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Entre deux mondes
Fanfic de Xabab

Informations sur l'auteur : Xabab
Membre depuis le 08/09/2012 à 17:37
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Léopold Chen, ou Paul comme il préfère se faire appeler, est un génie qui voit sa vie commencer en même temps que ce qu'il nomme "la nouvelle ère de ce monde". La Révolution mène à un épanouissement des classes auparavant pauvres, à une ouverture économique et à un progrès technologique sans précédent. Mais entre la mise en place de la toute première locomotive et toutes ces constructions d'usines, une invention va faire son apparition et changer radicalement la face du monde : la PokeBall. Une balle permettant de confiner un pokemon en son sein afin de le transporter avec une facilité sans précédent.
Paul sait néanmoins que l'objet deviendra rapidement rare et réservé à une classe riche car le mana, la pierre qui lui sert à fonctionner, finira par ne plus se trouver dans le pays et ce en moins de quelques années. Il décide alors de changer les choses et de créer un prototype ne nécessitant pas de mana.


Keluyah vit parmi les Tortarshs, une tribu indigène qui prit possession des terres allant de la forêt jusqu'aux montagnes il y a des années. Elle est fille du guerrier, l'homme qui fait office de chef dans son clan de par sa force. Et en cela elle se doit d'être un exemple pour les femmes qui l'entourent.
Néanmoins la fillette rêve d'aventures et de liberté. Les matins où elle fuit sur le dos du Turkya jusqu'à la falaise ne sont pas rares. Elle aime y entendre les chants du vent et canaliser son énergie dans le silence. Un jour elle sait que les Estras, esprits des roches, la choisiront comme remplaçante de son père et qu'elle devra à son tour guider son peuple.
Les responsabilités lui pèsent et elle ne sait que faire : attendre ce moment en profitant de la vie ou s'impatienter de sa venue. Elle ne sait pas encore que son rôle de chef sera plus important qu'elle ne le croit car la terre où elle vit sera sous peu rebaptisée Uros, le monde sauvage, par le colonel Richard qui le découvrit au cours d'un voyage marchand.
Elle n'a pas conscience de ces centaines de navires qui viendront sous peu envahir son royaume, traiter son peuple en sauvage et extraire le mana de la montagne sacrée.
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Chapitre 18 : Keluyah
Elle banda son arc, ajusta sa visée et tira. Sans un bruit la flèche sembla traverser le champ de bataille, tranchant le vent en deux avant de se ficher dans la gorge de l'une des montagnes que son père était en train d'affronter. Ce dernier n'accorda pas un regard de remerciement envers sa fille et se contenta de poursuivre son combat. Il trancha d'un coup de silex la cheville de son adversaire en passant dans son dos, le jetant à terre, puis lui brisa la nuque.
Keluyah de son côté ne parvenait pas encore à réaliser ce qu'elle venait de faire.

La bataille n'avait plus de sens subitement. Les flèches qui vibraient à ses oreilles et le bruit des lances s'écrasant contre les corps des ennemis ne lui parvenaient plus. Elle ne voyait plus son père ainsi que les autres Tortarshs, ne faisait plus attention aux ennemis. Sa vision devenait infime, focalisée sur un seul point de la plaine et ne pouvant accéder à rien d'autre. Elle était comme un animal coincé dans un piège, condamnée à ne voir qu'entre les barreaux de sa petite cage.
Elle venait de tuer un homme pour la première fois.

Sa flèche avait traversé le cou d'un guerrier, le condamnant dès l'instant à une mort sans issue. Il était tombé en arrière, ses deux mains posées sur le morceau de bois qu'il ne parvenait à tirer hors de sa chair. La vie le quittait lentement mais sûrement
La seule femme présente au beau milieu de ce carnage, frêle par rapport aux forces de la nature que représentaient ces combattants des montagnes, venait d'ôter la vie à l'un d'entre eux avec la facilité qu'elle aurait à arracher un brin d'herbe.

Elle resta ainsi sans bouger, debout en plein cœur d'un conflit qui avait littéralement explosé en moins d'une journée, contemplant son arc dont elle venait de se servir pour ôter la vie. Serait-elle un jour pardonnée pour un tel acte ? Les esprits qui avaient fait d'elle une reine, voudraient-ils la déshonorer après cela ?
Les questions s'acheminaient sans réponse dans sa tête et ses muscles refusaient toujours de lui obéir.

La bataille avait été engagée dès l'aube quand des chasseurs étaient revenus au village en criant qu'une troupe armée de guerriers des montagnes marchaient vers le village. Les Tortarshs furent immédiatement en alerte et chaque homme en mesure de se battre prit les armes pour suivre le Gorah au travers la plaine. Exception à la règle, Keluyah avait enfilé sa tenue la plus légère lui permettant de se mouvoir aisément, équipé son arc dans son dos et avait rejoint les autres sans même demander l'avis de son père.
Et maintenant elle se demandait pourquoi elle avait décidé cela. Elle était une jeune reine dont la place n'était pas ici mais auprès du reste du village afin de les rassurer.

Brusquement, alors qu'elle était plongée dans ses réflexions, elle reçut un violent coup contre son épaule qui la fit tomber contre terre. Aussitôt son champ de vision sembla se stabiliser, ses muscles lui obéir de nouveau et ses questions quitter son esprit. Elle regarda tout autour d'elle en vitesse et vit une lance plantée à l'endroit où elle se tenait juste avant. Sans doute ne serait-elle plus de ce monde si on ne l'avait pas poussée.
« Freya ! »

Celui qui venait de crier son titre n'était autre que son sauveur. Elle ne pouvait qu'en avoir la certitude puisqu'aucun guerrier Tortarsh à part lui ne se trouvait dans les environs. La bataille continuait plus loin dans la plaine, le Gorah ayant repoussé ses ennemis vers le sud en laissant dans son dos une traînée de pourpre.
Mais l'un de ses ennemis n'était pas mort. Il s'était relevé et s'était dirigé vers la jeune femme en la voyant dépourvue de la moindre défense. Il avait brandit sa lance au-dessus de sa tête et avait visé juste. Un peu plus et elle était morte.

« Freya, fuyez ! »
Quelques mètres près d'elle se tenait Töko, le jeune homme de son âge qui l'avait accompagné dans cette bataille, lui promettant de veiller sur ses arrières. Fidèle au poste il ne l'avait jamais quitté des yeux, pas même une seule seconde, prenant soin de son silence en ne la troublant pas durant lorsqu'elle tua pour la première fois. Il était resté près d'elle, garde muet qui donnerait sa vie pour la secourir.
Keluyah ne savait ce qui poussait ce jeune homme à la défendre avec tant de hardiesse. Elle ne lisait pas d'amour dans ses yeux, pas de désire ; simplement une admiration sans nom qui allait plus loin que n'importe quel sentiment.

Et il l'admirait au point de se dresser seul face à l'homme des montagnes qui avait tenté de la tuer, pointant sa lance dans sa direction alors même qu'il le surplombait de toute sa hauteur. Il n'y avait pourtant aucune peur dans le regard du jeune Tortarsh. Ses jambes ne tremblaient pas, ses bras restaient tendus et son visage de marbre.
Face à lui son adversaire était blessé mais loin d'avoir perdu toutes ses forces. Laissé pour mort derrière le reste de son groupe il se tenait désormais la cuisse et l'épaule dans lesquelles une flèche avait respectivement était plantée.

En plongeant ses yeux dans les siens Keluyah comprit que cet homme savait à propos de ce qu'elle représentait au sein de la tribu, il savait que la tuer revenait à couper l'une des têtes des Tortarshs. Et ce n'était visiblement pas un avorton comme Töko qui allait l'en empêcher.
D'une main il brisa la lance de son adversaire et de l'autre lui décolla une claque qui l'envoya rouler à ses pieds. Sans faire plus attention à lui il enjamba son corps, tira son arme hors du sol et la leva. Keluyah était paralysée ; elle n'avait pas le temps de se saisir de son arc afin de lui décocher une flèche.

Mais avant qu'il ait pu faire quoi que ce soit Töko s'était relevé, avait couru en direction du fer de sa lance dont il s'était saisit et avait bondit tel un félin dans le dos de la montagne. Et sans attendre une seconde de plus il y planta son poignard de fortune, provoquant chez son ennemi un hurlement sans nom. Ce dernier se secoua de toutes ses forces, envoyant valser le garçon sur lequel il se rua sans même prendre la peine d'ôter la pointe entre ses omoplates d'où coulait un flot de sang.
Il attrapa le jeune homme par une jambe et décocha un coup de poing dans son ventre. Töko cracha une gerbe de sang.

Devant ce spectacle Keluyah savait qu'elle ne pourrait éviter de nouveau, que certaines cruautés en ce bas monde étaient inévitables. Elle arma une flèche, tira sur la corde et tira. Son jet pénétra par l'arrière du crâne et ressortit en arrachant un œil. La masse de muscle s'écrasa au sol avec sa proie.
La jeune reine se précipita vers son sauveur et lui tendit la main. Dans son regard naissait alors une reconnaissance sans limite. Elle savait à qui se fier désormais.

Tandis que les deux jeunes restaient à se tenir par la main, seuls survivants au milieu d'une marée de corps sans vie, le Gorah revenait à la tête d'un groupe d'hommes.
« Ils fuient vers le sud et pénètrent dans la forêt. Nous ne pouvons les poursuivre pour ce soir. Rentrons. »
Keluyah hocha la tête et relâcha par la même occasion la main de Töko. Elle ne trouvait pas les mots pour parler à son père comme elle ne les avait pour exprimer ses remerciements envers le jeune guerrier qui à deux reprises l'avait sauvé.
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