Pikachu
Pokébip Pokédex Espace Membre Forum
Inscription

Banji wa Yume de Ai-no-Melody



Retour à la liste des chapitres

Informations

» Auteur : Ai-no-Melody - Voir le profil
» Créé le 08/03/2009 à 12:21
» Dernière mise à jour le 08/03/2009 à 12:21

» Mots-clés :   One-shot

Si vous trouvez un contenu choquant cliquez ici :


Largeur      
Banji wa Yume
J'ai chaud.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu chaud ainsi. J'avais beau être un Pokémon feu, je me sentais mal, comme gelée, glacée, pétrifiée. J'étais un zombie. Je me sentais mal depuis que mon Dresseur a disparu, et cela empirait. Je me sentais mal… Le froid n'améliorait rien.

J'étais plus morte que vive…

J'avais peur.

Peur de ce que je pourrais apprendre, peur de ce qui avait pu lui arriver, peur de mourir sans l'avoir revu. Peur.

J'avais froid.

Mon corps était froid, couvert de neige, trempé. Mais mon cœur était bien plus froid, meurtri, blessé… J'avais froid. Très froid.

J'avais faim.

Faim de nourriture convenable, de repas équilibré, de repas avec lui. Mais pas seulement. J'avais aussi faim de sourire, de jeux, d'amitié. J'avais faim. Très faim.

Je vivais dans la rue. Cet endroit si dangereux, si cruel, semblait être destiné à être mon royaume. Et pourtant, moi, je ne faisais rien que survivre à grand-peine, attendant son retour, me nourrissant des restes des humains. Les humains, les semblables de mon maître, les Dresseurs… De bien piètres Dresseurs, je dois dire. Avant-hier, l'un des leurs a encore tenté de me capturer, comme si j'allais me laisser faire. De plus, même affaibli, je reste le Pokémon d'un Dresseur, donc incapturable. Idiots d'humains…

Il m'avait dit de l'attendre, de ne pas bouger, d'être patient. Il allait revenir très vite. Très vite. Il devait faire un long voyage pour retrouver un ami, quelqu'un que j'aimerais sûrement. Nous deviendrons tous les trois amis. Et nous resterions ensemble. Il avait promis. Puis il avait posé sa main sur ma tête, et avait dit : « Nous resterons amis. »

Il était parti.

J'étais restée.

Le froid de l'hiver m'empêchait d'utiliser mon pouvoir pour me réchauffer. J'étais faible, et sans doute près de la mort, et pourtant, je continuais de l'attendre… Comme le Pokémon obéissant que j'étais, j'attendais le retour de mon maître. Mes problèmes étaient secondaires. Je ne devais pas y penser. Même si la neige me gelait les membres. Même si je devais être plus blanc que rouge et or à présent…

Quand j'avais trop faim, je dormais pour ne plus y penser. Pas question d'implorer la pitié des humains. Pas question de supporter leurs regards de pitié, leurs caresses, leurs sourires généreux. Pas question d'aller dans un chenil pour finir par me faire piquer, comme un vieux Pokémon trop faible. J'étais bien trop fière pour cela. Même à bout de forces, je continuais de rester sauvage et farouche, une flamme insaisissable, intraitable et imbattable…

Car personne ne pouvait me vaincre. Même les Démolosses fuyaient mon regard, eux pourtant si courageux et puissants. Dans le monde de la rue, j'étais respectée. Les petits m'évitaient. Les grands se soumettaient. Ils ne se battaient jamais contre moi, alors que j'étais tellement affaiblie. Comme s'ils respectaient ma dignité déchue. Où alors, ils me craignaient encore vraiment. Je n'en sais rien…

J'avoue que cela m'est totalement égal…

En quelques temps, je m'étais taillé une réputation totalement erronée chez les humains, celle d'une tueuse. D'une pyromane. D'un Pokémon mauvais et dangereux. D'un Pokémon à abattre.

Pourtant, je ne faisais qu'attendre mon maître. Est-ce si mal que ça ? J'aimerai savoir pourquoi les hommes ont toujours besoin d'un bouc émissaire, d'une personne à haïr, d'une bête à tuer. Ils cherchent le conflit, ils veulent détruire ceux qui sont différents d'eux.

Pourquoi ?

Ai-je vraiment fait quelque chose de mal ?

Et moi, je suis là, à attendre. A l'attendre. Lui. Ma vie.

Je dormais inconfortablement sur un couvercle de poubelle, les bras refermés sur mes genoux, cherchant à créer une chaleur inexistante, quand c'est arrivé.

Soudainement, le vent s'était levé. C'était il y a quelques heures à peine, et pourtant, cela me semble désormais très loin, si loin… Avec le vent, le blizzard était arrivé. Mon souffle créait des volutes de fumée qui s'élevaient dans l'air…

Je sentais une odeur hostile. Une odeur humaine. Les hommes arrivaient. Et ils ne me voulaient pas du bien. Pourquoi ? Je me suis relevée, les bras ballants, hésitante, pour la première fois de ma vie.

« Elle n'est plus très loin ! »
« Ce fichu Pokémon va enfin mourir ! »
« De toute façon, vu sa puissance, elle ne peut être qu'une envoyée du Démon ! »

Un groupe d'hommes mauvais, guidés par un prêtre rondouillard.

Seule contre tous, quelles étaient mes chances ?

J'ai fui. Je n'aurai pas dû, je sais, mais j'ai fui. J'ai fui la ville, j'ai fui l'endroit où il avait disparu, j'ai fui ma vie. J'étais comme déjà morte. J'ai couru jusque dans la forêt, cherchant à dissimuler mes traces, évitant comme je pouvais les grandes allées. Je ne pleurais pas. Les Pokémon ne peuvent pleurer. Par contre, j'ai appelé. Dans le silence de ma tête, j'ai appelé mon Dresseur de toutes mes forces. En vain. J'ai sauté, couru, esquivé, jusqu'à arriver sur la falaise.

Elle était toute blanche, comme si on avait posé un manteau de soie immaculé dessus. Je trouvais ça magnifique.

Les hommes sont arrivés. Ils tenaient des fourches, des piques, des couteaux. Ils voulaient me tuer. Pourquoi ?

Je me suis mise en garde. Mon feu intérieur était peut-être faible, mais je me battrais. Même si je n'avais aucune chance contre des humains, surtout des humains enragés.

J'ai attaqué. Mes coups de pied dit dévastateurs eurent tout de même un certain effet sur le meneur, un gros plein de soupe gras et flasque, le prêtre de tout-à-l'heure. L'humain type. L'imbécile.

Bouger me réchauffait un peu. Cela ranimait ma flamme intérieure. Je devais être assez en forme pour faire une belle attaque déflagration. Je me concentrai, puis leur envoyai mon attaque.
L'un des hommes tomba, se tenant le visage, sans doute gravement brûlé. Les autres reculèrent, effrayés. Tant mieux. Craignez-moi, humains. Je suis dangereuse.

« Il faut la calmer ! »
« Tuez là ! »
« Cette Brasegali est une fille du démon ! »

Je suis dangereuse.

Aussi dangereuse qu'une louve veillant sur ses enfants.

Aussi dangereuse qu'une arme nucléaire pointée sur un endroit du monde et prête à faire feu.

Aussi dangereuse qu'un incendie.

Je suis l'incendie. Je suis le feu. Je vous brûlerai tous, humains… Vous allez tous rôtir en enfer…

L'enfer du feu.

Même si j'ai froid…

Les hommes se reprirent, m'approchèrent. Je ne reculai pas, les attaquais, mais en vain. J'avais froid, j'avais faim, je fatiguais. Je reculais. Ils pointèrent leurs armes sur moi, menaçants. Je reculai encore, leur envoyai une Déflagration plutôt efficace. A chacune de mes expirations, de la vapeur blanche s'échappait de mon bec. La neige continuait de tomber.

Froide.

Drue.

Douce.

Je reculais encore, glissais, tombais en arrière. Je tombais, non, je suis tombée de la falaise. Je voyais le ciel blanc au dessus de moi. C'était magnifique.
Et je tombais encore, plus vite, plus bas, je tourbillonnais comme un flocon de neige. Désolée, cher Dresseur, j'ai perdu. Je n'ai pas réussi à t'attendre. Je suis désolée…
Je tombais…

J'ai heurté brutalement le sol.

Ma tête a rebondit, puis a commencé à saigner. Mon corps ne répondait plus… Voilà où j'en suis.

Je vois encore les flocons de neige… Même si ma vision se brouille, je les vois…

Cher Dresseur… Merci pour tout… Et je te pardonne… De m'avoir abandonnée…

Merci pour tout…

J'ai chaud, à présent… Comme jamais auparavant… Je me sens bien. Vraiment bien.

Je m'élève, comme un flocon de neige…

Banji wa yume… Tout n'est que rêve…