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La Faucheuse. de T-Tylon



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» Auteur : T-Tylon - Voir le profil
» Créé le 19/03/2011 à 02:21
» Dernière mise à jour le 15/04/2011 à 14:40

» Mots-clés :   Présence d'armes   Sinnoh   Suspense   Terreur

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Kyouka.
(Première partie.)

Sinnoh. Floraville. Aux confins des profondeurs du chemin rocheux.

Holo-salle d'entrainement. Simulation extrême numéro 18 : Mise à l'épreuve de la maitrise du Vaapad en conditions de danger réel.

Mardi 11 Mai, 23 heures 04 minutes.



Coup ascendant par son flanc gauche au niveau de la hanche vers son épaule droite, suivit d'un demi-tour elliptique en se servant de la force accumulée dans son geste pour enchainer avec un coup descendant porté brutalement de son épaule gauche vers sa hanche droite ; tous deux esquivés par sa féline adversaire qui sautait et parait la moindre de ses attaques dans un ballet terrestre et aérien aussi sublime que mortel. Avant que, d'une tierce pirouette pour esquiver le troisième coup d'estoc porté subitement par l'Ossatueur, l'agile silhouette n'atterrisse comme une ballerine derrière lui ; et que sa tête ne roule au sol, lui faisant lâcher son Os lourdement.

Pas le temps de penser à lui que deux lames chitineuses aux reflets de jade tentèrent de la décapiter en profitant de la milliseconde où elle atterrissait pour la prendre en défaut, mais qui ne fauchèrent que le vide alors que la mortelle danseuse l'avait déjà vu venir avant même que sa programmation ne lui ordonne cette attaque et s'était baissée sous ses faux jumelles comme un pantin soudainement privé de vie, pour reprendre ses pleines et entières faculté en décochant un coup vertical aussi vif que puissant dont la lame plus tranchante qu'un rasoir eut rapidement fait de séparer l'insecte en deux parties.

Elle fit un pas feinté de plus en avançant dans l'ouverture créée dans le corps du pokémon, le gauche derrière le droit, pour entamer une rapide rotation sur elle-même en faisant rapidement tournoyer sa lame composite dans sa main droite et lui faire opérer une large suite de cercle avec autour de son corps en guise de parade, qui interceptèrent les deux attaques portés simultanément par le Kabutops et le Gallame ; en commençant par le Kabutops arrivant par sa gauche, pour ramener son coup de taille porté au torse vers la lame du Gallame sur la droite d'une habile torsion du poignet dans sa garde, les obligeant à s'attaquer mutuellement.

Profitant de l'occasion durant laquelle ils furent occupés à éviter de s'attaquer l'un l'autre (comme leur programmation d'allié les y contraignait) la Faucheuse saisit l'espace infime de cet instant durant l'esquive pour pénétrer dans la garde ouverte du Kabutops (leurs corps respectifs à même pas quelques centimètres l'un de l'autre). Elle prit appui sur sa jambe droite pour sauter au niveau du cou de ce dernier et d'en profiter pour prendre appui dessus de son pied gauche, pour enchainer sur ce nouvel appui en décochant un coup de pied retourné du droit en plein sur le visage du Gallame prit au dépourvu.

L'appui sur son cou déstabilisa le pokémon fossile en le forçant à s'incliner vers l'avant, pendant que le Gallame, frappé durement au niveau de l'œil, s'affala lourdement en arrière. Mais la terrible arlequin ne semblait n'avoir aucune limite à affiner l'art de donner la mort : ayant prévu la chute du Kabutops par l'appui de son pied gauche, elle se servit du coup porté par son pied droit sur le Gallame pour le prendre en nouvel appui sur lui afin de se maintenir dans son mouvement rotatif aérien macabre qui amena rapidement son corps entier au même niveau que sa tête plate, pour finir par se retrouver derrière lui, juste au dessus de sa nuque, avec sa lame prête à agir sans s'être arrêtée un seul instant ; puis sa tête alla rejoindre celle de l'Ossatueur dans leur condition macabre.

Toujours entrainée dans son mouvement funeste, comme une tornade de mort au tranchant froid, la féline silhouette se servit de la chute de sa victime pour conserver sa rotation et atterrir sur le sol comme une ombre sur un tableau ; aussi présente et subtile que discrète et fatale.

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Ils étaient dix au début, dix pokémons parmi les plus réputés agiles de leurs bras et de leurs armes que leur conféra la nature pour se défendre, se battre et donner la mort à leurs ennemis : un Cisayox, un Dardargnan, un Ossatueur, un Insécateur, un Kabutops, un Simularbre (dont les trois boules à chaque patte étaient de redoutables armes contondantes), un Scorvol, un Scarhino, un Vigoroth, et un Mangriff. Dix pokémons spécialisés dans le combat rapproché contre une seule adversaire humaine, armée simplement d'une fine lame à double tranchant.

Des dix il ne restait plus que lui.

Malgré la douleur, et sa vision réduite désormais de moitié par son coup placé à la perfection, le Gallame se releva plus déterminé que jamais à emporter son adversaire avec lui dans la tombe ; comme sa programmation lui permettait ainsi de représenter son état désespéré.

Sa mortelle adversaire ne releva pas.

Le Gallame usa d'un Téléport pour arriver fatalement dans le dos de l'humaine, prête à la faucher d'un double-coup de taille large visiblement sans angle mort (pour représenter ses capacités naturelles, l'hologramme changea simplement de place). Malheureusement pour lui elle s'était déjà préparée à sa tactique, et effectua un bref et rapide mouvement de recul légèrement rotatif dans le sens inverse des aiguilles d'une montre pour se soustraire au coup de taille vertical par le bas et dévier avec aisance celui horizontal porté par sa droite, et se retrouver entrainée par la force du mouvement derrière son galant adversaire. Puis, sans une once de galanterie de son côté, ni même de pitié, deux coups simultanés brefs sur les articulations de ses genoux firent perdre l'équilibre au pokémon bretteur qui, entre le mouvement d'avant par l'attaque et celui arrière de sa perte d'équilibre, le firent chuter de façon dérangeante sur place… La tête relevée en arrière.

Qui fut sectionnée sans sommation par un revers brutal de la Faucheuse.

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«Coup mortel détecté, décès des dix hologrammes pokémons confirmé. Fin de Simulation. Rapport d'analyse des critères du Vaapad par collection des données et des manœuvres mises en application : analyse en cour…»


Tandis que la SCS analysait les données collectées durant cette session, la Faucheuse quitta l'holo-salle pour s'en retourner vers la pièce principale, après avoir rangée sa lame composite dans l'armurerie ; devant le scintillement de la dizaine d'hologramme qui s'évapora en tout autant de fine distorsion virtuelle évanescente.

Elle ne prit même pas la peine de chercher à s'aérer pour ne serait-ce que se refroidir, car elle n'avait pas suée une goutte. A la place elle se contenta simplement de boire, alors qu'elle avait maitrisée sa respiration depuis qu'elle vaincue son dernier adversaire. Puis la SCS fit état de son rapport d'analyse depuis l'écran principal devant lequel elle était assise.


«Analyse effectuée. Conclusion de la simulation extrême 18 terminées : mises à l'épreuve théorique, pratique, adaptative et imprévisibilité du Vaapad complétées à plus de 98% avec un taux de réussite de 100% en condition extrême. Maitrise de la Vélocité Aérienne d'Attaque et de Parade Agressive Deceive achevée.»


Accusant la conclusion de la SCS en accord avec ses propres prédictions, la Faucheuse prit enfin la décision de retirer le vêtement qu'elle portait sur elle depuis le tout début de la session extrême : une fine combinaison parfaitement moulante composée entièrement de capteur sensitif relié à plusieurs autres bracelets noirs disposés à des endroits clé de son corps : un à chaque poignet, y comprit des pieds, suivit des articulations des coudes et des genoux, du cou, autour de son estomac, puis un dernier plus «souple» autour de sa poitrine. Chaque bracelet réagit au moindre stimulus en déversant instantanément son contenu dans le corps de la mortelle silhouette avec des implications corporelles terrible ; l'équivalent d'une décharge électrique de plus de 20.000 volts déversée directement dans son corps par le biais de centaines de fines aiguilles métallique, qui transpercent sa peau comme s'il ne s'agissait que de papier.

Mais le fait est qu'une fois qu'elle retira cet accoutrement pour se débarrasser de la gêne qu'ils représentaient (étant en même temps un handicap), en ne conservant juste qu'un petit pagne en lieu et place de sa pudeur, la blancheur immaculée de sa fine peau était vierge de la moindre cicatrice, avec les implication que cela entendait : elle n'avait pas même été une seule fois effleurée par sa dizaine de mortels adversaires, sans que cela ne soit volontairement reconnu comme induit de sa part (les stimulus ne réagissant que sur le critère qu'elle doit être prise par défaut.)

Il n'y avait eut aucun miracle ou aucune tricherie, juste une pure et entière maitrise de sa technique dans ses ultimes retranchements : le Vaapad. Cette variante de combat repose entièrement sur les compétences intellectuelles et physique de celui qui l'emploi, en visant à le pousser hors de ses limites et venir à bout de n'importe quel ennemi, même nombreux.

Le Vaapad tient dans un principe aussi délicat qu'ambigüe. Il s'agit d'un mélange extrêmement complexe de passes et de feintes, d'attaques saccadées et décousues, de parades coupées et de bottes fulgurantes. Le combattant qui l'emploi est doté d'une importante mobilité, frappe loin du corps dans des mouvements d'une grande amplitude ; une forme de combat très agressive qui garantie un pouvoir offensif et une faculté à pénétrer la garde de son adversaire sans équivoque. Mais à l'opposé c'est une forme de combat dénuée de toute implication défensive, principalement concentrée sur l'attaque. De part cette cruelle lacune, le Vaapad demande à son utilisateur une implication physique et intellectuelle de tous les instants, exigeant une concentration optimale ainsi qu'une attention continuellement exacerbée à son maximum, et donc une endurance capable de maintenir un tel niveau d'exigence qui soit tout aussi phénoménal.

Au final cette variante propose la forme de combat la plus dangereuse, puissante et imprévisible de son panel de possibilité ; l'étendant à un tout nouveau pallier mortel. Son développement s'était jusqu'à présent adapté exclusivement en fonction de la situation à laquelle elle faisait face, sans jamais n'avoir pu la standardiser. Mais désormais, même avec un bout de métal émoussé elle pourrait mettre à terre un épéiste professionnel.

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Pendant qu'elle s'afférait à remettre ses affaires dans leurs disposition habituelles, elle profita de l'instant pour vérifier l'état de son ancienne combinaison ; la première qu'elle porta et qu'elle personnalisa intégralement d'elle-même, avant la mise en fonction de la SCS : un ensemble tout aussi noir et mat que sa chevelure, doté d'un tissu correctement résistant, de nombreuse petites poches et rangements secret habillement cousus dans tous les coins sans pour autant attenter à la finesse de l'ensemble, qui pourrait ainsi la trahir pour un observateur attentif. Parmi les meilleures cache se trouvant dans cette tenue, celles qui se montrèrent les plus dangereuses tenaient dans ses manches : deux fines poches camouflées par le revers de couture à l'intérieur, mais suffisamment ouverte pour pouvoir abriter une fine dague de composite (invisible aux capteurs traditionnels, et même avancés) dans chacune d'elle ; un bref mouvement impulsif était tout ce qu'il fallait pour les faire sortir de leurs abris et atterrir dans chaque main de leur manieuse, et transpercer le malheureux lui faisant face sans qu'il n'ait le temps de rien voir venir.

Les autres poches qu'elle contenait permettait d'emporter avec elle un véritable arsenal miniature : grenade fumigène, flash, belote de fil de Mygalos et paquet de résine d'Apireine pour tendre des pièges n'importe où, des petits haut-parleurs portatif indépendant qui pouvaient plonger un ennemi, même nombreux, dans une totale confusion en se jouant de son ouïe, évidemment d'autres fine et petites lames cachées de part et d'autre pour ne jamais la laisser désarmée, sans oublier une petite poche parfaitement de réserve d'air –parfaitement hermétique- qui lui assurait quelques minutes de plus en milieu irrespirable. Mais jamais d'arme à feu ; sauf en en récupérant sur ses ennemis lorsque la situation le lui permettait. Une arme à feu et bruyante, encombrante, et absolument pas dédiée à la discrétion ou au combat rapproché (à part s'il s'agit d'une arme de poing équipée d'un silencieux et d'une lame en guise de baïonnette) ; de plus la poudre et les douilles laissent de dangereuses traces lorsqu'elle n'a pas le temps matériel de pouvoir rapidement s'occuper de l'une ou des autres. A la limite des armes à projectile basées sur la force manuelle ou à air comprimé, avec des projectiles mortels (parfois enduits de poison) tellement simple d'obtention qu'ils ne laissent aucune réelle piste exploitable derrière eux.

Ce qui était logique, la plus grande force de l'assassin isolé tenant essentiellement à l'art d'être invisible et de savoir le rester.

Mais maintenant qu'elle avait la SCS, avec la Callidus (incomparablement plus évoluée), pourquoi la gardait-elle ? La raison tenait en une seule phrase : toujours assurer ses arrières ; surtout avec du matériel ayant déjà fait ses preuves.

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Elle délaissa ses «outils» pour revenir vers la console principale, vêtue à nouveau pour la nuit dans sa demeure (en présence de l'ancienne maitresse qui dormait à poing fermé), et consulta à nouveau les données affichées à l'écran concernant la soirée de demain ; plus précisément la liste d'invité.

Elle n'en ressentait aucun étonnement, aucune surprise, aucune ironie, aucune haine, joie, mépris, dédain, euphorie, ou un quelconque sentiment d'appréhension vis-à-vis de la liste de nom défilant devant elle, alors qu'il y aurait eut de quoi… Sur le nombre de nom de la liste qui défilait, une partie plus que conséquente étaient certains de ses clients ; en commençant par la plus célèbre d'entre toute qui devrait faire une entrée «surprise» à la soirée.

Soirée qui allait promettre d'être enrichissante.

Quand aux autres affaires en cours, il semblerait qu'elles furent toutes réglées par la Ligue : le prisonnier de Rising Sun au Roc s'est montré étonnamment coopératif, et l'île de la Nouvelle Lune fut prise d'assaut quelques heures après la révélation de la base secondaire s'y trouvant ; avec l'appui du champion de l'acier de Joliberge et des forces d'intervention maritime... Pour rien : à leur arrivée la base avait été complètement abandonnée, n'y laissant qu'un ensemble de galerie vide et à moitié finies dans le complexe ; Rising Sun avait mit les voile juste à temps.

Et en ce qui concernait l'espion de la Ligue, il se trouvait que seulement une petite équipe très réduite d'employés triés sur des critères d'intégrité strictes n'ont accès à l'entretien et la surveillance du système de réseau de la Ligue, et que l'un d'eux manqua à l'appel juste avant l'attaque menée sur la base du mont Couronné ; lui aussi s'était fait la malle juste à temps. En gros, la Ligue avait fait chou blanc, mais était maintenant sure que Rising Sun avait perdu Sinnoh ; ce qui restait en soi une victoire.

Il y avait toujours le problème de remettre l'équipe d'expert de communication à plein potentiel pour pouvoir assurer pleinement un service continu, mais avec la trahison de l'un d'entre eux l'affaire se révélait délicate quand à savoir qui être sûr d'engager sans risque. Il se trouve, à l'étonnement général, que le candidat idéal fut proposé par la championne de Vestigion, avec l'appui de l'ancienne maitresse ; un certains Charles Lenant, à ce qui paraissait…

En ce qui concernait la maitresse des baies, elle était considérée comme à nouveau en sécurité. Mais bien que le service de protection officiel fut levée depuis un moment, l'ancienne maitresse et la championne continuèrent de rester à Floraville en sa compagnie (ses dresseurs étant rentrés depuis un moment) ; juste pour s'assurer personnellement qu'il n'y ait aucun problème jusqu'à la soirée (officiellement selon cette dernière.)

En d'autres termes, c'était réglé : Rising Sun allait lui foutre la paix pour encore longtemps.

Puis, concluant qu'il ne servait plus à rien d'aller d'avantage dans l'analyse d'approche de la soirée, ne laissant désormais plus l'aspect pratique qu'une fois qu'elle y sera, elle éteignit à nouveau son repaire dans ce geste définitivement monotone avant de retourner finir sa nuit dans sa demeure. Pour se préparer au bal.

Le bal de la Faucheuse.

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Sinnoh. Floraville. Demeure de la maitresse des baies, 1er étage salon.

Mercredi 12 Mai, 10 heures 34 minutes.



Comme cela était devenu son habitude dès les premiers matins à loger ici, Cynthia venait s'installer sur la terrasse du premier étage (bien plus large que celle du toit) avec une chaise pour profiter de la fraicheur de la fine brise qui faisait doucement chanter les arbres par leurs feuillages avec une tasse de thé Pecha (les feuilles sont amères mais conserve l'arrière goût sucré de la baie, ce qui rend ce thé particulièrement plaisant à boire en matinée) ; écoutant avec candeur le concert forestier qui s'en découlait.

C'est aussi depuis cette dernière position qu'elle guettait avec une certaine impatience l'arrivée imminente du petit cercle amical proche de la résidente légitime des lieux ; retenant les faibles tremblements fébriles qui trahiraient son envie presque dévorante de vouloir tout de suite leur montrer les tenues qu'elles allaient porter pour la soirée, au risque pourtant de gâcher la surprise… Elle prit donc sur elle d'attendre en se laissant complètement envahir par l'atmosphère sereine des lieux qui l'aidaient à tranquilliser ses pulsions bassement humaines de fashion victime (remarque : ça n'est pas tous les jours qu'elle aura l'occasion de voir en robe de soirée celle qui a la gentillesse de bien vouloir l'accompagner.)

En pensant à cette dernière justement, Cynthia reposa sa tasse de thé sur le petit emplacement prévu pour sur l'accoudoir de sa chaise, pour ensuite rentrer à l'intérieur et voir où s'en trouvait sa «partenaire» dans ses préparatifs.


«Alors Luna, où en es-tu ?»

Mais le bruit étouffé qui lui revint en retour était trop faible pour qu'elle en interprète le sens.

«Quoi ? J'ai pas entendue.»

Le bruit d'une porte s'ouvrant timidement fut perçu par la jeune femme, puis celle qui s'en trouvait dans la pièce en sortit tout aussi précautionneusement la tête pour l'apercevoir dans le couloir.

«Ce ne serait pas mieux de leur faire voir à nôtre retour… ?» Fit-elle presque plaintive.

«Luna, tu sais bien que l'on montre la robe que l'on va porter avant d'aller à la soirée. Sinon ça perd son sens.» Lui renvoya-t-elle entre l'amusé et le moralisateur.

«Mais… Et si ça ne leur plait pas…» Renvoyait-elle anxieusement.

«Montre-moi.» Tonna-t-elle.


Docilement, impressionnée par le caractère intimidant de la dresseuse à la réputation légendaire, la demoiselle sortit timidement dans le couloir, parue de sa robe révélée à la lumière du jour.

L'ancienne maitresse eut un moment d'hésitation, jusqu'à ce qu'un sourire attachant s'esquisse sur son visage.


«Crois-moi, ils ne vont pas en revenir…»


Alors que la demoiselle s'apprêtait à répliquer d'une nouvelle inquiétude (injustifiable pour l'ancienne maitresse), celle-ci –qui avait laissée l'accès à la terrasse ouvert- la pria gentiment de se taire alors qu'elle tendait l'oreille pour écouter ce qui lui semblait être un bruit inhabituel, et sourire en reconnaissant le timbre de voix ne pouvant appartenir qu'aux personnes qu'elles attendaient.


«Trop tard pour faire marche arrière de toute façon.» Renvoya-t-elle goguenarde.

Avant même d'attendre la réaction de la demoiselle, Cynthia se mit à la presser délicatement de retourner à l'intérieur de la pièce.

«Mais-»

«Pas le temps de geindre ma belle.» La coupa-t-elle comme une cachotière se hâtant dans les derniers préparatifs d'une surprise imminente. «Ton public arrive, prépare-toi à entrer en scène pendant que je les accueille.»

La résidente n'eut pu émettre une quelconque résistance que l'ancienne maitresse la fit rentrer dans la pièce et refermer la porte derrière elle.

«Et tu ne sors pas avant que je ne te le dise.»


Aucune réponse ; mais elle partait déjà au rez-de-chaussée sans en attendre aucune de sa part. Timing impeccable, car au moment où elle descendait la dernière marche la sonnette se mit à retentir. Mais elle n'ouvrit pas tout de suite ; elle se sentait fébrilement excitée comme une Pichu dans une centrale à la pensée de voir leur réaction à la vue de la demoiselle, dont elle savait qu'elle souriait naïvement comme une gamine en réaction. Il lui fallait se calmer et se reprendre le plus sérieusement possible ; elle avait une image à conserver après tout (mais le risque de gâcher la surprise était évidemment en première ligne de compte.)

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Lorsqu'elle estima qu'elle avait suffisamment retrouvée son calme (ce qui dura encore de nombreuses sonneries), elle reprit sa posture de dresseuse assurée habituelle, puis ouvrit finalement la porte d'entrée pour accueillir les quelques invités tant attendus ; en commençant par Florianne qui tenait une pokéball dans sa main.

A la vue de la porte s'ouvrant finalement, et de la silhouette de l'ancienne maitresse les attendant derrière, celle-ci ne put retenir un sarcasme.


«Nom d'un Medhyena, mais qu'est-ce que vous fabriquiez ; vous avez loupées le réveil aujourd'hui ou quoi ? J'étais à deux doigts de sortir Fiddlestick en pensant qu'il pouvait y avoir un problème.»

«Mais comme tu vois, il n'en est rien.» La rassura-t-elle d'une attitude purement courtoise ; ce qui fit tiquer la championne.

«Cynthia, qu'est-ce que tu nous mijotes…» La reprenait-elle d'un air suspect, mais souriante à l'idée de savoir quoi.


L'intéressée ne répondit pas de suite ; concentrant intérieurement toutes ses forces à ne pas laisser ce sourire niais réapparaitre et gâcher malencontreusement toute la surprise. Jamais, dans toute sa vie, Cynthia n'aurait pensée que cela soit aussi dur de cacher cette simple expression, naissant pourtant d'une envie qu'elle sentait presque l'étouffer de l'intérieur en ne la laissant pas s'exprimer clairement. Mais, aussi exigeant que l'effort lui demande en volonté, elle ne céda pas, et se contenta de fournir son ton formel d'usage à leur égard (même si cela lui demandait plus de temps pour enchainer.)


«Pas grand-chose.» Finit-elle par dire. «Mais entrez plutôt, je vous prie ; vous n'avez pas fait tout ce chemin pour rester bêtement dehors.»


Florianne obtempéra en emboitant le pas devant les autres invités (un sourire complice aux lèvres envers sa semblable dresseuse, et qui expliquait pourquoi elle passait devant pour ne pas le faire voir), qui étaient le petit groupe de jeunes amis de la demoiselle -à qui elle fit don de la baie Citrus Shiny et qui l'avait en partie accompagné dans sa récolte-, de Lisa en dehors de sa ball (sous le couvert d'être sa petite cousine pour éviter d'attirer l'attention), et de la matriarche qui fermait la marche (l'ancienne maitresse vit les yeux des enfants s'illuminer d'émerveillement à sa présence, ce qui lui rendait la tâche de se forcer à ne pas sourire d'avantage encore plus difficile. S'ils savaient à quoi s'attendre...)

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Une fois installés confortablement dans le salon du premier étage (leur proposant même un verre de jus de baie pour leur permettre de mieux patienter), celle-ci les laissa pour partir dans le couloir rejoindre à son tour la demoiselle dans la pièce où elle l'avait sommée de rester cachée (en glissant avant à l'oreille de la championne d'essayer de tout faire pour contrôler son sourire, car la raison de cette visite était encore totalement inconnue pour les autres invités ; ce qu'elle mettait tout son cœur à l'ouvrage.)

Cinq minutes plus tard, légèrement à bout à cause de ce silence plutôt tendu qui ne rendait pas la tâche plus aisée à la championne (voyant les enfants s'impatienter, tout comme elle), la matriarche finit par questionner la championne sur la nature de cette «surprise».


«Dit-donc, gamine, peut-on savoir ce que signifie tout ceci ?»


Florianne ne répondit pas, détournant même le regard en se sentant presque sur le point de craquer son sourire rien qu'en la voyant ; elle qui n'aimait pas sincèrement ce sobriquet, la voir réagir y réagir aussi impassiblement fit tiquer la vieille dame.


«Vous savez ce qu'elles nous préparent, n'est-ce pas ?» Fit-elle sur une pointe de perfidie en attirant sur son interlocutrice les regards des enfants.

«Je n'en sais pas plus que vous.» Déclinait-elle aussi sérieusement qu'elle pouvait ; mais se sachant pertinemment pas crédible un seul instant.

«C'est vrai ce que Luna dit de vous : vous êtes vraiment dénuée de tout talent dans l'art du mensonge.» Avança-t-elle innocemment.


Elle sentait sur elle la pression s'intensifier à chaque instant alors qu'elle se sentait de moins en moins capable d'endurer un tel calvaire. La matriarche était vraiment douée dans l'art de faire réagir les gens, et elle lui fallut tout son entrain pour rester la plus impassible possible. Mais elle sentait sa résistance s'effriter surement d'avantage toutes les secondes. Alors, puisqu'elle ne sait pas mentir, autant dire une vérité à côté pour gagner du temps.


«Ecoutez, elles vous ont conviés pour vouloir partager quelque chose avec vous en privé, et seulement avec vous. Vous pourriez au moins faire l'effort de patienter en attendant qu'elles soient prêtes, non ?»

«Mais vous, vous savez à quoi vous en tenir, n'est-ce pas ?» Affirmait-elle de ce même air innocent.

«J'ai en effet une idée d'à quoi je dois m'attendre. Mais je n'en sais pas plus que ça, et j'ai autant hâte que vous de voir de mes propres yeux de quoi il en retourne.» Avoua-t-elle.


Avant de continuer d'avantage dans la conversation, la porte du couloir finit enfin par s'ouvrir par le bruit caractéristique d'une poignée timidement empoignée. Réagissant immédiatement au son, les invités laissèrent de côté cette petite discussion pour guetter fébrilement l'arrivée du couloir… Et voir en sortir la Roserade de Cynthia.


«Si vous tenez à ce point à ce qu'on vous montre la surprise, il va falloir fermer les yeux.» Argua cette dernière depuis la pièce, toujours cachée dedans. «Et pour s'assurer que vous ne trichez pas, Anelle va vous bander les yeux avec ses lianes. Sinon on ne sort pas. C'est d'accord ?»


La pokémon plante s'approchait déjà d'eux en prévision de leur réponse, et ne masquait pas du tout son sourire jubilatoire en imaginant d'avance leur réaction. Que ce fut par la curiosité qui les rongeait de l'intérieur depuis le début, ou par le sourire très éloquent de la Roserade, les invités acceptèrent la condition de l'ancienne maitresse (même Flo dû s'y plier.) Leurs yeux furent bandés par les lianes d'Anelle qui y mit toute la délicatesse du monde à les rendre aussi agréable au toucher que s'il s'agissait d'un tissu inoffensif, puis confirma que la voie était libre pour que les demoiselles fassent leur entrée.

La porte s'ouvrit de nouveau lentement dans un son emplit de formalité, suivit ensuite de bruit de pas à talon claquant de façon poignante sur le sol, dont chaque écho supplémentaire qui se rapprochait rendait de plus en plus impatients les invités (une véritable torture d'attendre.)

Quand finalement les bruits de pas s'arrêtèrent à ce que Florianne savait jauger comme étant à juste un mètre d'eux (son impatience poussée au paroxysme), elle sentit une faible pulsion parcourir le lien végétal qui lui bloquait la vue, et enfin finalement se défaire pour chacun d'entre eux. Leur permettant d'admirer la surprise… De leurs… Propres… Yeux…

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Telles deux nymphes semblant sortit tout droit d'un conte de fée, parées d'un tissu paraissant venir d'un autre monde tant il défiait les lois de la physique par son apparente légèreté, les deux jeunes femmes éclipsaient la pièce de leurs présences aux silhouettes fines et délicate comme une fleur : vêtues de robes longues arrivant un peu plus au dessus des chevilles mais qui gardaient une contenance magique toute aérienne, les bords inférieurs glissant au sol avec la même sérénité que les pétales d'un cerisier ayant chu devant la douce brise d'été, tandis que leurs bras étaient épurés de toute parure et laissés à nu tels qu'ils leur furent offerts par la nature.

Mais le génie du créateur ne s'arrêtait pas là, ou inversement commençaient les différences entre les demoiselles : la première de blanche, pour celle aux cheveux noirs, voyait le tissu lui recouvrir le haut se séparer en fines bandes qui se croisaient une fois au niveau du cou, en laissant une fluette ouverture qui laissait une subtile vue sur la partie dénudée de sa poitrine, pour finir par se croiser à nouveau dans l'ample surface dénudée à l'arrière qui maintenait le tout dans une architecture de couture maitrisée à la perfection(mais recouverte d'un fin voile soyeux qui cachait à la vue de tous les trois balafres qui ornaient toujours son dos). Quand à la seconde de noire, pour celle aux cheveux blonds, qui conservait sensiblement le même principe, gageait toutefois d'être encore plus simple et avenante que sa semblable, car au lieu de deux bandes il n'y en avait qu'une dont chaque extrémité partait des côtés de son buste en poursuivant naturellement la courbe de ses poitrines jusqu'à son cou, où elle s'y enroulait comme une frêle écharpe qui maintenait l'ensemble aussi inflexible que gracile ; en laissant contrairement la même forme de surface arrière que l'autre demoiselle complètement dénudé.

Alors qu'il y'avait quelques instants où leur apparente fébrilité soulignait l'impatience qu'ils peinaient à contenir, les invités –tout âge, sexe et nature confondues- étaient maintenant figés. La perfection vêtit qui les recouvrait était sans défaut : pas un millimètre carré de tissu n'avait pas sa place, son utilité, ou ne semblait pas être placé là sous une quelconque forme d'excentricité ou d'erreur ; leurs robes s'enveloppaient autour d'elles avec la frivolité d'un drap qui épousait et soulignait leurs formes comme une seconde peau taillés dans les fibres d'une fleur aux proportions improbable. C'était comme si l'artiste avait cueillit chaque pétale de chaque fleur reflétant l'essence de l'albâtre et du jais pour en tirer le fil de blanc et de noir avec lequel il allait exprimer son art au travers du chant de son rouet, sans ne gâcher un seul morceaux fibreux, fusse-t-il même infime, dans la mélodie de son âme créatrice…

Comble de l'incroyable, aucun artifice superflu ne venait dépeindre cette représentation parfaite de la beauté à l'état naturel : aucun maquillage, aucune retouche sur la peau, et aucune parure quelconque ; bijou, bracelet, collier… Elles se présentaient à l'état le plus naturel qui soit. Car si la demoiselle avait acceptée de l'accompagner de façon seyante à la soirée, elle ne souhaitait définitivement pas s'y rendre comme une mannequin qu'on exhibe pour être pointée du doigt (ce qui n'était de toute manière pas dans les intentions de l'ancienne maitresse ; ce qui allait sans doute se révéler être une précaution inutile de toute façon, vu leurs apparences.)

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Florianne en était statufiée, comme pétrifiée par la plus incroyable scène qu'elle n'ait jamais vue jusqu'à présent (rivalisant sans peine avec l'évènement matinal de sa ville) ; Cynthia avait même retirée ses accessoires dans sa chevelure, jusqu'à même la brosser toute en finesse pour lisser ses boucles et obtenir la même douceur et souplesse que celle de sa voisine. Donnant l'image aussi saisissante qu'incroyable de voir les deux faces de l'ombre et de la lumière personnifiées ; opposées tout en restant indissociables l'une de l'autre.

Outre ses yeux qui ne pouvaient cesser de fixer les demoiselles aux allures de princesses, sans pouvoir même penser à cligner des yeux (à en avoir oublié le geste), sa bouche toute entière jusqu'à ses cordes vocales était intégralement paralysées. Elle restait là, assise, incapable de réfléchir ou penser à dire quelque chose, ne pouvant que se contenter de fixer les deux jeunes femmes avec l'ironique même intensité que si elles avaient été des apparitions éthérées.


«Alors, Florianne, on a donnée sa langue au Chaglam ?» Lui fit doucement la déesse de combat.


Elle ne répondit pas. L'intéressée restait figée et incapable de formuler la moindre réponse, même pour ne dire n'importe quoi. Ses lèvres peinaient à suivre sa pensée déjà désorientée, et se ne purent que former des esquisses pataudes de tentatives infructueuses à communiquer ; comme un Ramoloss hésitant pendant trente secondes à se servir d'une attaque rugissement.


«Flo… C'à va ?» Continua soucieusement l'autre dryade plus timide.


Sortant finalement de sa transe, bien qu'encore complètement sous le choc, Florianne confirma son état de santé d'un très faible hochement de tête vis-à-vis de la demoiselle pour l'en rassurer. Puis enfin, lorsque ses yeux commençaient à éprouver le besoin de cligner pour hydrater leurs surfaces faiblement asséchées par leur contact prolongé à l'air libre (dû à l'intense fixation de la championne), cette dernière put récupérer en même temps un peu plus de ses esprits, pour parvenir finalement émettre naïvement, mais sincèrement, le fond de sa pensée.


«Sublimes…» Résuma-t-elle simplement.


Bien que sa nature un brin hautaine devait en tirer une intense satisfaction, l'ancienne maitresse détourna faiblement le regard en se gratouillant la joue, rendue rouge de gêne par le compliment de la dresseuse sylvestre dont la sincérité lui alla droit au cœur. Tandis que de son côté, cette gêne profonde, et la satisfaction inavouable allant avec, Luna l'arborait toute penaude en serrant timidement ses mains le long de son corps.


«… C'à te plait ?» Hésita cette dernière pusillanime.


Ses réflexes d'habitude en réaction au caractère outrageusement docile de la demoiselle la réveillaient d'avantage. Si ça lui plaisait ? Elle va juste passer outre le fait que leur simple vue l'avait complètement bloquée sur place comme un Simularbre en période estivale. Mais comme elle ne se voyait vraiment pas capable d'oser relever un sarcasme à cet instant, elle se contenta juste d'acquiescer de la tête.


«Luna, sérieusement, tu es magnifique…»

Elle resta quelques instants à ne pas savoir quoi dire, puis se tourna vers la matriarche en se rappelant qu'elle n'était pas seule.

«Et vous, qu'est-ce que vous en dîtes ?»

Mais le truc était que cette dernière était toujours bloquée dans sa position assise, comme mise sur pause.

«Grand-mère ?» Réitérait-elle interloquée par son absence totale de réaction.


Même si cela pouvait paraitre rude et emplit de sous-entendus peu flatteurs vis-à-vis de la matriarche, ne serait-ce que par respect pour son âge, Florianne se mit à faire plusieurs passages de la main en va-et-vient devant elle pour tenter de la faire réagir ; dont le geste finit par attirer l'attention des enfants quand ils virent que la grand-mère ne réagissait toujours pas au bout de plusieurs passages.


«Mince, je crois qu'on a perdu la vieille !» Conclut-elle d'une exclamation alarmante.

Ce qui fut instantanément infirmé quand «la vieille» en question prit son sac à main pour donner un coup correctionnel sur le dessus du crâne de la championne.

«Aïe ! Je retire ce que j'ai dis : la vieille est alerte !» Continuait-elle en se protégeant des représailles de la matriarche.

«Je m'en vais vous apprendre à respecter vos ainés, fichue garnement !»


Le fait de voir la grand-mère aussi vivace que d'habitude en passant ses nerfs sur la malheureuse dresseuse eut vite fait de rassurer aussi bien les enfants que les demoiselles, et même d'enchainer sur un rire qui délivra l'atmosphère de cette tension silencieuse.

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Quand elle finit par se calmer et arrêter de s'en prendre à elle, la championne ne manqua pas une nouvelle fois d'exprimer le fond de sa pensée.


«Avec une telle matriarche, pas étonnant que Floraville n'ait pas besoin d'arène ou de champion.» Releva-t-elle humoristiquement, mais obtenu un nouveau coup de sac en traitre sur la tête. «Hey ! C'était pourquoi ça ?!»

«Simplement parce que je n'aime pas les garnements qui relèvent des évidences.» Rendit-elle hautainement.


La championne marmonna quelque chose à voix basse d'intentionnellement provoquant, bien qu'inaudible, mais la matriarche n'y donna pas suite alors qu'elle reprenait son sérieux en reportant son attention sur les jeunes femmes.


«Luna, Cynthia, vous êtes tout simplement radieuses.» Déclara-t-elle tout aussi posément. «Qu'en pensez-vous les enfants ?»


Les garçons en étaient encore sous le choc, et surtout indisposés à répondre par leur puérile fierté masculine (normal à cet âge là) ; mais l'arrêt brutal dans lequel ils furent fixés comme le reste des autres spectatrices était déjà une réponse en elle-même. Les filles se firent évidemment moins coincées, mais tout aussi puériles dans leurs réactions (ce qui n'était pas un mal.)


«Vous êtes trop trop belles !» S'exclama sans retenue Cécile, littéralement en extase devant l'ancienne maitresse.

«Trop jolies…» Continuait plus calmement Emilie, un regard pleinement envieux qui reflétait son désir de pouvoir être aussi belle.

~Vous ressemblez à des princesses…~ Termina sobrement Lisa, avec le plein et entier accord général.


Les deux jeunes femmes rougirent de gêne. Bien qu'elles restent des enfants, par définition impressionnables (y comprit la petite dernière ; quoi qu'ayant de l'expérience dans le domaine, elle pouvait parler en connaissance de cause), leurs compliments venaient du cœur et elles les percevaient comme tels.


«Je ne me souviens pas avoir jamais assistée à aussi belle présentation depuis le mariage de mon fils.» Reprit la matriarche. «Mais il vous reste encore un dernier détail pour que tout soit parfait.»


Interpellés par la réflexion de la vieille dame, les demoiselles et les autres invités l'observèrent avec curiosité prendre son sac sur ses genoux (le même dont elle s'était servit sur la championne d'un tout autre usage), en extraire une petite boite en bois léger, et écarquiller les yeux de surprise en la voyant en sortir deux roses de couleur différentes : l'une noire et l'autre blanche.


«Blanche et noire ? Mais- comment vous saviez ?!» Reprit la championne éberluée.

«Simple question de feeling, ma chère.» Lui répondit-elle aimablement. «Nôtre chère et excentrique dresseuse à l'origine de la raison de nôtre venue à des goûts plus que prévisible en matière de couleur, quand ça n'est pas toute l'île –en commençant par nôtre spécialise et fan des champions ici présente- qui en soit au courant. Quand à nôtre aimable maitresse des baies, vous avez choisies de la nommer par son nom de famille pour éviter quelques petits lapsus de conversation ; et aux dernière nouvelles, sauf rares occasions, la lune est blanche.»


Un certain silence s'installa envers la matriarche, dont la petite démonstration eut vite fait d'attirer l'admiration et le respect des autres invités. Cette dernière prit ensuite calmement à nouveau son verre de jus de baie, d'une attitude un peu hautaine, et en sirota une petite gorgée avant de l'avaler silencieusement.


«C'à, et aussi le fait que le seul tailleur de la ville sait aussi très bien tailler une bavette devant un verre de gnôle.»

Les dresseuses et les enfants se mirent à regarder la vieille dame avec un air stupéfait l'espace d'un instant, avant de virer au sourire d'amusement pour Cynthia et celui du léger dépit pour Flo.

«Vistelle !» S'exclama la jeune demoiselle.

«Luna, soit réaliste : you can't hide nothing to Big Mama.» Répliqua-t-elle en maintenant son verre par la paume de sa main et en faisant tourner le liquide d'une imitation grotesque d'un parrain de la mafia.

«Enfin, ne sors pas de telles allusions de ta série devant les enfants ! Je sais que c'est ta préférée, mais tout de même !»

«Luna, c'est que tu peux être coincée des fois ma pauv' fille.» Continuait-elle dans son indécent trip.

«Vistelle !»

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Alors que la matriarche était au prise avec l'hôtesse des lieux, les gamins et les dresseuses s'étaient mit à rire devant le numéro splendide que leur avait sortit la grand-mère (même Lisa.) Il n'y avait pas à dire, elle avait des ressources et savait les faire jouer. Finalement la maitresse des baies intervint entre elles pour calmer le jeu, pendant que Cynthia expliquait où elles se rendaient pour la soirée (étant au courant qu'elles devaient se rendre quelque part pour une occasion spéciale, mais ne sachant pas de quelle nature elle était.)

Une fois séparée l'une de l'autre, la plus «expérimentée» des deux ne put s'empêcher de relever un nouveau sarcasme insidieux.


«Je vois au moins que vous savez comment gérer un problème de couple.» Renvoya-t-elle narquoisement. «Remarque, cette soirée est l'occasion de régler le problème du célibat pour chacune de vous deux.»

Elle plissa malicieusement les yeux envers l'espace dénudé de leurs robes respectives.

«Et quelque chose me dit que vos chances de succès sont inversement proportionnelles à la taille de vos fenêtre d'opportunité respectives.»


Les trois jeunes femmes la regardèrent complètement abasourdies devant l'audace de la vieille dame ; qui réussissait l'exploit de faire sortir Luna hors de ses gonds habituels (et qui devait sans doute être la seule capable de le faire.)


«VISTELLE !»

Son exclamation impressionna les dresseuses de par sa forme inédite pour eux, mais ne fut pas même un frein pour la matriarche qui continuait son manège effrontément.

«Allons Luna, tu sais bien qu'on attrape mieux les Scarhinos avec du miel qu'avec du vinaigre ; et vous êtes bien parties pour en attirer tout un troupeau avec ce genre d'appât.»


Les deux invitées pour la soirée en restèrent interdites ; Luna était statufiée et bouche bée, là où Cynthia affichait un sourire aussi amusé qu'ébahit. Quand à Florianne, elle s'était mit à pouffer de rire en se retenant difficilement, avant de craquer pour rire franchement (devant les enfants rendus complètement largués par le changement de teneur de la conversation.)


«Ha ha ha ha ha ha haaa ! Si les dresseurs de mon arène étaient là ; je paierais cher pour voir leurs têtes !»

Rire qui se transmit à l'ancienne maitresse, mais pas à la demoiselle (qui baissa les épaules d'un profond dépit à la place.)

«Vous êtes vraiment pleine de vie pour vôtre âge.» Reprit-elle encore riante. «Je suis sûre que vous vous entendriez à merveille avec ma grand-mère.»

«Carolina ? Ouh, ça fait une paie que je l'ai pas vue ; et surtout une sacrée trotte vers Célestia pour justifier un pot entre amie.»

Les dresseuses cessèrent de rire à l'évocation du prénom de la grand-mère de Cynthia.

«Vous connaissez ma grand-mère ?» Reprit-elle surprise.

«De l'époque où elle était dresseuse.» Confirmait-elle d'un sourire en coin. «Et bien oui, à l'époque, par où croyiez-vous que les dresseurs étaient obligés de passer pour continuer vers Rivamar ?»


Le trio resta pantois un instant en connaissant la réponse et se souvenant où travaillait la matriarche à l'époque : à la station Balnéaire de Tadelle, qui était vraiment un point de passage incontournable pour la ville Phare ; elle le reste toujours d'un certain point de vue. Mais les nombreux détours qui virent le jour entre temps rendaient la tâche plus aisée et moins restrictive. Quand aux enfants, ceux-ci regardaient leur grand-mère (la considérant comme sans tenir compte des liens du sang) avec un regain d'intérêt et d'estime ; elle leur avait cachée qu'elle connaissait une proche parente de la déesse de combat depuis longtemps. Qu'est-ce qu'elle pouvait leur cacher d'autre encore…


«Vous êtes vraiment pleine de surprise, Vistelle.» Reprit l'ancienne maitresse impressionnée.

«Je confirme, vous êtes vraiment épatante.» Renchérit la championne sur le même ton.

«Et encore, mesdemoiselles, je vous assure que vous n'avez rien vu…» Rendit-elle espiègle.

«Pitié, ne la tentez pas. S'il vous plait…» Intervint plaintivement la demoiselle.

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Quelques petits rires de plus furent émis au détriment de la spécialiste des baies. Puis la matriarche somma aimablement à la championne de bien vouloir l'aider en lui tendant la rose blanche, pendant qu'elle-même s'approchait de l'ancienne maitresse avec la rose noire ; celle-ci se pencha légèrement pour permettre à la grand-mère de la lui accrocher sur le côté, au dessus de l'oreille droite.

Comprenant bien ce qu'on attendait d'elles (bien que cela reste embarrassant), Flo s'approcha à son tour de la demoiselle avec la fleur blanche et, avec délicatesse, l'accrocha sans défaut dans sa chevelure sur le côté opposé par rapport à Cynthia, par-dessus l'oreille gauche.

Elle et Vistelle se reculèrent alors de quelques pas pour voir le résultat, qui fut des plus saisissants. Mise côté à côte avec les deux fleurs aux couleurs opposées qui contrastaient avec leurs chevelures, tout en s'associant parfaitement à celles de leurs robes respectives, les deux jeunes femmes étaient pratiquement la définition même de l'antithèse du reflet : l'une souriante et ouverte vêtue de noir, et l'autre discrète et réservée vêtue de blanc.

Mis à part le jaune éclatant de la chevelure soyeuse de l'ancienne maitresse, elles étaient presque identiques. La matriarche était définitivement pleine de ressource et avait eut totalement raison : c'était parfait. Il n'y avait rien de plus à rajouter.


«Si avec ça il n'y a pas au moins toute la partie masculine de moins de trente ans qui tombe à genoux devant vous la seconde après vôtre entrée, c'est qu'ils sont tous aveugles ou mariés.» Conclut la grand-mère.

«Même mariés, je les verrais bien fortement hésiter.» Renchérit Flo.

«Au fait, pourquoi ne pas avoir cherché à les accompagner ?» Reprit la matriarche en se tournant vers elle. «Contrairement à ce que vôtre tempérament de gamine laisse voir, je suis sûre que vous pourriez être au moins aussi ravissante en tenue de soirée.»

La championne sourit légèrement d'embarra au compliment de la vieille dame, avec un petit regard en coin vers ses deux amies, avant de retourner plus calmement vers elle.

«J'ai mes responsabilités en tant que championne d'arène vis-à-vis de la Ligue, et j'ai déjà suffisamment bien abusée de ses avantages en prolongeant mon séjour ici plus que nécessaire. Car, vous allez rire, mais il reste toujours des dresseurs avides de gloire qui espèrent sincèrement un jour renverser Louka ; mais sans moi à affronter pour mon badge, ça risque d'être problématique pour arriver au conseil 4.» Fit-elle d'un petit sourire à l'attention des deux garçons. «Et puis vous l'avez dit vous-même, et ça me coûte de le reconnaitre, mais je ne saurais pas garder mon calme dans ce genre de soirée.»

La matriarche acquiesça à demi-oui d'un hochement mitigé de la tête, pour signifier «c'est pas faux» sans pour autant paraitre vexante. Puis se tourna à nouveau vers Cynthia.

«Au fait, avec pareil accoutrement, avez-vous de quoi vous défendre une fois sur place ?» S'enquit-elle posément. «Je connais bien ce genre de soirée pour avoir cuisiné pour certaines d'entre elles, et il y'a toujours au moins un Sharpedo ou deux qui cherchent à profiter bassement de l'occasion pour tirer leur épingle du jeu.»


A peine eut-elle finit sa phrase que l'ancienne maitresse s'avança vers une chaise, y posa une de ses jambes dessus en tenant en équilibre sur l'autre, commença à relever délicatement sa robe par-dessus cet endroit là de plus en plus proche de son intimité (devant les regards de plus en plus consternés par la championne, la matriarche et les enfants –somme tout curieux quand même-, et celui juste inversement dépité de la demoiselle), pour en montrer une forme de holster seyant de couleur noir sur lequel était accroché trois balls.


«Et c'est pareil sur l'autre jambe.» Déclara d'elle d'un sourire avenant.


Florianne était sans doute la seule qui en fut médusée dans le lot. Mais les enfants regardaient à nouveau l'ancienne maitresse avec des étoiles dans les yeux, même les garçons : c'était assurément la classe. Quand à la matriarche, elle se contenta juste de sourire de façon un peu bête en hochant la tête comme un Qulbutoké.


«Toi tu me plais chérie.»


L'ancienne maitresse sourit au compliment de la vieille dame, pendant qu'elle démontrait en pratique l'utilité de son système en rappelant sa Roserade dans sa ball et en l'accrochant sur le holster de la jambe présentée. Avant de les cacher à nouveau sous sa robe et se remettre calmement debout comme si de rien n'était ; personne ne pourrait soupçonner qu'elle reste potentiellement aussi dangereuse que d'habitude dans une tenue aussi légère. A l'image des ronces voilées par la splendeur de la rose (comme celle qu'elle portait.) Une vraie femme fatale.


«Content que ça vous plaise.» Reprit-elle. «Maintenant il n'y a plus qu'à se changer à nouveau pour se préparer à partir vers Unionpolis.»

«Vous partez déjà ?» Releva Cécile d'un air vraiment déçu, suivit par les autres.

«Et bien oui, on ne va pas faire tout le chemin en vol habillées comme ça sans risquer un bon rhume ; avouez que ça serait un peu bête.» Renvoya-t-elle tout doucement sans mauvais fond pour ne pas la brusquer.

«Et comment vous allez faire pour les journalistes ?» Releva à nouveau Vistelle. «C'à n'est pas une telle opportunité de vous mitrailler qu'ils laisseraient filer.»

«J'ai réservée le dernier étage d'un hôtel de luxe à Unionpolis qui nous garantis l'anonymat et de tenir à l'écart tous ces gêneurs si jamais ils venaient à l'apprendre.» Répondit-elle simplement.

«Le dernier étage ? Oh je vois…» Reprit Flo d'un petit sourire en coin en saisissant la finalité derrière ; confirmée par Cynthia d'un regard en coin.

«Mais vous allez au moins prendre quelque chose avant, non ?» Continua timidement Emilie.

«Ne t'inquiète pas Emilie, nous n'allons pas partir le ventre vide.» La rassura-t-elle gentiment.

Pendant que la petite fille rougissait d'avoir été appelée par son nom par l'ancienne maitresse, l'abordage du sujet nourriture fit interpeller à nouveau la matriarche.

«Au fait, j'ai cru comprendre que Luna vous aurais fait goûter nôtre meilleure spécialité locale : comment l'avez-vous trouvée.»


Immédiatement l'ancienne maitresse perdit son sourire pour détourner le regard, comme n'ayant pas entendue la question, pendant que la championne et la demoiselle s'étaient mises à sourire d'un franc amusement ; ce fut cette dernière qui leur répondit au final, bien qu'indirectement.


«Avez-vous jamais vu un Togékiss ?» Demanda-t-elle innocemment.

«Non.» Répondirent les enfants (sauf Lisa, qui elle s'était mise aussi à sourire en sachant pourquoi.)

«Le jour où vous en voyez un, imaginez de lui rajouter une chevelure blonde comme la sienne et je vous assure que vous n'aurez rien loupé.» Finit-elle en étouffant un rire.


Bien que ne comprenant pas vraiment ce qu'elle voulait sous-entendre par là, le fait de voir l'ancienne maitresse curieusement embarrassée et, plus étonnant encore, Luna qui s'en amusait, était tout ce qu'il leur fallait comme raison pour rigoler à leur tour.

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Mais avant de conclure, Florianne fit allumer sa pokémontre pour en sélectionner la fonction capture d'image devant le duo de princesse.


«Il faut immortaliser l'instant ; qui sait quand ça pourra un jour se reproduire.» Argua-t-elle souriante.

«Flo, devrais-je te rappeler que tu te trouves dans une zone noire ?» Rappela doucement Cynthia d'un ton faussement menaçant.

«Si c'est elle, ça peut aller…» Confirma Luna.

«Tu vois ?» Renvoya la championne d'un sourire raillant.

«Juste… Pas de flash, s'il te plait.»

«Ok.» Accepta-t-elle d'un nouveau sourire, trop ravie de cette occasion.


C'est si rare d'obtenir une photo d'elle, même en privé, qu'elle n'en loupa rien côté exigence pour qu'elle soit la plus réussie possible (ironiquement, à l'approbation générale du public.) Elle les fit prendre toutes les deux la pose comme pour un magazine de mode (même si ça restait un plaisir purement personnel ; sadique qu'elle était) Elle les fit se tenir côte à côte, Luna à gauche sur la photo et Cynthia à droite, se tenant la main le long du corps en faisant un pas en avant et tournées d'un angle trente degré vers leurs côtés respectifs, tandis qu'elles posaient juste leurs regards en même temps sur l'objectif ; comme les deux faces opposées d'un miroir inversé rejointes uniquement par cette fluette poignée de main.

Plus que la touche finale avant de prendre la photo.


«Souriez…» Fit-elle lentement en clignant l'œil pour mimer un vrai photographe. «… Et dîtes : Lixy !»


Les deux demoiselles reprirent en même temps, bien que chacune selon leur nature, et le bruit caractéristique d'un appareil photo en action fut émit par la pokémontre pour indiquer que l'image avait été bien prise. Ce qui fut le cas lorsqu'elle s'afficha en très bonne définition sur l'écran de cette dernière, qui montrait Cynthia aussi radieuse que d'habitude avec un sourire à en faire tomber n'importe quel mâle célibataire, et un bien plus timide pour Luna ; qui pourrait en attirer tout autant.

Cela correspondait tellement bien au thème des différences qui les caractérisaient toutes les deux qu'il n'y avait aucun besoin de recommencer : c'était une photo impeccable dans tous les sens du terme.


«Satisfaite ?» Releva l'ancienne maitresse en regardant elle aussi la photo, tout en sachant parfaitement qu'il ne pouvait n'y avoir qu'une réponse.

«Presque…» Répondit-elle en étonnant cette dernière. «Il faut juste la développer sur papier pour que je puisse rentrer tranquille avec.»

~Et nous ?~ Releva posément Lisa.

«Privilège oblige : la championne en première !» Renvoya-t-elle d'une exclamation franche en cachant sa pokémontre hors de leur portée.

«Alors voilà qui m'étonnerait beaucoup, gamine.» Contra la matriarche.

«J'ai six pokémons entrainés et parés à toute éventualité.» Répliqua narquoisement Flo.

«Et moi je possède une arme secrète contre laquelle vous n'avez aucune chance.» Contra-t-elle de nouveau.

«Ah oui ? J'aimerais bien voir ça.»

Immédiatement Flo regretta d'avoir fournit la justification qu'elle attendait en voyant son visage s'illuminer d'un sourire vengeur… Reprit par ses quatre petits compagnons.

«Les enfants : attaque chatouille !»

«Oh nan !»


La championne tenta la fuite d'urgence, mais trop tard. Dans un cri d'approbation général : la demi-huitaine de petit monstre se jetèrent sur la championne en l'assaillant de toute part sur les côtés du ventre et des aisselles, la faisant s'effondrer sur le sol de rire sans lui laisser la moindre chance de se défendre.


«C'est pas juste !» S'exclama cette dernière au travers de ses rires mélangés à ceux des enfants.

«Mais tu l'avais bien cherchée…» Reprit Luna.

«Tricheuse, je savais que tu allais te venger !» Elle s'interrompit suite à une nouvelle vague de chatouille. «Utiliser tes petits amis pour m'atteindre, c'est bas !»

«Mais imparable.» Statua la matriarche qui se tenait autoritairement au dessus d'elle. «Rends-toi maintenant, ou prépares-toi à subir pire châtiment encore.» Tonna-t-elle de sa voix grave.

«Jamais !» Renvoya-t-elle en s'accrochant à sa fierté.

«Très bien.» Conclut-elle gravement. «Les enfants : les chaussures...»

Immédiatement la championne vira au pâle, là où les regards des enfants prirent la teinte du prédateur.

«Non, tout mais pas ça !» Fit-elle effrayée. «D'accord, d'accord, je me rends ! Mais pitié, pas les pieds !»


D'un claquement de doigt sec la matriarche fit signe aux enfants d'arrêter et ces derniers obéirent, bien que déçu de ne pas avoir pu aller plus loin. La dresseuse d'élite était toujours prostrée sur e sol, à reprendre tant bien que mal sa respiration, tandis que la résidente des lieux s'approcha doucement d'elle au même niveau.


«Bienvenue dans mon monde.» Dit-elle simplement.

«Merci…» Releva-t-elle d'ironie avec le peu de force qui lui restait.


Lisa et Cynthia se régalèrent délicieusement de la scène pendant qu'elle fut jouée, et en rigolait encore alors qu'elle s'arrêtait. Puis, à la vue de l'heure sur la pokémontre de la championne, récupérée par la grand-mère (les demoiselles en robes en étaient dénuées pour le défilé), celle-ci mit fin aux tergiversations en cours alors que la demoiselle aidait la championne à se relever.


«Bien, vous nous avez offert ce véritable cadeau en avant-première, c'est donc à moi de vous rendre la pareille.» Déclara-t-elle aimablement. «Changez-vous et préparez vos robes pour le voyage, je vous invite tous à la maison pour le repas.»


Une approbation générale s'ensuivit, faisant même relever la championne encore plus vite à l'idée de goûter à nouveau à sa cuisine (devant le regard aussi dépité qu'amusé de la demoiselle aux baies.) Et, une fois les préparatifs terminés, celle-ci conclut la marche en fermant la porte derrière elle avant de prendre la direction de Floraville. Puis d'Unionpolis.


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Sinnoh. Route 212 A. Manoir Pokémon de Mr. Décorum, grille d'entrée.

Mercredi 12 Mai, 20 heures 25 minutes.



Officiellement la soirée avait déjà commencée depuis presqu'une demi-heure, mais certains invités furent arrivés en avance avant 8 heures (en espérant à tort éviter les journalistes) et continuaient à arriver pour d'autres dans de somptueuses voitures rivalisant de raffinement et de luxe entre elles, qui pénétrèrent lentement dans l'imposante propriété à couvert derrière les vitres fumées de leurs carrosses mécanisés (sur lesquels reflétaient inutilement les nombreux flashs du matériel high-tech des paparazzis, qui s'acharnaient sur eux jusqu'à ce qu'ils entre dans la zone noire dans laquelle ils ne pouvaient rien faire.)

Parmi eux, l'un des journalistes finit par s'extraire de la masse pour se mettre en retrait par rapport à tout ce monde (et retrouver de l'air bon sang !), puis finir par s'assoir sur le capot de sa voiture de fonction. Son coéquipier le rejoignit rapidement, lui aussi à bout, mais moins énervé que son collègue.


«Putain, mais c'est une perte de temps cette connerie !» S'exclama-t-il en jetant la sacoche de rangement de son appareil de frustration (vide, l'appareil restant pendu à son coup.)

«Tu l'as dit.» Le rejoignit l'autre en ouvrant la porte de la voiture pour déposer son attirail. «Quel intérêt d'inviter tout ce beau monde à la fête si on peut même pas prendre de photos potables autre que celles de leurs bagnoles ? Y'a qu'un fana de caisse de luxe qui pourrait y trouver son compte, et j'ai pas signé pour ça.»

«Ouais, sérieux quoi, faut attendre que tout le monde soit arrivée et que ça soit confirmé par l'hôtelier pour qu'on puisse avoir le droit de rentrer, et ne prendre uniquement que des photos des invités qui sont d'accord pour qu'on les prenne en photo !» S'exclama-t-il d'indignation. «Un truc pareil mais c'est la mort du métier, j'te l'dis !»

«Et le pire c'est que t'as les patrons des gros journaux qui sont invités à l'intérieur avec des exclusivités spéciales, c'est dégueulasse.» Rajouta l'autre dégoûté.

«Et c'est sensé être un gala de bienfaisance !» Renchérit aigrement le premier. «Ils devraient être tous content de montrer leurs bouilles généreuses à la presse pendant qu'ils signent de gros chèques prouvant leurs engagements. En fait ils devraient même nous remercier de devoir leur faire une telle pub !»

«Qu'est-ce tu veux que j'te dise.» Reprit l'autre d'un soupir. «Soit on s'plie aux conditions des zones noires, soit on s'fait virés comme des merdes : c'est comme ça et pas autrement.» Termina-t-il défaitiste.

«'Tain. Et l'pire c'est de savoir que la déesse de combat y est invitée seule cette fois-ci !» Reprit-il plus frustré qu'avant. «Pour une fois qu'on a une chance de la prendre en défaut sans une autre star à ses côtés, c'est dans une soirée des plus restrictives ! C'est à croire que tout est fait pour nous pourrir la vie.»

«Elle n'est pas seule cette fois-ci.» L'interpella son collègue. «Il parait qu'elle est encore accompagnée, mais par quelqu'un de vraiment spécial ; si spécial qu'on a pas vraiment eut de confirmation de l'intérieur.»

Le journaliste frustré le regarda avec un regain d'intérêt.

«Qu'est-ce tu me chantes là ; le Décorum a un invité de marque si particulier que même les sources en interne ne savent pas de qui il s'agit ? Sachant que le premier et le dernier à pouvoir inviter et confirmer la réception d'une personne à cette soirée est l'organisateur, le fait qu'on ne sache pas qui il est doit vouloir dire que c'est une personne qu'il doit particulièrement apprécier.» Releva-t-il étonné.

«Et une personne que Mr. Décorum apprécie au même point que la déesse de combat pour qu'elles arrivent ensemble, ça doit pas courir les rues.» Confirma le second. «Mais je ne vois pas qui ça peut-être-»

Automatiquement, les deux journalistes écarquillèrent les yeux en réalisant l'énormité de ce qu'il venait de dire, mais surtout en déduisant la seule réponse qui leur venait à l'esprit.

«Putain de nom de dieu, mais c'est bien sûr : la maitresse des baies !»

«Arrête ton char deux secondes mon pote. C'est une possibilité, mais elle reste à confirmer.» Le retint l'autre pourtant aussi fébrile. «Elle peut très bien être accompagnée par la championne de Vestigion, avec qui elle s'entend bien. Et puis Cynthia Luna est réputée dans le milieu pour fuir la médiatisation, et être incroyablement discrète par rapport aux journalistes et au monde de la célébrité.»

«Mec, y'a pas d'autres explications !» Contra-t-il à nouveau. «Depuis la baston dans le marais : tous les dresseurs principaux de la Ligue sont mobilisés à leurs fonctions principales pour s'occuper du retour des teams, tout en essayant de maintenir la cohésion du système du dressage pokémon et des badges d'arène ; et le professeur Sorbier ayant prolongé la durée de son séjour à l'étranger, y'en a pas un seul de libre qui peut l'accompagner. A part la maitresse des baies !» Conclut-il sans appel.

«Mais ça change rien : tant que la zone noire n'est pas levé, on reste baisé.» Contra-t-il fatalement.

«Si elles arrivent à l'intérieur sans qu'on les remarque.» Répliqua le premier. «Hors vu que ni l'une ni l'autre ne possède de bagnole de luxe aux vitre teintées…»

Ils se regardèrent un instant sur la même longueur d'onde, puis de tourner la tête d'un air conspirateur vers la masse d'autre journaliste.

«Prend ton matos l'air de rien pour qu'on se planque derrière les buissons pour guetter leur arrivée ; avec de la chance on sera les premiers.»

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Alors qu'ils souriaient de nouveau à l'idée de partir en chasse, le bruit de la foule de paparazzis s'intensifia d'un coup. Intrigués malgré le fait qu'ils étaient sur le point de s'en éloigner, ils s'en rapprochèrent de nouveau au contraire pour connaitre la raison de ce mouvement ; en interpellant un autre journaliste au pif.


«Hey mais qu'est-ce qui s'passe ?»

«Vous avez de la merde dans les yeux ou quoi ?!» Renvoya sèchement le journaliste interpelé qui tenait avidement son appareil. «Regardez dans la cour !»


Le premier étouffa un juron : d'où que tu voulais voir quelque chose au travers de cette marée d'imbéciles ? A la place ils retournèrent vers la voiture pour monter sur son capot avant son toit, et prirent leurs appareils en zoomant au maximum pour voir ce qu'il se passait à l'intérieur de la cour (zoomer n'était pas interdit du moment que ça ne filmait pas ou ne prenait pas de photo.) Et ce qu'ils virent les laissèrent sans voix : deux personnes sur un Togékiss qui venait de se poser délicatement devant la porte d'entrée du manoir, accueillis comme il se devait par les servants des lieux. Mais surtout l'apparence des deux silhouettes quand le pokémon fut rappelé par l'une des deux passagères : la première de noir était reconnaissable entre mille pour être bien connue sur toute l'ile, mais la seconde en blanche aux cheveux d'un mat noir intriguant restait un mythe d'opportunité pour tout photographe un tant soit peu journaliste qui se respecte ; vu que sa description est tout de même connue des services depuis le séminaire qui a lancé sa carrière.

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L'ancienne maitresse était vraiment accompagnée par celle des baies, et dans des tenues foudroyantes d'éclat ! L'inédit et la force de cette incroyable opportunité ne fit faire qu'un tour à son sang, mais il fut arrêter dans son mouvement juste à temps par son collègue alors qu'il allait appuyer sur le bouton.


«Putain mais t'es fou ?! Si tu prends une photo tu peux te considéré comme mort !»

Il l'avait arrêté vraiment à temps ; une seconde de plus et c'était la fin. Mais cela n'empêchait pas le bonhomme de se mordre la lèvre comme un damné.

«Non… Alors là c'est vraiment trop injuste…» Fit-il sur le point de perdre son sang-froid.

Mais c'est là que son camarade lui donna un coup à l'épaule pour le faire sortir de son état.

«Quoi ?» Rendit-il passablement à deux doigts de lui sauter dessus.

«Tu vois c'que j'vois ?!» Lui fit son collègue en lui montrant la route.

Il changea (presque à contrecœur) de cible de la cour vers la route pointée par son collègue, et son visage s'illumina à nouveau en reconnaissant la plaque de la voiture qui arrivait.

«Mec, je t'adore comme collègue ! On a encore une chance de tenir nôtre scoop, faut pas la rater ! Aller go !»


Et ils se jetèrent de la voiture sans ménagement pour courir illico presto vers la meilleure position qu'ils pouvaient trouver sur la route ; profitant du fait que tous les autres étaient occupés à regarder vainement les invitées rentrer sans en tirer quoique ce soit, sans prendre la peine de les avertir. Dans ce métier, il faut être impitoyable pour gagner sa pitance.

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Alors qu'elle rappelait Happy dans sa ball (qu'elle conservait dans sa main devant les scopes des journalistes.) Cynthia se tourna élégamment vers la demoiselle qui l'accompagnait -mais qui surtout commençait à greuler de froid malgré le par-dessus prévu pour la tenir au chaud en attendant d'arriver dans le manoir.


«Tu vois ? C'à s'est passé comme sur des roulettes.» Fit-elle gentiment remarquer.

«Mais ça ne reste pas pratique de voler ainsi habillées pour Happy.» Répliqua modestement Luna.

«Tu as vu le sourire qu'il arborait tout le long du vol à faire en sorte qu'il soit le plus agréable et doux possible pour nous ?» Et comme la réponse de la demoiselle ne pouvait qu'être affirmative. «Alors, arrête de te tracasser pour rien.»

La demoiselle acquiesça docilement alors que le majordome principal du manoir venait à leur encontre, d'une démarche parfaitement professionnelle.

«Mesdemoiselles Céleste et Luna, Mr Décorum attendait avec impatience vôtre arrivée. Je vous prie de bien vouloir humblement me suivre.»


Les demoiselles obtempérèrent poliment en suivant le majordome à l'intérieur, qui furent rapidement prisent en charge par deux autre servantes sans qu'il n'eut même besoin de claquer des doigts ; la formation qu'elles reçurent les leur avait inculqué un niveau d'obédience qui se confinait au réflexe. Elles les débarrassèrent aimablement de leur par-dessus pour les ranger dans une house plastique, et les accrocher à un service de penderie ouvert (bien que, malgré leur formation, les servantes s'arrêtèrent un instant à la pleine vue des demoiselles ; et là il fallut au majordome d'intervenir.)

Mais avant qu'il ne propose de s'occuper personnellement du pokémon de l'ancienne maitresse, celle-ci refusa poliment la proposition en la rangeant de la même manière qu'elle avait présentée chez Luna ; ce qui fit hausser un sourcil de la part du majordome devant cette «originalité».


«Juste question de sécurité ; je n'aime pas vraiment être séparée de mes amis. Bien que je ne remette nullement vos capacités en question.»

«Cela n'est pas dans nos habitudes d'autoriser ce genre de «fantaisies», si je puis me permettre, mademoiselle Céleste.» Intervint-il respectueusement. «Mais vu l'estime que vous porte Mr. Décorum, nous allons faire une exception pour ce soir.»

«Je vous remercie.» Rendit-elle gracieusement.

Le majordome inclina respectueusement la tête pour prendre le compliment.

«Si maintenant vous voulez bien me suivre, je vais vous amener à la salle de réception.»

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Une fois de plus les demoiselles acquiescèrent, avec une note de trac évidente pour celle parue de blanc (que l'ancienne maitresse fit tout pour la rassurer en restant à ses côté derrière le majordome ; bien qu'elle se sentait elle aussi de moins en moins à l'aise alors que le bruit de la musique et des conversations s'intensifiait.)

Une fois arrivés dans le grand hall de réception, ou s'étaient déjà afférés à leurs affaires les invités présents, le majordome qui les précédait s'écarta respectueusement sur le côté pour leur laisser la place et, comme cela lui avait été expressément demandé par Mr. Décorum –en suivant une tradition vieille de plusieurs siècles-, les annonça à voix haute.


«Honorable assistance : mesdemoiselles Cynthia Céleste et Cynthia Luna.»

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Alors que les demoiselles regardèrent le majordome avec étonnement, le silence se fit alors l'attention générale se retourna vers les nouvelles venues ; plus précisément à la révélation du second nom.

Vraiment prisent au dépourvu, l'ancienne maitresse prit sur elle de demander la signification de cette annonce au majordome.


«Vous pouvez m'expliquer ? Je croyais que Mr. Décorum m'avais personnellement assuré que nous conservions toute nôtre discrétion.» L'apostropha-t-elle avec retenue et à voix plus ténue.

«En dehors du manoir, mais pas à l'intérieur.» Se justifia-t-il calmement. «N'y voyez là rien de personnel, je ne fais que suivre ses directives.»


Cynthia se sentit mal et honteuse ; elle aurait dû se douter qu'avec sa nature réellement excentrique, par rapport à la sienne, Décorum n'allait pas hésiter un seul instant de faire dans les grands effets de style. Mais là, ça dépassait tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Et ce seul détail qu'elle n'avait pas prit en compte allait ruiner malgré elle la promesse qu'elle fit à la demoiselle que tout se passerait bien et dans le calme.

Par réflexe associatif, elle délaissa le majordome –qui retourna à son devoir- pour reporter son attention vers la demoiselle, qui se tenait à ses côtés au milieu du tapis d'accueil et qui attirait invariablement sur elle tous les regards : figée.

Son malaise décupla d'intensité alors qu'elle se rendait compte qu'elle l'avait laissée au milieu, et imaginait à peine ce qu'elle devait pouvoir ressentir de se retrouver pour la première fois devant tant de monde… Sans se douter qu'elle avait totalement raison sur ce point : elle n'avait vraiment aucune idée de ce que la demoiselle ressentait et voyait par derrière sa chevelure mate qui voilait son regard.

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Depuis qu'elle eut acquis la SCS, sa formidable technologie adaptative lui avait permit d'extrapoler et de décoder le brouillage de chacune de ses entrevues avec chaque client ayant fait un jour ou l'autre appel à elle ; ce qui faisait qu'au final elle connaissait bien l'identité de ses commanditaires. Et à l'époque où elle ne l'avait pas, sa logique lui avait démontrée qu'enregistrer tout de même ses entretiens à «l'ancienne» s'avérerait vital pour plus tard (mise en application aussi par la SCS.)

Aussi, même si cela était la première fois qu'ils se rencontraient en chair et en os, elle connaissait la vérité cachée derrière le visage de chacun de ceux qui –ironiquement- la dévisageait.

Nalémie Galangré, de la marque de très haute couture «Galant» fondée par et portant le nom de son défunt mari ; qu'elle fit assassiner pour avoir couché avec sa secrétaire, mais sous le couvert d'un accident. Un classique à 400.000 pokédollars qui lui permit de récupérer toute la société en une fois avant que son mari ne change son testament.

Suivit de Henry Douard, patron directeur général de F&RY industries dans la fabrication navale, fondée avec son défunt partenaire et ami de toujours : François Timon ; mort d'un tragique accident sur le chantier d'un paquebot lorsqu'une poutrelle d'acier instable l'écrasa et le réduisit en pulpe. A 300.000 pokédollars la poutrelle d'acier mal soudée pour récupérer au passage 100% des parts de la compagnie, c'est ce qu'il pouvait appeler une bonne affaire.

Enchainait ensuite avec Donatello Giovanni, patron du journal de Féli-Télé ; dont il démordait farouchement tout rapport direct ou non avec le leader de la team Rocket, avec preuve à l'appui dans son lignage qu'il rendit public dans la presse pour démontrer ses dires (en se faisant en même temps une pub.) Bien qu'il n'y avait pas besoin de lien du sang pour être fondamentalement aussi pourri que lui : lorsque 250.000 pokédollars furent tout ce qu'il eut besoin de sortir de sa poche pour que son principal concurrent dans la presse ne sorte «accidentellement» du circuit, pour lui laisser la plus grosse part d'audimat sur toutes les ondes de l'île. Et il y'en avait encore des dizaines d'autres…

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Soudain, comme d'un seul mouvement, toute l'assemblée sembla parcourut d'un frisson d'étonnement plus interdit encore que par la vue de la demoiselle. Tandis que l'ancienne maitresse se tourna instinctivement vers la direction par où elles étaient venues, et retint sa respiration comme les autres invités à la vue de la personne avec qui le majordome revenait ; n'ayant absolument pas été au courant de sa visite, totalement à l'improviste.


«Et bien, je vois qu'il y'a du beau monde ce soir.» Releva justement l'invité surprise de sa voix élégante et suave.

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Lentement, très lentement, étant la seule qui ne pouvait le voir dans sa position, bien qu'elle fût la seule à savoir depuis des semaines son arrivée, la demoiselle des baies se tourna en dernière vers la personne qui détermina à elle seule son acceptation à participer à cette soirée.

Une carrure forte imposant l'autorité, mais d'une démarche modeste reflétant l'humilité, l'homme ne demandait pas le respect : il l'imposait. Chaque pas de sa démarche calme transpirait le raffinement, tandis que son sourire posé mais agréable débordait de charisme et de vitalité. Vêtu d'un ensemble d'un noir de jais impeccablement taillé et d'une cravate blanche sur fond blanc lissée comme du marbre, une tenue plus qu'adapter à ce genre d'évènement ; bien qu'elle ne constitue pas même un apéritif pour un être expérimenté de sa trempe dans ce milieu, qui y nageait comme un poisson dans l'eau.

Son visage quand à lui reflétait à merveille la fonction qu'il endossait et représentait de manière inégalée devant la foule, dont le seul nom était synonyme de grandeur à sa simple allocution : des traits patriciens parus d'une mâchoire semblant avoir été taillée dans le cœur d'un chêne ; par-dessous une chevelure noire coiffée en arrière de façon si lisse qu'elle reflétait la lumière, accompagnée de deux pattes grisées sur les cotés dont même la couleur éloquente ne trahissait qu'avec toute la peine du monde son âge avancé ; avec deux yeux ancrés comme dans une statue, sertis d'un vert d'eau aussi discrets que brillants.

L'homme avait tous les attributs du meneur par définition. Mais ce que son apparente serviabilité et sa profonde modestie ne reflétait pas derrière cette silhouette dominante de confiance et de générosité, c'était le véritable génie et l'intelligence dont il était armé. Ses connaissances du système et du droit sont presque sans faille, et on dit même qu'il pourrait à lui seul assurer les cours d'études supérieurs dans ce domaine aux professeurs de l'académie d'Atalanopolis en leur apprenant des choses. Quand à sa maitrise oratoire, il pouvait se lancer dans des discours aussi passionnés de simple qui réussissaient invariablement à chaque fois à hypnotiser son auditoire –même ses adversaires. Enfin il est réputé pour être un homme d'affaire redoutable, un Béhémoth devant qui même les plus hargneux des Serpangs s'effacent comme de vulgaires Magicarpes.

Mais surtout un stratège et un maitre tacticien hors pair dans l'univers de la politique, dont les plans qu'il imaginait mettaient des années avant d'arriver à maturité, mais réussissait toujours à lui donner prédominance en récompense de sa patience et de son insidieux talent –sans que personne n'ait jamais ne serait-ce que l'occasion de l'en soupçonner être à l'origine.

Comme son mouvement d'échec planétaire qui fit définitivement assoir sa réputation par la mort d'une pauvre jeune femme et de son pokémon rarissime devant des millions de gens, pour 30.000.000 de pokédollars.

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Une fois de plus, poliment et de façon obédientielle, le majordome précéda l'invité surprise de par sa fonction pour s'adresser aux invités et l'annoncer dans les règles de l'art. Tandis que ce dernier le laissait faire en portant toute son attention sur la délicate demoiselle devant lui pour laquelle il avait -au comble de l'ironie- fait l'étonnant déplacement, quand celle-ci lui rendait la même attention au travers de sa mate chevelure qui voilait plus qu'en partie l'éclat d'ambre de son regard.


«Honorable assistance : Le Gouverneur Bertrand Matis.»


[A suivre.]