Faire face
Fanfic de Serekai
Faire face, c'est affronter la vie qui s'abat sur vous, avec ses joies et ses peines, ses coups de chance et ses difficultés.
Faire face, pour Elizabeth Noyer, jeune habitante de Sinnoh, c'est accepter de commencer le voyage initiatique pour devenir une véritable dresseuse pokémon.
Faire face, c'est accepter les défis que lui poseront les organisations criminelles, la nature implacable et même un mal ancien au service d'un dieu sombre.
Faire face, c'est accepter qu'un retour en arrière n'est pas possible.
Faire face, pour Elizabeth Noyer, jeune habitante de Sinnoh, c'est accepter de commencer le voyage initiatique pour devenir une véritable dresseuse pokémon.
Faire face, c'est accepter les défis que lui poseront les organisations criminelles, la nature implacable et même un mal ancien au service d'un dieu sombre.
Faire face, c'est accepter qu'un retour en arrière n'est pas possible.
Chapitre 51 : Mes mains souillées
Les gouttelettes d’eau glissaient depuis mes mèches sombres et tombaient dans l’évier de céramique, formant de petites éclaboussures qui glissaient irrégulièrement vers le drain. De mes doigts tremblants, je formai une petite cuvette pour prendre un peu d’eau et m’asperger encore une fois le visage.
Ma mère m’aurait réprimandée pour avoir éclaboussé le miroir ou pour avoir mis de l’eau sur le sol, mais là … j’en avais besoin. Quand je relevai la tête, observant le miroir, j'eus du mal à reconnaître l'image pâle et ruisselante d'eau que le tain me renvoyait. Jamais je n’avais été aussi pâle, avec le teint cireux. Mes joues semblaient avoir perdu toute vie, alors que même mes irritations semblaient avoir décoloré.
La petite marque rose sur ma joue semblait encore plus prononcée, alors que je repoussai les mèches noires collées contre mon front, formant le hideux damier d’un échiquier ou un pion s’agitait.
- Putain, c’est pas possible … je peux pas faire ça, murmurais-je en essuyant vaguement mes traits.
Enfin si, je pouvais. C'était ça le pire. Je l'avais déjà fait.
J’avais déjà tué des pokémon sauvages et même des pokémon appartenant à des dresseurs. J’avais aussi mangé de nombreux pokémon … mais cependant, je n’avais jamais tué de pokémon de mes propres mains.
Jusqu’ici, je n’avais pas eu à me salir les mains. J’avais juste eu à donner un ordre. J'avais juste eu à être une simple spectatrice, responsable, mais pas coupable.
Dans quelques heures, j’allais devoir participer au rituel et cette fois-ci, je serais le clou du spectacle.
Le Mustebouée qui était dans ma pokéball était inconscient du sort que je m'apprêtais à lui réserver. Il n’était pas agité, comme s’il n’était pas conscient de ce qui allait se passer. Il semblait calme, comme s'il était dépourvu de tout instinct de survie. Ou alors, c'est qu'il se prélassait, confiant en sa dresseuse.
Je pris une serviette pour essuyer mon front. Je voulais faire bonne figure et ne pas avoir l’air faible ou fragile. Je l’avais trop souvent été. J'avais souvent été une victime, laissant les événements m'imposer leur cours.
Après quelques minutes à essayer de calmer le tremblement de mes membres, je poussai la porte de la salle de bain, me frottant la joue.
Aiko était assise sur le canapé en partie usé de son appartement à la tapisserie vieillotte et aux meubles dépareillés. La cultiste portait déjà sa robe noire, prête pour la cérémonie.
- Allez, change-toi. Tu sais ce que tu dois faire. Réfléchis à la meilleure stratégie à employer et … fais-le. Direct et au point, tu sais que parfois, il faut faire preuve de subtilité, mais cette fois … sois plus brute.
- Comme avec mon équipe, lui confiais-je. Tu sais que la plupart de mes pokémon sont faits pour combattre directement. Je ne fais pas des stratégies sur cinq ou six tours, j’en suis incapable.
- Tout le monde n’en est pas capable. Cependant, tu es capable d’anticiper les actions de tes adversaires. Tu as ton instinct et … il ne te trahira pas. Tu le sais.
Je pris un verre sur la table et me servis une bonne rasade de cette boisson ambrée. D'habitude, je ne touchais pas à l'alcool, mais la punk avait réussi à m'initier au plaisir d'une petite dose de cet anxiolytique liquide. Je pris une gorgée âcre, qui brula ma gorge et désensibilisa partiellement mon esprit, afin de me redonner un peu de constance.
- Au fait, le grand maître sera présent, ajouta t-elle comme s'il s'agissait d'un simple fait divers.
Je me tendis un peu, alors que j’imaginais beaucoup de scénarios. Est-ce que j’allais être repérée ? Est-ce que j’allais pouvoir obtenir plus d’éléments ?
- Relax, ma caille. On ne va pas te manger. C’est un homme comme nous.
Mon attitude tendue fut perçue par ma supérieure. Cependant, j’osais espérer qu’elle n’avait pas compris la véritable raison de mon angoisse. J’étais une taupe et si jamais je trahissais ma mission, que ce soit par un lapsus ou même en lisant dans mon esprit, je serais dans une situation périlleuse.
- Tu peux dire morte, murmura Spiritomb.
Enfin, c'est ce que je crus comprendre. Personne ne peut vraiment entendre 108 voix discordantes qui parlent en même temps. C'était plus une cacophonie qui grinçait dans ma tête.
- Bon, on y va quand ? pressais-je Aiko. Si je dois faire ça, j’aimerais pas que ça traîne.
- Tu ferais mieux de dire clairement les choses. Ca aide à faire passer la pilule.
La jeune femme à la crête délavée se releva, s'approchant. La façon dont elle était proche me mettait toujours mal à l'aise et je savais qu'elle adorait en profiter. Le petit anneau dans son nez brillait, comme un appât hypnotique, me forçant à la regarder.
- Eviter les euphémisme et être trop franche ... ça n'a pas l’air de marcher avec moi.
- Bah tu sais quoi ? Dis-toi que je serais-là.
Elle prit mon bras et subitement, je sentis ses lèvres se poser sur les miennes. Mon esprit sembla encore envahi de confusion, surtout qu'au même moment, la sensation du plancher sous mes pieds disparut subitement. Durant un instant, aussi fugace qu'un courant d'air, mais en même temps aussi long que la vie d'un arbre, l'espace disparut. J'étais suspendue à cette prise, connectée aux lèvres de ma maîtresse occulte.
Nos deux corps ne firent plus qu'un. J'étais comme collée à elle, à sa chair, à son âme. C’était comme être serré par un vêtement trop petit, compressant le corps de façon désagréable et irrégulière.
Lorsque la sensation de libération envahit mon esprit, je n’eus guère le temps d’en profiter. Le sol dansa sous mes pieds et je titubai, bien que Aiko m’attrapa le bras pour m’empêcher de tomber.
- Allez, dépêche-toi. Il va être temps …
La pièce dans laquelle j'émergeais était étrangement terne. C’était un vieux hangar, comme on en trouvait dans un port. Il n'avait absolument rien d'exceptionnel. De nombreux cartons et caissons étaient dispersés autour, en un bordel organisé comme aurait dit Robin.
Nos pas résonnèrent sur le béton, alors que nous avancions, comme des ombres.
La seule porte au fond était verrouillée. Aiko leva une main et le dos de sa main droite brilla de mauve au moment ou elle toucha le métal. La serrure se déverrouilla d'elle-même, sans aucun autre son que le claquement métallique des verrous. La cultiste franchit la porte, qui menait vers une pièce dont la seule lumière provenait de flammèches dansant au centre. Plusieurs bougies étaient disposées de façon à dessiner trois polygones imbriqués : un triangle, un hexagone et un cercle.
Je me sentais mal à l'aise. L'air était lourd et humide, chargé de quelque chose de sinistre. Des émotions résonnaient en moi, des plaintes et du ressentiment qui ne m'appartenaient pas. Une main commença à me saisir à la gorge, avant d'être chassée par une sorte de ruban invisible. Les spectres surnaturels étaient autour de nous, mon ventre était comme rempli de glace et je luttai pour ne pas m'enfuir, voire pour ne pas défaillir.
Autour de nous deux, il y avait plusieurs autres personnes vêtues du même uniforme. Leurs visages étaient dissimulés par les amples capuches, tandis que l’amplitude du tissu masquait les formes de leurs corps. A part la taille, impossible de définir leur sexe, ni même s’ils étaient gros ou sveltes.
Nous étions neuf autour du cercle, lorsque l’un des cultistes avança pour se mettre presque au centre. Il portait un collier de métal irisé, orné d’une gemme scintillante comme du platine. Son visage était absolument impossible à voir. Contrairement aux autres qui laissaient voir un menton ou une arête nasale, il n’y avait qu’une obscurité menaçante.
Il leva les deux bras en l'air, exposant ses mains aux ongles vernis de rouge.
- Frères et sœurs, adorateurs de l’abysse, nous voici réunis une fois de plus. Nous accueillons une nouvelle ombre en notre sein.
- Une nouvelle ombre honore le grand dévoreur, psalmodièrent les membres du culte.
J’avançai, me rappelant du protocole que l’on m’avait enseigné. Je fis face au marques tracées à la craie, à deux mètres du chef. Je ne pouvais rien voir, à part qu’il était assez mince. Tout en lui semblait boire la lumière des flammèches qui crépitaient doucement dans ce silence sépulcral. Même Spiritomb était parfaitement silencieux.
Je me mis à genoux, allumant les bougies disposées autour du cercle d’invocation. Je repassai en mon esprit les prières, celles que j’allais devoir déclamer. D’une voix faussement assurée, je reniai le Grand Arceus, avant de me vouer au ver dévorant l’espace entre les espaces. Je murmurai les mots, tout en essayant de me convaincre que c’était juste pour ma mission, que je ne désirais absolument pas ces promesses de puissance, de gloire et de respect.
Je pris la pokéball contenant Mustebouée. Une dernière fois, je me retins de vomir ma honte et mon repas. Je fis sortir le petit pokémon au sol, qui se matérialisa en un flash de lumière. Dès qu’il fut apparu, je le pris par le cou pour l’empêcher de fuir. Le petit mammifère aquatique s’agita, observant frénétiquement la scène, comme s’il comprenait ce qui allait se passer.
Je le plaquai au sol, avant de prendre un banal couteau. Tout le monde resta silencieux, observant. Les émanations invisibles s'agitaient, exigeant leur quota de sang, hurlant dans mon esprit, avides de violence et de pulsions de mort.
- Allez, ordonna Spiritomb. C’est comme du poulet, rien de plus que de la viande.
Je mis le tranchant du couteau sur le cou, à l’endroit le plus fragile, la ou la vie se laissait détruire le plus facilement.
Je fermai les yeux, me forçant à ne pas voir cet oeil terrifié, ni cette bouche qui murmurait un appel à l'aide silencieux. D’un coup, je pressai la lame, comme pour découper un poivron.
Mustebouée s’agita deux secondes, poussant une simple plainte. Son sang chaud coula sur mes doigts, alors que son regard se fit soudainement vitreux et qu’il cesse de bouger.
C’est à ce moment là que je sentis comme une part de mon âme déchirée. Ce n’était pas la première fois que j’avais tué. Cependant, cette fois-ci, je l’avais fait volontairement. Je l’avais fait non pour me nourrir, non pour me défendre, mais sans autre raison que parce que je le voulais. J’avais tué pour une basse raison, juste pour gaspiller une vie. Je ne l'avais pas fait pour me prouver que je pouvais le faire, je l'avais fait de mes mains, juste pour remplir un objectif. Comme des dizaines de fois depuis le début de mon voyage.
Le sang coula sur le cercle, souillant le sol de béton. Les giclées obscènes dessinaient un motif presque poétique, ressemblant à un Poissirène.
- Nous … nous offrons cette vie au seigneur de l’abysse. Que le sang irrigue les profondeurs de la terre, que son âme quitte le chemin des incarnations et se noie dans le néant que nous adorons.
- Gloire au seigneur des abysses ! scandèrent les autres.
La cérémonie continua, alors que je mis le feu au corps, consumant la chair et les os, laissant la graisse liquéfiée se mêler aux cendres. La mixture collante resta accrochée au carrelage, formant une tâche puante. Mes mains continuaient d'être couvertes de sang frais, qui sécha lentement, couvrant mes doigts d'une image qui sembla fixée à jamais sur mes rétines.
- Félicitations, me complimenta le maître du culte. Désormais, une nouvelle adepte rejoint notre cercle. Une nouvelle âme s’ouvre à la Grande Vérité !
Le maître approcha, avec son large collier qui glissait partiellement de son cou lorsqu’il se baissa vers les cendres, pour en ramasser une poignée.
- Tu es des nôtres, dit-il en posant alors un doigt sur mon front, relevant ma capuche pour exposer mon visage. Tu seras … Lucia.
Il déposa quelque chose dans ma poche et m’intima de reprendre place. Je rejoignis alors le cercle, au milieu des autres anonymes.
- Nous nous réunirons bientôt pour le suivi de l’opération Aquilon, déclara le grand maître. Sur ce, comme les ombres, retournons nous fondre dans le vaste monde. Allez, repartez dans les ombres qui irriguent ce monde.
A ces mots, les autres membres du culte se mirent à quitter la pièce. Le maître resta seul avec moi.
- Dans ta poche, tu trouveras le médaillon qui fais de toi une adepte. Il contient un mécanisme qui t’indiquera le temps avant la prochaine réunion et le lieu de rendez-vous sous les étoiles. Bientôt, tout te seras révélé et tu pourras te délecter de la vision de notre noir seigneur. Que l’abysse te garde, Lucia.
Sans rien dire de plus, le maître quitta la pièce, me laissant seule. Spiritomb rit doucement en le voyant partir.
- Qui donc sera l'élu ? Qui portera la couronne d'os ? caqueta t-il en semblant très amusé.
Je regardai alors le médaillon, qui ressemblait à une grosse montre à gousset ancienne. Lorsqu’il était ouvert, deux cadrans étaient présents. L’un représentait un compteur qui indiquait « 29520 » et qui semblait se rapprocher vers zéro à chaque minute. De l’autre, il y avait comme une série de symboles qui représentaient des lignes et des points.
Une fois sortie, deux adeptes étaient présents. Aiko était avec un homme d'âge moyen, à la barbe légère.
- Salutations, jeune Lucia. Je voulais vous féliciter de votre entrée dans notre culte. Appelez-moi Azouz. Je suis le Grand Horloger et maître des étoiles. Savez-vous comment fonctionne votre montre.
- Je pense que le cadran de gauche indique les minutes avant le prochain rendez-vous. Celui de droite … je pense qu’il s’agit d’une carte.
- C’est une carte des étoiles. Il vous faudra la décrypter par vous même et apprendre à bien arriver à temps. C'est là qu'aura lieu votre ascension.
Je regardai le message, songeant qu’il n’était pas difficile de trouver comment découvrir ça. Je me demandai quel pouvait être l’intérêt d’un tel code, qui pouvait être décodé si aisément.
- Je n'ai pas encore procédé au rituel d’unification.
- Tant que vous ne l’avez pas réussi, vous ne pouvez dépasser le rang de simple adepte.
Je le savais. Mais j’allais prendre mon temps. Après tout, je devais ne pas paraître trop inquisitrice. Je devais aussi réussir à obtenir mon septième badge.
- Rassurez-vous, cela viendra en temps venu. Votre destin est écrit. Vous avez su attirer le regard du grand ver.
Ma mère m’aurait réprimandée pour avoir éclaboussé le miroir ou pour avoir mis de l’eau sur le sol, mais là … j’en avais besoin. Quand je relevai la tête, observant le miroir, j'eus du mal à reconnaître l'image pâle et ruisselante d'eau que le tain me renvoyait. Jamais je n’avais été aussi pâle, avec le teint cireux. Mes joues semblaient avoir perdu toute vie, alors que même mes irritations semblaient avoir décoloré.
La petite marque rose sur ma joue semblait encore plus prononcée, alors que je repoussai les mèches noires collées contre mon front, formant le hideux damier d’un échiquier ou un pion s’agitait.
- Putain, c’est pas possible … je peux pas faire ça, murmurais-je en essuyant vaguement mes traits.
Enfin si, je pouvais. C'était ça le pire. Je l'avais déjà fait.
J’avais déjà tué des pokémon sauvages et même des pokémon appartenant à des dresseurs. J’avais aussi mangé de nombreux pokémon … mais cependant, je n’avais jamais tué de pokémon de mes propres mains.
Jusqu’ici, je n’avais pas eu à me salir les mains. J’avais juste eu à donner un ordre. J'avais juste eu à être une simple spectatrice, responsable, mais pas coupable.
Dans quelques heures, j’allais devoir participer au rituel et cette fois-ci, je serais le clou du spectacle.
Le Mustebouée qui était dans ma pokéball était inconscient du sort que je m'apprêtais à lui réserver. Il n’était pas agité, comme s’il n’était pas conscient de ce qui allait se passer. Il semblait calme, comme s'il était dépourvu de tout instinct de survie. Ou alors, c'est qu'il se prélassait, confiant en sa dresseuse.
Je pris une serviette pour essuyer mon front. Je voulais faire bonne figure et ne pas avoir l’air faible ou fragile. Je l’avais trop souvent été. J'avais souvent été une victime, laissant les événements m'imposer leur cours.
Après quelques minutes à essayer de calmer le tremblement de mes membres, je poussai la porte de la salle de bain, me frottant la joue.
Aiko était assise sur le canapé en partie usé de son appartement à la tapisserie vieillotte et aux meubles dépareillés. La cultiste portait déjà sa robe noire, prête pour la cérémonie.
- Allez, change-toi. Tu sais ce que tu dois faire. Réfléchis à la meilleure stratégie à employer et … fais-le. Direct et au point, tu sais que parfois, il faut faire preuve de subtilité, mais cette fois … sois plus brute.
- Comme avec mon équipe, lui confiais-je. Tu sais que la plupart de mes pokémon sont faits pour combattre directement. Je ne fais pas des stratégies sur cinq ou six tours, j’en suis incapable.
- Tout le monde n’en est pas capable. Cependant, tu es capable d’anticiper les actions de tes adversaires. Tu as ton instinct et … il ne te trahira pas. Tu le sais.
Je pris un verre sur la table et me servis une bonne rasade de cette boisson ambrée. D'habitude, je ne touchais pas à l'alcool, mais la punk avait réussi à m'initier au plaisir d'une petite dose de cet anxiolytique liquide. Je pris une gorgée âcre, qui brula ma gorge et désensibilisa partiellement mon esprit, afin de me redonner un peu de constance.
- Au fait, le grand maître sera présent, ajouta t-elle comme s'il s'agissait d'un simple fait divers.
Je me tendis un peu, alors que j’imaginais beaucoup de scénarios. Est-ce que j’allais être repérée ? Est-ce que j’allais pouvoir obtenir plus d’éléments ?
- Relax, ma caille. On ne va pas te manger. C’est un homme comme nous.
Mon attitude tendue fut perçue par ma supérieure. Cependant, j’osais espérer qu’elle n’avait pas compris la véritable raison de mon angoisse. J’étais une taupe et si jamais je trahissais ma mission, que ce soit par un lapsus ou même en lisant dans mon esprit, je serais dans une situation périlleuse.
- Tu peux dire morte, murmura Spiritomb.
Enfin, c'est ce que je crus comprendre. Personne ne peut vraiment entendre 108 voix discordantes qui parlent en même temps. C'était plus une cacophonie qui grinçait dans ma tête.
- Bon, on y va quand ? pressais-je Aiko. Si je dois faire ça, j’aimerais pas que ça traîne.
- Tu ferais mieux de dire clairement les choses. Ca aide à faire passer la pilule.
La jeune femme à la crête délavée se releva, s'approchant. La façon dont elle était proche me mettait toujours mal à l'aise et je savais qu'elle adorait en profiter. Le petit anneau dans son nez brillait, comme un appât hypnotique, me forçant à la regarder.
- Eviter les euphémisme et être trop franche ... ça n'a pas l’air de marcher avec moi.
- Bah tu sais quoi ? Dis-toi que je serais-là.
Elle prit mon bras et subitement, je sentis ses lèvres se poser sur les miennes. Mon esprit sembla encore envahi de confusion, surtout qu'au même moment, la sensation du plancher sous mes pieds disparut subitement. Durant un instant, aussi fugace qu'un courant d'air, mais en même temps aussi long que la vie d'un arbre, l'espace disparut. J'étais suspendue à cette prise, connectée aux lèvres de ma maîtresse occulte.
Nos deux corps ne firent plus qu'un. J'étais comme collée à elle, à sa chair, à son âme. C’était comme être serré par un vêtement trop petit, compressant le corps de façon désagréable et irrégulière.
Lorsque la sensation de libération envahit mon esprit, je n’eus guère le temps d’en profiter. Le sol dansa sous mes pieds et je titubai, bien que Aiko m’attrapa le bras pour m’empêcher de tomber.
- Allez, dépêche-toi. Il va être temps …
La pièce dans laquelle j'émergeais était étrangement terne. C’était un vieux hangar, comme on en trouvait dans un port. Il n'avait absolument rien d'exceptionnel. De nombreux cartons et caissons étaient dispersés autour, en un bordel organisé comme aurait dit Robin.
Nos pas résonnèrent sur le béton, alors que nous avancions, comme des ombres.
La seule porte au fond était verrouillée. Aiko leva une main et le dos de sa main droite brilla de mauve au moment ou elle toucha le métal. La serrure se déverrouilla d'elle-même, sans aucun autre son que le claquement métallique des verrous. La cultiste franchit la porte, qui menait vers une pièce dont la seule lumière provenait de flammèches dansant au centre. Plusieurs bougies étaient disposées de façon à dessiner trois polygones imbriqués : un triangle, un hexagone et un cercle.
Je me sentais mal à l'aise. L'air était lourd et humide, chargé de quelque chose de sinistre. Des émotions résonnaient en moi, des plaintes et du ressentiment qui ne m'appartenaient pas. Une main commença à me saisir à la gorge, avant d'être chassée par une sorte de ruban invisible. Les spectres surnaturels étaient autour de nous, mon ventre était comme rempli de glace et je luttai pour ne pas m'enfuir, voire pour ne pas défaillir.
Autour de nous deux, il y avait plusieurs autres personnes vêtues du même uniforme. Leurs visages étaient dissimulés par les amples capuches, tandis que l’amplitude du tissu masquait les formes de leurs corps. A part la taille, impossible de définir leur sexe, ni même s’ils étaient gros ou sveltes.
Nous étions neuf autour du cercle, lorsque l’un des cultistes avança pour se mettre presque au centre. Il portait un collier de métal irisé, orné d’une gemme scintillante comme du platine. Son visage était absolument impossible à voir. Contrairement aux autres qui laissaient voir un menton ou une arête nasale, il n’y avait qu’une obscurité menaçante.
Il leva les deux bras en l'air, exposant ses mains aux ongles vernis de rouge.
- Frères et sœurs, adorateurs de l’abysse, nous voici réunis une fois de plus. Nous accueillons une nouvelle ombre en notre sein.
- Une nouvelle ombre honore le grand dévoreur, psalmodièrent les membres du culte.
J’avançai, me rappelant du protocole que l’on m’avait enseigné. Je fis face au marques tracées à la craie, à deux mètres du chef. Je ne pouvais rien voir, à part qu’il était assez mince. Tout en lui semblait boire la lumière des flammèches qui crépitaient doucement dans ce silence sépulcral. Même Spiritomb était parfaitement silencieux.
Je me mis à genoux, allumant les bougies disposées autour du cercle d’invocation. Je repassai en mon esprit les prières, celles que j’allais devoir déclamer. D’une voix faussement assurée, je reniai le Grand Arceus, avant de me vouer au ver dévorant l’espace entre les espaces. Je murmurai les mots, tout en essayant de me convaincre que c’était juste pour ma mission, que je ne désirais absolument pas ces promesses de puissance, de gloire et de respect.
Je pris la pokéball contenant Mustebouée. Une dernière fois, je me retins de vomir ma honte et mon repas. Je fis sortir le petit pokémon au sol, qui se matérialisa en un flash de lumière. Dès qu’il fut apparu, je le pris par le cou pour l’empêcher de fuir. Le petit mammifère aquatique s’agita, observant frénétiquement la scène, comme s’il comprenait ce qui allait se passer.
Je le plaquai au sol, avant de prendre un banal couteau. Tout le monde resta silencieux, observant. Les émanations invisibles s'agitaient, exigeant leur quota de sang, hurlant dans mon esprit, avides de violence et de pulsions de mort.
- Allez, ordonna Spiritomb. C’est comme du poulet, rien de plus que de la viande.
Je mis le tranchant du couteau sur le cou, à l’endroit le plus fragile, la ou la vie se laissait détruire le plus facilement.
Je fermai les yeux, me forçant à ne pas voir cet oeil terrifié, ni cette bouche qui murmurait un appel à l'aide silencieux. D’un coup, je pressai la lame, comme pour découper un poivron.
Mustebouée s’agita deux secondes, poussant une simple plainte. Son sang chaud coula sur mes doigts, alors que son regard se fit soudainement vitreux et qu’il cesse de bouger.
C’est à ce moment là que je sentis comme une part de mon âme déchirée. Ce n’était pas la première fois que j’avais tué. Cependant, cette fois-ci, je l’avais fait volontairement. Je l’avais fait non pour me nourrir, non pour me défendre, mais sans autre raison que parce que je le voulais. J’avais tué pour une basse raison, juste pour gaspiller une vie. Je ne l'avais pas fait pour me prouver que je pouvais le faire, je l'avais fait de mes mains, juste pour remplir un objectif. Comme des dizaines de fois depuis le début de mon voyage.
Le sang coula sur le cercle, souillant le sol de béton. Les giclées obscènes dessinaient un motif presque poétique, ressemblant à un Poissirène.
- Nous … nous offrons cette vie au seigneur de l’abysse. Que le sang irrigue les profondeurs de la terre, que son âme quitte le chemin des incarnations et se noie dans le néant que nous adorons.
- Gloire au seigneur des abysses ! scandèrent les autres.
La cérémonie continua, alors que je mis le feu au corps, consumant la chair et les os, laissant la graisse liquéfiée se mêler aux cendres. La mixture collante resta accrochée au carrelage, formant une tâche puante. Mes mains continuaient d'être couvertes de sang frais, qui sécha lentement, couvrant mes doigts d'une image qui sembla fixée à jamais sur mes rétines.
- Félicitations, me complimenta le maître du culte. Désormais, une nouvelle adepte rejoint notre cercle. Une nouvelle âme s’ouvre à la Grande Vérité !
Le maître approcha, avec son large collier qui glissait partiellement de son cou lorsqu’il se baissa vers les cendres, pour en ramasser une poignée.
- Tu es des nôtres, dit-il en posant alors un doigt sur mon front, relevant ma capuche pour exposer mon visage. Tu seras … Lucia.
Il déposa quelque chose dans ma poche et m’intima de reprendre place. Je rejoignis alors le cercle, au milieu des autres anonymes.
- Nous nous réunirons bientôt pour le suivi de l’opération Aquilon, déclara le grand maître. Sur ce, comme les ombres, retournons nous fondre dans le vaste monde. Allez, repartez dans les ombres qui irriguent ce monde.
A ces mots, les autres membres du culte se mirent à quitter la pièce. Le maître resta seul avec moi.
- Dans ta poche, tu trouveras le médaillon qui fais de toi une adepte. Il contient un mécanisme qui t’indiquera le temps avant la prochaine réunion et le lieu de rendez-vous sous les étoiles. Bientôt, tout te seras révélé et tu pourras te délecter de la vision de notre noir seigneur. Que l’abysse te garde, Lucia.
Sans rien dire de plus, le maître quitta la pièce, me laissant seule. Spiritomb rit doucement en le voyant partir.
- Qui donc sera l'élu ? Qui portera la couronne d'os ? caqueta t-il en semblant très amusé.
Je regardai alors le médaillon, qui ressemblait à une grosse montre à gousset ancienne. Lorsqu’il était ouvert, deux cadrans étaient présents. L’un représentait un compteur qui indiquait « 29520 » et qui semblait se rapprocher vers zéro à chaque minute. De l’autre, il y avait comme une série de symboles qui représentaient des lignes et des points.
Une fois sortie, deux adeptes étaient présents. Aiko était avec un homme d'âge moyen, à la barbe légère.
- Salutations, jeune Lucia. Je voulais vous féliciter de votre entrée dans notre culte. Appelez-moi Azouz. Je suis le Grand Horloger et maître des étoiles. Savez-vous comment fonctionne votre montre.
- Je pense que le cadran de gauche indique les minutes avant le prochain rendez-vous. Celui de droite … je pense qu’il s’agit d’une carte.
- C’est une carte des étoiles. Il vous faudra la décrypter par vous même et apprendre à bien arriver à temps. C'est là qu'aura lieu votre ascension.
Je regardai le message, songeant qu’il n’était pas difficile de trouver comment découvrir ça. Je me demandai quel pouvait être l’intérêt d’un tel code, qui pouvait être décodé si aisément.
- Je n'ai pas encore procédé au rituel d’unification.
- Tant que vous ne l’avez pas réussi, vous ne pouvez dépasser le rang de simple adepte.
Je le savais. Mais j’allais prendre mon temps. Après tout, je devais ne pas paraître trop inquisitrice. Je devais aussi réussir à obtenir mon septième badge.
- Rassurez-vous, cela viendra en temps venu. Votre destin est écrit. Vous avez su attirer le regard du grand ver.