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Vrac
J'ai décidé de rassembler ici différents textes publiés sur le blog que j'ai supprimé par la suite. Seuls LunElf, MissDibule et Lief97 viendront lire cet article, et cela me fera grand plaisir.

Et si on achetait la licence Pokémon ?
Tout est dans le titre, amorçons une révolution économique et culturelle !
Spoiler
Rectifions tout de suite le tir, car le titre de ce texte est mensonger. La question pertinente serait plutôt « Pourrait-on acheter la licence Pokémon ? », suivie d'une dizaine d'interrogations sur les répercutions en cas d'achat. Et pour que ce soit clair, le « on » désigne les fans de la série.

Avant de commencer à répondre, faisons preuve de bon sens. Pourquoi vouloir acquérir une des licences les plus lucratives de l'industrie vidéoludique ?
Aussi étrange que cela puisse paraître au regard des théories économiques, ce ne serait pas pour l'argent. Les fans sont motivés par d'autres raisons. Comme vouloir corriger la politique de la licence.
Quid de la situation ?

Déjà, il convient de rappeler l'écart entre la communauté réelle et le public visé. La majorité des fans de Pokémon a plus de dix-huit ans, or la licence continue de se traîner une réputation de jeu pour enfants, en partie à cause des efforts déployés par Game Freak pour maintenir cet état de fait. Il n'y a qu'à regarder la vidéo de célébration des vingt ans de Pokémon pour en être persuadé.

En plus de négliger une partie importante de sa communauté, Game Freak néglige également l'aspect stratégique de son jeu, qui constitue pourtant une des plus solides bases de l'univers Pokémon. Ce sont les fans qui gèrent l'essentiel de la compétition, que ce soit l'équilibre des tiers stratégiques ou l'organisation de tournois.

Dans le même ordre d'idée, les fans ne sont pas incorporés au processus de création. Avec une communauté aussi riche, c'est assez décevant. Prenons l'exemple de Capcom, qui offre l'opportunité à ses joueurs de créer le design d'une arme pour Monster Hunter, par le biais de concours. Game Freak gagnerait sûrement à organiser des événements similaires.
Quant aux fangames, ils sont systématiquement interdits à cause du copyright, ce qui est parfaitement compréhensible, quoiqu'un peu rageant pour les fans que nous sommes.

Enfin, les idées des concepteurs du jeu ont de plus en plus tendance à être rejetées par une partie de la communauté. Au-delà du design (et de l'inutilité) de certains Pokémon qui peut être critiqué, c'est la volonté d'apporter du neuf à chaque génération qui semble s'essouffler.
En sixième génération, les méga-évolutions n'ont pas convaincu les puristes. On conviendra toutefois que cette mécanique inédite a bouleversé le metagame et permis à quelques Pokémon de tirer leur épingle du jeu.
Ce sont plutôt les nouveautés de la septième génération qui sont ici en cause. Que ce soit les Ultra-Chimères, les Attaques Z, les Épreuves, la Place Festival, le Scanner QR, le MotismaDex, la Monture Dracaufeu, les mini-quêtes mondiales ou même la pêche, toutes les nouvelles fonctionnalités ont subi au moins une critique, et parfois des mois avant la sortie de Sun/Moon.

Donc, pour clore cet exposé, une forme de déception généralisée pourrait conduire les fans à vouloir racheter la licence Pokémon. Cela ne se ferait pas aujourd'hui, bien entendu, mais d'ici trois ans, par exemple, dans l'éventualité où le jeu prévu sur Switch soit un ratage et que la huitième génération connaisse un très mauvais lancement.
En partant de ce postulat, on peut alors se demander : « et si on achetait Pokémon ? »

Concrètement, serait-ce faisable ? Avec une communauté soudée et active sur Internet, on peut imaginer une réponse positive.
Supposons que ce groupe de fans motivés s'élève à quarante millions d'individus (soit un tiers des utilisateurs de Pokémon Go actifs en Avril 2017) répartis un peu partout sur la planète et que chacun d'entre eux apporte la somme de cent euros, on obtiendrait quatre milliards d'euros pour racheter Pokémon.
À titre de comparaison, Disney a racheté Star Wars pour quatre virgule cinq milliards de dollars, on se trouve donc dans un ordre de chiffre convenable pour un tel achat.

Rassembler une somme aussi énorme devrait prendre environ une année et nécessiter une solide organisation. Pour motiver les fans à faire ces dons, diverses méthodes pourraient être mises en place, par exemple en incitant les fumeurs à réduire leur consommation de tabac et en versant le prix des paquets non achetés à la cagnotte.
Le boycott des jeux et autres produits Pokémon serait également une bonne façon d'économiser de l'argent, à joindre aux autres dons, tout en faisant baisser la valeur de la licence et ainsi faciliter son acquisition.
Par contre, il faudrait veiller à ce qu'aucune entreprise ne participe au rachat de Pokémon. De même, le don maximum par personne ne dépasserait pas mille euros. Ces deux restrictions serviraient à éviter toute corruption du projet dans sa phase suivante.

Bien entendu, les réseaux sociaux et autres médias se jetteraient sur une idée aussi folle que celle-ci, lui assurant gratuitement une publicité plus que nécessaire à sa réussite.

Il va de soi que la possibilité pour qu'une telle initiative soit lancée, acceptée et atteigne ses objectifs frise zéro pourcent.
Autant il est plausible d'imaginer l'indignation d'une partie des fans suite à des ratages consécutifs de la part de Game Freak, autant parvenir à racheter sa licence fort lucrative relève de la fiction pure et simple.

Mais soyons fous. Faisons comme si des millions de fans avaient réussi à acheter Pokémon. Quelles en seraient les conséquences ?
On se retrouverait alors avec un produit culturel à forte valeur lucrative détenu par quarante millions investisseurs très créatifs et prêts à le développer sur leur temps libre.
Pour éviter tout problème, une organisation solide devrait être mise en place très rapidement.

Puisque plusieurs millions de personnes ne peuvent pas discuter en même temps, il faudrait créer un réseau avec les sites spécialisés et fréquentés – comme Pokébip – pour rassembler les avis et projets de groupe réduits de fans. Les sites anglophones seraient privilégiés, car touchant un plus large public.
Malgré cela, chaque voix compterait.

Parmi les priorités, il faudrait établir une liste de critères pour déterminer ce qui fait un Pokémon, car une flopée de fakemon ne tarderait pas à exiger le statut de Pokémon. La crainte de dépasser les mille créatures, propre à Game Freak, ne serait plus qu'un lointain souvenir. Il y a fort à parier qu'on attendrait les quatre mille au cours du premier mois. Les choses se calmeraient ensuite.

Le sujet le plus épineux resterait les évolitions. Parvenir à mettre d'accord tout le monde sur les dix types inexploités pourrait s'avérer impossible. Les formes régionales, les méga-évolutions et le retypage se trouveraient également parmi les cas difficiles.
Tout changement dans la table des types serait précédé d'une multitude de débats animés. Mais cela ne durerait qu'un temps.

Les fans pourraient être tentés de repenser le canon en y supprimant toutes les incohérences accumulées jusque-là. En se basant soit les jeux, soit les animés, ils définiraient un nouveau canon que chacun enrichirait en créant des régions, des Pokémon, des personnages, une chronologie détaillée, des écosystèmes...

Pour ne pas brider l'imagination fertile des fans, on distinguerait une multitude d'univers parallèles officiels pour toutes les histoires ne s'accordant pas avec le canon.

Les fangames et fanfictions deviendraient alors des jeux vidéo et des romans à part entière, dont une partie des revenus seraient reversés à la communauté afin de pouvoir réaliser des projets de plus en plus ambitieux. Sans impératifs de temps et avec des moyens humains aussi colossaux, ces jeux jouiraient sûrement d'une qualité inégalée.

C'est beau de rêver, n'est-ce pas ?

Les trois petits Gruikui
Adaptation flagéloïde du conte Les trois petits cochons avec une morale édifiante à la fin.
Spoiler
Il était une fois, trois petits Gruikui qui quittèrent le foyer familial pour enfin vivre leur vie. Il se séparèrent à un croisement où chacun emprunta une route différente.

Le premier Gruikui rencontra un Fermier qui portait dans son dos une grosse botte de paille. Le petit Pokémon lui demanda poliment s'il pouvait avoir un peu de sa paille pour se bâtir un abri. Le Fermier accepta de bon cœur.
Il fallut à peine une heure au premier Gruikui pour terminer son travail, puis il passa le reste de la journée à jouer.

Le deuxième Gruikui rencontra sur son chemin un Saltimbanque qui portait avec lui des fagots de bois. Le petit Pokémon lui demanda gentiment s'il pouvait avoir un peu de son bois pour se bâtir un gîte. Le Saltimbanque accepta sans sourciller.
Trois heures furent nécessaires au deuxième Gruikui pour terminer son travail, ce qui lui valu d'évoluer en Grotichon. Puis il passa le reste de la journée à jouer.

Le troisième Gruikui rencontra sur son chemin un Ouvrier qui poussait une brouette pleine de brique. Le petit Pokémon lui demanda humblement s'il pouvait avoir un peu de ses briques pour se bâtir une demeure. L'ouvrier accepta avec un sourire.
Le Pokémon ne termina son travail qu'au début de la nuit, sans avoir pu jouer de la journée, mais les efforts déployés dans son entreprise le transformèrent en Roitiflam.

Un beau jour, le Grand Méchant Lougaroc vint frapper à la porte du premier Pokémon en criant :

- Petit Gruikui, laisse-moi entrer !
- Non, par ma queue en tire-bouchon, il n'en est pas question !
- Alors, je vais souffler, souffler !

Le Lougaroc souffla tant et si bien que la maisonnette de paille s'envola. Il se jeta ensuite sur le Gruikui et le dévora.

Le lendemain, le Grand Méchant Lougaroc alla frapper à la porte du deuxième Pokémon en beuglant :

- Mignon Grotichon, laisse-moi entrer !
- Non, par mon petit groin marron, il n'en est pas question !
- Alors, je vais souffler, souffler !

Le Lougaroc souffla tant et si bien que la maison en bois s'envola. Il se jeta ensuite sur le Grotichon et le dévora.

Le surlendemain, le Grand Méchant Lougaroc frappa à la porte du troisième Pokémon en hurlant :

- Dodu Roitiflam, laisse-moi entrer !

Le Roitiflam sortit de chez lui et allongea un bon Martopoing des familles dans le coin de la gueule du Lougaroc qui trépassa sur le coup.


Moralité de l'histoire : faut pas faire chier Roitiflam !

Bonne nuit !

Pokémon : mon interprétation
Le seul truc intelligent que j'ai pu écrire sur ce site.
Spoiler
Ce temps passé à écrire des fics – et donc à questionner le matériau de base – m'a permis d'affiner ma réflexion sur l'univers Pokémon. Je me permets de la détailler ici, avec l'espoir de pouvoir la confronter à votre propres conceptions.
Notez bien que je ne me base que sur les jeux principaux de la licence.

Globalement, tous les jeux Pokémon traitent du passage de l'enfance à l'âge adulte. Ce que je dis est d'une banalité affligeante, mais j'ai l'impression que de nombreux joueurs n'en ont pas vraiment conscience ou s'en moquent.

Sur le fond, le scenario reste le même d'un jeu à l'autre, le voyage initiatique d'un jeune dresseur parti à la conquête des badges d'arène. J'en viens d'ailleurs à me demander si ce n'est pas une force, plus qu'une faiblesse, mais là n'est pas la question.
J'aurais tendance à rapprocher ceci des rites de passage à l'âge adulte, tels qu'ils existaient dans l'Antiquité, où les jeunes devaient vivre hors de la Cité durant une lune et en revenir une fois devenu adulte. C'est un peu le même principe dans Pokémon, aucun élément scénaristique ne nous force à revenir au domicile familial avant d'avoir vaincu le Maître de la Ligue. Certes, le protagoniste est amené à affronter son père à Hoenn et à rencontrer sa mère dans un hall de concours à Sinnoh, mais jamais à revenir au foyer une fois l'aventure lancée.

La principale activité du dresseur durant toute l'aventure va être de capturer des Pokémon. Ces petites bêtes – pas forcément petites d'ailleurs – symbolisent au mieux cette métaphore du passage à l'âge adulte, puisque leur faculté d'évoluer, donc de grandir, est véritablement au centre du gameplay.
À ce niveau, j'aurais tendance à m'opposer à la vision, récurrente dans les fics, de pauvres créatures innocentes braconnées sans raison par des dresseurs cruels, et ce pour deux raisons.
La première tient à la mécanique même de la capture, on ne peut pas attraper de Pokémon mis K.O, ce qui semble stupide quand on y pense, ce serait tellement plus simple de choper une bestiole inconsciente (le sommeil n'étant pas ici un état d’inconscience, car il est possible d'utiliser les attaques Ronflement et Blabla Dodo). On partira ainsi du principe que le Pokémon sauvage teste la volonté du dresseur pour déterminer si cela vaut la peine de le suivre dans son aventure ou non. Si c'est le cas, le Pokémon se laissera capturer, sinon il s'échappera de la Pokéball et s'enfuira.
L'autre raison, c'est que l'on trouve assez peu de Pokémon totalement évolué à l'état sauvage. Le S.O.S Battle permet parfois d'invoquer des Pokémon à leur dernier stade, mais ceci demeure une spécialité d'Alola pour le moment. Et même, il existe peu de créatures sauvages au-delà du niveau 60. Le fait est que, à moins de se lier avec un dresseur, un Pokémon ne pourra que très rarement atteindre son plein potentiel tout seul. Autrement dit, atteindre l'âge adulte par ses propres moyens.
Notez que le combat est perçu ici comme un moyen sain de canaliser sa force et ses pulsions. Le fait de grandir passe aussi par une maîtrise de soi.

Via la capture de Pokémon, le jeune dresseur va appréhender le monde dans lequel il vit. La complétion du Pokédex transforme d'ailleurs la capture en quête de la connaissance.
J'observe ici quelque chose de similaire au mythe d'Héraclès, qui se voit imposé douze travaux surhumains pour expier le meurtre de sa femme et de ses enfants. Ses premières tâches se déroulent en Grèce et consistent à tuer des monstres (lion, hydre), puis il s'éloigne peu à peu géographiquement, tandis que ses travaux l'amènent à chasser des animaux sauvages (biche, sanglier, oiseaux), puis domestiqués (taureau, juments) pour enfin, alors qu'il voyage aux confins du monde connu, attraper des créatures liées à un mode de vie sédentaire (troupeau, pomme, chien).
On peut interpréter le mythe d'Héraclès comme une métaphore de l'humanité qui agrandit son territoire tout en se civilisant. Dans Pokémon, il y a quelque chose de semblable, le fait de grandir et de s'enrichir intellectuellement vont de pair avec une exploration plus poussée de la région. Pour faire simple, on a le schéma suivant :

Exploration > capture/évolution > victoire sur le champion > CS > exploration

Ceci jusqu'à ce que la région soit entièrement "domestiquée" par le protagoniste. Celui-ci a alors accès à une multitude de créatures complémentaires, capables de l'aider à remporter ses combats dans toutes les situations.

D'ailleurs, le combat contre le champion est un pallier, une sorte d'évolution intermédiaire pour le dresseur, la preuve qu'il avance sur le chemin vers l'âge adulte. Ce qui est témoigné par une augmentation de l'obéissance des Pokémon et par la possibilité d'atteindre des lieux inaccessibles, grâce aux Capsules Secrètes ou à l'Appel Monture. En gros, une meilleure maîtrise de ses propres capacités et de sa faculté à apprivoiser le monde qui l'entoure.
Certains champions ont un rôle plus marqué dans le mûrissement du dresseur, je pense notamment à Giovanni, puisqu'il s'agit de l'antagoniste principal de la première génération, mais également à Norman, père du protagoniste, à Blue et Tcheren, anciens prétendants au titre de Maître, et aussi Tanguy, qui peut être perçu comme une projection d'un futur possible du dresseur, devenu imbattable et rongé par l'ennui.

Les Teams occupent également une place importante dans le scenario des jeux. Leur rôle me semble vraiment capital dans le développement du dresseur. Comme je le faisais remarquer à MissDibule il y a quelques temps, on ne trouve pas un seul enfant dans les Teams, même Gladio ne fait pas vraiment partie de la Team Skull. Aussi imbuvable puisse être le rival, je doute que Game Freak en fasse un jour un membre de Team.
J’interprète la chose de cette façon : les Teams représentent les mauvais aspects du monde adulte (tout l'inverse du Professeur Pokémon, personnage qui mériterait également une analyse poussée). Que ce soit par cupidité (Giovanni, Ghetis), par perversion de leurs idéaux (Max, Arthur, Lysandre) ou faute d'avoir trouvé leur place en ce monde (Hélio, Guzma), chaque boss a fini par se détourner de la voie de la moralité.
De ce fait, aucun enfant/adolescent ne peut faire partie des antagonistes, car ils n'ont pas encore eu le temps de faire les erreurs de leurs aînés.

Quand je dis que Pokémon est une métaphore du passage à l'âge adulte, j'entends un adulte au sens "philosophique" du terme : un individu moral (sans connotation religieuse), contrôlant ses passions, respectueux de son prochain. Pour y parvenir, le dresseur doit d'abord côtoyer les aspects les plus sombres de l'humanité, les refuser et enfin les défaire. C'est ce qu'il se passe dans les jeux lors des différentes rencontres avec la Team ennemie.
On reproche souvent à Pokémon de ne pas être assez sombre (pff...). Il est vrai que la violence n'est jamais montrée, que les personnages ont plutôt tendance à être altruistes et prévenants, à l'exception des méchants, et que l'ambiance reste bon enfant, même lorsqu'un catastrophe est sur le point de détruire le monde. Et alors ?
Pour moi, l'univers de Pokémon se rapproche un peu de celui de Star Trek. Je le perçois comme un futur positif, mais pas non plus utopique, dans lequel les sociétés humaines ont réussi à surmonter certains de leurs vices et de leurs préjugés. À ce titre, Pokémon ne montre pas le monde tel qu'il est, mais tel qu'il pourrait être si chacun prenait le soin de grandir. C'est ce message qu'incarne la génération du protagoniste, en opposition avec la génération adulte de la Team antagoniste.
Le plus souvent, le dresseur parvient à convaincre le boss adverse qu'il s'est égaré sur la mauvaise voie. Giovanni voit ses convictions ébranlées, Arthur et Max s'allient pour stopper le(s) légendaire(s) incontrôlable(s) et Lysandre détruit l'Arme Suprême. Le cas de N est encore plus marquant, puisqu'il s'agit d'un jeune adulte manipulé dans sa foi en un monde meilleur. Les différents affrontements avec le héros vont le transformer au point d'être capable de s'opposer à Ghetis, son père adoptif.

Sauf en cinquième génération, le combat contre le Maître de la Ligue marque la fin de l'aventure. Avant cette épreuve finale, le dresseur devra d'abord arriver au bout de la Route Victoire, où s'affrontent les vétérans du combat Pokémon, puis vaincre le Conseil 4.
D'une version à une autre, le Maître de la Ligue ne sera pas toujours satisfaisant dans son rôle. Pierre Rochard et Cynthia font office de mentors assistant le dresseur dans les moments-clé de l'aventure, les surpasser donne du sens au combat final. C'est déjà moins le cas pour Goyah, Maître vieillissant qui sert plutôt de guide à Tcheren. Quant aux autres, ils font surtout de la figuration, sauf...
Sauf Euphorbe. Je ne vais pas le cacher, je trouve que le prof décontracté de la septième génération est un des personnages les mieux écrits de la licence. Il ne pouvait y avoir de meilleur adversaire pour le dernier combat de Soleil/Lune. Euphorbe est avant tout un dresseur, comme le protagoniste. Il a tenté sa chance contre le Ligue Indigo et en a bavé. De son expérience, il en a tiré des leçons importantes – il n'existe pas de capacité ultime, à chacun de savoir quelle attaque utiliser en fonction de la situation – et un rêve : bâtir une Ligue à Alola pour faire connaître sa région au monde entier.
Euphorbe est, à l'instar de Tanguy, une projection d'un futur possible du dresseur. Le fait même de le combattre à cet instant participe à la réalisation de son rêve. En créant une Ligue, il accorde aux générations suivantes la chance de pouvoir grandir, puisque le combat contre le Maître est, de façon métaphorique, la dernière épreuve dans ce rite de passage à l'âge adulte.

À ceci, il faut ajouter une réflexion sur la forme. N'en déplaise aux rageux, Pokémon, c'est pour les gamins !
Ou, pour ne pas se vautrer dans le polémique, Pokémon, ça parle à la part d'enfance de chacun d'entre nous en utilisant un langage enfantin. Celui du jeu est assez évident, notamment à travers la table des types qui oscille entre le janken et certaines règles idiotes que seul un enfant peut s'imposer (pourquoi les types Insecte et Combat se résistent-ils mutuellement ?).
De même, j'aurais tendance à dire qu'une des raisons pour lesquelles il est aussi plaisant d'écrire des fics Pokémon vient de la relative pauvreté de l'univers. Ou plutôt de son manque de profondeur. Pokémon ressemble à un cahier à colorier, les dessins sont faits, mais c'est à nous d'apporter la couleur.
En fait, les jeux Pokémon brassent un multitude de thèmes qui ne sont abordés qu'en surface, incarnés par quelques Pokémon. En vrac :
- la mort (le type Spectre)
- la pollution (Smogo, Tadmorv, Miamiasme)
- le folklore (le type Dragon, le type Fée)
- les dérives de la science (Mewtwo, Porygon-Z, Genesect)
- la religion (Arceus)
- la radioactivité (tous les Pokémon évoluant à l'aide d'une pierre)
- l'animisme (Balbuto, Archéomire, Monorpale)
- la vie sur d'autres planètes (Mélofée, Deoxys, Neitram)
- les écosystèmes (Remoraid-Démanta, Seviper-Mangriff)
- les arts (Queulorior, Meloetta, Oratoria)
- l'archéologie (les fossiles, Tutankafer)
- l'astronomie (Cresselia, Darkrai)
- les comportements sexués (Malamandre, Séduction, Rivalité)
- les illusions (Voltorbe, Trompignon, Zoroark)
- la théorie de l'évolution (la plupart des Pokémon)
- ...

Je pars du principe qu'un enfant appréhende très tôt des notions comme la mort ou le sexe, mais pas dans leur globalité, c'est pourquoi la violence n'est pas montrée dans Pokémon, mais elle existe. À condition d'être attentif à certaines descriptions du Pokédex, on se rendra rapidement compte à quel point l'univers Pokémon est déjà sombre et torturé, bien que façon subtile.
Pour le reste, le Pokédex montre également son côté enfantin de par ses exagérations dans les descriptions de certains Pokémon (vous avez dit Camérupt ?). Le fait est que la licence présente certains concepts et réalités dans un langage d'enfant, sous forme de petits monstres colorés, un peu comme The Binding of Isaac, le côté trash en moins.

Donc, s'il y avait un message caché dans les jeux Pokémon, je le résumerais ainsi :
« C'est cool de grandir, l'avenir vous réserve de belles choses, mais pour le moment, jouez ! »

Du coup, vous vous apercevez peut-être à quel point l'animé est une très mauvaise adaptation des jeux.
Cela fait vingt ans que Sacha reste le même dresseur débutant, incapable de grandir, ce qui s'illustre à merveille dans son Pokémon fétiche, Pikachu. La souris électrique refuse obstinément d'évoluer en Raichu, son choix de rester dans l'enfance datant du tout début de l'animé et dessert grandement le message des jeux, du moins tel que je l'interprète.
Je pense que Pokémon aurait dû faire comme Digimon, garder les mêmes héros pendant quelques saisons, puis changer pour une équipe plus jeune, permettant aux autres de mûrir. Le voyage de Sacha aurait pu se finir à Johto, avec un combat contre Peter durant lequel Pikachu aurait évolué pour permettre la victoire à son dresseur. Par la suite, un Sacha plus vieux aurait pu apporter son soutien ponctuel aux jeunes dresseurs prenant sa relève.

Voilà, je suis content d'avoir enfin pu écrire quelque chose d'intelligent sur Pokémon ! Ce pavé est probablement décousu, je m'en excuse, en espérant que sa lecture a quand même été agréable.

Laisse béton
Parodie de la chanson de Renaud, je ne me suis pas trop foulé sur la fin.
Spoiler
J'étais tranquille, j'étais pénard
J'zonais sur la route sept
Lorsque surgit un gros Loubard
Chevauchant sa p'tite mobylette
Il a maté mon Roucarnage
Et commencé son bavardage

Ton piaf, ma gueule
Il a de la gueule
Il rendrait bien sur ma moto
J'te l'prends, t'es ok mon poto ?
Et si tu te fous de mes rimes
J't'exploserai tes genoux en prime
Allez, aboule ton Pokémon

Moi je lui dis, laisse béton

Y m'a filé une beigne
Je lui ai filé torgnole
Y m'a filé une châtaigne
Et piqué ma bestiole

J'étais tranquille, j'me la jouais cool
Posé à l'infirmerie
Devinez qui c'est qui déboule ?
Le duo d'choc, James et Jessie
Et y sont approchés de moi
Et y m'ont regardé comme ça

Ton Bouldeneu, le bleu
L'est pas dégueu
Nous on s'coltine tous les boulets
T'as pas envie d'nous l'échanger ?
Ça f'ra tant plaisir à notre boss
Viens voir dehors qu'on te boloss
Les Rockets aiment ça la baston

Moi je leur dis, laisse béton

Y m'ont filé une beigne
Je leur filé des mandales
Y m'ont filé une châtaigne
Et pris mon végétal

J'étais tranquille, j'étais peinard
Je r'faisais mon stock de potions
Le gosse est entré dans le bazar
Avec son short et ses haillons
Vers moi il a traîné sa bouille
Il a dû croire qu'j'avais la trouille

Chuis vénère, pater
J'ai pas d'starter
Tu m'as pris pour Gamin Farouk
Dresseur de Rattata, ce plouc ?
J'veux être un as de la capture
Alors file-moi ta créature
Et puis j'te boxe si tu dis non

Moi je lui dis, laisse béton

Y m'a filé une beigne
Je lui ai placé un combo
Y m'a filé une châtaigne
Et piqué Sablaireau

La morale de c'te pauvre histoire
C'est qu'même si t'es tranquille et pénard
La vie de dresseur c'est un peu raide
À moins de t'appeler Gold ou Red
Quand à la fin d'une chanson
Tu t'retrouves qu'avec Chenipotte
Faut avoir de l'imagination
Pour trouver une chute rigolote

Sept questions
Questionnaire improbable pour vous aider (ou pas) à développer vos personnages. Répondre à la première question est impossible.
Spoiler
1) Suite à une expérience introspective hallucinogène, votre personnage se retrouve dans un appartement qui représente sa personnalité de façon métaphorique. Décrivez les lieux.

2) Votre personnage se réveille nu(e) dans une ville en ruines. Quelle est la première pensée à lui traverser l'esprit ?

3) Alors qu'il/elle attend à un arrêt de bus (ou à tout endroit où l'on est susceptible d'attendre), votre personnage rencontre l'Ange de la Mort et, passée une première frayeur, décide d'entamer la discussion. Comment l'aborde-t-il/elle ?

4) Victime d'un mauvais sort, votre personnage est transformé(e) en Pokémon. Formez pour lui/elle un set de 4 attaques correspondant à son caractère parmi les capacités suivantes : Abri, Casse-brique, Coup bas, Damoclès, Danse-plume, Frustration, Hâte, Picots, Provoc, Trempette, Vampigraine, Vive-attaque.

5) Votre personnage désire le dernier Binder Kueno. Hélas, une pimpante trentenaire l'a vu en premier et s'apprête à le dérober. Comment votre personnage s'y prend-il/elle pour récupérer le Binder Kueno tant convoité ?

6) Par un beau jour de printemps, votre personnage passe devant un immeuble portant sur sa façade ce tag incomplet : "L'important dans la vie, c'est...". Pour une raison X ou Y, votre personnage possède une bombe de peinture dans sa poche. Termine-t-il/elle la phrase ? Si oui, de quelle manière ?

7) Une entité démoniaque voleuse d'âme surgit soudain devant votre personnage. Celui-ci/Celle-ci se voit contraint(e) de sauver sa vie dans une partie de pierre-feuille-ciseaux en une manche. Quel signe joue-t-il/elle ?

Conseils aux auteurs de fic
À prendre au second degré, bien entendu.
Spoiler
Vous avez une super idée de fanfic et vous rêvez de devenir la nouvelle star de la section fic de Pokébip ? Ce tuto devrait pouvoir vous aider à atteindre vos objectifs.

Commencez par publier une fic faire-valoir. Son utilité est multiple : faire connaître votre pseudo au Comité, rassembler vos premiers lecteurs, et surtout vous assurer d'avoir toujours un récit « en cours » parmi vos productions. Car ceci est un gage de sûreté pour les lecteurs, cela montre que vous êtes actif (ou que vous pouvez l'être).
Cette fic se doit, par ailleurs, d'attirer les lecteurs avec une illustration, une longue présentation promettant un récit haletant, un héros auquel on peut s'attacher rapidement, des cliffhangers à la fin de presque tous les chapitres...
N'hésitez pas à pomper vos idées parmi le vaste panel de fics abandonnées mis à disposition sur le site.

Ensuite, il vous faut écrire un one-shot, sur le sujet de votre choix. Ces histoires courtes attirent généralement tous les lecteurs occasionnels qui ne veulent pas s'embarquer dans une relation longue durée avec un auteur, mais aussi d'autres curieux qui lisent de tout.
Demandez l'évaluation et priez pour tomber sur un évaluateur sévère. D'une part parce que ses conseils pourront être intéressants à suivre pour la suite de votre « carrière », d'autre part car la note ne doit pas être trop haute, de façon à ce que les évaluations qui suivent puissent démontrer votre progression en tant qu'auteur.

Parallèlement, liez-vous avec les membres qui commentent beaucoup les fics qu'ils lisent en espérant voir grossir votre lectorat. Ils feront de très bons prescripteurs par la suite. Rapprochez-vous également d'un membre du Comité pour accélérer la validation de vos futurs écrits.

Voilà, une fois cette première phase passée, vous pouvez lancer la publication de votre fic principale. Il convient de posséder une dizaine de chapitres d'avance pour assurer une parution régulière des chapitres. La régularité permet de vous attacher plus vite de nouveaux lecteurs pour qui la publication d'un nouveau chapitre devient un rendez-vous hebdomadaire ou bimensuel.

Évitez les présentations à base de wallpaper, laissez ce luxe à ceux qui peuvent se le permettre. Préférez une image de contextualisation assez neutre, de façon à ce que chacun puisse projeter ses propres envies de lecture dans l'illustration. De même, divisez votre fic en tome de taille moyenne (entre 20 et 30 chapitres, et entre 12 et 20 pour le premier tome) afin de ne pas décourager de nouveaux lecteurs. Encore une fois, laissez les fics interminables aux pointures qui aiment jouer à « qui a la plus longue ? ».

Continuez à développer votre vie sociale au sein du site en participant aux animations de la section fic. À choisir, préférez un projet collaboratif à un concours, ce sera plus intéressant pour votre popularité. En effet, une collaboration laisse les lecteurs seuls juges de la qualité d'écriture de chacun, tandis qu'un concours vous impose un barème. Aussi, veillez à bien travailler vos productions dans le premier cas, c'est moins important dans le second.

N'oubliez pas de poster de temps en temps un chapitre de votre fic faire-valoir pour montrer que vous êtes multi-tâche et que vous ne délaissez aucun de vos projets, cela ne fera qu'améliorer votre réputation.
Si vous êtes fragile en orthographe/grammaire/conjugaison, ayez recours à un bêta-lecteur efficace.

Une fois votre premier tome terminé et relu, demandez l'évaluation et priez pour tomber sur un évaluateur conciliant. À partir de là, songez à modifier régulièrement votre fic, cela augmentera vos chances de la voir apparaître en tant que « fic à découvrir aujourd'hui ».

Si vous dépassez le ratio 100 affichages/chapitre dans toutes vos fics, vous pouvez songer à vous rapprocher davantage des membres de la rédaction du Journal (composée surtout du Comité) dans l'espoir de bénéficier d'un coup de pub supplémentaire, soit par le biais de l'analyse (pas la meilleure option), soit de l'interview.

À partir de là, continuez dans cette voie sans vous fâcher avec vos lecteurs, car vous êtes bien parti pour « peser dans le game ». Tentez éventuellement l'originalité en proposant une forme d'interactivité via votre blog, mais rien ne vous y oblige.

[vɛʁ]
Texte de secours non publié du Calendrier de l'Avent 2018 sur le thème des couleurs, j'ai choisi ici le vert.
Spoiler
Pas de conte ce soir, plutôt un fait-divers,
Les mésaventures, les tourments, le calvaire,
D'une drôle de créature, nommée Snover,
Ou Blizzi – et qui dans l'erreur persévère.

Cette histoire démarre au début de l'hiver
Quand le Pokémon et sa bande de pervers
Cherchèrent querelle à ce gredin de Silver.
Le fils de Giovanni sortit son revolver,
Et dans la seconde, les Blizzi l'esquivèrent.
Pour eux, pas question de rester à découvert,
Ils coururent vers les bois où ils se sauvèrent
À toute allure. Et même si certains crevèrent
En route sous des tirs nerveux, ils arrivèrent
Bientôt devant un monument bâti en verre.

Blizzi et ses douze amis aux petits poings verts
Se mirent à l'abri, voyant que c'était ouvert.
En un instant, ils placèrent une poutre en travers
De la porte, d'où n'entra point de rouquin sévère.

Plongés dans le noir, les Pokémon activèrent
Les lampes du plus beau palais de l'univers.
L'un proposa de visiter ; ils approuvèrent.
Après des chambres et des vestibules divers,
Dans la vaste salle de bain, ils enlevèrent
Leurs longs manteaux de verdure, leurs pull-overs
Pleins de givre ; les voilà nus comme un ver
Pas de pudeur, les gars ! Ensemble ils se lavèrent,
Se séchèrent et revêtirent des peignoirs de vair,
Tandis que sur la table on mettait le couvert.
Sans gêne et sans manière, ces goinfres se gavèrent.

Après le repas, ils s'endormirent et rêvèrent
De coquelicots, de roses, de primevères,
Mais un bruit retentit et quatre se levèrent
En sursaut, car les autres Blizzi achevèrent
Leurs vies sous les tirs du fils à Gio, recouvert
D'un imper et d'un tee-shirt de Taxi driver.
Snover contre Silver, coup droit contre revers :
Ils combattirent à faire trembler le multivers,
À tournicoter la rime suivante à l'envers,
Mais par paresse ou manque de "locabuvaire",
On ne finira pas, hélas, ces quelques vers...

X
Début d'une fanfiction abandonnée, si cet univers vous inspire, n'hésitez pas à me piquer des idées.
Spoiler
Perdu dans ses pensées, le capitaine Börst contemplait le paysage escarpé de ce qui avait été autrefois la Ligue Pokémon d'Unys. À travers la baie vitrée, son regard balayait cet ensemble de falaises grises et monotones donnant sur des gouffres sans fin, et ces pics abrupts qui perçaient les nuages épais masquant les rayons du soleil. Le presque quinquagénaire songea avec un rictus qu'il avait de la chance de vivre dans cette région "hospitalière".

En contrebas, le capitaine distingua les terrasses aménagées artificiellement dans la roche pour y cultiver à peine de quoi nourrir la population. Elles formaient des taches verdâtres ou jaunâtres parmi toute cette grisaille minérale, irriguée par des cours d'eau sombres et sinueux. Divers Pokémon de type Plante y besognaient avec entrain sous la surveillance de quelques agronomes. Börst reconnut un Tropius qui s'envola bien vite hors de son champ de vision.

Au siècle précédent, depuis le même point de vue, le capitaine Börst aurait pu apercevoir la Route Victoire, sentier de roche vermeille grimpant jusqu'à la Ligue Pokémon. En arrière-plan, il aurait vu la forêt du Heylink s'étendre sur toute la partie centrale d'Unys, cernée entre deux cours d'eau qui rejoignaient la mer au niveau de Volucité. Le tableau lui aurait sans doute paru joli, avec toute cette variété de couleurs et d'éléments. Mais les choses avaient changé.

Le capitaine faisait partie de ces générations qui étaient nées avec l'impression d'avoir été injustement privées de tout ce que le monde pouvait receler de beau. Il faisait partie de ces générations nées après le Cataclysme, et qui gardaient en elles, de façon presque innée, le souvenir lointain du monde paisible d'autrefois, perdu à jamais.

Dire que le Cataclysme avait été un traumatisme énorme pour les Humains et les Pokémon relevait du pléonasme. Neuf ans plus tôt, la commémoration du centenaire avait été un véritable moment de deuil mondial. En réponse au fracas assourdissant du Cataclysme, on avait opposé, cent ans plus tard, une journée de silence dans toutes les régions du globe. Börst se souvenait bien de ce jour-là, quand il avait pris sa fille, alors âgée de sept ans, sur ses genoux et lui avait expliqué avec des mots simples pourquoi les gens étaient aussi tristes.

« Il y a bien longtemps, ma chérie, le monde était fait de contrées vertes et prospères où vivaient des milliards de Pokémon et tout autant d'Humains. Chacun aspirait à la paix et au bonheur. Et puis, il y a cent ans, le Cataclysme a complètement transformé l'aspect de notre planète. Il a abattu des montagnes et fait pousser des falaises là où il n'y en avait pas ; il a asséché des mers, noyé des provinces entières et beaucoup de gens sont morts. Les survivants n'ont pas compris pourquoi un tel malheur s’était abattu sur eux. De quoi étaient-ils punis ? Personne n'a su trouver une réponse. Tristesse, peur et sentiment d'injustice ne font pas bon ménage. Ce doit être pour cela que le Cataclysme a aussi changé le cœur des gens. Nous sommes redevenus mauvais. »

Sa fille avait fondu en larmes. Lui aussi pleurait intérieurement tandis qu'il observait ce morne paysage derrière la grande baie vitrée du QG des forces armées d'Unys. Il pleurait la quiétude perdue.

Le capitaine Sören Börst avait passé la moitié de sa vie à servir et défendre sa région, deux verbes joliment choisis pour décrire une carrière à combattre ce que l'humanité avait de plus abject. De tous les criminels en liberté, les pirates de l'air étaient les pires. Pillages, extorsions, massacres, tortures, viols, il n'existait aucune limite à leur cruauté, ni à leur imagination quand il s'agissait de donner dans le sordide.

L'essentiel des vingt-cinq années de service du capitaine avait servi à lutter contre ces forbans du ciel à bord d'un des dix-sept vaisseaux de guerre de la flotte d'Unys. Et pour quoi ?

Ces criminels étaient aujourd'hui bien plus nombreux et téméraires qu'au début de sa carrière, lorsqu'il n'était qu'aspirant à bord du Ludvina. Unis par la crainte que leur inspirait leur chef, le terrible Indigo Roy, auto-proclamé Roi des pirates de l'air, ils s'en prenaient à présent aux vaisseaux marchands les plus gros, en massacraient les équipages et en dérobaient les marchandises. À ce rythme-là, ils viendraient bientôt piller Unys et les régions avoisinantes.

Dire qu'à la veille du Cataclysme, le crime n'existait pratiquement plus, il y avait vraiment de quoi verser des larmes.

« Capitaine Börst ? »

Le concerné fut brusquement arraché à ses pensées. Il pivota sur ses talons pour tomber nez à nez avec un jeune homme bien droit dans son uniforme impeccable. Ce dernier avait un regard perçant d'un gris très clair qui provoquaient un mouvement de surprise chez la plupart de ses interlocuteurs. Le quadragénaire parvint tout de même à se maîtriser.
Voyant qu'on le saluait, Börst recoiffa une mèche autrefois brune au sommet de son large front et remit son képi. Puis il rendit le salut.

« Bonjour capitaine, je suis le major Sullivan. Le vice-amiral Baker m'envoie vous chercher pour votre entrevue. Veuillez me suivre.
– Après vous, major. »

Ce Sullivan entreprit de le guider dans le dédale de couloirs et d'ascenseurs du QG d'Unys, bondés à toute heure du jour et de la nuit. Creusée à même la montagne, la base principale de l'armée unysienne s'étendait sur quatre kilomètres et quinze étages. Ses accès terrestres menaient vers le cœur de la région, tandis que son aéroport donnait sur la mer, les vaisseaux de combat n'étant pas autorisés à survoler Unys.

Börst soupira en constant que le QG restait identique à ses souvenirs : des corridors interminables que l'on ne traversait jamais sans se faire bousculer par un soldat grognon, qu'il soit Humain ou Pokémon. L'éclairage au néon, qui aurait pu abrutir un Nosférapti, et le claquement des bottes contre le sol carrelé lui provoquèrent un début de migraine.

Devant lui, le jeune major marchait d'un pas rapide et saccadé, jetant parfois un coup d'œil par-dessus son épaule pour vérifier qu'il suivait toujours. Börst connaissait bien ce type de militaires nerveux. En règle générale, ils ne passaient pas la quarantaine.

Le capitaine cessa bien vite de s'intéresser à Sullivan et à l'environnement agressif pour ressasser à nouveau ses propres problèmes. Cette convocation par le vice-amiral Baker n'augurait rien de bon. Börst sortait d'un congé de huit mois pour convalescence. Il avait été blessé par le souffle d'une explosion lors d'un exercice militaire au Cap Renouet. Une simple déficience technique, mais tout le monde avait hurlé au sabotage et accusé les pirates de l'air.

Tandis que les deux hommes gagnaient le huitième étage, le capitaine sentit un nœud d'anxiété se former au creux de son ventre, ce qui n'arrangeait pas ses aigreurs d'estomac. Cela faisait deux jours que l'inquiétude le rongeait. D'ici quelques minutes il se retrouverait face à son supérieur. Que pouvait-il lui vouloir à peine sorti de l'hôpital ? Pour sûr, Baker ne lui annoncerait pas une bonne nouvelle. Quoique...

Börst nourrissait le vain espoir d'être envoyé en retraite anticipée avec une pension dévalorisée et aucun avantage lié à son grade. Il prenait parfois l'envie à l'État-major de se débarrasser des capitaines de vaisseaux vieillissants pour les remplacer par des plus jeunes. C'était ce qu'il pouvait espérer de mieux au vu de sa carrière. De retour à la vie civile, il irait se perdre du côté de Yoneuve et s'y trouverait un petit boulot de gardiennage tranquille, comme la plupart des vétérans.

Le major Sullivan s'arrêta brusquement à côté d'une porte massive sur laquelle une plaque de bronze indiquait « Vice-amiral T. H. Baker ». Le capitaine rajusta son képi, inspira profondément et frappa. Une voix étouffée lui ordonna d'entrer.
À l'intérieur, il flottait une odeur de cigare, légèrement atténuée par l'aspiration du système de climatisation. La décoration avait changé depuis la dernière visite du capitaine. Le mobilier épuré et les plantes factices avaient cédé la place à de gros sièges en cuir et des tableaux aux murs. La nouvelle épouse de Baker commençait donc à marquer son territoire.

Au centre de la pièce, le vice-amiral et un homme en costume beige que Börst ne connaissait pas s'échangeaient des politesses en fumant des cigares. Ils lui firent signe de s'avancer. Baker s'extirpa avec difficulté du siège sur lequel il était affalé. Comme tous les officiers généraux parvenus à leur grade au seul mérite de leur âge, le vice-amiral semblait d'une infinie lassitude. Paupières tombantes, joues pendantes, voilà à quoi tu ressembleras dans dix ans, se dit Börst tandis qu'il saluait son supérieur.

En comparaison, l'autre type lui parut bien plus dynamique. C'était un civil au visage ovale et aux yeux vairons. Son faciès n'avait rien de naturel. Peau tirée, brillante, il devait faire partie de ces gens fortunés qui abusaient de chirurgie esthétique pour ralentir la marche du temps. Néanmoins, il ne cachait pas son crâne dégarni sous d'onéreux implants capillaires. Au premier coup d'œil, Börst lui donna une soixantaine d'années.

Il tendit une main parfaitement manucurée à l'adresse du capitaine, tout en faisant luire de façon ostensible ses boutons de manchettes hors de prix. Baker laissa retomber ses cent vingt kilos sur son siège et invita les deux autres à s'asseoir également.

« Capitaine Börst, permettez-moi de vous présenter M. Thaler, directeur des services de coordination au sein du Consortium Kantô-Unys.
– Enchanté capitaine.
– De même. »

Le ton de Börst se fit plus glacial que voulu. En bon militaire, il éprouvait une sorte de mépris naturel pour les dirigeants du Consortium. Le CKU, comme on l'appelait couramment, finançait une partie du budget de l'armée, en échange d'une protection prioritaire de ses intérêts. Ce qui ne changeait pas grand chose au final puisque les cargaisons du Consortium figuraient parmi les cibles préférées des pirates de l'air.

« Le vice-amiral Baker me racontait vos exploits, fit Thaler sans s'offusquer du ton du capitaine. Alors vous avez survécu à une explosion ? Vous êtes un dur à cuire, sans mauvais jeu de mots !
– On peut dire les choses ainsi.
– Cela tombe bien, le CKU recherche justement un homme de votre trempe ! lança gaiement le directeur.
– D'où votre présence dans mon bureau, poursuivit Baker de sa voix nasillarde. La conversation qui va suivre est classée secret-défense. Vous savez ce que cela implique ? »

Börst acquiesça d'un mouvement de tête. Il avait déjà eu l'occasion de participer à des opérations secrètes par le passé, il connaissait la rengaine. Discrétion absolue de rigueur. Il savait aussi pourquoi on les gardait secrètes : personne n'en tirait aucune gloire. Au mieux, on lui confierait un sale boulot, au pire il servirait de bouc-émissaire à la fin d'une mission désastreuse. Car l'État-major niait toute responsabilité en cas d'échec. Börst sentit le nœud se resserrer au niveau de son estomac.

« Très bien. Monsieur Thaler, je vous laisse la parole.
– Merci, mon cher. Capitaine, vous vous souvenez certainement de cette attaque des pirates sur un convoi du Consortium, il y a un an et demi près de l'île Sevii ? L'affaire avait fait la une des bulletins d'information. Trente-cinq tonnes de marchandises volées, six cargos volants détruits, une perte chiffrée à plus de quarante millions de pokédinars pour le Consortium !
– Et quatre-vingt-deux civils tués, ajouta sèchement Börst.
– Oui, plus quelques pertes humaines, fit Thaler en minimisant d'un petit geste de la main. Bref, en réponse à une telle tragédie, le Consortium a débloqué un fonds spécial afin de mettre en place une vaste opération d'investigation, visant à prévenir les attaques des forbans du ciel. Nous avons connu des débuts un peu difficiles, mais après un an d'efforts acharnés, le CKU est parvenu à obtenir les coordonnées de la base principale de ces vauriens ! Nous savons enfin où se cache le fameux Roi des pirates de l'air ! »

Börst manqua de s'étouffer. Ses petits yeux sombres enfoncés dans leurs orbites fixèrent Thaler, puis Baker, avant de revenir vers le premier. Le sexagénaire arborait un grand sourire, satisfait de son effet. L'éclat de ses dents blanchies paraissait aussi surréaliste que la phrase qu'il venait de prononcer.

Cela faisait vingt-deux ans que ce prétendu Roi des pirates de l'air figurait en tête de liste des criminels les plus recherchés. Et tout autant d'années qu'il semait le trouble sur la moitié du globe, sans que personne ne parvienne à l'attraper, ni à découvrir son repaire secret. Par quel miracle un petit gratte-papier du CKU avait-il pu mettre la main sur une si précieuse information ? À moins que...

« Les services secrets d'Unys et de Kantô ont pu confirmer ces coordonnées, elles concordent avec l'aire d'influence des pirates, précisa Baker qui devinait les pensées de Börst. »

Après ce bref exposé, les ordres n'allaient plus tarder à tomber. Börst les voyait venir de loin. On l'envoyait crever à la gloire d'Unys et du CKU. Il n'avait aucun recours pour s'y soustraire. Tous les officiers supérieurs avaient probablement cité son nom sans tarir d'éloges sur ses capacités lorsque s'était posée la question du couillon à envoyer au casse-pipe. Les absents avaient toujours tort.

« Cela fait bientôt deux mois que le Consortium et les amiraux d'Unys et de Kantô mettent sur pied une opération visant à capturer Indigo Roy. Capitaine Börst, vous prendrez le commandement de nos effectifs.
– À vos ordres, vice-amiral ! »

Börst prononça ses mots sans le vouloir. La discipline militaire lui avait imposé certains automatismes. Existait-il seulement une échappatoire viable à sa situation ? Ni le suicide, ni la prison à vie ne lui semblaient être de meilleures options. Il ne lui restait qu'à écouter les détails de cette mission vouée à l'échec et à déterminer comment il pourrait tirer profit des ressources mises à sa disposition.

« Cette mission s'effectuera conjointement avec les forces armées de Kantô qui envoient un cuirassé de guerre nous aider à capturer notre ennemi, poursuivit le quinquagénaire. Officiellement, votre navire réalisera des exercices avec nos alliés.
– Quel bâtiment kantoïte participera à l'opération ? s'enquit le capitaine.
– Ce sera l'Artikodin, dirigé par le capitaine Anya Nomura, répondit Thaler en éteignant son cigare. Quant à vous, vous commanderez le plus puissant vaisseau de la flotte unysienne !
– Le Freedom ? s'étonna Börst. Je pensais qu'il ne devait rentrer qu'à la fin du mois. »

On lui répondit par deux sourires énigmatiques. Baker verrouilla le pavé tactile et le rayon optique de son bureau. Börst songea au livre d'Histoire qu'il lisait depuis quelques semaines. D'après l'auteur, les ordinateurs d'autrefois n'étaient pas intégrés au mobilier. Quel gaspillage de matériau et d'espace !

Thaler et Baker se levèrent en même temps, invitant le capitaine à les imiter. Les trois hommes quittèrent la pièce. Une fois dans le couloir, le vice-amiral donna quelques consignes inaudibles au major Sullivan, puis prit la tête du groupe. Börst s'imaginait bien que, contrairement à Kantô, Unys ne risquerait pas un de ses meilleurs navires dans une mission pareille. Le chef des armées, l'amiral Ryder, était bien trop pingre pour cela. Alors où le menait-on ?

Il eut bien vite la réponse quand Baker s'arrêta devant le téléporteur de l'étage. Avant de choisir leur destination, le vice-amiral procéda au scan de son badge, puis de ses empreintes, enfin il tapa son code personnel à seize caractères. De nouveaux téléporteurs s'ajoutèrent à la liste que proposait l'écran mural. Baker sélectionna le dernier en indiquant le nombre de personnes à téléporter. Thaler passa le premier. Il s'avança nonchalamment sur le socle circulaire, qui émettait une lumière verte plus douce que les néons au plafond, et disparut. Le capitaine suivit et Baker ferma la marche.

Ils réapparurent au bout d'une longue passerelle suspendue dans l'obscurité d'une caverne. Des diodes électroluminescentes placées au sol éclairaient le chemin protégé des deux côtés par des garde-fous. Börst reconnut l'odeur iodée de la mer et le bruit des vagues au loin. Le capitaine en conclut qu'ils venaient de pénétrer dans l'aéroport. Probablement dans une cavité secrète puisque aucun marquage au sol n'indiquait le niveau où ils se trouvaient.

Les trois hommes suivirent la passerelle sur une centaine de mètres jusqu'à rejoindre une plate-forme plus importante, éclairée par des projecteurs. L'endroit ressemblait à n'importe quel autre quai de l'aéroport, avec ses machines bruyantes, ses odeurs de ferraille et sa foule de mécaniciens qui s'activaient dans tous les sens, outil à la main, suivis par des Tic ou des Clic.

Börst ne leur accorda pas un regard. Ses yeux étaient rivés sur l'imposant vaisseau qui trônait en arrière-plan. C'était de loin le plus grand bâtiment de guerre qu'il avait pu observer de toute sa vie. Il devait mesurer plus de deux cents mètres de long. Börst se tordit la nuque à vouloir l'observer dans sa totalité.

La coque était uniformément grise, à l'exception d'un énorme V-CREATE peint en grenat. Le capitaine remarqua immédiatement la figure de Zekrom gravée en noir sur la proue. Il devait certainement y avoir un Reshiram blanc de l'autre côté, comme sur les navires à voiles d'autrefois. Le fuselage du vaisseau s'élargissait progressivement vers l'arrière. Le plus gros de l'armement se situait sur la partie centrale du navire de guerre. Tous les canons étaient placés sur des mini-tourelles rotatives, elles-mêmes fixées sur un rail s'inclinant à trente degrés de part et d'autres du vaisseau, en vue d'augmenter leur maniabilité. Les lances-torpilles, quant à eux, se trouvaient sur le dessus du bâtiment, séparant les ponts inférieur et supérieur.

La superstructure venait ensuite, pas trop haute et légèrement arrondie pour permettre un meilleur aérodynamisme. Sur la bordée de la coque naissaient deux paires d'ailerons latéraux se terminant chacun par une sorte de flotteur. Ils servaient à équilibrer le navire lors des manœuvres d'évitement. Enfin la poupe voyait la coque s'épaissir légèrement et former une sorte de renfoncement où se logeaient pas moins de huit turbines de dernière génération. Börst constata qu'un effort important avait été mené de façon à protéger au mieux la propulsion de l'appareil.

« Capitaine, vous connaissez probablement le V-Create ? De nom, au moins. »

Qui ne connaissait pas le V-Create à Unys ? On pouvait en parler comme d'une légende urbaine tant on avait dit et écrit de choses à son sujet. Il s'agissait de l'ambitieux projet de construire le plus grand vaisseau de guerre au monde, lancé vingt ans plus tôt par un amiral en panne de popularité. Le sort n'avait cessé de s'acharner sur ce vaisseau, minant sa construction de scandales et d'accidents, jusqu'à l'abandon du projet à moitié fini, au bout de quatre pénibles années.

L'État-major avait cru bon de laisser pourrir le V-Create dans un hangar en attendant sa remise en chantier dans un contexte plus favorable. En vérité, Unys ne possédaient pas les ressources nécessaires pour terminer ce vaisseau que le public baptisa bientôt le Beau Gâchis. Pire, des techniciens sans scrupules se mirent à récupérer des pièces du V-Create pour les réparations des autres vaisseaux de guerre, quand il ne s'agissait pas de les revendre sous le manteau. Comme tout le monde à Unys, Börst avait fini par oublier l'existence de ce vaisseau maudit. Il n'aurait jamais imaginé le voir achevé, un jour.

« Vous commanderez donc le V-Create pour cette opération, déclara Baker sans un regard pour le gigantesque bâtiment de guerre.
– Allons capitaine, laissez exploser votre joie ! railla Thaler en lui donnant un coup de coude enjoué.
– Je... je ne vous cache pas ma surprise, articula Börst toujours fasciné par le Beau Gâchis. Depuis combien de temps...
– Laissez-nous vous présenter quelqu'un qui répondra à toutes vos questions. »

Les deux hommes guidèrent Börst vers l'unité de maintenance principale où l'on procédait à plusieurs tests des systèmes internes du vaisseau. Les dix écrans affichaient des schémas et des listes de valeurs chiffrées incompréhensibles. Un bonhomme trapu au teint basané les contemplait d'un air sceptique. Il avait la mâchoire carrée et un gros nez écrasé. Son visage peu avenant s'illumina quand il vit Baker et Thaler. De sa voix rauque, il appela un de ses collègues.

Un autre type le rejoignit dans la seconde. Il était grand, chauve, avec un visage ovale. Placé un à côté de l'autre, ils ressemblaient à un duo comique d'une autre époque. Ce fut M. Thaler qui fit les présentations :

« Capitaine Börst, je vous présente Orson Keller, l'ingénieur génial qui a terminé le V-Create !
– Enchanté, grogna le mécano trapu en essuyant ses mains contre les jambières de sa salopette maculée.
– Et voici son associé, Ed Gears.
– Bonjour, capitaine.
– Bonjour, messieurs, répondit Börst. Eh bien...
– Oui, c'est un beau vaisseau, il est terminé, nous en sommes fiers, blablabla, le coupa Ed Gears avec une forme de lassitude dans la voix. On va finir par connaître le texte par cœur à force de recevoir la visite de tous les haut-gradés d'Unys. Orson, tu lui fais ton speech ?
– Pas trop le choix, si c'est lui le capitaine, fit Keller avant de se racler la gorge. Je suppose que vous voulez tout savoir sur le Beau Gâchis ? D'abord, faut que je vous parle un peu de moi. Je suis mécano depuis plus de quinze ans. J'ai commencé tout en bas de l'échelle, puis j'ai monté ma boîte. Y a sept ans, les pirates de l'air ont détruit ma vie. Ils m'ont arraché tout ceux que j'aimais. J'ai même perdu une guibolle dans l'histoire. »

Börst remarqua la prothèse qui remplaçait la jambe gauche du mécano.

« Alors j'ai juré de prendre ma revanche sur ces crevures. J'ai bossé comme un dingue pendant cinq ans. Ma petite entreprise a bouffé tous ses concurrents et je suis devenu assez riche pour racheter le Beau Gâchis à l'armée. De toute façon ce tas de ferraille ne valait plus rien, Ryder était bien content de me le vendre.
– Amiral Ryder, corrigea Baker.
– Mouais. J'ai investi toute ma fortune pour terminer le V-Create, il est à la pointe de la technologie et moi, je suis sur la paille ! Plus un rond et couvert de dettes !
– Mais le V-Create appartient à M. Keller, intervint Thaler. C'est pourquoi un accord a été passé entre lui, le Consortium et l'armée afin que nous puissions "louer" son vaisseau en échange du paiement de ses obligations.
– Je ne saurai dire qui arnaque qui dans cette affaire, souffla Ed Gears.
– Certainement pas moi, rétorqua son associé. Et j'ai posé une condition : être le mécano en chef du Beau Gâchis sur toutes ses missions jusqu'à ce qu'on soit débarrassés de ces foutus pirates ! »

Les réactions aux horreurs commises par les forbans du ciel pouvaient être extrêmes, songea Börst. Il avait connu plus d'un militaire qui s'engageait dans les forces armées pour assouvir une vengeance personnelle. Dans la plupart des cas, cela se terminait mal. Mais Unys comptait sur ces gens pleins de haine pour gonfler les rangs de son armée. Ici, en l'occurrence, l'État-major avait de quoi être ravi. On lui offrait un vaisseau neuf à moindre coût qu'il pouvait sacrifier sans sourciller dans une mission vouée à l'échec. Si en plus Orson Keller mourrait au cours de l'opération, personne n'aurait à payer ses dettes restantes. Börst regretta le temps où le cynisme n'était pas encore l'apanage de l'amirauté.

Ed Gears annonça au capitaine qu'il seconderait son associé et ami à bord du V-Create, non sans une remarque acerbe sur le tempérament obstiné de celui-ci. Après quoi, Thaler, Baker et Börst prirent congé, laissant les deux ingénieurs terminer leurs vérifications. Les trois hommes restèrent encore quelques instants à contempler le Beau Gâchis, puis ils revinrent sur leurs pas en direction du téléporteur secret. Thaler attendit qu'ils fussent assez loin de toutes oreilles indiscrètes pour s'exclamer :

« Je pense que vos chances de réussite sont élevées avec le V-Create, qu'en dites-vous ? Une véritable merveille, n'est-ce pas ? Le plus grand vaisseau de guerre au monde et sans doute un des mieux armés !
– La puissance de feu ne fait pas tout, malheureusement, tempéra le capitaine Börst.
– Allons donc, vous aurez un équipage de quatre cent personnes et l'appui de l'Artikodin. Que vous faut-il de plus ? Vous avez largement de quoi tenir tête à Indigo Roy, alias le Roi des pirates de l'air, alias le Fou de Kalos, alias Barbelame, alias le Forban mauve, alias le Nouveau K...
– Nous avons compris, M. Thaler, intervint sèchement Baker. »

Börst réprima un sourire ; le vice-amiral avait la réputation d'être superstitieux. Comme bien des gens, il n'aimait pas que l'on emploie à voix haute le nom de cette créature. Thaler dut s'en rendre compte puisqu'il haussa les épaules avec l'expression méprisante d'un sceptique. Sur ces bons mots, le sexagénaire salua les deux militaires et disparut dans la lumière du téléporteur. Le vice-amiral lança quelques regards furtifs sur les façades rocheuses et la passerelle vide. Il n'y avait personne pour écouter, mais une carrière longue dans l'armée rendait paranoïaque même le plus serein des hommes. Il se rapprocha un peu de Börst et lui souffla :

« Nous devrions pouvoir converser ici plus librement que dans mon bureau. Avant que vous ne disiez quoi que ce soit, sachez que je me trouve également du côté des sacrifiés dans cette histoire. Qu'importe comment finira cette mission, ma carrière est terminée.
– Pour ma part, c'est la vie de mon équipage que je risque, vice-amiral, répliqua Börst avec dureté. Quatre cents personnes. Et pour quoi ?
– Pour flatter les dirigeants du Consortium, répondit amèrement son supérieur. Ils financent l'armée, nous n'avons d'autres alternatives que de céder à leurs requêtes fantaisistes.
– Vous connaissez mon opinion sur cette mission, vice-amiral ? »

Baker soupira. C'était une tournure de phrase typique d'officier rechignant à utiliser les mots "piège", "corruption" ou "espion". En effet, il était très mal vu d'employer ce genre de vocabulaire qui discréditait la fiabilité de l'armée ou du CKU. Pour autant, l'idée que cette opération puisse être un piège des pirates, profitant de la corruption du Consortium pour placer des espions dans les rangs de l'armée semblait plus que plausible. Si l'État-major en avait conscience, il ne pouvait s'opposer à la mission que lui imposait le CKU.

« Oui. Et je la partage, capitaine Börst.
– Je suppose que le V-Create n'a pas été testé dans des conditions réelles de bataille.
– Malheureusement, non.
– De même, l'équipage n'est pas au courant de ce qui l'attend, n'est-ce pas ?
– Vous avez pour ordre de leur cacher l'objectif de cette mission jusqu'au moment où vous rejoindrez l'Artikodin, informa Baker.
– De mieux en mieux. Et qui sacrifie-t-on pour cette mission ?
– Votre équipage est formé uniquement de soldats expérimentés ayant servi au moins deux ans à bord d'un bâtiment de guerre. Vous reconnaîtrez sans doute quelques têtes provenant du Flying Type. Le capitaine Ryder a été choisie pour vous seconder. »

Les lèvres gercées du capitaine Börst se plièrent en un rictus. Ainsi les rumeurs disaient vrai, l'amiral Ryder cherchait à se débarrasser de son épouse. Le chef de l'État-major était bien trop fier pour demander le divorce, ce qu'il considérait comme une défaite. Or, plus que tout au monde, l'amiral Ryder détestait la défaite. Baker lança un énième regard vers la passerelle avant de murmurer :

« Le major Reg Sullivan que vous avez vu fera aussi partie de l'équipage. C'est un brave gars, très fiable, je m'en porte garant. Si vous avez besoin de quelqu'un pour "surveiller" les autres membres de l'équipage, il devrait faire l'affaire.
– Je n'en doute pas, souffla à son tour Börst, mais si j'éprouvais le besoin de "surveiller" mes hommes, "un brave gars" ne serait pas suffisant. Il me faudrait quelqu'un de bien plus compétent. Quelqu'un comme Jefferson, par exemple.
– Impossible, Jefferson part à Alola à la fin de la semaine pour une mission diplomatique. »

Des siècles durant, Alola avait été le bout du monde. À présent, l'archipel en était le centre. Les quatre îles culminaient à deux mille mètres d'altitude, au centre d'un énorme cratère de six cents kilomètres de diamètre qui formait une forteresse naturelle contre tout envahisseur. En outre, la flore d'Alola n'avait pas subi de dommages importants au cours de la catastrophe, à la différence des autres régions du globe, ce qui assurait la richesse de l'archipel depuis cent neuf ans. En outre, l'exploration d'altermondes lointains via l'Ultra-Brèche permettait l'acquisition de ressources rares, que le gouvernement alolien distribuait avec parcimonie au reste du monde, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Preuve que le Cataclysme avait profité à certains.

Comme bien d'autres régions, Unys envoyait une fois par an une "mission diplomatique" dans l'archipel pour demander des aides ou des négociations plus avantageuses de certains traités. Généralement, on choisissait le plus beau vaisseau de la flotte auquel on assignait un équipage pris parmi les membres les plus brillants des forces armées, ainsi que quelques civils éminents. Il s'agissait de faire bonne impression.

De toute façon, mission diplomatique ou pas, on aurait probablement refusé à Börst d'avoir Jefferson dans son équipage. Il était bien trop précieux à l'armée d'Unys pour le perdre au cours d'une opération secrète placée sous de si mauvais augures. Et plus généralement, tous les spécialistes du contre-espionnage avaient bien trop de valeur pour rejoindre le V-Create, à supposer qu'ils ne soient pas déjà en mission. Le capitaine faisait mentalement le tour des personnes les plus qualifiées qu'il connaissait, en espérant trouver quelqu'un qu'on ne lui refuserait pas immédiatement, quand un nom s'imposa dans son esprit. Baker n'allait pas aimer.

« Vice-amiral, êtes-vous toujours en bons termes avec le directeur du pénitencier Blake Wright ?
– Qu'avez vous en tête, capitaine ? Vous voulez recruter un détenu ?! s'étouffa le quinquagénaire obèse.
– David Fanelli. Il nous sera plus qu'utile.
– Nom d'Arceus !!! Vous n'y pensez pas ?! »

Le vice-amiral avait haussé le ton et craignait à présent d'avoir attiré l'attention d'un curieux. Ou d'Arceus. Il tourna le dos au capitaine et s'éloigna de quelques pas pour réfléchir. Au point où il se trouvait, libérer ce taré de Fanelli n'avait plus beaucoup d'importance, surtout pour l'envoyer mourir loin d'Unys. Baker revint vers le téléporteur. Sans un regard pour Börst, il souffla :

« Je vais voir ce que je peux faire, mais j'impose une condition. Quel que soit le déroulement de cette mission, Fanelli ne doit pas revenir à Unys. C'est clair ?
– Très clair, vice-amiral. »

Baker grogna avant de disparaître dans le halo verdâtre du téléporteur, laissant le capitaine seul avec ses pensées qui bouillonnaient, tout comme l'acidité de son système digestif d'ailleurs. Après cette entrevue improbable, Börst sentait ses maux de ventre se réveiller. Il passerait sans doute les prochaines heures à se tordre de douleur.

Tandis qu'il se téléportait dans le grand hall du QG, le capitaine s'interrogea. Que pouvait-il espérer de cette mission secrète ? Certes, le V-Create était impressionnant et l'appui de l'Artikodin considérable. Mais cela ne restait rien de plus qu'une opération mal préparée, avec trop de paramètres douteux et sans soutien de l'État-major. Pour dire les choses franchement, cela ne pouvait être qu'un piège. En outre, Börst regrettait déjà d'avoir demandé à ce que David Fanelli rejoigne l'équipage. Comme si cela ne suffisait pas d'être responsable de la survie de quatre cents personnes ! Oui, son ventre allait vraiment morfler...

*
Le lendemain, le capitaine Sören Börst se rendit à la station Goyah, un large bâtiment plus fonctionnel qu'esthétique situé à une centaine de mètres du QG. De nombreux soldats s'y pressaient pour prendre le monorail qui circulait sous Unys en desservant les principales installations militaires, suivant un trajet circulaire. Le major Sullivan l'attendait devant l'entrée.

La veille au soir, le capitaine avait reçu un message de Baker lui indiquant qu'il pouvait recruter "la personne de son choix" en lui détaillant la procédure à exécuter. Mais pour Börst, cela ne suffisait pas. Au cours de la quasi nuit blanche qui suivit, il avait pris la décision de tenter un coup dans le dos de ses supérieurs afin de maximiser ses chances... ses chances de quoi, d'ailleurs ? Survivre ?

Börst examina le major plus attentivement que la veille. C'était un jeune homme très pâle approchant la trentaine. Passée la surprise de son regard métallique qui vous transperçait jusqu'à l'âme, on remarquait alors la nuée de taches de rousseur qui formait comme une vague sur son nez retroussé.
Il salua immédiatement son supérieur.

« Bonjour capitaine.
– Major, répondit Börst après avoir réajusté son képi.
– Capitaine, nous prendrons le monorail de huit heures quarante, le directeur du pénitencier nous attend pour onze heures.
– Changement de programme, major, j'irai seul à Blake Wright. Mais j'ai une mission pour vous.
– Négatif, le vice-amiral a dit que...
– ...vous étiez quelqu'un de fiable, poursuivit Börst. Or, j'ai besoin de quelqu'un de fiable, là, tout de suite.
– Humpf... Je vous écoute.
– Parfait. Rendez-vous au QG, troisième étage, section B, et demandez à voir Jefferson. À l'heure qu'il est, il doit prendre son café au réfectoire. Quand vous le verrez, donnez-lui simplement ceci sans un mot de plus. Et ne lui dites pas que c'est moi qui vous envoie. »

Tout en donnant ses directives, le capitaine avait sorti un stylo et un minuscule feuillet en papier, et griffonné trois mots avant de plier la missive en quatre. Le major l'avait regardé faire avec un mélange de curiosité et de dédain. Les moins de quarante ans n'avaient jamais appris à écrire autrement que sur clavier et, pour la plupart, considéraient la calligraphie comme une compétence inutile. Sullivan glissa le morceau de papier dans sa poche intérieure. Il prit ensuite congé du capitaine, l'air contrarié de devoir désobéir au vice-amiral. Börst le regarda s'éloigner vers le QG, non sans inquiétude. Pouvait-il vraiment faire confiance à ce type ?

Il finit néanmoins par s'engouffrer dans la station Goyah. Cela faisait au moins un an qu'il n'avait pas mis pieds ici. Les locaux semblaient toujours aussi vétustes. Il gagna rapidement l'unique quai et n'attendit pas longtemps avant que l'énorme monorail d'un rouge criard n'entre en gare dans un vacarme désagréable de crissements métalliques. Le capitaine pénétra dans le wagon vide réservé aux officiers. Il avait deux heures devant lui pour préparer son entrevue avec le directeur du pénitencier.

De son côté, le major Sullivan, bien que réticent, gagna le troisième niveau du Quartier Général des forces armées d'Unys. Il ne se déplaçait quasiment jamais dans cette zone, aussi fut-il contraint de demander son chemin pour atteindre la section B. Sa fierté en prit un coup, lui qui se vantait de pouvoir se rendre à n'importe quel point du QG les yeux fermés. Il entra dans le réfectoire vers neuf heures et interrogea un Gardevoir arborant le grade de caporal au sujet de ce Jefferson. Le Pokémon lui répondit mentalement que l'homme qu'il cherchait se trouvait au fond de la pièce et qu'il ne pouvait pas le manquer.

En effet, lorsque Sullivan l'aperçut enfin, il découvrit à quel point ce personnage détonnait avec l'environnement militaire. Jefferson, qui devait avoisiner les deux mètres au vu de la longueur de ses jambes, portait un costume deux pièces noir passé de mode, assorti à une étroite cravate unie. À ceci s'ajoutaient une paire de bottines en cuir, un grand chapeau sombre et un petit sabre qui pendait négligemment à sa ceinture.

Le major avait déjà entendu parler de ce Jefferson. C'était une sorte de consultant polyvalent qui avait à son actif bien plus d'exploits que la plupart des gradés. Mais il n'appartenait pas aux forces armées d'Unys, d'où l'absence d'uniforme. Ce drôle de bonhomme but une gorgée de son café bouillant, puis reposa la tasse sur sa table, sans quitter des yeux l'ouvrage épais qu'il lisait. Cela stupéfia le major Sullivan. Un livre en papier ! Qui pouvait bien s'intéresser à ces vieilleries lorsqu'on pouvait accéder à une bibliothèque entière sur ordinateur ? D'ailleurs, ne se fatiguait-il pas les yeux à lire ainsi sans écran retro-éclairé ?

Sullivan l'appela et lui tendit le message du capitaine. L'autre s'en empara sans un mot. Tandis que ses yeux hagards parcouraient les trois mots manuscrits, le major scruta le visage de Jefferson. Mal rasé, une grande bouche aux lèvres fines, un menton proéminent et un nez pointu, le bonhomme n'était guère séduisant, pourtant il y avait quelque chose de magnétique dans son attitude.

Soudain, il éclata d'un rire sonore qui surprit Sullivan. Tout en s'esclaffant, Jefferson sortit un briquet chromé de sa poche et brûla le mot du capitaine. Le major ne comprit pas sa réaction, mais ne chercha pas à en découvrir davantage. Il avait rempli sa mission. Le jeune homme s'apprêtait à s'en aller quand, pris de curiosité, il demanda en indiquant l'arme à sa ceinture :

« À quoi vous sert ce sabre ?
– C'est un ninjatô, répondit l'autre de sa voix de basse.
– Vous l'utilisez au combat ?
– Pas du tout, il ne sert qu'à détourner l'attention de mes interlocuteurs.
– Ah ? Vraiment ? Et ça marche ?
– Regardez dans votre poche. »

Le major plongea son main dans la poche extérieure de son uniforme et y découvrit avec stupeur le briquet de Jefferson. À quel moment ce dernier avait-il pu l'y dissimuler ? Reg Sullivan se contenta de fixer l'objet brillant sans parvenir à comprendre. L'homme en costume lui reprit son bien en ricanant, saisit sa tasse et son livre, avant de quitter le réfectoire sans s'arrêter de rire.

Le monorail s'arrêta à la station Blake Wright vers onze heures moins dix. Sans surprise, Börst fut le seul à descendre à cet arrêt. Un interminable escalier plus tard, il retrouvait l'air libre avec un certain soulagement. Il ne s'arrêta pas un instant pour admirer la vue d'une forteresse sinistre émergeant du paysage morne de falaises et de gouffres. Une rivière semblable à du pétrole coulait le long de la route balisée menant au pénitencier Blake Wright.

Cette prison n'accueillait que d'anciens militaires rendus coupables de crimes dans l'exercice de leurs fonctions. La plupart d'entre eux avaient été reconnus comme traîtres en coopérant, d'une façon ou d'une autre, avec les pirates de l'air. La sanction encourue n'empêchait pas certains engagés peu satisfaits de leur solde de s'acoquiner avec les forbans par appât du gain. Quant aux autres, ils avaient joué le mauvais rôle dans diverses histoires sordides, comme il en existait tant. Jalousie, vengeance, alcool, pulsions, rien de nouveau, en somme.

Et puis il y avait David Fanelli, un extrémiste. Son hostilité envers les pirates de l'air avait coûté la vie de deux cents civils. On avait alors chargé le capitaine Börst de sa traque et de son arrestation. Le quadragénaire n'avait pas spécialement envie de se retrouver face à ce taré, mais personne ne connaissait mieux que lui le mode de fonctionnement des pirates de l'air. À supposer que quatre années de prison ne lui avaient pas ramolli le cerveau.

Le directeur du pénitencier accueillit Börst avec un air de reproche. De quel droit cet officier insignifiant se permettait-il de troubler ses petites affaires ? La requête formulée par le vice-amiral Baker l'avait indigné, mais il avait dû se contraindre à y accéder. Ce qui ne changeait rien à son opinion, c'était pure folie que de libérer discrètement un malade comme Fanelli. Son personnel lui aurait sans doute opposé un autre avis sur la question, ravi de se débarrasser d'un prisonnier aussi fourbe, malgré une apparente docilité.

Le directeur guida Börst quasiment sans un mot à travers les couloirs lugubres du pénitencier, jusqu'à la cellule d'entrevue. Cette pièce ronde entièrement vitrée servait – quoique rarement – à l'interrogatoire de prisonniers par les commissions de contre-enquête de l'armée. Fanelli s'y trouvait déjà, les bras et jambes menottés à son siège. Le capitaine reconnut immédiatement la tête ronde et la fine moustache du détenu soulignée par l'éternel sourire sardonique de ses lèvres pulpeuses. Il devait avoir à présent trente-six ou trente-sept ans. Hormis son crâne rasé, il ne paraissait pas avoir trop souffert de la vie carcérale.

Quand Börst pénétra dans la cellule, le sourire de Fanelli s'élargit un peu plus. Il accueillit le capitaine de sa voix mielleuse :

« Ne vous avais-je pas dit qu'un jour vous me feriez quitter cette prison ?
– Vraiment ? fit Börst, agacé. Je ne m'en souviens pas.
– C'était le jour de mon incarcération, poursuivit l'autre sans se départir de son ton doucereux. Vous avez froncé les sourcils et demandé ce qui me rendait si sûr de moi. Je vous ai alors répondu que j'étais le seul à Unys à pouvoir éradiquer la menace des pirates de l'air et que le jour viendrait où vous aurez besoin de mon aide pour y parvenir.
– Qu'est-ce qui vous fait croire que je viens vous libérer ?
– Vous êtes ma première visite en quatre ans, or les officiers dans votre genre ne participent pas aux contre-enquêtes. J'en conclus que vous êtes ici pour autre chose. »

Fanelli jubilait. Le capitaine sentit grandir en lui le désir de frapper cet homme pour effacer ce sourire narquois de son visage. Mais il n'était pas du genre à ce laisser aller de la sorte. Au moins ces quatre années d'enfermement n'avaient pas émoussé l'esprit alerte du détenu. Fanelli avait travaillé pour le service de contre-espionnage des forces armées d'Unys, ses connaissances pouvaient s'avérer cruciales. À cette pensée, Börst s'autorisa un léger sourire qui eut pour effet d'atténuer celui de Fanelli.

« Alors ? Qu'attendez-vous pour me faire quitter ce trou à Rattata ? s'enquit le moustachu.
– Que ce soit clair, Fanelli, vous sortez d'ici pour effectuer une tâche spécifique à bord de mon navire. Si vous avez étudié mon dossier, comme je le suspecte, vous savez que je place la vie de mon équipage au sommet de mes priorités. En outre, vous ne quittez pas votre cellule de manière officielle. Ce qui signifie qu'au moindre faux pas, je vous élimine sans chercher à comprendre de quoi il en retourne. Ai-je besoin de répéter cet avertissement ?
– Hé hé, vous m'avez l'air aux abois. Je sens que je vais adorer ce qui m'attend !
– Vous n'avez pas idée. »

Sur ces mots, Börst quitta la cellule, laissant les gardes empoigner Fanelli. Deux jours plus tard, le V-Create décollait pour sa première et unique mission.

*
Quelques vieillards, d'anciens soldats, avaient pris place sur les hauteurs du QG d'Unys pour voir décoller le V-Create. Après quinze années à moisir au fond d'un hangar, le Beau Gâchis s'élevait enfin dans les airs. Sans cérémonie. Ce vaisseau n'appartenait ni à Unys, ni au Consortium, pourquoi s'embêter avec des hommages ? À part les mécanos de l'aéroport, que le non-événement amusait, et quelques curieux, seul M. Thaler était venu célébrer le départ du plus grand bâtiment de guerre au monde. Le sexagénaire aimait les gros jouets ; l'envol de celui-ci l'emplissait d'une certaine satisfaction propre aux amateurs de ferraille dans son genre.

Pour sa part, le vice-amiral suivait le décollage depuis son bureau grâce au dispositif vidéo. La joue droite écrasée contre son poing, il fixait d'un air sombre le V-Create survolant le bras de mer qui venait mourir au pied du QG. Baker songeait à son épouse. Il aurait aimé passer les jours prochains à ses côtés dans leur coquette demeure à l'écart de Janusia. Mais il devait mettre quelques affaires en ordre de son côté, afin de préserver ses proches quand les mauvaises nouvelles arriveraient.

L'immense vaisseau de guerre conserva son altitude quelques minutes, jusqu'à ce que le bras de mer en dessous s'élargisse et se mêle à l'océan. Alors le V-Create entama son amerrissage. Le navire volant s'inclina légèrement vers le bas en réduisant sa vitesse. Il poursuit cette trajectoire oblique sur quelques kilomètres jusqu'à frôler la surface de l'océan. Puis le vaisseau se redressa et pénétra dans les eaux froides dans un vacarme qui fit fuir tous les Pokémon aquatiques des environs, traçant deux lignes d'écume sur son sillage. Le V-Create ralentit encore un peu. On déploya les panneaux solaires afin d'économiser l'énergie du vaisseau durant toute la traversée maritime. On ajusta le cap, direction nord-nord-ouest, vers la région d'Ellis.

À bord, le capitaine Sören Börst subissait la visite des lieux, guidé par un Orson Keller ravi. Le mécano était accompagné de Nak, un malicieux Feuforêve qui virevoltait dans les airs quand il n'apportait pas son lot de commentaires à l'exposé de Keller. La voix du spectre semblait jaillir de tout son être et grésiller dans les oreilles de ses interlocuteurs.

« Par ici, cap'taine ! Y a plein de d'aut' trucs cool que z'avez encore jamais vu de vot' vie !
- Nak a raison ! brailla l'ingénieur en chef. Les systèmes du Beau Gâchis ne ressemblent à ceux d'aucun autre vaisseau de la flotte ! »

Depuis un quart d'heure que durait la visite, Börst avait bien dû admettre que le V-Create semblait sorti d'un roman de science-fiction. Les deux hommes et le spectre sortaient d'une petite pièce chromée située sous la plate-forme de commandement. Au centre de celle-ci se trouvait une unique console hexagonale reliée à tous les systèmes principaux du vaisseau. Un Métalosse venait se brancher sur la console en y enfonçant ses griffes et gérait le bon fonctionnement du bâtiment de guerre grâce à son cerveau plus efficace qu'un super ordinateur.

Keller savait utiliser le potentiel des Pokémon pour développer des équipements exceptionnels. En cela, il détonnait avec le reste de sa profession. Il apparut bien vite au capitaine que son ingénieur en chef préférait la compagnie des Pokémon à celle des humains. Ce devait être pour cette raison que son équipe de mécanos comprenait bien plus de Pokémon que ce qu'il se faisait ordinairement sur un vaisseau. Suivant les idéaux de son père et de son grand-père, Sören Börst avait toujours soutenu l'égalité entre humains et Pokémon. Toutefois, la discrimination envers les seconds demeurait très répandue au sein de l'armée et du Consortium. Et pour une excellente raison : le responsable du Cataclysme n'était nul autre qu'un Pokémon.

Nak et Keller menèrent le capitaine à l'étage inférieur. Le Feuforêve ne se préoccupait pas des cloisons qui l'entouraient, il pouvait à tout moment se rendre intangible et phaser à travers n'importe matière. Bien pratique pour espionner les gens à leur insu, songea Börst. Après deux jours à cogiter, le quadragénaire était totalement convaincu qu'un espion des pirates de l'air se trouvait à bord. Un Pokémon de type Spectre ferait parfaitement l'affaire dans ce rôle.

Les deux hommes arrivèrent dans une salle circulaire relativement vaste placée à l'arrière du vaisseau. Au sol était fixé un disque cuivré d'un rayon de trois mètres et d'une épaisseur de quarante centimètres, pourvu de huit emplacements ronds prévus pour des Électrodes. Deux énormes câbles noirs reliaient cet insolite dispositif au mur du fond. Börst supposa, à juste titre, que la salle des machines se trouvait derrière. La voix de Nak grésilla dans la pièce :

« V'là encore une idée de génie ! R'gardez ça, cap'taine, z'allez pas en r'venir !
– J'appelle ça l'alimentation d'urgence, fit Keller. On l'a conçu l'an dernier avec Ed Gears. Les Électrodes qu'on a croisé tout à l'heure se placent sur les spots ronds là, où l'énergie qu'ils accumulent en utilisant Chargeur est directement redirigée vers nos moteurs. Enfin, l'électricité passe d'abord par un caisson Lem-Tesla rempli des pierres Foudre les plus pures du marché pour augmenter le rendement.
Et c'est vachement utile pendant les combats ! crépita Nak. Ça permet d'avoir plus de jus quand les panneaux solaires sont rentrés.
– Je suppose que vous avez formé deux équipes de huit ? questionna Börst.
– C'est ça !
– Mais dites-moi...
– Hé, Kellerrrr, ça fait une heure que je vous cherrrche ! brailla une voix dans le couloir. »

Un Lucario plus grand que la moyenne fit alors irruption dans la pièce. Il devait mesurer un bon mètre quarante et portait un képi, ainsi qu'une veste d'uniforme aux manches courtes et amples pour faire passer les pointes sur ses mains. Une flamme de défi brillait au fond de ses yeux d'ambre. Bien qu'il ne l'ait jamais rencontré auparavant, Börst comprit qu'il se trouvait face au célèbre lieutenant Mitch.

Le grade de lieutenant était le plus haut auquel pouvait espérer prétendre un Pokémon de son vivant, au sein des forces armées d'Unys. Les très rares officiers Pokémon avaient tous été promus à titre posthume, pour bons et loyaux services rendus à la patrie. De cette façon, l'État-major espérait se défaire des accusations de discrimination auxquelles il devait faire face.

Si certains lieutenants Pokémon osaient défier la hiérarchie dans le but de faire évoluer les mentalités, ce n'était pas le cas de Mitch. Le Lucario se satisfaisait de son grade qui lui assurait d'être toujours au cœur de l'action. Comme tous les autres représentants du type Combat, il ne vivait que pour l'ardeur de la bataille. Mitch dirigeait une petite unité de canonniers surnommée les Têtes de Fer, que l'on envoyait dans toutes les missions périlleuses. S'il avait su où se rendait le V-Create, nulle doute que le lieutenant Mitch aurait sauté au plafond. Hélas, Börst avait pour ordre de cacher le véritable contenu de la mission au reste de l'équipage jusqu'à ce qu'ils aient rejoint l'Artikodin au large des côtes de la région d'Ellis.

« Capitaine Börrrst, salua Mitch.
– Lieutenant.
Hé, lieut'nant, vous tombez bien, on presque fini le vous-savez-quoi ! s'exclama Nak avec un clin d'œil.
– Une sorte d'arme secrète, marmonna Keller en croisant le regard interrogateur de Börst. Un prototype. Écoutez, lieutenant, vous tombez mal, je faisais visiter le Beau Gâchis au capitaine.
– Vous allez devoir rrreporrrter ça à plus tard, mon capitaine. Votre capitaine en second vous demande sur le pont. »

Börst remercia d'un mouvement de tête le Lucario de mettre fin à cette visite forcée, quoique instructive. Il allait quitter la pièce quand celui-ci lui demanda à voix basse :

« Dans quelle mission rrrisquée nous lançons-nous capitaine ?
– Rien de plus qu'un exercice avec nos alliés de Kantô, mentit Börst.
– Je vois. C'est pourrr cela qu'on envoie les Têtes de Ferrr et l'épouse honnie de l'amirrral Rrryderrr ? Je ne suis pas dupe, mon capitaine. »

Börst quitta la pièce avec un léger sourire au coin des lèvres. Ce Mitch serait un allié de choix, à supposer que ce ne soit pas un espion des pirates de l'air. En traversant le couloir, il remarqua les Têtes de Fer, tous des Lucario, alignés et le saluant gravement. Ce n'est qu'une fois qu'il s'éloigna que les canonniers se détendirent et reprirent leurs conversations.

À la différence des Feuforêve, qui vibraient pour transmettre un son, les Lucario parlaient véritablement le langage humain en usant de leur cordes vocales. Dans les deux cas, l'accès à un mode de communication que les humains pouvaient comprendre avait offert un statut particulier à vingt-sept familles évolutives de Pokémon, officialisé par la signature des accords d'Unionpolis, cent trente ans plus tôt. Depuis ce jour, les objets de capture – Balls ou Capsticks – avaient été reprogrammés afin de ne plus fonctionner sur les espèces ayant ratifié ce décret.

Aujourd'hui, certains dirigeants contestaient cet acquis social d'un temps révolu, suivis par une partie de la population. Ils voulaient que les Pokmo – surnom dépréciatif donné à ces vingt-sept espèces d'après un pamphlet anonyme des plus rétrogrades – redeviennent des Pokémon, des créatures qui obéissaient aux ordres et que l'on pouvait enfermer dans des boîtes.

Tout en remontant vers la passerelle de commandement, Börst prit le soin d'observer tous les membres de l'équipage qu'il rencontrait. Il mettait un point d'honneur à pouvoir reconnaître n'importe quel soldat sous ses ordres. Et puis, un espion des pirates se cachait peut-être parmi eux. Le capitaine croisa deux quartier-maîtres qui avait servi sur le Flying Type, un Castorno passant la serpillière, Ed Gears, l'associé de Keller, et quelques agents de l'équipe de maintenance, identifiables à la visière tactique leur masquant le visage.

Gears ne le salua pas, mais le gratifia d'un grand sourire. Le personnel civil avait parfois du mal à adopter le salut militaire, aussi Börst ne s'en offusqua pas. Il lui rendit son sourire et poursuivit son chemin. Il grimpa deux par deux les marches de l'escalier le séparant de la passerelle de commandement et s'arrêta un instant dans l'ombre pour épier le travail des militaires sous ses ordres, à la recherche d'un comportement suspect. Ses hommes géraient le navire en pianotant devant leurs consoles installées en demi-cercle. Le capitaine n'appréciait vraiment pas de devoir se méfier de tout le monde.

Puis il pénétra enfin sur le pont et tous les visages se braquèrent dans sa direction. Il tâcha d'en enregistrer le plus possible dans sa mémoire. Il se dirigea tout naturellement vers le capitaine Dolorès Ryder, au centre de la pièce, qui le secondait sur cette mission. L'épouse de l'amiral Ryder avait toujours été une femme magnifique. Le passage du temps n'avait pas encore terni la blondeur de sa chevelure bouclée, ni l'éclat de ses yeux rieurs. En revanche, de légères rides marquaient à présent les plis de ses lèvres grenat.

À côté d'elle se tenait une civile d'une trentaine d'années à la peau sombre, coiffée de longues tresses retombant jusqu'au bas de son dos, vêtue d'un jeans et d'un pull trop large. Son aspect un peu négligé tranchait radicalement avec le maintien droit et l'uniforme impeccable de Ryder. Pourtant elles semblaient bien s'entendre. Börst les salua. En retour, ce furent tous les militaires présent dans la pièce qui se levèrent pour saluer leur capitaine.

« Repos. Bonjour capitaine Ryder. C'est un honneur de vous avoir sur ce navire.
– Et c'est un plaisir de servir sous vos ordres, capitaine Börst, répondit la jolie quadragénaire avec un franc sourire. Permettez-moi de vous présentez le docteur Gwen Marlowe, notre médecin de bord.
– Enchanté, fit Börst en accompagnant la parole d'un bref mouvement de tête.
– J'ai planté mon genou dans l'entrejambe de votre prédécesseur, annonça la femme aux tresses non sans fierté. Ce salaud sacrifiait la vie de ses hommes sans sourciller. Mon sang n'a fait qu'un tour. Cela m'a valu six mois de prison. Hélas, je suis du genre bornée, il m'en faut plus pour apprendre la leçon. Je n'hésiterai pas à recommencer si jamais vous jouez avec la vie de votre équipage ! »

La petite réplique du docteur Marlowe prit tout le monde au dépourvu. Börst jeta un regard interrogatif à Ryder qui se pinçait les lèvres, les yeux exorbités. Dans d'autres circonstances, le capitaine aurait pu prendre cela avec humour. Si cette opération n'avait été qu'un banal exercice avec un navire allié, il aurait sûrement répondu par un trait d'esprit pour mettre l'équipage à l'aise. Mais il menait quatre cent personnes à la mort pour satisfaire le CKU et cela ne l'amusait pas.

« Docteur Marlowe, j'imagine que vous parlez du capitaine Stone ?
– En effet, répondit la concernée avec un grand sourire.
– Regardez-moi bien, ai-je l'allure d'un jeune fils à papa colérique, égocentrique et obsédé par sa promotion ? Non, je suis un militaire et un meneur d'hommes. Merci de rester à votre place, docteur, vous ignorez tout des responsabilités liées à mon grade. »

Le ton sec de Börst jeta un froid dans la pièce. Plus personne n'osait émettre le moindre son. Aucun des militaires ayant côtoyé Sören Bören ne s'était attendu à cette réponse de sa part, habitué à un homme d'esprit et d'humour. Quelque chose clochait. Seule Gwen Marlowe sembla satisfaite de cette répartie, trop contente de pouvoir cataloguer son supérieur dans la catégorie "vieux con".

D'un geste impatient de la main, le capitaine invita son second à se présenter auprès des deux représentants du CKU à bord. Le Consortium imposait la présence de deux agents sur chacun des navires de guerre d'Unys et de Kantô pour s'assurer que ses intérêts étaient bien défendus en toutes occasions. Börst méprisait ces petits bureaucrates chargés de mettre leur grain de sel dans les pires situations. Aussi se hâta-t-il d'aller les saluer pour enfin dépenser son temps à des tâches utiles.

Adossé à un des murs de la pièce se tenait le plus âgé des deux, un homme d'une trentaine d'années au regard franc, aux lèvres pulpeuses et à la mâchoire carrée. Vêtu d'un costume taillé sur mesure, sans doute trop cher pour son salaire, il faisait léviter son alliance entre les doigts de sa main. À deux mètres de lui, sa collègue plus jeune observait le travail des militaires avec froideur. Quatre valises entouraient ces deux comparses. Le capitaine Börst capta leur attention en s'éclaircissant la voix :

« Bonjour, je suis le capitaine Sören Börst, et voici le capitaine en second Dolorès Ryder. Bienvenue à bord du V-Create.
– Enchanté. Killian Harper, responsable exécutif du pôle management de la sécurité intérieure du Consortium, se présenta l'homme. »

Les deux militaires esquissèrent un sourire discret à la mention de ce poste assez obscur. La plupart des agents du CKU embarquant sur les bâtiments de guerre arboraient le titre de responsable ou de directeur, sans que l'on ne comprenne vraiment leur rôle au sein du Consortium. À croire qu'il n'y avait personne en bas de l'échelle parmi les employés de ce conglomérat tentaculaire.

« Êtes-vous kinésiste ? demanda Ryder en pointant du menton l'alliance flottant dans les airs.
– Ma grand-mère l'était, j'ai hérité de certains de ses dons, répondit Harper avec arrogance en remettant son anneau. Oh, et voici, euh...
– Zoé Moreau, fit sa jeune collègue.
– Mouais, c'est ça. Trêve de politesse, où sont nos cabines ? s'enquit Harper, sans laisser le temps au capitaine d'en placer une. J'ai mieux à faire que de regarder vos hommes s'acquitter de leurs tâches. Je suis quelqu'un d'important, moi. »

Harper ne se prenait pas pour n'importe qui. Le fait d'être séduisant et marié à la nièce d'un notable de Flocombe jouait beaucoup. Même en se tenant à l'écart de la discussion, le docteur Marlowe comprit quel genre de type était Killian Harper et ajouta son nom à la catégorie "sale con". Elle se mit à espérer d'avoir l'occasion de le remettre à sa place. Elle imaginait déjà la scène, Harper malade qui vient lui réclamer des anti-douleurs et... Des éclats de voix retentirent au fond de la pièce, la sortant de ses pensées.

Börst fit volte-face, trop content d'avoir une excuse pour planter Harper et son acolyte. À grands pas, il avança vers deux jeunes hommes qui se tenaient par le col en s'insultant. Le capitaine reconnut le major Sullivan, que Baker lui avait vendu comme quelqu'un digne de confiance. L'autre était un aspirant officier, la plaie des navires de guerre. Peu importait leurs qualités ou leurs défauts, les aspirants demeuraient des calvaires ambulants dès lors qu'ils prenaient leurs fonctions sur un vaisseau. Hélas, la plupart des officiers commençaient par là.

« Je ne veux pas connaître le sujet de votre différend, commença Börst en haussant la voix de façon à être entendu de tous sur la passerelle, néanmoins je ne tolérerai aucun autre écart de conduite de ce genre sur ce navire. Est-ce clair ?
– Très clair, mon capitaine ! s'exclamèrent les deux hommes en rougissant.
– Major Sullivan, veuillez accompagner monsieur Harper et madame Moreau à leurs cabines respectives, ainsi que le docteur Marlowe à l'infirmerie.
– À vos ordres, capitaine !
– Quant à vous...
– J'ai déjà donné une mission à l'aspirant Hammadi, intervint Ryder. J'imagine qu'il venait me faire son rapport. »

L'aspirant acquiesça de la tête et lui tendit un document. Il s'en sortait bien au final, alors que c'était lui qui avait provoqué la querelle avec Sullivan.
Ce dernier ne se plaignit pas non plus de la tournure dont avaient pris les événements lorsqu'il croisa le regard envoûtant de Zoé Moreau.

Corde Sortie
C'est le seul texte ici que je n'ai pas publié sur le blog, mais envoyé par MP. On m'avait mis au défi d'expliquer le fonctionnement d'une corde sortie. Pas facile.
Spoiler
On ne vous apprendra rien, les cordes Sortie ne sont pas vraiment des cordes. Ce sont les types du marketing qui ont pondu cette idée, d'après d'anciennes histoires de voyageurs attachant une corde à l'entrée d'une grotte pour retrouver leur chemin.

Toutes les cordes Sortie sont identiques : une corde enroulée – qui cache en réalité un tube rond, dont les extrémités sont scellées ensemble – et un bout de corde qui dépasse, servant de déclencheur.

Lorsqu'un dresseur souhaite quitter la grotte dans laquelle il se trouve, il tire sur le morceau de corde précédemment décrit, ce qui libère des particules ainsi qu'un courant électrique neutre dans le tube. En moins d'un millième de seconde, ces particules génèrent un rayon de dématérialisation, de la même façon que dans un téléporteur ou une Poké Ball. En fait, il s'agit d'une version simplifiée du téléporteur classique, car il n'y a pas de module dit de "sortie".

Donc, en théorie, utiliser une corde Sortie pourrait vous téléporter n'importe où dans un rayon d'environ trois cents mille kilomètres (soit la distance parcourue par la lumière en une seconde). Fort heureusement, des balises ont été placées à l'entrée de chaque site naturel un minimum dangereux pour capter le rayon de dématérialisation. Dès qu'une personne possédant une corde Sortie s'approche de ces balises, une connexion se fait automatiquement fixant le point de téléport autour de la balise en question.

Bien entendu, c'est la Ligue Pokémon de chaque région qui se charge de l'implantation et de la maintenance de ces balises.
Par contre, si le procédé est stable, il n'est pas encore parfait. La téléportation reste encore trop violente pour l'appareil qui cesse de fonctionner après une seule utilisation. À titre de comparaison, le choc subi est à peu près le même que lorsqu'un Pokémon sauvage s'échappe d'une Poké Ball.

Heureusement, il n'y a que le système de dématérialisation qui est endommagé dans la manœuvre. Donc, à l'instar des Poké Balls, on peut rapporter les cordes Sorties usagées en magasin ou dans les Centre Pokémon afin qu'elles soient recyclées. Si le taux de dégradation est inférieur à un pourcent, on ne remplace que le système défectueux. Ceci a le double avantage d'éviter le gaspillage et de réduire les prix des cordes Sortie et des Poké Balls.
Article ajouté le Mercredi 26 Décembre 2018 à 21h29 | |

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