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Cinhol, le Royaume Perdu de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 20/12/2013 à 10:00
» Dernière mise à jour le 26/07/2018 à 22:59

» Mots-clés :   Aventure   Fantastique   Médiéval   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 22 : La réincarnation du Fondateur
Nous savions que nous ne pourrions pas tenir. Malgré nos victoires, nous savions que si la République décidait de lancer toutes ses forces contre nous, nous serions anéantis. Mais cela n'arrêta pas la vie à Cinhol. Aujourd'hui par exemple, Enysia accoucha. Mon ami devint père.



*****



Comme quoi, Adam n'était pas encore tout à fait idiot. Il suspectait depuis longtemps l'identité de son visiteur mental, et depuis sa vision dans laquelle il se trouvait dans le corps même de Castel et faisait face à Uriel, il n'avait plus beaucoup de doutes. Mais là, le voir apparaître au dessus de son corps, tel un fantôme, tandis que toute la salle était à genoux devant lui, ça avait quelque chose d'irréel. Mais bon, pas plus irréel que d'abriter en soi l'esprit d'un homme mort depuis cinq cents ans, bien sûr.

- Relevez-vous, je vous prie, demanda Castel. Je ne suis plus roi depuis longtemps.

Deornas releva la tête, sans se redresser pour autant.

- Est-ce... Est-ce bien vous ? Ce n'est pas... une illusion pour nous tromper ou quelque chose comme ça ?

Castel lui fit un sourire attendu.

- Oui, je conçois que ce soit difficile à croire. Après tout, je suis mort il y a un demi-millénaire. Pourtant, c'est bien moi. Ou du moins, c'est ma volonté qui habite le corps de ce garçon.

- Stupéfiant, renversant, effarant ! S'écria Anis en gribouillant quantité de notes sur son petit carnet.

- Est-ce un miracle, par le derrière d'Arceus ?! Jura le duc Isgon.

- Je peux tenter de vous expliquer, dit Castel. Mais je crois que cette savante dame de l'Ancien Monde vous a fait savoir dans les grandes lignes de quoi il retournait. J'ai été tué par Uriel, celui qui fut comme un frère pour moi, alors que je tentais d'empêcher son projet fou de détruire Cinhol. En fait, nous nous sommes entretués. Nous sommes morts nos épées à la main. Comme vous le savez, les trois épées forgées à partir de cette météorite ont des pouvoirs prodigieux. Tandis que nos corps cessaient de fonctionner, une partie de nos esprits a pu se réfugier dans nos épées respectives. Uriel a survécu en Peine, et moi en Meminyar. Tout les deux, nous avons attendu des siècles à l'intérieur. Nous attentions la personne qui était prédestiné à recueillir nos esprits. C'est de là, je crois, qu'est née cette légende qui affirmait qu'un nouveau Sauveur du Millénaire apparaîtrait un jour, et qu'il serait ma réincarnation.

Tous les membres de l'assemblée murmurèrent entre eux. Adam était toujours immobile, ne trouvant pas la force de bouger sous les regards scrutateurs et admiratifs de tout ces gens. Padreis prit la parole, en n'osant pas regarder le Fondateur dans les yeux.

- Seigneur, pardonnez mon audace, mais qu'il me soit autorisé de demander pourquoi avoir choisi ce garçon de l'Ancien Monde alors que Meminyar a traversé toute la lignée de vos descendants ?

- A vrai dire, que la personne que j'ai choisi soit de mon sang ou non n'a aucune importance. Uriel a porté son dévolu sur cet homme plein d'ambition, ce Ryates... Ils n'ont aucun lien de parenté. Mais pour répondre à ta question, je savais que celui qui m'était prédestiné arriverait, sans savoir de qui il s'agirait. J'ai attendu, et le voilà.

Castel porta un regard bienveillant sur son hôte. Adam ne pouvait pas sincèrement le lui retourner. Il aurait préféré que le Fondateur s'abstienne de le choisir. D'ailleurs... quelque chose ne collait pas.

- Je crois que vous racontez des bobards, lui dit Adam.

La majorité des personnes présentent ouvrirent grands des yeux indignés à l'écoute du ton irrévérencieux avec lequel Adam s'était adressé à leur Fondateur. Mais celui-ci se contenta de sourire aimablement.

- À quel propos, mon jeune ami ?

- Selon vous, vous serez passé dans mon corps la première fois que j'ai touché Meminyar ?

- C'est cela même.

- Pourtant, j'entendais déjà votre voix bien avant de prendre l'épée quand nous nous sommes échappés du château avec Padreis.

- Ah, je comprends le malentendu. C'est parce que ce n'était tout simplement pas la première fois que tu touchais Meminyar, Adam.

Ce dernier fronça les sourcils.

- Comment ça ? Je n'étais jamais venu à Cinhol avant...

- N'as-tu pas bien regardé ta main tout à l'heure ? La marque royale d'or n'est pas apparue parce que mon esprit se trouvait en toi. Elle est apparue parce que tu es un de mes descendants directs. Comme quoi, pour répondre à Padreis, en fait j'ai bien pris une personne de mon sang.

Adam ne savait plus où donner de la tête. Il pensait avoir trouvé une explication logique à sa marque qui s'allumait.

- Mais... enfin... C'est impossible que je sois du sang royal de Cinhol ! Je suis né dans l'Ancien Monde, j'ai grandi dans une Académie...

- Tu as bien grandi dans cette Académie oui. Mais tu n'es pas né dans l'Ancien Monde, fit tranquillement Castel. Tu es né dans la cité de Cinhol. Ton père n'est nul autre que Rushon Haldar, l'ancien souverain.

Castel se tourna vers le duc Isgon, laissant Adam totalement paralysé.

- Si je ne m'abuse, tu as bien connu Rushon, duc Isgon. Observe bien ce garçon, et dit moi qu'il ne peut pas être son fils.

Isgon s'approcha, d'un pas mal assuré, presque effrayé. Il cligna plusieurs fois des yeux, comme s'il craignait de les brûler en regardant Adam, puis approcha son visage du sien pour l'observer avec attention. Adam était encore plus gêné, s'il était possible.

- Il y a bien quelque chose... marmonna enfin le duc. Il a les cheveux et les yeux des Haldar, aucun doute. Mais il y a aussi quelque chose dans son visage qui me fait penser à Rushon. Pourtant... Pardonnez-moi, ô très grand, mais comme vous dites, j'ai bien connu Rushon. J'étais son ami, presque son frère, et je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi attaché à son devoir et à son honneur. Ce... garçon, Adam, est plus jeune que Nirina. Ce qui implique qu'il ait été engendré alors que Rushon était déjà marié. Et je peux garantir que ce n'était pas sa femme, l'ancienne reine Hasteria, qui a donné naissance à Adam. Son accouchement de Nirina s'est avéré compliqué, et après ça, elle est devenue stérile, incapable de donner la vie à nouveau. Je le sais, j'étais présent.

Castel haussa les épaules.

- Adam n'apprendra pas l'histoire de sa naissance de ma bouche. Il la découvrira bientôt, mais de celle de quelqu'un d'autre. En tout cas, je peux vous dire ceci : Adam est bien le fils de Rushon. Il voulait faire de lui son héritier à la place de Nirina, qu'il a engendré avec une femme qu'il n'aimait pas et qui était sous la coupe de Ryates. Mais Uriel, qui était déjà en Ryates, a senti que mon esprit avait quitté l'épée pour prendre un corps. Ryates a donc agi pour tenter d'éliminer Adam. Rushon se battit pour son fils, et périt. Grâce à son sacrifice, la mère d'Adam parvint à s'enfuir dans l'Ancien Monde avec le bébé dans ses bras. Mais elle avait été blessé par Ryates, et elle mourut juste après avoir confié Adam à l'Académie où il a grandi. Je suis demeuré en lui tout ce temps, silencieux, attendant que Cinhol le rappelle inévitablement.

Adam aurait aimé pouvoir rire de tout cela. Il aurait aimé avoir des milliers d'arguments à présenter pour dire que ce n'était que des foutaises. Pourtant... il n'avait rien. Tout ce qu'avait dit Castel s'emboitait avec les faits. Après tout, il ne savait rien de ses parents... Et Ryates lui avait bien dit, la dernière fois, qu'il avait tenté de le tuer autrefois. Sur le coup, Adam avait pensé qu'il délirait. Et puis le fait que Meminyar se soit illuminée dans sa main, alors qu'elle n'obéissait qu'aux héritiers de Castel... Oui, tout était clair. Il restait juste une chose à éclaircir.

- C'est Shinobourge qui m'a donné l'anneau et m'a amené à Cinhol, dit-il à son ancêtre. Il agissait sur vos ordres ?

- Non, répondit Castel. De là où j'étais, je ne pouvais lui donner aucune instruction. Mais Shinobourge est mort peu avant ta naissance. Comme mes Pokemon sont immortels, il a laissé un œuf derrière lui. Il a éclos presque en même temps que tu es né, et Rushon a fait en sorte que tu sois le premier être humain qu'il voyait. Mes Pokemon sont attachés à ma lignée. Ils doivent obéir à tous ceux de mon sang. Mais ils sont aussi grandement loyaux au tout premier humain qu'ils voient quand ils éclosent. C'est pour cela que mes descendants ont toujours fait en sorte de faire éclore les œufs des Pokemon royaux en face de l'héritier légitime, pour que leurs loyautés lui reviennent. Shinobourge est le seul des Pokemon royaux à te reconnaître comme véritable héritier. Il était naturellement attiré vers toi. C'est pour cela qu'il a passé outre sa loyauté programmée envers Nirina pour aller te retrouver.

Le Pokemon canard ninja hocha la tête, ses yeux étrangement brillants quand il regarda son ancien dresseur.

- Tu as bien travaillé, mon vieux camarade, le félicita Castel. Maintenant, c'est à vous tous de bien travailler. Comme vous le savez, Uriel se sert de Ryates pour contrôler Nirina et plonger Cinhol dans le chaos. Son but est de revenir parmi les vivants, de retrouver son corps d'avant, pour accomplir sa vengeance envers le royaume et le détruire à jamais. Il se sert des trois Pokemon Spectre de la météorite pour stocker en quelque sorte l'énergie maléfique que les actions de Nirina propagent.

- Que voulez-vous dire, sire ? demanda Deornas.

- La météorite est un immense catalyseur. L'acier spécial dont elle est faite se nourrit des émotions négatives et de la force vitale. Et plus elle en aspire, plus elle se renforce, au point de devenir une arme terrible. C'est ainsi qu'autrefois Uriel tenta de détruire notre royaume. Il ouvrit les portes aux armées de la République et tua tout les Pokemon à l'intérieur de la cité pour provoquer un massacre, et qu'ainsi la météorite se gorge de toute cette puissance noire. Aujourd'hui, il fait en sorte que Nirina fasse souffrir son peuple en continu et massacre quantité de gens pour la même chose. Quand la météorite aura suffisamment de puissance noire, Uriel va utiliser un procédé pour ressusciter, puis il détruira Cinhol. Nous ne pouvons permettre cela.

Castel s'interrompit, les yeux dans le vague, comme s'il se remémorait des choses. Puis il soupira et dit :

- J'ai tenté de l'arrêter jadis, et je n'ai fait que le retarder un peu. Maintenant, c'est à votre tour. Suivez Adam. Je ne l'ai pas choisi pour rien. Sa force d'âme est réelle. Il sera bien le nouveau Sauveur du Millénaire. N'oubliez pas... grâce à Meminyar et Sifulis rassemblée, vous serez en mesure de vaincre Peine. Je ne pourrai plus communiquer avec vous de la sorte. Ça m'a demandé trop d'énergie. Mais je prie pour vous. Je prie pour notre salut et notre réussite. Bonne chance...

Le Fondateur s'estompa peu à peu, jusqu'à disparaître totalement, laissant Adam au milieu de tout le monde. Deornas mit fin au silence en s'avança devant lui. Il lui prit alors Sifulis de son fourreau, et la remplaça par Meminyar qu'il avait au sien.

- Tout le monde sera d'accord pour dire que cette épée vous revient de droit, fit-il. Et comme vous avez été le premier à me jurer allégeance en tant que chevalier, je vais vous retourner la pareille, cousin.

Il s'inclina.

- Moi, Deornas Haldar, je jure solennellement loyauté et fidélité éternelle au prince Adam Haldar, héritier et souverain légitime de Cinhol, et élu du Fondateur. Vive le roi !

Et inévitablement, tout le monde fit de même, et répéta la même phrase en s'inclinant devant lui.


***


Quand il était gamin, Adam, comme tous les garçons de son âge, s'était un jour imaginé être le fils d'un roi, un prince adulé et choyé, et un noble roi en devenir. Aujourd'hui, tandis que c'était bel et bien la réalité, il aurait donné cher pour retrouver son anonymat. L'identité de son père fut un assez rude choc pour qu'on y ajoute l'allégeance de tout un peuple qui s'inclinait à chacun de ses pas. Si Adam avait fini par accepter ce qu'avait raconté Castel - car il n'était pas du genre à nier la vérité - il n'avait pas accepté pour autant de devenir le futur roi. Il ne savait rien de Cinhol, et n'avait sûrement pas l'allure d'un dirigeant. D'autant qu'il lui faudrait mener en personne la révolte contre Nirina, et il avait encore moins l'allure d'un rebelle idéaliste prêt à mourir pour sa cause.

Mais Deornas ne voulait rien entendre. Il avait abandonné ses droits sur le trône et avait tout refilé à Adam. Apparemment, ça lui faisait très plaisir. De s'être trouvé un cousin, mais aussi d'être débarrassé de la charge de futur roi. Adam avait espéré que les gens du Rimerlot trouvent à redire à cette situation, mais à son grand dam, tous acceptaient et soutenaient la décision de Deornas, et tous avaient juré allégeance à Adam. Ce dernier ne se voyait pas annoncer à toute cette populace en extase d'avoir devant leur yeux un fils caché de Rushon et l'élu de Castel qu'il refusait purement et simplement la couronne, et qu'ils allaient devoir se démerder entre eux.

Le pire était l'attitude de tout le monde à son égard. Même le franc et bourru Isgon lui donnait du « Votre Majesté ». Tous ne semblaient plus voir en lui que l'héritier et l'élu. Adam, le simple garçon de l'Ancien Monde, le chevalier de Deornas, n'existait plus. Heureusement, il avait encore ses amies avec qui discuter raisonnablement. Il avait craint que l'attitude de Leaf à son égard n'ait changé, mais il n'en fut rien. Elle se montrait toujours aussi franche et amicale. Elle semblait trouver la situation à mourir de rire. Anis, elle, lui donnait de bon conseils sur quoi faire et comment s'adresser à ses interlocuteurs, quand elle ne le harcelait pas pour exiger de lui une interview en tant que futur roi d'un royaume légendaire à incorporer à ses livres. L'attitude de Syal, elle, avait un peu changé. Elle était toujours aussi tranchante et acide, mais elle montrait désormais un peu plus de respect envers Adam, ce qui était en soi une amélioration. Mais il en découvrit bien vite la raison quand elle lui dit un jour :

- Finalement, ça arrange mes affaires tout ça. Stormy Sky va pouvoir directement négocier avec toi, et ce sera plus facile qu'avec quelqu'un originaire de ce royaume qui ne connait rien à notre monde.

Adam n'avait pas oublié le soutien que comptait leur offrir Stormy Sky contre Nirina. Au point où il en était, marchander avec Stormy Sky n'était plus aussi révoltant que ça aurait pu l'être avant. Quand Adam n'était pas enfermé avec ses conseillers dans un bureau qui sentait le vieillot en train de signer quantité d'ordonnances sur la guerre et la vie à Naglima dont il ne comprenait de toute façon rien du tout, il siégeait dans la salle ducale, sur le siège même d'Isgon, et rendait la justice du roi aux habitants venus lui exposer leurs problèmes. Bien que ce soit fichtrement assommant, ça, Adam savait plus ou moins gérer. Il se fiait à son sens de la justice pour rendre ses décisions, et Deornas et Isgon semblaient satisfaits.

Un soir, après toute une rangée de gens venus lui demander audience, Adam pensait en avoir enfin terminé et qu'il allait pouvoir se coucher dans le confortable lit royal qu'on lui avait installé, quand trois derniers requérants arrivèrent dans la salle. C'étaient Deornas, Isgon, et sa fille Ylis. Elle s'inclina devant lui avec grâce. Adam ne lui avait plus parlé depuis le Temple Royal. En voici une qui avait aussi cessé d'être son amie pour devenir sa fidèle servante...

- Votre Majesté, nous souhaiterons vous entretenir d'une affaire délicate qui nécessite votre opinion, commença Deornas.

- Je me demande pourquoi tant de gens veulent mon opinion sur tant de sujets... marmonna Adam en faisant tournoyer cette fichue couronne entre ses mains. Personne ne semble remarquer ici que je n'ai que dix-neuf ans et que je connais presque rien à la politique de Cinhol.

- Nous sommes homme fait à quatorze ans à Cinhol, sire, fit Deornas avec un sourire. Et ce dont nous avons à traiter avec vous vous concerne au premier chef.

Adam s'adossa contre le trône en soupirant.

- Très bien...

- Comme vous le savez, un roi a pour devoir premier d'assurer sa légitimité. Par son sang, et aussi par le sang qu'il transmettra aux futures générations. Bien que vous descendiez tout les deux de Rushon Haldar, Nirina a un avantage sur vous.

- C'est l'aînée...

- Non, il ne s'agit pas de ça. C'est au roi de choisir lequel de ses enfants prendra sa suite sur le trône, ainé ou cadet.

- Alors, c'est que c'est une enfant légitime, tandis que je ne suis né hors mariage ? Proposa Adam.

- Là encore, ce n'est pas un problème. En cinq cent ans d'histoire, Cinhol a eu des rois bâtards plus d'une fois. Ils ont les mêmes droits de succession que les enfants légitimes. Le fils de Nirina est lui-même un bâtard... sauf votre respect, mon oncle, finit-il en prenant conscience de sa gaffe.

- Pas de mal, soupira Isgon. Padreis a fait ce qu'il a fait.

- Bon, alors, c'est quoi son avantage ? Le fait qu'elle ait peut-être une armée bien plus conséquente que la mienne, ou des Pokemon meurtriers ?

Deornas sourit.

- C'est justement qu'elle ait une descendance assurée. Le peuple n'aime pas trop avoir des rois sans être certains que la lignée pourra perdurer ensuite, car la durée de vie moyenne des souverains est généralement assez courte.

- Mais c'est très rassurant, ça... ironisa Adam. Eh bien pas de chance en effet, je n'ai pas d'enfants ou de bâtards cachés dans ma poche, et il n'est pas dans mes objectifs prioritaires d'en faire un.

- Oh, l'héritier peut attendre, vous avez tout le temps, renchérit Isgon. C'est juste pour l'image que nous vous disons cela. C'est pourquoi il faudrait que vous preniez femme rapidement. À la fois pour rassurer le peuple, mais aussi pour faire une alliance avec une importante famille noble.

Adam retint un gémissement. Isgon et Deornas comptaient-ils faire défiler devant lui quantité de jeunes femmes nobles pour qu'il choisisse ?

- Faut-il vraiment qu'elle soit de sang noble ? Demanda-t-il en pensant à Leaf.

Deornas fronça les sourcils, ne comprenant pas.

- Le but d'un mariage est de créer une alliance, Majesté...

- Non. Le but d'un mariage est de vivre avec la femme que l'on aime. Je ne suis peut-être pas calé dans ces histoires là, mais je sais au moins ça.

Deornas et Isgon le regardèrent comme s'il avait affirmé que les Ramoloss pouvaient voler. Ylis aussi fut surprise, mais un petit sourire étira ses lèvres.

- Sire... commença Deornas, perplexe. L'amour n'a rien à voir avec un mariage royal. Il peut se créer au fil du temps bien sûr, et c'est tant mieux, mais ce qui compte est le sang et la puissance familiale pour créer une alliance profitable. Votre père, le roi Rushon, a épousé Hastaria de la Tribu des Chevaux, des ennemis de Cinhol. Ce mariage a permis aux deux peuples de s'unir et de vivre en paix après des années de conflits.

- Et Rushon a fait ça par devoir, poursuivit Isgon. Il n'aimait en aucune façon Hastaria. Mais il l'a quand même épousé.

- Et, quand elle avait le dos tourné, il est allé forniquer avec une autre femme, sinon je ne serai pas assis ici en face de vous maintenant.

Isgon eut la bonne grâce de baisser les yeux.

- Nous ignorons ce qui s'est réellement passé, Majesté. Mais ça ne change rien. C'est étonnant parce que votre père était quelqu'un qui rompait très rarement sa parole donnée. Mais nombre de rois ont eu des amantes en plus de leur femme légitime.

- Ce mariage nous vous engagera à rien pour le moment, sire, continua Deornas pour le convaincre. Seulement à participer à la cérémonie.

- Très bien, soupira Adam.

Il savait qu'il n'allait pas gagner quand ces deux là étaient unis. Mais ça lui semblait vraiment... malsain de lui imposer un mariage avec une fille qu'il ne connaissait pas alors qu'il n'était jamais sorti justement avec des filles une seule fois. Et voilà que ça allait réduire ses projets avec Leaf à néant.

- Ai-je quand même mon mot à dire sur la personne ? Demanda Adam.

- Vous êtes le roi, sire, fit Deornas. Vous avez tous les droits. Mais il est de notre devoir de vous conseiller. Il y a de nombreuses nobles dames, mais une seule serait pour vous l'idéal.

Isgon prit la parole à son tour en s'avança.

- Deornas a choisi d'épouser ma fille pour entériner l'alliance avec le Rimerlot. De plus, les membres de ma famille sont des parents éloignés de la famille Haldar. Le sang d'Ylis est donc tout ce qu'il y a de plus noble. Elle était promise à Deornas, mais comme il a renoncé à ses droits sur la couronne en votre faveur...

Adam se pencha sur son trôle, n'osant pas y croire. Isgon allait-il proposer ce qu'il croyait qu'il allait proposer ? Ce fut Ylis en personne qui l'annonça, en s'avançant respectueusement à son tour.

- Si vous voulez bien de moi, Majesté, je promets d'être une bonne et digne épouse, et une reine dont vous pourrez être fier.


***


Deornas et Isgon sortirent quelques minutes plus tard de la salle du trône, satisfaits.

- Eh bien, il n'a pas été trop dur à convaincre, commenta le duc.

- Le contraire aurait été étonnant, sourit Deornas. Il a beau venir de l'Ancien Monde, il est tout aussi sensible au charme de votre fille que tous les pauvres mortels de Cinhol. J'ai bien vu comment il la regardait depuis qu'il est ici...

- Mouais... Je pense qu'elle sera mieux avec lui. Sans vouloir t'offenser, mon gars. Mais tu fais presque partie de la famille, ça aurait été bizarre de te voir marier avec elle.

- Oui... la famille, répéta Deornas, pensif.

Le duc lui jeta un coup d'œil.

- Un problème ?

- Il se peut, mon oncle, acquiesça Deornas. Dans le Temple Royal, juste avant que la marque d'Adam ne se mette à briller, j'allais présenter à tous ma propre marque. Elle était bronze, et non argentée comme elle l'aurait du l'être. C'est pour ça que j'étais si surpris à ce moment. Mais je ne vous apprends peut-être rien, n'est-ce pas ?

Le regard coupable du duc fut pour le prince une confirmation évidente.

- C'est pour ça que vous avez tant insisté pour que je ne me rende pas au Temple Royal, continua Deornas. Et oui, il est vrai que je n'ai pas la blondeur et les yeux bleus des Haldar, alors que je porte leur nom. Et qu'aussi Meminyar ne réagissait pas quand je la portais, pas même un petit peu, alors que normalement j'ai autant de sang royal que Nirina. Vous savez quelque chose à ce sujet mon oncle. De grâce, dites-moi ce que...

- Je ne peux pas fiston, répondit difficilement Isgon. Je n'en ai pas la force. Et par pitié, si tu m'aimes, ne me repose plus la question...

Ce furent les larmes dans les yeux du duc qui firent taire Deornas. Tout simplement car il n'avait jamais vu le duc Isgon pleurer.


***


Nirina attendit que Ryates fasse venir Astarias. Selon les dires du Patriarche, l'oncle de Nirina avait sa part de responsabilité dans le secret sur le fils caché de Rushon. Lui aussi savait, mais n'avait rien dit depuis tout ce temps. Lui et Ryates... comment avaient-ils osé lui cacher un truc pareil ? N'était-elle pas leur reine ? Elle devrait leur faire couper la tête et l'exposer avec celles de tous les traitres sur les murailles de la ville ! Devant la colère de Nirina, Ryates avait fini par avouer. Ce garçon, Adam Velgos, était en réalité un bâtard de Rushon, et donc le demi-frère de Nirina.

Comment une telle chose avait-elle pu arriver sans que personne ne le sache ?! Une naissance royale n'était pourtant pas chose que l'on peut cacher. Nirina en parlait d'expérience. À moins que la mère ne soit une prostituée quelconque de la ville basse... Mais Nirina n'y croyait pas trop. Elle ne se souvenait pas vraiment de son père bien sûr, elle était trop jeune quand il est mort, mais de ce qu'elle savait de lui, Rushon Haldar était l'honneur incarnée. Qu'il ait fréquenté des putains était inimaginable. Qu'il ait trompé sa femme était déjà assez grave... Astarias se présenta devant elle en s'inclinant, comme à son habitude. Son casque cachait l'expression de son visage, et cette fois, Nirina voulait parler à son oncle face à face sans obstacle.

- Enlevez votre casque, mon oncle, ordonna-t-elle.

Astarias obéit sans poser de question. Il révéla le visage d'un homme d'une quarantaine d'années, blond aux yeux clairs, comme la plupart des Haldar, avec une cicatrice qui barrait son visage du front à la lèvre inférieure. Une cicatrice qu'il avait récoltée il y a longtemps à la guerre.

- Ryates vous a dit pourquoi je voulais vous voir ?

- Non ma reine.

- Vous m'avez toujours très bien servi, mon oncle. Vous avez été envers moi d'une grande loyauté, toutes ces années. Vous avez toujours exécuté mes ordres sans poser de question.

- Je n'ai fait que mon devoir, ma reine.

- Oui... votre devoir... Mais dites-moi, oncle Astarias, m'avez-vous déjà menti ?

Astarias n'hésita pas.

- Non ma reine.

- Et vous n'allez pas commencer aujourd'hui, n'est-ce pas ?

- Plutôt mourir, ma reine.

- Je suis fort aise de l'entendre. Alors, je vais vous poser quelques questions, et j'attends une sincérité telle que vous avez l'habitude de me donner. Première question : aimiez-vous votre frère ?

Astarias baisa la tête, comme pour lui rendre hommage.

- Votre père était l'homme le plus valeureux et honorable qu'il m'ait été donné de rencontrer, et j'étais fier d'être son frère. Je le suis toujours. Oui, j'aimais Rushon, Majesté, et il m'arrive encore de le pleurer.

- Vous étiez donc proches, tous les deux ? Vous n'aviez pas de secrets l'un l'autre ?

- Pas à ma connaissance, Majesté.

- Bien. Alors vous devriez savoir qu'il a eu un autre enfant en plus de moi ?

- Oui ma reine.

Pas une seule seconde d'hésitation. Pas une seule nuance de surprise ou d'inquiétude. Cela impressionna beaucoup Nirina.

- Pourquoi ne m'avoir rien dit tout ce temps ?

- Parce que le Patriarche Ryates me l'a demandé, Majesté. Mais si vous m'aviez directement posé la question, je vous aurai répondu. Je ne peux vous désobéir ou vous mentir.

- Alors je vous la pose aujourd'hui. Racontez-moi, mon oncle... Racontez-moi tout ce que vous savez des circonstances de la naissance de mon frère.

Astarias acquiesça, et commença son récit.