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Fantôme... de Ze_gobou


Fantôme...

J'arpente comme à mon habitude les allées de cette vaste salle. Je me souviens que de l'extérieur, cette tour ne me semblait pas si large. Je longe une rangée de stèles sombres, oblique vers la rangée à ma droite pour ne pas croiser la jeune exorciste qui passait sans me voir. Je continue à me déplacer en silence sans très bien savoir où je vais.
A chaque monument, correspond un Pokémon mort. C'est assez étrange de penser que l'une de ces tombes est la mienne. Comme un point de repère, un port d'attache. Elle se trouve juste ici.
Il y a quelqu'un devant. Tu es venu, enfin. Cela fait longtemps que je t'attendais. Je suis là. Juste là, tu me vois ? Je passe devant toi. Tu lèves les yeux. Je suis content que tu sois venu. Est-ce que tu m'entends ?
Oui, c'est bien moi. Ton Pokémon. Pourquoi as-tu peur de moi ? Pourquoi me regardes-tu comme cela ? Pourquoi fuis-tu ? Non... c'est moi, je ne te veux pas de mal ! Non, ne t'en vas pas, pas maintenant, pas déjà !

Je ne t'en veux pas, tu sais. Je ne t'en veux pas des erreurs que tu as pu commettre, malgré les conséquences. Non, si je t'attendais, ce n'était pas pour te faire du mal. Si je t'attendais, si je t'attends à nouveau, c'est parce que j'ai cette question à te poser. Je ne serai pas en paix tant que je ne saurai pas.
C'est tout ce qu'il reste de moi, tu sais : une stèle gravée là où il n'y a pas de corps, et cette question pour comprendre, pour pouvoir enfin nous juger. As-tu mal fait ? Et moi, aurais-je pu faire autrement ? Avions-nous le choix ?

Tu es venu, si longtemps après avoir fait poser cette tombe ici. Je t'attendais. C'était le seul moyen pour savoir : le seul moyen qu'il me restait de te parler. J'étais un Pokémon psy : je tirais ma force de mon esprit. C'est pour cette raison, je pense, que celui-ci peut, pour quelques temps, demeurer. Mais un fantôme n'est pas éternel, et c'est pour cette raison que j'ai besoin que tu reviennes. Parce que je ne pourrai pas rester bien longtemps, et que je dois te poser cette question.

"Bienvenue, jeune recrue."
Tu te tenais droit, je crois que tu as salué. J'aurais aimé le voir, moi aussi, ton "boss", mais j'étais contraint à l'absence, bien à l'abri dans ma Pokéball, à la ceinture de ton uniforme noir.
"Inutile de te cacher plus longtemps la raison pour laquelle je t'ai fait venir. Je voudrais que tu participes à une de nos missions... sur le terrain."
Une fois de plus, j'utilisais mes pouvoirs psy pour entendre ce que vous disiez. Je vous voyais aussi, indistinctement certes, mais c'était assez pour satisfaire ma curiosité.
"Il s'agit d'un projet dont tu n'as sans doute jamais entendu parler, et pour cause, il est très secret. Mais je suppose qu'on peut te faire confiance pour tenir ta langue."
" A vos ordres, monsieur !"
Tu étais une recrue consciencieuse et zélée, tu croyais aux idéaux de celui qui était devenu ton chef. Tu avais peu de sentiments et j'avais toujours admis ce trait de ta personnalité sans problème, car je te savais un excellent dresseur. Alors j'étais fier de toi, fier qu'il t'ait choisi - même si à ce stade, je ne savais pas plus que toi de quoi il s'agissait - et j'entrevoyais les espoirs qui devaient s'élever en toi aussi, ceux d'une mission accomplie sans anicroche, mieux encore que prévu peut-être, d'un boss satisfait au-delà même de ses espérances, et puis une récompense évidemment, ou même un grade ? A cet instant, je ne saurais dire si je lisais réellement dans tes pensées ou si ces espoirs étaient les miens. J'attendais, sans perdre une miette des mots de ton patron, que l'on nous annonce ce qu'il fallait faire. J'ignorais, comme toi. J'espérais, comme toi.


Cette fois, l'exorciste m'a vu. Accompagnée d'une de ses consoeurs visiblement plus âgée, elle se dirige vers moi en commençant à marmonner des paroles que je suppose être une formule magique. Elles me prennent sans doute pour un vulgaire Fantominus. Une fois de plus, je m'éloigne.
C'est le seul endroit où je peux rester : celui où l'on se souvient de moi. Cette tombe à mon nom en est le symbole. Pourtant, même dans cette tour entièrement dédiée aux Pokémon morts, je ne suis pas chez moi. J'ai besoin que tu reviennes, et je trouverai alors le repos. C'est maintenant ou jamais : j'ai peu de temps. D'une certaine manière, je suppose, je n'ai même pas le droit d'être ici. Pourquoi cette injustice ? Devais-je mourir de toute façon ? Pourquoi ne m'as-tu jamais expliqué ce qu'on m'avait empêché de savoir ?

"Bien. Comme tu t'en doutes, cette mission est d'une importance tout à fait cruciale. De sa réussite dépend l'avenir de notre organisation. C'est donc une énorme responsabilité que je fais peser sur tes épaules."
"S'il vous plaît, monsieur... Pourquoi m'avoir choisi ?"
"Parce que si c'est toi, on risquera moins de nous soupçonner, et de ce fait, nous aurons plus de temps pour mettre en place toute la suite du projet."
Il marqua une pause, et à ce moment, je sentis que quelque chose clochait.
"Ah, j'oubliais" reprit-il. "Si je ne m'abuse, tu as un Pokémon psy ?"
"Oui, monsieur"
Désarçonné par cette question, tu te demandais ce qui avait bien pu passer par la tête de ton chef. Tu as porté la main à ma Pokéball.
"Inutile de me le montrer. Tu as un Gardevoir."
"Oui, monsieur", répondis-tu avec une nuance d'inquiétude dans la voix. Et je dois avouer que moi aussi, je m'interrogeais. Que me voulait-il donc ?
"Je ne sais pas si tu es au courant, mais bien qu'un Pokémon enfermé dans sa Pokéball soit supposé ne pas percevoir l'extérieur, certains Pokémon psy parviennent à faire exception à la règle... Or, et tu comprendras vite pourquoi, il est préférable que le moins de personnes possible soient au courant. Et il me semble parfois que malgré ce qu'on peut en penser, nos Pokémon ont parfois une présence d'esprit que l'on pourrait qualifier de presque humaine... Alakazam ?"
Je crois avoir perçu le Pokémon psychique sortir de sa Pokéball. Je crois que l'homme a fait un signe, compris par l'Alakazam. Ensuite, rien du tout. Cette fichue bestiole avait utilisé ses pouvoirs pour neutraliser les miens ! Il n'était pas d'un niveau plus élevé que moi, pourtant. Je regrettais de ne pas me trouver à l'extérieur de ma Pokéball, où j'aurais pu rivaliser avec lui, et surtout, savoir ce que vous vous disiez.


C'est sans doute à ce moment-là que tout s'est décidé, à ce moment-là que mon rôle a été déterminé, même si cela, je ne devais le comprendre qu'ensuite... même si j'ai besoin de toi pour en avoir la certitude.
Je n'avais pas demandé cela. Si j'ai un reproche à te faire, c'est celui d'avoir décidé à ma place. Mais as-tu seulement décidé quoi que ce soit ? Je veux savoir. Je veux découvrir quelle erreur nous avons commise. Je veux comprendre où notre destin - le mien, le tien - a basculé. Je veux savoir si nous avions le choix. Si c'est ma faute, ou la tienne, ou celle d'un autre. Je ne te juge pas. Je ne juge personne. Je veux savoir avant de juger.
J'attends, avec toute la patience dont je suis encore capable.

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J'attends toujours. Combien de temps cela fait-il ? Plusieurs jours, sans doute, mais je ne saurais dire combien. Ce que je sais, en revanche, c'est que mes pouvoirs ne sont pas sans limite, et que le semblant d'énergie vitale qu'ils m'ont créé ne va plus durer... de simple fantôme je deviendrai néant : c'est dans l'ordre des choses. Je doute. De toi. De ton retour. Plus le temps passe, plus je m'interroge : T'ai-je effrayé l'autre jour au point de te dissuader de remettre les pieds ici ? Si tel est le cas, alors tout est perdu. Et une sorte de rage, de frustration, naît en moi : je suis coincé là... Si je pouvais te rejoindre, si je pouvais seulement t'appeler !...

Où étions-nous ? Je venais de sortir de ma Pokéball, mais je ne connaissais pas cet endroit...
"Nous sommes à Johto, en plein coeur de Rosalia," m'expliquas-tu. "Il n'y a pas de temps à perdre. Tu vois cette tour ? Tu dois y entrer, puis descendre au sous-sol. Il y aura des grands Pokémon : normalement, trois. Ils demeurent ici. Tout ce que tu as à faire, c'est les obliger à sortir par ici. D'accord ? Fais vite !"
Je t'ai obéi, comprenant qu'il s'agissait là de la mission qu'on t'avait confiée. En effet, il y avait plusieurs hommes présents qui portaient le même uniforme que toi. Que faisaient-ils ici ? Ton boss n'avait-il pas dit qu'il fallait être discrets ? Les Rosaliens nous regardaient déjà d'un air intrigué au mieux, hostile au pire. Mais tu me fis signe de me dépêcher. Il fallait accomplir la manoeuvre aussi rapidement que possible. Et je t'obéis, sans savoir ce qui m'attendait."


J'ai rejoint ma tombe au milieu des autres. Quand j'entends des pas ou des voix dans l'escalier qui mène à cette salle de la tour, je tourne la tête, mais ce n'est pas toi. Reviendras-tu seulement ? Tu as eu peur de moi. Je n'ai rien à faire ici, tu le sais. Je dois partir, et bientôt je n'aurai plus le choix. Mais avant cela, il faut que je te demande.

Ce qui s'est passé ensuite, je m'en souviens jusqu'à un certain point. Je suis entré sans me demander pourquoi tu ne me suivais pas. J'ai descendu l'escalier délabré. Trois Pokémon ? Pourquoi étaient-ils si importants ? J'entendis une voix de Pokémon au rez-de-chaussée.
"Reviens ici ! Il ne faut pas descendre, c'est interdit !"
Je remontai quelques marches et vis un Rattata.
"Tu connais ces gens dehors ? Tu es avec eux ? Il ne faut pas descendre, non, il ne faut pas les déranger !" couina le petit Pokémon.
"Il faut que j'y aille. C'est pour ça que nous sommes venus", répondis-je simplement.
J'eus un vague sourire d'excuse.
"Désolé" repris-je. "Je n'ai pas vraiment le choix".
Le Rattata sembla vouloir s'interposer, mais se ravisa, probablement par couardise. Je redescendis. Le sous-sol était creusé à même la terre et la roche, et son sol semblait n'avoir été que grossièrement aplani, comme si ce niveau avait été indépendant de la tour elle-même : il y avait peu de chances que c'en fût la fondation.
Je ne voyais cela que grâce à la lumière qui descendait du rez-de-chaussée éclairé. En réalité, je ne distinguais que difficilement les extrémités de la pièce souterraine. J'utilisai mon attaque Flash pour créer une lumière artificielle grâce à mes pouvoirs psychiques, espérant voir les trois Pokémon dont tu avais parlé.
Les ai-je vraiment vus ? Je n'en sais rien. A la lumière nouvelle, je balayai la salle du regard, et eus tout juste le temps de voir une attaque Hydrocanon dirigée contre moi. J'esquivai juste à temps le puissant jet d'eau, mais celui-ci fut suivi par un jet de flammes et une salve d'éclairs presque simultanés. Je ne cherchai pas à contre-attaquer et regagnai immédiatement l'escalier, sans pouvoir dire si j'espérais ou non être poursuivi, mais avant d'avoir eu le temps de le monter, je fus touché par des attaques : une ? Deux ? Je n'en sais rien. Je chutai lourdement sur le sol, et vis qu'une autre attaque avait été lancée : un nouvel Hydrocanon qui, d'une puissance extrême, avait percé un trou béant dans le plafond de la tour ancienne. J'étais paralysé, je souffrais des attaques que j'avais reçues : je ne parvins pas à me relever. Je ne pouvais pas sortir de là ! Je tentai de me téléporter, mais rien à faire : j'étais au bord de l'évanouissement. Je vis trois félins, respectivement brun, jaune et bleu, s'éloigner par le vieil escalier...


Aurais-je encore pu m'en sortir, à ce stade ? Sans doute, oui. Mais au regard de la mission, j'avais sans doute échoué, et toi avec.
Est-ce que tu m'en aurais voulu ?
La vieille Tour Ferraille a fini par s'effondrer, sans doute des suites de l'attaque eau dévastatrice...

Est-ce que c'est toi ? Est-ce que tu es revenu ? Je m'approche. Mon corps fantomatique flotte au-dessus de ma tombe : je t'attends. Tu m'as vu. Non, n'aie pas peur. Je tente de te sourire. Tu me rejoins. C'est alors que je réalise que je ne pourrai pas utiliser mes pouvoirs télépathiques d'avant... je ne pourrai pas te parler.
"Gardevoir ?"
Tu as à peine murmuré mon nom.
"Gardevoir, c'est bien toi ?"
Je hoche la tête.
"Je... je suis... désolé."
Tu t'interromps. J'aimerais te dire que ça ne m'intéresse pas. Les excuses n'effaceront pas le mal qui a été fait. Elles ne m'arracheront pas à la mort.
La vérité le pourra-t-elle plus ?
Sans doute pas.
"C'est de ma faute, tout ça, tu sais. J'étais prêt à tout. Je n'ai pas compris qu'il m'utilisait. Qu'il t'utilisait, toi."
Qu'est-ce que tu dis ?
"Tu ne le savais pas... oui, tu l'ignorais, parce qu'il n'a pas voulu que tu le saches. Et à ce moment, j'aurais dû sentir que quelque chose n'allait pas. Mais j'y croyais, j'aurais cru à n'importe quoi s'il me l'avait dit... Je crois qu'il savait les risques que tu courais... j'aurais dû..."
Alors il avait conscience du danger... c'est lui, hein... Je sens monter en moi une colère sans bornes, contre cet homme qui t'avait fait des promesses pour... pour...
"Il m'a dit... qu'il avait besoin de toi. Il m'a fait croire qu'il fallait que ce soit toi, que ce soit moi... et j'ai obéi. J'ai été stupide..."
Il est inutile de revenir sur le passé. Ca ne sert à rien. Ce qui est fait est fait. Mais ce n'est pas de ta faute. Tu ne savais pas. Et quand bien même aurais-tu compris, qu'est-ce que ça aurait pu changer ? Si tu t'étais rebellé, ou si moi je l'avais fait, ils nous auraient écrasés comme des insectes et se seraient servis de quelqu'un d'autre...
"Je suis resté à l'extérieur comme on me l'avait dit. J'attendais que tu reviennes. Les autres sbires avaient sorti des Pokémon imposants et des Pokéballs. C'étaient des Pokémon légendaires qu'on attendait."
C'était donc ça... Il voulait capturer ces Pokémon, et les utiliser comme il l'a fait pour moi. Il n'avait aucun respect pour rien ni personne...
"J'ai compris que tout était perdu quand j'ai vu la tour s'effondrer. Les trois créatures ont jailli des décombres, mais tout le monde était trop surpris par l'écroulement de la tour pour réagir. Quand j'ai vu la police arriver, je me suis enfui, et j'ai fait mettre cette tombe ici pour que, malgré l'absence de corps, on ne t'oublie pas..."
Je te remercie. Je te remercie du fond du coeur, même si je ne peux pas te le dire.
"Quant aux trois Pokémon, ils sont en fuite... Ils errent dans tout Johto et Kanto. Ils n'attaquent personne pour l'instant, mais ils font peur aux gens, alors les gens essaient de trouver une solution. Je suis de ceux-là : d'une certaine façon, c'est pour me racheter... si ce que j'ai fait est pardonnable..."
J'aimerais pouvoir te dire que je ne t'en veux. Que je ne voulais rien d'autre que savoir. Que maintenant, mon âme sera en paix. J'aimerais que toi aussi, tu te pardonnes.
"Tu dois me détester"
Non. Je hoche la tête négativement, c'est tout ce que je peux faire. J'aimerais t'en dire plus. J'aimerais te remercier.
"Tu ne m'en veux pas ?"
Non. Ce n'est pas de ta faute. Il t'a trompé. Tu n'as pas voulu ça.
Je m'éloigne. Je dois partir maintenant. J'ai ma réponse. Tu n'as pas voulu me trahir. Au revoir. Je m'abandonne à mon destin. Adieu. J'ai ma réponse. Merci.

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