Chapitre V : Donjons Mystère ?
Repue et enfin d'aplomb, Vipélierre était sortie de la hutte pour explorer son environnement. Des tas d'autres huttes étaient construites un peu partout, et Vipélierre nota la présence d'un bon nombre de Pokémon inconnus. L'endroit, dans sa disposition, ressemblait un peu à l'organisation de la Clairière Fleurie, mais l'environnement était très différent. Peu d'arbres, beaucoup de roche, et un ciel bleu à perte de vue. En regardant à sa droite, elle constata également que la mer continuait à respirer à son rythme tout autour. Un étrange morceau de bois était planté à côté de la porte de la hutte, et des dessins incompréhensibles y étaient tracés.
- « Tu t'intéresses à ce panneau ? dit une voix familière.
- Qu'est-ce qu'un « panneau » ? demanda Vipélierre à son hôte, qu'elle reconnut à sa droite.
- C'est ce morceau de bois, devant toi.
- Et les dessins, dessus ?
- Ça, ce sont des mots. Je crois que tu ne sais pas lire, je me trompe ?
- « Lire »...répéta Vipélierre. Je ne savais pas qu'on pouvait dessiner les mots sur des morceaux de bois.
- Ça s'appelle l'écriture, et l'on ne dessine pas, on « écrit ». Sur ce panneau, il est écrit « maison de Roigada ».
- Comment ? s'étonna le reptile. Tous ces dessins pour trois mots ?
- Hahaha, ça va être plus compliqué que prévu ! s'amusa Roigada. Ne t'inquiète pas pour ça, je pense que tu as mieux à faire, pour le moment. Quand je t'ai trouvée au fond de ce ravin, qu'est-ce que tu voulais faire ?
Vipélierre se tritura les méninges. Sa mémoire était un peu floue à cause du choc, et elle avait tellement dormi. Elle se souvint qu'elle avait quitté sa forêt, qu'elle avait été attaquée par un Pokémon des cavernes et...plus rien. Elle raconta son périple au Pokémon en face d'elle.
- Je vois. Pourtant, il doit bien y avoir une raison qui t'a entraînée aussi loin dès le premier jour de ton voyage. Je me demande ce que tu as bien pu faire.
- Je sais aussi...commença Vipélierre. Non, c'est idiot.
- Je ne crois pas que ça le soit, la rassura Roigada en souriant. N'aie pas peur.
- Je sais aussi que je suis partie pour trouver un moyen de devenir plus forte. Je viens d'une colonie qui a besoin d'être protégée, mais Baba et Roserade s'en occupent très bien. Je pense pourtant que je dois m'endurcir, pour pouvoir m'occuper de la Clairière Fleurie, moi aussi, quand Baba ne sera plus là. Mais je ne sais pas par où commencer...
- Tu n'as pas besoin de te précipiter, dit Roigada en regardant au loin. La force ne s'acquiert pas aussi vite et aussi facilement que tu ne le crois. Et il ne suffit pas que tu saches te battre.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? demanda le petit Pokémon. De quoi est-ce que j'ai besoin ?
- Tu es bien curieuse, mon petit, fit-il en ramenant son regard doux sur elle. Ça, tu vois, personne ne peut te le dire.
- Mais pourquoi ? insista-t-elle.
- Il n'y a que toi qui connaisses la réponse, Vipélierre. Mais pour l'heure, si tu veux vraiment t'entraîner à te battre, je peux te conseiller le Dojo Brutalibré, à l'autre bout du village. Brutalibré est un bon petit gars, tu verras, il ne refuse jamais un nouvel élève.
- Dojo ? Village ?
- Je t'expliquerai tout ça en chemin, viens avec moi. »
Les coups résonnaient dans la salle. Un petit rang de Pokémon frappait frénétiquement en cadence sur de gros rondins de bois, essoufflés mais déterminés. Un Pokémon un peu trapu et pas bien grand supervisait l'entraînement en criant des instructions et des encouragements. Il corrigeait la stature de certains, en félicitait d'autres, et parfois, donnait des explications techniques. Lorsque Roigada ouvrit la porte du dojo, il fut ravi de le voir.
- « Roigada ! fit-il, le sourire au lèvres, en s'avançant vers lui. Quel plaisir de te voir ici !
- Bonjour, Brutalibré, dit Roigada dans un sourire. Comment va l'entraînement ?
- Ces petits sont vraiment prometteurs, constata le Pokémon. Ils s'entraînent sans relâche et on sent les résultats de leurs échauffements ! Qu'est ce que c'est que ce petit bout de chou que tu nous amènes là ?
- Je te présente Vipélierre, une petite nouvelle, elle vient des forêts de l'Est.
- Des forêts de l'Est ? Eh bien ça fait une petite trotte, dis-moi ! Si tu veux t'entraîner ici, t'es la bienvenue ! Moi, c'est Brutalibré, je suis un coach du catch, hahaha !
- Toujours aussi farceur, notre Brutalibré ! Alors, qu'est-ce que tu en dis, Vipélierre, tu veux essayer de...
- Non merci, répliqua sèchement le petit Pokémon.
- Eh bien ? s'étonna Roigada. Qu'est-ce qui nous vaut ce changement de décision ?
- Je ne suis pas intéressée, c'est tout. Si vous voulez bien m'excuser. »
Le serpent pivota sur ses pattes et sortit du Dojo, sous le regard étonné de Roigada et de Brutalibré. Ils se regardèrent d'un air incompréhensif et haussèrent les épaules sans mot dire, un peu surpris et déçus.
Roigada trouva Vipélierre près d'un arbre, légèrement en retrait du village. La petite Princesse le frappait en rythme de ses lianes-fouets, impassible.
- « Tu as décidé de t'entraîner seule ? l'interrogea le grand Pokémon.
- Je n'aime pas la foule, répondit le reptile sans se détourner de son activité.
- Mais les élèves de Brutalibré sont très calmes, tu sais.
- Ça m'est égal. Je préfère être seule.
- D'accord, se résigna Roigada. Mais pourquoi est-ce que tu t'entraînes déjà ?
- Je ne veux pas perdre de temps.
- Ha ha ha ! Tu es si sérieuse ! Tu sais, ce n'est pas mal, de relâcher un peu la pression, de temps en temps.
- Faites ce que vous voulez, ça m'est égal. Moi, je ne perdrai pas plus de temps. Je dois vite devenir forte, pour protéger la colonie. Je ne peux pas perdre la face devant Baba et les autres. Libre à vous d'être un Pokémon pataud et bon vivant si ça vous chante.
- Bien, répondit-t-il. Si tu as besoin de moi, je serai dans ma hutte. »
Souriant et imperturbable, Roigada s'en alla en chantonnant. « Quel mollasson » pensa Vipélierre, toute à son entraînement.
« Au secours ! ». Un petit Pokémon affolé courait dans tous les sens. Il était paniqué et se déplaçait maladroitement, en agitant ses petites pattes avant. « Quelqu'un, à l'aide ! » s'écriait la pauvre créature. Alertée par les cris, Vipélierre stoppa net son entraînement et se précipita. Un Pokémon était dans la panade, il avait besoin d'elle. Arrivée à hauteur du Pokémon en détresse, elle essaya de le calmer.
- « Qu'est-ce qui t'arrive ? Que s'est-il passé ?
- C'est mon ami, il a disparu ! Nous étions en pleine exploration d'un Donjon Mystère, et le voilà qui s'évapore ! Je l'ai cherché pendant des jours, et toujours pas la moindre trace !
- Un Donjon Mystère ? Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Il faut demander ça à m'sieur Roigada ! Moi je ne suis pas très bon pour les explications, fit le petit Pokémon en baissant les yeux.
- Peu importe, il faut faire quelque chose pour ton ami. Qui es-tu ? Et comment s'appelle ton ami ?
- Moi, c'est Galvaran, répondit le Pokémon, un petit reptile pas plus grand que Vipélierre, aux grands yeux bleus. Et mon ami s'appelle Mucuscule.
- Galvaran et Mucuscule... compris. Et où vous êtes-vous séparés ?
- Au sommet du Mont Glacé, sanglota Galvaran. Vous savez, Mucuscule n'est pas très débrouillard, et il doit avoir peur et froid, tout seul, je me fais tellement de souci pour lui !
- Dans ce cas, je vais le sauver, dis-moi où je dois aller et...
- Halte-là, mon petit, intervint tout à coup la voix de Roigada. Où comptes-tu aller comme ça ?
- Roigada ? Qu'est-ce que vous faites là ? interrogea Vipélierre.
- Quelqu'un m'a dit que le petit Galvaran était en difficulté. Et je vois que c'est effectivement le cas.
- Oui, d'ailleurs, je dois me dépêcher, son ami Mucuscule s'est perdu dans le Mont Glacé, je n'ai pas une minute à...
- Je ne peux pas te laisser y aller, soupira Roigada. C'est beaucoup trop dangereux, et tu es vulnérable, surtout seule. Si encore tu étais accompagnée...
- Encore ! s'indigna Vipélierre. Je vous ai dit que je ne voulais pas d'aide ! Et puis je sais me battre ! - - Vous êtes pareil que Baba, au fond, vous ne croyez pas en moi.
- Après avoir entendu ton histoire, je n'ai pas l'impression qu'elle ne croit pas en toi, Vipélierre. Écoute, je suppose que tu ignores ce que sont les Donjons Mystère, n'est-ce pas ? demanda-t-il.
- Les Donjons Mystère...ah oui, Galvaran parlait d'un endroit comme ça. Qu'est-ce que c'est ?
- Personne ne sait exactement d'où ils viennent, ni pourquoi. Mais récemment, beaucoup on fait leur apparition dans le pays. On raconte que ce sont des endroits à priori tout à fait normaux, mais que chaque fois qu'on y entre, le paysage est différent. Impossible de retrouver son chemin sans être bien préparé. C'est pourquoi nous envoyons des équipes spéciales les explorer. Ce sont des petits groupes de Pokémon entraînés exprès pour ce genre d'explorations.
- Des équipes spéciale ?
- Oui, nous les appelons « équipes de secours ». Je vais d'ailleurs devoir en envoyer une à la recherche de Mucuscule.
- Merci, m'sieur Roigada, fit Galvaran en reniflant. »
Roigada tapota la petite tête ronde du Pokémon et tourna les talons, suivi d'une Vipélierre intriguée.
- « Une équipe de secours ? Vous avez une idée de qui vous allez envoyer ?
- Je crois bien que oui, répondit Roigada en souriant. »
Ils arrivèrent à hauteur d'un petit muret de pierre derrière lequel se trouvait un grand Pokémon a l'air costaud.
- « Bonjour, Grolem, salua Roigada.
- Bonjour à toi, Roigada, sourit le Pokémon nommé Grolem. Tu es ici pour une mission ?
- C'est à peu près ça, répondit-t-il. J'aimerais envoyer Grenousse au Mont Glacé.
- Au Mont Glacé ? Mais ce petit n'a pas effectué beaucoup de missions, tu sais ? C'est peut-être un peu dangereux pour lui...
- Je crois en lui. Ce petit est tout à fait prometteur et d'une maturité étonnante ! Et puis il est accompagné de Débugant et Solochi.
- C'est justement cette dernière qui m'inquiète, soupira Grolem. Et la fameuse mission de Pyroli, tu ne te souviens pas de la tournure qu'ont pris les évènements ?
- Tu te fais trop de soucis, ma chère Grolem, tant que ces trois-là restent ensemble, je suis serein.
- Soit, je vais les prévenir. Sonistrelle !
Un petit Pokémon volant avec de grandes oreilles arriva précipitamment.
- Oui, Madame ? fit Sonistrelle d'une petite voix aiguë.
- Va vérifier que Grenousse, Débugant et Solochi sont bien chez eux, ils ont une mission.
- Compris ! »
Et le petit Pokémon s'éloigna, très rapide pour ses petites ailes. Vipélierre, qui s'était tue tout le long, interrogea Grolem.
- « Qui sont ces Pokémon ? demanda-t-elle, intriguée.
- Grenousse et ses amis ? Ce sont des petits bleus dans l'exploration. Ils n'ont pas encore eu beaucoup de missions, mais ils sont assez efficaces. Et toi, tu es ?
- Vipélierre, Madame. De la Clairière Fleurie.
- Enchantée, Vipélierre.
- Dites-moi, vous parliez d'un Pokémon un peu problématique...
- Solochi ?
- Qu'a-t-il de spécial ? demanda Vipélierre.
- Oh, elle n'est pas méchante, répondit le gros Pokémon. Seulement, Solochi est un peu instable. Elle ne parle pas et passe son temps à manger et à dormir. Mais un jour, pendant une mission, elle a perdu le contrôle d'elle-même et s'est mise à attaquer ses compagnons. C'est un Pokémon un peu impulsif, et dans ses accès de colère, il lui arrive de craquer. On ne sait pas d'où ça vient, mais elle semble en souffrir.
- Ah...soupira le reptile. C'est pour ça que je déteste m'associer avec les autres. Ils ne vous causent que des ennuis.
- Revoilà Sonistrelle, constata Roigada.
Sonistrelle était accompagnée d'une petite troupe de Pokémon. Le premier était très petit. Il avait la peau bleue, de grand yeux et un collier de mousse blanche. Le second, à peu près aussi grand que Vipélierre, était assez maigre et se tenait droit sur ses pattes arrières. Et le dernier était un Pokémon un peu plus gros que les autres, noir et couvert de petites égratignures, les yeux dissimulés sous une touffe de poils.