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J'aurais voulu être... de Soundlowan



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» Auteur : Soundlowan - Voir le profil
» Créé le 18/08/2013 à 03:24
» Dernière mise à jour le 07/11/2017 à 23:25

» Mots-clés :   Amitié   Aventure   Région inventée   Slice of life

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Chapitre 1 : Si tu veux jouer avec moi
Ptera se penche vers le sol, amorce sa descente en larges cercles puis atterrit souplement, les pattes postérieures en avant afin d'amortir le choc. Maud descend de son dos et observe son environnement. Elle se demande pourquoi le pokémon l'a conduit en pleine forêt, alors qu'elle avait spécifiquement demandé à rejoindre le laboratoire du professeur Frêne au plus vite. Alors qu'elle veut en faire la remarque au maître préhistorique des cieux, son regard tombe sur le panneau au bord du sentier.
« Laboratoire du professeur Frêne – 100 mètres »

Maud vient remercier Ptera qui prend son élan et bondit vers le ciel. Le pokémon profite des courants ascendants quelques instants, puis trouve son altitude de croisière et met le cap vers sa destination. Lorsqu'il n'est plus qu'un point à l'horizon, Maud se tourne de nouveau vers la route indiquée devant elle. L'ampleur de la situation la laisse encore étourdie. Dans quelques instants, son premier pokémon lui sera remis !
La future dresseuse s'apprête à poursuivre son chemin, lorsqu'elle sent une odeur nauséabonde de métal et de caoutchouc brûlés. Au même moment, une épaisse fumée noire s'élève, provenant d'un endroit tout proche. Prise d'une angoisse insurmontable, Maud se hâte vers le laboratoire encore masqué par les arbres.


Elle débouche près d'un bâtiment imposant surmonté d'une poké ball géante, autour duquel un immense parc est délimité par des murs solides. En plus de Maud, une dizaine de futurs dresseurs dont la plupart ne semble pas avoir plus de onze ans est venue. Il s'agit sans doute des autres élus devant recevoir un pokémon. Tous regardent l'épaisse fumée qui monte du laboratoire, dont plusieurs vitres sont brisées.
Alors qu'un petit groupe décide d'y entrer, plusieurs individus masqués sortent du bâtiment dévasté en hâte. La plupart d'entre eux se précipite vers un étrange engin volant qui semble les attendre, mais trois personnes masquées s'arrêtent pour parler à l'homme en blouse blanche qui les poursuit. L'un des trois individus porte un ordinateur portable, le second un nidorina inconscient. Quant au troisième, il s'est emparé de deux balls fermées qu'il agite négligemment sous le nez du scientifique qui vient enfin de les rattraper.
- Vous voyez professeur, nous estimons que vos recherches nous seront plus utiles qu'à vous, déclare l'homme masqué tenant les balls.
- Et bien sûr comme nous ne pouvions pas laisser tant d'informations entre vos mains, explique l'homme au nidorina, nous avons dû détruire votre laboratoire après y avoir pris tout ce qu'il contenait. N'y voyez rien de personnel professeur Frêne, vous avez fait votre travail et il profitera à quelqu'un. Mais pas à vous, ni à votre équipe.

Sur ces ultimes paroles le trio rejoint à son tour l'engin volant, qui décolle en les emportant. Au moment où les hommes masqués s'échappent, la secrétaire que Maud a vu durant sa conversation de la veille rejoint le professeur qui se laisse tomber au sol, la tête entre les mains. Après quelques instants, une troisième personne plus jeune rejoint les deux adultes et tente de remettre debout le professeur, qui semble refuser de bouger. Ce nouvel inconnu abandonne après quelques tentatives puis se contente d'écouter le scientifique.
- Vous vous rendez compte ? gémit le professeur Frêne. J'avais réussi, j'avais achevé mon grand projet ! Et voilà qu'eux débarquent, saccagent et volent le fruit de plusieurs années de recherches...
- Je sais professeur, acquiesce le jeune homme à ses côtés. Mais il ne faut pas vous laisser abattre maintenant, nous allons trouver une solution !
- Jeunes gens s'il vous plaît, écoutez-moi ! appelle la secrétaire en se redressant.

Les futurs dresseurs se rassemblent autour de la dénommée Madeline, si la mémoire de Maud est bonne. Elle a un horrible pressentiment, et ne comprend pas ce qui vient de se passer.
- De vils criminels sont venus détruire le laboratoire afin de mettre la main sur les travaux du professeur Frêne. Malheureusement, ils se sont emparés de toutes les données ainsi que des... sujets de nos recherches...

Certains candidats horrifiés ont déjà compris, cependant la plupart continue de boire les paroles de Madeline en attendant une nouvelle plus heureuse.
- En d'autres termes, nos pokémons ayant été enlevés par ces inconnus masqués, nous ne pouvons vous en donner pour votre voyage initiatique.

Un concert de protestations s'élève alors, chacun voulant se faire entendre dans le brouhaha. Du coin de l'œil, Maud voit le professeur ainsi que le jeune homme qui l'accompagne rentrer dans le laboratoire détruit. Elle se concentre de nouveau sur la conversation entre la secrétaire qui tente de répondre à tous en même temps, et les futurs dresseurs qui posent toutes les questions à la fois.
- Qui étaient ces criminels ?
- Comment allons-nous trouver des pokémons si vous ne pouvez pas nous en donner ?
- C'est inadmissible !
- Du calme s'il vous plaît, du calme ! tempère Madeline. Ces personnes se sont elles-mêmes identifiées comme des membres du Groupe Ombre, une organisation peu connue dans la région jusqu'à maintenant. Quant à cette situation inédite, nous devons en référer à la Ligue Pokémon régionale qui statuera sur votre cas. Vous serez informés des décisions prises dès que nous en saurons nous-mêmes davantage. En attendant vous pouvez rentrer chez vous, nous n'avons plus rien pour vous. Je suis navrée, mais vous devrez patienter.

Les protestations sont encore vives, mais la charmante secrétaire parvient à se débarrasser des candidats les plus virulents sans se départir de son calme. Elle rentre à son tour dans le laboratoire sans plus de commentaires. Ni le professeur ni le second personnage resté avec lui ne sont reparus.
Après une heure sans changement, presque tous les dresseurs sont rentrés bon gré mal gré. Il en reste trois ou quatre éparpillés dans l'herbe devant le bâtiment, attendant des informations qui ne viennent pas. Maud est de ceux-là, assise sur une souche un peu à l'écart. Elle sait maintenant qu'elle n'obtiendra pas son pokémon, et se retient de ne pas céder à la panique ou à la colère, mais elle ne peut se résoudre à partir. Alors elle attend, que quelqu'un veuille bien sortir du laboratoire ou que n'importe quoi de nouveau se passe.


Le soleil se couche à l'horizon. Maud n'a pas bougé de sa place, ce qui commence à endolorir ses muscles tendus. Elle n'a pas trouvé l'appétit de la journée et s'est contenté de fixer la porte close, seule chose à peu près intacte au milieu de la façade endommagée. Un à un, les dresseurs aspirants ont abandonné jusqu'à ce que toutes les conversations cessent et que chacun soit rentré chez lui.
Enfin, plusieurs personnes se montrent de nouveau à l'entrée du laboratoire. Il s'agit encore du professeur Frêne, de sa secrétaire Madeline ainsi que du jeune homme inconnu. La femme essaie de calmer la discussion entre les deux autres, qui semble animée.
- Vous ne pouvez pas abandonner, professeur !
- Lucien, je fais encore ce que je veux de mes recherches ! réplique le professeur Frêne. Tout est fini, ils m'ont tout volé tu m'entends ? Tout ! Jamais je ne me relèverai d'un tel échec...

Sans laisser le temps à ses deux interlocuteurs de répliquer, le professeur s'engouffre à nouveau dans son laboratoire. Le jeune homme le suit à grands pas décidés, puis la secrétaire avec plus d'hésitation. Maud se lève de sa souche sans savoir ce qu'elle désire faire exactement, mais résolue à ne plus attendre sans rien tenter. La porte est automatique et ne semble pas verrouillée. Elle se décide donc à y entrer, quand elle remarque une autre future dresseuse d'une dizaine d'années qui n'est pas non plus partie et qui semble avoir eu la même idée qu'elle. Les deux jeunes filles se sourient timidement, puis s'avancent vers la porte du laboratoire ensemble.
Elles pénètrent dans ce qui devait être un hall avant d'être dévasté par les intrus. Maud croit reconnaître le bureau duquel la secrétaire Madeline l'a appelé la veille. Elle note encore plusieurs machines éventrées ou inutilisables, des dizaines de feuilles éparpillées dans toute la pièce, deux portes hors de leurs gonds, une baie vitrée conduisant à un jardin dont la majeure partie a brûlé. Près des rares appareils encore fonctionnels après l'attaque se trouvent rassemblés les trois personnes qui viennent de sortir du laboratoire, le professeur devant un visiophone éteint, Madeline dont la coiffure est beaucoup moins impeccable que la veille ainsi que l'inconnu à la voix forte.
- As-tu la moindre idée du temps qu'il nous a fallu pour réunir tant de données ? se désespère le professeur Frêne. Et j'avais obtenu l'aide de mes confrères des cinq régions concernées ! Je les ai appelé, ils refusent de me confier de nouveau leurs propres données pour mon pokédex complet. Sans ces informations, nous ne pourrons jamais réunir assez de sujets de recherches pour constituer de nouveau une telle base de données.
- Vous avez perdu cette version du pokédex, et alors ? réplique le jeune homme nommé Lucien. Ce qu'il faut, c'est capturer de nouveau les pokémons nécessaires à l'obtention des données manquantes ! Et qu'est-ce que je suis, moi ?
- Mon assistant ? marmonne le professeur.
- Un dresseur de pokémon ! J'irai parcourir toute la région s'il le faut, mais je ne vous laisserai pas jeter aux ordures le travail non seulement de votre vie, mais aussi des cinq dernières années de Madeline et de mes dix-huit derniers mois !
- Ton initiative est généreuse Lucien, grince le professeur Frêne, mais tu es seul et nous parlons de plus de six cents pokémons différents. En outre je croyais que tes pokémons avaient aussi été volés lors de cette odieuse attaque ?
- Il m'en reste un, précise Lucien. Le dernier que vous m'avez confié.
- Mais tu es toujours seul pour rassembler autant d'informations, réfléchit Madeline. Peut-être pouvons-nous trouver d'autres assistants pour nous aider ? Des jeunes gens prêts à partir en voyage en même temps que Lucien ! Ainsi la tâche sera bien moins... insurmontable.
- Qui voudra travailler avec nous après un tel fiasco ? piaille encore le professeur Frêne.
- J'ai une idée, affirme Lucien. Le village de Domval est à moins de cinq minutes d'ici, j'y ai plusieurs amis de mon âge. Peut-être que certains d'entre eux voudront se charger de cela ? Après tout un voyage initiatique, c'est aussi une opportunité.

Le professeur Frêne autorise son assistant à passer son appel, ce dernier s'éclipse dans une autre pièce afin de contacter ses amis. Maud et la seconde apprentie dresseuse restent à l'entrée, hésitantes. Le professeur les remarque en même temps que sa secrétaire, et fonce sur elles à toute vitesse.
- Vous ! Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?
- Et bien... hésite l'inconnue. Nous devions recevoir un pokémon aujourd'hui, et...
- Rentrez chez vous jeunes filles, postillonne le professeur Frêne. Il ne me reste plus qu'une demi-douzaine d'espèces répertoriées dans ce que j'ai pu sauver de mon pokédex complet après des années de recherches, alors nous n'avons plus rien à vous donner ! Ma secrétaire vous l'a dit il me semble.
- Professeur, soyez un peu plus compréhensif, lui reproche Madeline. Elles sont aussi prises au dépourvu que nous, sans compter qu'elles viennent sans doute nous aider. N'est-ce pas mesdemoiselles ?

Maud et sa compagne du moment acquiescent avec soulagement, ravies d'avoir trouvé un alibi pour rester. L'assistant Lucien revient à ce moment informer son employeur des résultats de sa recherche.
- Deux dresseurs de Domval acceptent de partir en voyage dès aujourd'hui, professeur. Ce sont également des débutants en dressage, mais au moins ils sont disponibles immédiatement et enthousiastes. Ils arrivent pour que vous leur parliez de leur mission, le temps de préparer leurs affaires. Ils seront là dans moins d'un quart d'heure.

Le professeur Frêne grommelle encore, mais n'insiste plus. Tout le monde se met à ramasser les documents éparpillés dans la pièce, ce qui donne l'occasion à Maud d'observer à la dérobée les personnes présentes.
Sa seule connaissance, même très vague, est la secrétaire Madeline. Elle ressemble en tout point à ce qu'elle était en l'appelant hier, mêmes lunettes rondes, même poitrine généreuse, même queue de cheval châtain. Elle est peut-être un peu moins bien coiffée ou maquillée que la veille, ce qui s'explique au vu des événements récents. Maud remarque également qu'elle porte la même blouse blanche que le scientifique, ce qui lui fait croire que la secrétaire est sans doute plus diplômée que ce que demande son poste en temps normal.
Le professeur Frêne lui-même, est plus jeune que ce que Maud s'était imaginé. Il ne doit pas avoir plus de la trentaine et semble atteint d'une légère hyperactivité, bien que ce détail puisse également avoir un lien avec l'attentat de la matinée. Ses cheveux sont gominés, sa blouse est froissée et il remonte sans cesse ses lunettes sur son nez.
Lucien l'assistant est de loin le plus jeune des trois scientifiques, il ne porte d'ailleurs pas de blouse mais une tenue classique de dresseur en voyage. Des vêtements pratiques et résistants, des chaussures de marche confortables, un bandeau orné de la marque du laboratoire qui retient ses cheveux noirs.
L'enfant inconnue enfin, porte une tenue criarde mais pratique pour les longues marches. Pantalon et gilet oranges, haut et chaussures roses. Elle est encore plus petite que Maud qui ne culmine pourtant qu'à un mètre cinquante-cinq, ce qui s'explique par le fait qu'elle commence à peine sa croissance. Elle n'a pas l'air d'avoir plus de dix ans, âge auquel on se lance traditionnellement dans un voyage initiatique. Ses cheveux blonds sont coiffés en un carré court déstructuré.

Alors que Maud se relève avec une pile de documents noircis entre les mains, deux personnes pénètrent dans le laboratoire. Elle voit un homme et une femme de l'âge de Lucien, environ dix-neuf ans. Tous deux portent des sacs à dos remplis sur leurs épaules, des tenues confortables et adaptées à tous les temps. Maud remarque encore une poké ball à chacune de leurs ceintures, avant d'aller poser sa pile de papiers sur le bureau de Madeline.

Le professeur Frêne regroupe ses trois assistants sans perdre de temps. Il teste la conviction des deux nouvelles recrues par une série de questions brèves, s'assure qu'ils comprennent les enjeux de leur voyage et qu'ils suivront ses instructions à la lettre. Enfin, ils leur demande à tous les trois de faire sortir leur pokémon. Les jeunes gens s'exécutent promptement.
Lucien fait apparaître un vipelierre, que le professeur connaît déjà d'après les dires de son dresseur et sur lequel il ne fait aucun commentaire. La jeune femme nommée Mackenzie fait sortir un babimanta de sa ball, dont le professeur Frêne s'assure de la bonne humidité des nageoires pendant plusieurs secondes. Enfin, il passe au dernier jeune homme Samy qui montre son arakdo. Le pokémon doit montrer sa vitesse et son agilité avant que le professeur ne soit satisfait de chacune de ses recrues.
- Bien, vous êtes trois et pourrez collecter de nombreuses données utiles à mes recherches. Cependant vous devez comprendre qu'il s'agit de remplir un pokédex entier, et je crains que vous ne soyez de taille, même ensemble, à me fournir autant d'informations. J'hésite à vous demander de m'aider, quand je sais quels risques je prends pour la suite de mes travaux en agissant ainsi...
- Et bien professeur, vous n'avez qu'à engager encore plus d'assistants, suggère sa secrétaire. Je crois même que vous avez ici deux jeunes personnes tout à fait volontaires pour cette tâche.

Madeline parle bien évidemment des deux apprenties dresseuses venues réclamer un pokémon le matin même, et qui se font toutes petites. Le professeur Frêne se dirige donc vers elles.
- Mh... ce ne sont que des dresseuses débutantes, elles ne pourront pas relever un tel défi. Sans compter qu'elles n'ont pas un seul pokémon, et que nous n'en avons plus de disponibles.
- Je crois bien que si professeur, intervient Lucien. Il reste quelques spécimens dans le jardin.
- Et quelle importance que nous soyons débutantes ? demande Maud, saisie d'un courage qu'elle n'a jamais eu. Nous rencontrerons quand même plein de pokémons, qui vous aideront dans vos recherches !
- Oh mais je ne te parle pas de les rencontrer, petite fille. Je parle de les capturer afin de me les envoyer, précise le professeur. Car c'est en cela que consistera votre mission : trouver les pokémons que je vous désignerai, les capturer et me les faire parvenir le plus rapidement possible.
- Nous y arriverons professeur Frêne ! En tout cas, j'y arriverai. Laissez-moi une chance, qu'est-ce que ça vous coûte d'avoir plus d'assistants ?
- Je peux le faire aussi, ajoute l'inconnue.

Le scientifique soupire, les dévisage derrière ses lunettes puis reprend son discours.
- Vous comprenez bien que vous n'aurez sans doute pas le temps de vous mesurer à la Ligue régionale, avec toutes les captures que je vous imposerai ?
- Oui professeur, s'écrient les deux filles ensemble.
- Que les pokémons que vous capturerez ne seront pas pour vous, mais que la plupart sera destinée à me rejoindre pour mes recherches ?
- Oui professeur, disent encore les deux candidates.
- Vous accepterez donc de capturer n'importe quel pokémon que je vous demanderai pour me le confier ?
- Oui professeur, disent-elles une dernière fois.
- Alors soit ! Je ne m'oppose plus à ce que vous obteniez l'un de nos pokémons. Lucien a raison, il doit nous rester quelques-uns de nos pensionnaires qui me servaient de sujets de recherches. Laissez-moi le temps de voir lesquels sont entrés dans ma base de données, et je vous laisserai faire votre choix.

Le professeur Frêne sort dans le jardin pour aller vérifier quels pokémons sont prêts à partir. Les deux futures dresseuses n'en reviennent pas, elles vont tout de même avoir un pokémon !
Lucien s'approche d'elles pour donner conseils et encouragements à tous les assistants. Il explique la marche à suivre, les choses à faire et celles à éviter. En théorie la chose est simple : le professeur appelle ses assistants pour leur demander de capturer un pokémon spécifique. Une fois le pokémon trouvé, l'assistant doit l'envoyer au professeur Frêne grâce au système de stockage et de transports des pokémons disponible dans les centres pokémons. Il reçoit alors une nouvelle mission immédiatement, ou quelques jours plus tard. Le reste du temps les assistants sont libres d'effectuer leur voyage comme ils le veulent, et n'ont pas de restrictions particulières pour capturer un pokémon, à moins que le professeur Frêne ne parle d'une demande spécifique en délivrant la mission. En pratique, il faut encore dénicher le pokémon en question à l'endroit où l'on se trouve...
Chaque nouvelle recrue boit ses paroles. Pendant ce temps, Madeline a réussi à mettre la main sur un stock de poké balls intactes, dont elle extrait cinq poké balls pour chaque assistant. Enfin, le professeur Frêne appelle Maud ainsi que la seconde fille, qui s'est présentée comme étant Katleen, afin qu'elles choisissent leur premier pokémon.


Le scientifique les conduit dans une salle aux murs noirs, où attendent trois pokémons. Il s'agissait certainement d'une salle de jeux couverte avant l'attaque, on distingue encore ici et là des restes calcinés de jouets ou de structures pour pokémon.
- Bien évidemment, le choix qui s'offre à vous n'est pas le même que dans des circonstances normales. Il s'agit des trois pokémons disponibles, qui ne sont donc pas du type prévu. Mais si vous voulez toujours de l'un d'entre eux, il est à vous.

Maud repère en premier lieu un snubbull jouant avec un reste de balle, sur lequel lorgne Katleen. Elle n'insiste donc pas et cherche les prochains du regard. Un rhinocorne est allongé dans un coin, apparemment abattu. Si le pokémon roche lui fait de la peine, ainsi dépité sur un sol noirci de laboratoire dévasté, Maud n'a pas l'intention de tester ses compétences de dresseuse auprès d'un spécimen si imposant. Elle se dirige donc vers sa troisième possibilité, un mysdibule qui semble calme. Le professeur Frêne remarque son mouvement vers le pokémon acier, et arrête son bras avant qu'elle ait pu s'avancer.
- Je pense que tu devrais prendre rhinocorne.

Stoppée dans son élan, Maud s'arrête pour lancer un regard interrogatif au professeur. Pourquoi donc tient-il à la voir dresser le plus grand des trois pokémons ?
- Apparemment Katleen a déjà choisi snubbull...
- Ca ne te dérange pas, dis ? demande Katleen qui a déjà le petit pokémon fée dans les bras.
- Pas du tout, affirme Maud. Tu peux le prendre, vas-y.
- Voici sa pokéball Katleen, tu peux aller rejoindre les autres.

Katleen remercie le professeur Frêne puis quitte la pièce. Les deux humains restés dans la salle reviennent à leur conversation première.
- Pourquoi rhinocorne plutôt que mysdibule, professeur ? interroge Maud. Je ne suis pas sûre de savoir le dresser...
- Je pense au contraire, que tu t'en tirerais bien, assure le scientifique. Le dressage de pokémons aussi imposants est le meilleur moyen d'appendre rapidement comment faire. Et c'est une femelle, très docile d'ailleurs.
- Pourquoi pensez-vous que je m'en sortirai, plus qu'un autre ?
- Je me souviens de ton dossier. Maud Hambois, c'est ça ?
- Oui, confirme-t-elle mécaniquement.
- Cinq ans d'école de Stratégie, rien que de la théorie... J'ai rarement un dossier aussi complet parmi mes demandes de pokémon. Tu devrais très bien t'en sortir, il te suffit d'appliquer ce que tu as appris. Sans compter qu'une frêle jeune femme dresseuse d'un tel pokémon, cela crée la surprise et l'étonnement. Deux éléments essentiels dans un combat, qui pourraient te donner l'avantage. Mais si tu préfères mysdibule, je ne te forcerai pas.

Malgré les arguments du professeur, Maud n'est pas convaincue. Comment pourrait-elle s'en sortir avec ce genre de pokémon, même un spécimen très doux né en captivité ? Il serait plus sage de choisir l'autre solution.
Un éclat dans l'œil de rhinocorne attire la future dresseuse. Elle ne sait pas identifier l'émotion qu'elle y lit, mais ce regard évoque un écho étrangement familier dans son esprit. Elle fait encore quelques pas vers mysdibule, s'arrête. Finalement elle retourne auprès de rhinocorne, qui se relève sur ses pattes et lève la tête. Maud lui caresse le museau, juste derrière la corne, elle se laisse faire sans broncher.
- Dis-moi rhinocorne, tu aimerais voyager ?


Les derniers mots du professeur Frêne résonnent encore dans la mémoire de Maud.
Il a d'abord demandé à tous les assistants de voyager avec leurs pokémons hors de leurs balls, afin d'étudier également l'incidence que cela aurait sur la relation entre un dresseur et son pokémon. Elle n'avait pas protesté, mais se demandait à quelle vitesse avançait un rhinocorne en temps normal. Il leur avait ensuite donné à chacun une première destination différente de celle des autres, ce qui leur permettait de partir dans toutes les directions. Après Lucien, Mackenzie et Samy était venu le tour de Maud.
- Tu devras rejoindre la ville de Bourgmine, dans les montagnes. C'est à une semaine à pied d'ici, le trajet te laissera le temps de commencer l'entraînement de rhinocorne. Je te donnerai ta première mission là-bas.

Elle revient à l'instant présent lorsque les autres l'interpellent. Les cinq assistants doivent passer la nuit au village le plus proche, Domval, avant de prendre la route le lendemain matin.
- Partez devant, je vous rejoins ! lance-t-elle à Katleen et Lucien qui l'attendent.

Les autres n'insistent pas et la laissent rapidement seule avec rhinocorne. Comme demandé elle est hors de sa poké ball, levant la tête en savourant l'air du soir. Maud s'assoit près de sa pokémone et commence à lui caresser le museau. Rhinocorne émet un drôle de ronronnement, semblable au bruit de deux pierres frottées l'une contre l'autre.
- Tu sais que nous allons passer beaucoup de temps ensemble à partir de maintenant ?
- Rhinoooo.
- Si tu veux bien, j'aimerais beaucoup te renommer... Te donner un nom spécial, rien qu'à toi.

Rhinocorne la fixe un moment, mais n'émet aucune protestation ni aucun consentement d'aucune sorte.
- Tu aimerais qu'on trouve ton nouveau nom toutes les deux ?
- Rhino rhino.

Cette fois elle incline son museau de haut en bas, signe pour dire oui qu'elle aurait appris en observant les humains, selon les dires de Madeline qui a l'habitude de passer beaucoup de temps avec les pensionnaires du laboratoire.
- Bien, cherchons ensemble dans ce cas !

Maud commence sur-le-champ à énumérer tous les noms qui lui viennent à l'esprit. Noms d'humains, noms de fleurs, noms de pierres, noms de personnages historiques... Aucun ne lui convient, pas plus qu'il ne convient à Rhinocorne. Après tant d'essais infructueux, la dresseuse décide de changer de tactique et forme elle-même des noms à l'aide de syllabes, de sonorités particulières. Pour sa nouvelle amie, il lui faut un nom imposant comme elle-même l'est, un nom qui ne soit pas orgueilleux ou écrasant car la pokémone est discrète, un nom typiquement féminin pour compléter le tout.
- Shrinia...

Cette fois Rhinocorne relève la tête en entendant le nom que vient de prononcer Maud. Cette dernière le répète plusieurs fois, s'habitue à sa sonorité, le façonne comme elle le désire. La première syllabe l'oblige à un roulement, comme une pierre rugueuse dévale une colline, mais la suite du mot est presque glissante, délicate, et se rehausse avec cela d'une accentuation tout à fait féminine de certaines lettres. Rhinocorne approuve pour la première fois, hochant de nouveau la tête afin de le faire comprendre à Maud.
- Tu seras donc Shrinia !

La dresseuse caresse de nouveau sa pokémone avant de se relever.
- Allons dormir, demain nous partons en voyage !