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Cinhol, le Royaume Perdu de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 19/07/2013 à 08:50
» Dernière mise à jour le 15/02/2016 à 00:05

» Mots-clés :   Aventure   Fantastique   Médiéval   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 5 : Intrigues royales
La République est pourrie. Nous ne faisons que le déclamer partout où nous passons, mon ami et moi. Cela attire sur nous la méfiance, la colère, le mépris, ou plus rarement, la sympathie voir l'adoration.

Mais au-delà de ça, qu'en est-il réellement ? Ma quête a-t-elle un sens ? Trouverons-nous la vérité au bout ? J'aimerai partager les certitudes de mon ami...




*****




Deornas se trouvait avec le duc Isgon et son fils Padreis dans la grande salle d'audience du palais, avec la cour réunie, là où la reine Nirina, adossée à son trône, la fourche d'Hafodes dans une main et Meminyar dans l'autre, rendait ce qu'elle se plaisait à baptiser « justice ». Et quelle justice, par Arceus ! Elle rendait immensément clémente la justice de la précédente reine Hasteria, pourtant connue pour sa poigne de fer et son esprit intransigeant.

Déjà, neuf cas sur dix la barbant manifestement, elle daignait s'en remettre aux décisions de son conseiller, le Patriarche Ryates, debout à sa droite. Mais quand il lui prenait la fantaisie de prendre une décision, même les conseils de Ryates ne pouvaient rien changer. Aussi, lors d'un banal litige sur la propriété d'une parcelle de terre, Nirina ordonna que les deux paysans se battent dans un duel à mort pour résoudre leur conflit. Une pauvre femme vint pour demander qu'on lui remette la tête de son mari, décapité pour trahison. Ce à quoi Nirina répondit que si elle avait aimé un traître, elle était sûrement une traitresse, et fut embarquée sur son ordre dans un de ses cachots pour ensuite subir le même sort que son époux. Enfin, quand deux parents vinrent supplier pour un peu de pain pour nourrir leurs enfants à l'agonie, Nirina ordonna qu'on leur coupe les mains et qu'on les donne à manger aux enfants.

Le duc Isgon ne resta pas jusqu'à la fin de ce spectacle désolant. Dégouté, et d'humeur massacrante, il alla s'exercer à l'épée dans la cour du palais, afin de se défouler. Deornas alla le rejoindre rapidement, quand la dernière idée de Nirina fut d'ordonner que l'on prenne à ceux qui ne pouvaient plus payer les impôts le poids en sang des pièces qu'ils devaient à la couronne. La première séance d'audiences de Nirina présageait bien de ce que serait son règne.

- Quand est-ce que cette fille est devenue aussi dure, par les poils d'Arceus ? demanda Isgon en voyant Deornas approcher. Je pensais que c'était la faute à ce démon noir de Ryates, mais il apparait clairement qu'elle est encore plus folle que lui !

- Je suis aussi désemparé que vous, mon oncle, fit Deornas. Je connais ma cousine depuis toujours. Elle n'a jamais été comme ça.

Le regard sceptique que le duc lui lança lui fit corriger sa phrase.

- Bon, il est vrai qu'elle a toujours été un peu... euh... une enfant gâtée prompte à la colère, mais jamais rien d'équivalent à aujourd'hui.

- Comment un type aussi bon et honorable que Rushon Haldar a-t-il pu engendrer pareille gamine ? J'avoue que ça me dépasse...

- Nirina tient plus de sa mère, bien qu'elle ait reçu les cheveux et les yeux des Haldar. Et puis, je ne pense pas que l'on vienne au monde mauvais. Nirina a grandi sans son père pour l'amener dans le droit chemin, et n'a jamais connu que les complots et les manipulations de sa mère, avec en plus la présence néfaste du Patriarche à ses côtés, lui chuchotant mille intrigues aux oreilles. Je pensais que la maternité allait peut-être l'adoucir, mais...

- Ce pauvre gamin, soupira le duc. Il n'apprendra pas grand-chose à l'art de gouverner s'il reste constamment enfermé avec ses nourrices. Je me rappelle, il y a longtemps, le roi Festil amenait toujours ses deux gosses avec lui où qu'il allait.

Il était vrai que Deornas, qui faisait pourtant partie de la cour constamment, avait rarement vu le prince Alroy. Pourtant, il se disait que c'était un bambin mignon comme tout, curieux et avide d'apprendre. Bon, Nirina aussi avait été mignonne comme tout à quatre ans...

- Vous ne savez toujours pas qui est le père d'Alroy, dans votre cercle de courtisans ? demanda Isgon avec un sourire.

- Non, et on se passe très bien d'en parler. Le dernier qui a eu le front de sortir un nom a eu la langue coupée le lendemain par la Garde Royale.

- Pourquoi tous ces secrets ? renchérit le duc de Rimerlot. Ce ne sera pas le premier bâtard royal de la famille Haldar. Nirina avait seize ans à l'époque. C'est l'âge où les jeunes dames s'initient aux joies et aux peines de l'amour. Et dès lors, rien d'étonnant à ce que parfois, elles aient une surprise... Puis bon, la reine ne m'a pas l'air du genre à aller se confesser dix fois par jour parce qu'elle a conçu un enfant hors mariage...

- Possible que le père soit un gueux, théorisa Deornas. Auquel cas, que le peuple l'apprenne ne serait pas bénéfique à Nirina.

- Tu vois ta cousine coucher avec un gueux toi ? grommela Isgon. C'est sans doute un petit noble du dimanche, ou un des gars de sa Garde Royale. Rien de bien inavouable. Ça sera mauvais pour le garçon de ne pas savoir d'où il est venu, plus tard.

Deornas hocha les épaules. Quelle importance, après tout. Que Nirina ne veuille dévoiler l'identité du père, ça la regardait. Alroy était son fils, de toute façon, ça c'était sûr. Il était l'héritier du sang des Haldar, et serait promis à prendre la succession de sa mère un jour, bâtard ou non.
Deornas proposa de faire quelques passes d'épée avec Isgon. Le duc n'était plus tout jeune, mais encore vigoureux, bien que la hache soit plutôt son arme de prédilection. Durant leur combat, Isgon continua à parler.

- Je retourne à Naglima demain. Je suis resté assez longtemps pour ne pas manquer de respect à Nirina. J'en ai assez de cet endroit.

- Passez le bonjour à votre fille de ma part, fit Deornas en feintant puis en reculant pour éviter la riposte. Je viendrai bien avec vous...

- Oui, ça j'imagine, ricana Isgon. Mais ça ne serait pas le bon moment de prendre l'air alors que Nirina enquête toujours sur la fuite de son Shinobourge, non ?

- Vous sous-entendez quoi au juste, mon oncle ?

Deornas l'appelait oncle depuis toujours, bien qu'ils n'aient aucun lien de parenté. Le seul vrai oncle que Deornas avait eu, c'était Rushon Haldar, le défunt père de Nirina. Mais en tant que vieil ami de la famille, Isgon avait toujours été pour Nirina et pour lui un véritable oncle.

- Allons fiston, point de secrets entre nous ! Padreis m'a déjà parlé de ses soupçons, et je te connais assez pour savoir que tu n'y es pas pour rien dans cette histoire.

Deornas manqua de sourire. Oui, évidement, Padreis savait toujours tout. Deornas avait été stupide de croire qu'il pourrait l'abuser.

- Il est vrai que j'ai aidé Sire Shinobourge à s'échapper, avoua-t-il.

Nier n'aurait servi à rien. Puis le duc Isgon était tout sauf une balance.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il le voulait. Il m'a fait comprendre que son désir était de se rendre dans l'Ancien Monde. Pourquoi, je l'ignore. Mais sa détresse m'a émue.

- Tout t'émeut, toi... C'est fichtrement imprudent, garçon ! Si la reine le découvre, ton rang ou le fait que tu sois de sa famille ne te sauvera pas de sa colère !

- Je sais. Peu m'importe. Et il en avait fallu de peu pour que je décide de l'accompagner dans l'Ancien Monde et de m'installer là-bas pour toujours.

- Idioties. Tu obligerais ton père à aller te pourchasser lui-même. Mais il est vrai que voir l'Ancien Monde aurait de quoi faire rêver. C'est entre autre chose pour ça d'ailleurs que ton père Astarias a rejoint les Hauts Protecteurs.

En effet, seuls les Quatre Hauts Protecteurs pouvaient se rendre dans l'Ancien Monde, sur ordre de la reine. Son père y avait déjà été quelque fois. Bien sûr, il ne pouvait rien dire. Tout ce que faisait les Hauts Protecteurs sur ordre de la couronne était top secret.

- On dit que le Patriarche Ryates vient de l'Ancien Monde aussi, dit Deornas après avoir exécuté un moulinet complexe du poigné qu'Isgon contra sans problème.

- Mouais... Je me rappelle, quand ce type est arrivé ici. C'était un ou deux ans avant la naissance de Nirina. Il s'est pointé avec une épée bizarre et ces espèces de boules rouges dont vous vous servez pour enfermer les Pokemon.

- Les Pokeball...

- Oui, ça. En plus de ça, Ryates amena au roi Festil un anneau de transfert, celui qu'il avait utilisé pour venir à Cinhol. Festil fut heureux de tous ces présents, et accorda l'asile à Ryates. Puis il dut l'apprécier d'une façon ou d'une autre, car il en fit son conseiller. Une de ses rares erreurs, à mon vieux rival. Ce type est un serpent. C'est lui qui a déniché Hasteria dans la Tribu des Chevaux pour que Rushon l'épouse. Le roi ayant accepté, le prince était obligé, mais il n'a jamais réellement aimé Hasteria, et encore moins Ryates, dont il se méfiait. Pauvre bougre de Rushon... Se coltiner cette étrangère qui puait le cheval quand ton père à toi s'est trouvé la plus belle fille du royaume, paix à son âme.

Deornas n'avait jamais connu sa mère. Elle était morte en lui donnant la vie, mais tout le monde s'accordait à dire qu'Elya de Durmeo était la plus belle femme sur Terre avant Nirina. Tout les hommes se la disputaient, même le prince héritier Rushon, mais c'est vers son jeune frère Astarias qu'Elya décida d'aller. Deornas lui en était gré, sinon, il ne serait pas là aujourd'hui. D'un autre coté, si c'était Rushon qui avait épousé Elya à la place d'Hasteria, le roi ou la reine actuelle serait sans doute mieux que Nirina.

- J'essaierai de voir ton père avant de m'en aller, reprit Isgon en feintant violement. Nos rencontres ont tendance à se faire rare depuis qu'il est devenu Haut Protecteur.

- C'est pareil pour moi. Ma propre cousine le voit plus que moi...

- C'est qu'elle a de nombreuses choses à confier au plus grand chevalier du royaume, cher cousin.

Deornas et Isgon cessèrent leur combat immédiatement. Nirina venait d'arriver, suivie de Ryates. La reine tenait toujours son épée Meminyar, mais Hafodes avait disparu, sans doute de retour dans sa Pokeball. Deornas s'inclina légèrement pour saluer sa reine. Isgon s'en abstint. Le vieux duc ne ployait jamais l'échine devant personne depuis son vieux rival et ami, Festil le Conquérant, le grand-père de Deornas et Nirina.

- Majesté...

- Mon cousin. Et ce cher vieil oncle Isgon. On dirait que votre jeu vous a épuisé.

- Deornas et cette maudite chaleur m'ont presque tué, Votre Majesté, fit Isgon.

- Le duc exagère, comme à son habitude, dit Deornas en rengainant sa lame. Nous parlions de mon père, mais notre vieil oncle pourrait encore sûrement le mettre à terre.

- Il serait intéressant de mettre cette théorie à l'épreuve un jour, sourit la reine. Mais j'allais justement charger Sire Astarias d'une importante mission. Vous le verrez une autre fois, mon oncle.

- Assurément, Votre Majesté.

Le chauve Ryates, dans sa robe noire, toussota.

- Venez, Majesté, laissons ces nobles sires à leurs joutes. Des affaires pressantes pour le royaume nous attendent...

- Les affaires, toujours les affaires... grommela la reine. Voilà trois jours que je suis couronnée, et j'ai l'impression d'avoir déjà donné ma vie entière au royaume ! Laisse-moi donc me défouler un peu, conseiller ! Tu as encore de l'énergie pour échanger quelques coups avec moi, cousin ?

Nirina pointa Meminyar dans sa direction, avec une telle lueur dans ses yeux saphir que Deornas craignit qu'elle ne veuille l'embrocher.

- Si tu le désires, Nirina, fit prudemment Deornas. Mais je crains de n'avoir aucune chance face à toi, d'autant plus si tu manies l'épée de notre illustre ancêtre.

- Il est vrai. Meminyar ne devrait pas avoir à croiser le fer avec une simple épée d'entraînement.

Elle remit son épée à Ryates, qui s'en empara avec une curieuse expression, comme du dégout. Au passage, elle prit la première des Pokeball sur la lame : celle d'Hafodes. Le Pokemon se matérialisa directement sous sa forme Arme. Une fourche rouge acier, aux cornes de taureaux, qui laissait constamment échapper une chaleur sèche.
Sans le moindre avertissement, Nirina bondit en avant, visant la tête de Deornas d'un revers. Le prince parât, se couvrit, puis avança à son tour. Nirina bloqua la feinte, et la détourna adroitement. L'échange de coups dura bien une vingtaine de minutes, jusqu'à que Deornas n'en puisse plus. Il aurait dû être rouge de honte de se faire malmener par une femme, mais la reine maniait les armes mieux que la plupart des hommes. De plus, Hafodes produisait cette insupportable chaleur qui ne semblait agir que sur ses ennemis. Alors que Deornas suait eau et sang, Nirina semblait aussi fraîche qu'au commencement.

D'un coup de pied bien placé, Nirina fit un croche-patte à Deornas, qui chuta sans pouvoir se retenir avec son épée, qu'Hafodes avait envoyé voler à l'autre bout de la cour. Et quand Deornas fut totalement à terre, Nirina abattit Hafodes sur lui. Deornas voulu crier, mais il n'en avait pas le temps. Nirina comptait-elle le tuer sur place ? Savait-elle, pour son rôle dans la fuite de Shinobourge ?
Mais non, les deux cornes d'Hafodes se plantèrent dans le sol, à quelques millimètres de chaque coté de son cou. Deornas soupira, de même qu'Isgon. Il n'avait pas manqué de voir, durant tout le combat, la haine qui brillait dans les yeux des deux combattants.

- Je m'incline, dit Deornas. Votre Majesté est trop forte pour moi.

Nirina retira la fourche du sol et aida son cousin à se relever. Elle en profita pour lui murmurer quelque chose à l'oreille, que seul Deornas entendit.

- C'est le cas. Ça sera toujours le cas. Alors tâche de ne pas l'oublier, cousin. Ne me défie plus jamais...

Elle repartit avec Ryates à ses cotés, laissant derrière elle un Isgon perplexe et un Deornas tout secoué. Elle savait, il en était certain.


***


La salle était grande, et d'une obscurité presque totale. Sans autre ouverture que la porte d'entrée, elle était seulement éclairée par trois gigantesques flammes qui brûlaient constamment, positionnées en triangle dans la pièce sur trois grandes coupes noire. Une de ces flammes était du jaune-orangé propre au feu. Une autre était dorée, et la dernière, d'un bleu acier. Et dans chacune d'entre elles se trouvait un Pokemon de type spectre. Leur existence à Cinhol n'était connue que de la reine, de ses Quatre Hauts Protecteurs, et de Ryates. Et cela valait mieux. Déjà que ces idiots d'habitants considéraient presque les Pokemon comme des créatures divines, s'ils venaient à apprendre que trois Pokemon pouvant parler et possédant un don d'omnipotence existaient tous près d'eux, ce n'était plus la reine qu'ils vénèreraient, mais eux.

Car ils étaient des Pokemon légendaires. Pour les gens de Cinhol, ça ne faisait aucune différence, car ils ignoraient ce qu'étaient des Pokemon légendaires. Leur connaissance de ces créatures se limitait aux six de Nirina et à ceux des Hauts Protecteurs. Mais Nirina, elle, connaissait les pouvoirs de ces trois Pokemon spectres. Ils lui servaient d'assurance contre tout ennemi par leurs capacités à entrevoir tout ce qui se passait en ce monde, et ils servaient aussi d'intermédiaire entre elle et le maître de ces Pokemon, Ryates. Bien que Nirina n'était pas tout à fait sûre de qui était le maître ; Ryates, ou les Pokemon ?

Les trois Pokemon se ressemblaient plus ou moins. Ils avaient tous les trois le bas du corps noir et brumeux, avec de chaque cotés quelques os qui leur donnaient un air encore plus effrayant. Mais ensuite leurs têtes et leurs bras divergeaient. Revener, celui de type électrique, avait en guise de mains des éclairs, dont d'autres qui sortaient de ses yeux et de sa tête, ce qui lui donnait un air excité. Polascar, de type glace, avait les bras givrés, et la température baissait sensiblement à son contact. Il avait sur le visage une expression de sournoiserie presque effrayante. Enfin, Glauquardant, de type feu, avait en guise de tête des flammes qui lui sortaient de tous les trous que ses os faciaux laissaient apparaître.
Revener, Polascar et Glauquardant. Les trois Pokemon qui avient jadis servi le grand Uriel. Le Trio des Ombres élémentaires. Et la source du pouvoir de la reine.

- Vous m'avez appelé, fit Nirina pour annoncer sa présence. Que se passe-t-il ?

Les trois Pokemon spectraux s'élevèrent au bout de leurs flammes respectives, transportés comme par un vent invisible, en produisant des sons lugubres. Cela faisait longtemps que Nirina les côtoyait, pourtant, elle éprouvait toujours ce sentiment de malaise quand elle était proche d'eux.

- Shinobourge, susurra Polascar de sa voix glaciale. Oui... oui... Nous le sentons.

- Dans l'Ancien Monde, précisa Glauquardant. Mais il n'a plus l'anneau, plus l'anneau...

- Le destin, fit Revener. Oui, le destin est en marche. Le possesseur de l'anneau est un danger. Grand danger...

- Il te faut le tuer. Oui, le tuer, coassa Polascar.

Nirina soupira, embêtée. Ces fichus Pokemon ne disaient jamais rien de clair. Des prophéties, des présages... et à elle de se débrouiller avec ça. Ryates s'approcha.

- Votre Majesté serait avisée de suivre les conseils de ces Pokemon, dit-il. Si Shinobourge a donné l'anneau à un habitant de l'Ancien Monde, il peut en effet représenter une menace.

- Pourquoi diable ? Que peut une seule personne contre moi ?

- Nous avons des ennemis, dans l'Ancien Monde, ma reine, se justifia Ryates. Notre existence se doit de rester secrète. Puis il nous faut récupérer l'anneau. Il nous est trop précieux.

- Fort bien, soupira Nirina.

Elle claqua des doigts, et aussitôt, des bruits de pas métalliques résonnèrent à travers la salle. Une sombre silhouette à l'aspect menaçant apparut entre les flammes, et s'agenouilla devant la reine.

- Votre Majesté, je suis à vos ordres.

- Astarias. Mon Haut Protecteur de l'acier. Vous avez tout entendu, mon oncle ?

- Naturellement, ô splendeur des splendeurs !

- Ramenez-moi Shinobourge et l'anneau qu'il m'a volé. Eliminez celui ou ceux qui sont entrés en contact avec lui. Tenez, voilà un anneau pour vous rendre dans l'Ancien Monde. Ne le perdez pas.

Astarias, véritable colosse dans une armure rouge et bleu, orné d'une cape jaune et d'un casque à deux grandes cornes, une Pokeball apparente à sa ceinture, se leva et se tapa son poing ganté sur la poitrine.

- J'entends et j'obéis, ma reine.

Le Haut Protecteur sorti de la salle. Nirina revint à Ryates.

- Qu'est-ce que je peux faire pour Shinobourge ? Il me déteste...

- Ce n'est qu'un Pokemon, Majesté...

- Un Pokemon qui a appartenu à mon père, à son père avant lui, et à tous mes ancêtres jusqu'à Castel. Je ne désire pas sa mort.

- En ce cas, laissez-le donc enfermé dans sa Pokeball un moment, en guise de punition. Quant à votre cousin Deornas, il serait bon d'appliquer la même justice. Il a mérité un séjour dans nos cachots pour avoir aidé Shinobourge à s'enfuir.

- Je lui ai fait assez peur, je crois. Il ne va pas recommencer. Mais le garder enfermé serait dangereux. Beaucoup de gens apprécient Deornas, bien plus qu'ils ne m'apprécient moi. Si je m'avise d'en faire mon ennemi, il pourrait recevoir le soutien du peuple pour me voler le trône.

- Pas prisonnier. Le tuer, le tuer, déclara soudain Revener.

- Deornas dangereux. Dangereux. Son destin se liera avec celui du prince sans couronne si vous le laissez faire.

Nirina ne comprenait pas, mais les conseils des trois Pokemon spectres ne lui avaient jamais fait défaut. Si Deornas devait mourir, il mourrait. C'était ainsi.

- Tenez ma reine, fit Ryates en lui tendant une épée. Il est temps pour vous de la porter.

C'était une épée totalement noire, d'où s'échappait une espèce de pression malfaisante. C'était Peine, la noire épée maléfique d'Uriel, que Ryates avait ramenée avec lui de l'Ancien Monde. Nirina hésita à l'empoigner. Cette épée représentait tout le contraire de Meminyar et de la volonté de Castel Haldar.

- Le dois-je vraiment, Ryates ?

- Si vous êtes une servante du grand Uriel, ma reine, vous le devez. Jetez donc l'épée dorée du pleutre Castel. Peine vous offrira bien plus qu'elle, je puis vous l'assurer.

Nirina sortit Meminyar de son fourreau, et en retira toutes les Pokeball sur la lame. Puis elle la laissa tomber, pour prendre Peine. À son seul touché, elle sentit tout le pouvoir qui transcendait cette lame de nuit. La volonté d'Uriel coulait à travers elle. Et c'était Uriel, le Rejeté de la Lumière, qui allait faire d'elle la déesse des deux mondes. C'était pour cela que Nirina s'était alliée à Ryates, pour cela qu'elle avait empoisonné sa propre mère, pour cela qu'elle rejetait l'héritage de Castel. Pour son objectif, elle ne laisserait rien ni personne se mettre au travers de sa route. Ça valait aussi bien pour son cousin que pour son Pokemon.