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La Faucheuse. de T-Tylon



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Informations

» Auteur : T-Tylon - Voir le profil
» Créé le 04/09/2011 à 04:25
» Dernière mise à jour le 04/09/2011 à 04:33

» Mots-clés :   Présence d'armes   Sinnoh   Suspense   Terreur

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Tramontane.
Sinnoh. Espaces sauvages route 217, à plusieurs dizaines de Kilomètres de Chocoliane.

Mercredi 2nd Juin 2010. 19 heures 36 minutes.



Comment… Comment en étaient-ils arrivés là. Lui et ses semblables, éreintés et acculés dans leurs derniers retranchements. Une défaite si écrasante qu'ils paraissaient avoir abandonnés dès le début, même s'ils luttaient encore.

Sur sa droite se trouvait son fils ainé, sa fierté. Promit à sa succession quand il aurait été en droit de la réclamer, après son évolution. Sa force n'était égalée par personne d'autre dans son clan excepté par la sienne, qui la surpassait encore de part son expérience. Mais encore l'équivalent d'une saison et il l'aurait probablement même dépassé à ce stade… Pourtant, même lui n'avait prévu un jour se trouver face à pareille épreuve, et n'encore moins penser être poussé dans ses derniers retranchements. Il le voyait encore chercher à percer dans la défense de ces maudits Blizzi avec l'aide de son frère, sa seconde fierté, qui ensemble formaient une paire aussi soudée que redoutable. Mais cela ne suffisait pas.

Lui tentait à nouveau une énième passe feintée sur un petit détachement en trio d'Arbregelé s'apprêtant à achever l'un des membres de son clan effondré dans la neige, les forçant à détourner leur attention de cette cible «sans valeur» en comparaison de ses griffes toujours aussi acérées capables de les tailler comme des fétus de bois… Du moins était-ce qu'ils prétendaient, de ses griffes aptes à trancher au travers de n'importe quoi leur faisant obstacle. Car dans la pratique, sa feinte attirant les Blizzi en retrait pour ensuite refondre brutalement sur eux d'une puissante tranche rencontra une formidable résistance de la part de l'écorce de ces derniers. Bien plus que ce à quoi il devrait normalement s'attendre et y être habitué, de part le nombre de fois qu'ils s'étaient affrontés.

Il esquiva de justesse la réplique du trio d'Arbregelé dont il s'était attiré les foudres ; composé d'une Tranch'Herbe, d'un Canon Graine, et d'un Martobois pour celui se trouvant le plus proche. Concernant ce dernier, une énorme giclée de neige fut soulevée dans les airs lorsque le bras de bois percuta le sol givré, lui faisant comprendre sans peine ce qui lui aurait été réservé s'il avait le malheur de venir à manquer une seule fois son timing. Il ragea intérieurement en voyant ce dernier être mit en retrait par les deux autres, jouant le rôle de bouclier pendant qu'il plantait ses racines dans le sol pour récupérer du recul de cette attaque ; ses possibilités d'approche se réduisant de plus en plus alors que les deux autres le maintenait à distance à l'aide de leurs canon graine. Pendant que ses propres semblables continuaient de subir les assauts répétés d'autres formations identiques, en s'étant engagés à désavantage sur un front trop large à gérer pour eux comparé aux Blizzi, qui prenaient l'ascendant par le nombre. Une erreur de jeune griffe monumentale devant laquelle il était certain que son propre père en mourrait de honte s'il n'était pas déjà mort.

Comment en étaient-ils arrivés là, il n'en avait aucune idée. Ou plutôt si, et se maudissait de s'être fié à ce qu'il savait n'être qu'une source continuelle de malheur. D'admettre que toute cette tragédie aurait pu être évitée s'il l'avait châtié dès qu'elle se trouvait encore dans son œuf. S'il avait fait d'abord passer son clan avant ses ressentiments envers… La «chose», se trouvant parmi eux.

Cette dernière, maudite soit sa simple existence, faisait miraculeusement, ou par malédiction, toujours partie des siens qui tenaient encore debout. Ce qui était risiblement logique ; quand bien même elle cherchait tant que mal à attirer l'attention des Arbregelé, ces derniers la considéraient avec le même dédain que lui. Un point commun avec ses ennemis qu'il n'aurait jamais pensé partager aussi ouvertement, curieusement tout en ne le surprenant aucunement… Avec une constitution aussi chétive que la sienne, c'était à peine si elle pouvait prétendre à les égratigner. Aussi comment pouvait-il la prendre au sérieux quand elle rapportait que le groupe de Blizzi était mené par un nouveau chef, et qu'elle affirmait sa puissance après avoir entendu qu'il était un ancien de cette meute s'étant «mélangé» avec les humains, avant qu'il ne fut libéré pour revenir prendre sa place parmi les siens ?

Un relent de rage et d'écœurement lui souleva le cœur à cette simple pensée. Comment un «exilé» de cette pitoyable bande de buisson pouvait détenir une telle puissance en s'étant fait capturé par ces faibles créatures que sont les humains ? Sans leur espèce de seconde peau, aussi fragile que des feuilles de pin, ils n'arrivaient même pas à tenir quelques dizaines de secondes dans ce Blizzard, tandis que pour eux cela représentait une simple petite brise fraiche. Et il n'arrivait encore moins à comprendre comment les Blizzi pouvaient éprouver un tel intérêt envers ceux-ci. Ce qui ne faisait qu'accroitre sa frustration les concernant…

En parlant de Frustration. La source de son irritation la plus forte actuellement venait d'expédier ses deux fils dans la direction opposée à leur assaut d'un brutal revers de Damoclès, les faisant à leur tour choir misérablement dans la neige du côté des vaincus ; qui ne composaient, à son plus grand regret, que de Farfuret.

Ils étaient à peine huit – neuf s'il devait «la» compter. Même pas un tiers du nombre total de leur clan. A pleine capacité, ces buissons n'auraient pas même pensés pouvoir fournir une quelconque résistance. Mais il avait eut le malheur de ne se contenter que d'une force de frappe mineure en ne prenant les meilleurs membres de son clan, de par avoir porté foi au rapport fournit par sa… «La chose», qui lui affirmait – à ses yeux de Dimoret – que pour s'être laissé battre par un exilé, le groupe de Blizzi devait s'être affaiblit à un stade à peine concevable. Quelques Farfurets suffiraient sans peine selon lui pour s'en débarrasser définitivement et étendre leur territoire… Le bilan de son manque cruel de discernement était édifiant : il subissait totalement la loi de leurs adversaires. Qui, non comptant de n'accuser pas même le moindre blessé, était menés par deux Blizzaroi – l'ancien et le nouveau chef – ; affichant tous deux un air parfaitement distinct de dédain supérieur à son égard qui le révoltait de tout son être.

… Non, ce n'était pas sa faute. A bien y penser et regarder la scène sous un autre angle, c'était plutôt «sa» faute : «elle» l'avait avertit qu'ils étaient menés par un Blizzaroi en guise de nouveau chef. Pas de deux. Quand bien même avait-elle émise des réserves à les affronter avec si peu de membres. Mais qui était-elle pour oser remettre son autorité en question ? Il y'avait des limites à sa patience qu'il valait mieux éviter de franchir avec lui ; d'autant plus «la» concernant lorsqu'elle brave l'interdit de ne serait-ce l'approcher à distance de vue sans sa permission. Il l'avait supportée depuis le jour de sa naissance à contrecœur, «elle» et l'opprobre représenté par sa simple existence. Sans jamais rien lui apporter d'autre que la honte d'une source de problèmes continuels.

Il fallait que cela cesse.


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D'un cri exaspéré, le bras de bois parcouru de givre évita sa tête de quelques millimètres pour aller s'écraser dans la poudreuse du blizzard dans un éclatement de grêle et de neige gelée. En pressentiment de l'attaque le réflexe fut immédiat et elle avait bondie instinctivement sur le côté, mais d'un bond si faible qu'elle ne s'était éloignée d'à peine moins d'un mètres ; pire dans le sens où ses jambes épuisées s'était dérobée sous elle dès la réception. La faisant s'écrouler lamentablement à terre sans que même cela ne soit directement le fait de l'Arbregelé.

La fatigue la gagnait. En fait, elle la gagnait déjà avant même que le combat ne soit engagé (si cela pouvait être appelé un combat). Mais ce n'était pas une fatigue dont la cause résidait dans l'épuisement physique ; ce qui se confirmait d'ailleurs tout seul lorsque, même à terre et en danger de mort, son estomac asthénique émit un faible grondement. Réclamant vainement sa pitance, ce depuis le levé du jour, bien que sachant n'être pas prêt de l'obtenir. Même s'ils venaient, elle et les siens, à s'en sortir.

Que ce fut par dédain, par pitié, ou simplement parce qu'il la trouvait risible au point de ne pas se donner la peine d'y aller avec toute sa force, le Blizzi se rapprochait d'elle d'un pas lent au possible. Au point qu'il ne donnait pas, mais affirmait l'impression de prendre tout son temps, tandis qu'elle était étalée dans la neige comme une vulgaire branche morte ; aussi chétive et fragile qu'elle lui apparaissait en comparaison. Puis il prit son élan en ramenant ses bras en balancier, pour enchainer avec un saut de toute sa force dans ses jambes pour arriver au dessus de la future victime de son Ecrasement ; ou plutôt, à cet instant précis, ce qui allait lui servir de coussin improvisé.

Ses réserves, pauvres à la base, amoindries à l'extrême dans cette situation, ne l'autorisaient pas même à la dépenser dans l'écho d'un cri aussi fluet qu'inutile alors qu'elle voyait le lourd séant boisé s'apprêtant à la réduire en morceaux de tout son poids se rapprocher inexorablement. Elle ne put que fournir l'essor d'une chétive Griffe, la plus profonde et plus loin possible enfoncée dans la neige, pour s'accrocher à la terre située en dessous et tirer sur son bras pour rouler sur le côté. La manœuvre se révéla salutaire, dans tous les sens du terme, car une demie seconde plus tard et s'en aurait été fini d'elle. Au lieu de cela le Blizzi atterrit sans provoquer à nouveau le moindre dommage corporel à la Furette de glace ; même si l'onde de choc liée eut pour effet de projeter cette dernière sur plusieurs mètres de distance loin de celui-ci.

L'Arbregelé émit un soupir aussi bruyant qu'il reflétait ses ressentiments quand à cette «tâche» (tellement ennuyante qu'il était impossible de la considérer un instant comme une adversaire). Le plus rageant pour lui était qu'il lui avait été refilé le boulot le plus ingrat parce que, comble du comble, il était considéré comme le plus faible du groupe ; donc ayant été conclut comme le plus adapté pour faire face à cette pitoyable créature qui n'avait même pas la décence de répliquer. Ce faisant l'énervant encore plus lorsque les deux autres membres de son groupe «réduit», se payant même le luxe de prêter attention à lui tellement le «rendez-vous» avec le reste du clan des furets noirs se révélait aisé, lui envoyaient des piques au sujet de ses capacités à ne même pas être capables de se débarrasser de cette pitoyable furette. Cela était une honte comme il lui était difficile de le supporter.

Définitivement à bout, ce dernier leva simultanément ses deux bras en direction de la Farfuret, qui furent parcourus tous d'eux d'une faible lumière verte alors qu'il préparait en règle ses deux Canons Graines à pleine puissance pour contrecarrer celle du Blizzard soufflant en vent contraire, afin de mettre un terme aussi brutal qu'expéditif à cette absurde perte de temps. Seulement il n'en fut rien. Au moment où il s'apprêtait à relâcher ses puissants projectiles de bois, deux faibles mais persévérant Eclats Glace venant d'en face lui arrivèrent droit dans les yeux ; insuffisant pour l'aveugler, ou même lui blesser définitivement sa vision, mais assez pour le gêner au point qu'il ne rate sa double-attaque plante et sa cible de plusieurs mètres. Cette stupide furette était décidément obstinée à lui pourrir la vie jusqu'au bout… Sans qu'il ne se doute un seul instant que c'était exactement la même pensée qui parcourait celui des autres furets la concernant.

Celle-ci pouvait s'estimer une nouvelle fois «chanceuse» alors qu'elle voyait l'un des deux cratères formés dans la neige par les tirs se trouver à peine juste à côté d'elle ; quelques centimètres de plus et son bras gauche aurait subit indirectement les effets détonation (ce qui dans sa condition se considérait aussi dangereusement qu'un tir direct.) Par quelque hasard, ses deux Eclats Glace avaient réussis à atteindre leur cible pile à l'endroit idéal pour lui donner une chance de survie supplémentaire… De survivre quelques dizaines de seconde de plus. Encore…

Elle n'arrêtait pas de se poser la question : comment en étaient-ils arrivés là ; où les meilleurs de son clan – dont chaque membre de ce dernier ne la considérait pas comme en faisant partie – se retrouvaient démunis au point de n'être que comme des jouets entre les pattes de leurs ennemis boisés ? Mais plus important encore : pourquoi son… Le chef du clan avait-il voulu attaquer les Blizzi sans tenir compte de ce qu'elle avait rapporté sur la puissance de leur nouveau leader ?

Elle connaissait déjà la réponse. En fait, elle lui apparaissait même littéralement en face d'elle lorsqu'aux points d'eau glacée les plus calmes, la glace devenait si lisse qu'elle pouvait y discerner son reflet dedans...

Mais même ainsi. Aussi répulsive qu'elle pouvait paraitre aux yeux de ses semblables, qui évitaient sa nature maudite comme la peste (ce qu'elle avait acceptée depuis bien longtemps déjà), fallait-il vraiment considérer la moindre parole, le moindre mot sortant de sa bouche comme un affront, et ne prendre l'information qu'elle se contente de simplement rapporter – comme on lui avait enseigné rien d'autre – tel que s'il s'agissait d'un mensonge ? Mais dans ce cas pourquoi lui donner toujours un rôle de scout qu'on envoi en reconnaissance dans la nature, malgré son apparence, si c'est pour récolter des informations auxquelles personnes n'y prêtent attention, justement lorsqu'elles viennent d'elle ?

Son estomac se remit à gronder à cette pensée ; en se rappelant qu'à chaque fois qu'elle rapportait ce qui n'était considéré que comme des infos de «quatrième zone» elle était privée de nourriture, pour ne pas gaspiller les précieuses ressources du clan avec ceux ne le méritant pas. Ce faisant la majorité de ce avec quoi elle se sustentait se réduisait à tout ce sur quoi elle tombait de comestible durant ses excursions en dehors du territoire ; ce qui représentait pratiquement l'essentiel de son temps. C'était plus rare pour elle de passer la nuit dans la sécurité de son clan qu'en dehors. Et encore, à condition qu'elle se mette à bonne distance pour venir «paresser» sur leur terrain. C'était à se demander même pourquoi il lui avait ordonné de les suivre alors qu'ils savaient qu'elle ne serait qu'un poids… C'à ressemblait en rien à une vie. Plus à une lutte pour la survie. Et ne devant jamais compter sur l'aide de son clan…

Parfois, elle avait même plus l'impression d'être morte que vivante.

Mais elle vivait. Et si elle devait le fait de vivre c'était à son clan. Si elle devait venir à mourir ce devrait être pour les siens. Parce qu'elle était sa seule famille…

Seulement l'heure n'était pas à l'introspection. Ce que les créatures de bois et de glace lui faisant face la fit rapidement revenir à la réalité lorsque, finalement lassés par ce «petit jeu» qu'elle leur offrait en signe de résistance, les deux autres comparses du premier décidèrent de s'immiscer dans l'histoire pour y mener terme. En se traduisant par l'alignement des trois Blizzi d'un triple Canon Graine prêt à déverser une véritable salve d'artillerie botanique sur sa position… Même à vent contraire et à toute relative distance d'eux, les six obus de plante compensaient aisément le manque de précision pour être sûrs de la toucher de plein fouet. Il lui fallait agir vite pour ne pas finir pulvérisée.

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Bien qu'en se situant au milieu de la formation, avec les Canons Graine de ses bras déjà chargés en comparaison de ses «ailiers», lui assurant ainsi d'être le premier à frapper la Farfuret, il ne put que pester intérieurement en sachant que leur intervention dans son «ménage» allait devenir l'un des sujet de brimade les plus récurrents une fois de retour sur leur territoire – qui aura sans nul doute gagné en ampleur. Contrairement à celui des Farfurets… Et cela allait commencer avec cette femelle.

Comme prévu cette dernière n'allait pas se laisser faire, et trois nouveaux Eclats de Glace portés à pleine vitesse par le vent leur vinrent d'en face droit au niveau de leur vue ; et comme prévu, chacun d'eux ramenèrent un de leur bras chargé pour protéger leur visage en réaction, afin de ne pas perdre bêtement d'avantage de temps à se faire gêner bêtement la visée. Ce qui avait évidemment marché dans le sens où dès l'instant où les Eclats Glace rencontrèrent l'écorce de leur bois, ils se brisèrent automatiquement d'une telle fragilité qu'ils se demandèrent tous un instant s'il s'agissait bien d'une attaque, ou s'ils leur avaient été envoyé une petite boule de neige… Quoi qu'il en soit. La Furette de glace se tenait droit devant eux, à genoux à quelques mètres. Visiblement extenuée et totalement à découvert dans la neige… Une occasion comme il ne s'en refusait pas.

D'un seul mouvement. D'une seule idée appliquée sous la forme d'une seule manœuvre en synchronisation, les trois pokémon Arbregelé libérèrent la salve de graine dans un bruit de détonation simultané, qui suivit brièvement d'un sifflement aigu avant d'éclater dans une gerbe de neige faiblement étouffée par le souffle du Blizzard ; qui eut rapidement fait de commencer à colmater le multiple cratère provoqué par la frappe à l'endroit où se trouvait la furette. De celle-ci il n'y avait plus aucune trace.

Le Blizzi du milieu se permit de souffler un peu, à la fois de satisfaction et de dépit. Pour une femelle Farfuret aussi… Bizarre, elle s'était montrée vraiment ennuyante. Mais maintenant qu'il n'avait plus à s'en faire, il fallait encore en terminer avec les autres. Pitié, qu'ils se révèlent plus enclin à se battre ou mourir dignement plutôt que de faire de telles simagrées. Cependant, à peine s'eurent-ils retournés pour se rediriger vers le reste ou se déroulait encore l'affrontement principal, trois nouveaux Eclats Glaces, bien plus gros et aiguisés que les précédents, leur arrivèrent droit derrière la nuque, à l'interstice entre leurs «chapeaux» et leurs corps ; et parvint à pénétrer leur écorce en leur point le plus vulnérable grâce une nouvelle fois à la force formidable du Blizzard.

La douleur qui leur fut vrillée au cerveau fut suffisamment intense pour les faire oublier leur objectif et les faire de nouveau se retourner pour faire face à ce qu'ils étaient unanimes à reconnaitre être la plus énervante des adversaires qu'ils aient jamais rencontrés… Du moins l'estimaient-ils ainsi. Plus précisément de la direction dans laquelle ils pointaient de nouveaux leurs canons, à l'endroit où ils s'attendaient à la situer. Mais d'où il ne se trouvait personne ; mis à part une recrudescence soudaine du Blizzard et de ses Flocons de neige qui gênait leur vision comme une nuée de sauterelles blanches. Avant de se calmer aussi soudainement qu'elle était apparue…

Sans même ne s'être rendus compte un seul instant qu'à ras du sol enneigé la Farfuret avait profitée de la diversion du Vent Glace pour percer à toute Hâte au travers de leur formation en passant pile entre deux d'entre eux, incluant celui du milieu, et continuer sur cette même pointe grâce à l'essor du Blizzard en direction de ses semblables. Tandis que les trois Blizzi embrouillés continuaient de balayer du regard dans la direction opposée à la sienne.

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A cette vitesse, et malgré l'effervescence du combat, il ne lui fallut par longtemps pour atteindre la ligne imaginaire de bataille maintenue par ses semblables encore debout, et qui faisaient tout pour tenir à distance les Blizzi de leurs n'étant plus en état de se battre derrière eux… Et, tel qu'il fallait s'y attendre, à peine arriva-t-elle pour se porter à l'assistance du plus proche de ses semblables blessés qu'elle obtenu la même réaction qu'à chaque fois qu'un d'eux la voyait à moins d'un mètre de lui.


«Dégage… Ne m'approche pas…»


Cette dernière ne réagit pas. Habituée à cette forme d'accueil qui était sa norme habituelle. Elle se contenta d'obéir et d'incliner la tête à regarder le sol, tel qu'on lui avait enseigné pour ne jamais regarder l'un d'entre eux dans les yeux. Mais restait encore à côté du Farfuret qui se trainait péniblement dans la neige.


«Vous avez perdu beaucoup de sang avant que la blessure ne gèle. Il vous faut de l'ai-»

Sans même n'attendre qu'elle finisse, le Farfuret blessé l'interrompit durement d'un crachat en plein visage. Celui-ci lui renvoyant toute la haine de son visage aigri.

«Je t'ai dit de dégager… Plutôt mourir que de se faire toucher par une maudite…»


La furette resta de marbre devant l'élocution du terme employé unanimement par ses semblables pour la décrire, de même à la réaction acerbe du Farfuret – malgré son état blessé - devant laquelle elle était confrontée systématiquement. Se contentant d'acquiescer silencieusement d'une mine stoïque tandis que le glaviot mêlé de sang sur son visage s'était mit à geler. Sans même chercher à l'essuyer.


«De qui voulez-vous recevoir assistance.» Quémanda-t-elle platement en conséquence.

«N'importe qui sauf une maudite…» Récrimina-t-il férocement.


La furette consentit d'un bref signe déférent à l'égard de celui gisant dans la neige, qui lui affichait une mine de mépris plus prononcée à sa simple vue qu'en réponse à la blessure responsable de son état. Avant qu'elle ne se relève et se soustrait à sa vue en reprenant la direction des combats que menaient désespérément ceux des siens encore battant, pour lui rapporter de l'aide… Bien que sachant parfaitement comment serait perçue sa présence. Même si elle ne s'adressait à ces derniers uniquement que lorsque l'un d'entre eux n'avait pas le choix de se servir d'elle comme relais.

Elle n'y prêtait pas attention. Ou plutôt ne le devait pas… Il n'y avait qu'une seule chose qui comptait et à laquelle elle devait se soumettre sans se poser de question : toujours obéir au clan. En n'importe quelles conditions. Même si elle ne pouvait s'empêcher de se poser la question de savoir ce qui lui arriverait le jour où ce dernier venait à ne plus la reconnaitre comme en faisant partie…

Parfois il y'a des questions auxquelles il ne vaudrait mieux ne jamais chercher une réponse, surtout celles dont on redoute de déjà connaitre la réponse.

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*Un Poinglace... Deux Poinglaces… Un Martobois… Maintenant !*


Sa carrure réduite mais véloce de Dimoret lui permit d'éviter l'attaque synchronisée des deux Blizzaroi, s'étant finalement accoutumé avec le rythme sur lequel ils se coordonnaient (d'une telle simplicité qu'il se demandait comment il n'avait pas fait pour le décoder plus tôt.) Dans la même optique, cependant, il ne se contenta pas cette fois de simplement éviter le coup, mais d'y répliquer de sa propre contre-attaque composée de dizaines d'Eclats Glace ; saturant l'air glacé d'un véritable rideau de stalactites acérées qui allèrent se figer droites dans les deux abominables arbres des glaces. A sa plus grande satisfaction d'enfin leur rendre la pareille pour ce qu'il avait subit.


«Même par l'avantage du nombre, il n'est pas né le buisson qui vaincra un Varjää…» Railla-t-il rageusement.


Mais sa satisfaction fut de courte durée lorsqu'il vit, à son plus grand étonnement, les deux Blizzaroi se débarrassèrent lentement des pics figés sur leurs écorces comme de vulgaires brindilles de sapin. Se révélant devant lui calmement sans le moindre dommage.


«Tu jacasses beaucoup. Mais au final tu n'es qu'une petite frappe qui ne possède rien d'autre qu'une langue bien pendue.» Lui fut-il répliqué dédaigneusement par le moins grand des Blizzaroi. «Tu constates l'avantage du nombre en continuant pourtant de te croire supérieur. Mais tu n'as même pas remarqué que le terrain est aussi de nôtre côté.»


Le Dimoret mit un instant à saisir ce que voulait dire son équivalent Arbregelé, pensant à une pathétique tentative de bluff pour le déstabiliser vu qu'ils se trouvaient sur une large plaine gelée dénuée de couvert. Puis il resta interdit lorsqu'un bref regain soudain du Blizzard lui fit parvenir un gros flocon à proximité de son œil, comprenant dans quel sens soufflait le vent, et fut frappé d'horreur en constatant que ses semblables blessés se trouvaient étendus derrière lui.


«Pour un chef de clan, un Dimoret de surcroit, tu es vraiment pitoyable.» Reprit-il d'un air condescendant. «Tu es tellement arrogant que tu te contentes de foncer droit dans le tas sans même prendre la peine de réfléchir, ou de penser à tes semblables – aussi pathétiques que toi pour t'avoir écoutés et suivis jusqu'ici aussi aveuglément.»

Il poussa un soupir si prononcé qu'il sortit de sa bouche en buée malgré le blizzard.

«Dire que vous étiez considérés comme le plus redoutable clan de Farfuret de la région alors que vous ne valez rien. J'ai presque envie de vous laisser partir tellement c'est risible.» Déclara-t-il d'un air presque déçu. «Mais tu ne mérites pas une telle faveur, encore moins que je délivre moi-même le coup de grâce. Je laisse ça à mon prédécesseur.»


Sur ce, il s'éloigna légèrement en retrait pour laisser place à l'ancien chef des Blizzi, qui s'avança d'un pas lourd de sa carrure plus grande que le nouveau leader en direction du Dimoret ; pleinement satisfait devant l'occasion qui lui était donnée de pouvoir régler leurs précédents comptes avec son minuscule rival.

Cependant ce dernier n'était même pas pris en compte par le Dimoret ; plongé pourtant dans un état de rage interne dantesque. Le Blizzard soufflait en vent contraire derrière les Blizzaroi, lequel réduisait de par la force du vent la puissance de toutes les attaques à projectile dont les Farfurets se servaient, ce faisant les démunissant de leurs capacités de combat à distance ; et ils ne pouvaient pas changer de côté à cause des blessés de l'embuscade initiale qui les forçait à rester en vent contraire pour ne pas les laisser entre les pattes des Blizzi. Ne pouvant plus combattre à distance, ni changer de côté, seul leur restait le combat rapproché. Mais c'est là qu'intervenaient les formations en trio des Blizzi, qui jouaient sur l'avantage du nombre par rapport aux Farfuret et de ne jamais rester isolés pour les forcer à attaquer les premiers, et les contraindre à s'exposer à de violentes contre-attaques sur leurs frêles constitutions de furets de glace, en leur faisant perdre l'avantage de la vitesse…

Mais plus terrible encore de réaliser n'être qu'un faible s'étant fait berné au point qu'il ne voyait pas quand il était en position de faiblesse, et dont l'incompétence se répercutait sur son clan, et son orgueil blessé pour toujours à s'être fait piégé comme un débutant… C'était que rien de cela ne serait arrivé s'il avait écouté la seule d'entre eux qui avait eut «l'indécence» de le convaincre de réaliser le danger au devant duquel il se jetait sans réfléchir. Qu'en somme il valait encore moins qu'une maudite… Une insulte si meurtrière qu'elle lui donnait l'impression d'un fouet ardent lui mutilant l'âme.

Le coup de fouet final acheva de l'amener au comble de sa haine lorsque cette dernière arrivait proche de son fils ainé, lui-même se trouvant aux côtés de son second fils étendu dans la neige ; elle se tenant encore debout alors que ses propres fils n'étaient plus en l'état de continuer le combat. Cette dernière injustice termina de le plonger dans un état de rage des plus indicibles.

Galvanisé par la colère au point qu'elle se subtilisait à sa fatigue, il exécuta une formidable salve d'Eclats Glace en direction du Blizzaroi, sans un cri, ni prononcer le moindre mot, d'un si violent et soudain geste qu'il en surprit le géant neigeux par la puissance de ces derniers qui – bien que s'étant protégé de ses bras par réflexe - parvinrent à entailler son écorce. Au point qu'il en resta sur place sous l'étonnement pendant que le Dimoret se ruait au devant de ses fils en profitant de sa précaire diversion…

Il fallait que cette malédiction cesse. Et elle allait cesser.

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Pendant le même temps. Par contrainte de temps, et voyant chaque membre restant debout occupé à livrer bataille pour sa propre survie face aux Bllizzi, sa recherche d'aide finit rapidement par se résigner sur le seul d'entre eux encore apte à se déplacer par ses propres moyens, mais qui se trouvait aussi déjà au chevet d'un autre Farfuret ; qu'elle reconnut sans peine lui aussi de part la relation «plus tendue» qu'ils entretenaient entre eux par rapport aux autres du clan…

Mais son dévouement envers le clan ne devait jamais prendre en compte ses considérations, et toujours passer avant tout. Elle continua alors d'approcher de ce dernier jusqu'à atteindre la distance minimale à laquelle elle avait le droit de se trouver de lui, et de ne jamais franchir sans son accord sous peine de représailles. Ce qui, avec les gémissements de douleur que poussait celui à terre, l'obligeait à ne même pas chercher à s'annoncer ; y comprit s'ils se trouvaient encore sur un champ de bataille.

Elle n'eut cependant pas à attendre longtemps avant qu'il ne la remarque et, comme elle ne s'attendait à rien d'autre, n'obtenir encore et toujours la même réaction inchangée à son encontre.


«Qu'est-ce que tu fous là ?! Dégage ! Dégage, et va crever hors de ma vue !»

Comme pour l'autre Farfuret, malgré la dureté de ses paroles qui continuait toujours de la blesser, elle ne fit que maintenir un air stoïque des plus complets.

«Hallayö est gravement touché et nécessite une assistance d'urgence.» Relaya-t-elle platement.

«Espèce de lâche ; évacue-le toi-même si t'es encore debout !» Explosait-il. «C'est tout ce que tu sais faire : rester planquée pendant qu'on se bat pour la survie du clan, à cause de toi ! Tu n'es même pas capable de rapporter de vraies infos d'une simple reconnaissance, et sans toi rien de tout ça ne serait arrivé! Tu n'aurais mieux fait de jamais naitre, sale maudite !»


Son impassibilité apparente ne laissait rien transparaitre, mais, à l'image d'une statue de glace, les derniers mots proférés la transpercèrent comme un pieu de roche en plein cœur. Mot pour mot, des échos refoulés de son passé lui remontèrent instantanément en mémoire. Avec la même clarté que la première fois, et qu'elle tentait désespérément de ne jamais se rappeler.


«Je suis désolée… De t'avoir fait naitre...»


Malgré chaque instant vécu proches de la solitude. Sans jamais n'avoir approchée aucun membre de son clan, ni tisser de lien avec personne. D'être habituée à subir chaque jour les mêmes réprimandes en s'étant résignée à son sort. Même après toutes ces années, ce depuis sa naissance… Cette phrase était la seule à laquelle elle ne pouvait rester insensible. Son cœur se serrait, prit dans un étau d'une douleur si terrible qu'elle lui comprimait le torse comme si elle avait subie l'Ecrasement du Blizzi, chaque bouffée d'air lui apparaissant comme autant d'Eclats Glace la perçant de l'intérieur. Une souffrance telle qu'elle lui en faisait oublier la faim qui lui tenaillait le ventre. Et un sentiment de faiblesse qui la parcourait de tout son corps à l'image d'un colosse aux pieds d'argiles sur le point de s'effondrer sur lui-même…

Elle inclina la tête d'avantage vers le sol au point qu'il n'était plus possible de voir son visage, et rassembla la moindre parcelle de force encore présente en elle intégralement pour se retenir de pleurer - deux larmes s'étant déjà écoulée pour se perdre sans trace dans la neige. N'ayant que trop bien conscience du sort qui lui était réservé si elle avait le malheur de montrer le moindre signe de faiblesse. Son ressentit en lui-même était horrible à supporter. Mais ce n'était rien comparé à se retenir du moindre soubresaut, le moindre hoquet lâché dans un sanglot qui pouvait la trahir aux yeux de ses «semblables», et n'agir comme si de rien n'était. D'encaisser ses blâmes comme elle l'avait toujours fait. Les supporter sans jamais répliquer… D'accepter ce destin comme étant le sien jusqu'à sa mort.

Regarder à nouveau cette réalité en face lui permit de calmer ses émotions et refouler ses pulsions avant qu'elles ne devinrent visibles. Tout comme ses larmes, qui cessèrent de couler, alors qu'elle renouvelait mentalement de se résigner à son sort. Elle était une maudite. Une malédiction pour son clan, et même quiconque l'approchait. Une aberration que la nature n'aurait jamais dû engendrer… Elle ne savait pas pourquoi elle était née comme ça, ni pour quelle raison elle pouvait exister. Tout ce qu'elle savait était qu'elle devait sa vie au clan, et qu'elle la lui dédirait jusqu'à la fin… C'était tout ce qu'elle avait.

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C'est alors, au même moment où elle pouvait de nouveau relever la tête sans que l'autre Farfuret n'ait noté son bref passage à vide, qu'arriva dans le même instant – presque comme surgit soudainement de nulle part – la silhouette d'un autre furet plus grand ; devant laquelle la furette rabaissa d'avantage la tête vers le sol en reconnaissant la collerette saillante d'un rouge Cardinal ne pouvant appartenir qu'à un seul membre actuel du clan. Le plus important… Et aussi, comble de malheureuses circonstances, avec lequel elle partageait un lien primal qu'il ne pouvait que renier, et devant lequel elle s'écrasait encore plus bas qu'avec l'autre Farfuret.


«Dans quel état se trouve Huurre.»

Le Farfuret, qui encore il y'a peu bouillonnait de colère, semblait lui aussi comme s'effacer devant la froideur du leader. Un ton si glacial qu'il peinait à croire qu'il puisse être employé contre lui.

«… Le bras cassé, et la mâchoire aussi. Il ne peut plus parler. Il n'arrive même plus à prononcer le moindre mot.» Parvint-il à répondre au bout de quelques secondes.

Celui-ci émit un gémissement plaintif depuis le sol enneigé par un relent de la douleur. Mais le Dimoret en resta impassible.

«Qui se bat encore.»

«Viima était encore en train de combattre la dernière fois que je l'ai vue. Vahtialla aussi, seul contre quatre Blizzi…»

«Et Hallayö…»


Ce n'était pas une demande, mais une exigence de la part du Dimoret d'une réponse claire et directe – d'une humeur le laissant tout sauf disposé à s'attendre recevoir une réponse d'ordre négative ; ironiquement raison pour laquelle le Farfuret se retenait intérieurement malgré lui de ne rien dire. Ce qui était de très loin la pire décision à prendre compte-tenu de la vitesse à laquelle se détériorait leur situation – et graduellement de mal en pis l'humeur du Dimoret qui suivait en parallèle.


«Trop gravement blessé pour pouvoir reprendre le combat, ou être évacué sans aide.» Lui fut-il platement répondu.


Le temps sembla se figer un instant. Tellement l'état du leader du clan était préoccupant que le Farfuret en avait complètement oublié la présence de «l'autre» ; bien que c'était d'elle qu'il tenait l'information attendue par celui-ci. Cependant, contrairement à la réaction qu'il pressentait terrible de la tête du clan, ce dernier ne fit que tourner faiblement la tête en direction de la «chose» ; pendant que de son côté celle-ci conservait servilement la tête inclinée vers le sol.


«Pourquoi n'est-il pas évacué.» Lui posa-t-il d'une intonation glaciale.

«Il requiert l'assistance d'un autre membre du clan.» Répondit-elle neutralement.


La question n'avait pas été émise directement à son encontre ; donnant même plus l'impression qu'elle avait été lancée dans le vide à l'attention de n'importe qui d'autre. Pourtant elle continuait d'afficher son masque d'impassibilité devant le meneur du clan, s'était contenté d'y répondre par la plus complète neutralité. Aussi, malgré qu'elle soit au bord de l'épuisement total, elle ne cilla pas un seul instant alors que celui-ci se rapprochait lentement d'elle, tandis qu'il devait percevoir tout comme elle la forme rivale du Blizzaroi se dessinant dans la tempête de façon plus nette. Comme se rapprochant inexorablement sans qu'il n'y semble prêter un seul instant d'attention… Elle ne comprenait pas son attitude, mais elle ne dit rien. Tout ce qui importait était qu'il fallait apporter de l'aide aux Farfuret blessés, mais qu'elle ne pouvait pas les approcher s'il ne lui avait pas été ordonné par le chef du clan ; et tant que ce n'était pas le cas, que le Blizzaroi se trouve à des dizaines de mètres où juste à côté d'elle ne changeait rien, elle ne pourrait pas bouger.

Lorsque le Dimoret s'approcha d'elle au point où même avec la tête inclinée vers le sol elle pouvait voir ses fines pattes inférieures retroussées dans la neige, de même qu'à entendre la venue du lourd Arbregelé se rapprocher à une vitesse alarmante, il s'immobilisa d'un coup, d'un seul. Comme si le simple fait de se trouver à une telle proximité d'elle tenait d'un effort herculéen ; ce qui était effectivement le cas. Et la surprenait d'avantage que l'approche dangereuse du Blizzaroi en sachant pourtant toute l'aversion qu'elle lui inspirait. Sans que cela ne change son attitude pour autant.


«Grave bien ces mots dans ta mémoire...» Reprit-il d'un ton subitement plus calme.


A ce brusque changement totalement inattendu, elle n'eut pas même le temps de se remettre de cet inédit l'ayant prise intégralement au dépourvue que le Dimoret se baissait à son tour pour arriver au niveau de sa tête, juste légèrement au dessus de son oreille. Une frontière si inimaginable qu'il la franchisse de lui-même qu'elle en était autant frappée de stupeur que d'inquiétude le concernant ; croyant même qu'il eut reçut une blessure sévère à la tête altérant son jugement pour s'être approché d'elle à ce point… Mais celui-ci n'avait jamais été aussi conscient de ce qu'il s'apprêtait à faire. De par l'arrivée imminente du Blizzaroi… Ces prochains mots allaient le lui prouver.

Des mots qui resteraient gravés dans sa mémoire jusqu'à sa mort.


«Il est temps que tu disparaisses.»

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Une lourde sensation d'angoisse l'ébranla de l'intérieur. Sans prévenir, alors que le choc de la déclaration la laissait hébétée sur place, incapable de réagir, les deux puissantes pattes du Dimoret allèrent l'empoigner entre ses jambes et sous son bras, et ses griffes acérées pénétrèrent dans sa chair fatiguée comme dans un fruit trop mûr pour s'y ancrer d'une sensation de déchirement insupportable.

Malgré toutes ses restrictions et contraintes qui lui étaient imposée, elle cria. Elle hurla de douleur l'espace d'un seul instant, tout ce qu'il lui était accordé par le Dimoret alors qu'il se servait de son appui dans la neige pour la soulever et la projeter de toutes ses forces en direction du Blizzaroi, tel un vulgaire fétu de bois mort.

Ce dernier, intégralement prit au dépourvut par la nature du «projectile» lancé à pleine vitesse sur lui, mit ses imposants bras givrés en croix pour recevoir et parer l'impact en recevant la furette au dernier moment. Mais tandis qu'il la réceptionnait sans subir le moindre dommage, toute la perfidie du Dimoret lui apparut devant les yeux lorsque celui-ci se trouvait juste devant lui, dans son angle mort – les deux bras occupée par la Farfuret qui lui bloquait la vision -, et se rendre cruellement compte que celle-ci servait de leurre quand, dans un cri de fureur terrible, ses deux pattes griffues parcourues d'un linceul de lumière blanche décrièrent simultanément deux arcs de cercles ascendant d'une féroce double tranche, sans aucun considération concernant la furette toujours située sur ses bras ; taillant indifféremment dans l'écorce glacée du Blizzaroi que dans la chair de cette dernière. Sans la moindre pitié ni remord…

Encore abasourdi par l'ampleur de la lâcheté du Dimoret et de la douloureuse blessure qui lui fut infligé par ce biais, et bien le Blizzaroi eut le réflexe de balancer la furette au loin en arrière pour se débarrasser du poids qui lui gênait la vision, sa garde restant en partie ouverte laissa libre court au pokémon Grifacérée pour placer une énième volée d'Eclats Glace qui allèrent se figer dans son écorce abimée d'un véritable rideau de stalactites givrée ; le faisant pousser un horrible cri de douleur alors que l'une d'entre elle lui était parvenue droit dans l'œil malgré ses tentatives pour s'en protéger.

Au même instant, son agresseur profitait de l'ultime occasion qu'il s'était offerte pour ramener ses deux griffes dans sa gueule pour les pincer de ses lèvres et pousser un sifflement incroyablement strident. Si aigue qu'il était instantanément perçut par tous les protagonistes de cette macabre bataille au travers de l'intense tempête de neige. Avant de prendre un bref élan pour se ruer dans le sens opposé au Blizzaroi en direction des siens se rassemblant au signal du repli, et profitant de la diversion semée pour entamer leur fuite dans les bois. A la plus grande rage de l'ancien leader meurtri des Blizzi, et de celle du nouveau qui voyait ses promesses de victoire lui être spoliées par toute la bassesse dont exsudaient leurs écœurants adversaires.


«Il ne faut pas qu'ils s'échappent ! La bataille est gagnée, mais cela n'aura servit à rien s'ils s'enfuient : poursuivez-les !» Ordonna-t-il en se ruant à leur suite, talonnée par le reste des Blizzi galvanisés par leur victoire et résolu à réclamer ce qui leur était dû.


Sans même qu'il ne leur fut ordonné (principalement parce qu'ils étaient les plus proches de ce dernier à ce moment là), le trio de Blizzi s'étant fait baladé par la furette allèrent à l'encontre de leur ancien leader écroulé dans la neige, râlant et rageant de douleur par les blessures infligées par le Dimoret. A leur plus grand étonnement (et surtout à leur plus grande frayeur), celui-ci se releva brutalement tout seul dans un cri de rage titanesque qui les fit – ironiquement – s'écrouler à leur tour de peur dans la neige.


«JE VAIS LE TUER !»


D'un nouvel hurlement de rage il s'arracha l'effilé bout de glace logé dans son orbite mort dans une courte trainée de fluides entre l'ambre et le bleu. Avant de saisir le plus proche des trois Blizzi d'une seule patte, comme d'un simple fétu de paille malgré l'ampleur des blessures parcourant son écorce meurtrie (témoignant sans peine celle de la rage l'habitant), pour l'amener au niveau de son visage écœurement borné et figé dans une mimique de fureur dantesque.


«OU EST-IL ! OU SE TROUVE CE SALE BÂTARD !» S'époumona-t-il sur le pauvre Blizzi.


Paniqué devant la fureur avec laquelle il était empoigné et lui donnait l'impression de pouvoir être brisé comme une vulgaire brindille, ce dernier leva à la hâte un de ses bras pour pointer dans la direction prise par le reste de leur clan.


«P-par là !»


Aussitôt le Blizzaroi enragé le jeta au sol sans retenue pour commencer à se diriger furieusement à la suite de son successeur. Mais un dernier détail l'en retint tandis que le plus malin des trois Blizzi (traduction de situation : celui se trouvant le plus éloigné du Blizzaroi) lui fit remarquer un dernier problème à s'occuper…


«Chef… Qu'est-ce qu'on en fait ?»


Le Blizzaroi se tourna dans la direction anxieusement indiquée par le Blizzi vers au loin à ce qui s'apparentait au corps de la Farfuret étendue dans la neige, en partie maculée par son sang. Et un regain de rancœur lui raviva la flamme de la frustration qui lui consumait les entrailles à sa simple vue, l'associant à la perte de son œil sans qui il aurait pu prendre sa revanche sur son maudit rival griffu.


«Qu'elle disparaisse hors de ma vue. Que jamais plus personne ne retrouve sa trace.» Lui tonna-t-il d'une colère plus froide que celui du blizzard.

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Le Blizzi acquiesça faiblement. Tandis que le Blizzaroi s'engouffrait hors de sa vue dans l'étendue neigeuse, mû uniquement par le désir de vengeance et rattraper sa mortelle Némésis. Ses deux autres ailiers suivant à ses côtés pendant qu'il restait seul derrière pour terminer le sale boulot… Parce qu'effectivement, sans s'en rendre compte (bien que surtout ne devant pas y accorder la moindre importance), il s'agissait du plus faible d'entre eux ; le même qui avait affronté la Farfuret sans n'avoir réussit à l'abattre par ses propres moyens. Et qui poussa un dernier soupir de dépit et de frustration en se rendant compte qu'il était maintenant relégué à la tâche de déblayer les cadavres. Mais sachant la fureur avec laquelle était animée le Blizzaroi… S'il n'obtempérait pas à remplir sa tâche, il ne pourrait qu'envier cette dernière.

Il se dirigea d'un air blasé en direction où se trouvait la furette. Cependant à son arrivée à proximité du corps, la surprise qui se présenta à lui fut de taille : celle-ci était toujours vivante. Elle remuait à peine dans la neige, de même à émettre de très faibles gémissements tout juste perceptibles.

Même sans n'avoir jamais jusqu'à présent abattu le moindre Farfuret (ce qui lui valait le sobriquet d'être le plus faible du groupe), il n'avait pas besoin d'en avoir tué avant pour se rendre compte que celle-ci était à l'agonie. Elle ne tiendrait longtemps avant qu'elle ne finisse par succomber de ses blessures, bien qu'elle cesse de perdre son sang en ayant toutes gelées. Qu'il intervienne ou non elle était condamnée…

D'un nouveau soupir il commença à lever ses bras vers le ciel enneigé pour se préparer à charger son attaque. Cependant, juste avant d'arriver au point culminant, un gémissement à peine intelligible lui parvint de la furette et attira suffisamment son attention pour lui faire retenir ses deux bras, et s'approcher juste d'avantage pour mieux l'entendre.


«... Pourquoi...»


Bien qu'ils furent ennemis, et qu'à cause d'elle il allait encore très certainement avoir le droit à une volée de brimades qui allaient s'étalées sur des semaines entières, il ne put s'empêcher d'éprouver de la pitié à son égard. Les deux balafres sanglantes qui ornaient son dos de long en large lui avaient été infligées par ses propres semblables, son propre chef, qui s'était servit d'elle comme d'un leurre de la plus ignoble et plus lâche des manières pour atteindre le sien (enfin l'ancien chef). Et par de qui elle était là, gisante faiblement dans la neige, alors qu'elle s'apprêtait à mourir au milieu des étendues polaires. Eloignée de tout, dans l'anonymat le plus complet… Une mort comme lui-même n'espèrerait jamais trouver.

A nouveau il ramena ses deux bras de bois au dessus de sa tête, et les joindre tous les deux en un seul point pour se préparer à lâcher le Martobois final. Il prit néanmoins de retenir une ultime fois l'inexorable pour lui accorder un dernier instant de grâce avant d'exécuter la sentence.


«Une dernière volonté… ?»


Aucune réponse ne lui vint en retour ; si ce n'était de voir une fine larme perler de la partie de son visage retroussé dans la neige, en train de geler à la commissure de ses yeux à la limite du vitreux. Qui lui faisait comprendre qu'elle ne pouvait probablement même plus l'écouter…

Voyant que cela ne servait plus à rien de retarder l'échéance. L'extrémité de ses deux bras de bois fut parcourue d'une fine lumière verte qui gagnait progressivement au fur et à mesure qu'elle gagnait en intensité. Emmagasinant de plus en plus d'énergie pour lui permettre de réduire son corps et le souvenir de son existence à l'oubli. Et enfin lui offrir la miséricorde d'une mort rapide et indolore.

Puis il sentit soudainement une prise se refermer sur l'un de ses bras, à la limite entre le blanc du reste de son corps et le vert de jade brillant parcourut d'énergie. Un nouvel imprévu qui le retint une énième d'achever sa besogne, et pour lequel il mit de côté l'exécution pour en connaitre la nature.

Et n'avoir pas même le temps de réaliser que cela était son dernier geste…

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La neige… Si froide. Si silencieuse. Si blanche…

Malgré la nuit. Malgré le blizzard. Le blanc de la neige nimbait sa vision en s'étendant à perte de vue. La neige recouvrant les steppes de son manteau immaculé jusqu'au-delà des arbres… Elle lui apparaissait désormais si brillante. Si reposante. Comme un fin linceul moelleux de flocon la recouvrant d'une douce couverture bienveillante, pour lui offrir le seul repos pouvant apaiser son âme meurtrie plus que son corps. Commençant par apaiser sa douleur. Puis apaiser son souffle. Les battements de son cœur… Lentement l'apaiser de la vie… Celle qu'elle n'avait jamais eut pour commencer…

Dans ses moments de solitudes – somme tout ce qui consistait en la norme de ses journées - elle s'était toujours posée cette question : qu'est-ce que cela faisait de mourir pour un être qui n'est pas vivant ? Cette ironie la questionnait autant qu'elle lui permettait de s'occuper l'esprit pendant ses longues périodes en solitaire dans la forêt, sans jamais réellement chercher la réponse. Car pour elle, il n'y avait pas besoin de réfléchir à un problème dont elle finirait par obtenir la solution lorsque son tour viendrait… Pourtant elle n'avait jamais cessée de se poser la question. Parce qu'elle n'avait jamais pensée un instant être réellement en vie…

Au travers de sa vision qui se troublait, d'autant par ses larmes gelées que par les flocons recouvrant doucement ses yeux d'un voile blanc, elle voyait le Blizzi auquel elle avait tant peiné à échapper la dominer de toute sa hauteur, ainsi que ses bras brillant d'un faible éclat de jade ramenés passivement au dessus de sa tête dans ce qu'elle savait apprêter rendre son dernier jugement…

Cela ne lui apparaissait plus d'une quelconque importance à présent. Elle savait qu'elle était condamnée… Non, elle réalisait qu'elle avait déjà été vouée à cette fin depuis le premier instant où elle avait ouvert ses yeux sur ce monde… Même si elle réchappait à cette attaque, qu'elle parvenait par le plus grand hasard à survivre à toutes ses blessures et surmonter tous les tourments infligés dans sa chair meurtrie, pour quoi continuerait-elle de vivre ?

A cette question cependant, elle n'ignorait pas qu'elle n'en obtiendrait jamais la réponse.

Sa vue se troubla encore d'avantage, voilée de plus en plus blanche ; comme si le ciel et la terre s'étaient confondus dans la tempête d'albâtre… Sa vision de l'imposant Blizzi ne lui parvenait plus qu'un obscur flou de vert et de marron au milieu d'un océan de blanc. Au point qu'elle n'arrivait plus même à distinguer le haut du bas, si elle était allongée ou debout…

Sa vision se brouilla d'avantage, au même rythme que les battements de son cœur de plus en plus ténus… L'image du Blizzi se confondait au point où il ne lui apparaissait plus que de blanc.

Puis elle sentit un choc, étouffé dans la neige. A peine perceptible pour ses sens qui lentement s'enfonçait dans la torpeur du froid, mais trop proches pour que même ainsi il ne lui apparaisse pas… De voir l'image du Blizzi la dominant de toute sa hauteur se retrouver à ses côtés, son corps d'écorce immobile lui aussi étendu sans un bruit dans la neige. Et d'y voir à la place se dessiner la vision d'une silhouette évanescente d'un blanc aussi immaculé que le manteau du nord…

Alors que sa vue achevait de l'amener au-delà des portes de la conscience en se voilant d'un blanc des plus complets, une dernière pensée parvint à se former dans son esprit à la vue de cette apparition ; comme lui apparaissant être le messager de la mort venu rendre son verdict, et peut-être celui devant la conduire jusqu'à son dernier lieu de repos… La conduire jusqu'à elle. Celle qui commit l'erreur de lui donner la vie au détriment de la sienne. Et enfin avoir le droit de pouvoir la rejoindre pour obtenir son pardon… Un pardon qu'elle attendait depuis le jour de sa naissance…

Lentement, l'apparition immaculée se rapprochait d'elle. Et une dernière fois, ses yeux lui accordèrent de voir la vision allant la délivrer du fardeau de son existence : celle d'un avatar d'un blanc primal, véritable incarnation du Nord. Aussi anonyme et silencieux que la neige la recouvrant de sa torpeur hivernale. Aussi présente que le Blizzard soufflant sa rage sur les steppes gelée. Et pourtant s'effaçant au travers de l'épais rideau neigeux comme d'un être existant en dehors du monde et du temps… Ce monde que lentement elle finissait par quitter, sa vision achevant de se nimber de blanc au travers d'un silence des plus absolus. Tandis qu'elle percevait la dernière image de l'apparition réclamer sa vie de son étreinte gantée de blanc…


Puis que du linceul blanc sa vision ne se dérobe à un noir immuable, et ne plus lui offrir que le calme et la noirceur des ténèbres.