Pikachu
Pokébip Pokédex Espace Membre
Inscription

Entre infini et au-delà de Cyrlight



Retour à la liste des chapitres

Informations

» Auteur : Cyrlight - Voir le profil
» Créé le 19/02/2013 à 10:17
» Dernière mise à jour le 10/09/2020 à 20:38

» Mots-clés :   Action   Drame   Fantastique   Mythologie   Suspense

Si vous trouvez un contenu choquant cliquez ici :


Largeur      
Chapitre 37 : En attendant la fin
« On se retourne vers Dieu
Quand ça tourne mal
Quand le ciel s'écroule
Sur nos p'tites étoiles »


En attendant la fin - M. Pokora



Cassy marchait dans des limbes ténébreux, silencieux. L’obscurité s’étendait à perte de vue, et il n’y avait rien d’autre à l’exception d’une brume épaisse répandue au ras du sol. Elle ne dégageait ni chaleur, ni froideur, ni humidité au contact des mollets de l’adolescente qui la fendait pour avancer.

Elle ignorait où elle allait, mais elle sentait qu’elle devait continuer tout droit. Elle poursuivit donc son chemin pendant un temps qui lui parut durer une éternité, sans que rien ne perturbe l’uniformité du paysage. Au plus profond d’elle, elle avait la conviction de se diriger vers quelque chose d’important, même si elle n’avait aucune idée de ce dont il s’agissait.

— Cassy… appela soudain une voix sensuelle. Viens, Cassy. Approche.
— Où êtes-vous ? Je ne vois rien.
— Regarde plus attentivement.

Les paupières de la jeune fille se plissèrent pour lui permettre de distinguer une silhouette perdue dans le lointain. Sans hésiter, sans même se demander si cela pouvait être dangereux, Cassy s’élança à sa rencontre. Elle avait toutefois l’impression de faire du surplace tant ses jambes lui paraissaient lourdes. Comme dans un rêve.

Alors qu’elle était sur le point d’atteindre la mystérieuse personne qui avait prononcé son nom, celle-ci se volatilisa. L’adolescente, à présent seule au milieu des ténèbres, avait tout de même eu le temps d’apercevoir une femme à l’immense beauté, dont le visage laiteux était auréolé par une cascade de cheveux roux. Cassy n’avait pas vraiment prêté attention au corps de l’inconnue, mais elle aurait presque juré qu’elle était nue.

— Attendez… murmura-t-elle. Qui êtes-vous ? Et que me voulez-vous ?
— Si tu ne me connais pas, jamais tu ne sauras, répondit la voix, de plus en plus faible, avant de s'estomper complètement dans un éclat de rire sinistre.
— Non, revenez ! Ne partez pas !

Cassy tendit la main vers l’endroit où la femme se tenait encore un instant plus tôt, mais ses doigts ne rencontrèrent que le vide. Elle le palpa longuement, jusqu’à sentir contre sa peau un pan de tissu imperméable. C’était sa toile de tente, à l’intérieur de laquelle elle venait de se réveiller en sursaut, le corps moite de sueur en dépit de la fraîcheur ambiante.

Il faisait jour, et Léa, avec qui elle était censée partager l’abri, ne se trouvait pas à ses côtés. Comme des bribes de conversation ne tardèrent pas à lui parvenir, Cassy en conclut que son amie était déjà levée, et qu’elle prenait sans doute son petit-déjeuner en compagnie de Cynthia.

L’adolescente s’accorda quelques minutes pour mettre de l’ordre dans ses pensées agitées, puis se redressa en position assise, non sans grimacer. Tout son corps était fourbu à cause de l’ascension de la veille, et la nuit qu’elle venait de passer n’avait pas dû arranger son état. Elle avait visiblement beaucoup remué dans son sommeil, car son sac de couchage était de travers et ses affaires, qu’elle avait rangées à ses pieds avant de s’endormir, étaient désormais éparpillées.

— Eh ! s’exclama le Maître de Sinnoh lorsque Cassy les rejoignit, enveloppée dans la cape de Sven pour se tenir chaud. Tu te décides enfin à pointer le bout de ton nez ? Je commençais à croire que j’allais devoir te tirer du lit moi-même.
— Désolée, je… J’ai mal dormi.

Quand elle réalisa que Cynthia était toute seule, assise face au feu qu’elle avait dû allumer, Cassy chercha Léa du regard. Elle la repéra un peu plus loin, en train d’affronter un Blizzi sauvage, avec sans doute l’intention de le capturer. La fillette donna un ordre à son Bulbizarre, mais il n’eut pas l’occasion de le mettre à exécution. Son adversaire souffla une attaque Blizzard qui le terrassa, avant de prendre la fuite.

— Oh non ! s’écria Léa en s’agenouillant près de son pokémon. Bulbi, ça va ? Tu m’entends ?

Cynthia réagit aussitôt et bondit sur ses pieds, tout en saisissant son sac de voyage posé à côté d’elle. Sa main disparut dans l’une des nombreuses poches, et lorsqu’elle en ressortit, elle était fermement serrée autour d’un Anti-Gel, que la Championne s’empressa d’aller pulvériser sur le corps glacé de Bulbizarre.

— Maintenant, nous allons lui administrer une Potion qui l’aidera à recouvrer plus vite ses forces, annonça-t-elle en soulevant entre ses bras la créature toujours mal en point.
— Vous savez tellement de choses ! souffla Léa avec admiration. J’aimerais être aussi intelligente que vous.
— Je ne suis pas plus intelligente, j’ai seulement plus d’expérience. Et elle ne s’acquiert qu’avec le temps. Tu verras, je suis sûre qu’un jour, tu en sauras autant que moi. Peut-être même plus.

Les joues de Léa s’empourprèrent, tandis qu’elle bredouillait avec modestie qu’elle en doutait fortement. Elles revinrent vers le campement où Cassy, qui avait compris que son amie avait la situation bien en main, n’avait pas jugé utile de s’inquiéter et s’était installée face au feu, les paumes tendues vers lui pour les réchauffer.

Pendant que Cynthia s’occupait de Bulbizarre, elle se prépara une tasse de lait en poudre et se força à avaler une barre choccolatée pour prendre des forces, car elle n’avait pas d’appétit. Ses pensées étaient accaparées par l’étrange rêve qui avait perturbé son sommeil.

Lorsque le Maître de Sinnoh revint prendre place auprès d’elle, laissant Léa aux côtés de son pokémon qui commençait déjà à remuer faiblement, signe qu’il était en voie de guérison, Cassy décida de lui confier ce qui la taraudait. Elle lui rapporta tous les détails de son songe, bien qu’il n’y en ait que très peu : le décor brumeux, la femme énigmatique, ses propos nébuleux… Cynthia l’écouta attentivement.

— C’était peut-être un simple rêve, hasarda-t-elle une fois que l’adolescente eut terminé son récit.
— C’est possible, oui, mais ça avait l’air tellement réel... Est-ce que vous pensez qu’il pourrait s’agir de l’œuvre de Darkrai ? La légende veut qu’il pénètre l’esprit des gens pendant qu’ils dorment pour se nourrir de leurs peurs les plus intimes, et sa présence se manifeste toujours par d’effroyables cauchemars.
— En l’occurrence, on peut difficilement parler d’un effroyable cauchemar, souligna Cynthia. L’atmosphère lugubre que tu me décris devait être tout au plus intimidante, mais je ne crois pas que ce soit comparable à toutes ces fois où tu m’as confié avoir revu dans ton sommeil le salon de ta ferme. Qui plus est, malgré l’intérêt que je porte aux mythes et aux légendes, aucune preuve tangible n’atteste de l’existence de Darkrai.
— Vous avez raison, tout ça n’avait rien d’un mauvais rêve. C’était plutôt comme… comme si cette femme cherchait à entrer en contact avec moi par le biais de mon subconscient, même si je sais que c’est impossible.
— Rappelle-moi ce qu’elle t’a dit, déjà ?
— « Si tu ne me connais pas, jamais tu ne sauras », récita Cassy sans la moindre hésitation, car les mots s'étaient imprimés dans son esprit à la seconde où elle les avait entendus. Ça n’a strictement aucun sens… Je n’ai aucune idée de qui elle peut bien être, et j’ai beau fouiller mes souvenirs, je suis quasiment certaine de ne l’avoir jamais rencontrée. Mon univers s’est longtemps borné à ma ferme et à ses environs. En dépit de ça, je reste persuadée que ce n’était pas un simple rêve…
— Le plus troublant, dans cette histoire, c’est que ça survienne ici, à quelques pas des Colonnes Lances, admit Cynthia. Il s’est passé trop de choses incongrues, récemment, pour ne pas chercher à voir au-delà d’une banale coïncidence.

Cassy ne releva pas, et son interlocutrice garda le silence. Toutes deux contemplaient distraitement Léa, qui aidait désormais son Bulbizarre à effectuer quelques pas maladroits, jusqu’à Cynthia reprenne la parole :

— Je suggère que nous nous en tenions au plan prévu pour le moment, et d’aviser une fois que nous aurons fait ce pour quoi nous sommes venues jusqu’ici. Levons le camp et rejoignons les Colonnes Lances.

Cassy ne put qu’approuver, puisque le sommet du Mont Couronné constituait de toute manière sa seule piste actuelle pour tenter de résoudre les mystères qui l’entouraient, et qui s’obstinaient visiblement à s’épaissir toujours plus.

Léa rappela Bulbizarre dans sa pokéball et aida Cassy à plier leur tente, tandis que Cynthia éteignait le feu et s’assurait qu’elles n’avaient laissé aucune trace nuisible ou aucun déchet à l’endroit où elles avaient passé la nuit. Telle était la règle des voyageurs : toujours remettre la nature en parfait état.

La montée des marches fut rude pour les deux filles, mais Cassy puisait de l’énergie dans l’espoir qu’elle nourrissait de peut-être trouver enfin des bribes de réponses. Quant à Léa, son excitation l’emportait sur sa faculté à se plaindre sans discontinuer.

— Waouh ! soufflèrent-elles en chœur. C’est… magnifique !
— Bienvenue aux Colonnes Lances ! annonça Cynthia en balayant les environs d’un geste théâtral.

Devant elles s'étendait un sol parfaitement plat, en pierre ancienne. Des piliers se dressaient majestueusement de part et d'autre, semblant relier le ciel et la terre. Quelques-uns étaient brisés, sans doute à cause de l'usure provoquée par les siècles, mais cela n'enlevait rien à la beauté du lieu.

Cassy fut saisie d’un frisson. Bien qu’elle ait toujours eu la foi, elle ne s’était jamais sentie aussi proche de l’Alpha qu’en cet instant, comme si son aura divine avait suffisamment imprégné les lieux à l’aube des temps pour être encore palpable des siècles plus tard.

Elle fit quelques pas hésitants, intimidée par la splendeur presque céleste du plateau. Une gigantesque gravure en ornait le centre. Elle représentait trois cercles équidistants, qui formaient un triangle parfait. Cynthia indiqua qu'ils symbolisaient les Dragons : Giratina, Dialga et Palkia, respectivement gardiens des dimensions, du temps et de l'espace.

Dans la zone qui les séparait, il y avait dix-sept rectangles, disposés de façon circulaire. Dix-sept… Comme les types pokémon ou, plus vraisemblablement, le nombre de plaques appartenant à Arceus.

Pendant que Léa, intriguée, se dirigeait vers les célèbres colonnes qui avaient donné leur nom à ce lieu, Cassy et le Maître de Sinnoh progressèrent jusqu'à la gravure. Parvenues à son niveau, elles mirent toutes les deux un genou à terre, afin de pouvoir l'examiner de plus près.

— Là, regarde… souffla Cynthia.

Du bout des doigts, elle effleura les symboles tracés à l’intérieur des fausses reliques du Créateur. Ils étaient absolument identiques à ceux qu'Éric avait utilisés dans ses notes. Par réflexe, Cassy porta sa main à son avant-bras quand ses yeux se posèrent sur le caractère du dragon.

— Tu devrais peut-être… commença la Championne, avant de s'interrompre.
— Quoi ?
— Je ne sais pas. Le toucher ?

L'adolescente retroussa sa manche, dévoilant le glyphe qui souillait sa peau. Elle prit une profonde inspiration pour se donner du courage, puis le fit entrer en contact avec son double. Au bout d’une minute, durant laquelle il ne s’était rien produit, elle se demanda si elle devait en éprouver du soulagement ou du dépit.

— Je vais finir par être à court d'idées, marmonna Cynthia en se redressant. Viens, examinons attentivement le reste du plateau. Nous trouverons peut-être quelque chose d'intéressant ailleurs.

Elle tendit la main à Cassy pour l'aider à se remettre debout, puis elles rejoignirent Léa qui était toujours en train de s’extasier devant les divers piliers. Tous portaient des inscriptions étranges, écrites dans une langue que l’adolescente ne connaissait pas.

— C’est du zarbi, indiqua Cynthia, et Cassy se souvint qu’elle avait évoqué cet alphabet ancestral peu après la découverte des notes d’Éric.
— Vous pouvez le déchiffrer, non ?
— Je l’ai déjà fait. C’est loin d’être ma première visite aux Colonnes Lances, mais je veux bien traduire ces textes une fois de plus, au cas où je sois passée à côté d’un élément auquel nous pourrions désormais donner un autre sens.

Malheureusement, les inscriptions ne leur apprirent rien de nouveau. Il était seulement question de la naissance du monde, des trois Dragons légendaires, du Chaos dans lequel était apparu Arceus… Cassy ne releva pas la plus petite allusion aux glyphes, et aux Gijinkas encore moins.

Parvenue à la dernière colonne, elle donna un coup de pied à un caillou, qu’elle projeta dans le vide. Sa déception était telle qu’elle se sentait à la fois effondrée et furieuse. Elle se laissa lourdement tomber sur le sol, pendant que Cynthia glissait une main dans ses cheveux pour la réconforter. Léa, qui admirait à présent le panorama, ne leur accordait aucune attention.

— Je ne sais plus quoi penser, avoua Cassy dans un souffle. Je me sens plus perdue que jamais, plus encore que le jour où j’ai fui le Centre Pokémon pour me retrouver livrée à moi-même dans un monde dont j’ignorais tout. Ce que je voulais, moi, c’était comprendre ce qui était arrivé à ma famille. À aucun moment je n’ai songé que mes investigations me mèneraient ici, à enquêter non plus sur une disparition, mais sur des marques à propos desquelles nous ne savons absolument rien, si ce n’est qu’elles représentent un type et que mon frère étudiait quelque chose en rapport avec elles. Et cette femme, celle de mon rêve… Elle prétend que je devrais la connaître, comme tant d’autres choses, d’ailleurs, au lieu de quoi je suis incapable de donner un sens à cette situation à laquelle je suis inextricablement mêlée.
— J’ai conscience que c’est difficile, mais il faut que tu prennes ton mal en patience. Nous finirons bien par découvrir quelque chose.
— Comment ? La bibliothèque de Joliberges ne nous a fourni aucune piste, et cet endroit non plus… Vous avez une idée d’où chercher, à présent ?

L’absence de réponse de Cynthia fut éloquente. Cassy enfouit son visage entre ses mains et se força à ravaler les larmes qui menaçaient d’affluer dans ses yeux. À quoi bon pleurer ? Cela ne l’aiderait pas. Elle avait pourtant les nerfs à vif, et elle savait qu’il suffirait d’un rien pour qu’elle éclate en sanglots.

— J’ai peur, Cynthia… Pour moi, pour vous, pour Régis, et surtout pour Léa. Même si je n’ai aucune idée de ce que signifient ces glyphes, je suis certaine qu’ils ont un lien avec tous les malheurs qui se sont abattus sur moi. Que se passera-t-il si elle subit un sort identique à celui de mes parents ? De mon frère ? Je sais bien que ce n’est pas ma faute si la marque du type plante est apparue sur son poignet, mais je… Dire que je voulais éviter d’impliquer qui que ce soit !

La vision de Cassy se troubla. Malgré ses efforts, elle venait de se mettre à pleurer. Cynthia caressa le sommet de son crâne, tout en plongeant son autre main dans la poche de son manteau. Elle en sortit un carré de tissu soigneusement plié, qu’elle remit à l’adolescente. Celle-ci reconnut aussitôt le « C » calligraphié qui l’ornait : c’était le mouchoir que la Championne lui avait offert à Mérolia, et qu’elle avait restitué au professeur Carolina lors de sa visite à Célestia.

— Quel est le rapport entre Léa et tout ça ? poursuivit Cassy d’une voix rendue chevrotante par le chagrin. Moi, je suis au cœur de cette tourmente depuis le début, mais elle ? Elle n’a aucun lien avec moi, avec ma famille, ni même avec Sinnoh. Quoique… En fait, je n’en sais rien. On m’a caché tellement de choses… Comment pourrais-je être encore sûre de quoi que ce soit ? Après tout, il n’y a pas si longtemps, je ne connaissais pas mon âge véritable.

La tristesse de Cassy fut supplantée par une vague de colère, dirigée à l’encontre de ses parents. Peut-être avaient-ils cru la protéger en agissant comme ils l’avaient fait, mais en réalité, ils ne lui avaient pas rendu service du tout. En plus d’avoir dû apprivoiser un monde inconnu, elle se heurtait désormais à un mystère qui la dépassait, elle aussi bien que son entourage actuel.

Elle tapota ses joues humides avec le mouchoir de Cynthia, puis pencha la tête vers l’arrière pour observer le ciel. Mentalement, elle implora Arceus, non seulement de lui montrer la voie à suivre, mais surtout de lui donner la force nécessaire pour continuer, car elle commençait à sentir le découragement l'envahir.