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That Rabbit with The Sunglasses
de Keeibuy

                   



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Intégration volcanique #3
Chapitre précédent, par Skyzoguy

L'ombre malingre de Dwight ondulait sur les murs de plâtre râpeux, collait à ses pieds comme son bleu de travail adhérait péniblement à sa peau nue. Des nécessaires subterfuges qu'il avait à employer en tant qu'humain, les vêtements étaient de loin la plus inconfortable des entraves, si bien qu'en plus des efforts qu'exigeaient des pattes plus élancées pour marcher, il devait oeuvrer de concert avec les caprices des coutures épaisses condamnant sa souplesse naturelle.

Au bout d'un tortueux enchainement d'escaliers, la porte de service à la peinture verte émaillée lui déroba un grognement soulagé, et après un regard noir aux damnées marches de béton dans son dos, il ouvrit en toute hâte l'issue pour reparaître aux yeux de tous...

Dwight apparut timidement à l'accueil de l'arène, en répondant à peine au salut flegmatique du guide des challengers devant les portes.
Cinquantenaire rachitique toujours emballé dans son costume, aux cheveux grisonnants et aux lunettes impénétrables, ce "Guido" comme les visiteurs se plaisaient à l'appeler était pour le Zoroark le premier obstacle de la journée.

L'expression impassible et solennelle de l'homme plaçait en effet le jeune usurpateur dans une posture délicate, ne savant trop comment agir normalement face à un personnage guindé de la sorte. Le regard fuyant, il se dirigeait à pas de Lougaroc vers le placard à balai, cherchant de ses yeux bleus errants une présence rassurante.

Il ne le trouvait pas. Ses mains frêles crispées sur son chariot de lavage, il remit en place une mèche de cheveux grisâtre avant de franchir la porte coulissante menant au terrain de combat, lui aussi désert.

La respiration du jeune usurpateur s'emballa. Porté par ses membres trop minces, il fit alors prestement marche arrière, et franchit les portes coulissantes de l'entrée pour s'emparer à pleins poumons de l'air extérieur.

Auguste n'était pas là. Sans cette figure rassurante, la journée ne pouvait résolument pas commencer.

Egaré et anxieux, Dwight semblait hors du monde. Plus encore que son apparence, le généreux champion d'arène était son oxygène, la présence lui garantissant un semblant de soutien au sein d'un archipel indifférent à son triste sort... tout comme Rose, cela allait de soit.

Sans la moindre idée des conventions à adopter dans cette situation, le Zoroark restait de marbre devant les escaliers de l'arène. "Tout conscencieux qu'il était, Auguste finirait tôt ou tard par arriver, et il n'avait qu'à l'attendre dehors, au milieu des quelques passants matinaux" se convanquait-il sans réel succès.

D'un élan absent, il quitta soudainement sa posture immobile. Une étrange curiosité l'avait piqué à vif, guidait fiévreusement ses pas en direction de l'avenue piétonne en bas des marches.

Cette marche n'était pas celle des habituelles promenades de l'après-midi. C'était une impulsion pleine d'incertitude, alimentée par les angoisses qu'il s'efforçait à enfouir et qui à une cadence trop tranquille le menait droit vers le kiosque faisant l'angle de l'avenue. Le même devant lequel il s'était arrêté plusieurs fois pour parfaire sa lecture des caractères humains, en prenant grand soin d'éviter le regard si inquiétant du vendeur...

Dwight s'arrêta net, comme si les fils qui le tenaient s'étaient brusquement immobilisés. Face à lui, plusieurs périodiques locaux rigoureusement alignés, surplombant quelques tas plus éparpillés de magazines à grand tirage... et ce même vendeur, dont la voix forte paraissait braire contre un client.

Mais comme pour le fuir, les yeux du jeune imposteur furent alors absorbés par les grosses lettres en gras surplombant avec gravité la couverture des journaux. Dwight reconnut instantanément les caractères de "volcan", enchaînement de lettres qui sur cette île était aussi courant que les mots les plus basiques.

Poursuivant lentement la lecture en plissant les paupières, il put avec réjouissance former la phrase succincte du titre : "Accalmie dans l'activité du volcan : les chercheurs inquiets". Rassuré par sa lecture, dont la fluidité dépassait ses espérances, il renchérit directement en se penchant sur les magazines du rayon inférieur.

"Volcan : Top 10 des... astuces en cas de... de catas-trophe. murmura-t-il en suivant avec attention les caractères.
- Je peux vous aider jeune homme ?" émit une voix rauque toute proche.

Dwight eut un vif mouvement de recul, arquant le pied en arrière comme pour s'enfuir. Le kiosquier, homme trapu et dégarni au visage simplet, s'adressait sans doute possible à lui, et à lui seul...

"Tiens, vous n'êtes pas l'étranger embauché par Auguste ? Ce grand nigaud, un vrai coeur de Leveinard avec toutes les origines dites donc. 'Fin, faudrait tout de même pas qu'il accueille tous les bâteaux de migrants non p'us, on a pas à nourrir le tiers-monde..."

Le Zoroark écoutait à peine les marmonnages du vendeur. Tous les muscles de sa faible corpulence se raidissaient, son regard épiait furieusement de droite à gauche : cerné entre le kiosque, les passants et les clients focalisés sur son visage inconnu, aucune issue à cet échange ne se profilait.

"Dites, vous êtes ailleurs ? Vous ne parlez pas le Kantoïte ou quoi ? Tss, j'te jure ces apatrides..."

Reclus, lâchement pris en tenaille par un étranger insistant, le jeune artificieux ne bougeait plus, incapable d'articuler un traître son et s'offrant à la locace fatalité dressée face à lui tous crocs dehors. Ce que les humains étaient cruels...

"Ho ? Oh, Dwight ! Qu'est ce que tu fais là ?"

Le cri qui venait de retentir lui aurait presque arraché des larmes de joie. Saisissant avidement cette main tendue, il se rua à corps perdu vers les escaliers, les gravissant quatre à quatre.

"Qu'est ce que tu faisais là ? Je te cherchais, Guido m'a dit qu'il t'avait vu se vaporiser devant lui ! Tu voulais faire le coup du fumiste au grand Auguste ou quoi, tête brûlée ? Haha !"

La simple vue de la veste blanche et de la canne nervurée carbonisée sur une des faces suffit à faire disparaitre les angoisses du jeune homme, qui comme un enfant apeuré, tirait une moue timide et recroquevillait ses bras contre lui.
Le champion d'arène tapota son épaule, un amusant sourire carnassier traversant sa moustache blanche.

"Quoi, tu me refais le coup du Caninos battu ? Allons petit gars, tu es un flamboyant garçon maintenant, tu peux bien commencer le travail même quand je ne suis pas arrivé ! J'étais juste à la mairie, à deux pas : un simple relevé des données sismographiques mensuelles. Ne te fais pas de mouron pour moi, je peux réduire quiconque m'embête en cendres tu sais !"

Dwight répondit au vieil homme d'un petit sourire soulagé, ayant maintes fois reçu la preuve qu'il comprenait les taciturnes par delà leurs silences. Les doigts du champion se raffermirent sur son omoplate, et d'un geste volontaire, ils rentrèrent de nouveau dans l'arène.

"Navré mais j'aurai pas mal de boulot à te donner ce matin : plusieurs challengers risquent de passer aujourd'hui, et j'aimerai que tu nettoies vite fait entre les combats. C'est que la dernière fois, Arcanin a envoyé valser un Staross en pleine poire de son dresseur et... enfin tu as vu le festival d'hémoglobine sur les murs. Je peux compter sur toi pour ce coup, champion ? Et puis tu pourras voir en direct le feu des combats, toi qui disais hier que ça te laissait ni chaud ni froid..."

Le Zoroark acquiescait tandis qu'il reprenait en main son chariot. En effet, les combats étaient loin d'être son fort...

Chapitre Suivant, par LunElf
Article ajouté le Lundi 10 Septembre 2018 à 23h24 | |

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