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Rebelling Pawns de Myssdii



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Informations

» Auteur : Myssdii - Voir le profil
» Créé le 03/05/2010 à 15:27
» Dernière mise à jour le 03/05/2010 à 15:27

» Mots-clés :   Science fiction   Sinnoh   Suspense

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Seven drops of blood
Je tiens à m'excuser du retard accumulé, mais j'ai eu énormément de choses qui me sont arrivées dessus en même temps, ça été longtemps difficile pour moi de tout gérer. Sans compter que ce chapitre (celui que vous allez lire dans quelques instants) m'a demandé pas mal de travail. J'ai bien dû le ré-écrire trois ou quatre fois avant de m'arrêter sur cette version. Bref, la fic continue, il n'a jamais été question de l'abandonner, elle contient trop d'idées et de personnages qui me tiennent à coeur, dont deux que je vais vous introduire dans ce chapitre.

Bonne lecture !


_________________________________________


Episode 3 : Seven drops of blood


D'où qu'il se souvienne il n'avait jamais eu de chance. Jamais. A cause d'une erreur de dossier, il s'était retrouvé à la porte du siège administratif de l'Université d'Unionpolis, en conséquence de quoi sa femme l'avait quitté avec sa fille de quatorze ans. Seul, au chômage, il n'avait pas pu refuser le travail qu'on lui avait offert ici, bien que sous payé et dangereux. S'il avait su qu'être homme de ménage pouvait vous mettre en danger de mort, connaissant sa malchance légendaire, il n'aurait jamais accepté.
Le premier jour, il avait fallu se répartir les chambres entre les différents employés. Quand on lui avait attribué la six-cent soixante six, ses collègues plus anciens que lui l'avaient regardé avec une once de folie dans le regard. Bien que sur le coup il n'avait saisi le sens complet de leurs murmures, les mots « disparition » et « mort atroce » l'avaient amené à se poser des questions sur l'enjeu véritable de son nouveau travail. La seule chance qu'il avait eue dans son malheur était qu'il ne devait commencer à travailler que le lendemain. Avant qu'il ne rentre chez lui, une femme aux cheveux grisonnants le prit à part.
— Tu devrais démissionner pendant qu'il en est encore temps, crois-moi, ne reste pas ici, murmura-t-elle d'une voix emplie de panique, sa main ridée agrippant son bras avec la force d'une serre de Roucarnage.
— Madame !
— Si tu ne pars pas d'ici, tu mourras, comme les autres ! Comme Agatha la semaine dernière. La douce enfant, toujours souriante, elle qui était si gentille, si attentionnée.
— Ecoutez, j'ai besoin de ce boulot et…
— La chambre l'a tuée, oui, cette chambre que vous venez de vous voir attribuer, poursuivit la vieille femme, n'osant même pas le regarder pendant qu'elle parlait d'une voix hachée comme si elle était sur le point de fondre en larmes. Elle y est entrée et n'est jamais ressortie. C'est elle qui l'a tuée. Pourtant Agatha n'avait pas peur, elle n'avait jamais peur. Mais elle l'a tuée quand même.
— Lâchez-moi bon sang ! Vous me faites mal !
Il se débattit et finit par dégager son bras avant de s'enfuir à toutes jambes.
— Elle est folle, marmonna-t-il.

Le lendemain il se présenta à son travail, persuadé que tout ce qu'il avait entendu la veille n'était que des blagues de collègues. Il revêtit son uniforme, constitué simplement d'un costume ample, noir et blanc aux manches trop courtes pour lui. D'autres employés étaient également présents mais l'évitaient comme s'il était atteint d'une maladie hautement contagieuse. La vieille femme par contre n'était pas là, à son grand soulagement. Haussant les épaules, il s'empara du chariot qui lui était destiné puis emprunta les longs couloirs éclairés de néons. Les autres personnes refusant de lui adresser la parole, il s'arrêta de nombreuses fois pour consulter les plans affichés à chaque croisement. Il constata rapidement que la chambre six-cent soixante six se trouvait dans une aile à part, mais aussi que certains bâtiments qu'il avait aperçu de l'extérieur ne figuraient pas sur le schéma.
« Sans doute des zones interdites aux employés lambda » songea-t-il avant de poursuivre, le cliquetis de son chariot pour seul accompagnement sonore. Il marcha ainsi pendant encore de longues minutes, sifflant une vieille comptine qu'il chantait souvent à sa fille lorsqu'elle était plus jeune, puis tourna à un coin pour s'avancer dans le couloir qui l'intéressait.
L'endroit était plongé dans l'obscurité, les lampes à néon étant toutes brisées à l'exception d'une seule qui grésillait encore faiblement. S'immobilisant, il serra tant son chariot qui ses jointures devinrent blanches. Il jeta un coup d'œil rapide sur le plan, pensant s'être trompé de couloir, mais le papier lui donna tord : la chambre six-cent soixante six se trouvait bel et bien ici. Inspirant profondément, il s'avança dans le couloir jusqu'à atteindre le porte qu'il cherchait. Ordinaire, les trois chiffres six s'alignaient en haut du battant en bois tout simple, peint en rouge foncé, comme toutes les autres portes. Il sortit de la poche intérieure de sa veste le badge qu'on lui avait remis à son arrivée et le passa dans le lecteur dont le voyant vert s'alluma, accompagné du bruit caractéristique du déverrouillage de la porte. Lorsqu'elle s'ouvrit, il sentit un courant d'air glacé s'échapper de la pièce et envahir la tiédeur du couloir ; il pensa que la fenêtre devait être restée ouverte toute la nuit. Cependant lorsqu'il pu enfin apercevoir l'intérieur, la fenêtre ainsi que les volets en PVC étaient hermétiquement clos. On n'entendait pas non plus le bruit d'une éventuelle climatisation.
Petite et sombre, la chambre ne contenait qu'un immense lit aux montants de fer dont la peinture autrefois dorée s'écaillait. Une petite silhouette se tenait sur les draps blancs, de profil par rapport à lui, ses cheveux noirs et ondulés tombant autour d'elle comme un voile. Elle était assise en seiza, sa robe blanche, semblable à celle qu'on pouvait trouver sur de vieilles poupées de porcelaine, entourait ses jambes sur lesquelles reposait une poupée de chiffons d'un gris sale et au sourire figé dans une expression que l'on pourrait qualifier de sadique s'il n'avait s'agit de la poupée d'une fillette. Elle tourna lentement la tête vers lui, ses deux grands yeux noirs le fixant sans expression apparente. Elle ne devait pas avoir plus de huit ans et aurait pu être très mignonne si son teint n'était pas aussi blanc que sa robe. Puis elle retourna dans la contemplation du mur de la chambre, souillé de taches sombres, comme des éclaboussures.
— Euh… Bonjour petite. C'est ta chambre ? demanda-t-il prudemment en s'avançant de quelques pas.
Elle ne bougea pas, ni ne répondit.
— Ecoute, il va falloir que je change tes… draps. Tu peux te lever, s'il te plait ?
Non…
Ce mot pénétra avec force dans sa tête, aussi douloureux qu'un buisson d'épines. La fillette n'avait pas bougé, ni même ouvert la bouche.
Vous avez peur de moi…
Les mots s'insinuaient dans son esprit, murmures terrifiants et angoissants qui accéléraient avec frénésie son rythme cardiaque.
— N… non… Je… n'ai pas peur ! balbutia-t-il d'une voix qu'il voulait forte et claire, sans succès. Je dois faire mon travail, c'est tout…
Il recula de quelques pas, sa main agrippant l'encadrement de la porte, avant que cette dernière ne se referme sur ses doigts avec une violence inouïe. Le monstrueux craquement qui en résulta eut peine à recouvrir le cri qui s'échappa de ses lèvres.
Vous avez peur de moi…
L'homme tourna un regard terrifié vers la fillette, sa main ensanglantée toujours coincée par la porte dont il secouait la poignée sans succès. Elle le fixait sans expression, son visage de poupée et ses deux grands yeux noirs ne brillaient d'aucun sentiment, qu'il soit haine ou pitié.
Vous devez… Mourir…
Il y eut un instant de flottement, pendant lequel, ne sachant pourquoi, l'homme descendit son regard sur la vieille poupée de chiffons grise que la fillette tenait sur ses genoux. Usée, rapiécée, elle n'avait rien de spécial… Jusqu'à ce qu'elle ouvre les yeux. Deux yeux rouge sang, brillant dans l'obscurité de la pièce tels deux fenêtres ouvertes sur l'enfer. Elle tourna la tête vers l'homme recroquevillé sur le sol, sa bouche constituée d'une fermeture éclair rouillée se distordant en un rictus carnassier, pendant que lentement elle prenait appui sur ses deux appendices lui servant de bras pour se redresser. Elle rampa sur les genoux de la fillette immobile jusqu'à tomber sur le lit, un flot d'ombres et de ténèbres se soulevant à chacun de ses mouvements désordonnés.
Hihi... On dirait que ma poupée veut jouer avec toi…
La voix s'était faite plus fluette, mais n'en était que plus angoissante, tout comme le petit rire qui l'accompagna, rire qui retentit en écho dans la tête de la victime, muette d'effroi. La poupée s'éleva dans les airs, ses deux appendices pendant de chaque côté de son corps rapiécé. Ces derniers se déplièrent d'un coup en deux bandelettes grises qui vinrent saisir violemment l'homme, arrachant sa main de la porte pour venir plaquer son corps contre le haut du mur. Il sentit un plusieurs craquements sinistres dans tout son corps et cracha une gerbe de sang sous l'impact. Son corps ne lui répondait plus, il ne réussi qu'à soulever péniblement la tête alors que la poupée rétractait un de ses bras qui repris sa forme initiale. Elle le plia en arrière, son monstrueux sourire s'élargissant encore plus.
Il poussa un long hurlement alors que l'appendice de la poupée lui perfora le front, le tuant sur le coup. Elle relâcha l'homme inerte qui glissa contre le mur, laissant une traînée de sang jusqu'au sol où il s'affaissa. La poupée retomba alors sur le lit, inerte, puis se fit tranquillement ramasser par la petite fille aux longs cheveux noirs qui la prit sur ses genoux, indifférente au sang souillant sa robe.



***


— Si tu es ici c'est que tu sais, affirma Kyû après avoir prit une gorgée de son sirop de menthe. Pour tes parents, je parle.
Décidément, Kagami n'arrivait pas à cerner le personnage assis en face d'elle. La veille il l'avait coincée dans un ascenseur pour l'atteindre et lui parler, et voilà qu'aujourd'hui il l'invitait tranquillement à boire sur la terrasse d'un café situé en plein cœur du quartier commercial. Les gens passaient non loin d'eux, ne prêtant aucune attention à un couple d'adolescents occupés à boire et discuter, pourtant la jeune fille hésitait à prendre la parole, le regard plongé dans son verre de limonade encore plein.
— Ils m'ont dit… que je n'étais pas leur vraie fille, dit enfin Kagami en touillant le liquide gazeux avec sa paille.
— Ca a dû te faire un choc je suppose, découvrir qu'au final on ne sait pas qui l'on est vraiment, renchérit Kyû, soulignant sa phrase d'un regard entendu. Surtout qu'ils ne savent pas eux-mêmes qui tu es…
— Et toi bien sûr…
— J'ai quelques indices, c'est vrai, lâcha Kyû d'un ton dégagé comme s'il ne s'agissait que d'un détail sans importance.
— Tu ne me diras tout qu'en échange de quelque chose, c'est ça ?
Sa voix s'était faite froide, signe qu'elle perdait patience. Kyû la fixa quelques secondes. Son regard était… mélancolique, comme si en regardant l'adolescente en face de lui il regrettait amèrement ce qu'il faisait.
— Il est vrai que j'ai besoin de ton aide, commença-t-il d'une voix calme et posée. J'aurais préféré ne pas avoir pris contact avec toi, te laisser vivre ta vie comme tu le sentais, mais je n'ai pas le choix.
Kagami le fixa, incrédule.
— Tu as un don extraordinaire, poursuivit-il. Il n'est pas encore à son apogée, mais il est très puissant.
— Non…
Ce fut au tour de Kyû de regarder son interlocutrice avec étonnement. Elle fixait son verre tout en parlant.
— Je ne suis pas puissante. Je voulais le devenir, mais tout ce que j'obtiens c'est un échec et ce « don » dont tu parles qui ne m'apporte rien. Depuis que je sais qu'il est là, je n'ai que des problèmes. Je ne peux pas me battre sans me contrôler, je manque de me tuer à chaque fois, pourtant je ressors indemne. A cause de moi, mes Pokémon souffrent, et tout ça c'est la faute de ces pouvoirs stupides ! Je ne veux pas devenir une super-héroïne capable de se faire repousser la moitié du corps ! Je veux être une dresseuse normale, pouvoir me battre comme je l'ai appris pendant mes études, essayer d'atteindre le Championnat ! C'est tout ce que je veux…
Elle serra son verre, sa main tremblant alors qu'elle se retenait de verser une larme.
— Tu vivras toujours avec, c'est tout ce que je peux te dire.
— Alors c'est ça, hein ? Le type complètement normal se ramène et vient demander à la super fille de l'aider, et en échange il peut rien faire pour elle ?! Non merci !
— Kagami...
— Ne me tutoie plus, et ne m'appelle plus par mon prénom !
— Je n'arrêterai que si toi également tu arrêtes de me tutoyer, signala Kyû. C'est donnant-donnant.
— Et toi ? Tu me donnes quoi dans tout ça ? s'écria Kagami.
Dans son emportement, elle brisa son verre sur la table, renversant toute la limonade sur la nappe en papier. Quelques morceaux lui écorchèrent les doigts et la peaume de la main, mais les coupures, peu profondes, se refermèrent en quelques secondes. Kagami serra sa main contre sa poitrine et laissa couler les larmes de colère et de tristesse qu'elle refoulait.
— Je ne veux plus de ça... Dis-moi que ça va s'arrêter...
Elle se doutait que Kyû répondrait par une négation, pourtant il garda le silence qui dura quelques longues minutes pendant lesquelles l'adolescent finit lentement son verre.
— Qu'est-ce que tu attends de moi au juste ?
— J'ai besoin de ton aide pour récupérer quelque chose, tu es la seule personne qui puisse le faire.
— Un vol, en gros. Tu représentes une organisation criminelle, c'est ça ? soupçonna Kagami.
Kyû eut un petit rire forcé.
— Non, je ne représente personne, hormis moi-même, et ce depuis très longtemps.
— Où devrais-je "récupérer" ce quelque chose ?
— A Unionpolis, on y va dès que tu es prête.
Il interpela un serveur pour demander l'addition puis tendit un mouchoir à Kagami pour qu'elle puisse essuyer la limonade renversée sur ses vêtements.
— Merci, marmonna la jeune fille, les yeux encore rouges.
Abra se téléporta à côté d'elle, les ayant laissé seuls pour discuter. Il envoya une pensée interrogatrice vers sa dresseuse.
Je ne sais pas si on peut lui faire confiance, mais c'est la seule possibilité que j'ai si je veux des réponses... Tu penses que je devrais me fier à lui ?
Le Pokémon haussa mentalement les épaules avant de se téléporter devant Kyû qui le regarda sans bouger. Abra l'observa quelques instants puis plissa encore plus ses yeux clos. Le garçon le fixa du regard, inflexible.
Qu'est-ce qu'il y a, Abra ?
Le Pokémon ne répondit pas et retourna près de Kagami alors que le serveur amenait l'addition avant de repartir. Kyû se leva et alla payer au comptoir. Quand il revint, son invitée n'avait pas bougé d'un centimètre.
— Hé !
La main tendue de Kyû apparût devant les yeux de la jeune fille aux cheveux roux qui releva la tête.
— Viens, on va rentrer chez toi. Je vais parler à tes parents.
Kagami hocha la tête, puis le suivit. Elle ne savait pas exactement pourquoi, mais un semblant de confiance la reliait à ce garçon qu'elle ne connaissait absolument pas. Elle jeta un regard à son partenaire psychique, mais celui-ci n'était toujours pas décidé à lui parler de ce qu'il avait lu dans l'esprit de Kyû.

Sur le chemin, ils restèrent plutôt silencieux, malgré les tentatives de Kyû d'ouvrir une conversation banale avec Kagami. La jeune fille était beaucoup trop pensive.
A environ deux rues de la maison des parents de la jeune fllle, ils commencèrent tous deux à percevoir les bruits de sirènes, un son strident et fort se répétant régulièrement.
— Un incendie ? s'étonna Kyû en jetant à sa compagne un regard intrigué.
— Il y a de grandes chances, c'est une sirène de pompiers, appuya Kagami. Une des maisons du coin à dû prendre feu.
Elle eut un regard inquiet quelques secondes.
— Je ferai mieux d'aller voir si tout va bien à la maison, si l'incendie n'est pas loin il pourrait se propager.
Quand elle se tourna vers Kyû, elle eut la surprise de voir un visage soucieux. Kyû se tourna vers elle et acquiesça, et tous deux s'élancèrent alors. Dans la rue où habitait Kagami, une foule était assemblée autour de plusieurs camions d'un rouge vif. L'une des maisons brûlait ardemment, les flammes montant jusqu'aux cieux, belles et destructrices. Jamais auparavant Kagami n'avait vu de telles flammes, et elle resta sans voix devant un tel spectacle avant de réaliser que la demeure qui brûlait était celle si chère à son coeur.
— MAMAN ! PAPA !
— Non ! Kagami revient !
Ignorant Kyû, l'adolescente aux cheveux roux se mit à courir en direction de la foule, et n'entendit que vaguement le bruit de Pokéball derrière elle. Elle ne parcourut que quelques mètres avant d'être stoppée brutalement par un mur psychique. Légèrement étourdie, elle recula d'un pas, observa autour d'elle pour se rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un simple mur vertical, mais d'un dôme légèrement lumineux. Kagami se retourna vers Kyû et reconnut aisément l'origine du dôme: à droite du garçon se dressait un Metalosse, ses quatre pattes metalliques fermement ancrées dans le sol. Plutôt grand, les deux jeunes gens auraient aisément pu se tenir assis dessus, côte à côte.
— Laisse-moi sortir !!
— Désolé, je ne peux pas. C'est dangereux, répondit Kyû. Son visage était inexpressif.
— C'est pour mes parents que c'est dangereux ! Je dois les sortir de là ! s'écria à nouveau Kagami en se tournant vers le mur.
Elle donna plusieurs coups dessus, mais il ne céda pas. Derrière elle, l'énorme golem métallique émit un son caverneux, intimidant.
— Ce dôme est invisible depuis l'extérieur, et aucun bruit ne peut passer à travers. Et Abra ne pourra pas non plus te téléporter à l'extérieur, ajouta Kyû alors que Kagami s'était tournée vers son Pokémon. Je suis désolé, mais tu ne peux rien faire pour tes parents. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça...
Il réhaussa sa manche afin d'atteindre la montre sur son poignet gauche.
— Porygon, enclenche la téléportation. Destination : Hachi.
Kagami se sentit bizarre, elle avait déjà été téléportée par Abra sur des courtes distances pendant les combats, mais ce qu'elle ressentait à cet instant était totalement nouveau. Dans un dernier sursaut, elle se tourna et hurla le nom de ses parents, et elle crut un instant voir un léger mouvement dans la foule, comme si quelqu'un l'avait entendue. La seconde d'après, les deux adolescents et leurs Pokémon avaient disparu.

***

— Il faudrait quand même que tu penses à arrêter de faire ça. N'oublie pas que c'est moi qui nettoie derrière.
Dans l'obscurité de la chambre, la petite fille à la peau pâle regarda son interlocuteur, ses deux grands yeux gris et froids emplis d'incompréhension. Sa poupée de chiffons reposait sur ses genoux, inerte, et tachée de rouge sombre. Une persistante et entêtante odeur de sang emplissait l'air.
— Pourquoi faut-il que tu tues systématiquement chaque nouvelle personne qu'on engage pour s'occuper de ta chambre ?
La fillette regarda sa poupée et la caressa doucement, avant de replonger son regard dans celui du jeune homme qui lui parlait.
Parce qu'ils ne sont pas toi...
— Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas moi, pourtant tu acceptes que certains s'approchent de toi, non ?
Il vint s'asseoir tranquillement sur le lit, prenant soin d'enjamber le cadavre qui souillait le sol.
— Hachi, par exemple, poursuivit-il.
Hachi. Toi. Pareil...
L'homme eut un sourire, puis tendit la main pour attraper l'une des boucles sombres qui encadraient le visage et les épaules de la petite fille assise près de lui. Ses yeux, d'un magnifique bleu océan, étaient doux et ne reflétaient aucune peur, que de la tendresse.
— C'est toi qui est comme elle, certainement pas moi, dit-il en portant les fins cheveux noirs à ses lèvres, y déposant un léger baiser avant d'en humer le parfum.
Tous les deux, vous n'avez pas peur de moi... Tous les autres ont peur...
— C'est parce qu'ils ne te connaissent pas comme moi je te connais, répondit l'homme.
Il joua encore un peu avec la mèche de cheveux, puis la lâcha, avec un regret non feint. Il glissa alors sa main dans sa poche pour en sortir un jeu de cartes abîmées par une utilisation intensive et par l'âge.
— Tiens, je t'ai amené ça.
A peine eut-il fini sa phrase que la petite fille lui arracha le paquet des mains et commença à battre les cartes.
— Bon, bah je te laisse t'en occuper alors, ajouta-t-il en tirant une pièce du revers de sa veste.
Il lança cette dernière en l'air, l'attrapa au vol et y jeta un coup d'oeil. Son regard se fit distant pendant quelques secondes, puis il serra la rondelle en métal dans sa main avant de la ranger à l'endroit d'où elle venait. Pendant ce temps, l'enfant avait tiré trois cartes du paquet et les avait disposées en carré, face cachée, devant elle.
— Tu es sûre que tu ne préfères pas simplement faire une partie de tarot ordinaire ?
La petite fille fit non de la tête, puis passa lentement sa fine main blanche au-dessus des cartes posées sur les draps devant ses genoux. Elle ferma les yeux sur son regard vide, puis les rouvrit, ses pupilles émettant soudainement une lueur rouge.
— D'accord, c'est du lourd cette fois, murmura l'homme pour lui-même.
Il retira la même pièce, la lança, la regarda, puis porta à nouveau ses yeux sur la fillette. Elle retourna alors les cartes devant lui. De gauche à droite se tenaient le Neuf d'Epée, le Bateleur, et le Dix de Coupe. Ses mains se mirent alors à trembler violemment et elle s'effondra, inconsciente. L'homme ne fit pas un geste, figé sur les cartes retournées devant lui. Il tendit la main et prit la carte de droite, un petit sourire se dessinant timidement sur son visage.
— Tiens, tiens... ça c'est intéressant.
De son autre main, il alla à nouveau chercher sa pièce de monnaie, et réitéra pour la troisième fois son geste. Puis il récupéra les cartes, et les remit dans le paquet avant de se lever.
— On dira qu'il s'agit d'un secret, entre toi et moi. Sauf que tu auras du mal à t'en souvenir, et c'est bien dommage, je vais devoir garder cela pour moi tout seul...
Au moment de quitter la chambre, il s'arrêta et se retourna pour lancer une Pokéball. Il en sortit une petite créature d'un vert vif, visqueuse, ressemblant à un sac en plastique remplit d'eau.
— Titi, débarasse-toi de ça, fit-il en désignant le cadavre souillant le sol.
Le Gloupti s'avança vers le corps, et ouvrit sa bouche élastique. En une bouchée il avala le mort, accompagnant son geste d'un immonde bruit de succion et d'acide. Quelques secondes plus tard, il sautilla pour rejoindre l'homme resté dans l'embrasure de la porte qui le rappela. Il ferma ensuite la porte, plongeant de nouveau la chambre dans son obscurité coutumière.