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» Auteur : fan-à-tics - Voir le profil
» Créé le 16/07/2009 à 23:58
» Dernière mise à jour le 19/12/2012 à 22:51

» Mots-clés :   Présence de personnages de l'animé   Présence de poké-humains   Présence de shippings

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Episode 28 : Quelques existences parmi tant d'autres.
-chapitre 28-

Le soleil illuminait particulièrement cette journée, à tel point qu'il écrasait de sa chaleur les pauvres passants courageux qui osaient s'aventurer dehors. Le ciel n'était plus qu'un immense voile blanc immaculé qui, dès qu'on le fixait, renvoyait l'intensité du regard inconnu à son porteur avec une violence toute particulière. C'était une matinée où les têtes tournaient, les yeux faisaient mal, et où tout apparaissait comme insupportable.

Samantha soupira, et vit alors Eléanore la dépasser en riant, faire une pirouette devant elle avant de se placer en équilibre sur les mains et de continuer son chemin ainsi sous la frimousse dubitative de son Reptincel. Il y en avait qui ne perdait jamais une occasion pour taper sur les nerfs. Elle ne savait donc pas que c'était dangereux de s'exciter au soleil comme ça ? Elle voulait leur faire un malaise. Alors que l'adolescente se précipitait à grands pas vers son ami, les poings serrés, préparant déjà intérieurement l'engueulade, un frisson lui monta le long de l'échine. Le ciel s'assombrit, prenant une teinte violacée, les nuages marrons se mirent à tournoyer, à se regrouper dans un tourbillon noir, entrecoupé de taches écarlates. Alors, comme le siphon d'un évier, comme l'eau aspirée vers le fond, une longue colonne d'air compressé se dessina à l'horizon.

Samantha écarquilla les yeux. Elle eut l'impression de rapetisser d'un coup, de se faire broyer, étriquer jusqu'à n'être qu'un mince filet tordu comme la silhouette menaçante qu'elle voyait. Son cœur battait la mesure, à tel point qu'elle perçut à peine le cri étouffé par les bourrasques :

-UN CYCLONE !

Elle vit son professeur se ruer vers elle et lui attraper la main, mais elle ne bougea pas. Eléanore était tombée au sol, elle ne bougeait plus. Son Reptincel, couché auprès d'elle, semblait la veiller, loyal. Le hurlement qu'elle poussa dépassa ses propres constatations.

-ELEANORE !

Elle allait se précipiter vers son amie, la secouer, la secouer jusqu'à ce qu'elle se lève, mais une douleur lui vrombit la poitrine et lui vrilla l'estomac. Yuki la retenait de toutes ses forces, il lui écriait : « On ne peut plus rien faire pour elle ! Cours ! ».
Samantha n'eut pas le temps, l'énergie pour comprendre, la bise s'intensifia et elle se sentit emportée aussi facilement qu'une plume. Le monde se retourna, s'enroula dans une suite sans fin. Dans un malaise plus douloureux, ses pieds quittèrent terre, et elle eut l'impression de n'être guère plus qu'une poupée de chiffon manipulée par un enfant. Elle vit une dernière fois Eléanore se faire happer dans la grisaille noire de la tornade.

Puis un choc, tel une décharge électrique. Son cœur bondit de sa prison de chair.

Samantha se réveilla en sueur dans son sac de couchage.

Le souffle court, elle fit volte face instinctivement vers le lit d'Eléanore et Yuki. Ils sommeillaient paisiblement. Eléanore, à moitié ensevelie sous ses Pokémons, ronflait bruyamment. L'enfant des Joëlle soupira, son rythme cardiaque sembla presque s'éteindre après ce brusque marathon. Elle posa une main sur son cœur et passa l'autre sur son front, comme pour s'assurer qu'elle aussi était indemne. Son esprit logique l'obligea à se rappeler qu'ils s'étaient arrêtés dans cette clairière la veille, et qu'en raison du ciel clair ou de l'atmosphère étouffante, là demeurait le seul point noir de ses souvenirs, ils avaient décidés de dormir à la belle étoile.

Alors que la brune soupirait à nouveau, mais d'exaspération cette fois, une petite voix lui parvint.

-Encore un cauchemar ?
Elle n'eut pas besoin de savoir qui avait parlé, ni même de lever la tête vers lui. Derrière elle, allongés, ou plutôt empilés les uns sur les autres, juste à côté d'un Silver assoupi, Gold la fixait. Christopher et Angèle marmonnaient dans leur sommeil en toile de fond, mais sa remarque était tout à fait audible. Elle eut un rictus gêné.

-Oui... Je crois que je vais abandonner la lutte et ne pas dormir cette nuit, c'est déjà le quatrième. Et toi ? C'est pareil ?

Elle perçut un rire timide.

-Les cauchemars, c'est normal quand on traverse une mauvaise passe. Les nuits blanches aussi.
-Dans chacun de mes rêves, je la vois raide, et là le monde s'effondre. Expliqua doucement Samantha, les pupilles cernées, les sourcils froncés, tremblant rien qu'à songer à cette vision d'horreur.
-Sûrement un message psychique, comme dirait le docteur Machin-truc. Conclut rapidement le garçon en jetant un coup d'œil au rouquin à côté de lui.
-Probablement...

Elle se recroquevilla sur elle-même et planta sa tête dans ses genoux. Elle balbutia alors :

-Je ne peux rien faire à chaque fois, je suis totalement impuissante face à ce qui lui arrive... Je ne sers à rien et je ne fais que la contempler disparaître !
-Dans les songes, on est toujours inefficace. Eluda Gold, la mine sombre. Pas la peine de te tourmenter pour ça.
-Mais c'est le cas aussi dans la réalité ! C'est ça, le plus horrible ! Je ne peux strictement rien espérer !

Elle marqua une pause, sentant le poids de ce secret l'étouffer plus efficacement que la pression de ses jambes sur sa boite crânienne. Elle serrait, serrait si fort, comme un étau, comme pour s'empêcher d'y réfléchir, sortir cette peur stupide telle la pulpe des fruits dans un pressoir. Alors qu'elle comprenait qu'elle n'y parviendrait pas, alors qu'elle sentait les sanglots remonter le long de son corps aussi vicieusement que la fatigue, un bip strident retentit.
Eléanore éteignit son pokématos promptement et s'étira. Elle bâilla discrètement et scruta le paysage. Les étoiles disparaissaient déjà au loin, les premiers rayons éclairaient la ligne continue de l'horizon, et à sa droite, deux personnes la fixaient.

Elle leur sourit innocemment.

-Entraînement matinal ! Vous voulez venir avec moi ? Je vais y aller doucement, promis !

Elle se redressa et tendit sa main à Samantha. L'adolescente sortit de son mutisme, les yeux rouges, mais elle n'eut pas à se forcer à sourire en retour à son amie. Elle ne le comprenait pas elle-même, mais il lui suffisait de l'observer comme ça, et elle avait l'illusion qu'elle durerait éternellement. Ses craintes disparaissaient alors l'espace de quelques secondes.
Gold refusa l'invitation poliment et retourna s'enfoncer dans ses couvertures, se forçant à trouver un sommeil peu réparateur, l'esprit troublé par la dernière phrase de la dresseuse.

Samantha partait d'un pas lent à la suite de sa camarade, prête à s'entraîner, pour oublier.
Et Gold fut frappé par l'évidence même, et comme une plaie qu'on cautérise, la peine connut un pic de douleur avant de s'atténuer peu à peu. Parfois, on ne peut strictement rien faire.

Il laissa Morphée l'étreindre une dernière fois, et à son plus grand étonnement, il trouva un repos sans ses monstres nocturnes.

On le tira de ses rêveries quelques heures plus tard, au moment du petit déjeuner. Silver lui passa une assiette de baies pour qu'il se remplisse l'estomac brièvement. Les filles revinrent, transpirantes, les jambes flageolantes, comme soulagées d'un poids, ayant semé leurs soucis durant le jogging matinal. Ils nourrirent les pokémons, constatèrent les progrès et décidèrent ensemble de l'itinéraire. Akira ouvrit alors la bouche pour la première fois depuis sa rencontre avec Lily, deux jours auparavant.

-Nous allons prendre un autre passage, nous ne traverserons pas Safrania. Je tiens à me rendre chez un vieil ami, pour vérifier quelques détails. Il habite juste au dessus du souterrain, où un métro part toutes les heures en direction de Carmin sur mer. Cela ne nous fait ni perdre, ni gagner de temps.

Devant son assurance, personne ne répliqua, même si Silver faillit émettre un grognement de mécontentement. Il lui tardait d'atteindre le port, et l'attente le frustrait au plus haut point. Même s'il accompagnait la fille qui imposait des milliers de questions à son cerveau pour s'occuper, il s'en désintéressait petit à petit.Il connaissait l'identité du fantôme qui se cachait derrière ses traits, et cette découverte ne faisait que le presser davantage pour sa mission. Là-bas, là-bas ils apprendraient la vérité, se répétait-il.

Le groupe se remit en marche avant dix heures. Les pas se suivaient les uns les autres sans vraiment d'attention particulière, chacun pris dans une conversation personnelle. Christopher et Angèle paraissaient débattre sur le meilleur procédé pour changer leur T.V ABC en communicateur. Les spectateurs se perdaient vite dans tout ce charabia technique, chacun de leurs mots semblait auréolé d'une complexité insurmontable, à tel point que la scène apparaissait d'autant plus absurde venant de ces deux énergumènes.
Gold et Silver, eux, échangeaient à voix basse des phrases incohérentes, comme s'ils n'écoutaient qu'à peine l'autre. Tous deux pris dans leurs réflexions personnelles, ils ne prêtaient pas garde à leur discussion, la marche al contrario des adolescentes, qui déterraient les pensées lourdes des derniers jours.
Enfin, Samantha et Eléanore échangeaient quelques informations sur leurs dressages respectifs avec une certaine naïveté. Elles agissaient comme si de rien n'était, parlant des griffes de leurs pokémons feu, ou des évolutions. Le sujet impliquait toute leur concentration. Samantha oubliait peu à peu ses mauvais rêves pour simplement profiter de la présence de sa coéquipière, et Eléanore se réjouissait de son comportement si normal.

Les heures défilèrent lentement, ils firent plusieurs pauses, devant impérativement arroser leurs pieds enflés d'eau fraîche. Pourtant, une habitation se découpa enfin sous les rayons flamboyants du zénith. Ce fut avec un soulagement non dissimulé qu'ils atteignirent leur destination.

La bâtisse était en brique rouge, conforme à l'architecture Azurienne, avec toit en colombage et une lucarne se détachant de l'amoncellement de tuiles cirées. Un énorme jardin entouré de conifères mettait en évidence la demeure. Akira sonna, indifférent. Les enfants étaient derrière lui, assis sur le seuil. Il leur expliqua doucement :

-C'est un vieil ami, Kain Lag. Il dirige cet étrange centre d'entraînement pokémon, il s'est occupé de presque tous les miens. Je veux lui montrer Métalosseee, sa faiblesse lors du dernier combat m'inquiète. Sam et Eléa, vous pourrez profiter de ce temps-là pour travailler un peu, l'endroit est propice !

Malheureusement, une mauvaise surprise les y attendait.

Un homme plus tout à fait jeune vint leur ouvrir. Les cheveux gris cendré, le visage carré et les traits tirés, il affichait une mine de vieux loup de mer renfrogné. Pourtant, quand il vit qui venait lui rendre visite, ses pupilles noires s'illuminèrent d'un coup, et un rictus vantard étira ses lèvres pincées. Il remit en place son casque rapiécé, visiblement ravi, et lança :

-V'là t'y pas là une bonne surprise ! C'est l'tit Akira ! C'est l'jour des visites, ma parole ! Vou'z'êtes passé l'mot ?

Yuki eut à peine le temps de hausser un sourcil d'incompréhension qu'une autre voix familière s'éleva dans le couloir.

-Kain ? Qui est-ce ?

La silhouette gracile de Lily apparut dans l'encadrement du couloir, suivie de près par celle, moins féminine, d'Armand.
Il y eut un blanc, puis soudain le vieillard robuste pointa du doigt le flanc d'Akira en rigolant.

-Allons, allons, tu vas pas m'faire gober qu'tu reconnais pas c'loustic ! Bon c'est vré, il a bien grandi ! Vous étiez pourtant comme ça quand j'vou'z'ai rencontrés ! Fit-il en entrecroisant deux de ses doigts pour illustrer ses propos.

La jeune femme brune fronça les sourcils et tourna des talons presque immédiatement en déclarant froidement :

-Armand, on s'en va.

L'ami d'Akira ouvrit la bouche en mode gobe-mouche, et s'exclama :

-Comment ça v'vous barrez ?! Tu t'es pointée comme une fleur chez moi hier à minuit et tu t'barres comme ça sans même m'faire mon potage ! Ben dis donc, ta mère doit pas être fière !
-C'est vrai, madame, c'est pas juste ! Vous m'aviez promis qu'on resterait ici quelques jours pour que je m'entraîne ! Rétorqua Armand, peu enclin à suivre son professeur, les lèvres retroussées de mécontentement.
-J'ai changé d'avis ! Je t'aiderai à t'entraîner toute seule, si ce n'est que ça... On restera pas ici avec lui. Répliqua la brune en prenant son élève par le bras et en le tirant vers la sortie.
Mais celui-ci recula avec encore plus de véhémence, s'extirpa de son emprise et lui lança un regard plein de défi.
-Vous m'avez promis ! Vous me collez déjà assez comme ça, si en plus vous tenez même pas parole !
-Je te suis à la trace tout le temps parce que tu n'arrêtes pas de déguerpir. Je suis responsable de toi, tu comprends ça ? S'énerva l'enseignante, occultant de même la foule de spectateurs qui les fixait, très attentif à ce « feuilleton » pour le moins intéressant.
-Bah justement, soyez responsable ! Et laissez-moi m'entraîner ici, comme convenu !

Lily poussa un soupir désespéré, se prit la tête entre ses mains et se tira les cheveux pour les retenir : elle avait la baffe trop facile, et quelque chose lui disait qu'elle risquait un procès en touchant ce gamin. La tension monta sur ce palier, Lily devant ce dilemme personnel grognait, incapable de répliquer à un rejeton. Le monde sembla frémir, menaçant d'éclater, et quand Akira s'adressa à sa collègue, on retint son souffle.

-Je viens pour Métalosseee, Lily, je ne reste que pour la journée. Tu n'auras même pas à me parler. Et ce n'est sûrement pas moi qui vais faire l'effort de nous rabibocher.

La brune sursauta, plissa les yeux, cherchant à déceler un mensonge, ses cils s'entremêlèrent, lui brouillant la vue. Puis ses lèvres se pincèrent et elle détourna la tête avant de la hocher gravement, comme un signe de trêve. Le vieil homme plaqua ses mains dans ses poches, et renifla bruyamment avant de lâcher :

-Ben, j'ai toujours l'droit à mon potage, j'espère !

Lily leva la main pour affirmer, puis repartit en direction de la cuisine, muette comme une carpe, sans poser son regard sur Akira. Kain se gratta les fesses avec élégance puis fit signe à ses invités de le suivre dans le salon. Armand toisa Samantha, grimaça puis lui emboîta le pas après un moment de réflexion.

La pièce dans laquelle ils pénétrèrent était spacieuse, plusieurs sofa patientaient, incitant les nouveaux à s'installer confortablement entre leurs coussins moelleux couleur cannelle. Dans un coin, une table énorme était encombrée d'un nombre impressionnant de pokéballs. Même le buffet qui contenait la vaisselle voyait son précieux chargement enseveli sous les équipements pokémon. Des bidules traînaient à même le sol ou sur le tapis vert clair, paraissant aussi usés et décrépis que leur utilisateur. Celui-là même haussa des épaules et balaya d'un coup de pied négligeant les objets qui le dérangeait, puis il s'installa, assis sur le tapis, et tendit la main à Akira.

Silver, Gold, Sam et Eléanore s'assirent sur les chaises et les fauteuils environnants, observant la scène d'un oeil attentif, mais l'esprit ailleurs, loin en dehors de ces quatre murs. Armand, quant à lui, prit place sur une chaise en bois, non loin d'une fenêtre intérieure où on pouvait voir Lily s'affairer derrière les fourneaux. Christopher et Angie, quant à eux, admiraient, les yeux brillants, une machine qui triait les pokéballs qu'elle contenait, sous vitre.

-Qu'est-ce qu'il a, ton bestiau ? Demanda l'homme aux cheveux cendrés.

Lily arrêta son geste, la casserole dans la main, au dessus du feu, frissonnant imperceptiblement.

-Eh bien il s'est pris une attaque Bourdon récemment, et celle-ci l'a mis au tapis, il a été incapable de se relever... Répondit le jeune brun paresseux.
-C'est un sacré coup dans sa saleté d'faiblesse, c'est pas rien !
-Tu sais aussi bien que moi qu'il est capable d'encaisser ça. Répliqua Yuki, agacé.
-Hum... Et tu penses qu'c'est quoi ?
-Je ne sais pas, c'est bien pour ça que je viens te voir !
-Mais tu l'as fait examiner ?
-Il allait mieux après une Guérison, je n'ai pas jugé cela nécessaire. Tu l'as élevé, j'ai pensé que tu saurais mieux établir un diagnostic, expliqua le brun.
-J'sais, mais quand qu'il est né, je t'ai donné l'plus prometteur de la portée, il avait aucune anomalie... T'as pensé à un problème lié à c'te vieille blessure à la patte ? L'interrogea Lag après une bonne dizaine de minutes de réflexion.
-Ça m'a effleuré l'esprit, mais je pensais qu'il s'était remis : ça doit faire plus de cinq ans, maintenant... Songea à voix haute l'enseignant.

Kain haussa les épaules, tandis que Samantha fronçait les sourcils. Pour qu'une plaie atteigne un pokémon aussi robuste que celui de son professeur, il fallait déjà qu'elle soit grave, mais si en plus, elle continuait à l'affecter des années plus tard, il avait dû frôler la mort...

-Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas utilisé. Je pensais que ça lui était passé... Se confondit en excuse le brun, penaud.
-Quelle idée, aussi, d'aller t'entraîner dans un moulin ! En marche, en plus ! Faut'il pas être stupide !

Cette fois, Lily fit tomber ce qu'elle portait, et le bruit de métal qui s'éclate sur le carrelage fit bondir le vieillard. Celui-ci se tourna vers son invitée, blanche comme un linge, furieux.

-Qu'est'c't'as ? Pas capable de faire la cuisine ? Ah bon dieu d'Arceus ! T'peux pas faire gaffe ? J'ai manqué de peu la crise cardiaque, là !

Silver siffla entre ses dents : « Quel dommage ! » ce qui fit rigoler discrètement Sam et Eléanore. Cependant, Lily demanda pardon maintes fois, ramassa son équipement, le remplit à nouveau et le plaça sur le feu, sous le regard inquiet d'Armand.

-J'regarderai sa patte, pour voir si le cerveau est toujours actif ou s'il a déconnecté... Dans ce cas-là, faudra que tu m'le laisses... Conclut Kain en reprenant la discussion.

Akira acquiesça et lui remit sa précieuse pokéball, l'expression basse, peu fier de lui.

-S'tu veux, tes pokémons sont toujours dans la même pièce, tu pourras en prendre un d'rechange. Le réconforta froidement le vieil homme, qui se levait déjà pour ranger son chargement dans la machine qu'admiraient les deux ex-voleurs. Ceux-ci s'émerveillèrent d'autant plus, se questionnant sur son utilité mystérieuse.

Il se tourna enfin vers Armand et lui sourit amicalement :

-J'connais tes vieux, tu r'ssembles comme deux culs d'bières à ton père. J'ai pas b'soin de te montrer les lieux ou l'maniement des machines, hein ? Y a un parcours du combattant pour tous les dresseurs débutants et leurs bestiaux derrière, vas-y et j't'jure que d'main tu les r'connaîtras plus !

L'adolescent sourit, hésita une dernière fois en passant devant son professeur encadrant, mais celle-ci lui annonça qu'elle l'appellerait pour le déjeuner, tout en le priant de ne pas sortir du jardin. Le garçon leva le bras pour lui dire au revoir et empoigna ses pokéballs, pressé de voir ce camp d'entraînement si réputé. Il passa silencieusement devant Sam, mais ses pupilles brillaient du feu de la volonté : c'était pour l'affronter de nouveau et gagner qu'il se dépassait. La rivale méconnue resta dubitative devant sa réaction : c'était bien la première fois où elle trouvait de la considération dans le regard qu'il lui jetait. Elle n'eut pas à méditer longtemps là-dessus, Kain les chassa dehors sans ménagement, expliquant qu'il allait faire des tests sur Métalosseee et qu'il ne voulait pas de gamins dans les pattes.

C'est ainsi que le roux, le brun, Sam et Eléanore se firent éjecter de la salle. Ils restèrent quelques minutes à s'offenser du manque de politesse de ce vieux grigou, jusqu'à ce que le concerné ne rouvre la porte pour les engueuler proprement et leur apprendre à médire derrière son dos. Les enfants s'en allèrent, frustrés, énervés, mais matés. Rien que pour avoir cloué le bec à Silver, ce Kain Lag méritait le respect.

Ils marchèrent dehors, se perdant dans l'immensité du terrain qui s'offrait à eux, puis finalement le roux s'agenouilla près d'un écriteau explicatif, bien décidé à savoir où ils étaient tombés. Gold se pencha par-dessus lui et lut discrètement ce panneau à l'attention des visiteurs occasionnels du vieux schnock.

« Parcours du combattant à droite : pour renforcer les liens entre maîtres et pokémons, travaillez en équipe ! / Pension à gauche, avec la salle de sevrage, veuillez ne pas toucher aux œufs ou aux bébés sans la permission du Grand Manitou - moi, bande de moules dégénérées ! / Tout droit, n'espérez même pas en revenir vivants si je vous y trouve ! »

De toute évidence, Silver avait l'impression d'être piégé dans la quatrième dimension, avec un bourreau en prime. Il grommela trois insultes bien placées pour Akira et s'allongea dans l'herbe en fulminant. Regarder le ciel à l'ombre du sapin allait le calmer. Gold s'assit à ses côtés en soufflant. Ne sachant pas vraiment quoi faire, il sortit quelques uns de ses pokémons, les moins imposants, et les laissa flâner eux aussi.

Eléanore et Samantha, quant à elles, s'interrogèrent mutuellement, puis décidèrent de se séparer, la jeune gamine aux couettes voulait voir de plus près les bébés pokémons, et Sam désirait admirer ce fameux terrain destiné à renforcer les liens avec ses pokémons. Elle s'éloignèrent l'une de l'autre, et le silence s'installa derrière cette maison, seulement coupé par moment par les grognements agacés du rouquin.

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Lily passa un coup de serpillère à l'endroit où elle avait renversé de l'eau, confuse. Akira avait depuis longtemps suivi le vieil homme dans une autre pièce de la maison, à l'étage. Elle soupira, débarrassée d'un poids. Elle ne se l'expliquait toujours pas, cette gêne qui se transformait instantanément en rage face à lui, et elle détestait ne pas comprendre. Elle gronda contre ses foutues promesses envers Armand, qui l'obligeaient à rester sous le même toit que le brun, mais elle se fit une raison tant bien que mal. Bien sûr, elle aurait aimé être un professeur modèle, savoir faire la part des choses, séparer ses problèmes d'ordre privé et son travail, mais elle n'y parvenait tout simplement pas. Elle admirait les gens qui étaient capables de ce prodige, d'ailleurs...

Soudain, alors qu'elle sortait une bouteille de lait du frigo, deux têtes émergèrent de la fenêtre intérieure juste devant son nez. Elle sursauta et manqua de renverser le liquide sur le carrelage. Heureusement, le grand dadet aux cheveux longs rattrapa la bouteille de justesse. Elle le remercia instinctivement, oubliant que c'était de sa faute initialement si la fiole lui avait échappé des mains. Sa compagne, blonde, planta alors ses yeux azurés sur la brune et sourit.

Tous deux, assis sur des tabourets surélevés, battants des pieds dans l'air, les coudes posés sur le rebord, le visage dans les mains, ils ressemblaient plus à des gamins enivrés par l'enthousiasme qu'aux adultes qu'ils étaient. Lily se demanda une brève seconde quel âge ils devaient avoir, puis abandonna, sachant toucher un point trop incertain.

-Qu'est-ce que vous avez comme lien avec le Métalosseee du prof ? Lança brusquement Angèle.

Lily pila net, dévisageant la femme ravie de son petit effet, et fronça les sourcils.

-Comment... ? Bafouilla-t-elle.
-Vous étiez toute gênée quand ils en parlaient, expliqua Christopher innocemment.
-Et vous avez renoncé à la bataille à l'entrée dès qu'il a évoqué son pokémon. Compléta Angie.

Lily resta dubitative un moment, puis passa une main dans ses cheveux, énervée. Elle se remit à la cuisine et lança durement :

-J'étais juste inquiète pour Métalosseee.
-C'était votre pokémon, avant ? Tenta la femme bandit.
-Oh, je comprends qu'on s'inquiète pour son pokémon, s'il arrivait quelque chose à mon Boubou et à mon Foufou, je serais complètement paniqué ! S'exclama l'homme en battant des bras pour imiter son état d'esprit dans cette situation hypothétique.
-Non, ce n'est pas ça. Répondit simplement Lily.
-Alors vous avez un lien avec ce moulin dont parlait le vieux ? Vous avez lâché votre casserole dès qu'il en a parlé. Réessaya la brigande.

Cette fois encore, la professeur resta estomaquée devant la réplique. D'ailleurs, le coéquipier de cette femme perspicace s'émerveilla devant cette même constatation. Pourtant, Lily ne put retenir un sourire tendu, et baissa les yeux.

-Bien vu. C'est un peu de ma faute si Métalosseee a été blessé si gravement ce jour-là. C'était pendant mon voyage initiatique encadré. J'avais échappé à la surveillance de mon tuteur pour entraîner mon Cradopaud. J'avais même rejoint Akira et son frère, de passage eux aussi, et là j'ai entendu des voleurs préparer un coup. J'ai voulu jouer les héros et les arrêter moi-même. Mais ça s'est mal passé, je me suis fait avoir. Akira, qui était avec moi à ce moment-là, a été pris par ma faute, et ils nous ont jeté dans un moulin abandonné pour se débarrasser de nous. Akira a réussi à appeler son Métang, et grâce à lui nous avons pu éviter d'être broyés par le mouleur à grain principal. Métang s'en est sorti avec une blessure grave, mais il a tenu bon jusqu'à l'arrivée des secours - le frère d'Akira avait pu s'échapper, appeler la police et nous retrouver...

Elle resta un moment silencieuse et posa sa main sur sa bouche, songeuse. Elle connaissait l'admiration que vouait Akira au vieux Kain, aussi elle ne comprenait pas sa réaction : pourquoi avait-il menti sur la raison de la blessure de son pokémon ? Cela ne pouvait que le discréditer aux yeux de son idole. Elle ferma les paupières, puis cessa la tourmente avant d'être perdue. Après tout, qu'est-ce que cela lui apportait ? C'était du passé, et tout ce qu'elle y gagnait en y pensant, c'était de la douleur. Le souvenir était trop vif, trop ancré dans sa chair pour qu'elle y songe sans ressentir cette crainte de la mort qu'elle avait perçu ce jour-là.

Elle ne pouvait s'empêcher de sentir encore l'étreinte d'Akira la serrer promptement. Elle voyait encore son visage horrifié, et elle entendait encore ce crissement infâme qui lui avait coupé le souffle sous l'effroi, elle pouvait encore entendre le cri du pokémon quand sa patte était passée en dessous du moulin à grain pour le stopper. Ce jour là, elle s'était promis de ne plus jamais jouer aux héros, elle s'était promis de ne jamais laisser un seul de ses élèves courir le même risque qu'elle... Sans Akira, sans le sacrifice de sa créature, elle serait morte ce jour-là, juste parce qu'elle avait échappé à la vigilance de son enseignant.

-Oh, vous êtes donc amis d'enfance ! S'écria brusquement Christopher, avec une joie évidente, sautant - volontairement ou non - sur ces instants tragiques, comme s'il ne voyait que le côté heureux des évènements.

Lily parut décontenancée par cette remarque extravertie, si peu atterrée par sa bêtise de jeunesse, mais elle hocha de la tête affirmativement. Les prunelles des voleurs s'illuminèrent, rayonnant de mille feux. Christopher passa son bras autour du cou de sa camarade et il se pointa du doigt, orgueilleusement.

-Nous aussi, nous sommes amis d'enfance !

Elle rigola gentiment, par pure politesse, mais Angèle continua sur la lancée de son camarade, en le repoussant légèrement :

-Oui, et même s'il est le garçon le plus casse-pied et puérile que la Terre ait porté, nous sommes inséparables... Vous, vous êtes fâchée avec le prof ?

Lily se renfrogna, retourna à son potage et se ferma complètement.

-Je n'ai pas envie d'en parler.
-Vous ne parlez jamais de ce qui vous embête vous... Commenta Angie.
-Mais comment allez-vous redevenir amis si vous n'êtes pas sincères l'un envers l'autre ? Demanda naïvement Christopher.
-Ce ne sont pas vos oignons. Rétorqua Lily, perturbée, mélangeant si fortement sa mixture qu'elle débordait du récipient.
-Vous ne souhaitez pas redevenir son amie ? Lança la blonde.

Cette fois, Lily se crispa, elle délaissa sa cuillère en bois, fit volte face, et baissa fermement le store de la fenêtre intérieure. Les pauvres doigts des voleurs sentirent sa colère passer, et cela fit taire leurs propriétaires un bon moment. L'enseignante ne perçut qu'un faible : « Elle est aussi peu commode que monsieur Silver, celle-là », mais elle se concentra sur la découpe des légumes, se forçant à oublier cette conversation. La fureur, malgré tout, s'amenuisa peu à peu, se perdant dans des interrogations qu'elle ne put repousser complètement.

Voulait-elle vraiment chasser Akira de sa vie ? Voulait-elle vraiment rejeter ce même gamin qui l'avait sauvée si souvent par sa simple présence ?

Elle secoua la tête et balança son produit dans la casserole, déboussolée.

« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
Eléanore ouvrit la porte du grand chalet qui portait l'inscription : « Nurserie ». Elle pénétra en ce lieu presque avec solennité. Le parquet grinçait sous chacun de ses pas, les étagères élargissaient un couloir immense, des dizaines d'œufs éclairés par des lampes chaudes se suivaient les uns à la suite des autres.

La gamine passa une main sur la vitre, intimidée. Elle sentait la vie juste sous ses doigts, derrière cette paroi vitrée. Elle voyait les relents des existences des parents du petit, elle savourait leurs émois et leurs délices. Elle serra délicatement des poings, collant sa joue contre le verre, fermant les yeux pour se plonger pleinement dans les souvenirs qui hantaient les lieux. Miyu, au dessus d'elle, la regarda longtemps avant de murmurer :

-C'est pourtant pas si impressionnant que ça. T'es vraiment excessive par moment...

Puis il s'arrêta et s'offusqua :

« Et pourquoi penses-tu à ton copain aux yeux vairons maintenant ?! »

Eléanore lui sourit gentiment, et rit sous sa barbe, contente du tour qu'elle venait de lui jouer. Elle passa à nouveau sa main sur l'étagère et traça les contours de l'œuf, le cœur battant la chamade dans sa poitrine. Elles étaient toutes venues d'œufs similaires, ces créatures merveilleuses qui enchantaient son existence, à l'image de Ash. Elle imaginait déjà tout ce que représenterait ces êtres tout neufs pour leurs futurs dresseurs. Déjà si peu, et si important à la fois, ils allaient devenir le rayon de soleil d'un enfant, la fierté de toute une vie peut-être. Elle repensait à Daniel, car il considérait que les pokémons voyaient leurs propriétaires comme une famille, alors elle était un peu la maman de Ash, elle aussi.

Elle rigola timidement, toute émue.

Elle n'avait peut-être pas assisté à son éclosion, comme celle de Barpau, mais elle l'avait élevé, elle l'avait aimé comme personne. Elle savait qu'elle n'aurait jamais l'occasion d'être une vraie maman, de sentir grossir dans son ventre un bébé, la chair de sa chair, mais...
D'une façon complexe, voir autant d'œufs pokémons devant elle lui faisait réaliser comme elle était insignifiante dans le cercle infini de l'univers, et pourtant, elle jouait le rôle immense de parent pour ses pokémons elle aussi. Miyu montra un signe d'énervement un peu plus haut.

« Tu repenses encore à ce garçon !»

Eléanore recula, prise en faute pour de vrai cette fois. Effectivement, elle avait instinctivement pensé à Daniel dès qu'elle s'était placée dans le rôle de maman. Elle piqua un fard monstrueux et secoua la tête négativement. Elle délirait.

Pour camoufler sa gêne, elle s'assit et se força à songer à autre chose, quelqu'un d'autre, n'importe qui sauf Daniel. Elle mit plusieurs secondes à se battre contre elle-même. C'était pas croyable, elle lui avait parlé la veille, il ne pouvait pas lui manquer à ce point en si peu de temps ! Miyu lui balança un sourire moqueur, supérieur, et il susurra :

« Il n'y a pas que moi qui l'aime bien ce Daniel... ! »

Eléanore rougit d'autant plus et s'offusqua vainement face à la remarque. Bien sûr qu'elle l'aimait, c'était son ami, au même titre que Sam. Si elle le plaçait un tout petit peu plus haut que Lucas ou Régis, c'était simplement parce qu'il était son meilleur ami GARÇON, qu'il était son confident !

« Mais oui, c'est ça... »

Eléanore se renfrogna. Elle eut un rictus vicieux et songea à une torture imaginaire pour le spectre le plus enquiquineur de l'univers. Les pupilles dorées du garçon luirent d'amusement et il répliqua :

« Tu es vachement sadique, en fait ! »

Mais sa remarque fit un flop, sonnant dans le vide. La jeune dresseuse venait de quitter la Terre, pour se perdre dans le cosmos anarchique qu'était devenu son esprit. Une douce mélancolie la prenait. Elle repensait à Daniel, à Régis, à ses parents, à Sacha... Elle se demandait si elle devait réduire son entraînement matinal au vu de son épuisement inhabituel ce matin... Elle s'inquiétait pour Sam. Le fantôme arqua un sourcil, soucieux de la voir dans un tel état, et alors qu'il allait lui remonter le moral avec une pitrerie, elle lança :

-Qu'est-ce que tu m'avais dit quand j'étais petite ? Qu'est-ce que tu avais trouvé pour que je n'aie plus peur de la mort ?

Miyu recula, leva les yeux au ciel, et lança simplement : « Pourquoi tu veux savoir ça ? ».
Eléanore mit quelques secondes avant de concéder une réponse, plus ou moins volontairement, comme si son cerveau était lui-même incapable d'extirper les raisons de son comportement avant plusieurs minutes de réflexion.

« Oh, c'est pour Sam ? Tu t'inquiètes à cause de ses cauchemars ? » Lut dans ses songes le fantôme.
-Elle croit sincèrement pouvoir me cacher ça, mais je l'ai entendu gémir toute la nuit...
-Tu crois vraiment que mes mots peuvent l'apaiser ? Ironisa le spectre.
-Ils ont bien marché avec moi, pourquoi pas avec elle ? S'emporta Eléa, furieuse des réticences de son colocataire invisible.
-Chaque humain est différent, je l'ai appris en voyageant avec toi. Et elle, plus que tous les autres, est d'une complexité rare ! Et puis, vous vous trouvez dans des situations tout à fait opposées. Tu es celle qui part, pas celle qui reste, la douleur n'est pas la même.

Eléanore ne pipa pas un seul mot en retour, le visage peint sous le pinceau de la tristesse. Miyu sentit sa peine autant que la sienne, et il continua gentiment :

-De toute façon, je ne crois pas que mes mots t'ont vraiment aidée quand tu étais petite... Je ne crois pas qu'il y ait de parole qui puisse aider dans ce genre de dilemme. Si tu as surmonté cette épreuve, c'est grâce à ta force de caractère...
-Si j'ai pu le faire, c'est parce que tu étais là... Expliqua sincèrement Eléanore en lui jetant un regard plein de reconnaissance. Miyu sourit.
-Alors fais comme moi : sois présente pour Sam. Cela ne peut que lui faire du bien. »

L'adolescente eut un rire faible, et elle murmura, la gorge enrouée, un inaudible « peut-être... », le cœur pourtant allégé. Cependant, son spectre sembla agacé de finir la conversation sur une note encourageante, et il se dépêcha de reprendre son rôle d'enquiquineur en lançant :

«Quoique... Tu es tellement insupportable, cela peut aussi la pousser au suicide de devoir te côtoyer tous les jours ! »
-Oh, c'est donc de ça que tu es mort ! Enchaîna la fillette aux couettes, pleine de répartie. Néanmoins, l'ectoplasme eut un rictus mystérieux à cette remarque et il répliqua simplement :
« Les apparences sont trompeuses, ce n'est pas parce que j'ai une apparence humaine devant toi que je suis mort comme un humain. »

Et sur cette phrase pour le moins troublante, il s'en alla, pointant du doigt une porte au bout du couloir en intimant à sa porteuse d'aller voir ce qui se cachait derrière. Eléanore resta perplexe quelques secondes, de plus en plus prise au dépourvue avec cette entité, et ajouta une autre question à sa longue liste sur le spectre. Mais celle-ci lui sortit rapidement de l'esprit quand elle découvrit ce que renfermait la salle que désignait Miyu.

Une dizaine de petits bébés pokémons dormaient dans des couveuses ou auprès de leurs vraisemblables parents. La jeune fille sentit l'émoi poindre. Tous ces sentiments de bien-être, cette impression d'être protégé, à l'abri de tous les soucis, toute cette ambiance qui régnait autour d'elle lui rappela la chaleur de sa maison. Elle perçut alors un vague à l'âme qui reprit en écho le sien. Elle se tourna vers Miyu, perplexe par ce qui émanait de lui en ce lieu, et elle le vit alors, observant un petit Caninos assoupi, seul dans un coin de la pièce.

Le spectre tendit la main vers la tête du petit chiot, mais celle-ci le traversa comme de l'air, et il la ramena contre lui avec un goût amer. Eléanore, intriguée, s'approcha elle-aussi du canidé, et elle caressa pour lui son doux pelage. Miyu la remercia du regard. Elle sentit alors s'écouler sous ses doigts les souvenirs du pokémon si jeune. Elle sentit sa profonde solitude, loin de ses parents, recueilli par ce vieil homme près de leurs cadavres.

Si jeune et déjà si éprouvé. Eléanore sourit et le prit dans ses bras pour le cajoler pendant son sommeil. Le Caninos grogna dans son étreinte et s'y abandonna complètement, rêvant de ses géniteurs disparus sous les sourires bienveillants de Miyu et Eléa.

Le visage de la gamine s'assombrit, et malgré elle, une larme roula sur sa joue.

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Samantha arriva dans un parc assez important, isolé parmi les conifères. Elle voyait des sortes de plateformes construites autour des troncs imposants, et remarqua des filins d'aciers lier les arbres les uns aux autres dans un labyrinthe étrange.

Une mare d'eau menaçait les grimpeurs occasionnels. Elle vit alors Armand essayer de jouer les funambules sur un cordage épais, sans soutien ou jaquette de sécurité. Il avançait doucement, sautant sur les rondins instables suspendus au-dessus du vide. Alors qu'il prenait son élan, son support bougea sous ses pas et il bascula en arrière. Samantha sursauta. C'est alors que le Piafabec qu'elle avait combattu la veille se rua sur son dresseur et le retint par son col en battant furieusement des ailes. Le starter du jeune garçon, caché sur la plateforme derrière lui, un Carabaffe orgueilleux, souffla alors un Pistolet à O puissant qui permit à son propriétaire de revenir sur le rondin de bois et de s'accrocher à la corde.

Samantha resta quelques minutes, silencieuse devant ce manège alors que Armand remerciait ses pokémons pour ce sauvetage. Elle avait lu effectivement une étude disant que les pokémons montraient tout leur potentiel quand leur dresseur était en danger, et allier ça à l'idée de travailler en concert, ensemble en tant qu'égal à égal… Ce parcours semblait tout à fait approprié.

Armand parvenait au bout de sa course. Il fit le premier pas sur une autre plateforme, appela son pokémon eau et un autre, une espèce de quadrupède violacé pourvu d'une corne, aux dents avant protubérantes, un petit Nidoran mâle. Un autre pokémon, un scarabée orangé où poussait des champignons, un Paras, patientait sur l'arbre, accroché à une branche grâce à ses pattes antérieures. Il ne semblait pas très enjoué à l'idée de passer lui aussi par-là alors qu'il pouvait escalader le bois.

De toute évidence, le garçon allait continuer de l'ignorer. Et elle n'allait pas le pousser, au contraire. Elle en avait rêvé pendant des années, qu'il l'oublie. Cependant, elle n'était pas venue pour rien non plus. Si le parcours était pris, elle pouvait tout de même jouer avec ses pokémons et les préparer à le faire eux aussi.
Elle lâcha son Galifeu, son Kraknoix, son Wattouat, son Magicarpe, son Farfuret et son Kirlia. Alors que son premier Pokémon s'amusait à balancer des coups de pieds, heureux de pouvoir se décontracter les muscles, Kraknoix alla s'installer pour dormir sous un arbre, tandis que Farfuret préféra s'asseoir sur une de ses branches. Le mouton vint se frotter contre les jambes de Sam, tandis que le danseur psy fit quelques pirouettes joyeuses devant sa dresseuse pour attirer son attention. L'adolescente rigola de bon cœur mais leur avoua qu'elle voulait entraîner Magicarpe aujourd'hui.

Elle prit la créature eau dans ses bras et la déposa dans le bassin d'algues avant d'y plonger ses pieds déchaussés à son tour. Délaissés, les autres pokémons retournèrent à leurs occupations habituelles, Galifeu et Kirlia s'organisèrent un match seuls, et Wattouat rejoignit le crabe orange ou noir, selon les heures.

Sam resta là, à encourager son poisson à faire des sauts de plus en plus haut, à demi concentrée. Comme elle se refusait à penser à Eléa, ses idées convergèrent vers les garçons. Hier encore, avant d'aller dormir, Eléa et elle avaient enlacé Evoli sous les regards jaloux de leurs créatures. Elle se souvenait encore du rire de Lucas de l'autre côté du fil, ils avaient discutés avec lui, Daniel et Régis pendant vingt bonnes minutes jusqu'à ce que la communication saute à cause des interférences magnétiques que causait la proximité de la centrale électrique du côté les garçons.

Une seule personne nous manque et la terre entière est dépeuplée, disait sa mère. C'était bien la première fois qu'elle ressentait cela. Elle se demanda ce qu'ils pouvaient bien faire, loin d'elles. Elle espéra égoïstement qu'elles leur manquaient à eux aussi.
Samantha dessina un cercle dans la poussière, exaspérée par son cœur lourd. Elle aurait bien aimé avoir un cerveau de rechange, pour pouvoir rire normalement un bon coup, loin de ses soucis qui s'empilaient de plus en plus.

Elle eut un pouffement qui l'étonna.

Elle ne devait pas être aussi malheureuse que ça, finalement. C'était vrai qu'elle avait le cœur rempli jusqu'à ras-bord d'ennuis, mais il était aussi gonflé de rire, d'heures passées tous ensemble, et rien qu'à y songer elle se sentait toute chose.

Eléanore avait vraiment déteint sur elle...

Brusquement, alors que Magicarpe sautait une énième fois et touchait le bout des rondins en suspension entre les arbres, une voix dure la tira de ses rêveries.

-Qu'est-ce que tu fous ici ?

Elle pila net en reconnaissant la voix d'Armand. Apparemment, il avait fini son entraînement. Elle se redressa et tenta de rassembler tout son courage pour lui répondre en soutenant son regard furieux.

-Je m'entraîne, comme toi.

Le visage d'Armand se ferma, ses pupilles lancèrent des éclairs. Samantha eut à peine le temps de comprendre ce qui lui arrivait qu'elle se fit projeter en arrière. Elle atterrit si brutalement sur le dos qu'elle en eut le souffle coupé. Le ciel bleu et le soleil étincelant furent recouverts par la silhouette colérique d'Armand au dessus d'elle, la toisant méchamment. Un genou pointu dans l'aine, les poignets emprisonnés fermement, la peur s'immisça en elle, un frisson lui remonta l'échine.

Qu'est-ce qu'il faisait, cet idiot ? Elle savait qu'il était mauvais joueur mais ce n'était...
Si. Avec Armand, tout était une raison pour la brutaliser. Elle se reprit et essaya de garder son sang-froid. Il suffisait qu'elle se taise, comme d'habitude. Il allait lui filer un coup de poing qu'elle justifierait aux autres par un mauvais coup dans un entraînement. Armand leva le bras - elle entendit presque ses muscles se tendre - et elle ferma instinctivement les yeux.

Soudain, une image fugace s'imprégna sur sa rétine, s'imposa avec la douleur d'une marque au fer rouge. Eléanore. Eléanore, elle, ne se serait jamais laissée maltraiter comme ça. Qu'est-ce qu'elle deviendrait si jamais la violence passait un cran au dessus ? Pour l'instant, ils n'avaient que quatorze et seize ans, mais un jour il franchirait le cap. Elle ne pouvait pas rester comme ça, immobile à attendre que ça se passe.

Elle revit l'espace d'une seconde le jour où Eléanore s'était jetée sur elle pour la frapper, et elle répliqua, oubliant un instant contre qui elle se trouvait. Sa petite paume fusa, mais Armand n'eut qu'à pencher la tête pour esquiver. Il allait lui envoyer directement un coup d'estoc quand quelque chose heurta sa tête. Magicarpe avait bondit hors de la mare et lui avait envoyé une charge bien placée.

Il fut envoyé sur les fesses, en arrière, et là Galifeu se posta entre lui et Sam.

Le garçon grogna. Son Carabaffe était aux prises avec Wattouat, sa Piafabec semblait déjà toute chamboulée par un Eclair, Paras se roulait sur le sol pour éteindre ses champignons qui crépitaient, et son Nidoran fuyait sous les coups d'estoc du Farfuret. Il jaugea la situation. Samantha se relevait déjà en essayant sa lèvre gonflée sous l'impact du premier choc, derrière elle son Magicarpe se mit à luire méchamment. Son cou s'allongea brutalement et il s'étira pour atteindre facilement les six mètres, sa masse gonfla brutalement et sa densité fit déborder le petit bassin où il trempait. Une gueule béante aux crocs acérés menaça le voyou, deux rétines terrifiantes se posèrent sur lui.

Armand recula, intimidé. Il se crispa, fixa Samantha - plus impressionnée par son Léviator que par lui, à présent - et sa bouche se tordit.

-T'es VRAIMENT une GARCE ! Eructa-t-il.

La brune bondit de surprise. Armand ramassa ses pokémons blessés et la fixa avec méchanceté et jalousie.

-Ça te suffit pas d'avoir deux ans d'avance ? Ça te suffit pas d'être la meilleure en classe, d'avoir toujours le dessus sur les autres alors que t'es pas plus grande que ma sœur de huit ans ?! Non, faut aussi que tu me battes en combat pokémon ! Merde, tu peux pas te laisser tabasser tranquille ?! C'était le seul truc où j'avais le dessus sur toi !

Cette fois, Samantha sentit un tressautement faible dans cette déclaration, une volonté brisée. Elle resta tétanisée devant sa réaction incompréhensible.

-Y a des centaines d'infirmières Joëlle dans le monde mais non toi, IL A FALLU QUE TU SOIS ADOPTEE PAR CELLE DE JADIELLE ET QUE TU VIENNES ME FAIRE CHIER !

Samantha ne bougea pas d'un pouce, très blanche. Armand vidait son sac, ses bras se resserraient peu à peu sur ses pokémons.

-Tu sais au moins ce que ça fait de travailler comme un forcené ? Tu sais au moins ce que ça fait d'avoir deux parents éleveurs ? Déjà que j'ai pas réussi ce foutu concours pour l'école la plus prestigieuse de Jadielle, il faut en plus que je me fasse battre par une gamine !

Il eut un reniflement bruyant, sa gorge s'encombra et sa voix se cassa en un millier de morceaux. Il avait tellement travaillé toute sa vie, ses parents attendaient tellement de lui, il avait tout donné pour qu'ils soient fiers de lui. Et cette fille s'était pointée dans sa vie. Lors de la réunion parents-professeurs, ses idiots d'enseignants n'avaient rien trouvé de mieux que de leur parler d'elle en la désignant comme la rivale de leur fils pour la première place. Et là, plus rien n'avait jamais été assez bien pour eux, les dix-huit qu'il leur rapportait ne prenaient de l'importance que s'ils savaient qu'il l'avait battue. Au final, ses parents avaient compris que leur fils ne la dépasserait jamais, et ils avaient abandonné la lutte. Mais pas lui. Il avait perdu cette lueur de fierté dans leur regard, il avait perdu son orgueil tout ça à cause d'elle.

Elle ne pouvait pas être douée partout, elle ne pouvait pas le battre sur tous les plans ! Mais il eut encore tort. Un jour, Samantha avait été s'inscrire à l'école dont il avait loupé le concours. Sa mère n'avait pas les moyens de lui payer des études là-bas, mais un nouveau prof, Akira Yuki, l'avait poussée à tester ses capacités dans ce test. Non content de le réussir, elle eut même les meilleures notes depuis une décennie. Il en avait eut assez, de cette peste avec ses grands airs. Comment pouvait-elle lui pourrir l'existence alors qu'elle était si frêle ? Si chétive ! Il avait toujours pensé qu'il pouvait la briser facilement, même si elle le battait sur le plan de l'intelligence, lui au moins il avait la force de la faire taire, de la faire déguerpir ! Il avait tout tenté pour la faire dégager, tout pour lui faire regretter de vivre dans sa ville ! Mais cette idiote s'obstinait, elle leur répétait qu'elle méritait ses notes, qu'elle travaillait bien plus qu'eux. Mais qu'est-ce qu'elle en savait, d'abord ? Même quand il lui avait cassé le bras, elle n'avait pas compris, elle s'entêtait. Maintenant c'était trop tard, il ne pouvait même plus l'effrayer avec ses poings.

Ses mâchoires se crispèrent et il rugit le fond de sa pensée :

-LE MONDE SE PORTERAIT BIEN MIEUX SI TU N'AVAIS JAMAIS EXISTE !

Et sur ce cri, il s'encourut vers la maison du vieil homme en s'excusant auprès de ses pokémons d'une telle humiliation. Samantha, stupéfaite, vit sa frayeur de gamine s'enfuir loin d'elle en camouflant ses larmes. Elle aurait dû être soulagée, elle aurait dû être fière d'avoir vaincu ses peurs idiotes, d'avoir enfin battu ce vantard, mais un goût amer lui encombrait la bouche.
Machinalement, tel un automate, elle félicita son Magicarpe pour son évolution, remercia ses Pokémon de l'avoir sauvée si courageusement, passa un peu d'eau sur sa lèvre enflée, et elle les fit tous rentrer dans leurs pokéballs. L'envie de s'entraîner s'était envolée, tout comme l'envie de faire des efforts. La dernière phrase d'Armand tournoyait sous son crâne avec l'aigreur d'un laxatif. La fatigue des derniers jours et l'ampleur des révélations récentes accentuèrent son malaise.

Elle se dirigea lentement vers la maison du vieil homme, elle aussi. Au croisement, là où elle avait été séparée d'Eléanore. Ses pas se pressèrent quand elle sentit son cœur se serrer. Non, elle n'allait pas pleurer comme une idiote toute seule, c'était trop pathétique, elle... Elle devait au moins rejoindre Eléanore.

Mais elle ne parvint jamais jusqu'à son amie. Quand elle arriva dans la clairière, elle vit Silver et Gold qui se faisaient face dans un petit combat amical, et quand ils se tournèrent vers elle pour la saluer, les barrières cédèrent. Comme un coureur exténué qui rencontre un obstacle sur la dernière ligne droite, ses forces s'écroulèrent, et elle fondit en larmes. Son honneur, sa fierté, tout cela parut dérisoire et joncha lamentablement l'herbe sèche, abandonnés.

Les deux adolescents paniquèrent en la voyant dans cet état. Ils délaissèrent leur match et s'approchèrent d'elle.

-Tu t'es fait mal ? Qu'est-ce qui se passe ? Il y a eut un accident ? S'inquiéta le roux, blême, complètement perdu face à ce genre d'évènement.

Il jeta un coup d'œil désespéré à son camarade brun, dépassé, mais lui aussi sembla tout à fait incapable de la réconforter. A leurs questions, elle ne répondait que par des hoquets dépourvus de sens, des plaintes et des gémissements presque inaudibles tant ils l'étouffaient.

Au final, Gold passa un bras autour du cou de Sam et la berça lentement sous les yeux soulagés de Silver. Les pleurs ne se calmaient pas, mais au moins elle savait qu'ils étaient là. Le Capumain du brun tenta même de la réconforter en séchant les perles qui coulaient sur son visage pâle.
Ils demeurèrent ainsi, désorientés, jusqu'à ce qu'Eléanore ne revienne et ne les trouve là. Elle eut à peine le temps de dire « ouf », Samantha s'extirpa de l'étreinte de Gold et se jeta dans ses bras. La gamine aux couettes fut prise au dépourvue pendant une seconde puis elle lui frictionna le dos en lui murmurant de se calmer, à la manière dont agissait sa mère quand elle était petite.
Les haut-le-cœur diminuèrent puis cessèrent peu à peu. Une petite voix s'éleva alors, si faible, si rompue, que seule sa camarade put l'entendre.

-Si je n'existais pas... Tu serais malheureuse, hein ? Toi au moins, tu serais malheureuse ! Je mérite d'exister !

Elle ne savait même pas pourquoi cette phrase lui avait fait si mal, elle ne savait même pas pourquoi cette simple phrase lui avait transpercé le cœur, mais elle avait fracassé ses croyances, elle avait touché au fin fond de ses craintes. Elle avait toujours fait tout ce qu'elle avait pu pour ne pas être un poids pour sa mère, elle avait toujours travaillé d'arrache-pied pour déranger le moins possible... Elle avait chamboulé la vie de l'infirmière de Jadielle, elle avait ruiné toutes ses chances d'avoir un mari et une vie normale, et elle avait été détestée par un nombre incalculable d'élèves. C'était vrai, si elle n'était jamais née, tout ce petit monde aurait vécu en paix, tout ce petit monde aurait été heureux. Même sa génitrice avait préféré l'abandonner plutôt que de l'élever, elle qui avant tous les autres, avait une raison d'aimer sa présence, cette petite vie à laquelle elle avait contribué... Mais même elle, elle aurait sûrement préféré qu'elle ne voie jamais le jour !

Eléa arqua un sourcil, abasourdie par cette question idiote et rétorqua :

-Bah techniquement, si tu n'existais pas, je ne serais pas malheureuse puisque je ne te connaîtrais pas !
Elle vit le visage de Sam se décomposer à cette plaisanterie, aussi elle se rattrapa immédiatement :
-Mais, je perdrais ma meilleure amie dans l'affaire, tu me manquerais cruellement !

Samantha baissa la tête et tenta de faire disparaître ces rougeurs sous ses yeux, de dissimuler les preuves de sa crise de larmes avec un haut-le-corps. Mais la douleur lui vrillait toujours la poitrine. Eléanore eut alors un sourire à son adresse et lança :

-De toute façon, tu es là, c'est trop tard pour y remédier ! Et moi je suis très heureuse de t'avoir à mes côtés. Comme Daniel, Lucas, Yuki, ta mère... Et même le renfrogné roux, là, et le brun dépressif, je suis sûre qu'ils t'aiment bien, eux aussi !

Les concernés maugréèrent un peu, mais ils hochèrent la tête.

Elle prit la main de Samantha et la tira vers la maison où on appelait à table. La brune séchait déjà ses yeux brillants, poussée par les garçons. Eléanore s'exclama alors :

-J'ai vu un Caninos trop mignon, tout à l'heure ! Il dormait comme une masse, je vais demander au vieux si je peux le capturer. Tu vas voir, je suis sûre qu'il t'appréciera autant que tes pokémons t'aiment !
-J'ai un Léviator, maintenant... Bafouilla Samantha.

Pitoyable, c'était tout ce qu'elle était capable de dire après une telle scène. Elle se reprocha automatiquement sa stupidité : même pas capable de remercier les autres de leurs attentions pour la consoler. Finalement, sa fierté restait bien accrochée à elle.
Pourtant, Eléanore ne s'en formalisa pas, riant gentiment, et tandis que les deux garçons la félicitaient, elle déclara :

-Beurk, n'approche pas cet immonde serpent de mer de moi !

Samantha ne put retenir un rire clair et elle constata une chose, une chose qui la terrifia intérieurement : Eléanore était devenue une pièce maîtresse dans l'échiquier géant représentant son monde, une pièce indispensable pour la victoire.

Elle se demanda depuis quand elles étaient devenues si proches.