Team Rocket Z-Squad
Fanfic de Malak

Dix-sept ans ont passé depuis la fin de la Guerre Mondiale et la chute d'Horrorscor. La paix règne sous l'égide de la Fédération des Alliances Libres, protégée par Bertsbrand et la Team Rocket. Mais de nombreuses menaces demeurent encore. Les Réprouvés et Mister Smiley courrent toujours. Une secte mystérieuse prend en chasse les Mélénis. Et bien sûr, le noir Asmoth et ses Pokémon Méchas se sont révélés au grand jour à la fin de la guerre et attendent leur heure dans l'ombre pour purifier ce monde. Pour faire face à tout cela, Bertsbrand a pour projet de reformer une équipe spéciale en droite lignée de la X-Squad, qui serait un nouveau symbole d'espoir. Mais ceux qui connaissent l'histoire et le destin de la Terre savent qu'elle deviendra le pilier d'un futur bien sombre...
Quinze ans jour pour jour après la création de Team Rocket X-Squad sur le site, découvrez enfin sa suite et seconde partie, Team Rocket Z-Squad, qui fait le lien entre elle et la saga futuriste Pokémonis. De l'aventure, de la magie, des combats et des Fakemon, le tout mené par les anciens héros de X-Squad, mais aussi et surtout par leurs descendants !
Chapitre 7 : Ren, Iyali et Akrovax
Huit ans plus tôt…
Ren Pavis avait beau être un élève sérieux, il pouvait difficilement tenir à deux heures de cours de philosophie à la suite. Sans doute que certains profs auraient pu rendre cette matière vaguement intéressante, mais quand elle était enseignée par Monsieur Latence, le doyen des profs du lycée, elle faisait plus office de somnifère que de réelle matière académique.
Au bout d’une heure de marmonnements incessants sur le « moi et le soi », la moitié de la classe somnolait sans même tenter de le cacher, et l’autre moitié s’adonnait aux activités de son choix, du jeu du pendu avec son voisin au visionnage de vidéos sur Smartphone. Le professeur Latence n’en avait pour ainsi dire rien à faire et continuait son cour comme à chaque fois comme si de rien n’était. Une météorite aurait pu s’écraser non loin qu’il n’aurait pas renoncé à ses explications monotones sur la perception de soi et d’autrui.
Ren, à dix-sept ans, était à la fois élève de terminale du lycée d’Acajou, mais aussi dresseur Pokémon en passe de se professionnaliser. Ce n’est pas pour autant qu’il renonçait à l’école. Il y avait une vieille croyance un peu absurde, comme quoi tous les enfants qui se lançaient dans un voyage initiatique n’étaient plus du tout scolarisés. C’était bien sûr ridicule : il y a encore quelques années, l’âge minimum pour se lancer dans un voyage initiatique de dresseur était dix ans. Il est absurde de penser qu’un gamin de dix ans puisse totalement abandonner l’école. Sinon quoi, les dresseurs Pokémon seraient tous des adultes sachant à peine lire et compter.
Il existait un régime spécial pour les enfants dresseurs de Pokémon. Ils pouvaient en effet intégrer n’importe quelle école de Johkan, et ce à n’importe quel moment et pour une durée de leur choix. Il arrivait donc fréquemment que de tels enfants s’arrêtent quelques mois dans une grande ville, faisant une pause dans leur voyage initiatique et retournant un temps sur les bancs de l’école. Bien sûr, ce n’était pas l’idéal pour une scolarité, et évidemment, il y avait de nombreux trous dans les connaissances des dresseurs. Mais c’était un choix.
Ren avait lui la chance d’avoir un Pokémon Vol qui pouvait le transporter partout sur le continent, et il pouvait donc revenir dans sa ville natale d’Acajou quand bon lui semblait. Il avait donc réussi à se maintenir une scolarité plus ou moins normale. Du moins pour le lycée. Il ne pouvait pas prétendre avoir les meilleures notes du bahut, mais il s’accrochait pour rattraper son retard. Et il avait sa meilleure amie, qu’il connaissait depuis l’enfance, Iyali, qui l’aidait beaucoup. Elle était la meilleure élève de la classe, donc ça aidait.
Le jeune homme jeta un coup d’œil à son amie, deux chaises à sa gauche. Elle était bien sûr la seule élève de la classe à suivre le cours et à prendre des notes. Jeune fille à lunette aux longs cheveux bruns et aux yeux améthyste, elle passait pour être « l’intello » du bahut. C’était d’ailleurs pour cela que la classe l’avait désignée à l’unanimité pour être sa déléguée alors qu’elle ne s’était même pas présentée. Mais tous savaient très bien qu’elle ne refuserait pas devant une telle majorité. Iyali avait effectivement un énorme sens des responsabilités qui la poussait à aider tous ceux qu’elle pouvait. Pour cela, ses camarades la respectaient et ne la harcelaient pas malgré son air de première de la classe, mais elle avait en revanche assez peu d’amis.
Ce n’était pas qu’elle était particulièrement antipathique. Elle aurait bien aimé se faire plein d’amis. Mais elle était mal à l’aise avec les gens. Elle ne savait pas comment leur parler, ni comment de tenir un dialogue riche et animé. Il fallait ajouter à ça le fait qu’elle avait peu de centre d’intérêt en commun avec ses camarades. Les filles parlaient principalement de garçons, de vêtements, ou bien de la dernière série romantique à la mode ; des sujets qui ne la passionnaient guère. Quant aux garçons, ils causaient généralement de combats Pokémon, de combats Pokémon… et de combats Pokémon. Iyali aimait les Pokémon, mais aurait fait une bien piètre dresseuse.
Ce qu’Iyali aimait faire, c’était écrire. C’était son passe-temps ; le seul à vrai dire, et la seule chose où elle était réellement douée. Elle écrivait des histoires sur internet. Elle avait commencé par de simples nouvelles, qui avaient vite rencontré un succès inespéré, tant sur le nombre de lecteurs que sur la notation du site où elle les avait postées. Donc maintenant, elle visait plus haut : elle voulait écrire son propre roman. Sur internet bien sûr, en premier lieu, mais pourquoi en visant l’édition un jour ? Elle doutait de pouvoir vivre de ça, mais c’était pour elle une véritable passion. La fille insipide et ennuyeuse qu’elle était dans la vie réelle se transformait en moulin à parole et à imagination sur le net.
Ren n’était pas spécialement un fana de lecture, mais il devait avouer que son amie avait un don, et il lisait volontiers ses textes, surtout qu’il s’agissait principalement de récits d’aventures avec des Pokémons. Fort de ses propres connaissances en la matière, il aidait souvent Iyali, notamment quand elle écrivait des combats Pokémon. Elle lui avait dit qu’elle comptait bientôt se lancer dans un grand et long projet, et lui avait narré le résumé de base : un roman assez sombre, avec de l’action et du drame. Il fallait donc pour cela un héros tout aussi sombre. Elle avait déjà son idée pour son personnage principal humain, mais pour ce roman, elle voulait un héros Pokémon.
Et pas n’importe quel Pokémon ; un Pokémon inventé. Pas mal d’auteurs auraient trouvé bizarre de s’ennuyer à inventer un Pokémon de toute pièce alors que le monde en comptait un chiffre encore non-estimé et en constante augmentation, mais Iyali tenait à son Pokémon qui n’existait pas. Elle aimait créer et inventer, alors autant aller jusqu’au bout. Evidemment, il serait le seul Pokémon inventé de son roman.
– Mais qu’est-ce donc que « je » ? continuait à déblatérer le professeur Latence devant une classe totalement ailleurs. Une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui désire, qui imagine, et qui sent. Ainsi parlait le célèbre philosophe kalosien Descartes, avec sa célèbre formule « Cogito Ergo Sum » ; je pense, donc je suis.
Ren ne fit aucun effort pour retenir un long bâillement. Il avait hâte que le cours se termine, pour retrouver Iyali lors de la récrée, et lui donner ce qu’il avait fait pour elle, la petite commande qu’elle lui avait passée. Car si la jeune fille avait un don pour l’écriture, elle était tristement nulle en ce qui concernait le dessin. Et sur ça, Ren avait quelques notions. Il s’était donc proposé de dessiner le Pokémon imaginaire qui serait la figure de proue de son futur roman. Elle lui avait donné pour cela beaucoup de caractéristiques, jusqu’à son rôle précis dans l’histoire, et un croquis mal fagoté sur brouillon. Ren avait ensuite laissé parler son imagination.
Quand la cloche sonna, ils quittèrent tous la salle de classe pour se rendre dans la cours du lycée pour la pause de dix heures. Le lycée Cartelis d’Acajou était un établissement sans histoire, tranquille, où il faisait bon d’étudier. Du reste, toute la ville était ainsi… et sans doute même toute la région Johto désormais. La terrible Guerre Mondiale qui avait secoué le monde et qui l’avait laissé traumatisé avait pris fin il y a maintenant neuf ans. L'Empire de Johkania, affilié à la Fédération des Alliances Libres, était devenu un havre de paix et de prospérité.
Ren se réjouissait d’avoir pu grandir dans ces conditions sereines. Il était très jeune à l’époque de la Guerre Mondiale, mais se souvenait quand même de ce que c’était la vie sous le régime dictatorial de Lady Venamia. La peur, l’injustice et l’insécurité au quotidien. Ren ne voulait plus jamais revivre ça, et espérait que plus une seule guerre n’éclaterait à nouveau dans la région Johkan. Surtout parce qu’il était difficile de devenir un dresseur d’élite dans un pays en guerre. Les combats Pokémon devenaient quelque peu secondaires…
Comme Iyali était plongée dans ses notes – elle étudiait même lors des pauses – Ren alla saluer d’abord ses autres amis. Comme il était souvent absent du fait de son statut de dresseur, pas mal d’entre eux n’attendaient que de le harceler de question sur les combats qu’il a pu mener et les Pokémon qu’il avait capturés. Ren était assez populaire, déjà parce qu’il était un puissant dresseur, mais aussi parce qu’il était beau gosse, avec son visage parfait, ses yeux de la couleur du coucher de soleil et sa chevelure rouge vif avec des mèches orangés qui lui donnaient l’impression d’avoir la tête en feu. Ren en était conscient, mais n’en tirait aucune arrogance. C’était juste factuel.
Pour autant, il ne courrait pas spécialement après les filles. Il ne pourrait pas jongler entre ses études et le dressage avec en plus une petite-amie. Et puis, ça avait beau être une réflexion de macho, mais les filles, en règle générale, ça ne comprenait pas grand-chose aux Pokémon et à la beauté des combats. Du coup, qu’il passe pas mal de temps avec Iyali attirait la jalousie de pas mal de filles, qui ne comprenaient pas ce qu’il pouvait trouver à cette binoclarde timide et bizarre. Il devait souvent se justifier en rappelant qu’ils étaient voisins et amis d’enfance.
Quand enfin il eut fait le tour de ses connaissances et admirateurs en tout genre, il retrouva Iyali peu avant la sonnerie de reprise des cours. Elle était sur un banc, toute seule en train d’écrire Arceus sait quoi. Il passa derrière elle sans qu’elle ne le remarque et y lut des formules physiques et mathématiques qui lui donnèrent instantanément mal au crâne. Non contente d’être à l’aise avec les mots, Iyali était surtout une tête dans tout ce qui était scientifique.
– Yo, fit-il en lui donnant une petite tape sur la tête. Tu révises quoi là ? On n’a pas de contrôle prévu en math ou en physique, si ?
– C’est pas scolaire. Enfin, pas pour le lycée, répondit-elle. Ce sont des fonctions niveau universitaire. Je m’entraîne pour le concours d’entrée de l’école prépa d’ingénieur de Doublonville.
Ren soupira, à la fois impressionné et attristé.
– J’en déduis que le BAC qui va arriver pour nous dans quatre mois, c’est tellement de la gnognote pour toi que tu peux carrément faire l’impasse dessus pour bosser le truc d’après ?
– Oh non, je révise pour le BAC aussi, bien sûr. Il faut au moins que j’ai la mention Bien pour être prise dans l’école que je veux.
Ren ne se fatigua pas à lui assurer que même si elle ne révisait pas, elle aurait sans doute la mention Très Bien avec félicitation du jury. Il aborda un autre sujet.
– Merloy m’a encore demandé de tes nouvelles ce matin, fit-il avec une grimace inhabituelle. Il voulait à tous prix que je te donne ton numéro.
– Ah… ah bon ?
Comme d’habitude quand il s’agissait d’Isaac Merloy, Iyali restait pétrifiée, sans savoir quoi dire ni comment réagir. Isaac était un élève d’une autre classe, mais faisant partie du groupe de Ren dans les cours de langues. Un fils de bonne famille, plein aux as, dont le père était le représentant de l'Empire à Acajou et ses alentours, une espèce de préfet qui siégeait chaque mois au Palais Impérial de Safrania. Un type que pas grand monde ici ne pouvait saquer, mais auquel bien sûr personne n’osait faire quoi que ce soit, étant donné le boulot de son père qui bossait directement pour Sa Majesté Julian.
Si Isaac Merloy était quelque peu méprisant et hautain envers tout le monde, même envers les profs, il était d’une attention touchante avec Iyali. À chaque fois qu’il la voyait dans les couloirs ou ailleurs, il la saluait presque en s’inclinant devant elle. Il lui parlait comme si elle était membre de la famille impériale, et n’arrêtait pas de lui offrir des choses et d’autres, souvent très coûteuses. Pourtant, Iyali ne connaissait pas Isaac plus que ça ; ils s’étaient rencontrés lors de la première réunion des délégués de classe et avaient collaboré pour la mise en place d’un système d’information global de toutes les classes de terminale. Et depuis, Isaac la voyait comme s’ils avaient toujours vécu ensemble.
– Tu devrais lui dire une fois pour toute que tu n’es pas intéressée, ou ce mec ne va pas te lâcher, lui conseilla Ren.
– Mais… mais… intéressée pour quoi ?
Ren soupira. Iyali était d’une naïveté incroyable. Evidemment, la conclusion logique du comportement d’Isaac était qu’il était tout simplement amoureux d’elle. Mais Iyali n’arrivait sans doute pas à le concevoir. Qu’est-ce qu’un garçon comme lui, si haut placé dans la société, pouvait bien trouver à une fille banale comme elle, dont les parents étaient de simples pâtissiers ? Et du reste, si Iyali pouvait se montrer hautement lyrique concernant le sentiment d’amour dans ses écrits, elle était tristement ignorante dans la réalité, et ne savait absolument pas comment gérer cette histoire. Elle en avait aussi sans doute un peu peur ; peur de vexer Isaac et de s’en faire un ennemi. S’il le voulait, son père pouvait du jour au lendemain fermer la pâtisserie des parents d’Iyali.
– Enfin, ne parlons pas de ce blaireau, fit Ren. Devine ce que j’ai pour toi…
Étant donné son grand sourire, Iyali ne pouvait pas se tromper sur la chose en question. Elle sourit à son tour.
– Tu l’as terminé ?!
– Et comment !
Ren ouvrit son sac et en sortit une feuille de papier. C’était un dessin fait par ordinateur et imprimé. Il représentait une créature humanoïde sombre, avec un œil rouge brillant, un sourcil pointu et proéminent et une longue chevelure flottant au vent. Iyali resta un moment ébahi dessus, ses yeux ne pouvant croire ce qu’elle voyait.
– Il est… merveilleux, dit-elle enfin. Exactement l’air que je voulais lui donner !
– J’ai un peu modifié ton dessin de base ici et là, fit Ren en désignant les mains et le dos de la créature. J’ai surélevé le haut du dos et ajouté à ses mains les mêmes espèces de trucs sombres qu’il avait au pied. Je voulais ensuite en rajouter aux épaules, mais j’ai trouvé que ça faisait un petit peu too much.
– Oui, il est parfait comme ça, approuva Iyali. Il n’a besoin de rien de plus. Simple, et imposant à la fois.
Il s’agissait bien sûr du Pokémon inventé – du Fakemon – qui serait le héros du roman d’Iyali. Voir son propre personnage, sa propre création, exposée comme ça sur papier lui procurait un sentiment de joie et d’excitation étrange, comme si elle venait d’accoucher de son premier enfant.
– Si on y regarde de près, dit Ren, on dirait une espèce de mix entre le Pokémon Légendaire Darkrai et Mewtwo, l’ancien héros de guerre et représentant des Pokémon sauvages de la FAL.
– Deux Pokémon considérés à juste titre comme les plus « badass » qui soient, sourit Iyali. Il va cartonner sur le net, j’en suis sûr. Merci Ren ! Je ne pouvais pas rêver meilleur dessin !
L’adolescent se gratta le menton, gêné.
– J’ai pas fait grand-chose. Je me suis basé sur ton brouillon.
– C’est notre création, à tous les deux. Notre Pokémon inventé. J’ai hâte de pouvoir écrire sur lui… même s’il me manque encore un paquet de trucs à décider avant de commencer.
– Son nom par exemple ?
Iyali lui fit un grand sourire. Elle avait beau se considérer comme une fille commune, quand elle souriait comme ça avec un tel enthousiasme, on ne pouvait que la trouver belle.
– Eh bien figure-toi que ça m’est venu hier soir, pendant que je dormais. Je ne sais plus quel rêve j’étais en train de faire, mais dès que je me suis réveillée, à deux heure du mat, j’avais ce nom en tête, sorti de nulle part.
Ren ricana.
– Une inspiration divine d’Arceus peut-être. Alors ? Quel est le nom de notre bébé ?
Iyali le lui dit. Trois syllabes. Juste trois syllabes et sept lettres, qui des années plus tard provoqueront à jamais la peur et l’effroi dans le monde entier.
– Akrovax.
De nos jours…
Pyroli faisait face aux deux Pokémon des jumeaux Chen, Alterbuzz et Contibuzz. On aurait dit deux petits gars en relief tout noir avec des casques façon Daft Punk. Leurs seules différences : la forme de leurs casques respectifs et surtout la couleur de leurs silhouettes, qui divergeaient selon la nature de leur courant électrique. L’un était d’un bleu acier, l’autre doré. Ren les confondait souvent, mais il pensait se souvenir que le jaune était Contibuzz, et le bleu Alterbuzz.
Mais peu importe qui était qui au final, car ce qui comptait, c’est le Pokémon qu’il devenait une fois la fusion effectuée. Car Ren n’allait pas se battre à deux contre un. Il avait accepté ce combat contre Sulin et Salia à un Pokémon contre un. Bien sûr, une fois fusionné, celui des jumeaux était particulièrement fort. Heureusement, Ren avait aussi un atout dans poche avec son Pyroli. Ou plus précisément, sur le bracelet qu’il portait au poignet droit.
– C’est parti, commença Salia. Contibuzz…
– …et Alterbuzz, continua Sulin. FU-SION !
Comme à leur habitude quand ils fusionnaient leurs Pokémon artificiels, les jumeaux Chen se prêtèrent à leur petit rituel. Ils voutèrent leurs corps chacun du côté de l’autre, les bras au-dessus de la tête, jusqu’à se toucher les index, en une pose ridicule tirée d’un vieux manga à succès. Leurs Pokémon firent plus ou moins pareil, en se touchant du bout des doigts, ce qui fit passer leur différent électricité l’un à l’autre, les mêlant, jusqu’à que les corps en relief des Pokémon ne s’assemblent et ne grandissent.
Le nouveau Pokémon qui en résultat était deux fois plus grand mais tout aussi fin. Il avait une seule tête mais semblait avoir deux visages, car il possédait la forme des deux casques de Contibuzz et d’Alterbuzz, un à l’avant et l’autre à l’arrière. Enfin, de l’électricité bleu et jaune circulait librement d’un membre à l’autre. Synchrobuzz était le véritable potentiel de ces deux Pokémon conçus par Régis Chen pour ses enfants. De type Foudre et Psy, il possédait une attaque spéciale très élevée, et surtout un Talent du nom de Transistor, qui augmentait encore plus ses capacités de type Foudre. Régis Chen était carrément allé jusqu’à isoler la branche d’ADN d’un Pokémon Légendaire, Regieleki, pour répliquer ce Talent unique et le transmettre à ses créations.
Bref, Contibuzz et Alterbuzz étaient des machines de guerre, des Pokémon conçus pour être les plus performants possible au combat, contrôlés par des algorithmes réfléchis et pensés pour un potentiel de puissance optimal. Ren n’allait pas reprocher aux jumeaux Chen de les avoir eus comme premiers Pokémon sans effort, quand lui-même avait hérité du Pyroli expérimenté de leur mère. Mais il s’inquiétait de ce genre de progrès technologique qui permettait de concevoir en labo des Pokémon optimisés sur commande. Il craignait qu’ils ne viennent un jour remplacer les Pokémon naturels, et que ceux-ci ne deviennent obsolètes.
C’était au tour de Ren d’utiliser son atout. Les jumeaux Chen avaient la fusion ; lui se servait d’un truc un peu plus traditionnel mais tout aussi puissant : la Méga-Évolution. Depuis la catastrophe dans la capitale de Kalos il y a des années de cela, on ne cessait de découvrir de nouvelles Méga-Gemmes à travers le monde. Ren n’aurait jamais pensé qu’une des évolutions d’Évoli pouvait méga-évoluer quand la mère des jumeaux lui avait donné son Pyroli, mais c’était bien le cas. Le Champion d’Arène toucha la Gemme Sésame sur le Méga-Anneau qu’il portait au poignet, ce qui fit réagir la Pyrolite que Pyroli portait autour du cou, dans sa fourrure semblable à des flammes.
Le symbole de la Méga-Évolution apparut au-dessus de Pyroli, qui se retrouva enfermé dans une espèce de sphère d’énergie avant d’en rejaillir transformé. Méga-Pyroli était plus grand, mais surtout d’un rouge bien plus vif et agressif, avec des rainures noires sur le corps. Sa fourrure n’avait plus seulement la couleur des flammes, mais aussi leur aspect. Enfin, ses oreilles et sa queue étaient bien plus longues.
Quand il méga-évoluait, Pyroli gagnait en attaque et en vitesse, et surtout, il acquérait le Talent Mèche Rebelle, qui réduisait la vitesse de l’adversaire pour chaque coup direct qu’il encaissait. La stratégie de Ren était donc simple : toucher rapidement l’ennemi avec de petites attaques vives, réduire peu à peu sa vitesse, lui tourner autour et l’épuiser avant de l’achever avec une bonne grosse attaque Feu physique, style Boutefeu. Ça marchait généralement très bien, mais le Pokémon des jumeaux était un peu à part…
– Alors on est d’accord, m’sieur Pavis ? demanda Salia. Aucune entube, aucune excuse ! Si on gagne, vous nous donnez votre badge ?
Ren n’avait rien trouvé de mieux que de mettre en jeu le badge Volcan de son Arène pour faire promettre aux jumeaux de se tenir tranquilles quelques jours. Bien sûr, ils avaient déjà fait des combats, mais juste amicaux jusqu’à présent. Aujourd’hui, ils combattaient dans le centre de l’arène, au milieu des tranchées de lave. C’était un match tout ce qu’il y avait de plus officiel. Bon, c’était certes à un dresseur contre deux, mais vu qu’ils n’avaient qu’un Pokémon en la personne de Synchrobuzz, c’était réglo. D’autant que pour un Pokémon, avoir deux personnes qui lui donnaient des ordres au lieu d’une était plus un handicap qu’autre chose.
Si Ren perdait, il avait donc obligation de leur remettre à chacun un badge Volcan. Il était raisonnablement confiant sur sa capacité à gagner : les jumeaux étaient forts, et le deviendront certainement plus que lui dans quelques années, mais pour le moment, Ren avait toujours l’avantage. Mais le résultat des combats n’étaient jamais écris. Il y avait toujours un risque qu’il perde. C’était tout ce qui faisait l’intérêt des combats Pokémon. Cela étant, si jamais Ren se voyait forcé de donner son badge à ces deux merdeux, il se disait qu’il allait démissionner dans l’heure suivante.
– Un Champion d’Arène n’a qu’une parole, répondit-il. Et vous aussi j’espère ?
– Une semaine sans sortir de la ville, sans se mettre en danger et sans enfreindre la loi, résuma Sulin en comptant sur ses doigts.
Ren savait que sa définition de se mettre en danger et d’enfreindre la loi différait sans doute beaucoup de celle des jumeaux, mais il pouvait espérer de leur part un minimum d’efforts en ce sens. Ces gamins avaient beau être de petits diables turbulents, insolents, arrogants et limite psychopathes, ils avaient néanmoins un minimum d’honneur et de fierté, dont celle de respecter les marchés passés. Un truc de Chen, qui était inscrit dans l’ADN de leur famille.
– Alors allons-y, annonça-t-il. Que le match commence. Je vous laisse la première attaque.
Ils ne se firent pas prier, et ordonnèrent d’une même voix :
– Synchrobuzz, attaque Cage-Éclair !
Voilà pourquoi les jumeaux Chen étaient bons : alors qu’ils avaient avec Synchrobuzz une puissance d’attaque de dingue à disposition, ils faisaient malgré tout passer la stratégie en premier en tentant d’abord de ralentir Méga-Pyroli. Beaucoup de dresseurs n’auraient pas réfléchi si loin, et auraient plutôt attaqué direct avec leur plus puissante attaque. Ça semblait même plus logique : Méga-Pyroli était fort et rapide, mais il n’avait que peu de défenses et de point de vie. Ils auraient pu espérer le mettre K.O d’un coup avec une attaque comme Fatal-Foudre. Mais Sulin et Salia avaient assisté à assez de ses combats pour savoir que Méga-Pyroli se mouvait comme les flammes dont son épaisse toison avait l’apparence. Il était très difficile à toucher, même avec une attaque à distance. D’où l’intérêt de le paralyser dès le début pour restreindre ses mouvements.
Mais Ren avait bien sûr prévu que les jumeaux feraient ça, et avant le combat, il avait dit à Pyroli : « Ils vont tenter de te paralyser dès le début. Et leur Synchrobuzz lance l’attaque dès qu’il pointe parfaitement sa cible avec son doigt. Tu as alors 0.7 secondes avant que l’attaque ne te touche. Ne quitte jamais sa main des yeux, et tiens-toi près à esquiver au dernier moment ! ».
Car si les jumeaux Chen avaient observé beaucoup de ses combats pour se renseigner sur son style, l’inverse était aussi vrai. Et c’est ce qui faisait la force de Ren Pavis : son observation et son analyse des combats, des Pokémon, des attaques et même des dresseurs. Il ne laissait rien au hasard et n’improvisait que rarement ; Ren avait toujours un plan à l’avance, ou bien il le construisait peu de temps après le début du combat après avoir récolté assez d’information. Il tenait ça d’Auguste, son prédécesseur. En plus d’être un dresseur d’élite, le vieil homme avait été une tête, un brillant scientifique. Malgré les clichés sur les dresseurs qui n’allaient pas à l’école, les compétences cérébrales étaient indispensables en combat Pokémon, ne serait-ce que pour la table des forces et faiblesses selon les types.
Ren n’eut donc même pas à dire à Pyroli d’esquiver ni quand le faire. Le Pokémon avait parfaitement enregistré les consignes de son maître, et bondit dès l’instant où la Cage-Éclair apparut autour de lui. Après quoi le Pokémon Feu enchaîna naturellement sur un coup rapide pour surprendre l’adversaire, avec une Vive-Attaque. Et elle, elle toucha de plein fouet. Ça ne blessa guère Synchrobuzz, mais infliger des dommages n’était pas le but. L’objectif, c’était d’activer le Talent Mèche Rebelle de Méga-Évoli pour baisser la vitesse du Pokémon des Chen, ce qui fonctionna.
– On essaie de le paralyser encore ? demanda Sulin à sa sœur.
– Ça marchera encore moins, maintenant que c’est Synchrobuzz qui est ralenti, objecta Salia. On tente le tout pour le tout et on fait mal ! On a plus de puissance de frappe ! Il tombera avant nous !
D’habitude, les jumeaux n’avaient pas besoin de se parler à haute voix pour se comprendre durant un combat. C’est ce qui faisait aussi leur grande force : leur synergie. Mais ça, c’était quand leur combat se passait bien. Quand Synchrobuzz était en difficulté, ils argumentaient en plein match ou même parfois se chamaillaient. Ils avaient un grand potentiel, oui, mais manquaient encore de maturité.
Mais cette fois, Sulin se rangea bien vite de l’avis de sa sœur. Salia disait vrai : Synchrobuzz était plus puissant que Méga-Pyroli, et dans un duel d’intensité d’attaque, il allait gagner. Sauf que toutes les attaques de Synchrobuzz, même son attaque Tonnerre qui avait une très bonne précision, pouvaient être esquivées. Et en cela, la différence de vitesse entre les deux adversaires était déterminante. Méga-Pyroli avait donc nettement l’avantage, et l’aurait plus encore à chaque fois qu’il toucherait Synchrobuzz pour lui infliger Mèche Rebelle pour lui faire perdre de la vitesse. Les Chen comptaient sans doute enchaîner les attaques en espérant que l’une d’elle ne le touche. Ils s’en remettaient à la chance. Du coup ils avaient déjà perdu, car Ren connaissait toutes les attaques de leur Synchrobuzz et l’exact moment à laquelle elle touchait.
Il attendit donc le nom de leur prochaine attaque, tout comme son Méga-Pyroli, près à esquiver. Mais Ren s’était trompé. Les jumeaux ne comptaient pas sur la chance, mais plutôt sur l’effet de surprise. Car le nom d’attaque qu’ils crièrent à l’unisson n’était pas celui auquel Ren s’attendait.
– Synchrobuzz, attaque Onde de Choc !
Ren ne put réagir à temps, pas plus que Méga-Pyroli. De toute façon, il n’y avait pas à réagir sur Onde de Choc, car sa particularité était de toujours toucher l’adversaire. C’était l’une des rares attaques impossibles à esquiver, car l’onde électrique balaya toute l’arène. En contrepartie de sa précision infaillible, l’attaque n’était pas très puissante, mais sur un Pokémon comme Synchrobuzz, avec Transistor, elle fit quand même un bon paquet de dégâts. Pyroli encaissa, mais Ren savait qu’il n’en supporterait pas une seconde.
– Vous m’avez caché cette attaque depuis que vous êtes là, bande de petits saligauds ? s’indigna-t-il.
– On ne l’a que depuis une semaine, répondit Sulin. On a acheté le CT sur Internet. Ils mettent un bail à livrer sur votre île pourrie…
– Mais on ne l’a prise que pour vous, en nous disant qu’il nous en faudrait une que vous seriez incapable d’esquiver, ajouta Salia.
Ren réfléchit à toute vitesse pour se trouver un autre plan. Contre Onde de Choc, il ne pouvait plus temporiser. Il fallait qu’il attaque, et fort, pour conclure le match. Il pouvait attaquer une fois avant que Synchrobuzz ne lance sa prochaine Onde de Choc, mais il doutait très sérieusement de le mettre K.O en un coup, alors qu’il n’avait encaissé que sa petite Vive-Attaque. Il lui fallait au moins deux attaques pour en terminer. Ce qui signifiait qu’il devait survivre à l’Onde de Choc suivante…
Il ordonna une nouvelle Vive-Attaque, plus pour réduire davantage la vitesse de Synchrobuzz que pour l’affaiblir, même si chaque PV allait compter à présent. Puis il se tint prêt. Dès l’instant où les Chen ordonnèrent une nouvelle Onde de Choc, Ren cria à son Pokémon :
– La lave, Pyroli !
Le Pokémon ne se le fit pas dire deux fois et n’hésita pas. Du fait de leur différence de vitesse, il eut largement le temps de sauter dans l’une des tranchées de lave avant que l’Onde de Choc n’éclate. Sous sa forme normale, Pyroli n’aurait sans doute pas supporté la chaleur du magma, mais Méga-Pyroli le pouvait lui. Et sous la lave, il fut protégé de l’attaque électrique de Synchrobuzz.
– Eh ! C’est de la triche ! protesta Sulin.
– Non, répliqua Ren. L’utilisation du terrain et de ses particularités a toujours été légale, et même recommandée.
– Mais la lave vous avantage vous, avec vos Pokémon Feu ! fit remarquer Salia.
– Bien sûr que oui, et c’est normal. Nous sommes dans une Arène, pas sur un terrain neutre. Vous en avez déjà vues d’autres avant la mienne non ? Vous croyez que Forrest d’Argenta a confectionné son terrain avec de jolies fleurs ? Ou Erika avec des patinoires de glace ? Les challengers connaissent à l’avance le type de nos Pokémon et donc l’allure générale de l’Arène. À eux d’en tirer profit.
Cette leçon déclarée, Ren s’apprêta à en finir. Il cria le nom de la plus puissante attaque de Pyroli : Boutefeu. Ce dernier surgit de la lave, son corps bouillonnant, et avec sa vitesse, on aurait bel et bien dit une flamme rouge qui chargeait sur Synchrobuzz. Ce dernier ne put bien sûr pas esquiver, et se la prit de plein fouet. Elle fut suffisante pour lui faire fondre tous ses PV restant. Méga-Pyroli aussi subit pas mal de dommages de contrecoup, et avec l’Onde de Choc de toute à l’heure, il tenait à peine sur ses jambes. Mais il était debout, et son adversaire non. C’était une victoire pour l’Arène de Cramois’Île.
Une fois K.O, Synchrobuzz se « défusionna » et redevint Alterbuzz et Contibuzz, que les jumeaux rappelèrent dans leurs Pokéballs respectives. Au lieu de bouder ou de se disputer, ils se mirent à parler du combat et de leur prochaine stratégie à mettre en œuvre. Ils n’avaient aucunement besoin d’être consolés ou encouragés. Ren les laissa entre frère et sœur, en se disant que ça allait lui être de plus en plus difficile après chaque combat de remporter le suivant.
Il aimerait bien lui aussi avoir un Pokémon unique et surpuissant. Mais il n’avait hélas pas un père célèbre et riche qui pouvait se créer un tel Pokémon en labo, et il avait abandonné depuis pas mal de temps ses rêves de gamins de capturer un Pokémon Légendaire. Il songea à Akrovax, le Fakemon qu’il avait dessiné pour son amie Iyali et sa fic Sector 57. Il serait rapidement devenu le meilleur dresseur du monde, avec un tel monstre à ses ordres.
Songer à Akrovax lui fit bien sûr songer à Iyali. Sa vieille amie lui manquait. À cause de son boulot dans la Team Rocket, il ne la voyait qu’assez peu. Il se promit de l’appeler bientôt, pour lui demander la date de sa prochaine permission. Il pourrait l’inviter ici, et lui payer le restaurant à touriste le plus cher de l’île. Les jumeaux pourraient même avoir des trucs à apprendre d’elle. Iyali, fille unique, avait toujours adoré les enfants. Elle pourrait se plaire de leur compagnie. Elle serait bien la seule…
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Images d'Akrovax, Alterbuzz, Contibuzz, Synchrobuzz et Méga-Pyroli




Ren Pavis avait beau être un élève sérieux, il pouvait difficilement tenir à deux heures de cours de philosophie à la suite. Sans doute que certains profs auraient pu rendre cette matière vaguement intéressante, mais quand elle était enseignée par Monsieur Latence, le doyen des profs du lycée, elle faisait plus office de somnifère que de réelle matière académique.
Au bout d’une heure de marmonnements incessants sur le « moi et le soi », la moitié de la classe somnolait sans même tenter de le cacher, et l’autre moitié s’adonnait aux activités de son choix, du jeu du pendu avec son voisin au visionnage de vidéos sur Smartphone. Le professeur Latence n’en avait pour ainsi dire rien à faire et continuait son cour comme à chaque fois comme si de rien n’était. Une météorite aurait pu s’écraser non loin qu’il n’aurait pas renoncé à ses explications monotones sur la perception de soi et d’autrui.
Ren, à dix-sept ans, était à la fois élève de terminale du lycée d’Acajou, mais aussi dresseur Pokémon en passe de se professionnaliser. Ce n’est pas pour autant qu’il renonçait à l’école. Il y avait une vieille croyance un peu absurde, comme quoi tous les enfants qui se lançaient dans un voyage initiatique n’étaient plus du tout scolarisés. C’était bien sûr ridicule : il y a encore quelques années, l’âge minimum pour se lancer dans un voyage initiatique de dresseur était dix ans. Il est absurde de penser qu’un gamin de dix ans puisse totalement abandonner l’école. Sinon quoi, les dresseurs Pokémon seraient tous des adultes sachant à peine lire et compter.
Il existait un régime spécial pour les enfants dresseurs de Pokémon. Ils pouvaient en effet intégrer n’importe quelle école de Johkan, et ce à n’importe quel moment et pour une durée de leur choix. Il arrivait donc fréquemment que de tels enfants s’arrêtent quelques mois dans une grande ville, faisant une pause dans leur voyage initiatique et retournant un temps sur les bancs de l’école. Bien sûr, ce n’était pas l’idéal pour une scolarité, et évidemment, il y avait de nombreux trous dans les connaissances des dresseurs. Mais c’était un choix.
Ren avait lui la chance d’avoir un Pokémon Vol qui pouvait le transporter partout sur le continent, et il pouvait donc revenir dans sa ville natale d’Acajou quand bon lui semblait. Il avait donc réussi à se maintenir une scolarité plus ou moins normale. Du moins pour le lycée. Il ne pouvait pas prétendre avoir les meilleures notes du bahut, mais il s’accrochait pour rattraper son retard. Et il avait sa meilleure amie, qu’il connaissait depuis l’enfance, Iyali, qui l’aidait beaucoup. Elle était la meilleure élève de la classe, donc ça aidait.
Le jeune homme jeta un coup d’œil à son amie, deux chaises à sa gauche. Elle était bien sûr la seule élève de la classe à suivre le cours et à prendre des notes. Jeune fille à lunette aux longs cheveux bruns et aux yeux améthyste, elle passait pour être « l’intello » du bahut. C’était d’ailleurs pour cela que la classe l’avait désignée à l’unanimité pour être sa déléguée alors qu’elle ne s’était même pas présentée. Mais tous savaient très bien qu’elle ne refuserait pas devant une telle majorité. Iyali avait effectivement un énorme sens des responsabilités qui la poussait à aider tous ceux qu’elle pouvait. Pour cela, ses camarades la respectaient et ne la harcelaient pas malgré son air de première de la classe, mais elle avait en revanche assez peu d’amis.
Ce n’était pas qu’elle était particulièrement antipathique. Elle aurait bien aimé se faire plein d’amis. Mais elle était mal à l’aise avec les gens. Elle ne savait pas comment leur parler, ni comment de tenir un dialogue riche et animé. Il fallait ajouter à ça le fait qu’elle avait peu de centre d’intérêt en commun avec ses camarades. Les filles parlaient principalement de garçons, de vêtements, ou bien de la dernière série romantique à la mode ; des sujets qui ne la passionnaient guère. Quant aux garçons, ils causaient généralement de combats Pokémon, de combats Pokémon… et de combats Pokémon. Iyali aimait les Pokémon, mais aurait fait une bien piètre dresseuse.
Ce qu’Iyali aimait faire, c’était écrire. C’était son passe-temps ; le seul à vrai dire, et la seule chose où elle était réellement douée. Elle écrivait des histoires sur internet. Elle avait commencé par de simples nouvelles, qui avaient vite rencontré un succès inespéré, tant sur le nombre de lecteurs que sur la notation du site où elle les avait postées. Donc maintenant, elle visait plus haut : elle voulait écrire son propre roman. Sur internet bien sûr, en premier lieu, mais pourquoi en visant l’édition un jour ? Elle doutait de pouvoir vivre de ça, mais c’était pour elle une véritable passion. La fille insipide et ennuyeuse qu’elle était dans la vie réelle se transformait en moulin à parole et à imagination sur le net.
Ren n’était pas spécialement un fana de lecture, mais il devait avouer que son amie avait un don, et il lisait volontiers ses textes, surtout qu’il s’agissait principalement de récits d’aventures avec des Pokémons. Fort de ses propres connaissances en la matière, il aidait souvent Iyali, notamment quand elle écrivait des combats Pokémon. Elle lui avait dit qu’elle comptait bientôt se lancer dans un grand et long projet, et lui avait narré le résumé de base : un roman assez sombre, avec de l’action et du drame. Il fallait donc pour cela un héros tout aussi sombre. Elle avait déjà son idée pour son personnage principal humain, mais pour ce roman, elle voulait un héros Pokémon.
Et pas n’importe quel Pokémon ; un Pokémon inventé. Pas mal d’auteurs auraient trouvé bizarre de s’ennuyer à inventer un Pokémon de toute pièce alors que le monde en comptait un chiffre encore non-estimé et en constante augmentation, mais Iyali tenait à son Pokémon qui n’existait pas. Elle aimait créer et inventer, alors autant aller jusqu’au bout. Evidemment, il serait le seul Pokémon inventé de son roman.
– Mais qu’est-ce donc que « je » ? continuait à déblatérer le professeur Latence devant une classe totalement ailleurs. Une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui désire, qui imagine, et qui sent. Ainsi parlait le célèbre philosophe kalosien Descartes, avec sa célèbre formule « Cogito Ergo Sum » ; je pense, donc je suis.
Ren ne fit aucun effort pour retenir un long bâillement. Il avait hâte que le cours se termine, pour retrouver Iyali lors de la récrée, et lui donner ce qu’il avait fait pour elle, la petite commande qu’elle lui avait passée. Car si la jeune fille avait un don pour l’écriture, elle était tristement nulle en ce qui concernait le dessin. Et sur ça, Ren avait quelques notions. Il s’était donc proposé de dessiner le Pokémon imaginaire qui serait la figure de proue de son futur roman. Elle lui avait donné pour cela beaucoup de caractéristiques, jusqu’à son rôle précis dans l’histoire, et un croquis mal fagoté sur brouillon. Ren avait ensuite laissé parler son imagination.
Quand la cloche sonna, ils quittèrent tous la salle de classe pour se rendre dans la cours du lycée pour la pause de dix heures. Le lycée Cartelis d’Acajou était un établissement sans histoire, tranquille, où il faisait bon d’étudier. Du reste, toute la ville était ainsi… et sans doute même toute la région Johto désormais. La terrible Guerre Mondiale qui avait secoué le monde et qui l’avait laissé traumatisé avait pris fin il y a maintenant neuf ans. L'Empire de Johkania, affilié à la Fédération des Alliances Libres, était devenu un havre de paix et de prospérité.
Ren se réjouissait d’avoir pu grandir dans ces conditions sereines. Il était très jeune à l’époque de la Guerre Mondiale, mais se souvenait quand même de ce que c’était la vie sous le régime dictatorial de Lady Venamia. La peur, l’injustice et l’insécurité au quotidien. Ren ne voulait plus jamais revivre ça, et espérait que plus une seule guerre n’éclaterait à nouveau dans la région Johkan. Surtout parce qu’il était difficile de devenir un dresseur d’élite dans un pays en guerre. Les combats Pokémon devenaient quelque peu secondaires…
Comme Iyali était plongée dans ses notes – elle étudiait même lors des pauses – Ren alla saluer d’abord ses autres amis. Comme il était souvent absent du fait de son statut de dresseur, pas mal d’entre eux n’attendaient que de le harceler de question sur les combats qu’il a pu mener et les Pokémon qu’il avait capturés. Ren était assez populaire, déjà parce qu’il était un puissant dresseur, mais aussi parce qu’il était beau gosse, avec son visage parfait, ses yeux de la couleur du coucher de soleil et sa chevelure rouge vif avec des mèches orangés qui lui donnaient l’impression d’avoir la tête en feu. Ren en était conscient, mais n’en tirait aucune arrogance. C’était juste factuel.
Pour autant, il ne courrait pas spécialement après les filles. Il ne pourrait pas jongler entre ses études et le dressage avec en plus une petite-amie. Et puis, ça avait beau être une réflexion de macho, mais les filles, en règle générale, ça ne comprenait pas grand-chose aux Pokémon et à la beauté des combats. Du coup, qu’il passe pas mal de temps avec Iyali attirait la jalousie de pas mal de filles, qui ne comprenaient pas ce qu’il pouvait trouver à cette binoclarde timide et bizarre. Il devait souvent se justifier en rappelant qu’ils étaient voisins et amis d’enfance.
Quand enfin il eut fait le tour de ses connaissances et admirateurs en tout genre, il retrouva Iyali peu avant la sonnerie de reprise des cours. Elle était sur un banc, toute seule en train d’écrire Arceus sait quoi. Il passa derrière elle sans qu’elle ne le remarque et y lut des formules physiques et mathématiques qui lui donnèrent instantanément mal au crâne. Non contente d’être à l’aise avec les mots, Iyali était surtout une tête dans tout ce qui était scientifique.
– Yo, fit-il en lui donnant une petite tape sur la tête. Tu révises quoi là ? On n’a pas de contrôle prévu en math ou en physique, si ?
– C’est pas scolaire. Enfin, pas pour le lycée, répondit-elle. Ce sont des fonctions niveau universitaire. Je m’entraîne pour le concours d’entrée de l’école prépa d’ingénieur de Doublonville.
Ren soupira, à la fois impressionné et attristé.
– J’en déduis que le BAC qui va arriver pour nous dans quatre mois, c’est tellement de la gnognote pour toi que tu peux carrément faire l’impasse dessus pour bosser le truc d’après ?
– Oh non, je révise pour le BAC aussi, bien sûr. Il faut au moins que j’ai la mention Bien pour être prise dans l’école que je veux.
Ren ne se fatigua pas à lui assurer que même si elle ne révisait pas, elle aurait sans doute la mention Très Bien avec félicitation du jury. Il aborda un autre sujet.
– Merloy m’a encore demandé de tes nouvelles ce matin, fit-il avec une grimace inhabituelle. Il voulait à tous prix que je te donne ton numéro.
– Ah… ah bon ?
Comme d’habitude quand il s’agissait d’Isaac Merloy, Iyali restait pétrifiée, sans savoir quoi dire ni comment réagir. Isaac était un élève d’une autre classe, mais faisant partie du groupe de Ren dans les cours de langues. Un fils de bonne famille, plein aux as, dont le père était le représentant de l'Empire à Acajou et ses alentours, une espèce de préfet qui siégeait chaque mois au Palais Impérial de Safrania. Un type que pas grand monde ici ne pouvait saquer, mais auquel bien sûr personne n’osait faire quoi que ce soit, étant donné le boulot de son père qui bossait directement pour Sa Majesté Julian.
Si Isaac Merloy était quelque peu méprisant et hautain envers tout le monde, même envers les profs, il était d’une attention touchante avec Iyali. À chaque fois qu’il la voyait dans les couloirs ou ailleurs, il la saluait presque en s’inclinant devant elle. Il lui parlait comme si elle était membre de la famille impériale, et n’arrêtait pas de lui offrir des choses et d’autres, souvent très coûteuses. Pourtant, Iyali ne connaissait pas Isaac plus que ça ; ils s’étaient rencontrés lors de la première réunion des délégués de classe et avaient collaboré pour la mise en place d’un système d’information global de toutes les classes de terminale. Et depuis, Isaac la voyait comme s’ils avaient toujours vécu ensemble.
– Tu devrais lui dire une fois pour toute que tu n’es pas intéressée, ou ce mec ne va pas te lâcher, lui conseilla Ren.
– Mais… mais… intéressée pour quoi ?
Ren soupira. Iyali était d’une naïveté incroyable. Evidemment, la conclusion logique du comportement d’Isaac était qu’il était tout simplement amoureux d’elle. Mais Iyali n’arrivait sans doute pas à le concevoir. Qu’est-ce qu’un garçon comme lui, si haut placé dans la société, pouvait bien trouver à une fille banale comme elle, dont les parents étaient de simples pâtissiers ? Et du reste, si Iyali pouvait se montrer hautement lyrique concernant le sentiment d’amour dans ses écrits, elle était tristement ignorante dans la réalité, et ne savait absolument pas comment gérer cette histoire. Elle en avait aussi sans doute un peu peur ; peur de vexer Isaac et de s’en faire un ennemi. S’il le voulait, son père pouvait du jour au lendemain fermer la pâtisserie des parents d’Iyali.
– Enfin, ne parlons pas de ce blaireau, fit Ren. Devine ce que j’ai pour toi…
Étant donné son grand sourire, Iyali ne pouvait pas se tromper sur la chose en question. Elle sourit à son tour.
– Tu l’as terminé ?!
– Et comment !
Ren ouvrit son sac et en sortit une feuille de papier. C’était un dessin fait par ordinateur et imprimé. Il représentait une créature humanoïde sombre, avec un œil rouge brillant, un sourcil pointu et proéminent et une longue chevelure flottant au vent. Iyali resta un moment ébahi dessus, ses yeux ne pouvant croire ce qu’elle voyait.
– Il est… merveilleux, dit-elle enfin. Exactement l’air que je voulais lui donner !
– J’ai un peu modifié ton dessin de base ici et là, fit Ren en désignant les mains et le dos de la créature. J’ai surélevé le haut du dos et ajouté à ses mains les mêmes espèces de trucs sombres qu’il avait au pied. Je voulais ensuite en rajouter aux épaules, mais j’ai trouvé que ça faisait un petit peu too much.
– Oui, il est parfait comme ça, approuva Iyali. Il n’a besoin de rien de plus. Simple, et imposant à la fois.
Il s’agissait bien sûr du Pokémon inventé – du Fakemon – qui serait le héros du roman d’Iyali. Voir son propre personnage, sa propre création, exposée comme ça sur papier lui procurait un sentiment de joie et d’excitation étrange, comme si elle venait d’accoucher de son premier enfant.
– Si on y regarde de près, dit Ren, on dirait une espèce de mix entre le Pokémon Légendaire Darkrai et Mewtwo, l’ancien héros de guerre et représentant des Pokémon sauvages de la FAL.
– Deux Pokémon considérés à juste titre comme les plus « badass » qui soient, sourit Iyali. Il va cartonner sur le net, j’en suis sûr. Merci Ren ! Je ne pouvais pas rêver meilleur dessin !
L’adolescent se gratta le menton, gêné.
– J’ai pas fait grand-chose. Je me suis basé sur ton brouillon.
– C’est notre création, à tous les deux. Notre Pokémon inventé. J’ai hâte de pouvoir écrire sur lui… même s’il me manque encore un paquet de trucs à décider avant de commencer.
– Son nom par exemple ?
Iyali lui fit un grand sourire. Elle avait beau se considérer comme une fille commune, quand elle souriait comme ça avec un tel enthousiasme, on ne pouvait que la trouver belle.
– Eh bien figure-toi que ça m’est venu hier soir, pendant que je dormais. Je ne sais plus quel rêve j’étais en train de faire, mais dès que je me suis réveillée, à deux heure du mat, j’avais ce nom en tête, sorti de nulle part.
Ren ricana.
– Une inspiration divine d’Arceus peut-être. Alors ? Quel est le nom de notre bébé ?
Iyali le lui dit. Trois syllabes. Juste trois syllabes et sept lettres, qui des années plus tard provoqueront à jamais la peur et l’effroi dans le monde entier.
– Akrovax.
***
De nos jours…
Pyroli faisait face aux deux Pokémon des jumeaux Chen, Alterbuzz et Contibuzz. On aurait dit deux petits gars en relief tout noir avec des casques façon Daft Punk. Leurs seules différences : la forme de leurs casques respectifs et surtout la couleur de leurs silhouettes, qui divergeaient selon la nature de leur courant électrique. L’un était d’un bleu acier, l’autre doré. Ren les confondait souvent, mais il pensait se souvenir que le jaune était Contibuzz, et le bleu Alterbuzz.
Mais peu importe qui était qui au final, car ce qui comptait, c’est le Pokémon qu’il devenait une fois la fusion effectuée. Car Ren n’allait pas se battre à deux contre un. Il avait accepté ce combat contre Sulin et Salia à un Pokémon contre un. Bien sûr, une fois fusionné, celui des jumeaux était particulièrement fort. Heureusement, Ren avait aussi un atout dans poche avec son Pyroli. Ou plus précisément, sur le bracelet qu’il portait au poignet droit.
– C’est parti, commença Salia. Contibuzz…
– …et Alterbuzz, continua Sulin. FU-SION !
Comme à leur habitude quand ils fusionnaient leurs Pokémon artificiels, les jumeaux Chen se prêtèrent à leur petit rituel. Ils voutèrent leurs corps chacun du côté de l’autre, les bras au-dessus de la tête, jusqu’à se toucher les index, en une pose ridicule tirée d’un vieux manga à succès. Leurs Pokémon firent plus ou moins pareil, en se touchant du bout des doigts, ce qui fit passer leur différent électricité l’un à l’autre, les mêlant, jusqu’à que les corps en relief des Pokémon ne s’assemblent et ne grandissent.
Le nouveau Pokémon qui en résultat était deux fois plus grand mais tout aussi fin. Il avait une seule tête mais semblait avoir deux visages, car il possédait la forme des deux casques de Contibuzz et d’Alterbuzz, un à l’avant et l’autre à l’arrière. Enfin, de l’électricité bleu et jaune circulait librement d’un membre à l’autre. Synchrobuzz était le véritable potentiel de ces deux Pokémon conçus par Régis Chen pour ses enfants. De type Foudre et Psy, il possédait une attaque spéciale très élevée, et surtout un Talent du nom de Transistor, qui augmentait encore plus ses capacités de type Foudre. Régis Chen était carrément allé jusqu’à isoler la branche d’ADN d’un Pokémon Légendaire, Regieleki, pour répliquer ce Talent unique et le transmettre à ses créations.
Bref, Contibuzz et Alterbuzz étaient des machines de guerre, des Pokémon conçus pour être les plus performants possible au combat, contrôlés par des algorithmes réfléchis et pensés pour un potentiel de puissance optimal. Ren n’allait pas reprocher aux jumeaux Chen de les avoir eus comme premiers Pokémon sans effort, quand lui-même avait hérité du Pyroli expérimenté de leur mère. Mais il s’inquiétait de ce genre de progrès technologique qui permettait de concevoir en labo des Pokémon optimisés sur commande. Il craignait qu’ils ne viennent un jour remplacer les Pokémon naturels, et que ceux-ci ne deviennent obsolètes.
C’était au tour de Ren d’utiliser son atout. Les jumeaux Chen avaient la fusion ; lui se servait d’un truc un peu plus traditionnel mais tout aussi puissant : la Méga-Évolution. Depuis la catastrophe dans la capitale de Kalos il y a des années de cela, on ne cessait de découvrir de nouvelles Méga-Gemmes à travers le monde. Ren n’aurait jamais pensé qu’une des évolutions d’Évoli pouvait méga-évoluer quand la mère des jumeaux lui avait donné son Pyroli, mais c’était bien le cas. Le Champion d’Arène toucha la Gemme Sésame sur le Méga-Anneau qu’il portait au poignet, ce qui fit réagir la Pyrolite que Pyroli portait autour du cou, dans sa fourrure semblable à des flammes.
Le symbole de la Méga-Évolution apparut au-dessus de Pyroli, qui se retrouva enfermé dans une espèce de sphère d’énergie avant d’en rejaillir transformé. Méga-Pyroli était plus grand, mais surtout d’un rouge bien plus vif et agressif, avec des rainures noires sur le corps. Sa fourrure n’avait plus seulement la couleur des flammes, mais aussi leur aspect. Enfin, ses oreilles et sa queue étaient bien plus longues.
Quand il méga-évoluait, Pyroli gagnait en attaque et en vitesse, et surtout, il acquérait le Talent Mèche Rebelle, qui réduisait la vitesse de l’adversaire pour chaque coup direct qu’il encaissait. La stratégie de Ren était donc simple : toucher rapidement l’ennemi avec de petites attaques vives, réduire peu à peu sa vitesse, lui tourner autour et l’épuiser avant de l’achever avec une bonne grosse attaque Feu physique, style Boutefeu. Ça marchait généralement très bien, mais le Pokémon des jumeaux était un peu à part…
– Alors on est d’accord, m’sieur Pavis ? demanda Salia. Aucune entube, aucune excuse ! Si on gagne, vous nous donnez votre badge ?
Ren n’avait rien trouvé de mieux que de mettre en jeu le badge Volcan de son Arène pour faire promettre aux jumeaux de se tenir tranquilles quelques jours. Bien sûr, ils avaient déjà fait des combats, mais juste amicaux jusqu’à présent. Aujourd’hui, ils combattaient dans le centre de l’arène, au milieu des tranchées de lave. C’était un match tout ce qu’il y avait de plus officiel. Bon, c’était certes à un dresseur contre deux, mais vu qu’ils n’avaient qu’un Pokémon en la personne de Synchrobuzz, c’était réglo. D’autant que pour un Pokémon, avoir deux personnes qui lui donnaient des ordres au lieu d’une était plus un handicap qu’autre chose.
Si Ren perdait, il avait donc obligation de leur remettre à chacun un badge Volcan. Il était raisonnablement confiant sur sa capacité à gagner : les jumeaux étaient forts, et le deviendront certainement plus que lui dans quelques années, mais pour le moment, Ren avait toujours l’avantage. Mais le résultat des combats n’étaient jamais écris. Il y avait toujours un risque qu’il perde. C’était tout ce qui faisait l’intérêt des combats Pokémon. Cela étant, si jamais Ren se voyait forcé de donner son badge à ces deux merdeux, il se disait qu’il allait démissionner dans l’heure suivante.
– Un Champion d’Arène n’a qu’une parole, répondit-il. Et vous aussi j’espère ?
– Une semaine sans sortir de la ville, sans se mettre en danger et sans enfreindre la loi, résuma Sulin en comptant sur ses doigts.
Ren savait que sa définition de se mettre en danger et d’enfreindre la loi différait sans doute beaucoup de celle des jumeaux, mais il pouvait espérer de leur part un minimum d’efforts en ce sens. Ces gamins avaient beau être de petits diables turbulents, insolents, arrogants et limite psychopathes, ils avaient néanmoins un minimum d’honneur et de fierté, dont celle de respecter les marchés passés. Un truc de Chen, qui était inscrit dans l’ADN de leur famille.
– Alors allons-y, annonça-t-il. Que le match commence. Je vous laisse la première attaque.
Ils ne se firent pas prier, et ordonnèrent d’une même voix :
– Synchrobuzz, attaque Cage-Éclair !
Voilà pourquoi les jumeaux Chen étaient bons : alors qu’ils avaient avec Synchrobuzz une puissance d’attaque de dingue à disposition, ils faisaient malgré tout passer la stratégie en premier en tentant d’abord de ralentir Méga-Pyroli. Beaucoup de dresseurs n’auraient pas réfléchi si loin, et auraient plutôt attaqué direct avec leur plus puissante attaque. Ça semblait même plus logique : Méga-Pyroli était fort et rapide, mais il n’avait que peu de défenses et de point de vie. Ils auraient pu espérer le mettre K.O d’un coup avec une attaque comme Fatal-Foudre. Mais Sulin et Salia avaient assisté à assez de ses combats pour savoir que Méga-Pyroli se mouvait comme les flammes dont son épaisse toison avait l’apparence. Il était très difficile à toucher, même avec une attaque à distance. D’où l’intérêt de le paralyser dès le début pour restreindre ses mouvements.
Mais Ren avait bien sûr prévu que les jumeaux feraient ça, et avant le combat, il avait dit à Pyroli : « Ils vont tenter de te paralyser dès le début. Et leur Synchrobuzz lance l’attaque dès qu’il pointe parfaitement sa cible avec son doigt. Tu as alors 0.7 secondes avant que l’attaque ne te touche. Ne quitte jamais sa main des yeux, et tiens-toi près à esquiver au dernier moment ! ».
Car si les jumeaux Chen avaient observé beaucoup de ses combats pour se renseigner sur son style, l’inverse était aussi vrai. Et c’est ce qui faisait la force de Ren Pavis : son observation et son analyse des combats, des Pokémon, des attaques et même des dresseurs. Il ne laissait rien au hasard et n’improvisait que rarement ; Ren avait toujours un plan à l’avance, ou bien il le construisait peu de temps après le début du combat après avoir récolté assez d’information. Il tenait ça d’Auguste, son prédécesseur. En plus d’être un dresseur d’élite, le vieil homme avait été une tête, un brillant scientifique. Malgré les clichés sur les dresseurs qui n’allaient pas à l’école, les compétences cérébrales étaient indispensables en combat Pokémon, ne serait-ce que pour la table des forces et faiblesses selon les types.
Ren n’eut donc même pas à dire à Pyroli d’esquiver ni quand le faire. Le Pokémon avait parfaitement enregistré les consignes de son maître, et bondit dès l’instant où la Cage-Éclair apparut autour de lui. Après quoi le Pokémon Feu enchaîna naturellement sur un coup rapide pour surprendre l’adversaire, avec une Vive-Attaque. Et elle, elle toucha de plein fouet. Ça ne blessa guère Synchrobuzz, mais infliger des dommages n’était pas le but. L’objectif, c’était d’activer le Talent Mèche Rebelle de Méga-Évoli pour baisser la vitesse du Pokémon des Chen, ce qui fonctionna.
– On essaie de le paralyser encore ? demanda Sulin à sa sœur.
– Ça marchera encore moins, maintenant que c’est Synchrobuzz qui est ralenti, objecta Salia. On tente le tout pour le tout et on fait mal ! On a plus de puissance de frappe ! Il tombera avant nous !
D’habitude, les jumeaux n’avaient pas besoin de se parler à haute voix pour se comprendre durant un combat. C’est ce qui faisait aussi leur grande force : leur synergie. Mais ça, c’était quand leur combat se passait bien. Quand Synchrobuzz était en difficulté, ils argumentaient en plein match ou même parfois se chamaillaient. Ils avaient un grand potentiel, oui, mais manquaient encore de maturité.
Mais cette fois, Sulin se rangea bien vite de l’avis de sa sœur. Salia disait vrai : Synchrobuzz était plus puissant que Méga-Pyroli, et dans un duel d’intensité d’attaque, il allait gagner. Sauf que toutes les attaques de Synchrobuzz, même son attaque Tonnerre qui avait une très bonne précision, pouvaient être esquivées. Et en cela, la différence de vitesse entre les deux adversaires était déterminante. Méga-Pyroli avait donc nettement l’avantage, et l’aurait plus encore à chaque fois qu’il toucherait Synchrobuzz pour lui infliger Mèche Rebelle pour lui faire perdre de la vitesse. Les Chen comptaient sans doute enchaîner les attaques en espérant que l’une d’elle ne le touche. Ils s’en remettaient à la chance. Du coup ils avaient déjà perdu, car Ren connaissait toutes les attaques de leur Synchrobuzz et l’exact moment à laquelle elle touchait.
Il attendit donc le nom de leur prochaine attaque, tout comme son Méga-Pyroli, près à esquiver. Mais Ren s’était trompé. Les jumeaux ne comptaient pas sur la chance, mais plutôt sur l’effet de surprise. Car le nom d’attaque qu’ils crièrent à l’unisson n’était pas celui auquel Ren s’attendait.
– Synchrobuzz, attaque Onde de Choc !
Ren ne put réagir à temps, pas plus que Méga-Pyroli. De toute façon, il n’y avait pas à réagir sur Onde de Choc, car sa particularité était de toujours toucher l’adversaire. C’était l’une des rares attaques impossibles à esquiver, car l’onde électrique balaya toute l’arène. En contrepartie de sa précision infaillible, l’attaque n’était pas très puissante, mais sur un Pokémon comme Synchrobuzz, avec Transistor, elle fit quand même un bon paquet de dégâts. Pyroli encaissa, mais Ren savait qu’il n’en supporterait pas une seconde.
– Vous m’avez caché cette attaque depuis que vous êtes là, bande de petits saligauds ? s’indigna-t-il.
– On ne l’a que depuis une semaine, répondit Sulin. On a acheté le CT sur Internet. Ils mettent un bail à livrer sur votre île pourrie…
– Mais on ne l’a prise que pour vous, en nous disant qu’il nous en faudrait une que vous seriez incapable d’esquiver, ajouta Salia.
Ren réfléchit à toute vitesse pour se trouver un autre plan. Contre Onde de Choc, il ne pouvait plus temporiser. Il fallait qu’il attaque, et fort, pour conclure le match. Il pouvait attaquer une fois avant que Synchrobuzz ne lance sa prochaine Onde de Choc, mais il doutait très sérieusement de le mettre K.O en un coup, alors qu’il n’avait encaissé que sa petite Vive-Attaque. Il lui fallait au moins deux attaques pour en terminer. Ce qui signifiait qu’il devait survivre à l’Onde de Choc suivante…
Il ordonna une nouvelle Vive-Attaque, plus pour réduire davantage la vitesse de Synchrobuzz que pour l’affaiblir, même si chaque PV allait compter à présent. Puis il se tint prêt. Dès l’instant où les Chen ordonnèrent une nouvelle Onde de Choc, Ren cria à son Pokémon :
– La lave, Pyroli !
Le Pokémon ne se le fit pas dire deux fois et n’hésita pas. Du fait de leur différence de vitesse, il eut largement le temps de sauter dans l’une des tranchées de lave avant que l’Onde de Choc n’éclate. Sous sa forme normale, Pyroli n’aurait sans doute pas supporté la chaleur du magma, mais Méga-Pyroli le pouvait lui. Et sous la lave, il fut protégé de l’attaque électrique de Synchrobuzz.
– Eh ! C’est de la triche ! protesta Sulin.
– Non, répliqua Ren. L’utilisation du terrain et de ses particularités a toujours été légale, et même recommandée.
– Mais la lave vous avantage vous, avec vos Pokémon Feu ! fit remarquer Salia.
– Bien sûr que oui, et c’est normal. Nous sommes dans une Arène, pas sur un terrain neutre. Vous en avez déjà vues d’autres avant la mienne non ? Vous croyez que Forrest d’Argenta a confectionné son terrain avec de jolies fleurs ? Ou Erika avec des patinoires de glace ? Les challengers connaissent à l’avance le type de nos Pokémon et donc l’allure générale de l’Arène. À eux d’en tirer profit.
Cette leçon déclarée, Ren s’apprêta à en finir. Il cria le nom de la plus puissante attaque de Pyroli : Boutefeu. Ce dernier surgit de la lave, son corps bouillonnant, et avec sa vitesse, on aurait bel et bien dit une flamme rouge qui chargeait sur Synchrobuzz. Ce dernier ne put bien sûr pas esquiver, et se la prit de plein fouet. Elle fut suffisante pour lui faire fondre tous ses PV restant. Méga-Pyroli aussi subit pas mal de dommages de contrecoup, et avec l’Onde de Choc de toute à l’heure, il tenait à peine sur ses jambes. Mais il était debout, et son adversaire non. C’était une victoire pour l’Arène de Cramois’Île.
Une fois K.O, Synchrobuzz se « défusionna » et redevint Alterbuzz et Contibuzz, que les jumeaux rappelèrent dans leurs Pokéballs respectives. Au lieu de bouder ou de se disputer, ils se mirent à parler du combat et de leur prochaine stratégie à mettre en œuvre. Ils n’avaient aucunement besoin d’être consolés ou encouragés. Ren les laissa entre frère et sœur, en se disant que ça allait lui être de plus en plus difficile après chaque combat de remporter le suivant.
Il aimerait bien lui aussi avoir un Pokémon unique et surpuissant. Mais il n’avait hélas pas un père célèbre et riche qui pouvait se créer un tel Pokémon en labo, et il avait abandonné depuis pas mal de temps ses rêves de gamins de capturer un Pokémon Légendaire. Il songea à Akrovax, le Fakemon qu’il avait dessiné pour son amie Iyali et sa fic Sector 57. Il serait rapidement devenu le meilleur dresseur du monde, avec un tel monstre à ses ordres.
Songer à Akrovax lui fit bien sûr songer à Iyali. Sa vieille amie lui manquait. À cause de son boulot dans la Team Rocket, il ne la voyait qu’assez peu. Il se promit de l’appeler bientôt, pour lui demander la date de sa prochaine permission. Il pourrait l’inviter ici, et lui payer le restaurant à touriste le plus cher de l’île. Les jumeaux pourraient même avoir des trucs à apprendre d’elle. Iyali, fille unique, avait toujours adoré les enfants. Elle pourrait se plaire de leur compagnie. Elle serait bien la seule…
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Images d'Akrovax, Alterbuzz, Contibuzz, Synchrobuzz et Méga-Pyroli



