justice. Et puis il n'était pas seul. Il avait plusieurs conseillers, dont son frère Astarias, son ami Isgon et le Patriarche Ryates. Même sa femme, la toujours si irascible et froide Hasteria, se révéla d'une aide certaine.

Comme Rushon l'avait espéré, l'arrivée de leur fille avait commencé à les rapprocher. Bien sûr, ce n'était pas le grand amour entre eux, loin de là, mais au moins se respectaient-ils et parvenaient-ils à vivre en bonne intelligence. Pour le bien de Nirina surtout. Rushon ne voulait pas qu'elle grandisse en voyant ses parents se déchirer. Cet petit brin de femme aux cheveux d'or faisait fondre tous ceux qui la rencontrait, Rushon le premier. Le roi avait nommé son frère Astarias comme chevalier lige de la petite princesse, une tâche qu'Astarias prenait très au sérieux, même un peu trop. Il s'inclinait si bas devant cette enfant qui savait à peine parler et lui passait tous ses caprices. Car la princesse avait déjà son caractère.

- Oncle, fais le dada ! ordonnait souvent Nirina à Astarias.

Et en bon chevalier lige qui avait fait le serment de servir sa princesse, Astarias oubliait sa dignité pour prendre Nirina sur ses épaules et la promener dans tout le château en imitant le cheval, sous les rires de la petite fille et des personnes qu'ils croisaient. Rushon était le premier à rire. Le sens de l'honneur et du devoir de son frère était tel qu'il serait capable de se suicider si cette fillette de même pas trois ans lui demandait.

Hélas, Rushon ne voyait pas sa fille autant qu'il le voudrait. Hasteria avait déclaré - à juste titre il est vrai - que l'éducation d'une fille relevait majoritairement de la mère. Aussi donc c'est Hasteria qui décidait de ses précepteurs, de ses occupations, de ses rencontres et même de ses repas. Rushon n'y avait rien trouvé à redire. Qu'Hasteria s'occupe donc de Nirina, elle était de toute façon forcément plus qualifiée que lui qui n'y connaissait rien en enfant. Mais il voulait juste passer un peu de temps avec elle de temps en temps. La faire jouer avec les Pokemon royaux, qui un jour seront les siens. La promener à cheval à travers les vertes prairies des royaumes. Il ne demandait pas beaucoup, et c'était son droit le plus strict de père. Mais Hasteria se débrouillait toujours pour lui kidnapper la petite au bon moment.

Rushon n'ignorait rien de ce que faisait son épouse. Elle voulait faire de Nirina son parfait petit sosie, et la retourner contre son père et contre les Haldar. La fillette se plaisait encore pour l'instant aux rares moments qu'elle passait avec Rushon, mais jusqu'à quand ? L'influence d'Hasteria ne cessait de grandir de jour en jour, et pire, celle de Ryates qui s'y était mis aussi. Hasteria l'avait engagé comme précepteur principal de Nirina.
Isgon aussi, quand il fut de passage à Cinhol, s'était inquiété de cette situation. Il avait demandé à Rushon de réagir, mais celui-ci avait soupiré.

- Et qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que j'interdise à Hasteria de voir Nirina ? Que j'exile Ryates ?

- Tu es le roi, foutre de dieu !

- De titre oui. Mais notre cher Patriarche s'est arrangé pour placer des hommes de confiance au sein de mes propres conseils, et la reine le soutient à chaque fois. Ils ont des gens à eux partout dans le château et ailleurs. Si je m'avisais d'intervenir contre eux, ça sera la guerre civile. Je ne veux pas de ça dans mon royaume. Pas tant que je serai roi. Si laisser ma fille à Hasteria en est le prix, et bien soit.

Rushon aurait bien aimé avoir un autre enfant, de préférence un fils, pour compenser. Mais hélas, la naissance de Nirina avait rendu Hasteria stérile. Ça arrangeait fortement la reine d'ailleurs. Rushon se demandait parfois si elle n'avait pas manigancé ça avec Ryates avant l'accouchement.
Rushon se méfiait de plus en plus du Patriarche. Sous ses airs serviles et savants se cachait en réalité quelque chose de sombre, il en était persuadé. Pourtant, Ryates était son plus proche conseiller, et avait d'énormes connaissances dans beaucoup de domaines. Se débarrasser de lui serait une grande perte, d'autant que ça serait dangereux politiquement. De plus, il y avait trop de chose qu'il ignorait sur cet habitant de l'Ancien Monde pour en faire son ennemi. Une des règles d'or de Rushon à la guerre avait été : « connais ton ennemi mieux que toi si tu veux l'emporter ». Or Ryates était un gouffre insondable de mystères.

Mais il en apprit très vite un peu plus sur lui. Un jour, on lui amena dans la salle du trône une femme qui, comme le Patriarche, était arrivée de nulle part. Vu qu'elle possédait le même genre d'anneau que lui, Rushon en conclut bien vite qu'elle venait elle aussi de l'Ancien Monde. Mais il n'appela pas Ryates immédiatement. Il tint d'abord à la rencontrer seul.
La femme était assez jeune, sûrement la vingtaine. Elle avait les cheveux châtains, les yeux gris, et était couvertes de blessures et d'engelures. Elle était fichtrement jolie, mais à l'heure actuelle, elle semblait terrifiée.

- Ne craignez rien, lui dit le roi avec douceur. Vous êtes en sécurité ici.

- Je... J'ignore où je suis ! J'étais avec une équipe de Stormy Sky, nous nous sommes fait attaquer par un gigantesque Pokemon de glace, alors, j'ai trouvé un anneau par terre, et je...

- Moins vite de grâce, sourit Rushon. Et si vous commenciez à me dire votre nom ?

- A-Ariella. Ariella Wufot...

- Eh bien, mademoiselle Ariella, vous vous trouvez à Cinhol, et si je ne m'abuse, vous venez de l'Ancien Monde, n'est-ce pas ?

- L'Ancien Monde ? S'étonna la jeune femme.

Rushon et Ariella mirent un certain temps avant de se comprendre. La jeune femme connaissait Cinhol de nom mais ignorait tout de son existence. À l'en croire, elle était partie à la recherche de son frère, un célèbre professeur de son monde, qui justement faisait des recherches sur le Royaume Perdu quand il a disparu. Comme sa connaissance de l'Ancien Monde était proche de zéro, Rushon décida enfin d'aller faire chercher Ryates. La réaction du Patriarche quand il vit la femme fut intéressante à observer. Jamais encore Rushon ne l'avait vu si ébahi, lui qui savait toujours tout. Ariella l'observa sans aucune réaction, quand soudain, ses yeux s'écarquillèrent, et elle sembla le reconnaître.

- K-Karl ? fit-elle faiblement. Par Arceus, c'est vraiment toi ?

Ryates était manifestement embarrassé. Rushon l'observa avec intérêt.

- Tu connais cette femme, Patriarche ? demanda-t-il.

- Euh... oui sire. Il s'agit de ma sœur, avoua Ryates après un instant d'hésitation. La retrouver ici est pour moi une grande stupéfaction.

Rushon retint un sourire. Enfin, le voile sur Ryates se dissipait un peu, et à ses dépens ! Déjà, le roi apprenait que Ryates n'était apparemment pas son vrai nom. Sur quoi encore cet homme avait-il menti ?

- Karl, que fais-tu ici ? Insista Ariella. Je t'ai cherché pendant des années !

- Il était inutile de t'en faire, répondit froidement Ryates. J'ai trouvé l'endroit que je cherchais, et je m'y plais très bien. Je n'ai pas l'intention de repartir.

- Allons donc, Ryates... Tu as quitté ton ancienne vie sans rien dire à ta sœur ? demanda Rushon.

- Je suis parti un peu de façon précipitée, il est vrai, avoua le Patriarche de mauvaise grâce. J'ai grande peine que ma chère sœur se soit inquiétée, et grande joie de la retrouver. Et en plus, avec l'un des anneaux de transfert ! Où l'as-tu trouvé ?

- Mais... dans une grotte aux Monts Déchaînés, bien sûr ! Les Stormy Sky m'ont dit que tu t'étais perdu là-bas !

Rushon nota que les yeux de Ryates se plissèrent, signe qu'il était soudain intéressé.

- La grotte dis-tu ? Je ne l'avais pas trouvé la première fois. J'ai utilisé l'anneau que j'ai trouvé dans le désert pour échapper à une avalanche... Mais dis-moi, il n'y avait rien d'autre que l'anneau dans cette grotte ? Par exemple... une ép...

- Ryates, coupa Rushon, votre sœur est manifestement épuisée et a besoin de soin. Vous pourrez lui parler plus tard. Considérez-vous comme invitée du palais, demoiselle.

- Je vous remercie, sire, fit élégamment Ariella.

Ryates, manifestement mécontent, s'inclina rapidement et quitta la salle à sa suite. Nul doute qu'il allait demander à sa sœur de faire très attention à ce qu'elle pourrait révéler sur lui. Rushon le savait, mais tenta quand même de faire parler Ariella quelque fois. Il se débrouillait toujours pour lui rendre visite quand Ryates était occupé ailleurs. La jeune femme était beaucoup plus loquace que son frère sur l'Ancien Monde, et discuter avec elle devint un grand plaisir pour Rushon. Il avait oublié ce que c'était que de réellement parler à une femme après trois ans de vie commune avec Hasteria. Quand Rushon lui demanda ce qu'elle comptait faire de sa vie à présent, elle dit avec hésitation :

- Eh bien, je n'ai pas de travail dans mon monde. C'était mon frère qui subvenait à mes besoins. Et il ne compte apparemment pas repartir...

- Vous êtes la bienvenue si vous désirez rester, l'assura Rushon. Le royaume accueille des réfugiés de tout pays, alors pourquoi pas de mondes différents ?

Ariella finit par accepter, à la grande joie de Rushon qui avait bien besoin d'une amie. Rushon en vint à lui rendre visite presque chaque soir. Il espérait toujours lui soutirer quelques renseignements sur son frère, pour mieux le cerner. Sauf qu'au final leurs discussions s'éloignaient très vite de leur connaissance commune. Ils s'asseyaient dans un coin retiré du jardin et parlaient de leurs passés respectifs. Rushon ne se dévoilait pas beaucoup, pourtant, avec Ariella, parler de lui, de ses secrets, de ses craintes et de ses espoirs était un peu comme une libération. Et plus il parlait, plus il avait l'impression de se rapprocher d'elle. C'était comme s'ils étaient deux pièces d'un puzzle qui s'encastraient parfaitement. Il ne mit que trois mois à se rendre compte qu'il l'aimait, et qu'il aurait préféré cent fois l'épouser plutôt qu'Hasteria.

Mais Rushon se voulait être un homme de parole et d'un certain honneur. Il avait épousé Hasteria, et n'avait pas le droit de penser à d'autre femme. Quand il prit conscience du danger et de sa proximité avec Ariella, il se dit chaque soir que c'était la dernière fois qu'il allait la voir. Pourtant, il n'en fut rien, et chaque soir il repartait la voir, les mains moites, à la fois enthousiaste et effrayé.
Ses vœux de mariage furent mis à dur épreuve quand un soir, Ariella et lui s'embrassèrent sur un des balcons du palais. Ce fut un moment de rêve, que tous les moments passés avec Hasteria, même la nuit où ils avaient conçu Nirina, ne pouvaient égaler. Mais Ariella se dégagea bien vite, honteuse et horrifiée.

- Non sire, c'est... Ce n'est pas bien... Vous êtes marié, vous avez un enfant...

Ariella refusa de le revoir depuis. Rushon lui réfléchissait un moyen d'être avec cette femme qu'il aimait véritablement sans provoquer un scandale, ou pire, une guerre. Un jour, il en discuta avec son frère, tandis qu'Astarias et lui se trouvaient seul dans le jardin royal, à surveiller Deornas et Nirina qui jouaient ensemble avec des épées en bois.

- Tu es le roi, lui dit Astarias. Tu as le droit de rompre ton mariage avec Hasteria si tu le désires. Elle est stérile. C'est en soit une raison suffisante pour la répudier.

- Je sais, soupira Rushon. Et ça m'arrangerait de ne plus l'avoir dans les pattes, elle et ses manigances. Mais si je fais ça, notre traité avec la Tribu des Chevaux sera rompu.

- Pas nécessairement, observa le prince. Ils voulaient te marier à Hasteria uniquement pour avoir un héritier à placer sur le trône de Cinhol. Leurs coutumes leur interdit de jurer allégeance à un étranger. Mais Nirina est à moitié de leur sang. S'il a la certitude que tu la laisseras régner le moment venu, je pense que Lyaderix se fichera bien du sort de sa fille.

Rushon réfléchit à ça. Ce n'était pas faux. Et puis, après leur cuisante défaite et les pertes qu'ils avaient subis, le peuple des Chevaux voudrait tout faire pour éviter l'escalade. Mais il restait un problème.

- Hasteria a le soutien de beaucoup de gens dans la cité, ainsi que celui de Ryates. Si je m'avisais de la répudier, ça ne se déroulera pas sans heurt. Je ne veux pas que des gens meurent à cause de moi.

Astarias le regarda alors dans les yeux.

- Mon frère, tu dois avoir compris maintenant qui est ton épouse et ce qu'elle mijote dans ton dos ? Elle veut ton trône. Ryates et elle complotent à ta chute, c'est évident. Je veux que tu saches que s'il y a besoin de prendre l'épée, je serai à tes cotés.

Rushon lui posa une main fraternelle sur l'épaule.

- Merci, mon frère.

- Mais avant, tu dois légitimer ta situation. Le peuple attend de toi un héritier mâle. Si tu réussis à avoir un fils avec Ariella, destituer Hasteria sera d'autant plus facile.

Un fils... le rêve de Rushon. Et l'avoir avec Ariella serait d'autant plus magnifique. Il prit donc sur lui de continuer à courtiser sa belle, dans le dos d'Hasteria, de Ryates et de leurs espions. Rushon n'était pas homme à tourner autour du pot, aussi dit-il à Ariella les choses comme il faut. Il s'agenouilla devant elle et déclara :

- Ariella Wufot, je vous aime et je ne m'en excuserai pas. Ni devant vous, ni devant Hasteria. Je vous aime sincèrement. Je vous veux pour épouse. Je répudierai Hasteria pour qui je n'éprouve qu'indifférence. Je déshériterai Nirina de ses droits sur le trône pour y placer notre propre enfant. Je défierai Arceus pour vous. Rejetez mon amour ici même, et je vous laisserai en paix. Dîtes-moi que vous ne m'aimez pas.

Des larmes coulèrent alors sur le beau visage d'Ariella, qui dit d'une voix faible :

- Non, car je vous mentirai...

Ils s'embrassèrent une nouvelle fois, et sans interruption. Rushon savait qu'il avançait sur une pente très dangereuse, mais il était en paix avec lui-même. C'était son choix. Aussi prétexta-t-il de nombreuses excuses pour ne plus trop honorer Hasteria de sa couche et pour aller retrouver Ariella. Il s'aida pour ça de ses Pokemon, surtout Shinobourge, qui était un expert en discrétion. Quand Ariella lui annonça qu'elle était enceinte, Rushon sut qu'il devrait bientôt agir. Hasteria devait commencer à se douter de quelque chose. Dès la naissance de l'enfant, il devrait chasser Hasteria et ses fidèles du royaume.


***


C'était la première fois qu'Hasteria entrait dans les appartements de Ryates. Le Patriarche s'était fait aménager une grande salle pour mener ses expériences, à laquelle il interdisait à tout le monde d'entrer. Même Rushon n'était jamais venu ici. Ryates avait placé des protections magiques que lui seul pouvait ouvrir. Et toutes ces précautions s'expliquèrent pour la reine quand elle vit ce que Ryates cachait. Un énorme rocher qui dégageait une espèce d'aura noire.

- Qu'est-ce cela ? demanda Hasteria en frissonnant.

- L'outil qui nous permettra de réaliser notre objectif commun, ma reine, fit Ryates. La destruction de Cinhol et de cette famille maudite des Haldar. C'est avec ce rocher venu de l'espace qu'Uriel le grand tenta jadis de détruire le royaume. Mais il fut empêché par Castel, et le royaume, au lieu d'être détruit, fut amené dans ce monde ci.

- Comment ça marche ? Est-ce de la sorcellerie ?

Hasteria craignait ces pratiques. Sa Tribu était très superstitieuse, et ceux accusés de sorcellerie étaient condamnés au bûcher sans autre forme de procès.

- C'est seulement de la puissance, Majesté. La puissance des trois Pokemon qu'elle abrite, et qui augmente avec la mort. Depuis ces cinq siècles, bien sûr, elle s'est considérablement déchargée. Il nous faudra beaucoup de morts en de nombreuses années pour que ça soit prêt.

- Quels morts espérez-vous avec Rushon aux commandes ?

- C'est justement pourquoi il nous faut l'y enlever. Vous n'avez rien remarqué de curieux chez lui dernièrement ? Il vous cache quelque chose, et à bonne raison. Il a renié les vœux de votre mariage pour se déshonorer avec ma traitresse de sœur. Je sais qu'elle attend un enfant. Le roi escompte vous répudier, Majesté, et placer cet enfant sur le trône à la place de la princesse Nirina.

Les yeux d'Hasteria flamboyèrent.

- Il devra me tuer avant.

- Il ne faut pas se frotter à lui dans la précipitation, Majesté. Il dispose de la puissance de ses Pokemon royaux et du soutien d'une bonne partie de son armée. Attendons donc qu'il fasse le premier pas, et nous serons prêts à l'accueillir...

- Comment ?

Ryates lui fit un sourire qui lui fit froid dans le dos.

- Sa Majesté n'est pas le seul à posséder des Pokemon.

Hasteria remarqua alors trois formes sombre s'échapper de la météorite, tels des fantômes. Un de feu, un de glace et un de foudre. Ils dansèrent autour du rocher noir tandis que Ryates éclata de rire. Hasteria se demanda alors si elle ne s'était pas alliée avec un démon. Mais même si c'était le cas, ça ne faisait rien. C'était même mieux. Quoi de mieux qu'un démon pour l'aider à prendre le pouvoir sur ces dégoutants Haldar ?


***


Un jour, tandis que Rushon et Astarias marchaient dans les rues de la ville basse, là où ils pouvaient discuter de leur plan pour chasser Hasteria sans prendre le risque d'être espionnés, ils croisèrent une silhouette inquiétante. Celle de dame Venisi, la Veuve Grise. Elle ne s'était plus manifestée depuis la mort de Festil, et Rushon l'avait complètement oublié. Qu'est-ce qu'elle faisait aujourd'hui ? Et que faisait-elle ici ?

- Messires, fit la femme voilée en s'inclinant.

- Dame Venisi ? Cela faisait longtemps... commença Rushon.

- C'est justement vous que je cherche, Majesté. S'il plait à votre frère, j'aimerai vous parler seule à seul...

Rushon haussa les épaules et fit signe à son frère de continuer sans lui. Astarias resta soupçonneux.

- Tu es sûr que ça ira ?

- Est-ce que je crains quelque chose en votre compagnie, madame ? demanda le roi en souriant.

- Cela dépend.

- Euh... de quoi ?

- De la robustesse de votre esprit, ô roi. Mais votre corps n'a rien à craindre, lui.

- Voilà qui est rassurant. Tu as entendu, Astarias ?

Le prince s'éloigna à contrecœur. Quand il ne fut plus en vue, Rushon demanda à la femme voilée :

- Très bien. Que voulez-vous de moi ?

- Moi ? Rien du tout. Mais je vais vous mener à quelqu'un qui attend beaucoup de vous.

- Et qui est-ce ?

- Mon seigneur et maître, fit mystérieusement Venisi.

Elle mena Rushon encore plus bas dans la vieille ville, là où peu de monde allait. Ce fut dans une maison à moitié pourrie par les années qu'elle entra, invitant Rushon à le suivre. À l'intérieur, le roi trouva une autre personne. Elle était drapée d'un manteau à capuchon, aussi Rushon ne put voir son visage, mais vu sa taille, ça devait être un tout petit enfant, ou un nain.

- Maître, fit Venisi d'une voix douce et émotive que Rushon trouva bizarre. Le roi de Cinhol est là.

La silhouette se retourna, retira son capuchon, et Rushon put voir son visage. Il eut un sursaut de stupeur.