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Informations

» Auteur : fan-à-tics - Voir le profil
» Créé le 25/07/2010 à 23:08
» Dernière mise à jour le 25/07/2010 à 23:08

» Mots-clés :   Présence de personnages de l'animé   Présence de poké-humains   Présence de shippings

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Episode 55 : Comme le temps nous influence...

Chapitre…trop…gros….ARGHHHH ! *auteur qui a crut mourir en écrivant un truc pareil*

Bon, voilà la transition qui annonce le dernier Arc de la fic, j'espère qu'il n'ennuiera pas trop de monde.
Bonne lecture, et comme d'habitude, laissez moi vos impressions !
Notamment sur les couples finaux, leur gestions, ceux que vous aimeriez voir…Les relations amitié ou pas que vous appréciez, que vous détestez…

Breffouille, je passe en coup de vent vu que j'ai peu de temps pour internet (réseau limité, je suis chez une amie là pour envoyer ce chapitre) donc…Bonne lecture !


CHAPITRE 55


Le soleil ne s'était pas encore levé sur Jadielle, et les ombres s'étiraient tels de fins serpents sinueux le longs des avenues. Les premières lueurs d'un jour à peine esquissé, auréolaient la cité. L'horizon brumeux étayait cette palette grises aux milles et unes nuances d'argents.

Une silhouette se fraya un passage dans l'écharpe voluptueuse, la douce quiétude qui régnait sur son village natal. Un dernier regard en arrière vers les bâtisses assoupies, vers le stade en éternelles rénovations, et à l'arène abandonnée, puis plus rien. L'ombre d'un sourire, et il tournait les talons avec pour seule bagage sa mallette de travail tel un fantôme informe se dissolvant dans l'horizon.

La marche l'éveilla quelque peu, il se montra ravi de ne porter qu'un vieux jean et une chemise délavée. L'hiver s'achevait, et le chemin boueux de la forêt de Jade, si souvent emprunté par les jeunes dresseurs ambitieux, tâchait impitoyablement. Dans un rire, il remonta son écharpe émaillée, pâle, jusqu'à son nez. Et gratta nonchalamment son début de barbe. Un peu plus loin, ému, il perçut un éclat de dispute, et discerna deux tous jeunes gamins, en pleine bataille pokémon.

Il parcourut sans peine les kilomètres qui le séparait d'Argenta, connaissant les moindres recoins du sous-bois et les plus petits raccourcis après toutes ces années. Alor que des dizaines d'enfants y passaient des jours, perdus, apprenant le sens de l'orientation sur le tas, lui se riait de cette époque lointaine en quelques heures. Pourtant, quand il arriva enfin à Destination, le zénith brillait, bien en place au centre d'un ciel bleu dégagé. Les rires et le doux tumulte d'une ville au sommet de son activité quotidienne, résonnèrent à ses oreilles, et il se retint de sourire.

Comme convenu, non loin de l'arène, un chapiteau se dressait fièrement, les drapeaux tombant piteusement en l'absence totale de vent. Une foule patientait, oscillants entre les tentes et les caravanes de manière hasardeuse. Une petite rouquine parlant fort et usant de mouvements excessifs des bras tentait plus ou moins de diriger la masse humaine dans la direction voulue. L'homme s'y immergea, et il salua timidement la coordinatrice de loin. La frimousse quelconque et aux traits plutôt grossier, s'illumina à sa vue, ses joues parsemées de tâches de rousseurs se teintèrent de joie, et ses yeux noisettes brillèrent davantage.

Sans même se soucier de ses devoirs, elle abandonna sa tâche pour arriver jusqu'à lui en un bond et elle rit gentiment :

-Ca faisait longtemps ! Tu as abandonné le bandana pour te laisser pousser la barbe ? Oui, c'est pas mal, mais ta chemise a bien besoin d'un ourlet, sinon, ça fait clochard et pas vraiment classieux ! Oh, ça manque aussi d'un petit point là, tu as un bouton qui manque, franchement ! Soulève ton pantalon !

Armand arqua un sourcil, les bras encore levés pour accueillir une étreinte, qui ne venait vraiment pas. Christelle se pencha sans lui donner le temps de répliquer et remonta les pan de son pantalon jusqu'aux genoux. Un éclat de rire et un cri aigu retentirent de concert.

-Oh non, Armand, pas les chaussettes dépareillées ! Nooon !

Christelle pouffait, ravie face à lui et sa honte, et l'homme en devenir ne put s'empêcher de grommeler :

-Ouais, merci Christelle, moi aussi je suis content de te revoir.

La rouquine rigola simplement et elle annonça, faussement embarrassée :

-Déformation professionnelle, désolée Armand. Un peu plus et j'envoyais Happy pour qu'elle t'assomme avec la poudre, et je prenais tes mesures grâce à Ditto.
-Je l'ai échappé belle…Alors.

Armand rit tendrement, et admira une seconde la jeune fille qui se dressait devant lui. Le temps avait fait son œuvre, il peinait à croire qu'elle était la même fillette qu'il avait croisé par hasard lors de la traversé du mont Sélénite, il y avait de ça presque trois ans. Jamais alors, il n'aurait songé une seconde que leur relation s'étendrait, jusqu'à un semblant d'amitié. Pourtant, cela avait été le cas, la mort de Samantha les avait rapprochés, inexorablement, se croisant à l'enterrement, ils avaient parlé, évacué, et finalement, apprécié la présence de l'un ou de l'autre.

Durant les années, Christelle, toujours coordinatrice, avait bien grandie et évolué, après des années à poursuivre son rêve de stylisme, elle avait finalement renoncé, pour se contenter d'être une des responsables des costumes du comité des Coordinateurs, tout en commençant des études de journalisme. Même si Armand était presque sûr qu'elle désirait être présentatrice juste pour pouvoir cracher sur les grandes firmes de la mode devant des millions de gens.

Etait-ce une séquelle de sa rencontre avec Samantha et son amie, en tout cas, elle s'était laissée pousser les cheveux et les attachait en deux petites couettes hautes de chaque côté de son crâne, ses cheveux roux, ondulait doucement, sous l'effet de fer à frisé qu'elle usait quotidiennement. Toujours aussi coquette, elle portait un ensemble de dentelles noires et pourpres, seulement parsemées de quelques petites touches blanches, son chemisier se fermait grâce à ses barrettes papillusion, qu'elle avait recyclé depuis au moins 1 an. Ses grands yeux noisette rieurs, se posèrent sur lui, et il tressaillit quand il les vit s'assombrir de peine.

-Alors…ça y est, tu t'en vas vraiment ?

Sa prise sur ses manches se détendit avec la faiblesse de la déception. Armand soupira, déstabilisé et gêné par la conversation, qu'ils avaient déjà tenus des dizaines de fois. Il passa une rapide main dans sa tignasse, bicolore, dont toutes les mèches de sa frange arboraient une belle teinte chataigne, alors que l'arrière de son crâne se trouvait plus sombre sous l'effet d'une coloration régulière. Avec son début de barbe, et son ensemble clair, seulement une chemise, un jean et un pull, il espérait passer pour plus vieux qu'il ne l'était. Plus mâture et sage certainement aussi, mais de toute évidence, elle continuait de croire qu'il criait et tapait plus souvent qu'il n'agissait.

-Oui, déclara-t-il sombrement. –Je viens juste récupérer mes Pokémons à la pension, dire au revoir à mon ancien professeur…Et je pars pour l'Académie.
-Mais il y a des Académies beaucoup moins loin que celle d'Hoenn ! Si tu pars maintenant, tu ne pourras pas continuer le cursus que tu poursuivais à Jadielle, tu vas devoir tout reprendre à zéro ! S'offusqua Christelle. –Tu veux gâcher tous tes efforts, comme ça, sur un coup de tête ?

Armand se renfrogna et son regard se fit vague, parcourant la foule dans une habitude machinale. Mécanique, il se levait, et contemplait toujours les passants, espérant y retrouver la figure de son ancienne rivale, Samantha. Cela faisait trois ans qu'elle était morte, trois ans, qu'il cherchait son fantôme sans y croire, mais pourtant incapable de renoncer. Elle était partie au summum de sa gloire, de sa force, et cet obstacle qu'il avait toujours tenté de dépasser, après lequel il avait couru toute son enfance, qu'il avait essayé de détruire maintes et maintes fois, avait disparu, ne lui apportant rien d'autre qu'un sentiment de vide intense et une quasi certitude de ne jamais la dépasser, une imbattable ombre au dessus de lui, éternellement.

Il n'aimait pas Sam, il la détestait même. Mais elle avait été son modèle, son but, la ligne d'arrivée qu'il entrevoyait dans sa course effrénée. A présent, il continuait de courir, mais il se perdait naïvement, se détournait, sans savoir où se diriger, effilochant ses forces. Son endurance se défaussait, et ses genoux ne pouvaient plus le porter, depuis bien longtemps déjà, il s'était arrêté, effondré, au bord de cette route sans fin. Trois ans de dépression, disaient les médecins, les psys, ses parents. Pourtant, il ne se sentait pas malheureux, juste, las, fatigué.

La constante survie du quotidien l'usait, plus encore à Jadielle, sa ville natale, dans son propre foyer. L'exaspération, le dégoût se mêlait à l'indifférence, alors qu'il admirait ses anciens camarades de classe oublier Samantha, de la même manière que ses parents niaient avec mauvaise foi la pression qu'ils lui avaient fait endurer pour battre une enfant dont il ne se rappelait commodément plus du nom. Seule la vision de l'infirmière Joëlle, endeuillée, pour un temps, lui assurait un tant soit peu, qu'il ne devenait pas fou, que Samantha existait, ou plutôt n'existait plus. Cependant, la douleur de la perte semblait avoir déserté le cœur de la mère, alors qu'elle continuait de le ronger. Injustement.

Comment était-il censé avancer, alors qu'elle le narguait, même trépassée, de sa victoire implicite ? Que le spectre de sa puissance le paralysait encore, et ce, à jamais, puisqu'il ne pourrait plus s'y mesurer ? Comment était-il censé avancer, quand il s'accrochait désespérément à un souvenir que tous oubliaient ?

Non, il ne prenait pas cette décision à la légère, loin de là.

Christelle sembla comprendre sa résolution inébranlable, et elle baissa la tête, morose.

-Puisque…je n'y peux rien…Mais je vais m'ennuyer sans toi. Je n'aurais plus personne à habiller correctement ! Tu étais un vrai défi à chaque rencontre, comme Eléa, finalement, comme avec elle, tu vas t'en aller sans que j'ai pu t'apprendre le bon goût ! Rah !

Le ton ironique camouflait tout au plus sa déception, mais pas sa tristesse, aussi, fit-elle volte-face pour l'empêcher de contempler son expression crispée, ravalant ses larmes. Happy vint se poser sur son dos, pour la soutenir, et Armand ne put s'empêcher de la comparer à un ange.

Un ange au très, très mauvais caractère, bien trop couvert de froufrous…mais un Ange tout de même.

-Tu as toujours ton frère Tom ! Tempéra-t-il en ricanant.
-Tu parles, lui, il est irrécupérable ! J'pensais qu'avoir un frère Homo m'aurait permis de l'habiller avec de beaux ptits nœuds, ou un style bien victorien, bien classieux, mais mossieur ne sort qu'avec des garçons qui se soumettent ! C'est lui qui porte le caleçon !

Armand allait la corriger dans l'expression, mais effectivement, il nota que dans le cas présent, le mot Caleçon se révélait plus approprier que culotte. En même temps, un mec qui décidait de vouer sa vie au comité des coordinateurs, des costumes et de l'éclairage de la scène, avait de grandes chances d'être homosexuel, non ? Armand ne pouvait pas dire, qu'il l'avait senti dès sa première rencontre avec Tom, mais il s'en doutait depuis bien plus longtemps que Christelle. Il pouffa en songeant à la façon dont la rouquine avait pris connaissance de l'orientation de son frère – en entrant dans leur caravane, au mauvais moment- Le pauvre compagnon de Tom s'était retrouvé englué par Ditto, le métamorph, et il avait eu tellement de gum dans les cheveux, qu'il avait du se les raser. Christelle ne s'était même pas excusé, et avait empoisonné les assiettes de son frère grâce à Happy, pendant plus d'un mois, lui refourguant des maux de ventres et des diarrhées monstrueuses pendant ce laps de temps.

Une petite voix susurrait au jeune homme, que le grand frère était bien parti pour un nouveau mois d'enfer s'il continuait à refuser les tenues que lui confectionnait sa sœur.

-Je t'accompagne à la Pension ! Décida de but en blanc la coordinatrice, sans autre forme de procès.
-Et la foule ?
-Chappy peut très bien s'en occuper, il n'est pas très bon en concours, mais au moins, il sait bien mâter la masse !

Le Chimpenfeu au loin, gambadait d'un mat à l'autre, sans se soucier des gens qui maugréaient au pied du chapiteau. Il se montrait effectivement d'une très grande assiduité et efficacité. Mais ça, Armand jugea préférable de le taire. La rouquine capta tout de même sa moue désapprobatrice et envoya Ditto en renfort. Comme à son habitude la gelée rose se métamorphosa en une réplique quasi parfaite de sa dresseuse, fit une pirouette, et se retira gracieusement vers le macaque.

Armand savait que les métamorph était asexué, et ce n'était pas tant la couleur rose de la mixture vivante qui le gênait, le poussait vers l'erreur de croire le contraire, mais son attitude, à la bestiole, était vraiment précieuse, vraiment, féminine quand même ! Il fallait croire que tel dresseur, tel Pokémon !

Bras dessus, bras dessous, Christelle et lui firent le chemin vers l'arène d'Argenta, et plus précisément vers la pension. Le contact de la jeune femme l'embarrassait légèrement, le souvenir cuisant de leur dernière dispute vibrait encore en lui. Il faut dire, qu'il passait rarement plus d'une semaine sans se disputer, et leur bataille, commençait avec un combat Pokémon, pour finir généralement sur une fin moins cordiale et civilisée. En gros, ils se battaient comme des chiffonniers, cependant l'expression ne convenait pas à la coordinatrice-styliste, qui répliquait aussitôt, pour la citer : « Mêle pas les chiffons avec ça, on se bat comme de pauvres merdeux, les chiffons ça peut être classe bien travaillés, là c'est juste pathétique ! ».
Pathétique, oui, c'était le mot, la dernière fois, elle lui avait pété une dent, et lui presque cassé le nez. Contrairement à Samantha, Christelle répliquait, et étant mécano à mi-temps, elle possédait une force assez impressionnante…

-Après ça, on se fera un combat d'Adieu ? Proposa Christelle innocemment.

Voilà, il le sentait venir gros comme un Ronflex ! Mais non, il ne pouvait pas, il allait devoir postuler à un poste d'enseignant à l'Académie d'Hoenn, pour un stage encadré, il ne pouvait décemment pas y aller le visage tuméfié, surtout à cause d'une fille ! Puis, payer le dentiste pour elle, le teinturier pour qu'il nettoie les habits ensanglantés, à chaque rencontre, ça commençait à revenir cher !

-Je t'écrirai et je te téléphonerai, pas besoin de dire Adieu !

Christelle fronça les sourcils et un pli disgracieux barra son nez alors qu'elle lui tirait la langue avec provocation.

-T'as intérêt ! Toute façon, je t'enverrai moi des cartes !
-Des invitations à des mariages bidons ?
-Oh arrête, j'ai presque réussi à les traîner jusqu'à l'autel, Drew et Flora la dernière fois ! Drew a eu du mal à résister à Flora dans sa belle robe !
-Oui, c'est pour ça qu'ils ont fui à Sinnoh l'année dernière !
-Ils sont juste partis faire des compétitions ! Et puis, Aurore et Kenny sont pas mal aussi, avec nous, cette année…
-Roh, non…
-J'me demande si Aurore veut une robe rose ou blanche…

Christelle était timbrée, définitivement. Il délirait tout à l'heure, ce n'était pas un ange, mais un diable. Un Heatran, le mystérieux Pokémon à l'humeur volcanique !

La pension d'Argenta n'avait pas énormément changé depuis sa dernière visite, toujours une belle maisonnette à la façade accueillante, aux murs et angles étranges, comme les demeures distordues des dessins animées, si colorées… Les volets bleus et verts s'alliaient parfaitement au toit rouge et au beige des murs.

Comme à l'habitude, une jeune femme manchote leur ouvrit la porte, son regard bleus-verts, comme une mer ballotant ses algues gracieusement. De son chignon lâche, mal entretenu, s'échappaient quelques mèches noires aux reflets pourpres délavées. Elle se nommait Sunny, à ses pieds, Son feurisson, nommé Anar d'après les souvenirs d'Armand, observait les invités, avec un air méfiant. La dresseuse posa ses prunelles lasses, comme constamment épuisées, sur eux, et elle sourit évasivement, synthétiquement. Sa longue chevelure voleta quand elle tourna des talons.

-Tes Pokémons vont me manquer…Va attendre dans le salon, je vais les chercher. Pierre est en train de livrer un match à l'arène donc c'est moi la responsable.

Armand fit un pas en avant, et le parquet crissa sous ses pieds. Il perçut au loin les éclats de rires d'une enfant, Lalie, la fille de Pierre, et de Charline. Agée de 4 ans, ses cheveux marron méchés de rouges, pour imiter sa maman et Sunny, coupés aux carrés, oscillaient au rythme de ses rires chatouillés. Ses yeux plissés, étincelaient parfois de larmes de rires et d'un reflet sanguin irisé. Blake la tenait dans ses bras, et ne cessait de continuer à la taquiner d'une main de maître devant son teddiursa, un peu jaloux de toute l'intention que son dresseur attribuait à ce bébé humain plutôt qu'à lui.

Le jeune homme, était l'apprenti de la championne extrême, doué, il avait battu Armand à plate couture, rien qu'avec son Démoloss, Heion, et sa Voltali, Thunders. Sunny et lui étaient frères et sœurs, et aussi distincts que le jour et la nuit. Pourtant avec ses cheveux bleus outremer, assorti à son regard brillant, courts, son tatouage rouge sang, de volute, et son piercing à l'arcade sourcilière…Il aurait pu effrayer n'importe qui, mais étrangement, il ne l'était pas. Froid, au premier abord, il faisait après peu de temps, un merveilleux camarade de jeux pour les enfants ou les Pokémons. En revanche avec les adultes et ceux qu'il n'appréciait guère, il révélait son côté…Et bien son côté « sunniesque » comme se plaisait à dire Christelle.

Sunny parlait peu, Blake aimait bavasser des heures et gazouiller avec les petits. Sunny ne montrait de la tendresse qu'envers les Pokémons, et une patience assidue pour les créatures rares, Blake lui, se révélait être un dresseur sévère, mais juste, bien qu'impatient et bourru. Armand n'aimait, ni l'un ni l'autre, ils cachaient bien trop à son goût.

L'aîné paraissait camoufler la pire des souffrances derrière une plaie et refusait tout contact humain, sinon indispensable et le regard de la cadette criait muettement, repoussait aide et amour, suppliant qu'on la l'abandonne vivre seule, ou qu'on la laisse mourir.

-Voilà, j'ai tes Pokémons.

Armand tourna la tête vers Sunny, tout juste revenue, qui lui tendait plusieurs pokéballs.

-Merry a refusé de manger ce matin, je crois qu'elle est jalouse que tu utilises ton Baudrive, Beryl, pour voyager, et pas elle, donc elle fait la grève de croquettes stases.

Armand ricana nerveusement, et il caressa tendrement la pokéball contenant sa piafabec, lui murmurant un « quelle tête de nœud tu peux être des fois, toi… »

Un feuforêve vert voleta au dessus de la tête de Sunny, et plongea son regard rosée sur le jeune homme à la barbe. Le shiney pencha la tête sur le côté et se plaça sur l'épaule écrasée de la jeune femme, d'où pendait lamentablement une manche trop longue malgré la chaleur.

-Et toi, je crois que Calion aimerait aussi un peu plus d'attention de ta part. Remarqua Armand, moqueur, en pointant du doigt le Pokémon spectre.
-Celui-là, pire qu'un yoyo, il revient toujours au même endroit. Soupira Sunny avec un sourire triste tout en caressant la tête de son Pokémon.

Christelle derrière Armand, grimaça, et elle attrapa la veste du garçon, comme pour l'éloigner du sujet, autant physiquement, que mentalement, et avec une petite voix, elle lança :

-Dis, comment tu trouves Armand avec sa barbe Sunny ?

La jeune femme leva la tête, et parut percevoir ce nouveau duvet ornant le menton de son interlocuteur pour la première fois. Indifférente, elle lâcha :

-Je suis pas très fan des poils sur une autre créature que les Pokémons.

Armand sentit la remarque, le coup, aussi lourd qu'une masse de béton, heurtant sa tête comme son amour propre.

-Je ne me fais pas pousser la barbe parce que je trouve ça classe ! Se défendit-il vainement.
-Moi je trouve ça classe, mais le style ne va pas avec Armand, tu dois mieux t'habiller, commenta Christelle derrière.
-Je me laisse pousser la barbe parce que je dois paraitre plus vieux ! Je vais côtoyer que des vieux dans la faculté d'Hoenn et donner des cours à des gamins à peine plus jeunes que moi, faut que j'impose ! Ignora superbement Armand.
-Tu le feras pas avec des chaussettes dépareillées !

Sunny, silencieuse, hocha la tête sérieusement, approuvant les dires de la rouquine et Armand tiqua.
Comme si les étudiants regardaient d'abord les chaussettes de ses profs plutôt que sa tête !

Heureusement pour lui, Pierre entra dans la demeure, accompagnée de sa tendre épouse et il fut la diversion parfaite !

-Ma lalieee chérieee tu es devenue encore plus belle qu'il y-a 20 minuteeees !! La future femme de ma vie ! Babilla-t-il en enlaçant sa fille qui rigolait gentiment, bafouillant un « tu piques papa ! » alors que le champion n'arborait même pas de barbe, lui.

Armand sourit tendrement, son père n'avait jamais fait ça, lui. Il recevait une tape seulement quand il obtenait la meilleure note de la classe. La mélancolie le prenant, avec le malaise due à l'extravagance de la famille, il opta pour une fuite digne et discrète : par la porte de derrière.

Il ne comptait d'ailleurs plus le nombre de fois, où il l'empruntait…A l'insu de tous, s'esquivant toujours plus souvent et sans un mot. Il avait cessé de combattre avec ses Pokémons, abandonné la route de la renommée, et il arpentait désormais, hagard, des sentiers qu'ils n'avaient jamais pris le temps d'admirer auparavant, poussé par une gloire qui ne l'attirait en vérité que précairement.

Il avait perdu son but, sa destination, son destin.
Il en trouverait un nouveau.
Tout simplement.

Christelle à son bras, lui sourit avec enthousiasme alors qu'ils s'échappaient comme des voleurs.

« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «

« Lys… »

La tête de la gamine dodelina légèrement, et roula sur son flanc dans un grognement. En position fœtale, dans un coin de la rue, entre deux bennes à ordures pourrissantes dans une chaleur étouffante, et deux cartons secs, répugnants, la petite forme passait presque inaperçue.

« Lys ! »

Personne dans la ruelle bordée d'ombres, brève accalmie qui pourtant n'attirait personne à cause de l'odeur épouvantable des déchets en décomposition. La petite tressaillit, et ses sourcils se froncèrent, se rejoignant presque au commencement de l'arête de son nez. D'un geste agacé, elle se redressa et grommela avec rancune :

-Je m'appelle Fang. Lâche-moi Dark.

« Ca risque d'être difficile. Et tu as passé la Nuit dehors, la gérante Mary Kelly va s'inquiéter pour toi. »

La dénommée Fang ricana narquoisement, comme entendant les pires âneries de sa vie, et elle se redressa lourdement. A peine remise sur ses pieds, elle tituba et se cogna contre le mur de granit, couvert de Tags. La mâchoire crispée, les dents serrées, elle siffla avec lassitude :

-Encore un jour sans, il y en a de plus en plus…

D'un pas fatigué, elle sortit de sa cachette, pour arriver sur la grande place de Pyrite, dans la région de Rhodes. Pour une fois, le soleil ne se montrait pas accablant ou aveuglant, de gros nuages gris encombraient l'horizon, et dans une des vitrines à moitié détruite, une télé diffusait un flash-info, où la météo annonçait de la neige dans la journée.

De la neige à Rhodes, le pays de l'aridité, on avait tout vu.

L'enfant, déjà éreinté, se traîna le long de l'avenue sans but ni véritable conviction.

Plutôt grande pour son âge, à peine 12 ans, traits communs, nez retroussés et peau de pêche malgré l'insistance des rayons quotidiens sur cette ville, on la qualifiait pourtant de mignonne petite. Ils disaient tous, ces passants aux gouts étranges, qu'elle écrasait même l'ardeur solaire avec sa froide résignation. Du blabla. Elle était laide à ses yeux, sa tignasse chocolat lui tombait jusqu'en bas du dos, comme une touffe grasse et indomptable, sa frange la gênait affreusement et quand elle l'éradiquait à l'aide de pinces, sa cicatrice à la tempe ressortait affreusement. Sans compter ses iris d'un bleu électrique, irréel, qui jurait avec n'importe quelle couleur. Pour couronner le tout, son corps commençait à prendre des formes féminines et à lui faire mal.

La petite s'arrêta devant une échoppe branlante, où une gitane distribuait bracelets flashy et autres breloques, accessoires, qu'elle affectionnait. Les grognements affamés de son estomac lui rappelèrent cependant que le peu d'argent qu'elle possédait n'était pas dans sa poche dans ce but.

« Rentrons… »

-La ferme Dark, je n'ai pas envie de rentrer. Grommela-t-elle avec mauvaise humeur, incapable de trouver une occupation pour dévier son esprit de ses cauchemars et autres réminiscences qui avaient hantées sa nuit.

Un bruit d'applaudissement et une ovation provenant de l'autre côté du canyon la sortit de cette quiétude douloureuse, et elle se tourna vers le stade, construit entièrement de taules usagées et de morceaux de bétons, bitumes, recyclés, provenant des quatre coins du continent. Un écran géant retransmettait le match ardu qui se préparait en son sein.

Les combats Pokémons, un des seuls moyens de s'en tirer ici, avec ces créatures, n'importe qui pouvait, avec un tant soit peu de talent, survivre convenablement. La petite observa son corps, avec ses jambes arc-boutées, son ensemble masculin, déchirés, et ses bras si faibles. Elle était plus taillée pour la course que pour la bataille. Elle n'accordait aucun espoir à cette voie, elle abhorrait ce sentiment vicieux si proche de la déception, en revanche, l'exaltation d'un conflit, de l'adrénaline la tentait ouvertement.

-Pourquoi on ne peut pas participer Dark ?

« Il faut une pokéball et un Pokémon pour concourir. »

L'enfant se renfrogna face à la voix, et elle écrasa, déçue, une des rares plantes vertes qui avaient réussi à subsister dans ce climat affreux.

Un homme, au loin, légèrement bedonnant, mais encore musculeux, attiré probablement par cette acharnement sur cette nature subsistant difficilement s'approcha de la petite et lui proposa un marché dans un sourire pervers.

La gamine se tâta, observa l'homme, puis le colosseum, alternativement, jaugeant, l'affaire avec un œil expert, puis elle afficha un rictus déterminé malgré l'affaiblissement, la faim, la fatigue, la vie.

Alors qu'elle prenait la main de l'étranger et le suivait docilement sans se soucier de l'endroit où il l'emmenait, elle lança une œillade de défi vers l'arène, et souffla :

-Un jour, Dark, J'achèterai une pokéball…On participera, et on gagnera.

Un silence morbide lui répondit, et elle fut la seule à percevoir ce murmure désolé, aussi léger que le vent :

« Ai-je bien fait de t'accorder cette vie Lys ? Etait-ce vraiment la meilleure option que tu avais ? Ne valait-il pas plutôt mourir dans le désert que vivre ça ? »

La petite ne cilla pas, elle ne se retourna pas, n'accorda même pas un regard à son interlocuteur, et d'un timbre résigné, elle lâcha froidement :

-Maintenant c'est fait. C'est trop tard pour regretter.
-A qui parles-tu fillette ? Lança l'homme devant elle qui l'entraînait de plus en plus profondément dans le quartier sordide réservé aux adultes.
-A personne, je me parlais toute seule, je chante un peu aussi, vous connaissez « Bad Day » ?
-Avec ta voix si faible ? Enfin, je l'écouterai bien. Tiens. Et dis moi, petite, tu t'appelles comment, au fait ?

La jeune fille ne cilla pas, et avec un sourire faux, dévoilant des canines acérée, prêtes à mordre au premier danger, elle lança, joyeuse, appuyant chacune de ses syllabes avec plus de conviction encore :

-Fang. Fang Orejones.

« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «

Etait-ce le Destin, ou la Fatalité ?

Lily n'avait jamais véritablement voulu songer à ce débat philosophique, le libre arbitre, le déterminisme, tout cela lui importait peu, du moment qu'elle pouvait vivre sa vie comme elle l'entendait. Il lui arrivait parfois, de se murmurer, dans un soupir résigné, que c'était une âpreté de l'existence, un obstacle voulu et inévitable, qu'elle ne pouvait que supporter, mais contre lequel on ne pouvait pas lutter. Cela ne voulait pas dire qu'elle ne se battait pas pour un futur meilleur, juste qu'elle acceptait le passé. Elle avait mis du temps, et avait souffert pour en arriver là, mais elle y était enfin parvenu grâce à Akira.

Parfois, elle entendait les gens autour d'elle, se complaire dans une quasi certitude qu'ils avaient rencontrés leurs amis par une volonté divine quelconque, mais elle n'appréciait que peu cette idée. Elle préférait largement songer, que les personnes qui avaient influencée sa vie, n'avaient croisé sa route que par un pur et bienheureux hasard. Une coïncidence délicieuse.

En un sens, combien de chances, y-avaient-ils, pour que la petite gamine qu'elle était, s'asseye juste à côté d'un Akira endormi pendant la cérémonie d'accueil de l'école la plus prestigieuse de Jadielle ? Combien de chances y-avaient-ils, pour que, une fois vexée, elle quitte Akira –la joue rouge à cause d'une gifle- et prenne place, à côté de Shinobu Yuki, l'aîné du garçon qu'elle venait tout juste de rejeter ? En allant plus loin, combien de chances, y-avaient-ils, pour que tout trois, naissent, précisément à cette époque, dans cette dimension, dans cette ville et s'y croisent, s'y plaisent, s'y aiment ?

Dans un monde de statistique, tout prenait des allures de miracles. Dans un univers mystique, tout prenait un aspect tragique ou heureux. Elle appréciait la théorie du juste milieu, avec ni être omniscient au dessus de sa tête, ni miracle.

Juste…juste…

Elle n'arrivait pas vraiment à conférer un mot, une signification à son sentiment précis.

Elle vivait, ils vivaient tous. Ils se retrouvaient sur terre sans trop savoir comment, prenaient des décisions, véritables ou de façade, et ils coexistaient, se croisaient, se plaisaient et se séparaient. C'était tout.

-Ben la ch'tite, encore à glander ? T'vas finir en légume dans l'potage s'tu continues ! L'autre petiot doit d'venir jaloux s'tu réalises son but stupide avant lui !

Kain se gaussa bruyamment, accoudé contre le bar, son verre empli d'un liquide ambré tremblotant sous les sarcasmes. Lily fronça les sourcils et se redressa, faussement vexée, et lâcha avec un air savant :

-Tant pis pour lui ! Il n'avait qu'à pas le laisser traîner !
-Autant lui d'mander d'arrêter de dormir ! Répliqua le vieil homme, leur ancien enseignant, dans un autre rire moqueur.

Lily afficha un rictus entendu et croisa les bras derrière sa nuque, contemplant pensivement le plafond. Derrière elle, une musique d'ambiance éternelle passait en boucle, chantée et jouée par Shinobu, sur l'estrade. Kain l'observa pensivement, et soupira, joua avec l'alcool qui stagnait dans sa tasse, comme pour se placer à la place de Dieu et créer une véritable tempête de le petit monde d'or qui tenait dans sa paume.

-C'serait bien qu'il passe dire un coucou d'temps en temps c't'ingrat. Maugréa-t-il.
-Il est censé être mort, ça risquerait de faire tâche quand même, et il aurait à remplir pleins de papiers pour se réhabiliter ! Rien que pour ça, il doit se terrer au fond d'une caverne près du centre de la terre cette andouille ! Akira, le plus gros flemmard de l'histoire, vous vous souvenez Kain !
-N'empêche, j'l'ai pas élevé pour qu'il crève comme un idiot !
-Vous n'l'avez pas élevé !
-J'aurais pu ! Lança le vieux grigou, bourru, et éméché.

Lily s'amusa de cette mauvaise foi évidente, et une douce chanson retentit en toile de fond, avec la voix sensuel de Shinobu oscillant entre les octaves, sur le thème « My wish » de Rascal Flatts. Elle put à peine tourner la tête pour admirer le chanteur, qu'une masse venait se poser à ses côtés et susurrait :

-C'est une belle mélodie.
-Vous ne connaissez pas l'histoire qui va avec. Notre professeur Kain avait tendance a toujours mettre de la musique pendant ses cours, vous ne pouvez pas imaginer le nombre de coup qu'on a pu lui faire, en échangeant ses CD, en foutant le bazar…Et pour son dernier cours, alors que tout le monde avait le moral au plus bas, le frère de Shinobu, Akira, est arrivé, avec sa mine de « je sais tout blasé » et il a mis cette chanson dans le lecteur. Du coup, tout le monde a retrouvé le sourire, et a pensé que c'était notre prof qui avait choisi cette mélodie. Il s'est pris un raclée, notre prof l'a chopé par la nuque, et il lui a frotté le cuir chevelu jusqu'à ce qu'il supplie, il était furieux, et répétait sans cesse « Mais qu'est-ce tu crois pitits vauriens ! j'ttends rien d'vous vous êtes des cas désespérés v'allez clamser la bouche ouverte sans moi ! »

Elle ricana, et Kain à ses côté avala une grande goulée d'alcool en s'enfonçant davantage dans son siège.

-Et vous savez ce qu'il a répliqué ? Akira a sorti « P'tetre que vous êtes un prof merdique, mais moi je deviendrais un vrai prof qui aidera ses élèves, et leur aidera à accomplir leur rêve comme dans la chanson ! ». Il s'est pris un autre coup sur le crâne.
-C'est une jolie histoire aussi. Murmura l'ombre à ses côtés.

Lily hocha gravement du chef, et l'étranger se servit un verre. L'enseignante couvrit instantanément le goulot de la bouteille d'une main experte en lâchant sévèrement :

-Ce n'est pas bon pour ton foie Armand.

Le jeune homme à la barbe et au piafabec sur l'épaule arqua un sourcil et haussa des épaules avec désinvolture, s'éloignant de l'alcool sans insister.

-Je doute que ce soit bon pour vous non plus !

Il pointa du doigt son ancienne professeure, accompagnée du vieillard, déjà bien amoché, qui se mettait à déambuler entre les tables, réclamant du Disney comme musique. Il détourna plus précisément le ventre légèrement rebondie de la brune, qui y apposa aussitôt une paume attendrit.

-Hey, que crois-tu enfin Armand ? J'ai 24 ans, bientôt 25. J'ai une situation stable, une vie sympa, et un amoureux adorable. N'importe qui en serait là dans ce contexte.

Armand préféra hocher du chef sans révéler le fond de sa pensée, et Lily se tourna plus sérieusement vers lui, pour froncer des sourcils.

-Quelle horreur de te voir déjà porter un costume et la Barbe. Ca ne me rajeunit pas tout ça. J'ai du mal à croire que ça ne fait que 3 ans.
-On dirait qu'une décennie s'est écoulée, sans eux. Confirma Armand tristement.

La frimousse de Lily se ferma, et elle conserva le silence.

-Vous aussi, vous vous êtes bien remise du choc…Vous vivez avec le frère de votre ancien petit ami sans complexe…Comme l'infirmière Joëlle. Je ne sais pas comment vous faites. Quand je suis allé au centre Pokémon, je n'ai pas vu d'autel en son honneur, et elle entrait dans sa chambre comme si de rien n'était, faire le ménage. Moi j'ai l'impression de pénétrer dans une tombe à chaque fois qu'elle m'y invite.
-C'est parce qu'elle n'est pas morte Armand.
-Oui, je crois que vous avez raison, j'ai encore le sentiment, l'envie de la croire vivante…Analysa le jeune homme.

Lily soupira d'exaspération, puis un rictus ironique étira ses lèvres tandis que le gamin se servait un verre de lait, elle déclara :

-J'en connais un qui était très amoureux !

Armand recracha ce qui avait dans la bouche et toussa chaotiquement, rouge comme une tomate, avant de s'époumoner, s'arrachant les cordes vocales dans la précipitation :

-N'importe quoi !
-Ouhou, c'est qu'il nie !
-Vous agissez en vraie gamine, je ne l'aimais pas !
-C'est bien d'être un gamin de temps en temps Armand tu sais.

La réplique cloua sur place l'étudiant, qui se renfrogna en grognant. Un silence pensant s'installa entre eux.

-Je ne l'aimais pas. Je la détestais. Mais elle faisait partie de ma vie, de mon quotidien. Et sans elle, je l'ai perdu, je dois en retrouver un autre.
-Si c'est ton sentiment général, alors tu as raison de partir.
-Vous ne m'en empêcherez pas ? Malgré tous les efforts que vous avez fournis pour me permettre de faire mes études, malgré…
-Je ne suis que ton professeur Armand, et je dirais même que je ne le suis plus. Mon rôle était de te donner les meilleures chances possibles, mais pas de choisir à ta place. Si tu crois que tu agis pour ton bien, peu importe mes efforts ou mon avis. Expliqua calmement la brune d'une voix posée.
-Pour moi, votre avis compte. Murmura gravement Armand, penaud.

Lily ne cilla pas, ses pupilles posées sur l'estrade et l'invisible à la fois, ses grands iris ténébreux parsemés de volutes indéchiffrables. Elle finit par inspirer doucement, et à lui sourire avec compassion :

-Tu as été un élève particulièrement chiant et incontrôlable. Voilà mon avis.

Le pauvre jeune adulte eut l'impression que le ciel lui tombait sur la tête, mais son orgueil piqué à vif le poussa à répliquer, hargneux :

-Vous étiez pas une prof facile non plus !
-En effet, je n'en faisais qu'à ma tête, et j'allais là où je le désirais, je te trainais sans autre cas de conscience, ce qui t'a causé pas mal de tort. Avoua Lily. –J'avais peut être des problèmes sentimentaux, mais ça n'excuse pas ce que je t'ai fait.

Armand vacilla, étonné, fauché dans son élan accusateur, ayant peu l'habitude de voir sa victime s'auto flageller d'elle-même.

-Cependant Armand, toi aussi tu ne faisais que ce que tu désirais, tu étais, et reste violent et mauvaise tête. Sans compter que tu cherches sans cesse l'approbation des autres.

Elle le pointa du doigt avec insistance, et plongea son regard profond dans celui de son élève accablé.

- Tes parents, moi, Samantha…Tu cherches toujours quelqu'un qui te mesures…Tu ne dois rien à personne Armand, si ce n'est à toi. C'est ce que j'ai compris ces dernières années.

Elle croisa les bras, et reprit son masque compatissant :

-Tant que tu es en paix avec ton âme, avec tes propres décisions, j'estime avoir bien fait mon travail.

Elle pencha la tête sur le côté, et ajouta, légèrement empourprée :

-Sans compter que savoir que tu vas emprunter la voie de l'enseignement me ravie. Je ne sais pas si tu es fait pour cela, mais…

Armand baissa la tête, embarrassé, ému, et il caressa maladroitement son piafabec qui roucoula de plaisir. Il dévia son regard, et admira le bar d'Azuria dans lequel il se retrouvait, la foule qui serpentait dans le dédale de tables et de saoulards. Une vague de Nostalgie le saisit brutalement, dans cette pièce, se trouvait Kain Lag, un ami, collègue éleveur, de ses parents, qui avait enseigné à Lily, son propre professeur. Il se trouvait aussi Shinobu, en train de chanter, le frère du maître de sa rivale, décédée. Bientôt, lui, quitterait le continent, pour aller étudier, et instruire lui-même à son tour, à d'autres enfants, qui grandiraient, prendraient leurs propres décisions. Cela dans une boucle infinie, une chaîne éternelle.


Il observa attentivement le ventre rond de Lily, enceinte d'à peine trois mois. Ce petit être également, s'ouvrirait sur ce monde, ce temps, cette dimension, pris dans la spirale de la vie, il ferait des rencontres, influencerait ses amis, comme ses ennemis, puis s'éteindrait, alors qu'une nouvelle existence prendrait sa place.

-Tu te rends compte Armand, de la gigantesque toile que tissent les hommes entre eux, de tous ces liens qui nous unie ?

La voix de son professeur le tira de sa rêverie philosophique et son sourire complice, émerveillée l'attira de nouveau dans un autre état second, dans cette torpeur si savoureuse de la réflexion.

-Là, Shinobu a permis à un petit gamin du nom de Daniel de travailler dans ce bar, il y a 4 ou 5 ans…Et depuis, toute sa famille vient régulièrement ici. Regarde, la grande rousse qui sert Kain, c'es Alice sa sœur aînée ; et ses deux frères triplets, empêchent l'autre rousse, Fred, de toucher à la vaisselle dans la cuisine.

Armand vit effectivement une femme séduisante partir d'un pas gracieux et esquiver les mains baladeuses des saoulards ou recevoir un peu d'argent pour ne pas partir. Derrière eux, deux garçons se ressemblants traits pour traits, se battaient l'un l'autre, devant une jeune femme d'à peu près son âge, amusée, qui hésitait à tenir un plateau elle aussi.

-Fred va bientôt ouvrir une librairie, grâce à l'argent qu'elle a récolté ici. Et tous les autres frères et sœur de la fratrie, sont dans ma classe à Azuria. Tout ça, parce que Shinobu, a simplement dit oui, à un enfant de 9 ans, qui cherchait un peu de travail. Pour lui, ce n'était qu'une vague connaissance, il ne l'a croisé en tout et pour tout, qu'une dizaine de fois dans sa vie, et cela a tout changé dans la leurs.

Elle se tourna vers son ancien élève et haussa des épaules, et pointa tendrement la poitrine du tout jeune adulte, au niveau du coeur.

-Et toi aussi, tu en influenceras d'autres, chacun de tes choix, de tes actions, aura une conséquence, que tu le veuille ou non. Que tu en aies conscience ou pas. Samantha n'était après tout, qu'une élève dans ta classe parmi d'autres.

Armand se rembrunit et touilla absent, mélancoliquement son lait.

-Pourtant, quand je suis allé à la dernière réunion d'anciens élèves…Pas un seul de mes amis ne se souvenait d'elle, même Catherine, et c'était une vraie chipie à son égard, elle m'a aidé un nombre de fois incalculables pour lui pourrir la vie. Par exemple, avec ses copines, elle l'avait coincée dans les toilettes des filles et elles avaient toutes collé leurs chewing-gums dans ses longs cheveux. Du coup, l'infirmière Joëlle a passé la soirée à lui enlever la pâte sur le haut du crâne, et ensuite, elle a pris les ciseaux et a tout coupé au carré pour ne pas y passer des heures. Samantha a pleuré, et on s'est fait un plaisir de la charrier pendant une bonne semaine sur sa nouvelle coupe.

Il se crispa involontairement.

-Et elle ne se souvenait plus d'elle, quand j'ai évoqué Samantha, elle m'a répondu « Qui ? » et peu importe les souvenirs que j'évoquais, elle ne voyait pas. Comme si, on lui avait effacé Sam de l'esprit.

Sa voix se brisa.

-On l'a cassée, on a rendue sa vie insupportable, et elle…Elle ne se souvient même pas.

Lily grimaça, mais elle ne s'étonna pas, elle-même, avait du mal à se remémorer du visage de l'étudiante dont son meilleur ami s'était épris, pour laquelle il avait ruiné sa vie. Seul le sentiment d'incompréhension, teinté parfois de jalousie, demeurait comme seul lien tangible vers ce souvenir dans son cœur.

-Mais toi tu te souviens Armand. Et ça, ça rend votre lien, votre influence commune encore plus forte.

Elle l'obligea à se tourner vers elle, à soutenir son regard pour déclarer gravement.

-Armand, considère ce que je vais te dire, comme ma dernière leçon.

Elle essuya maternellement ce qui menaçait de couler sur les joues de son ancien élève, avec un sourire.

-Les gens s'influencent les uns les autres. Ils s'entraident, et parfois se font du mal, mais d'une manière ou d'une autre, nous sommes tous liés. Passant dans la rue, comme meilleur ami, ton existence ne sera jamais vaine, parce que tu auras croisé autrui. Tu auras peut être, parfois, l'impression d'être invisible, insignifiant, dans l'univers, éphémère, mais c'est faux. Regarde, moi, par exemple, je me souviendrais toujours de toi, et j'éduquerai toujours mon fils, pour que jamais, il ne croit que je ne l'aime que pour ses résultats, pour que jamais, il n'en vienne à frapper sa rivale. De même, dans ta carrière future, tu auras des élèves qui te détesteront sûrement, d'autres qui t'adoreront, et enfin le reste, que tu laisseras indifférent, mais d'une manière ou d'une autre, tu feras partie de la chaîne de leurs choix. Regarde Akira, il n'est devenu professeur que grâce à Kain ! Et lui-même, a fini sa vie, parce qu'il désirait protéger son élève a tout prix.

Elle ricana ironiquement.

- Tu vois Armand, cette planète est un immense méli-mélo de liens entres les hommes. Et si certains oublient Samantha, toi non, elle continuera d'être un modèle, d'être une part de toi, de tes choix. Si tu as des enfants, tu leurs raconteras probablement cette histoire, et ils agiront selon ces dires, ou l'ignorons, consciemment. Et en cela, nous vivons….éternellement, tu ne crois pas ?

Armand resta silencieux, ressassant ces paroles vibrantes en lui, chatouillant ses émotions avec un soulagement mélancolique, saupoudré de doutes et de croyances paradoxales. Il finit par soupirer, et il murmura doucement :

-Vous dites de jolies choses aujourd'hui.

Ce à quoi répondit Lily dans un rire :

-J'en dis toujours voyons !

Et sur ce elle se leva, et alla rejoindre Kain, pour qu'on passe enfin du Disney, et Shinobu amusé par leur insistance, ne céda pourtant pas, et relança le ton, sur « if everyone cared » de Nickelback, mais Armand était déjà parti depuis longtemps déjà.

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L'infirmière Joëlle de Jadielle soupira avec amertume et s'étira, traînant des pieds sur le carrelage du centre Pokémon. Elle ouvrit péniblement les stores, et alluma la télévision de la salle d'attente. Le programme, présentant une des nombreuses conférences de presse du professeur Chen, ou d'autres chercheurs de chaque région, essayant d'expliquer vainement les disfonctionnement météorologique, retentirent bientôt dans tout le hall.

Malheureusement, comme à l'habitude, leurs mots échouaient face au comité, pour un manque évident de preuves, de solutions. Pas de fumé sans feu, disaient les hauts dirigeants, pas de solution, pas de problème. En attendant un ouragan avait causé de magnifiques dégâts et quelques morts sur les berges d'Oliville et la mer gelaient à Nénucrique . Twilight, trop secret, se révélait être la seule organisation à plus ou moins contrôler le phénomène, et de plus en plus de jeunes s'y engageaient sans réfléchir.

Exaspérée, la mère adoptive de Samantha relâcha son Leuphorie, qui commença à balayer et faire le tour des patients.

A peine ouvert, la cloche de l'entrée sonna, et un petit blondinet entra, poursuivi par un chrysacier et un coconfort. Il fit un seul et unique pas vers le comptoir, puis dévia de sa trajectoire, pour se jeter vers une petite étagère sur le côté. Sous l'affiche des annonces, où trônaient toujours les affiches d'enfants disparus, comme Lys Malhery, ou les demandes d'appartement, il y avait un simple cadre de bois. La photo de famille des Joëlles, avec une Samantha au milieu, le vilain petit canard de la troupe, résistait vaillamment au temps.

Le gamin se pencha, prit une des bougies qui patientaient dans une boîte en osier, et l'alluma. Il la posa, unique cierge en hommage à la mémoire de la petite brune. Auparavant, Armand et lui, déposaient les deux uniques présents pour elle, mais depuis le départ du brun, depuis un mois, il ne restait plus que le petit. En position de prière, envers Arcéus, c'est-à-dire les doigts prêts à claquer, collés sur son front, il bafouilla doucement :

-Coucou Sam, c'est encore moi, Claude. Je sais que je t'embête et que tu veux sûrement que dormir, comme ma Maman, mais j'voulais te dire qu'aujourd'hui, je pars en voyage initiatique. Donc je te dis au revoir, mais je ferai attention c'est promis, et je reviendrai dans un an pour te dire coucou. Tu verras, je deviendrai un champion d'arène, celui de Jadielle, à la place de Régis. Et tu seras fière de moi.

Sans plus attendre, il se leva, saisit la lanière de son sac, et partit aussi vite, sans même dire au revoir à l'infirmière.

Le silence revint hanter la pièce, et la flamme du cierge oscilla ironiquement sous le rire attendri de Joëlle.

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« Vous êtes le nouveau professeur sur les utilisations des Pokémons dans la vie quotidienne ? »
« Vous avez quel âge au juste ? »
« Ce sont des chaussettes dépareillées ? »
« Vous êtes gay ? »
« Avec votre discours d'introduction, je dirai que vous l'êtes, franchement ! Nous nous influençons tous et nous vivons éternellement, blabla, blabla ! »

Pouffement de rire général, dans l'amphithéâtre de nénucrique, petits mots qui volent d'un bureau à l'autre, questions qui fusent…Juste une ambiance légère, mêlée de rires et de sérieux. Armand se détacha de son tableau noir, où il avait vainement essayé de dessiner un piafabec, jusqu'à ce qu'un élève ait pitié de lui et vienne le faire à sa place.

Il observa la foule de gamins, d'adultes, tout âge confondu, toute ethnie, et caste…Il sourit. Ici personne ne le connaissait pour ce qu'il avait vécu, personne ne le prenait autrement que pour un prof en stage, personne n'attendait quoique ce soit de lui à part son travail. Les mots de Lily tourbillonnant dans son crâne, il revivait lentement.

-Hey, monsieur, monsieur ! Si on sortait dehors pour voir l'influence de la migration des Piafabec, hein ? Proposa une jeune fille.
-Oh ouais ! Ca peut être sympa ! Rit un groupe de mecs, peu enclin à bosser par ce beau temps, très rare en bordure de mer, à Hoenn.
-Il faudrait plusieurs heures pour contempler un véritable effet, et avec la nature totalement indomptable ces dernières années, rien n'est sûr. Répliqua Armand.
-Mais vous avez un piafabec, vous pouvez pas nous faire une démonstration ? Insista les garçons.
-Ouais, moi aussi j'ai un piafabec !
-Moi aussi !
-Et on peut demander aux petits en stage, je sais que le meilleur ami d'Asbel, il a un piafabec aussi…Et lui, il a un rattata !

Devant autant d'enthousiasme, Armand finit par céder, et toute la classe se leva dans le bruit et la bonne humeur, impatient de grappiller quelques heures de liberté. Dans la masse, il discerna deux jeunes femmes, qui ne se quittaient pratiquement jamais. Une grande rousse aux yeux mordorés, coupé au carré, lui rappelant étonnement, dans l'attitude culotté, l'amie qui avait accompagnée Samantha. Elle se nommait Sary Manawyddan et venait du désert D'Hoenn, avec son amie Sarah Willia Sasha Nihal Sheireen. (Elle avait insisté sur ce nom à rallonge lors de sa présentation). Il s'agissait d'une grande femme de 21 ans, comme sa camarade, aux cheveux noirs, reliés en queue de cheval haute, avec seulement de petites mèches blondes en guise de frange.

« Vous êtes vraiment, vraiment sûr que vous êtes pas gay ? »

Etait leur phrase favorite, et elles formaient un duo, amusée par le yaoi et le yuri, qui n'avait pas froid aux yeux. Elles tenaient souvent des propos très étrange du genre « Et quand vous aurez vécu autant que moi, vous ne vous soucierez plus de la politesse ou de la honte ! » et embarquait régulièrement un pauvre gamin de 12 ans, dans leur délire. Asbel, le frère de la troisième membre de leur trio légendaire, pour les citer, qui était malheureusement partie. Armand penchait plutôt pour la fuite, mais enfin !

Elles étudiaient toutes deux, et se révélaient assez brillantes malgré les apparences.

-Hey ! Regardez, y-a des membres de Twilight sur la plage !
-Oh c'est pour ça qu'elle était fermée ce matin !

La cacophonie entre ses élèves attira l'attention d'Armand, qui se pencha en haut de la falaise. En effet au loin, en plissant les yeux, il discernait deux silhouettes, arborant le blouson de l'organisation de plus en plus présente depuis trois ans. Un roux, et un brun aux lunettes de soleil. Ils se pressaient devant une grotte dans un renfoncement.

-Vous croyez qu'ils enquêtent sur ce qui s'est passé la semaine dernière ?
-Probablement, une mer entière qui gèle, c'est pas courant !
-Calmez-vous, cela ne nous regarde pas vraiment, vous vous souvenez, nous sommes venus voir l'influence des piafabecs sur l'écosystème non ? Vous me montrez les arbres fruitiers ? Je vais vous montrer comment les oiseaux permettent aux forêts de s'étendre.

La foule poussa un soupir déçu, mais résigné sous l'injonction de leur professeur, et le groupe commençait déjà à s'éloigner, quand Armand remarqua que les deux filles inséparables manquaient à l'appel. Il se retourna, et alla les chercher immédiatement en courant, sous les rires et les quolibets de ses élèves.

Un professeur plus jeune que ses propres étudiants n'était pas un situation facile pour asseoir son autorité, mais avec son expérience en combat Pokémon, ou aux poings, il avait mâté les plus récalcitrants malgré tout.

Il revint auprès de la falaise abrupte, et les retrouva prises dans une de leurs conversations surréalistes, comme à l'habitude.

« -N'empêche que tu m'as laissé crever la bouche ouverte la denrière fois, avec tous les ennemis autour, c'était vraiment lâche !
-Quelle importance cela avait, puisque tu recommencerais après, avec la sauvegarde !
-Oui, mais et le monde alors ? On le laisse en plan, comme ça, encore une fois ?
-Boarf, le sort du monde, quelle importance ça a vraiment ? Sarah tu es encore jeune, mais franchement, moi ça m'est devenue totalement égal.
-Je sens tout de même une grande perturbation autour de nous, tu ne ressens pas ça Sary, ça ne te donne pas envie de réagir ?
-Je sais ce que j'ai à faire, et je le ferai, mais après le reste…Pour l'instant tout ce que mon radar m'indique…
-Ce que tu as à faire ? »

La rouquine sourit avec sarcasme, et fit un arc de cercle avec le bout de son doigt dans l'air. Aussitôt un cri outré s'éleva dans la vallée sablonneuse. Armand put voir les deux silhouettes des hommes de mains de Twilight, totalement collées l'une contre l'autre, au niveau de leur ceinture métallique, comme si leurs deux boucles s'y étaient emberlificotées.

« Lâche-moi Gold ! Mais qu'est-ce que t'as encore foutu ? – Quoi j'y suis pour rien ! – AH ! Mais qu'est-ce que t'as c'est dégueu ! – Mais j'y peux rien ! – Retire cette ceinture tout de suite ! – Quoi ? J'veux pas être en froc sur la plage ! Toi retire ton – Je ne retirerai pas mon Pantalon, tu rêves ! »

Sarah écarquilla des yeux, rougit, puis s'offusqua faussement :

-Sary enfin !

La dernière haussa des épaules :

-Bah quoi ? Je suis en manque de yaoi là !

Elles rigolèrent de concert, et Armand écarquilla des yeux, avant d'hausser les épaules. Celles-ci, attiré par ce mouvement, pourtant presque imperceptible, se tournèrent d'un bloc, et en retrouvant leur enseignant, elles ne se calmèrent pas pour autant.

-Oh, vous êtes là monsieur ! Hey, vous êtes vraiment certain que vous êtes pas gay ? Vous pouvez pas nous faire un beau trip ? On vous prête Asbel quelques minutes, vous avez juste à le mettre sur vos épaules, et on prend une photo !
-Oh oui, en plus du complexe professeur-élève, il y a la pédophilie ! C'est trop cool !
-Vous êtes vraiment bizarres toutes les deux. Commenta Armand, froid.
-Il vaut mieux être bizarre que tristement banal non ? Puis au moins, on s'amuse ! Répondit Sarah simplement.
-Allez monsieur, c'est super simple, vous prenez un autre homme comme ça – Sary saisit la mâchoire de Sarah qui enfila une casquette pour accentuer leurs côtés androgynes à toutes les deux, Et elles se firent une bise juste aux coins des lèvres.

Armand soupira :

-Pour la mille et unième fois, je ne suis pas gay les filles ! Allez retournons en classe !

Il se dépêcha de les tirer vers le groupe, les deux jeunes femmes jetèrent un coup d'œil vers la plage, où les deux jeunes hommes de Twilight se débattaient toujours avec leurs ceintures, puis sur leur enseignant, et ensemble, elles soufflèrent, mystérieuses :

« Dommage ! »

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Le Bourg Palette avait retrouvé depuis longtemps la quiétude qui le caractérisait, sans tourment, la vie là-bas suivait son cours, sans complexe ni empressement. On recommençait à connaitre tous ses voisins, à regarder les travaux se faire, et les champs, moins productifs au fil des années, continuaient de se disputer les collines boisées avec le domaine des Chen.

Charles Sarl, marchait le long de l'avenue principale de cette ville de campagne, que son père détestait au plus haut point, sans complexe. Il traînait à bout de bras, un bambin, tout jeune, qui marchait à sa suite, pantelant, maladroit, se léchant les doigts couverts de restes de glace. Ses cheveux noirs, comme ceux de son papa, mais avec la belle couleur de sa mère, se soulevait au rythme de la marche. Sa raie beaucoup trop longue, tombant sur le côté. Ses grands yeux verts, aussi élégant que ceux de sa défunte sœur, ressortait sur sa peau claire, encore hésitée de son géniteur. Il se nommait Lyon.

-Pourquoi les fleurs de chez la Maman de Sacha elles ne poussent pas ? Demanda-t-il après un moment de réflexion.

Son père s'arrêta une seconde, cherchant ses mots, puis déclara doucement :

-Et bien tu vois, c'est parce que les plantes, ont besoin de constance.
-C'est qui Constance ? Maman en parlait d'elle ce matin aussi.
-Non elle parlait de ta mamie Constance, qui est morte, comme ta grande sœur Lyon.
-Et c'est elle qui fait mourir les plantes de madame la maman de Sacha ?
-HuM…Non pas vraiment.
-Je ne comprends pas Papa.
-Tu demanderas à ta maman alors, d'accord ? S'esquiva finalement le chef d'entreprise, embarrassé.
-D'accord.

Le gamin leva les yeux vers le ciel, avec une mine pensive. Bien plus calme que leur précédent enfant, cette quiétude chez le petit avait intrigué, voire même inquiété, les Sarl, mais apparemment, l'enfant appréciait juste prendre son temps pour parler correctement et faire les choses correctement. Le plus étrange était qu'il détestait se salir et donc ne partait pas battre la campagne, lui.

-Dis, papa…
-Oui Lyon ?
-Je vais faire quand du violon ?
-Dans une semaine, Maman a appelé un professeur, comme tu le voulais, mais tu promets de ne pas arrêter en cours de route, hein ?
-Non ! Promis, je vais devenir un grand violon joueur, comme le monsieur à la Télé.
-C'est bien, je suis sûr que tu peux y arriver avec de la volonté.
-Dis papa…
-Oui ?
-Et l'amie de Régis, tu crois qu'elle a reçu mon cadeau ?
-Ca va faire trois mois, alors oui, je pense qu'elle a reçu ton cadeau, comme tous les autres.
-Tu crois que je vais bientôt la voir ?
-Régis dit qu'elle est malade et qu'elle ne peut pas bouger, donc je ne pense pas non.
-Elle est malade comme ma sœur ?
-C'est possible.
-Donc elle va mourir ?

Charles Sarl se raidit une seconde, puis sans crier gare, il se pencha et prit son fils dans ses bras pour continuer le chemin tout en lançant avec gentillesse :

-Et bien non, sinon, Régis te le dirai.
-Super, parce que moi, je veux la garder, c'est comme une super grande sœur.

Le sourire du père d'Eléanore resta crispé sur cette remarque, mais il garda le silence.

-Dis Papa…
-Oui ? Lança-t-il avec patience.
-Quand est-ce que j'aurais un Pokémon ? Je veux un Lixy moi !
-Tu sais bien que je n'aime pas l'idée que tu aies un Pokémon…Maman non plus.
-Oui mais vous vouliez pas non plus que j'ai la chambre de ma grande sœur au début, mais maintenant…
-C'est parce que le psy disait que ce n'était pas bon pour nous de garder cette chambre fermée, comme une tombe.
-C'est qui le si ?
-C'est un monsieur qui aide Papa et Maman à rester ensemble.
-Mais vous l'êtes déjà !

Le père d'Eléa s'arrêta de nouveau, et enlaça plus fortement son fils avec attendrissement, avant de le reposer par terre et de lancer :

-Ecoute Lyon, on fait la course jusqu'à la maison ? Celui qui gagne a droit de monopoliser maman ce soir !

Les prunelles du petit s'agrandirent.

-Mais tu vas gagner ! Tu as de plus grandes jambes !
-Et bien tu n'as qu'à courir plus vite !

Le petit ne se le fit pas dire deux fois, et sans attendre le signal de départ il se précipita vers la maison sur la colline. Son père compta jusqu'à dix avant de le rejoindre, à une cadence tranquille, alors que Marina descendait déjà sur le seuil de la porte, prête à récupérer son petit trésor. Ce dernier, en voyant la silhouette fatiguée de sa mère, assise sous l'auvent, emplit ses poumons d'air pur, et alors qu'un immense sourire lumineux barrait sa frimousse enfantine, il hurla :

-Mamann, papa m'a dit de te demander c'est qui Constaannce !

Et le plus grand PDG de tout Kanto eut la soudaine envie d'aller se terrer dans un trou de souris.

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La douce et charmante cité d'Azuria ne changeait pas, elle stagnait, gentiment, presque tristement. Bien sûr, elle subissait parfois des périodes de canicules impromptues, en plein hiver, ou la foudre s'abattait non loin d'un bâtiment sans qu'un orage ne secoue pour autant la région, mais à part cela, la bourgade restait assez épargnée.

On pouvait même aller jusqu'à dire qu'il y faisait bon vivre.

Le commerce continuait de fleurir, et l'arène récoltait de plus en plus de réputation de par l'ambiance conviviale qui y régnait. Outre les sœurs sensationnelles qui y donnaient un spectacle une fois l'an, souvent, un observateur Pokémon venait faire des croquis aux enfants, sur le parvis du bâtiment tout en flirtant avec Daisy. Quelques célébrités y passaient plusieurs fois, telles que Flora et Drew les coordinateurs, ou encore Aurore et Kenny, Régis, de temps à autre, le nouveau champion de l'arène de Jadielle depuis un an et demi…

Mais surtout, ce qui nourrissait activement les potins du petit village, restait les arrivées et départs intempestifs, quasiment imprévisibles du champion Sacha. Il devait passer la moitié de l'année avec Ondine, la championne locale, et pourtant il ne restait jamais en place plus d'un mois. Quand on lui posait la question, la rousse croisait les bras, et relançait simplement :

« Un garçon qui reste toute sa vie sans se bouger, est ennuyeux, vous ne trouvez pas ? Puis ça me fait des vacances ! »

La matinée avait plutôt pas mal avancée ce jour là, Ondine nourrissait les Pokémons, alors que les enfants Kazamatsuri, dispersés un peu partout dans la bourgade à aider les commerçant contre quelques pièces, comme toujours, passaient un coup de serpillère dans la maison. Ce jour là, elle avait le droit au petit Jimmy, un bambin de sept ans, qui désirait ardemment nettoyer tout, même si le balaie était plus grand que lui.

« Mon grand frère il est passé il y a trois mois, avec un garçon qui avait peur des balais, bah, moi, j'ai pas peur ! » Avait-il déclaré avec sa bouille d'ange, ses cheveux de miel et ses grands yeux bleus-verts.

Il était mignon, en règle générale, elle aimait beaucoup les enfants de cette fratrie. Il y avait trois mois, Daniel était venu rendre visite avec sa famille, avec Lucas, Eléanore, et Samantha, son professeur, bien surveillés par quatre officiers de Twilight, dont le sérieux restait à vérifier, Silver ; Gold, Cristal et Trax, qu'ils s'appelaient…Une bien drôle d'équipe en tout cas.

Sacha avait été particulièrement touchée par la vision de son amie d'enfance, en fauteuil roulant, qui se déplaçait principalement sur le dos de ses Pokémons, Ash son dracaufeu Shiney, ou Hope, son Arcanin. Il restait gêné et accablé en sa présence, à tel point qu'Ondine peinait à le reconnaitre. Pourtant Eléanore continuait de montrer une joie de vivre assez impressionnante. Daniel et elle semblaient être devenus extrêmement proche, du moins, d'après la championne, le maître au pikachu disait ne rien voir du tout entre eux, avec une pointe de jalousie.

Décidément, lui, il atteignait le niveau de Régis, cette petite restait son amie d'enfance qu'il habillait quand il fallait sortir, aussi, elle ne pouvait et ne devait pas grandir. Sacha, cela passait encore, elle connaissait ses défauts, mais voir le savant Régis agir aussi puérilement l'étonnait à chaque fois.

Ondine passa devant un comptoir et vérifia ses messages au répondeur, et d'ailleurs, elle reçu un message de la part de Régis. Celui-ci, un an auparavant, avait décidé de devenir champion de Jadielle, pour être à la périphérie de tous ses devoirs. Aisni, il se trouvait non loin du bourg Palette, avec la famille d'Eléa, son grand-père Chen, sans pour autant s'éloigner exagérément de Twilight dont le Qg se situait au mont Argenté.

Sacha lui en voulait toujours un peu, et Ondine, elle devait l'avouer, rejetait toujours les choix de l'ancien rival du brun, mais l'amitié ne disparaissait pas, étrangement. Ils évitaient juste le mauvais sujet. Enfin…Sauf quand la rousse en avait assez, à ce moment là, elle n'hésitait pas à lui ressortir les quatre vérités en pleine face.

Cette fois, le chercheur, annonçait à la rousse, que Lyon, le petit frère d'Eléanore, fêtait ses 3 ans, dans peu de temps, que Sacha était invité. Il ajoutait aussi, à son adresse, si elle avait des nouvelles de Daniel, car ce dernier ne lui avait pas envoyé de shiney depuis quelques jours et qu'il ne parvenait pas à le joindre.

Ondine ne répondit pas, et jugea préférable de transmettre le message à Sacha, après un bon repas. Le maître de la Ligue, en effet, se montrait de plus en plus grognon dès qu'on parlait de rendre visites au Sarl. Le mensonge dont il était le porteur, celui de faire croire aux parents à la mort de leur fille, le pesait toujours.

-COUCOU C'EST NOUS ! JE MEURS DE FAIM !

La voix enjouée de son petit ami se répercuta dans le couloir, et pikachu se jeta à la rencontre de la rousse dans une exclamation adorable. La championne d'Azuria rigola, caressa le pelage de la souris électrique, puis relança, d'une voix ferme :

-TU ME PRENDS POUR QUI AU JUSTE ? SI TU AS FAIM, FAIS6TOI A MANGER TOUT SEUL ! TU CROIS SINCEREMENT QUE C'EST UN HOTEL ICI ?

Sahca afficha une moue déçue, qui disparut vite quand elle l'embrassa pour lui souhaiter un bon retour.

-Comment vont les autres ?
-Et bien, Ma mère semble très heureuse comme d'habitude, sauf que ses fleurs sont mortes, cette année, avec ce temps pourris, impossible de faire pousser des jonquilles. Flora et Drew ont eut peur la dernière fois, ils se sont tombés dans une embuscade, mais Soledad les a bien aidés, ils n'ont pas eu besoin de mon aide, finalement. Par contre, Aurore et Kenny n'en peuvent plus, à ce qui parait Harley et sa coéquipière, la fille de Sinnoh avec tous ses évolis dont j'ai oublié le nom –encore-, leur donne du fil à retordre en concours. Oh, et j'ai vu Jessie et James en survolant Sinnoh, ils avaient l'air…Et bien comme d'habitude, ils s'envolaient vers d'autres cieux quoi !
-Certaines choses ne changent pas ! Ricana Ondine.
-Ondine ! Ondine !

Le petite Jimmy se rua vers la championne et sautilla sur place, impatient tout en déblatérant à toute vitesse :

-Ton gigot est cuit, et j'ai fini de balayeeer ! Dis ! Dis je peux m'en aller maintenant ? Y-a mes copains qui jouent avec notre maîtresse Lily, ils font un faux pokéathlon ! S'il-te-plaiiiiit !
-Vas-y, vas-y, après tout, tu n'es là que pour aider, ce n'est pas un travail. Je te donnerai quelques pièces quand tu reviendras.
-Merciii !

Et sans plus attendre, le gamin partit à vive allure, dans le vrai labyrinthe urbain de la bourgade, sans une once d'hésitation.

-J'ai bien entendu, gigot ? Tu as fait du gigot ?
-Intuition, je sentais que tu allais revenir, je ne sais trop comment. Peut être le fait que ton match avec ton challenger s'est achevé hier en direct. Le railla Ondine, pikachu se pressa de l'imiter.

Depuis trois ans, et malgré sa démission envers Twilight, sacha continuait en bon maître de 5 Ligues différentes, à combattre nombre de Challenger. Cela le tenait occuper, et il ne s'en lassait de toute évidence pas. Cela rassurait de voir, que parfois, la vie restait la même.

-Je t'aime tu sais ? Lâcha soudainement Sacha, des étoiles dans les yeux, son estomac, conqui, plus que son cœur, mais enfin, selon le dicton, c'était un passage inévitable pour attirer un homme.

Ondine sourit, juste heureuse.

De temps à autres, en revanche, le changement avait du bon. Elle leva les yeux vers la fenêtre, le ciel gris, et songea à l'époque de sa rencontre avec le brun, leurs aventures communes, puis ensuite, son arène, Eléanore, Twilight….Et le poids des années la frappa de plein fouet, sans pour autant lui serrer le cœur.

« Le monde change et évolue, mais son fondement reste immanquablement le même. »

Tout simplement.

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Les chambres d'hôpitaux, en revanche, restent toujours les mêmes, éternellement blanche, entrecoupée par le bruit d'une machine absolument insupportable. Pression sanguine, examen de sang, urine, tout cela en devenait exaspérant de constance. Rien qu'une fois il aurait aimé arriver dans un hôpital peint en…En rose tiens !

Non peut être pas en rose quand même…Mais pas des couleurs pastels en neutres en tout cas, un beau vif ou flashy.

Pierre Rochard, dit Steven, s'étira, un peu, courbaturé, dans son lit immaculé. A ses côtés, son père ; le chef de la Devon, et relégués dans le couloir Cynthia, Marion et Marc. Sincèrement il aimait beaucoup son père, mais il n'avait toujours pas compris que s'il s'était trouvé un appartement, qu'il avait payé lui-même ses études et le reste, c'était par volonté de ne plus le voir ?

Oh, il parlait vraiment méchamment, même dans sa tête, et en plus il se tapait la causette à lui-même, à des lecteurs imaginaires, il manquait de sucre.

Tiens c'était un bon moyen de vérifier son taux ça, un bon radar.

De quoi parlait-il déjà ?

-Ah, tu es réveillé Pierre ?

Ouah, depuis quand son père avait le nez aussi gros et le crâne aussi dégarni ? Le champion d'Hoenn se frotta les yeux avec exaspération, mais son géniteur arrêta son geste d'une main certaine.

-Ne touche pas à tes yeux et reste tranquille, tu as fait une cécité temporaire pendant la conférence de presse, tu te souviens ?

Steven hocha du chef, oui, après son match, il n'avait pas eu le loisir de manger, car il revenait d'une réunion pour Twilight, puis ensuite le challenger, et ces vautours de journalistes…Il était cependant certain, que malgré sa vision obscurcie, il avait continué, feint, la bonne santé.

-Tu as fais un malaise après, on a eu très peur, tu sais ?

En même temps entre noir, à cause de sa maladie génétique, et noir à cause du malaise, y-avait pas une grande différence, comment pouvait-il s'en rendre compte ? On ne lui disait jamais rien.

-Enfin, cela a surtout paniqué les journalistes et du coup, on a de plus en plus de questions sur l'avenir de l'entreprise Devon, ils pensent que tu vas passer l'arme à gauche sans laisser d'héritier.

Steven ricana nerveusement : encore ce sujet, voilà pourquoi, côtoyer son père était toujours difficile. Les lettres c'était bien, on se ment à distance, et on est trop loin pour remettre les dires en questions.

-Tu as bien une petite amie, n'est-ce pas, Steven ? Et tu as bien l'intention d'officialiser votre relation bientôt ? Tu sais bien que je…

« Je ne suis pas éternel, et tu es mon unique héritier, le seul qui pourra reprendre l'œuvre de toute ma vie…blablablaaa… » Quelle plaie, il connaissait ce discours par cœur, pourquoi perdait-il momentanément la vue plutôt que l'ouïe, franchement ? Allez en se concentrant un peu il pouvait peut être contrôler le flux de sucre dans son corps et…

-Enfin, je suis rassuré, l'important, c'est que tu ailles biens. On reparlera mariage dans quelques mois, mais n'attends pas trop…La pression des journalistes devient vraiment peu supportable pour mon cœur…Et pour le tiens aussi apparemment.

« Gnagna… »

Oh pitié ! Il rêvait de se montrer à la face du monde et sortir à ces crétins responsables des grandes feuilles de choux qu'il n'aimait que les hommes, et qu'il n'avait rien à faire de leurs têtes offusquées. Si seulement, ça ne causait pas un infarctus à son pauvre père, et foutait en l'air toute l'œuvre de sa vie, comme il disait.

Pierre se cala contre son oreille et poussa un soupir exaspéré. Il avait peu changé durant ces années, juste un ton plus maladif et les pupilles plus dilatées.

La vie était injuste avec les gens différents, les hommes comme lui, ne pouvait pas se montrer au grand jour sans emporter avec eux leur compagnon dans une spirale de honte médiatique. Sans parler, qu'il ne pourrait pas adopter dans le pays, d'enfants, en tant que couple homosexuel, et quand bien même il contournerait la loi, le bambin, ne serait pas considéré comme le leur, au moindre problème il serait envoyé en établissement spécialisé, sans bien, sans héritage…

La loi se montrait abjecte et écœurante.

Pendant ses considérations pensives, son père se levait, et laissait entrer les personnes qui patientaient dans le couloir. Marc se modéra, et fit semblant de rien, malgré une grimace bien visible quand il vit les filles enlacer Steven sans que lui ne puisse les imiter.

-Peter a eu la trouille, tu ne peux pas savoir, il est devenu blanc comme un Linge, il est allé « interroger » les foutus journalistes de la conférence de presse…Tus ais comment il est depuis trois ans…Des fois que l'un d'eux t'aurait empoisonné dans ton dos. Ricana Marion, rouge.
-Il devient de plus en plus parano et tendu décidément.
-Tu ne l'aides pas à être malade tout le temps, je t'ai dit des millions de fois de prendre tes médicaments ! Tu sais pourtant qu'à chaque fois qu'on approche de l'anniversaire de la mort de Yoann, il est stressé. L'accusa simplement la blonde, sévère. – En plus, avec Daniel que l'on ne parvient pas à joindre depuis deux jours, il a les nerfs en pelotes.
-Pourtant, il a un très bon moyen de se décompresser, n'est-ce pas ! Se moqua le champion.

La cousine de Lucas s'empourpra royalement et se tût, détournant le regard sous le rire amusé de Cynthia.

Les deux femmes blondes, elles n'ont plus, n'avaient guère évoluées si ce n'est la longueur des cheveux. L'une regagnait peu à peu la confiance qu'elle avait perdue, auprès de Twilight, tandis que l'autre, plus mâture et sérieuse, affirmait sa place en tant qu'amante attitré de Peter chaque jour davantage.

-Fascinant ! Dis-moi, Pierre, tu as fait fort cette fois…J'ai du interrompre mes recherches pour venir te voir, heureusement que Marc a bien voulu m'accompagner, sinon, je n'aurais pas pu venir…La surveillance, la protection, et tout le fourbis, c'est un jeu politique fascinant ! Fascinant !

Le père Rochard hocha gravement du chef, comme comprenant la présence de Marc ici pour la première fois, et il se décrispa, osant enfin sortir de la salle pour laisser un peu d'intimité à son fils. Steven gratifia la maîtresse de Sinnoh d'un regard reconnaissant quand Marc se jeta sur lui pour l'enlacer.

-Il serait temps que tu avoues à ton père la vérité quand même ! Marmonna Marion après les retrouvailles.
-Tu as vu son comportement avec Marc, alors qu'il ne se doute de rien ? En plus, quand j'étais gamin, il m'a fait un vrai lavage de cerveau, comme quoi les homosexuel sont des bêtes dégoutantes…Je tiens mon diabète de lui, faire ça équivaudrait à faire exploser son cœur dans la seconde.
-Cela peut être envisageable ! Siffla Marc, rancunier. –Je déteste l'entendre parler de mariage avec toi…
-Il n'est pas méchant, juste…Dérangé par l'homosexualité…Comme la moitié de la planète, qu'est-ce que tu veux y faire ? Répliqua acerbe Steven.

Marc baissa du chef, penaud.

-Il faudrait que tu trouves une femme, pour calmer les esprits, une femme qui saurait pour toi, et ne demanderait rien d'autres qu'une situation aisée, et un ou deux marmots. Une couverture cela s'appelle, je connais un bon nombre de filles qui ne te dirait pas non, même pour si peu. Arrangea Cynthia, en s'asseyant et en prenant un livre.

Pierre tressaillit, et elle ajouta aussitôt :

-Simple suggestion. Tu choisis, c'est vrai que c'est une couverture assez peu attrayante, mais dans à ta place, je ne vois pas vraiment d'autres solutions.
-Il peut aussi tout révéler au grand jour ! S'emportèrent Marc et Marion d'un même ton.

Cynthia leva les yeux, et les reposa sur son ouvrage :

-Il peut aussi. Il y a des qualités et des défauts à chacune des options. Mais très sincèrement, Steven, ton histoire ressemble de plus en plus à une de ces tragédies sahariennes !
-Evite de me comparer à des types qui meurent et se sacrifient pour le monde s'il te plait. Je n'ai aucune envie d'incarner une nouvelle Eléanora….Souffla le concerné.
-Et surtout, ne ressort pas ça devant Peter, franchement, tu veux qu'il enferme Steven dans un abri nucléaire pour le protéger ou quoi ? Ajouta Marion.
-Je ne le compare pas à Eléanora, très sincèrement, sauf si tu as été mariée à tes 9 ans, et que tu es morte à tes seize ans pour sauver ton univers, avec ton âme éradiquée par Arcéus et ton corps chantant jusqu'à la fin des temps par automatisme, dont on a du extirper la progéniture avec les moyens du bords, sans anesthésie, sans moyens, sans que tu ne cesses ton chant, ou que tu ne meurs d'hémorragie…

Un silence morbide suivi cette réflexion pour le moins pertinente.

-Remarque sa sœur n'est pas mieux, elle a été promise à sa naissance à un prince, qui avait dix ans de plus qu'elle, et comme son père est mort, elle a du se marier à 5 ans…Tu parles d'une vie, elle a enfanté à partir de 11 ans, sans parler que dans la guerre elle a perdu son mari, sa sœur, et finalement sa tête. Fascinant, comme une civilisation peut honorer les femmes et pour autant leur causer tant d'épreuves proches de la torture.
-Tu pourrais changer de sujet s'il-te-plait ? Lancèrent les trois autres avec le teint verdâtre, glacés.
-Oh, pardon, tu sais comment je suis dans ce genre de cas ! Hum, sinon…Quel sont tes projets d'avenir Steven, vu l'évolution de ta maladie, et surtout de ton inaptitude à suivre un traitement avec constance, que comptes-tu faire ?
-Là tout de suite, j'ai l'intention d'aller vomir, on verra après…

Sur ces bonnes paroles, il se leva, et se traîna jusqu'aux toilettes sous les regards, mi-soulagés, mi-inquiets de ses collègues.

Le temps s'écoulait décidément de manière bien cruelle sur certains d'entre eux.

En revanche chez d'autres, elle permettait de réaliser un peu plus, à chaque instant, les sentiments qui les animait.

Trois ans après la mort de Yoann, en ce matin de février, de la seizième année d'Eléanore ; le Qg de Twilight s'afférait, comme à son habitude. Le malaise, deux jours auparavant avaient peut être secouée les grosses figures de l'organisation, mais la plupart des membres ignoraient même son existence.

Aussi pour Lucas, ce fut un matin tout à fait normal, avec la même routine qui durait depuis des mois et des mois. Il voyait d'ores et déjà se profiler sa matinée, il allait téléphoner à ses parents, parler un peu, puis essayer de joindre Daniel, qui devait être en pleine chasse de shiney vu qu'il ne répondait plus depuis quatre jours, et enfin, il passerait le reste de l'après midi à s'entraîner avec Samantha, Eléa, et Cristal, sauf si on lui dérogeait une mission.

Contrairement à sa meilleure amie et son professeur, lui, participait activement aux activités de l'organisation. Même si elle piétinait toujours contre cet ennemi inconnu dirigé par Harry et quelques autres gros bonnets. Un mélange de la Team galaxy, magma et aqua, des rescapés, un pot pourri, de pourris.

Lucas n'avait pas énormément changé, il avait continué à grandir et atteignait le mètre 86, et son visage avait pris une carrure plus adulte, sans pour autant effacer l'ovale de sa frimousse, ses piercings, son drôle de pendentif, et pour le plus grand malheur de tous, son coiffure maintenu par une tonne de gel, restait d'actualité. Ses yeux verts brillaient en cet instant de sommeil, et sa chevelure cependant n'était pas encore mise en place, au pied du lit, se traînant vers la salle de bain, l'était encore trop tôt pour ça.

Le brun se hissait tant bien que mal vers l'étage, quand il vit la file d'attente qui se profilait devant l'entrée de la salle d'eau. Il soupira d'exaspération, et avisa une jolie femme, qu'il ne reconnaissait pas, pour lui demander :

-Ca dure depuis longtemps, où quelqu'un vient juste d'entrer ?

La concernée se retourna, avec sa chevelure lâche, tendre, descendant jusqu'au milieu du dos, quelques mèches voltigèrent joliment dans son mouvement, dévoilant un visage, aux traits communs, mais tout en rondeur, et formes voluptueuses. Celle-ci cligna des yeux, et sourit gentiment.

-Mon crétin de frangin vient d'entrer on en a pour une bonne dizaine de minutes !

Silver devant l'inconnue grommela d'exaspération, il s'était fait, de toute évidence, coiffer au poteau. Revenu d'une mission de Nénucrique avec le brun, il affichait une mauvaise humeur persistante depuis quelques jours.

Le roux conservait sa tignasse longue, qui avait bien poussé depuis, il les attachait à présent, chaque matin, en une queue de cheval haute, pour ne pas être gêné, et dès qu'on osait lui proposer de les lui couper, il foudroyait le pauvre malheureux qui se croyait malin, d'un regard argenté absolument terrifiant. Gold –éternellement le même, avec sa coupe au gel et son air crâneur, juste un peu plus carré avec les années- avait osé émettre l'hypothèse absolument inimaginable que le Rocket craignait tout objet pointu, tels que les ciseaux, s'approchant de son visage. Mais cela, personne n'avait vécu assez longtemps pour le vérifier ou risquer sa vie dans cette entreprise. Quelque chose leur soufflait que si, effectivement le fils de Giovanni n'aimait pas les ciseaux, il n'hésiterait cependant pas une seconde à les planter dans le cœur du pauvre fou qui les approcherait de lui.

Le cerveau endormi de Lucas se remit en marche brusquement. Si le trio de Jotho patientait ici, alors Cristal ne devait pas être loin. Encore dans les brumes du sommeil, il lui fallut trois secondes de plus pour faire le lien avec la beauté qui se tenait juste à quelques centimètres de lui.

Son cœur rata une pulsation et il cracha :

-Mais qu'est-ce que t'as fait à tes cheveux ?

Cristal sursauta, et caressa sa tignasse noire aux reflets bleutés, avec un œil absent, avant de grommeler :

-Il n'y avait plus de gel ! Un imbécile a vidé ma boîte ce matin !

Cette fois, le futur de tacticien manqua de s'étrangler, de s'étouffer, ses joues l'incendiaires brutalement.

-M-mais pourquoi tu mets du gel ? Bafouilla-t-il.

Cristal arqua un sourcil, et haussa des épaules avec dédain :

-Quelle question stupide, et toi pourquoi tu en mets hein ?Je sais pas, j'aime bien c'est tout ! Pourquoi, tu insinues que je suis moche comme ça ?

Lucas ne savait plus où se mettre, il avait bien tenté de parler du drôle de sentiment qui le rendait mal à l'aise en présence de Cristal, et malheureux loin d'elle, à Daniel, un mois plus tôt, mais celui-ci s'était montré inefficace. Samantha elle, n'avait rien trouvé de mieux que de l'enfermer dans un placard avec Cristal pendant quatre heures comme réponse. Cette fille pouvait se montrer incompréhensible.

En fait les filles étaient incompréhensibles. C'était pour ça qu'il faisait des sketchs extravagants, ça les coupait dans leur élan et il avait un tant soit peu de contrôle, en plus ça sonnait romantique, et elles aimaient ça…Alors pourquoi face à elle, ne parvenait-il pas à recouvrer une assurance suffisante pour agir ainsi ?

-Heu…n-n-Non, tu es vachement jolie comme ça en fait ! Parvint-il à articuler, le palet lourd et la langue pateuse.

Cristal vacille, et elle s'empourpra brutalement avec une moue absolument adorable, attendrissante, soulignant sa frimousse bien en chaire totalement contraire à celle bien droite et fine, à la beauté gracieuse de Samantha.

-Heu…M-M…

Cristal s'embrouilla dans ses propres mots, incapable de dire le fond de sa pensée. Cela durait depuis une décennie, elle songeait à une réponse, et répondait une vacherie, ou une insulte. Mais cette fois, elle serra les poings, déterminée.

C'était le bon moment, l'ambiance idéale. Oui elle allait se confesser, lui avouer qu'il lui plaisait, dans la file d'attente pour aller aux toilettes, elle ne voyait pas mieux !

Elle inspira profondément, et se lança,

-Je…

Lucas pencha la tête sur le côté, innocemment. Elle déglutit, son cœur battant à ses tempes.

-Je…T…

Bon dieu qu'il était mignon avec ses grandes iris clairs contrastant avec sa tignasse brune, et surtout, surtout, avec ses mèches lâches, non paralysée par le gel.

-Oui ? Lança-t-il.
-Je trouve ta chemise horrible !

EEEK ! Elle avait recommencé !

-Ah. Murmura Lucas en réponse, visiblement déçu.

Elle méritait de se taper la tête contre un mur jusqu'à ce qu'elle éclate, elle méritait de…D'être livrée en pâture aux écrémeuh tiens.

Non peut être pas quand même…C'était trop cruel comme punition la dernière !

Silver pouffa dans le dos de Cristal amusé par la scène. Celle-ci tenta vainement de se rattraper, mais dans la précipitation, elle continua à s'enterrer vivante :

-Nan parce que franchement tu es mignon avec les cheveux lâches, mais la chemise, burk, c'est comme ton nom, t'as aucun gout ou quoi ? Tu as de beaux yeux vert et mettre une chemise écossaise ça jure affreusement, en plus elle est vieille !
-C'est une chemise de Daniel.
-En plus tu portes une chemise de ton meilleur ami, c'est…

Elle voulut dire « trop mignon ». Elle répliqua :

-C'est horriblement gay comme attitude.

Cette fois c'était décidé elle allait se tuer à la manière ancestrale, se seppukuer avec ses pokémons pour conserver le peu d'honneur qui lui restait. Cizayox ferait très bien l'affaire.

Lucas tiqua face à elle, sa paupière droite cligna méchamment, et sans crier gare, il retira sa chemise pour la remettre à Cristal :

-Bon puisque ça ne te plait pas, je vais me changer ! j'ai le temps apparemment !

Oh mon dieu, Oh mon dieu, oh l'écremeuh, il était vachement bien roulé en plus cette grande perche, pourquoi il se déshabillait, quelque chose au fond d'elle mourrait d'envie de lui crier « A poil ! » sans que ce son ne franchisse la barrière de ses lèvres, elle se contenta de rougit jusqu'aux oreilles et fixer le jeune homme partir se changer. Elle mâta ouvertement son derrière.

-Mais en fait tu es super perverse ! Souffla une voix à son oreille.

La cadette des Heart fit un bond monstrueusement monumental, devant un Silver plus ou moins railleur.
Le roux lui fit un rictus absolument insupportable, de celui qui sait tout et contemple avec exaspération la peuplade d'insectes à ces pieds, bien au dessus de toute leur préoccupation.

Cette attitude réveilla la furie qui ne sommeillait jamais en Cristal, d'un geste furieux, elle lui balança la chemise à la figure et rugit :

-Oh, toi tu peux parler, t'y connais rien !
-Plus que toi apparemment, « ta chemise est affreuse… horriblement gay » super comme technique de drague !

Tous ses cheveux se hérissèrent sur sa nuque sous la colère.

-Silver je te déteste ! Tu vas me le payer !

Elle se jeta sur lui et bien décidée à le marteler de coups de poings, seulement le roux esquiva habilement l'offensive. Et la théorie des Dominos, encore et toujours, se mit en marche.

Gold sortit de la salle de bain à cet instant précis, et Cristal, déstabilisée, déséquilibrée par l'esquive de son opposant, chuta. Et comme tout être humain censé, elle chercha à se rattraper, même si sa course avec la gravité allait inévitablement se terminer avec une trajectoire pareille. Elle attrapa la première chose qui fut à portée de main. Le caleçon de son frère. Et elle l'emporta avec elle.

Il y eut un blanc, où Gold observa piteusement son couvre-tout choir à ses chevilles. Il leva ensuite les yeux vers Silver qui s'empourpra d'un coup, sans pour autant détourner le regard. En revanche, Cristal se montra moins stoïque.

-AAAAAAAAAAAAH MES YEUX J'AI VU LE TRUC DE ON FREREEE AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Sans même lâcher le bien de tissus, elle se redressa, bousculant son frère au passage, se couvrit les pupilles dans une mimique dramatique et s'enfuit en courant, hurlant :

-JE VAIS FINIR AVEUGLE COMME YUKIIII AHHHH CA BRULEEEE AU SECOUUUURS !

Quand elle eut disparu, Gold –utilisant la chemise abandonnée pour se couvrir au minimum- bafouilla rouge, à Silver :

-Tu as rien vu… ?

Lequel leva la tête vers un ciel inexistant ; toussa légèrement pour camoufler son embarras et lâcha :

-Hum, je vais…je vais…Voir…HEU…Parler…Chris et Angie, hein…Salut !

Quand Lucas revint, il trouva la salle de bain libre, et un Gold plus ou moins statufié de honte.

En revanche, à l'extérieur, ce n'était plus ce sentiment qui stoppait qui que ce soit.

L'antre des machines, le seul chalet entièrement réservé à la programmation, avait bien changé depuis trois années. La salle noire, peuplée d'ordinateurs, d'écrans, tristes, ternes, où stagnait le sentiment d'étouffement, puait la sueur des travailleurs épuisés, et surtout, enfermés, n'était plus.

On la nommait à présent le Repaire Rose, le R-R pour faire court. Nul doute que la raison de cette appellation revenait à Christopher et Angèle. Ces derniers, leurs marques faites, s'amusaient comme des fous, et n'hésitaient plus à modifier à leur guise le décor. Acceptés, et plus ou moins respectés, selon les circonstances, ils se jouaient des convenances pour se plaire dans leur nouvelle demeure, sans crainte ni honte.

En soit, les deux adultes n'avaient guère changés malgré le poids des années, ils restaient d'incroyables, incorrigibles, énergumènes aux cerveaux stupéfiants. Arborant toujours des ensembles de Dentelles, celle-ci devait s'être néanmoins reproduite, comme un laporeille au printemps, et elle avait atteint la salle informatique, lieu de vie, de travail, des anciens membres de la Rocket ratés.

Les murs multicolores, pas seulement roses, contrairement à ce que l'on pouvait penser, apportait un semblant de gaîté, les arc-en-ciels peints sur les pourtours des enceintes, les strass, les paillettes, collés sur les rebords des meubles, et surtout, les nappes, rideaux, et tapis tout en tissus fin, blanc, bordures et dorures…C'était plus une chambre de gamine pré pubère, que celles d'adultes.

Deux canapés, autour d'une table basse nappée, couverte de biscuits et de thé, ou jus d'orange, et plus paradoxalement, des toboggans minuscules, des tuyaux transparents longeant les murs, des balles de balades, des bulles faites pour les grand malade normalement, et même une balançoire en plein milieu du séjour, rien n'annonçait un quelconque sérieux.

Aussi, les membres de Twilight avaient pris l'habitude d'y venir pour se détendre, discuter avec leur habitants déjantés, et reprendre la vie, du bon côté, voir tout en « rose ».

Silver appréhendait toujours ce moment fatidique, où il ouvrait la porte de cette demeure étrange, s'attendant à tout, même à un Chris armé d'un chalumeau, en train de tout détruire – ce qui était déjà arrivé, l'homme avait voulu soudé deux plaques de métal sur une invention, puis avait pris peur de la vigueur de son bien, et avait fini par courir en tout sens, apeuré par ce qu'il tenait, tout en refusant de lâcher et éteindre pour autant.-

Cette fois, pourtant, il n'en fut rien, il les dénicha, attablés, devant un ordinateur, tout en mordillant un casse-croute, alors que leurs Pokémons, mystherbe, teddiursa, Ptitard et Fouinette, gambadaient sereinement, un peu partout aux quatre coins de la pièce.

Seul fait étrange, Gabriel, se tenait sur un canapé, endormi et ronflant comme un bien heureux, le ventre découvert, enseveli sous les résultats imprimés d'une analyse quelconque, sur un shiney, faite par Régis. L'ordinateur portable qui lui appartenait, clignotait, déclarant la fin de son ouvrage, alors que l'imprimante, au dessus du gamin, quémandait encore du papier, goulument. Même le petit mail, de Mixylia, Alexandre et Elza, ne tirèrent pas le petit de sa léthargie.

Le cadet des Kazamatsuri n'avait que peu évolué, en trois ans, âgé de treize ans, il ressemblait certes de plus en plus à Daniel, mais veillait vaillamment à garder une coiffure impeccable. Sa tignasse, peignée avec soin, rehaussait la rondeur de son enfance, et l'innocence trompeuse de ses joues roses. La seule différence notoire, à part cela, était que dans le regard de Daniel, on ne lisait rien, on percevait une brume imaginaire, inextricables, indomptables. Dans celui de Gabriel, empli d'ambition, de vanité, on se sentait, se savait, simple pion manipulé entre ses mains.

« Grblm…Chris pour la énième fois…Le go c'est pas comme la bataille navale….Grblm » Grommela le gamin dans son sommeil, avant de se retourner pour se nicher dans son lit de fortune, s'abriter un peu plus dans le peu d'obscurité qui s'offrait à lui.

Finalement, ce petit génie restait tout de même un jeune enfant, qui dès que son frère s'absentait, trouvait refuge dans ce simili d'ambiance familiale qu'avaient construit Chris et Angie.

Silver eut un moment de lucidité inespéré. Qu'est-ce qu'il foutait là finalement, ce n'était pas parce qu'il avait sorti une excuse bidon à Gold qu'il devait la respecter, il fallait vite qu'il se tire avant que…

-Oh Chris, Chris ! Regarde, qui est là !!

Oh non, la spiral infernale s'enclenchait !

-Notre fils chéri est revenuuu ! Monsieur Silveeeer !

Pas sur le côté, Christopher qui lui sautait dessus pour une étreinte de son cru se ramassa lamentablement sur le parquet. Angèle suivit instantanément, elle crut une seconde, que, parce que Silver avait le corps de Chris juste derrière lui, il ne pourrait pas lui échapper : grave erreur. Le fils de Giovanni ne se fit pas de nœuds, et il écrabouilla ce qui le gênait, à savoir le dos de l'ex-bandit, pour esquiver l'offensive caline de ses « Parents » (ils s'étaient arrogé ce titre d'eux même).

Une main lui saisit la cheville, Chris, tout piétiné qu'il fut, ne lâchait pas son objectif de vue. Silver tiqua, et il remua frénétiquement la jambe pour envoyer valser le parasite qui s'y accrochait, en vain. Les Pokémons de la pièce y virent un nouveau jeu, et se jetèrent sur la cible rousse dans une exclamation amusée.

Un ptitard, un mystherbe ; et un teddiursa, qui s'accrochaient à ses jambes, encore, un fouinette qui s'accrochait à son bras, il supportait, une Angie qui se jetait à son cou, il pouvait encaisser, il commençait à avoir l'habitude. En revanche, quand le Tortank de Gabriel se jeta sur lui telle un une proie sur sa victime, le rival de Gold écarquilla des yeux.

Il se retrouva plaqué au sol avec une tortue sur le dos, dont le maître continuait de ronfler sur le canapé. Chienne de vie.

-Hey, hey, monsieur Silver, devinez quooi ? chantonnèrent Chris et Angie d'un même timbre fluet, les joues rouges, les paillettes dans les yeux, et surtout, en ignorant totalement le rouquin à moitié écrasé par un Tortank.
-je veux pas savoir maugréa-t-il face contre terre, ce qui rendit à peu près ça en terme de phonétique : « feupasaboi »
-Hein, mais non Tortank n'aboiera pas, ça risque de réveiller Gabriel ! Rassura Angèle tout sourire.

Crétins.

-Enfin, allez, devinez, devinez !

Il garda le silence de circonstance, que lui imposait le poids monumental astreignant son dos.

-Nous allons bientôt être grands-pareeents !!

Quoi ? Ils comptaient pas sur lui pour ça au moins ?

Silver redressa la tête, et les vit tout heureux, envoyant étoiles et cœurs débordant de niaiseries à tout va et entamant une petite comptine enfantine tout en tapant des mains.

-Un beau bébé, avec les cheveuuux roux aussi !

Silver déglutit. Oh non ils avaient définitivement perdu un boulon cette fois, il n'aurait jamais du secouer autant Chris, ça devait avoir cassé un truc, la force centrifuge, ou tout ce qu'ils voulaient, mais un truc avait fini par se péter, c'était certain maintenant. Un semblant de remord, allié d'une furieuse inquiétude quant à la santé mentale des deux voleurs, s'empara du rouquin, puis soudain, une illumination, la solution pour enrayer la logique décalée de ces deux là.

-Mais avant d'être grands-parents, ne faut-il pas d'abord être parents ?

Blanc. Chris et Angie s'envoyèrent une œillade ahurie, à la limite de l'hébétude. Silver sourit de son petit effet : il était sauvé.

-Owiii, nous sommes parennnts Chriiis !
-C'est le plus beauuu jour de ma viiiie Angie !!!

Silver se demanda une brève seconde s'il risquait de se ramasser plus bas, profondément que le parquet sur lequel il était vautré, parce que franchement, c'était bien parti pour.

-Et sinon, -se réveilla d'un coup Angie- Vous avez besoin de quelque chose monsieur Silver, pour venir nous voir ?
-Passez moi une pelle, vous ferez bien le reste tous seuls.

Après quelques minutes, plus ou moins sordides, où les adultes essayèrent tant bien que mal, de vraiment, trouver une pelle à Silver, puis ensuite l'aidèrent à échapper au plaquage de Tortank, ils se retrouvèrent tous, ils ne savaient trop comment, tous, assis sur un des canapés en dentelle.

Gabriel, ensommeillé, bailla bruyamment, fixa le roux, subissant une séance de câlinage en règle de Chris et Angie, puis il se rendormit tout aussi sec sans se soucier de lui.

-Bon…alors, si vous êtes ici, en fait, c'est parce que vous étiez gêné, après l'incident de la salle de bain avec Gold ! Résuma sans détour Christopher, après un moment.
-Arrêtez de tirer des conclusions pareilles, je n'ai jamais dit que c'était pour ça que j'étais venu ! S'exclama le roux, écarlate.
-Mais vous êtes venus ici, après l'accident, et vous n'aviez aucune raison de venir avant cet accident, non ? Se défendit Angie, soucieuse.

Silver sentit un frisson lui remonter l'échine, et ses cheveux se raidir sur sa nuque, il grommela, déglutit, avala sa salive, puis avec mauvaise foi, croisa les bras et cracha, rouge :

-Moui.

Ce demi-aveux transcenda les deux informaticiens, juste ravis d'avoir tapé dans le mille. Ces ricanements eurent le don d'agacer Silver qui grommela :

-Je vois pas ce qui vous amuse, c'est chiant au contraire, si je commence à être mal à l'aise en présence de Gold.
-Non, non c'est très bien au contraire, minaudèrent ses interlocuteurs, tout sourire.

Le fils de Giovanni tiqua et croisa les jambes, son regard se fit plus dur, aussi froid que de l'acier.

-Le problème, c'est que ça arrive de plus en plus souvent. Avant ça m'arrivait seulement quand je craignais qu'on découvre mon passé, mais là…Alors qu'il n'y a aucune raison, qu'il sait déjà tout, ça…Enfin…
-Ca vous embarrasse, parce que Gold lui, peut vous prendre dans ses bras, alors que d'habitude, vous n'aimez pas vraiment le contact. Expliqua Chris, posément.
-Ca vous gêne aussi parce qu'il suffit qu'il soit là, pour que tout aille mieux, et qu'il parte pour vous mettre de mauvaise humeur ! Compléta Angie.
-Et ça vous fait des chatouilles dans le ventre, vous rougissez, et vous voulez pas que ça se sache !
-Vous voulez garder ce sentiment pour vous !
-Oh, et ça vous embête aussi, parce que vous n'arrivez pas à détourner le regard de lui, même quand c'est impoli !
-Même si vous connaissez pas trop la politesse !
-HEY !

Silver se tassait un peu plus à chaque proposition, plus vraie les unes, sur les autres, et bientôt, il finit totalement enfoncé dans les coussins moelleux du sofa. Mince, était-ce si simple de lire en lui ? Et avec l'autre là, le brun, qui lui sautait au cou à chaque rencontre, qui lui souriait niaisement, simplement heureux, avec cette expression qui lui donnait l'impression de faire une crise cardiaque…. ! Pourquoi s'il connaissait son trouble, persistait-il à lui prendre la main, à lui filer des accolades…Et lui, surtout, pourquoi insistait-il toujours pour faire ses missions avec Gold, à dormir dans la même tente, à s'entraîner avec lui, à combattre avec lui ? Il était maso ou quoi ?

-Je sais pas quoi faire pour être comme avant. Souffla-t-il. –J'aimerai lui foutre une raclé monumentale en combat et le foutre plus bas que terre en l'insultant en lui rappelant son côté minable à celui là ! Siffla-t-il.
-Mais ça ne vient pas ! Rigolèrent Chris et Angie, guillerets.
-Mais bon sang, qu'est-ce que vous trouvez si drôle à la fin ? Ca me fait chier moi ! D'être…D'être…
-Amoureuuuux ! Lâchèrent synchrones ses interlocuteurs.

Silver se raidit brusquement, les yeux écarquillés. Puis d'un bond il se leva, et éructa, blême :

-La ferme ! Vous dites n'importe quoi !

Chris et Angie vacillèrent légèrement, apeuré par la colère froide qui saisissait leur rouquin favori.

-Qu'est-ce que vous y connaissez à l'amour vous d'abord ? Vous vous êtes bien regardé ? On dirait deux gros bébés ! A-Avant de dire des âneries sur mes sentiments, analysez un peu les vôtres !

Silver, le souffle court, le doigt pointé vers eux, le teint rouge d'indignation, ne tira rien des deux bandits. Ceux-ci penchèrent la tête sur le côté, puis s'entre-regardèrent, perdus, en murmurant :
-De quoi parle-t-il Maman, tu as une idée ?
-Aucune Papa, mais je crois que notre fils chéri a quelques problèmes pour avouer qu'il aime…
-JE NE L'AIME PAS ! Rugit le rouquin aussitôt.

Gabriel dans un coin tomba de sa place attribuée et goguenard face à un réveil si peu agréable, jeta une œillade colérique à la scène, prêt à commettre un meurtre.

-L'A-Amour c'est SALE, c'est DEGOUTANT ! Ca…CA...Ca fait faire que des conneries !

Silver se pétrifia devant les regards sidérés que lui lançaient, déboussolés, Chris et Angie. Il ferma la bouche, et leur tourna aussitôt le dos en se pinçant les lèvres avec amertume. Jusqu'à ce qu'un sanglot lui glace le sang.

-Oh Maman, je crois qu'on a fait une grosse bêtiseeee, notre bébé a été traumatisé, qu'est-ce qu'on a bien pu faire, tu crois que c'est notre faute ? Sanglota Christopher, sincèrement piteux, ses belles étoiles qu'il lançait sans cesse, avaient même disparu, pour laisser place à une sorte de nuage de pluie, d'orage.
-J-je ne sais pas Papa, c'est peut être nous, qui voulions aller trop vite, nous l'avons mal éduqué et maintenant, maintenant il a peur…oh non…S'horrifia Angie.

Silver se rembrunit, coupable, mais n'osant plus rien émettre.

-C'est, C'est parce que c'est un garçon, c'est ça ? Vous avez honte parce que c'est un garçon ?
-Vous avez peur de pas être normal ? bredouilla Chris.

Les poings du roux se crispèrent et dans un souffle, il avoua :

-Même avec les filles…c'est…Mais merde, quoi ! C'est…Les baisers ça va encore, mais dès que ça va plus loin…Même avec une fille, c'est dégoûtant ! ca devient sale, animal, c'est vraiment….vraiment…

Il trembla imperceptiblement. La démarche, en elle-même, tous ces gestes équivoques, qui devenaient peu à peu violents, instinctifs, effrayants de froideur ou de compassion. La frimousse accablée, souffrante de sa mère, se superposa à la sienne, à celle de Samantha, d'Eléanore, de Gold, et sa propre douleur sembla même atteindre, les ectoplasmes de son esprit, se nourrissant de sa propre terreur.

-Et en plus ça fait un mal de chien.

Chris et Angie se mordirent les lèvres, comprenant brusquement ce qui causait ce rejet de la part du roux.

-C…C'est pas normal, hein ? Non seulement, j'ose pas toucher à une fille parce que j'ai peur de lui faire mal…Mais en plus, ce truc, là, l'amour, ça me tente pas, je dirai même que ça me dégoûte. Et…Et pour couronner le tout, je commence à ressentir des trucs pour mon meilleur ami, pour un mec ! Je…

Gabriel arqua un sourcil, ne saisissant décidément rien à la conversation.

Christopher baissa la tête, embarrassé, mais ce ne fut pas le cas d'Angie, qui se dressa d'un coup et alla enlacer Silver avec tendresse. Le roux ne se débattit pas, il resta inerte ; complètement paralysé sous cette étreinte, dont il ne comprenait ni le but, ni la raison.

-Ca vous dégoute quand je fais ça, monsieur Silver ? Vous avez peur de me faire du mal ? De me briser comme votre père a brisé votre mère ?

Cette fois par contre, Silver tressaillit, il tenta de se dégager des bras de l'adulte, mais elle tint bon, et Christopher, lunatique, vint se joindre à elle, en hurlant « câlin général ! » ce qui obligea tous les Pokémons de la fratrie à se joindre à l'action.

Pourquoi ça se terminait toujours comme ça, avec eux ?

-Monsieur Silver, est-ce que vous nous traiteriez de gens normaux ? Balbutia Christopher.

Le roux leva les yeux vers lui, et balança, sans pommade, ni même compassion :

-Non.

La flèche perfora les petits cœurs de Chris et Angie, en plein dans le mille, mais avec seulement un léger vacillement, ils reprirent :

-On est très heureux, même si on n'est pas normal. Et on fait les choses à notre rythme, comme il nous plait. Pourquoi pas vous, alors ?
-Mais…
-Pourquoi ne pas essayer, sans forcer ? Après tout, vous ne changerez jamais d'opinion sans essayer ! Et puis justement, c'est bien que Gold soit votre meilleur ami, parce qu'il comprendra !
-Qu'est-ce que vous en savez au juste ? J…
-Si vous avez peur, laissez les choses évoluer, vous avez le temps après tout !
-Lâchez-moi.

Les deux voleurs se séparèrent d'un bond pour laisser respirer leur victime, celle-ci s'extirpa de la masse, reprit sa veste, ses affaires, en silence et se dirigea vers la sortie, sombre. Impossible de savoir s'il se révélait triste ou furieux. Chris observa Angie avec anxiété, et avant que le roux ne se retire, il l'apostropha :

-Pensez-y quand même !

Silver s'arrêta, mais ne jeta aucun coup d'œil en arrière, il ferma la porte derrière lui, sans même dire au revoir, et disparut.

Angie se rongea l'ongle, embêtée, et elle murmura, larmoyante :

-Papa, je crois que nous avons fait une bêtise…
-Ca changera pas de d'habitude ! Les glaça Gabriel.

Les deux bandits soupirèrent, piteux.

Un peu plus loin, sur la rive de la rivière traversant le Qg de Twilight, Silver prit place, et il contempla ses paumes ouvertes vers le ciel quelques secondes. Las, il se recroquevilla sur lui-même, et se ferma à toute aide extérieure, les images de son passé vrombissant dans son crâne, aussi âpre que le sang.

Makanie, bien qu'à quelques centimètres de lui, perdue elle aussi dans le fil de ses pensées, il ne la remarqua pas plus qu'une ombre dans le crépuscule. Celle-ci pourtant, avec sa mine éreintée, ses grosses cernes, si différentes de son habituel air enjoué, aurait attiré le regard de n'importe qui.

La rouquine, aux cheveux à présent long et lâches, retenus en une queue de cheval basse, délaissée, soupira de concert avec lui, sans qu'ils n'intègrent réellement la présence de l'un ou de l'autre. Sa peau basanée se teintait d'or sous le soleil de midi, et ses grands yeux marron aux lueurs écarlates suivaient sobrement l'onde de la rivière, presque avec résignation.

Elle souffla honteusement, arrachant l'herbe à ses pieds, touffe par touffe, sans réelle conscience, par simple instinct de destruction, pour s'occuper les mains, l'esprit.

Brusquement, elle se leva, droite sur ses jambes, et se mit en marche vers le chalet des champions de la ligue, d'un pas morne. La porte d'entrée claqua dans le vide, et elle passa devant un Adrien, éternellement le même, en pleine discussion avec tanguy, qui relatait sa vie amoureuse avec Jasmine, sans voir son ami, grinçant des dents. Lucio aussi, lisait paisiblement un ouvrage, pour une fois, en compagnie de Terry, dans le salon. Elle voyait Phoebe et les autres champions des différents conseils, s'occuper ça et là de leurs Pokémons sans même lui accorder la moindre importance.

Seule Cynthia, plongée dans ses recherches, dont les résultats étaient épinglés sur tous les murs de son coin « étude », leva la tête vers elle, et lui souffla :
-Peter te souhaite le bonjour, il va bien, donc tu n'as pas besoin de venir le voir aujourd'hui. Finalement il encaisse plutôt bien le malaise de Pierre. Il n'a pas vu cet évènement comme un complot en tout cas.

Makanie fit un maigre sourire, et hocha simplement du chef.

-Bien, ça me rassure un peu.

Depuis le départ de ses amis, elle avait observé au pied de la lettre ses résolutions, elle surveillait Peter, et plus spécialement, son équilibre mental, pour lequel elle s'inquiétait sincèrement après la mort de Yoann. Mais elle devait avouer, avec un certain soulagement, qu'elle s'était largement trompée. Si le maître Dragon avait eu énormément de mal à reprendre la tête de Twilight après ce coup dur, avec l'aide de Marion, et ses amis, Marc, ou Pierre, il avait lentement, péniblement remonté la pente. Il avait énormément augmenté consignes de survie, et surtout, la sécurité et même s'il se montrait par moment parano, surtout en approche de l'anniversaire de la mort de Yoann, il survivait. La seule chose qui l'inquiétait énormément, restait qu'il tenait des comptes, il possédait une photo de chaque membre de Twilight et à chaque mort, il encadrait ce cliché dans une pièce prévue à cet effet, comme un hommage, un autel morbide.

Malheureusement, ces tombes ne cessaient d'augmenter depuis le début de la lutte, déjà dix enfants avaient péris dans cette bataille, sans compter Yoann. Un certain Brendan, Jun également…

-Aaron ne devrait plus tarder, il devait surveiller la grotte de Cristal ce matin, mais Marion doit le remplacer cette après-midi. Tu peux aller à sa rencontre, il doit être sur le chemin du retour. Ajouta Cynthia après un moment de silence.

Makanie hocha de la tête, et tourna des talons, avant de partir Cynthia lui envoya :

-Ca va Makanie ?

Auquel elle répondit nonchalamment, dans un mouvement de poignet insolent :

-Les hormones !

Elle resta amorphe quelques minutes, sur le sentier caillouteux, puis, discernant l'ombre de son petit ami, elle accéléra le pas, jusqu'à courir à vive allure vers lui. Malheureusement, elle perçut le son strident de leur bipeur, non, pas seulement du leur, tous les bipeurs de tous les membres présents, importants de Twilight.

Son cœur se pinça, et elle se précipita, ignorant l'appel. Pourtant, quand elle arriva à son niveau, et déclara à Aaron, inchangé depuis la mort de Yoann, un « Je dois t'avouer un truc important Aaron », essouflé, celui-ci la coupa aussitôt :

-Pas tout de suite Makanie, tu vois bien que j'ai reçu un message urgent de Peter !

Il cherchait frénétiquement l'engin qui sonnait, dans les poches de sa tenue, extirpant plus de pokéball et filetball qu'autre chose. La rousse s'impatienta, et répliqua avec un timbre désespéré :

-Non ! Justement, c'est plus très important !
-Quoi ? –Marmonna Aaron. – Ah ! – Il venait de retrouver son bipeur, et il se dirigeait déjà vers le bureau central, lieu qu'on lui demandait de rallier dans la minute d'après le message sur l'écran. Sa petite amie lui saisit le bras, pour l'empêcher de s'enfuir.
-Daniel…je, je lui ai parlé, avant que le contact ne cesse définitivement…Il appelait Lucas, j'ai récupéré l'appel…parce que Lucas, avait oublié son pokénav sur la table…Bafouilla la rouquine la mâchoire serrée.
-Quoi ? Et est-ce qu'il allait bien ? S'inquiéta immédiatement le maître insecte, blême.

La dresseuse de Pokémon normaux baissa la tête et tripatouilla ses doigts nerveusement, sans pouvoir soutenir le regard inquisiteur de son amant.

-O…Oui, mais je crois que j'ai fait une énorme bêtise.
-Makanie, qu'est-ce que…Souffla-t-il, apeuré.

La concernée se tendit comme un arc et sa voix se brisa.

-Il avait vu Harry…Et…c'était notre seule piste, lui dire d'attendre les troupes, et on l'aurait de nouveau perdu, alors je lui ai dit…tu sais…D'utiliser son côté psychopathe, pour essayer de comprendre Harry, et de le manipuler, de le retenir, de le ramener ici…Tu vois ?
-Tu as fait quoi ?

Le ton, presque grondant, menaçant la fit frissonner, et elle bafouilla penaude :

-Je…je lui ai dit de tout faire pour le ramener !
-M-Mais…il n'est pas assez bête pour t'obéir aveuglément, et se jeter dans la gueule du loup, non ? Marmonna le champion, presque translucide tant son teint devenait blafard.

Silence, le pokématos d'Aaron sonna plus fortement, comme pour affirmer le contraire.

-Je dois vraiment y aller, on en reparlera, mais ne t'inquiète pas je…Bredouilla-t-il embarrassé.
-Attends !

Makanie le retint de nouveau, s'agrippant à son bras avec désespoir.

-Quoi Encore ? Makanie, tu vois bien que…Si ça se trouve c'est très Urgent et ça concerne Daniel !
-Il y a autre chose que tu dois savoir…Murmura rauquement la rousse, sans lever les yeux.
-Quoi ? Fait vite s'il-te-plait, la dernière fois, on a perdu quelqu'un parce qu'on a pas agit assez rapidement et je…

-Je… Commença la rouquine, tremblante.

-Merde il faut vraiment que j'y aille…Jura Aaron en se grattant le crâne avec exaspération.

Il s'extirpa de l'étreinte de sa petite amie, d'un mouvement tendre et à la fois pressé. Rompre le contact physique, le voir lui tourner le dos et se retirer sembla tirer Makanie de sa paralysie, et dans un souffle elle lui hurla :

-Je suis enceinte !

Le cœur d'Aaron se stoppa. . Il resta pétrifié, telle une statue antique, par la nouvelle. Le visage impassible, bloqué dans une expression de surprise totale. Puis brusquement, le temps que l'information atteigne son cerveau malmené, il bafouilla :

-J…Q-A-Arcéus qu-Quoi ?

Makanie se pinça les lèvres, plissa les yeux à s'en faire mal, et hocha douloureusement de la tête, sans un mot, la gorge serrée.

Il blêmit encore plus, se massa la nuque, la tête toujours oppressée par une sorte d'étau depuis quelques secondes, mais là d'un seul coup, tous ces maux de tête furent brutalement occulté, écrabouillé par la nouvelle. Il ne parvenait même pas à s'en rendre compte lui-même, le fil de sa pensée s'embrouillait, se nouait, il devait ressembler à une pelote de laine. Impossible de savoir vraiment ce qu'il désirait dire ou faire, toute idée partait, s'emmêlait, puis se faisait emporter par une nouvelle avant qu'elle n'ait pu s'achever. Il était incapable de réaliser ce fait, ni même de dire ce mot, comme si un barrage de censure venait d'être installé au fond de sa gorge, avec comme règle, l'interdiction de faire passer tout mot se rapportant de près ou de loin à la famille.

Sa petite amie tritura ses mains moites devant lui, et elle ravala un hoquet effrayé.

Cette réaction de sa part ramena le champion à la réalité plus efficacement qu'un saut d'eau froide reçu en pleine figure.
Il déglutit.

Un…Il allait être papa…

Son visage s'illumina, d'un bond il rejoignit son amante pour l'enlacer tendrement.

-C'est…c'est merveilleux ! Rit-il.

L'allégresse s'empara de lui, atténuant le son strident de son bipeur, occultant l'espace d'un instant toutes ces craintes sur cette future mission, l'état déplorable de Salomée qu'il avait passé sa matinée à surveiller : tous ces soucis.

Makanie cependant resta raide, prise dans l'étreinte, tandis qu'il la faisait virevolter tant bien que mal.

Mais il ne le remarqua pas, sur le coup, tout ce que cet heureux évènement impliquait l'assaillit. Ils allaient devoir réfléchir à un nom, lui préparer une chambre, trouver aussi un médecin pour lui, une situation stable…Puis régulariser rapidement tout ça, pour que sa mère ne soit pas seule. Il devait demander à Peter aussi, d'arrêter Makanie pour qu'elle ne tente pas de missions dangereuse, et lui de même, pour que le futur bambin ne soit pas orphelin…

Le bonheur gonfla son cœur pour l'éloigner de ce genre de préoccupation.

Serait-il à la hauteur ?

Oui, il pouvait le faire, il s'en sentait capable avec Makanie à ses côtés. Après tout, il le voulait ce bébé, il avait 27 ans, elle 21, c'était normal, à leur âge d'y songer.

Aaron se pencha vers le ventre de Makanie encore plat, et resta pensif quelques secondes.

Dire, dire qu'un tout petit être se cachait quelque part la dedans, un mélange d'elle et de lui, qui demanderait bientôt toute leur attention, pour apprendre à faire du vélo, faire ses devoirs, peut être même qu'il allait devenir dresseur, de Pokémon normal, ou de Pokémon insecte, comme son père ?

Cependant, quand il se redressa, pour embrasser Makanie, tout entier prit dans son bonheur ; il ne croisa ni joie, ni même impatience.

Il ne vit qu'une jeune femme terrifiée.

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-Soupe-au-lait !
-Cochon !
-Andouille !
-Crétine !

Akira réajusta ses lunettes sur son nez, et laissa choir sa tête sur son flanc, épuisé, exaspéré par la scène si familière qui se jouait devant lui, dont il connaissait les échos par cœur. Dans un geste las, il prit ses médicaments pour la vue, et les avala d'un trait.

Ses longs cheveux noirs, attachés en une éternelle queue de cheval, n'avaient pas poussé, il désirait conserver cette taille pratique, d'après lui. En revanche, toute la physionomie du visage nonchalant, blasé du prof se voyait modifier par les fins verres posés sur son nez, camouflant ses yeux outremer. A Vrai dire, ces montures se révélaient très peu efficaces, mais teintée, elles protégeaient ce qui restait de sa vision du soleil, tout en améliorant un peu ce qui en restait. Elles avaient cependant un avantage non négligeable, elle cachait aux enfants ses pupilles très peu réactives, et donc les effrayaient un peu moins. Il ne pouvait même plus suivre un doigt qui oscillait à un mètre de lui, tout son monde se révélait flou dès qu'il retirait ses verres.

Une patte tapota son épaule, comme pour lui rappeler qu'une dispute éclatait devant son nez, et qu'en tant qu'adulte présent, il se devait d'agir. Mais Akira l'ignora superbement, il décrassa négligemment ses biens, pokéballs et lunettes, sans écouter ce qu'il savait être Brasergali.

Un des avantages d'être devenu quasi aveugle, était l'absence de regards éloquents, accusateurs, à son encontre, du moins, s'il y avait, il ne les voyait pas. Le starter de Sam pouvait grogner autant qu'il voulait, cela ne marchait plus.

-Oh la la la ! Tu peux parler toi, madame je vois tout en rouge une fois par mois !
-QuooI ? Tu sais très bien que je n'y peux rien ! Tu verras toi quand ce sera ton tour, tu en rigoleras moins !
-Moiii je les auraiiiis jamais nananana !
-N'empêche que moi je me fais pas battre par Trax !
-h ça c'est pas juste tu sais très bien qu'il triche en utilisant que des Pokémons serpents contre moi !
-Oui mais moi je le bats nananana !

Des sifflements admiratifs devant les arguments puérils, retentirent des gradins, sûrement des enfants, des membres de Twilight, venu admirer le match quotidien des filles, et la sempiternelle dispute qui suivait. Le dénommé Trax, un dresseur fan de serpent, se trouvait certainement parmi eux, si on se fiait au ricanement fier qui s'éleva dans les secondes qui suivirent.

-Bon, les filles, c'est pas tout ça, mais nous parlions de votre Match…Rappela Akira, simplement.

Les deux voix de son univers se turent une seconde, puis reprirent de plus belle, se concentrant, sur ce qu'il savait être, un moniteur portable, permettant de visionner ce qu'il avait filmé du combat les opposants.

-Tu vois, là, ta stratégie a une faille ! J'aurais très bien pu percer le mur de sable à cet endroit avec un electakle !
-Oui mais tu ne l'as pas fait ! Et puis, quand bien même tu l'aurais fait, c'est un coup bien trop impulsif, j'aurais contré avec un séisme !
-Sauf que je marchais sur mes murs Lumières, ton attaque ne m'aurait pas atteint !
-Si j'aurais pu l'atteindre !

Akira roula des yeux et le ton monta brusquement :

-Arrête un peu, est-ce que tu as une idée du nombre de fois où je t'ai surprise avec mes coups !
-N'importe quoi je les prévoyais tous !
-Alors pourquoi t'as pas gagné dans ce cas ? Pourquoi on a fait encore un match nul ? Tu as dit au moins une quinzaine de fois « ça alors ! » pendant le match !
-QUOI ? Mais t'es mytho ! Je te signale que tu as pas gagné non plus, et j'ai bien dit « ça alors » pendant le match, mais sûrement pas plus de 3 fois !
-Mauvaise foi !
-Et toi alors, tu as sifflé des jurons sept fois, j'ai compté !
-Quoi mais n'importe quoi !

Un concert de grognements crissa, signe d'une tension élevée, et bientôt, l'insulte suprême tomba :

-T'es qu'une MAUVAISE JOUEUSE !

Les voix synchrones se mélangèrent, puis se turent, avant d'éclater de rire simultanément.

Samantha et Eléanore avaient énormément changés depuis la mort de leur camarade, autant physiquement que mentalement. L'élève d'Akira s'endurcissait chaque moment un peu plus, et pleurait de moins en moins. Au contraire, l'adolescente malade elle, s'affaiblissait chaque instant davantage, elle blanchissait, et sa peau hâlée était désormais un souvenir lointain, tout comme sa capacité à se mouvoir librement. En fauteuil roulant la plupart du temps, elle se déplaçait uniquement à l'aide de ses Pokémons, soit sur le dos d'Ash ou de Hope.

Le fier Arcanin, s'approcha d'ailleurs de sa maîtresse, qui la cajola en rigolant :

« Voilà mon gros bébé ! »

Et le chien de feu devenu si puissant jappa comme un chiot inoffensif, alors qu'il grognait et mordait tout étranger au groupe d'amis des filles.

Akira ne le savait pas vraiment, mais il l'imaginait, se basant sur les descriptions que lui récitait Samantha. Aussi, savait-il que la jeune femme en devenir aimait dorénavant s'attacher une queue de cheval haute, pour ne pas être embombré par sa chevelure soyeuse. Et personne ne pouvait oser faire le rapprochement avec la coiffure de son frère sans se voir défier en combat Pokémon dans la seconde.

Et malheureusement, si l'enfant de Giovanni se confrontait au mur nommé Eléanore, dont elle ne parvenait à tirer que des matchs nuls, elle montrait une force incroyable contre les autres. Les membres de Twilight du Qg la redoutaient, et surtout, se plaignaient de ne pas la voir parmi leur rang.

Samantha, écoutait cependant bien trop son professeur, et lui faisait royalement confiance quant à l'avenir de Twilight, elle affichait une intolérance rare dès qu'on abordait le sujet. Aussi, depuis trois années, elle n'avait put sortir du Qg, que de rares fois, et uniquement quand elle, avait décidé d'aller prêter main forte à ses compagnons en difficulté tels que Lucas ou Eléa.

Eléanore, elle, avait retrouvé ses cheveux longs, et étonnamment, les entretenaient. Enfin, non pas vraiment, pour être franc, Daniel les coiffait à chaque fois qu'il passait, et Samantha prenait le relais pendant son absence. Sa tignasse lui arrivait en dessous des épaules en une cascade bouclées assez incomptables, qu'elle laissait lâche ou attachait en couettes en souvenir du bon vieux temps. Son regard oscillait de l'émeraude au doré de manière totalement hasardeuse, un jour ayant l'éclat du soleil, un autre, un mois plus tard, totalement vert prairie…Elle avait également, écopé d'un étrange médaillon, où pendait une simple lamelle d'or plaqué très fine, et mince, rectangulaire, dont elle gardait secret la provenance.

Oui, décidément, les jeunes filles se rapprochaient de plus en plus, et s'influençaient l'une l'autre, plus encore.

-Eléa, ça va ? S'inquiéta Sam en voyant son amie tousser sèchement.

Akira se dépêcha de prendre la bouteille d'oxygène qui traînait dans un sac, et il la tendit aux adolescentes ; La malade, affublée d'un masque, inspira profondément pendant de longues minutes, dans un silence quasi religieux.

-Elle va mieux ?
-Elle a fait un nouveau malaise. Constata simplement Sam avec une voix fatiguée.

Le professeur sentit qu'elle lui confiait le corps flasque de son amie, inconsciente, et il la posa sur le dos de Hope qui lécha avec inquiétude la paume de sa dresseuse inerte. Yuki sentit l'amertume de son élève et lui caressa le crâne pour la soutenir, le cœur gros.

-Ca va s'arranger.
-Non, ça ne s'arrangera pas si on ne fait rien. Elle perd connaissance de plus en plus souvent : hier, alors que vous étiez parti prendre vos médicaments…
-Tu veux dire quand tu as envoyé Brasergali me foutre un coup de pied au cul pour que je les prenne, rectifia l'enseignant.
-Peu importe, hier, elle a fait un malaise en plein milieu d'une phrase, pendant notre conversation, et elle est resté inconsciente dix minutes, avant de se réveiller et de terminer sa foutue phrase. Ca ne peut plus durer.
-Et que veux-tu y faire ? Lança son enseignant.
-Je ne sais pas…je pourrais devenir shiney hunter comme Daniel, et aider Régis à trouver un remède, non ?
-Mais tu ne veux pas laisser Eléa seule plus d'une heure, et si tu pars avec Daniel, il risque de quitter le pays sans toi, en ayant totalement oublié ta présence. Rappela posément Akira.

Sam se pinça la joue, prise au piège, et doucement, elle vint se nicher dans les bras de son professeur, à la recherche d'un support, d'un pilier central inébranlable. Akira rit pitoyablement, peu enjoué.

-Oh, je me suis endormie ?

Eléa se redressa faiblement sur l'échine de son Pokémon, et se frotta les yeux, ennuyée.

-Oui, oui, ne t'en fait pas cela n'a – Commença Sam.

Brusquement, un message retransmis par un Ramboum sur le toit du bureau principal, retentit dans la vallée, tel un glas :

« Avis à tous les membres disponibles au Qg, un de nos membres est porté disparu depuis 18 heures, il serait tombé dans la mer entre Sinnoh et Kanto. Je répète, un de nos membres est porté disparu depuis 18 heures dans la mer entre Sinnoh et Jotho. Nous demandons toute l'aide disponible pour quadriller le secteur, une photo vous sera remise dans quelques minutes, envoyées sur vos téléphones pour que vous puissiez le reconnaître. »

Samantha fronça les sourcils, face à la voix à moitié paniquée, qu'essayait de camoufler Peter, la main d'Akira sur son épaule se contracta, et elle lança une œillade inquiète à Eléanore. Toutes deux priants intérieurement pour ne pas voir un visage connu apparaître sur le pokématos oméga de l'adolescente.

Quelques minutes plus tard, un cliché de Daniel s'affichait sur l'insensible écran central.